CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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vendredi 29 août 2025
LA FAMILLE HARANEDER DE SAINT-JEAN-DE-LUZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (quatrième et dernière partie)
mardi 29 juillet 2025
LA FAMILLE HARANEDER DE SAINT-JEAN-DE-LUZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (troisième partie)
LA FAMILLE HARANEDER DE SAINT-JEAN-DE-LUZ.
La famille Haraneder de Saint-Jean-de-Luz est une très ancienne famille noble et bourgeoise.
Voici ce que rapporta Michel Etcheverry à ce sujet le Bulletin de la Société des sciences, lettres &
arts de Bayonne, le 1er juillet 1933 :
"Autour d'une famille luzienne : les Haraneder.
Dans son intéressante étude sur les "Haraneder de Saint-Jean-de-Luz" (Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne, Janvier-Juin 1933), M. Nogaret attire tout spécialement — et c'est justice — sur Jean Peritz de Haraneder qui, dit-il, "peut être considéré comme la gloire de la famillie". C'est en effet un personnage d'envergure que cet armateur et négociant Basque ; durant sa longue carrière — il vécut de 1652 à 1730 — il tint un rôle important dans l'histoire, surtout économique, de la petite patrie et son immense fortune lui permit parfois de jouer les Mécènes de corps respectables ou même de l'Etat. On nous pardonnera de revenir sur une figure d'un relief aussi accusé. Nous voudrions relever certaines inexactitudes qui trament dans les notices consacrée à cet opulent compatriote ou à ses descendants.
A la suite de Samazeuilh qui le premier, croyons-nous, accrédita cette erreur, la plupart de nos historiens placent l'érection en terre noble de Jolimont au profit de Jean Peritz de Haraneder en l'année 1694. Ils ajoutent que cet anoblissement comporta l'octroi du titre de "Vicomte de Jolimont." Le plus récent de ceux qui se sont occupés de la question, M. Nogaret, se range à cette opinion dans le travail cité plus haut : "Au nombre de ses biens (de Jean Peritz de Haraneder) écrit-il page 185, il convient de citer sa propriété de Jolimont à Urrugne et le château de ce nom. En 1694 le roi Louis XIV érigea ce domaine en vicomté en récompense des services rendus à l'Etat par Jean Peritz et l'élan prodigieux qu'il avait donné à la pêche de la morue, source pour le pays d'une très grande prospérité." Notre savant confrère a admis la thèse sur la foi de ses devanciers dont il n'avait aucune raison de suspecter l'information. La pièce que nous versons au débat — les Lettres Royaux d'anoblissement — montera tout ce qu'il y a d'erroné dans la double affirmation relative à la date de l'affièvement et à la création d'une vicomté. C'est en Avril 1718 qu'intervient l'acte royal et aucune allusion n'y est faite à aucune investiture vicomtale. Ce document est d'ailleurs fort intéressant par tout ce qu'il nous apprend sur notre héros.
"Louis par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre à tous présens et à venir salut. Ayant été informez de services qui nous ont esté rendus par notre cher et bien amé conseiller secrétaire maison et couronne de France près la Chancellerie de notre Parlement de Guyenne le sieur Jean Péris de Haraneder issu d'une des plus anciennes familles de Siboure en Labourt que luy et ses prédécesseurs ont fait de tous les tems avec honneur le commerce maritime de la pesche de la baleine et de la morue que depuis trente ans ou environ il a envoyé à cette pesche au moins dix vaisseaux par chaque année que quoy que les pertes qu'il a fait dans ce commerce en eussent rebuté les négossians il a beaucoup contribué à le faire continuer et à soutenir par ce moyen la colonie de Plaisance que depuis la remise de ce port aux Anglais, il a esté le premier et le plus zélé à faire les épreuves de la pesche dans l'isle Royalle y avant envoyé les premiers vaisseaux et donné l'exemple aux autres ; qu'en différentes occasions il nous a fait des prêts considérables soit pour la subsistance de nos troupes des garnisons, soit pour d'autres besoins, s'estant toujours trouvé à la teste pour encourager les autres négossians, qu'il a fait servir sa fortune à se procurer des alliances honorables, que l'un de ses enfants est actuellement à notre service en qualité de l'un de nos mousquetaires et voulant luy donner des marques de la satisfaction qui nous en reste — sur ce qu'il nous a expozé qu'il désirerait ériger en fief une maison à luy appartenante sise à Saint-Jean-de-Luz confrontant du costé du Nord à la rue et place publique, du costé du midy aux quais qui sont le long de la rivière, du costé du levant à la maison des chanoines et du costé du couchant à la maison Jaourtenea, plus un bien roture appelé de Jolimont, scitué en la paroisse d'Urrugne qui consiste en maison, chapelle, metterie, grange, pressoir, écurie, jardin, fruitiers et vignes hautains, vergers, champs, bois, prairies et autres terres incultes contenant environ cent trente arpens de terre le tout enclavé les uns dans les autres et partagé en trois metteries dont la principale s'appelle Jolimont, l'autre Vignenca et la troisième Ramonbaïta ; plus une petite borde ou ferme appelée Bordenave, scituée dans la même paroisse d'Urrugne, consistant en dix-huit arpens de terre tant en champ qu'en bois ; plus le moulin neuf d'Asquain, scitués dans la paroisse d'Ascain et sur la petite rivière d'Urdaçury, laquelle érection de ces terres en fief est d'autant plus favorable que le pays où ils sont scitués est en franc-alleu, et que le pays de Labourt où il sont scitués ne nous paye aucune taille, qu'ainsy cette érection ne portera aucun changement sinon par rapport aux deux paroisses d'Urrugne et d'Ascain où lesd. biens sont scitués qui étant érigés en fief ne seront plus sujets qu'à de légères impositions pour charges localles dont ils sont contribuables, pour raison de quoy led. Péris de Haraneder pour prévenir toute difficulté a offert de payer à la communauté d'Urrugne une somme de trois cents livres une fois payée et à celle d'Ascain celle de cent cinquante livres aussy une fois payée par forme d'indemnité quoy qu'en sa qualité de notre Conseiller Secrétaire maison et couronne de France en la