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samedi 19 octobre 2024

UN CRIME À CIBOURE EN LABOURD AU PAYS BASQUE LE 31 DÉCEMBRE 1929 (première partie)

UN CRIME À CIBOURE EN DÉCEMBRE 1929.


Le dernier jour de l'année 1929, un crime secoue la commune de Ciboure peuplée d'environ 4 000 habitants, et administrée par le Maire Jean-Baptiste Duhau.



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CROIX BLANCHE CIBOURE
PAYS BASQUE D'ANTAN





Voici ce que rapporta à ce sujet la presse dans plusieurs éditions :



  • Le Phare de la Loire, le 2 janvier 1930 :

"D'un coup de couteau, il tue son rival. Il est arrêté peu après.


Bayonne, 1er janvier. — Un groupe de jeunes gens passaient au lieu dit "La Croix Blanche" quand, à Ciboure, ils découvrirent un militaire gisant dans une mare de sang et ayant cessé de vivre.


La gendarmerie prévenue ouvrit une enquête.



La victime put être identifiée, il s'agit du soldat Loiseau, du 131e régiment d'infanterie. Ayant appris que Loiseau fréquentait un nommé Passicot, les gendarmes recherchèrent ce dernier qu'ils interrogèrent sur l'emploi de son temps et celui de la victime. Passicot prétendit d'abord tout ignorer, mais des traces de sang ayant été relevées sur ses vêtements il fut pressé de questions et ne tarda pas à entrer dans la voie des aveux.


La jalousie fut le mobile du crime. Passicot fréquentait une jeune fille que Loiseau convoitait également. Furieux, Passicot accompagna pendant la nuit Loiseau jusqu'à "la Croix Blanche" et le frappa brutalement avec un couteau de cuisine dont il s'était muni. 


L'arme fut retrouvée et saisie."


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CROIX BLANCHE CIBOURE
PAYS BASQUE D'ANTAN


  • la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, le 27 février 1930 :

"Le drame de Saint-Jean-de-Luz devant la Cour d'Assises.

Dans la nuit du 31 Décembre 1929, Passicot tua son camarade Louison...

Dix ans de travaux forcés.



On a dit que Passicot en portant son coup de couteau, rencontra un os et qu'il fit alors dévier l'arme afin de l'enfoncer plus profondément.



On se souvient de l'émotion que suscita, à Saint-Jean-de-Luz et dans les environs, cette affaire de meurtre, à la fin du mois de décembre dernier, meurtre qui eut la jalousie pour mobile. Rappelons brièvement les faits.



Le 31 décembre 1929, vers minuit, des jeunes gens de Ciboure, parmi lesquels se trouvaient MM. Quatrevieux et Esquerremendy, rentraient à leur domicile en suivant la rue Evariste-Baignol, lorsqu'ils aperçurent sur le côté droit de la chaussée le corps inanimé d'un militaire.



Les gendarmes de Saint-Jean-de-Luz aussitôt prévenus, se rendirent sur les lieux et identifièrent rapidement la victime. Il s'agissait du jeune Robert Loison, 21 ans, pupille de l'Assistance publique, élevé depuis l'âge de 13 ans par les époux Mondiluco demeurant à Urrugne et accomplissant son service militaire au 137e R.I., à Quimper.



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EGLISE CIBOURE 1929
PAYS BASQUE D'ANTAN


Les recherches immédiatement entreprises permirent d'apprendre que Loison avait passé la journée et la soirée du 31 décembre chez sa fiancée, la demoiselle Dussert Mireille, demeurant à Ciboure, rue Evariste-Baignol, en compagnie d'un camarade nommé Passicot François, âgé de 21 ans.



Les renseignements fournis par la demoiselle Dussert amenèrent les gendarmes à soupçonner Passicot d'être l'auteur du crime. Ils se rendirent chez lui mais cet individu affirma s'être séparé de Loison dans la soirée, vers 11 heures, en excellents termes.



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CIBOURE 1929
PAYS BASQUE D'ANTAN


Les aveux du jeune meurtrier.



Les gendarmes, en examinant les vêtements présentés par Passicot, constatèrent qu'ils étaient tachés de sang. D'autres traces sanglantes avaient été lavées.



Aussi l'interrogatoire se fit plus pressant. Passicot, acculé, fut contraint d'avouer.



Il reconnut avoir frappé Loiseau d'un coup de couteau mais il mit son geste sur le compte de la colère. Son ami, dit-il, l'avait provoqué.



Mais l'instruction établit que le meurtre avait été prémédité.



Le coup fut porté avec une grande violence. Traversant le cache-nez, la tunique et la chemise, la lame s'était profondément enfoncée dans la poitrine du malheureux soldat, perforant le péricarde et les deux oreilles du coeur. Une hémorragie abondante s'en suivit et la mort fut presque instantanée. 



Les deux jeunes gens avaient passé la soirée chez la fiancée de Loison.



Passicot n'avait guère d'autre camarade que Loison. Ensemble ils avaient fait la connaissance en 1928 de Mlle Dussert.



Puis Loison était parti au service militaire au cours du mois de mai. Venant en permission le 29 décembre il fut heureux de retrouver Mlle Dussert avec laquelle il avait toujours correspondu. Ce jour-là il passa la soirée dans la famille de la jeune fille et y rencontra Passicot. Le lendemain il y revint et y trouva son camarade. Le 31 décembre il en fut de même. Après avoir passé l'après-midi ensemble, Loison et Passicot furent dîner chacun dans leur famille.



Bien qu'il eût toujours sur lui un couteau de poche, Passicot emporta un couteau de cuisine à lame fixe, celui dont il devait se servir pour frapper son camarade.



Il se rendit chez Mlle Dussert. Loison y était déjà. Vers 22h 30, Mme Dussert invita les jeunes gens à se retirer et fut se coucher. Passicot sortit ; Loison occupé à faire un dessin resta seul avec sa fiancée. Pendant ce temps Passicot se promenait devant la maison. Vers 23 heures, Loison sortit.



Le meurtre.



Au lieu de rentrer à son domicile, Passicot accompagna son camarade, prenant soin de se placer à sa droite.



A peine avait-il parcouru deux cent mètres que Passicot, sortant de sa poche le couteau de cuisine, qu'il avait jusque-là dissimulé, en portait un coup à Loison. Celui-ci mortellement atteint fit quelques pas et tomba à l'endroit où des jeunes gens le trouvèrent vers minuit. Aussitôt le coup donné, Passicot s'enfuit et rentra chez lui.



Il n'y eut pas de discussion.



Le meurtrier a reconnu les faits mais il prétend n'avoir frappé Loison qu'après une discussion au cours de laquelle il avait reproché à son camarade de lui prendre sa fiancée.



Contrairement à ses dires, il n'y a pas eu de discussion entre lui et Loison, l'information l'a nettement démontré.



Il n'est pas davantage exact que Passicot ait eu à reprocher à Loison de lui prendre sa fiancée. Mireille Dussert affirme qu'elle n'avait jamais promis à Passicot de l'épouser. Ce n'est donc pas au moment même du crime et de la bouche de Loison que Passicot a appris que Mireille Dussert ne voulait pas l'épouser. C'est de la jeune fille elle-même.



Le coup mortel n'a donc pas été porté sous l'empire de la colère et de la déception provoquée par une révélation subite. Il a été longuement prémédité.



En réalité, la violence même avec laquelle le coup mortel a été porté en l'absence de toute discussion préalable, prouve que Passicot, par jalousie, après avoir prémédité son crime, l'a froidement accompli.



Loison était un jeune homme sérieux, d'un caractère doux et tranquille, ne cherchant jamais querelle à personne.



Quant à Passicot, les renseignements recueillis sur son compte ne lui sont pas défavorables. Toutefois, c'était un garçon sournois et taciturne, vivant presque toujours seul et n'ayant pas de camarades.



Tels sont les faits qui résultent de l'instruction et que le greffier Péraro rappelle aux jurés après que le M. le Conseiller a déclaré la séance ouverte, qu'on a fait l'appel des témoins — au nombre d'une vingtaine — et que Passicot a pris place dans son box, entre ses gardiens, derrière son défenseur, Me de Sèze."



A suivre...



(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)











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jeudi 18 janvier 2024

LETTRES DU PAYS BASQUE EN SEPTEMBRE 1881 (quatrième et dernière partie)

AU PAYS BASQUE EN 1881.


Dès la fin du 19ème siècle, de nombreux voyageurs se rendent au Pays Basque et racontent souvent leurs voyages.




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ST JEAN DE LUZ EN 1865
PHOTO DE LADISLAS KONARZEWSKI




Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Phare de la  Loire, le 29 septembre 1881 :



"Lettres du Pays Basque.


IV.

... Saint-Jean-de-Luz, le 26 septembre 1881.