chancellerie près notre Parlement de Guyenne il soit exempt d'y rien contribuer et que ces biens étant possèdez par gens nobles ne seront sujets à aucunes impositions, led. de Haraneder ne nous demandant cette grâce que pour perpétuer dans sa postérité masculine qui est assez nombreuse ces terres et héritages qui font l'ornement des lieux où ils sont scitués et par là obvier à la disposition localle du pays de Labourd qui appelle à la succession des biens ruraux et roturiers les premiers enfants indistinctement soit mâles ou femelles, lorsque ces biens sont devenus avitins, c'est-à-dire successivement dévolus à la troisième génération, au lieu que les biens nobles et érigez en fief appartiennent aux enfans males quoy qu'il y ait des filles aynées. A ces causes voulant favorablement traiter led. Jean Péris de Haraneder en considération des services qu'il nous a rendu et à notre Etat, de l'avis de notre très cher et très amé le duc d'Orléans petit-fils de France régent, de notre certaine science, pleine puissance et autorité royalle, nous avons lad. maison seize à Saint-Jean-de-Luz, domaine de Jolymont, Bordeneuve, Moulin neuf et héritages en dépendans, créé, érigé et décoré, créons, érigeons, et décorons par les présentes signées de notre main, en titre, nom et qualité de fief, sous la dénomination du fief de Jolymont étant comme les autres héritges dud. pays en franc alleu pour d'icelluy fief jouir et user par led. exposant, ses héritiers, successeurs et ayans cause aux mêmes droits, honneurs, prérogatives, franchises, libertez et exemptions dont jouissent les autres propriétaires de fief dud. pays et suivant les uz et coutumes d'icelluy, sans toutes fois aucune mutation ny changement de ressort et juridiction, ny que les hommes et habitans soient tenus à d'autres droits qu'à ceux qu'ils doivent à présent ; pourvu que lad. Présente érection ne préjudice à nos droits, et à la charge par led. Péris de Haranéder de payer par forme d'indemnité une seule fois la somme de trois cents livres à la communauté d'Urrugne et cent cinquante livres aussy une seule fois à celle d'Ascain et de nous payer une redevance par chacun an si aucun est deub eyt s'il y échet.
Si donnons en Mandement à nos amez er féaux conseillers les gens tenant notre cour de Parlement de Guyenne, Cour des comptes, aydes et finances, présidens trésoriers de France au Bureau des finances à Ausch que ces présentes ils ayent à faire registrer et de leur contenu jouir et user led. Péris de Haraneder, ses héritiers, successeurs et ayans cause plainement, paisiblement et perpétuellement, nonobstant nos édits, déclarations, arrêts, uz et coutumes à ce contraires, car tel est notre plaisir. Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre scel à cesd. présentes. Données à Paris au mois d'Avril, l'an de grâce 1718 et de notre règne le troisième. Signé Louis et sur le reply : Par le Roy le duc d'Orléans régent. Présent Phélypeaux et scellé. Visa : D'Argenson, pour érection en fief sous le nom de Jolimont à Jean Péris de Haraneder."
A. D. G. 1 B 42."
A suivre...
(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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dimanche 29 juin 2025
LA FAMILLE HARANEDER DE SAINT-JEAN-DE-LUZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (deuxième partie)
LA FAMILLE HARANEDER DE SAINT-JEAN-DE-LUZ.
La famille Haraneder de Saint-Jean-de-Luz est une très ancienne famille noble et bourgeoise.
Voici ce que rapporta à ce sujet Joseph Nogaret dans le Bulletin de la Société des sciences, lettres &
arts de Bayonne, le 1er janvier 1933 :
"Une famille de riches Bourgeois sous l'Ancien Régime : les Haraneder de Saint-Jean-de-Luz.
... Pierre, cinquième enfant et troisième fils de Martin forma la 3ème branche importante de la famille. Vers 1644 il épousa Marie de Bereau de Ciboure et ce mariage le fixa dans cette localité où il devint seigneur de Geroliménéa, du nom d'une propriété de sa femme. Il fut d'abord capitaine de navire, puis armateur. Il eut en propre un grand nombre de navires et devint rapidement une personnalité importante de Ciboure dont il fut bayle pendant quelque temps. Il y mourut en Novembre 1693 à l'âge de 65 ans. Bien qu'il n'ai eu que 7 enfants, c'est-à-dire beaucoup moins que ses frères, il eut une nombreuse postérité qui se chiffrait par 16 personnes à la seconde et 27 à la troisième génération.
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| FAMILLE HARANEDER BRANCHE GEROLIMENEA |
L'aîné de ses fils, Dominique, resta à Ciboure et continua la profession de son père qu'il transmit à son fils. Mais c'est sa fille aînée, Mari-Martin qui suivant l'usage basque hérita de la plus grande partie des biens. Elle épousa Bernard de Lafitte, originaire d'Amou en Béarn, et le fait d'avoir épousé une Basquaise donna à ce dernier la qualité et tous les privilèges des habitants de Ciboure. Il fut même, pendant quelques années, bayle de cette localité.
Les Lafitte eurent 5 enfants dont 4 fils qui moururent jeunes et d'accidents et une fille, Marie, qui épousa Martin Rey seigneur de Portalenea, mais fut veuve de bonne heure. Martin en effet commandait le navire La Providence qui fit naufrage sur la côte de Ciboure en 1763. L'état-major et tout l'équipage périt.
Les enfants de Dominique formèrent plusieurs autres rameaux, les Haraneder de Boutran, les Haraneder d'Ascoube, les Haraneder Apéchénéa dont les membres firent peu parler d'eux. Mais celui qui arriva à la plus brillant situation, dont la lignée s'est continuée le plus longtemps et qui peut être considéré comme la gloire de la famille, était le 7ème enfant de Pierre. Il se nommait Jean-Péritz, vécut de 1652 à 1730 et épousa, en 1679, Etiennette de Bereau, sa petite cousine dont il eut 12 enfants.
De tous les Haraneder, Jean-Péritz fut celui qui acquit la fortune la plus considérable. Il habita longtemps Ciboure, puis se fixa à Saint-Jean-de-Luz où il construisit, en 1724, une magnifique maison, Joanperitzénéa, située sur l'emplacement du petit jardin public, au bas du mur de garantie près du chenal. Cette habitation qui faisait l'orgueil de la cité devint la proie d'un incendie à la fin du XVIIIe siècle.