Je crois vous avoir dit déjà que Saint-Jean-de-Luz n’est qu’à douze kilomètres de Hendaye, dernière station du chemin de fer français ; mais par une convention avec la ligne espagnole, les trains français passent la Bidassoa sur un pont en tôle et s’arrêtent à Irun, qui sert de tête de ligne aux railways de la péninsule. Une pareille proximité ne peut que tenter les touristes ; aussi, en est-il bien peu qui se privent du plaisir peu coûteux d’aller fouler le sol ibérique. Les deux points d'excursion les plus fréquentés par ceux qui ne veulent pas faire un véritable voyage en Espagne, sont Saint-Sébastien et Fontarabie. Cette dernière ville n’est qu’à deux kilomètres d’Irun, en descendant lu Bidassoa jusqu’à son embouchure. Le jour que nous avions choisi pour cette dernière excursion nous offrait un double attrait par la perspective d’une course de taureaux. Or, vous savez combien ce genre de divertissement est populaire eu Espagne. Je n’étais donc pas fâché de voir à la fois le spectacle et les spectateurs, car il y a dans les émotions que soulèvent les scènes de tauromaquie plus d’une élude de mœurs à faire. D ailleurs, la répugnance qu'aurait pu nous causer cette représentation, était singulièrement diminuée par cette considération qu’il ne s’agissait pas d’un de ces combats de taureaux où la course n’a pas été bonne quand le taureau n’a pas éventré au préalable, et avant de succomber lui-même sous l’épée du torero, une dizaine au moins de pauvres chevaux montés par les picadores et voués d’avance à une mort aussi certaine que si on les envoyait à l'équarisseur. Fontarabie, cité aujourd’hui déchue de son antique splendeur, n’a pas les moyens de se payer de pareilles émotions ; elle n’a pas assez d'aficionados, amateurs, et ne possède d ailleurs pas de cirque fermé. Comme dans nos Landes et quelquefois dans les arènes de Nîmes, la course devait se borner à écarter, soit, en français, à éviter le taureau, sans qu’il s’en suivit la mort de personne. Ce genre d’exercice, qui ne semble au premier abord devoir intéresser que médiocrement, donne lieu, au contraire, à des scènes fort émouvantes et où toute l’habileté et la légèreté des lutteurs leur est très souvent nécessaire, car s’il est entendu que l’on ne tuera pas le taureau, l'accord n’a rien de synallagmatique, et celui-ci y va bon jeu bon argent, fondant avec ses cornes sur ceux qui l’importunent et donnant tète baissée sur l’adversaire qui l’excite. Gare à l’imprudent qui n’est pas assez leste ; un coup de corne est aussi vite donné que reçu, et les gens qui aiment les émotions trouvent souvent à ce genre de course mainte occasion de se satisfaire.



L’arrivée à Fontarabie est tout ce que l'on peut imaginer de plus pittoresque au monde. Sans avoir jamais subi la catastrophe de Pompeï et d’Herculanum, enterrées vivantes sous les cendres de l’Etna et retrouvées intactes après deux mille ans, Fontarabie réalise ce miracle singulier d’avoir conservé, en plein air, sa physionomie du seizième siècle. L’horloge de son antique église retarde de 300 ans sur nos cadrans pneumatiques.





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RUE PRINCIÄLE ET EGLISE FONTARRABIE GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Fontarabie n'est sans doute pas restée intacte. Ainsi que Saint-Jean-de-Luz, sa rivale, avec qui elle lutta jadis sur les mers, comme Hendaye, située en face, de l’autre côté de la Bidassoa, et avec laquelle elle a souvent échangé des boulets destructeurs, Fontarabie présente l'aspect de la désolation et des ruines. Assise sur une petite hauteur qui domine la Bidassoa et défend toute la rade, elle n’a conservé qu’une partie de l’épaisse ceinture de remparts et de tours rondes qui la faisaient imprenable. Ces ruines menaçantes, minoe ingentes murorum, portent encore sur leurs larges brèches la trace du canon des Bonnivet, des Berwick et des Lamarque. Mais, à cause même de ses malheurs et de l'abandon qui s’en est suivi, la cité déchue et dépeuplée a conservé sa couleur antique. Elle semble une apparition d’un autre âge. On y pénètre par une porte de ville d’un grand style, admirablement conservée et pourtant sculptée, en ronde bosse les armes de la ville.




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RUINES FORT FONTARRABIE GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN



La rue, très escarpée, qui part de là pour monter à la grande place, vous transporte en plein style espagnol du XVIe siècle. Blasonnée à toutes ses portes, ornée de balcons en fer forgé à tous les étages ou de ces avancées ou logettes en bois capricieusement déchiqueté, qui rappellent les moucharabys du Caire, et au pied desquelles ronronnaient jadis les guitares amoureuses, enrichie de maisons monumentales aujourd’hui inhabitées, cette rue est un véritable modèle du genre. Il faudrait aller jusqu'à Tolède ou à Burgos, pousser jusqu’à Cordoue pour en retrouver de semblables. L’église, consacrée par l’évêque de Bayonne en 1542, est très belle à l'intérieur. A l’extérieur, l’aspect en est des plus étranges ; figurez-vous un immense pignon absolument lisse, veuf de tout ornement, sculpture, baie ou ouverture quelconque, sauf le portail. Du balcon de la sacristie on jouit d’une vue merveilleuse sur toute la rade de Fontarabie. Sur la place, précisément celle où doit avoir lieu la course de taureaux, se dresse la masse imposante et nue qui forme la façade principale du château de Jeanne la Folle, dont les fondements furent bâtis par Sanche-le-Fort et qui fut achevé par Charles-Quint.



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INTERIEUR CHÂTEAU CHARLES QUINT FONTARRABIE
PAYS BASQUE D'ANTAN






La place, à notre arrivée, était déjà occupée par des légions de jeunes gamins espagnols, muchachos, juchés sur les barrières en madriers qui fermaient la place sur ses quatre côtés, en laissant toutefois sur les bas-côtés une large place à la circulation. Les balcons regorgeaient de curieux, toutes les fenêtres disponibles étaient louées. Sur un des côtés de la place un auvent, couvert ou tuiles, part d’une maison et la met en communication avec la barrière qui de ce côté est fermée par une porte en planches. C’est de la cour de cette maison que doivent partir les taureaux. Sur la couverture que nous venons de décrire trônent les musiciens. Faudra-t-il s'étonner, si par suite, il leur arrive d’être quelquefois au-dessus du ton ?