Jean-Péritz a été un des plus énergiques promoteurs des armements pour la pêche à la baleine et à la morue. 18 navires lui appartenaient en propre et lui rapportaient de très gros revenus.
Les périodes d'hostilités, généralement si préjudiciables au commerce, devinrent pour lui une source de profits non moins considérables. Lorsque, pendant la guerre de la succession d'Espagne, aucune transaction commerciale n'était plus possible par mer. Jean-Péritz obtint du roi des lettres de marque pour ses capitaines et transforma sa flotte en vaisseaux corsaires du roi. Ces navires ramenèrent un grand nombre de bonnes prises et c'est alors que le comte de Gramont, gouverneur du Labourd, pouvait écrire au roi Louis XIV "qu'il y avait, dans le port de Saint-Jean-de-Luz, un si grand nombre de navires capturés que l'on pouvait passer de la maison occupée par sa Majesté à Ciboure sur un pont de vaisseaux attachés les uns aux autres".
Aussi les richesses de Jean-Péritz étaient-elles considérables ; on les évaluait à deux millions de livres. Au nombre de ses biens il convient de citer sa propriété de Jolimont à Urrugne et le château de ce nom. En 1694, le roi Louis XIV érigea ce domaine en vicomté, en récompense des services rendus à l'Etat par Jean-Péritz et l'élan prodigieux qu'il avait donné à la pêche de la morue, source pour le pays d'une très grande prospérité.
Les honneurs et la richesse n'altérèrent en rien les sentiments généreux et populaires du nouveau vicomte de Jolimont. Il fut le bienfaiteur des marins basques faits prisonniers de guerre. En Angleterre ces malheureux languissaient dans des prisons malsaines ou sur des pontons et beaucoup y moururent de misère ou de désespoir. A plusieurs reprises, Jean-Péritz subvint à leur détresse et leur fit passer des secours pour alléger leurs souffrances.
Il mourut à Ciboure le 1er Août 1730 âgé de 78 ans et fut inhumé dans l'église paroissiale, suivant l'usage ancien pour les notables.
Jean-Péritz eut 12 enfants dont six vécurent quelques années seulement. De ses trois filles ayant survécu aux autres, l'une épousa Salvat d'Urtubie de Garro bailli de Labourd ; l'autre entra dans la famille de Saint-Esteben de Sault et la troisième devint vicomtesse de Belsunce par son mariage avec Charles, héritier de cette maison.
Il eut 4 fils :
Le premier eut 5 enfants qui n'eurent pas de postérité.
Le troisième mérite qu'on rappelle son souvenir. Né vers 1684, il était avocat au Parlement de Paris et portait le titre d'écuyer. En août 1719 il épousa une jeune veuve, Marie de Castaignolès, héritière de la vicomté de Macaye. Pierre devint donc vicomte de Macaye par sa femme tout en étant vicomte de Jolimont par héritage de son père. Il fit souche et son petit-fils Pierre-Nicolas fut, en 1789, député de la noblesse aux Etats Généraux pour la province de Labourd.
Pierre-Nicolas prit part au serment du jeu de Paume ; mais, après cette mémorable journée, très affecté de tout ce qu'il voyait autour de lui et qu'il ne pouvait approuver, il refusa de se joindre aux députés du tiers dont il condamnait les actes et il quitta Versailles. Il resta quelque temps à Nantes puis, aux prises avec des embarras d'argent, il s'embarqua pour l'Inde et mourut, peu de temps après, à Chandernagor, laissant une situation des plus obérées.
En raison de son départ, le domaine de Macaye fut déclaré bien national. Mais sa veuve protesta, fit surseoir à la vente et, après bien des démarches put établir, par un acte du notaire de Chandernagor, que son mari était mort en terre française et par conséquent n'avait pas émigré. Elle réussit ainsi à être maintenue en possession de la vicomté de Macaye et mourut dans son château, que l'on peut encore voir, laissant tous ses biens à une nièce par alliance, Mme d'Irumberry. Cette dernière eut pour héritier M. de Ponchevron, ancien officier des Haras, son neveu. L'ancienne seigneurie de Macaye est actuellement la propriété de sa veuve.
Le troisième des petits-fils de Jean-Péritz, Louis-Valentin, n'eut lui-même qu'un héritier mâle, Etienne, dernier vicomte de Jolimont, qui hérita de la vicomté de ce nom et des autres biens de la famille à Saint-Jean-de-Luz et dans les environs. On ne sait rien de sa jeunesse qui se passa sans doute dans l'abondance et même dans l'opulence. On ignore aussi quels furent les malheurs ou les désordres qui amenèrent la chute complète de cette branche. Quoiqu'il en soit, au commencement du XIXe siècle, Etienne de Jolimont, arrière-petit-fils du célèbre armateur de Ciboure était un modeste berger sur la montagne de la Rhune. Très pauvre, mais ayant encore grand air, il vivait dans une mauvaise cabane où il est mort en 1860. Il avait épousé une femme du peuple dont il eut 3 enfants restés, comme lui, de simples cultivateurs.
Les biens des Haraneder n'existent plus ou ont passé dans des mains étrangères.
Il convient, en terminant, de réserver une mention à un oncle de Jean-Péritz, Joannés de Haraneder, qui resta célibataire et qui, s'il vécut à Saint-Jean-de-Luz, passa cependant une partie de son temps à Paris.
A cette époque les municipalités un peu importantes avaient un mandataire dans la capitale, pour défendre leurs intérêts auprès des pouvoirs publics. C'était le cas à Saint-Jean-de-Luz qui avait confié cette mission à ce membre de la famille dont le nom seul devait être d'un certain poids auprès des autorités. Mais, Joannés, s'il s'occupait un peu des affaires de la ville, consacrait beaucoup de temps à ses plaisirs et c'était là une cause de mécontentement pour la jurade. On trouve dans ses délibérations de nombreuses remontrances qu'elle adressait à son mandataire et dont celui-ci semblait se soucier fort peu. C'est ainsi qu'en Avril 1660, deux mois avant le mariage de Louis XIV, on lui prescrivait de remettre tous ses dossiers à un certain Laffargue, place royale. Il semble bien qu'il n'en fit rien car, trois mois plus tard, on l'avertit qu'on va cesser de subvenir à ses besoins.
Six ans après, nouvelle démarche et presque comminatoire. On lui dit qu'il a à Paris une réputation déplorable, très nuisible aux intérêts de la ville et qu'il ait à rendre compte de l'argent qu'on lui a envoyé. Il est probable que Joannés finit par pousser à bout les magistrats municipaux car quelque temps plus tard, la ville avait un autre mandataire et il n'est plus question de lui dans les archives.
Tels sont les renseignements sur les Haraneder, parvenus jusqu'à nous ; bien pauvres il faut le reconnaître, si l'on remarque que leur histoire est intimement mêlée à celle de la ville. Arrivera-t-on jamais à être mieux documenté ? Ce serait désirable, mais on ne peut guère y compter. Malgré leur brièveté, ceux que nous possédons donnent une idée de ce que furent ces familles de la bourgeoisie Luzienne qui, possédant de grandes richesses dont elles faisaient un noble usage, brillèrent d'un vif éclat sous l'ancien régime.
Les Haraneder eurent un grand train de maison ; leurs intérieurs étaient somptueux, ils recevaient beaucoup et faisaient grandement les choses. Leurs largesses étaient proverbiales, car, à toutes les époques, ils firent beaucoup pour la ville, sans compter les secours de toute nature qu'ils réservaient aux infortunes si fréquentes parmi ces populations de marins.
Actuellement il ne reste plus que le souvenir de leur faste et de leur opulence. De cette magnifique famille qui a compté, à certains moments, plus de 50 membres vivants, on ne peut retrouver que quelques descendants. Ce fut le sort de presque toutes les familles basques restées dans le pays. Après avoir brillé, après avoir tenu un rang élevé, toutes ont déchu et c'est dans le passé seulement que l'on doit rechercher l'occasion d'en parler."
A suivre...
(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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jeudi 29 mai 2025
LA FAMILLE HARANEDER DE SAINT-JEAN-DE-LUZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (première partie)
LA FAMILLE HARANEDER DE SAINT-JEAN-DE-LUZ.
La famille Haraneder de Saint-Jean-de-Luz est une très ancienne famille noble et bourgeoise.
Voici ce que rapporta à ce sujet Joseph Nogaret dans le Bulletin de la Société des sciences, lettres &
arts de Bayonne, le 1er janvier 1933 :
"Une famille de riches Bourgeois sous l'Ancien Régime : les Haraneder de Saint-Jean-de-Luz.
Grâce à la grande pêche et à son commerce avec les pays d'outre-mer, la ville de Saint-Jean-de-Luz fut, de tous temps, la plus riche du pays de Labourd. On y compta plusieurs familles qui acquirent ainsi de très grosses fortunes : les Lohobiague, les Chibau, les Casabielle, les Lasson, les Hayet et bien d'autres parmi lesquels les Haranader méritent une mention spéciale. En très peu de temps en effet ils arrivèrent à une situation des plus brillantes mais qui ne se prolongea pas plus de 3 ou 4 générations, pour péricliter ensuite rapidement et disparaître tout à fait.
D'origine espagnole (leur nom s'écrivait primitivement Araneder) ils se fièrent en France au milieu du XVIe siècle, et on les trouve établis à Ciboure. La famille s'accrut assez vite et quelques-uns de ses membres s'établirent à Saint-Jean-de-Luz où ils figuraient déjà parmi les bourgeois au commencement du siècle suivant. On y trouvait alors deux frères : Jeeannot et Martissans.
Jeannot commença par être capitaine de navire. Il voyagea beaucoup, aux Indes et ailleurs, réussit dans ses entreprises ; ce qui lui permit de devenir armateur et de gagner une grosse fortune. Il en fit un noble usage, se montra généreux à l'égard des malheureux et parmi ses bonnes oeuvres on peut citer l'ancien hospice désaffecté depuis peu et qu'il construisit en entier de ses deniers. Pour l'en remercier la jurade lui fit cadeau d'une maison sur le port. Cette belle demeure existe encore et est connue sous le nom de "maison de l'Infante".
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| MAISON DE L'INFANTE SAINT-JEAN-DE-LUZ AVANT SA RESTAURATION 1875 |
En 1627, Louis XIII ayant demandé l'appui de la marine marchande pour ravitailler l'île de Ré bloquée par la flotte anglaise, Jeannot fit cadeau au roi, à cette occasion, de deux vaisseaux armés et pourvus d'artillerie, belles unités qui furent jugées dignes d'être incorporées à la flotte royale. Cette générosité valut au donateur les remerciements de Richelieu et des lettres de noblesse. Jeannot et sa femme, Françoise de Chibau, eurent trois enfants morts tous trois sans postérité.
Martisans eut 6 enfant qui eurent des fortunes diverses. L'un d'eux, nommé Martin, né vers 1600, devait porter lui est ses descendants, le commerce luzien à un degré de prospérité qu'il n'avait jamais connu jusqu'alors. Nommé bayle en Janvier 1660, il occupait ces fonctions depuis 4 mois, lorsque la ville fut mise en émoi par l'annonce de l'arrivée du roi Louis XIV venant au devant de sa fiancée Marie-Thérèse d'Autriche. Sous l'impulsion de son bayle, la ville fit au roi une magnifique réception dont les mémoires du temps nous ont laissé le récit.
Le 8 Mai, Martin de Haraneder avec ses 4 jurats revêtus de leur costume officiel, simarre et chaperon rouge avec fleur de lys d'or, alla attendre le cortège royal à l'entrée de la ville. Le roi, la reine-mère, le duc d'Anjou, la grande Mademoiselle, le cardinal Mazarin et toute la cour, escortés par les gardes du corps et les mousquetaires, débouchèrent de la route de Bayonne aux acclamations d'une foule immense, au bruit du canon et des cloches sonnant à toute volée.
Le bayle harangua le roi et le conduisit à la maison Lohobiague où il devait loger. Anne d'Autriche reçut à Joanoenea l'hospitalité de Marie de Haraneder, cousine germaine du bayle et veuve de Saubat Lohobiague. Les Haraneder et les Lohobiague surent faire les choses grandement et leur hospitalité eut un caractère de somptuosité et d'élégance hautement apprécié de leur hôtes illustres.