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PLAZA DE TOROS FONTARRABIE GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN




Après une attente assez longue, motivée par des régates qui nécessitaient la présence de la musique dans le port, les commissaires des courses arrivent enfin et à leur suite les musiciens, suivis des chulos et des picadores en costume national, dont le premier brandissait un drapeau rouge. Les autres avaient des capes en soie de diverses couleurs très voyantes, destinées à exciter le taureau. Ils se répandent dans l'arène et, à un signal donné par la musique, la barrière en bois du côté de la maison dont nous venons de parler s’ouvre et livre passage à un jeune taureau ou novio, tout noir, qui s’élance en soufflant fortement des narines jusqu'au milieu de la place. Là il s’arrête court sur ses jarrets et contemple d’un air donné la foule bruyante qui l’encadre et ses adversaires disséminés, agitant leurs capes et cherchant à attirer son attention. Son choix est bientôt fait, il fond sur l’un d'eux, qui l’évite par un saut de côté. L’animal s’arrête surpris devant la barrière hérissée de spectateurs qui le gouaillent et se moquent de lui à l'envi. Pendant ce temps, un chulo s’est approché de lui par derrière. Il se retourne et reprend sa course sur ce nouvel objectif ; mais, en route, son attention est détournée par une cape qu’on lui a jetée sur les cornes et dont il se débarrasse aisément.




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PLAZA DE TOROS FONTARRABIE GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Sur ces entrefaites, un jeune homme qui, bien que mêlé aux écouteurs, ne se distinguait par aucun costume spécial, en longue veste et pantalons en drap bleu, coiffé d’un béret de même couleur, retire sa veste, la suspend à un poteau, et, un simple petit mouchoir blanc en main, va se poster devant le taureau, à très petite distance, en dansant à pieds joints devant lui et en agitant son mouchoir. Le taureau part sur lui comme un trait. Un cri s’échappe de toutes les poitrines. Les redoutables cornes vont l'embrocher, il s’eu faut d’un rien, mais une simple pirouette a suffi au nouveau venu pour éviter leur atteinte, et un tonnerre d’applaudissements rend hommage à son sang-froid. Après plusieurs passes du même genre, le taureau, abruti de son insuccès, semble renoncer à la lutte ; il est visiblement découragé, quoiqu’il écume de fureur.


Un otro ! un autre ! s'écrie la foule. Les portes s’ouvrent de nouveau, un bouvier, suivi d’une vache, entre. A cette vue, le taureau accourt se ranger à côté de la vache et reprend galamment avec elle le chemin de l'étable, au milieu de huées et des lazzis des spectateurs.



La musique du toit joue un intermède et reprend l’air caractéristique du début qui doit être la marche du taureau. Cela ressemble à quelque chose comme la marche funèbre de Chopin, que l'on aurait mariée au God save the queen.



Enfin, la barrière s’ouvre derechef pour livrer passage à un nouvel acteur. Cette fois, c'est un taureau au pelage roux. L’extrémité seule du mufle est blanche. Il boit dans son lait, comme on le dit des chevaux dont la ganache est blanche. Ses allures plus sauvages, la musculature plus vigoureuse, les jambes fines et sèches, tout révèle en lui un adversaire redoutable. Un de mes voisins le reconnaît pour avoir figuré avec honneur aux dernières courses de Saint-Sébastien, où il n’a été épargné qu’en raison de sa jeunesse. Le taureau fait lentement le tour de l’arène en touillant de ses sabots de devant en signe d’impatience. Les chulos ne lui font que de timides et lointaines agaceries ; l'un d'eux se hasarde plus près. Le novio part comme une détente et le chulo n’a que le temps de jeter sa cape et de s’élancer d’un bond sur la balustrade à une hauteur qui le met à l’abri. Le taureau revient au centre de la place et se met en observation. A cet instant, un homme caché par quelques planches se détache et lui donne un coup d'aiguillon.





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PLAZA DE TOROS FONTARRABIE GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN




L’animal mugit de douleur, lance une ruade dans le vide et se met à parcourir la place en rond, faisant fuir tout le monde sur son passage. A ce moment, une petite flèche en bois terminée par une pointe en fer, barbelée comme un hameçon, lui est décochée, elle vient se fixer dans la partie charnue du train de derrière, un autre lui succède presque immédiatement qui s’attache au garrot. La bête affolée multiplie ses efforts pour s’en débarrasser et ne parvient qu’à les enfoncer plus profondément. Une mousse blanche perle sur ses naseaux. L’animal fouille la terre du pied droit. On sent qu’il ne fera pas bon pour celui qui viendra le harceler. On voit alors reparaître ou plutôt se détacher du groupe des chulos, qui en général se sont toujours tenus à des distances aphélies on ne peut plus respectueuses, le jeune homme dont j’ai parlé plus haut et dont le type et le costume n’ont rien d’espagnol. toujours en manches de chemise, le béret sur la tête et un simple petit mouchoir blanc à la main droite, il vient se poster en face du taureau et exécute devant lui une pyrrhique des plus audacieuses en s’accompagnant avec ses doigts en guise de castagnettes. Le taureau se précipite sur l'audacieux qui ose ainsi le braver. L’homme l’attend de pied ferme et se jette prestement de côté au moment même ou un le croyait déjà entre les deux cornes. Les applaudissements éclatent de toutes parts, mais le taureau s’est retourné dans l’intervalle et faisant comme l'on dit, tête en queue, fond de nouveau sur son ennemi qui l’évite avec la même adresse et le même sang-froid par une simple pirouette sur place. La bête, ainsi déçue, mugit de rage, revient sur ses pas et poursuit son adversaire qui s’enfuit d’abord puis s’arrête court en faisant un bond de côté. Malheureusement ses pieds glissent sur le sol détrempé par les pluies des jours précédents et il tombe. En un clin d'œil, le taureau est sur lui et le fouille avec ses cornes, mais l’homme s’est déjà pelotonné en boule entre les jambes de l’animal qui cherche en vain à l'atteindre.