Le 20 Mai 1660, le bayle obtint du roi la confirmation des privilèges de Saint-Jean-de-Luz assurant son indépendance administrative et la liberté individuelle de ses habitants au point de vue commercial. C'était là un grand événement pour cette population qui vivait du négoce. Aussi la ville témoigna-t-elle à son bayle sa gratitude et ses félicitations.
Des 7 enfants de Martin Haraneder, 3 fils eurent une nombreuse postérité et formèrent 3 branches principales désignées, pour le distinguer, sous les surnoms : Haraneder-Putil, Haraneder-Monségur, et Haraneder-Geroliménéa.
Le premier, Joannis surnommé Putil, à cause de sa petite taille, était le troisième enfant et le premier fils de Martin. On le trouve souvent mêlé aux affaires municipales et il eut même quelquefois maille à partir avec les magistrats municipaux, sans que ce fût toujours sa faute, ainsi qu'on le constatera par la relation de l'incident suivant :
La population de la ville ayant beaucoup augmenté au XVIIe siècle, l'église paroissiale était devenue tout à fait insuffisante et, en 1649, la municipalité avait décider de l'agrandir. On avait commencé à reconstruire un mur mais les travaux avaient dû être arrêtés faute d'argent. Joannis, qui était clavier de l'église, proposa alors d'avancer 3 000 livres qui lui seraient remboursés sur les rentes et revenus provenant des sépultures et aumônes.
Son offre était des plus raisonnables et les jurats l'acceptèrent avec reconnaissance ; mais au lieu de tenir les engagements pris et de consacrer cette somme aux travaux auxquels elle était destinée, ils l'employèrent à d'autres buts et, en outre, ils destituèrent Joannis de ses fonctions de clavier. Joannis fut très vexé de semblables procédés et il porta plainte au sénéchal ; mais l'affaire traîna en longueur, à la suite des difficultés créée par les magistrats municipaux ; et le bayle de Lasson, cause présumée de l'indélicatesse commise, étant mort avant l'arrêt du sénéchal, Jeannot perdit patience. Il fit saisir la part de la veuve de Lasson sur un navire revenant de Terre-Neuve avec un important changement de morues.
Mme de Lasson à son tour, porta plainte contre Joannis et l'affaire devenait très compliquée lorsque le nouveau bayle, un cousin de Haraneder, intervint et arrangea les choses. Il fut entendu que les 3 000 livres prêtées à la commune lui seraient abandonnées aux deux conditions suivantes : un intérêt à 4% serait servi au donateur toute sa vie durant ; en outre, il obtenait la concession à tout jamais d'une sépulture dans l'église, au premier rang, près du choeur. Ainsi se termina un différend qui avait duré près de 10 ans.
Joannis Haraneder-Putil se maria en 1655 et eut 10 enfants qui n'eurent pas de descendance. Certains moururent en bas âge ; deux de ses fils, d'accidents et l'un dans des circonstances particulièrement tragiques. Il naviguait comme officier sur un navire appartenant à son oncle Jean-Péritz de Haraneder de Ciboure, ayant comme compagnon un de ses cousins, Jean d'Ascoube d'Etchégaray, lieutenant comme lui. Au mois d'Octobre 1702, leur navire revenait de Bilbao et se disposait à entrer dans le port, lorsque, poussé par la tempête sur les rochers qui bordent l'entrée de la Nivelle, il se perdit corps et biens, sous les yeux des parents et mais impuissants à porter secours au malheureux équipage. Un frère de ce jeune officier, marin comme lui, mourut aussi en mer au cours d'une campagne.
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| FAMILLE HARANEDER BRANCHE PUTIL |
Devenu veuf, Joannis se remaria à 60 ans, et eut encore 3 enfants dont la descendance s'éteignit rapidement.
Jean de Haraneder, branche Monségur, du nom de sa seconde femme, était le second fils du bayle de 1660 et le frère puiné de Joannis Putil. Il se maria trois fois et une une nombreuse postérité, soit 10 enfants, dont 6 de son premier et 4 de son second mariage. Mais bien peu survécurent.
Son fils aîné, capitaine de navire mourut à Terre-Neuve à 45 ans, un autre dans un naufrage, un troisième se noya dans le bassin de Saint-Jean-de-Luz, un quatrième se fit prêtre. Sa seule descendance vint d'une fille qui épousa un Béarnais, Daniel de Périé, baron d'Ussau, gouverneur du fort de Socoa, mais elle n'est pas restée dans le pays.
Jean de Haraneder mourut à 85 ans après avoir contracté un troisième mariage dont il n'eut pas d'enfants.
C'est tout ce que l'on peut dire sur cette branche rapidement disparue."
A suivre...
(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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mardi 8 mars 2022
LA REVENDICATION DE FEMMES BASQUES DU LABOURD PENDANT LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
UN CAHIER DE DOLÉANCES FÉMININES BASQUES EN 1789.
En 1789, de nombreux cahiers de doléance sont envoyés au roi, et parmi ceux-ci rares sont les cahiers de doléance émanant de femmes. Ce fut le cas, au Pays Basque, dans la province du Labourd.
Tous les 8 mars, à l'occasion de la journée internationale des femmes (le 8 mars est devenu la
journée internationale des femmes suite à une décision du congrès des femmes socialistes, à
Copenhague en 1910), je vous propose de découvrir ou de redécouvrir le portrait de femmes
remarquables du Pays Basque, comme les femmes Républicaines emprisonnées à la prison de
Saturraran (entre 1937 et 1946), Marga d'Andurain, Margot Duhalde, les soeurs
Feillet et Maria Luixa Erdozio Bertoslari d'Ascain.
Cette année, c'est un document unique que je vous propose, document qu'on pensait avoir perdu
en 1940, et que la revue Gure Herria avait publié en 1922. Il s'agit d'un cahier de doléances de
femmes de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure, en 1789.
Voici ce que relata à ce propos la revue Gure Herria, en juin 1922 :
"Doléances du sexe de st jean de luz et cibour au roi.
L'original, dont il est donné ci-dessous une copie, a été recueilli dans des papiers provenant de la famille de Haraneder, branche des vicomtes de Macaye.
Il se compose de quatre feuilles réunies en un cahier, avec une première formant couverture et portant sur l'un des coins l'inscription suivante : "pour Mademoiselle Haraneder".
Il est à remarquer que le bailliage du Labourd avait, comme député de la noblesse à l'Assemblée nationale de 1789, Pierre-Nicolas de Haraneder, vicomte de Macaye.
Sire
Permettez aux plus respectueuses et aux plus fidèles de vos sujettes de porter au pied de votre trône les justes doléances sur la formation des états généraux que sa majesté vient de convoquer.
Cette formation est vraiment flétrissante pour la dignité de notre sexe. Pourrions-nous garder le silence sur une injure si grave sans achever de nous déshonorer nous-mêmes quoi ! sire, votre majesté déclare à la face de l'Europe vouloir assembler la nation entière, et elle nous oublie dans la convocation ! cet oubli dédaigneux ne vient point de votre coeur, il est trop bon, ni de votre raison, elle est trop éclairée, ni de votre volonté, elle est trop droite ; c'est l'oeuvre malignement réfléchie d'un ministre partial qui n'a cherché à nous exclure de cette auguste assemblée que pour consommer notre néant politique.
Ne nous compte t'il donc pour rien dans l'Etat ? ou ne nous croit-il pas assez affectionnées au bien de l'Etat ? ou nous regarde t'il comme incapables de de traiter des affaires de l'Etat ? qu'il réponde !
Compter pour rien quatorze millions d'âmes, ce serait indubitablement la preuve de l'impéritie la plus complète en fait de calcul, comme en fait de législation. Cependant, c'est ici la faute insultante dans laquelle tombe à notre égard ce prétendu grand homme que l'on se plait à prôner comme le plus habile des calculateurs politiques. Oui, sire, nous formons dans votre empire une population au moins de quatorze millions ; si votre majesté en doutait, qu'elle assemble les deux sexes ; qu'elle les sépare ensuite en deux corps similaires ! elle verra par elle-même de quel côté sera le plus grand nombre.
Ce fait causé et constaté, nous demandons si une assemblée nationale de laquelle est injustement proscrite la classe la plus multipliée, peut être raisonnablement dénommée l'assemblée représentative de cette même nation, si elle a cette universalité morale, cette légalité suffisante pour sanctionner des lois, si ces lois prononcées à l'insu et contre le gré de ces quatorze millions d'âmes rejetées pourraient lier ces dernières si celles-ci ne sont pas en droit de se plaindre de l'omission injurieuse que l'on fait de leurs personnes dans une affaire qui les intéresse autant, en un mot si elles ne sont pas fondées à demander à être entendues ? la raison et la justice ont d'avance répondu à cette question.
Représenter à votre majesté, pour annuler nos titres civils et politiques, que nous ne sommes point assez affectionnées au bien de son service, ce serait en imposer indignement à votre religion. Sire, si votre ministre avait été capable de vous tenir un pareil langage, nous demandons vengeance contre lui... ah ! nous accuser, nous la portion la plus aimante et la plus sensible de votre royaume, d'être toutes de glace pour les intérêts de votre personne adorable à cette idée seules nos têtes s'échauffent, nos coeurs se soulèvent d'indignation, et nos mains brûlent d'étouffer l'indigne calomniateur.
Mettez à l'épreuve notre amour, sire ; vous verrez si les sacrifices les plus chers arrêteront la vivacité de notre sexe. Sans doute nous sommes bien attachées à nos bracelets, à nos bijoux, à nos pompons, à nos colliers, à nos pendants, à tous les objets brillants des modes impérieuses, nous y tenons plus que le haut clergé ne tient à ses immunités, la noblesse a ses prérogatives, la magistrature a ses privilèges, le financier a son or, que votre majesté parle ! Soudain à son ordre nous nous en dépouillerons toutes sans contestation, sans réclamation, sans protestation, sans regret des coeurs comme les nôtres ne savent rien refuser à leur souverain ; ils ne savent autre chose que lui obéir, l'aimer, le chérir, l'adorer et c'est pour eux la plus délicieuse de toutes les voluptés.
Attaquer pour motif d'exclusion notre incapacité préjugée pour les affaires d'Etat, ce serait un autre prétexte aussi peu recevable, d'abord nous défions notre ministre de nous citer un empire uniquement composé d'hommes sans aucune femme, géré par eux seuls dans toutes les branches de notre administration, et qui aïe subsiste avec cette organisation seulement l'espace d'une année ; et nous avec toute l'histoire, nous lui en produirons un tout formé de femmes sans aucun homme, gouverné par elles seules avec honneur, avec gloire, avec toute la sagesse désirée pendant des siècles entiers, ce fait unique réfute d'une manière invincible l'opinion malhonnête et défavorable à notre capacité pour les affaires. Rome naquit, il est vrai sans le ministère des femmes ; mais sans les Sabines, que serait devenu Rome ? elle eut disparu de dessus la surface de la terre presque aussitôt après sa naissance ?
En outre que votre ministre ouvre les annales de nos ancêtres, il verra que jadis dans nos Gaules, nos princes, nos chefs, nos magistrats ne prenaient aucune délibération importante soit pour la paix, soit pour la guerre, qu'ils ne formaient aucun projet essentiel, qu'ils ne l'exécutaient point sans avoir préalablement consulté notre sexe. Ils nous reconnaissaient donc capables des grandes affaires, les hommes d'alors : ils rendaient donc hommage à nos talents, ils étaient donc plus justes que les hommes d'aujourd'hui ; pourquoi cela ? Parce qu'ils étaient moins superbes et moins tyranniques, nous étions à leurs yeux autant de déesses, mais des déesses d'un autre genre que les déesses de nos jours.
Ces heureux temps ne sont plus, ils sont écoulés, ces siècles si glorieux pour nous, aussi qu'en est-il résulté ? Une multitude d'abus destructifs, une foule de malheurs déplorables, le despotisme enfin avec toutes ses fureurs, ce monstre ne pouvait naître que d'une tête masculine.
Quel bonheur pour la France, si la révolution qui s'élabore ramenait ces beaux siècles sur son horizon ! le patriotisme renaîtrait avec toutes les vertus dans les âmes françaises associées à la législation, rendues à notre liberté primitive, nous deviendrons autant de héroïnes, et nous donnerions une nouvelle race de héros à la patrie, prononcés en un seul mot ; sire, à votre voix reviendront ces âges fortunés.