Un cri d'effroi, dans lequel domine la note féminine, est poussé par toute la place. J'avoue qu’en ce moment mon angoisse fut telle que je détournai la tête pour ne pas voir ce qui allait se passer. Quelques secondes après, quand je regardai de nouveau, l'homme était debout, sa chemise quelque peu souillée de boue, un accroc à son pantalon et son béret disparu, mais dansant toujours les pieds joints et agitant ses deux bras pour montrer à la foule qu’il n’était pas même blessé. Les chulos avaient réussi à faire diversion en harcelant la bête, et, pendant ce temps, notre homme s'était dégagé de dessous.



Je renonce à vous décrire les vivats enthousiastes, les bravos, les muy bien ! qui accueillirent cette héroïque maladresse, se terminant si adroitement. A partir de ce moment, l’intérêt de la course ne fit plus que languir. Le taureau se lassa comme le premier et fut remplacé par un troisième dont je ne vous raconterai pas les prouesses pour ne pas retomber dans les redites. Il était évident que le héros de la course avait été celui qui avait failli y périr, et la place se vida, chacun faisant éloge du petit français, car, en effet, c’était un compatriote.



Ce ne fut qu’à ce moment que j'appris sa nationalité. Je m’en étais bien un peu douté déjà à son costume et a son béret bleu, et surtout à sa manière toute différente de harceler et d’écarter le taureau suivant la méthode landaise. Mais, comme l'on est toujours chauvin à l’étranger, je dois confesser que je ne fus pas fâché que la palme eut été remportée par un des nôtres. Il avait assurément lait preuve d’un courage, d’un sang-froid et d’une agilité qui laissaient bien loin derrière lui ses compétiteurs espagnols.



Le soir, en rentrant à St-Jean-de-Luz par Hendaye, mes suppositions furent encore mieux confirmées. On me montra à la gare le jeune héros de la journée. C'était un modeste employé de la Compagnie du chemin de fer du Midi, attaché à la station d'Hendaye et natif des environs de Dax, dans les Landes. Je fus frappé en le voyant de l'exiguïté de sa taille. Il m’avait paru beaucoup plus grand dans l’arène. Je lui fis naturellement les compliments que méritait sa bravoure et je m’assurai qu'il n’avait pas d'autre blessure que celle de son pantalon. Ce qu'il y avait d’amusant à entendre dans son français chaudement coloré par l'accent méridional, c'était l'expression de son mépris pour la façon dont les Espagnols combattent le taureau.



Il réprouvait souverainement l’emploi de la cape comme un moyen déloyal de tromper le taureau : "On ne se bat pas avec des draps de lit, me disait-il. Le taureau est brave, donc il faut être brave comme lui."



On pensera ce que l'on voudra de ce don quichotte, français cette fois, mais je prenais plaisir a entendre l’expression naïve de cette jeune loyauté. Il me semble impossible que lorsque l'on est aussi brave devant les deux cornes acérées d'un taureau, on n’apportera pas la même intrépidité à défendre un jour son pays s'il était menacé. Je réprouve sans doute les horreurs sanguinaires des courses de taureaux telles qu’elles ont lieu dans les cirques d’Espagne, mais il serait facile de plaider les circonstances atténuantes en faveur des courses landaises qui pourraient trouver grâce en faveur du courage et de l'agilité qu’elles exigent."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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lundi 18 décembre 2023

LETTRES DU PAYS BASQUE EN SEPTEMBRE 1881 (troisième partie)

AU PAYS BASQUE EN 1881.


Dès la fin du 19ème siècle, de nombreux voyageurs se rendent au Pays Basque et racontent souvent leurs voyages.




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ST JEAN DE LUZ EN 1865
PHOTO DE LADISLAS KONARZEWSKI




Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Phare de la  Loire, le 23 septembre 1881 :



"Lettres du Pays Basque.


III.


... Saint-Jean de-Luz, le 21 septembre 1881



Le séjour de Louis XIV n’est pas la seule visite dont Saint-Jean-de-Luz ait été honoré. Louis XI, appelé comme médiateur entre les rois de Castille et d’Aragon, parcourut toute la limite des Pyrénées et fut hébergé par ses amés et loyaux sujets de Saint-Jean-de-Luz ; il les récompensa en érigeant leur port en port franc.