A la vérité, il faut en convenir, nous n'avons point en général pour le moment les lumières requises pour redresser un mauvais gouvernement ; et pour en créer un bon. Mais il est un commencement à toutes choses. L'époque est favorable ; l'amour de la liberté échauffe nos âmes, le désir si naturel d'améliorer notre sort nous consume, la noble passion de la gloire parle à nos coeurs, la force de l'exemple que nous donnent les hommes nous anime ; saisissez donc, sire, l'occasion présente et n'écoutez point ces lâches courtisans qui, après nous avoir vanté nous mêmes à nous mêmes vont vous dire bassement que nous sommes inhabiles à acquérir les connaissances nécessaires à la représentation dans les Etats.
Si ces connaissances nous manquent actuellement, ce n'est certainement point à la nature que nous sommes redevables de ce défaut ; elle n'a pas été plus marâtre pour nous que pour nos despotes ; sans vanité elle nous a départi autant de génie, autant de jugement, autant de tête qu'à eux. A côté des grands personnages brillent avec éclat nos Blanches de Castille ; notre Elisabeth d'Angleterre, nos Marie d'Hongrie d'immortelle mémoire, et l'impératrice actuelle de toutes les Russies, cette souveraine admiration de l'Europe entière et la terreur du stupide croissant. Ce ne peut donc être qu'au despotisme masculin que nous devons cette ignorance universelle dans laquelle on tient tous nos talents ensevelis ; ce ne peut être qu'à cette tyrannie voluptueuse des hommes qui ont fait de nous prequ'autant d'automates assez plaisants pour les divertir et les amuser. Et c'est ainsi que l'homme a dégradé son semblable, et il n'en rougit pas !...Vous seul, sire, oui, vous seul êtes digne de réparer cet ouvrage fait à la nature, à la moitié du genre humain.
Au reste nous voyons appeler par vos ordres, aux assemblées de paroisse, aux assemblées de bailliage, et de sénéchaussées, des laboureurs, des paysans, des rustres qui certainement sont moins instruits que nous ne le sommes la plupart - quel conseil utile peuvent donner ces représentants ignobles que nous ne puissions pas donner nous-mêmes ? Pourquoi donc la loi qui par essence doit être impartiale, aux yeux de laquelle il ne doit point y avoir d'acception de personnes, les convoque t-elle de préférence à nous ? Ce n'est pas à raison de leurs lumières, puisqu'il sont dans l'impuissance d'en fournir ? Ce n'est pas non plus à raison de leur titre de possesseurs, puisque ce titre est commun aux deux sexes. C'est donc parce qu'ils sont hommes qu'on les appelle au conseil de la nation ; et nous on nous en exclut, pace que nous ne le sommes pas. Quelle indigne partialité ? Est-ce donc une tâche ignominieuse d'être né femme ? Sera-t-il dit que sous un règne si éclairé nous ayons à rougir de notre sexe ? Assurément si le bons sens et l'équité président aux états oecuméniques des français, ils abrogeront une loi odieuse qui met une distance presque infinie entre des êtres si étroitement rapprochés par la nature et la religion.
De plus voici une de ces vérités incontestables et lumineuses sur laquelle nous défions toute la France d'élever le moindre doute raisonnable. Il paraît évidemment d'après les déclarations émanées de votre conseil que les Etats généraux vont être une assemblée vraiment économique. Il est certain de toute certitude que l'économie publique, pour avoir une consistance solide, doit être moulée sur les principes de l'économie domestique ; et il est clair que quiconque entend le mieux celle-ci, est le plus capable d'éclairer celle-là ; or je demande actuellement les deux sexes est le plus familiarisé avec les opérations et les règles de l'économie particulière ? La réponse est donnée ; partout les faits déposent en notre faveur.
Oui, nous comptons dans notre classe beaucoup d'économistes et encore plus d'économes ; nos parties adverses ne l'ignorent point ; très souvent ils en ont fait l'utile expérience ; s'ils étaient justes ils l'avoueraient franchement. Qui sait même si parmi ceux qui suffrageront aux Etats généraux, quelques uns y apporteront d'autres lumières que celles de leurs épouses, ou de leurs servantes maîtresses ?
Nous avons des mères de famille parfaitement stylées au gouvernement d'un ménage, source première, quoiqu'éloignée, de l'aisance nationale. Parfaitement entendues à la régie de vastes possessions territoriales, parfaitement exercées à la conduite de plusieurs branches de commerce ; elles seraient à même de communiquer d'amples instructions sur ce triple objet ; et l'on ne voudrait pas les entendre ? Ah ! Ce serait visiblement fuir la lumière en affectant un violent désir de la connaître. La vérité sur nos lèvres ferait elle donc peur aux hommes ? Y perdrait-elle de son prix et de son amabilité ?
D'ailleurs nous avons à proposer quantité d'objets avantageux dont positivement ne s'occuperaient que les membres appelés à l'assemblée générale, objets qui cependant tendent tous à la régénération entière de l'empire.
1° Nous avons à solliciter la réforme de l'éducation frivole que l'on nous donne. N'est-il pas criant que l'on ne cultive en nous que nos facultés corporelles, comme si nous n'étions que matière, comme si nous n'avions pas d'âme ? N'est-il pas honteux que l'on se borne à nous apprendre à composer notre maintien, à symétriser nos gestes, à cadencer nos pas, à danser avec grâce, à chanter avec mélodie, comme si l'on ne voyait en nous que des marionnettes et des linottes à tête légère ? N'est-il pas humiliant que les oeuvres manuelles, telles que la couture, la broderie, le tricotage, soient les seules choses dont on occupe notre précieuse jeunesse, tandis que nous pourrions faire autant et même plus de progrès que les hommes dans les sciences et les arts nobles, surtout dans ceux qui ressortent du gout et de l'imagination, témoins, les Desnouliéres, les Duchatelet, les du Bocage etc ; pour arrêter à jamais le cours de ces abus, nous avons à proposer des écoles, des collèges, des universités à établir, où nous soyons admises pour y recevoir les instructions nécessaires au développement entier de nos facultés intellectuelles, afin que nous puissions concourir, autant qu'il sera en nous, à l'oeuvre immortelle du bonheur général.