Charles IX, reconduisant la reine d'Espagne, sa sœur, s’arrêta huit jours avec elle à Saint-Jean-de-Luz, tant il y prit plaisir aux danses basques et aux promenades en mer. Mais les archives de la cité conservent un autre souvenir qui contraste singulièrement avec les fêtes de Charles IX et les splendides épousailles de Louis XIV, c’est celui du passage de François 1er.




roi france marignan pavie
PORTRAIT DU ROI FRANCOIS 1ER VERS 1530
PAR JEAN CLOUET



François 1er, au sortir de sa prison de Madrid, fut échangé le samedi 17 mars 1526 sur la rivière d’entre Fontarabie et Hendaye et par bateaux. Il fit une halte de quelques heures à Saint-Jean-de-Luz.



Un repas somptueux y avait été préparé pour François et sa suite. L’histoire nous a même conservé le menu de ce dîner servi à "l’hostel du roy," où, sans compter "la venaison, boucherie et verdurerie," les diverses espèces de poissons de mer apparaissent tour à tour et où l’on remarque la présence de deux cents huitres "en leurs escailles."



N’y a-t-il pas quelque chose de touchant dans l’accueil fait par ces braves citoyens de Saint-Jean à leur roi libéré, comme s’ils eussent voulu le remercier ainsi de n’avoir pas désespéré de la France même après Pavie et de n’avoir voulu acheter sa liberté au prix d’aucune concession qui ne fût digne de lui. Aussi raconte-t-on que, touché de l’effusion de cet accueil. François 1er s’écria : "Je suis donc encore roi de France !"



Mais ce serait s’abuser que de croire que ces passages royaux tournaient toujours au profit de la ville qui en était honorée. Ainsi, pour le mariage de Louis XIV, Saint-Jean-de-Luz contribua pour sa large part au don volontaire de 20 000 livres que la province de Labourd vota "en l’honneur de l’heureux mariage." De plus, la majeure partie des dépenses de logement et d’entretien du roi et des seigneurs, des gentilshommes et des gardes pendant six semaines, fut supportée par la ville et par les particuliers !



Mais Saint-Jean-de-Luz n’est pas seulement intéressante par les souvenirs historiques qu’elle évoque, sa population urbaine et rurale mérite aussi d’être étudiée, pour des visiteurs bretons, l’intérêt est d’autant plus marqué, qu’on y retrouve beaucoup d'analogies avec nos bretons du Bourg de Batz, et surtout avec la race dure et granitique qui peuple encore le pays de Sein, dans le Finistère.



Comme celles du Breton, les origines du Basque sont encore inconnues, et servent du texte à des discussions interminables entre savants. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’on ne leur a trouvé aucune communauté entre elles, et encore moins avec les autres langues parlées sur le globe. Etablies aux deux extrémités de la côte occidentale de la France, à la pointe de Bretagne et au fond du golfe de Gascogne, ces deux races se sont conservées jusqu’à nos jours avec leur originalité presque native, et tout en luttant pied à pied contre les invasions de la langue française, et ne lui cédant le terrain qu’avec une lenteur séculaire que le recrutement militaire n’entacha que  faiblement. Etrange spectacle qui n’a d'écho que dans la Cornouaille anglaise, située en face de notre Bretagne et sur le versant opposé des Pyrénées, où l’on rencontre toute une population de basques espagnols parlant, à de très légères différences près, la même langue que nos basques français.



Mats nous ne voulons pas nous appesantir plus longtemps sur ce sujet qui dépasse à la fois les limites d’une lettre et notre compétence, et qui serait bien mieux du domaine de notre collaborateur M. Julien Vinson, un des rares savants qui connaissent le mieux aujourd’hui la langue basque et son histoire.



Contentons-nous de dire que la race basque est à notre avis une des plus nobles que nous connaissions aussi bien au point de vue moral qu’au point de vue physique. Les femmes sont généralement belles, les hommes lestes et bien découplés. Un grand fond d'honnêteté règne dans les campagnes. Le Basque est très aventureux ; quoique son pays soit riche et fertile, il émigre volontiers. Cette soif d'émigration excitée par l’exemple du retour de quelques enrichis, est même devenue une des plaies agricoles du pays où les travaux de la terre manquent de bras.



C’est surtout vers les bords de la Plata que se dirige leur objectif, et les colonies françaises de Buenos-Ayres et de Montevideo, qui sont les plus nombreuses comparativement aux autres nationalités, se composent presque exclusivement de Basques. Si tous n’y font pas fortune, tous y trouvent au moins à vivre et ils y jouissent d’une réputation d’honnêteté des mieux justifiées. Un journal mi-partie rédigé en basque et en français y représente les intérêts de nos compatriotes et constitue par son importance un des principaux organes de la presse argentine.



A propos de journal, j’avais oublié de vous dire que Saint-Jean-de-Luz, comme toute ville de bains qui se respecte, possède un journal qui en est à son neuvième ou dixième numéro. Pourquoi pas, puisque Biarritz en a trois dont un pornographique ?



pays basque autrefois labourd port ciboure rade baie
CARTE TOPOGRAPHIQUE
BAIE SAINT-JEAN-DE-LUZ CIBOURE


Donc Saint-Jean-de-Luz a son journal, hebdomadaire il est vrai, mais c'est déjà un progrès. Il est intitulé Le Journal de Saint Jean-de-Luz. On dirait volontiers qu’il ne croit pas lui-même à sa longue existence, car l’abonnement est de 1 fr. 50 pour la saison ; quant à la rédaction, c'est tout le monde, s’il faut s’en rapporter à l'annonce en tête du journal où il est dit qu’on acceptera le concours de toute personne de bonne volonté. On peut juger des merveilleux résultats que produit cette collaboration omnibus par l'exemple suivant ; je le découpe dans le journal et je vous l’envoie en original pour que ce témoignage irrécusable me lave d'avance de tout soupçon d’invention.



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LE JOURNAL DE SAINT-JEAN-DE-LUZ 13 AOÛT 1882



Les fortes marées de ces jours derniers ont détruit en partie l'ancien établissement de bains de Saint-Jean de-Luz ; on a du démolir le reste de peur de le voir également enlevé par la mer.


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PLAGE ET CASINO SAINT-JEAN-DE-LUZ 1900
PAYS BASQUE D'ANTAN


La feuille-progrès de Saint-Jean-de-Luz exprime ainsi ses doléances :


Nous nous sommes aperçus que des ouvriers enlèvent les cabanes à l’usage des bains froids, comme également les tentes abri de cet établissement, qui a été l'objet de la prospérité de notre cher Saint-Jean-de-Luz, et qui disparaîtra probablement.



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VUE PRISE DE L'ETABLISSEMENT DE BAINS ST JEAN DE LUZ
PAYS BASQUE D'ANTAN


Nous affinons en cette circonstance d'être les interprètes des sentiments de nos hôtes les plus fidèles, en exprimant tous les regrets de laisser engloutir à jamais ces lieux de bains où nos ancêtres, nous mêmes et tant et tant d'étrangers ONT et AVONS appris si facilement à nager.



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VUE GENERALE SAINT-JEAN-DE-LUZ 1900
PAYS BASQUE D'ANTAN


Que n’ont-t-ils appris en même temps à écrire ?"



A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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jeudi 14 décembre 2023

LE PORT DE BILBAO EN BISCAYE AU PAYS BASQUE EN SEPTEMBRE 1906

LE PORT DE BILBAO EN 1906.


En 1906, cette commune, capitale de la province de Biscaye compte environ 90 000 habitants et est administrée par le Maire M. Gregorio Balparda y Herrerias (libéral démocrate).


pais vasco antes vizcaya puerto nervion
VUE GENERALE BILBAO 1907
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Phare de la Loire, le 23 septembre 1906 :



"Choses et gens.

Un port espagnol.



Les ports ont leur destin. 



Celui de Bilbao fut longtemps d’être relégué dans l’ombre après avoir brillé d'un vif éclat aux XVe et XVIe siècles. Jusqu'à ces dernières années, il ne figurait pas dans les géographies parmi les grandes métropoles du commerce maritime, et aujourd'hui même son importance est certainement insoupçonnée du plus grand nombre. Interrogez un lecteur français un peu au courant de ce qui se passe dans le monde, et parlez-lui de Bilbao. Il y a toutes chances pour qu'il vous réponde : "Ah ! oui, je sais : une ville où il vient d’y avoir des grèves qui ont failli mal tourner !"



Elles se sont heureusement terminées. Mais, au temps présent, une grève ne suffit pas pour distinguer une ville d'une autre. Bilbao connaîtra sans doute encore des conflits du travail ; mais, si graves qu'ils puissent être, à en juger par les précédents, ce n’est pas cela qui recommande particulièrement cette ville à notre attention. Elle y a d’autres titres.



Dans un rapport d’un haut intérêt (publié sous le n° 541 des suppléments au "Moniteur officiel du Commerce"), M. G. Pascal d’Aix, consul de France à Bilbao, nous montre comment ce port, un des plus beaux déjà du continent européen, est en passe de devenir le centre des relations maritimes entre l’Espagne et l’Amérique, et une des escales les plus importantes pour la navigation internationale maritime.



Alors que Santander prenait, avec les conditions nouvelles de la navigation maritime, une importance de jour en jour grandissante, Bilbao semblait voué à une médiocrité perpétuelle. Son orientation défectueuse, son manque de communications commodes avec le reste de la Péninsule, la difficulté de sa barre, tout se liguait contre lui pour lui interdire l’espoir d’un grand développement commercial.