2° Nous avons à dénoncer aux Etats un autre abus qui excitera toujours les réclamations de tout être qui sent et dont la propagation si l'on n'y prend garde, inutilisera peu à peu les sources les plus fécondes de la population, nous voulons parler de ce célibat monstrueux qui ne cherche que des plaisirs sans peine, qui multiplie les crimes, qui dessèche les âmes, perpétue l'égoïsme, corrompt les moeurs, porte le déshonneur avec le trouble dans le sein des familles, même les plus honnêtes, il gagne insensiblement nos villes, nos campagnes, nos provinces. Qu'en résulte-t-il ? Sire, il en résulte que de toutes les filles qui naissent dans votre royaume à peine s'en établit-il la moitié, et que les délaissées n'ont que des voeux ardents, mais stériles, à faire pour la multiplication des forces de l'Etat, car ce n'est point à elles qu'il faut attribuer ce fléau destructeur de la société.
Ce vice si opposé aux vues de la nature ainsi qu'à celles d'une sage constitution mériterait toute l'attention des législateurs. Combien de fois ne les a-t-on pas sollicité au nom cher de la patrie d'arrêter au plus tôt un désordre aussi dangereux ? Et cependant quel remède y ont-ils apporté ? Aucun, car ils sont juges et parties.
Il en est pourtant de très salutaires ; le plus efficace, ce serait de noter d'infamie tous ces célibataires de gout, de les déclarer inhabiles à posséder les charges, de les exhéréder, d'adjuger leurs hérédités aux filles sans biens, ou trop peu favorisées de la fortune, de les en doter en un mot.
Mais une sage précaution à prendre serait de ne les investir de ces dots qu'à proportion qu'elles trouveraient des établissements et ces dots devraient être proportionnées :
1° à leur naissance, une fille de condition serait privilégiée ;
2° à leur âge, trente ans par exemple, obtiendraient une dot considérable, parce que le temps presse ;
3° aux avantages de leur corps, les disgraciées de la nature seraient abondamment pourvues, et la beauté et les grâces tiendraient lieu de supplément légitimaire ; l'amour murmurerait de ce règlement ; mais la loi n'a pas les yeux de l'amour, une loi pareille à l'exécution de laquelle on veillerait attentivement vivifierait la population, et les bonnes moeurs y gagneraient prodigieusement.
Il est, sire, une infinité d'autres abus de non moins grande importance, et dont le bien de l'Etat exige une prompte suppression ; par exemple, ces assemblées anglomanes de moderne création établies sous le nom de clubs, inconnues à nos mères, où les jeux et les plaisirs bien plus que les nouvelles du temps rassemblent régulièrement tous les jours la jeunesse de nos villes, assemblées antisociales qui ont élevé entr'eux et nous un mur de séparation, nous isolent, et nous réduisent la plupart au triste sort de la malheureuse fille de Jephté.
Nous seules, sire, sentons les funestes inconvénients de cette foule d'abus ; nous seules par conséquent sommes capables de rendre sensible la nécessité pressante de les supprimer, parce que nous seules en souffrons, et que l'éloquence de la souffrance est plus pathétique, plus touchante, et plus lumineuse que l'éloquence de la froide raison. Des hommes chargés de plaider notre cause n'y mettraient pas cette chaleur, ce qui fait éclore la vérité la persuade, et entraîne en sa faveur la majorité des suffrages ; leur intérêt, leurs préjugés, leurs passions, leurs préventions sexuelles, et peut-être aussi leur indifférence s'y opposeraient. Accordez-nous donc, sire, la liberté de la discuter nous même en présence de la nation assemblée. Notre admission est d'autant plus nécessaire que, suivant les annonces publiques, on doit soumettre à son auguste tribunal une question des plus délicates et des plus importantes pour notre existence civile.
Nous voulons parler de la question du divorce sur lequel la raison et la nature ne permettent pas de prononcer sans notre participation et sans nous entendre, attendu que, si le divorce passait en loi, nos législateurs toujours tyranniques pourraient y annexer des clauses toutes à notre charge auxquelles ils serait injuste de nous assujettir forcément.
Pour cet effet qu'il plaise à votre majesté d'ordonner la tenue de nos états préparatoires aux Etats généraux, d'en déterminer l'organisation, de régler les formes de nos élections, de fixer le nombre de nos représentants, de nous prescrire les règlements que nous devons suivre, et de nous adresser ensuite les lettres convocatives.
Que votre majesté ne craigne point d'éprouver de notre part aucun de ces obstacles que l'ambition, l'orgueil, le vil intérêt de certaines classes d'hommes n'ont pas rougi d'apporter à la sagesse de vos vues ! Non, non, sire, nous n'avons ni droits chimériques, ni coutumes abusives, ni franchises onéreuses, ni méfiances injurieuses, ni mauvaise volonté à opposer à la bienfaisance et à la droiture de vos intentions ?
Que vous convoquiez ou par sénéchaussées ou par bailliages, ou d'une autre manière, toute forme de convocation prescrite par vos ordres sera légitime à nos yeux. Que notre tiers Etat aie égalité de voix avec notre noblesse ou que notre noblesse aie deux suffrages contre notre tiers Etat, nous nous soumettrons avec joie au règlement que vous voudrez nous tracer sur cet article ; en tout votre voeu sera le notre ; nous abandonnons toutes ces pointilleries ridicules et scandaleuses à l'orgueil masculin.
Il n'est qu'une seule grâce que nous osions demander avec instance à votre majesté ; c'est que nos opinions soient prises, non par ordre, mais par tête, parce que, plus nous serons à opiner, mieux nos intérêts seront à discuter et mieux ils seront connus.
Les dispositions générales de nos esprits, comme votre majesté peut le voir, sont bien peu concordantes avec celles de nos rivaux. C'est que leurs coeurs sont divisés, et que les nôtres ne le sont pas, étant tous réunis par les sentiments profonds dont nous pénètrent vos bontés paternelles. Heureuses et mille fois heureuses, si par les exemples de notre obéissance, et de notre respect, nous pouvions rappeler les ennemis aveugles de la félicité publique à la soumission qu'ils doivent à votre autorité suprême !
Sire, il est de l'honneur de votre couronne d'accéder à notre demande ; car s'il est glorieux pour un monarque de régner sur des hommes libres, il ne l'est pas moins pour lui de régner sur des femmes élevées à la même dignité.
Nous sommes avec la vénération la plus profonde de votre majesté les très humbles et très soumises sujettes citoyennes de S. jean de luz et Cibourre."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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