La transformation de la métallurgie et, en particulier, la découverte de Bessmer fut pour le pays basque le point de départ d’une véritable révolution économique. La Biscaye possède, en effet, en quantités prodigieuses, les minerais de fer non phosphore indispensables à la nouvelle sidérurgie. De puissantes Compagnies se formèrent et la région commença de s’enrichir. Un chemin de fer mit la ville en communication avec Tudela, c’est-à-dire avec le centre de l’Espagne. Une Compagnie minière relia, par une voie ferrée, les gisements aux rives du Nervion.




pais vasco antes ria nervion puerto
PANORAMA DU FLEUVE NERVION BILBAO
PAYS BASQUE D'ANTAN



C’est alors que la renaissance de Bilbao se met à progresser à pas de géant.



Un vaste projet de travaux est adopté pour aménager et améliorer le Nervion et pour construire un port extérieur. La plus grande partie de cette dernière entreprise est confiée à des Français, la maison Allard, Coiseau et Couvreux.



Deux séries de travaux furent exécutés :


1° De 1888 à 1890, le régime de la rivière, peu profonde et sinueuse, fut entièrement modifié. Aujourd’hui, son chenal a régulièrement plus de 5 mètres de profondeur et, à marée haute, admet, des navires calant de 6 m. à 6 m. 70. Ces améliorations ont coûté 16 millions de pesetas.


2° Trente-neuf millions de pesetas ont été, d’autre part, consacrés à la construction du port extérieur, achevé en 1903. Et aujourd’hui ce port, absolument sûr, constitue "un port d’escale et de refuge de premier ordre, tel qu’il n’en existe pas un autre sur toute la côte Sud de la France et la côte Nord de l’Espagne. Sa superficie est de 280 hectares, avec des fonds variant de 8 à 15 mètres aux plus basses mers. Les profondeurs y sont assez grandes et régulières, les fonds de 10 mètres passent près des rivages et de l’embouchure de la rivière. Enfin, le mouillage est excellent, les ancres trouvant un fond de sable où elles tiennent très bien."



Et voici les résultats de ces dépenses rémunératrices : Bilbao reçoit annuellement 3 500 navires environ, ce qui le place au premier rang des ports d’Espagne. En 1905, son mouvement de marchandises a été de 5 530 000 tonnes (entrées et sorties) ; il est vrai qu’il consiste surtout dans l’importation des charbons destinés à l’industrie basque et l’exportation des minerais.



pais vasco antes nervion bilbao vizcaya puerto hierro
BILBAO NERVION INDUSTRIE DU FER
PAYS BASQUE D'ANTAN



Si Bilbao ne devait compter que sur ses minerais, il finirait, tôt ou tard, par perdre une partie de son importance, avec l’épuisement progressif des gisements. Heureusement des perspectives d’un avenir favorable s’ouvrent pour lui. La Biscaye et les provinces qui l’entourent naissent à la vie industrielle et pourront bientôt exporter leurs produits manufacturés ; d’autre part, les chemins de fer en construction vont faire de Bilbao le port d’approvisionnement de toutes les régions de la Péninsule situées entre la côte septentrionale et le plateau central, jusques et y compris Madrid.



Mais, pour arriver à jouer le rôle qu’il ambitionne justement, celui de port transatlantique par excellence, il manque encore des installations modernes indispensables pour une telle fonction. Voilà pourquoi un nouveau projet de grands travaux, approuvé par le ministère, va entrer sans retard dans la période d’exécution. On estime qu’ils seront terminés en quatre ou cinq ans.



Ils consistent essentiellement dans l’approfondissement de la rivière à six mètres par les plus basses marées équinoxiales ; dans la rectification définitive de son cours, dans l’agrandissement de l’entrée, dans la construction de quais, munis de l’outillage le plus perfectionné.



Quant au port lui-même, il va recevoir une jetée de 640 mètres de longueur en eau profonde (9 mètres), de telle sorte que les transatlantiques puissent à toute heure de marée y accoster et y effectuer leurs opérations. Elle sera reliée à la côte par un mur-promenade, et cette voie d’accès sera dotée d’un chemin de fer mettant la jetée en communication directe avec l’ensemble du réseau espagnol.



Ainsi outillé, Bilbao ne tardera pas à parachever sa victoire sur Santander. L’Allemagne, la première, semble avoir deviné l’avenir de cette escale ; elle s’y est installée pour y marquer sa place, et, en 1899, pour la première fois, un transatlantique allemand a fait son apparition dans ce port. Depuis cette époque, la Compagnie Hambourg-Amerika a créé une importante agence à Bilbao et établi un service mensuel régulier qu’elle n’a rien négligé pour faire prospérer.



compagnie maritime allemagne amérique
AFFICHE COMPAGNIE HAMBOURG-AMERIKA



Du grand mouvement d’échanges qui s’est établi entre la Biscaye, l’Amérique du Sud, le Mexique et les Antilles, — l’Espagne, l’Angleterre, le Danemark et la République Argentine profitent comme l’Allemagne, mais en moindre proportion. La France semble l’ignorer. On dirait qu’elle ne sait rien de Bilbao. Et cependant il serait grand temps, pour nous, de nous y assurer une place : "Ce qui est possible aujourd'hui sera difficile demain, irréalisable plus tard, lorsque toutes les positions seront prises." Nos Compagnies maritimes n’ont plus de raisons pour négliger Bilbao ; à prolonger leur abstention, elles commettraient une faute irréparable."


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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