CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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mercredi 18 septembre 2024
samedi 6 août 2022
LE NATIONALISME DANS LES PROVINCES BASQUES EN 1904 (quatrième et dernière partie)
LE NATIONALISME DANS LES PROVINCES BASQUES EN 1904.
Dès la fin du 18ème siècle, l'idée de nationalisme Basque commence à naître, en Pays Basque Sud (Hegoalde).
Voici ce que rapporta La Petite Gironde, le 4 juin 1904, sous la plume de C. Béguin :
"Le Nationalisme dans les Provinces basques.
... IV. J'ai montré dans mes précédents articles le caractère nettement anti-espagnol de la propagande à laquelle se livre le parti nationaliste dans les provinces basques, et plus particulièrement à Bilbao et dans la Biscaye. Un autre des traits de ce parti, c’est d’être profondément clérical. Sa devise, du reste, ainsi conçue : Jaungoikoa eta lagi zarra (Dieu et nos anciennes lois), indique suffisamment que le prosélytisme religieux tient, au moins en apparence, autant de place dans ses préoccupations que la restauration des libertés politiques du peuple basque. Si j’ajoute que ses rangs comprennent en majorité des éléments venus du carlisme et que son succès est dû, dans une très large mesure, à l’appui qu’il a reçu du clergé et des congrégations, principalement de la Compagnie de Jésus, on se rendra compte des tendances ultramontaines qu’il représente.
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| JAUNGOIKOA TA LAGI ZARA |
Le catholicisme des bizkaïtarras ou nationalistes recherche volontiers les occasions de se manifester et de s'affirmer. Il est, au suprême degré, militant et agressif. Ses manifestations, organisées dans un but plus politique que religieux, présentent parfois des inconvénients assez graves pour l'ordre public, et au mois d’octobre dernier, par exemple, l’une d’elles donna lieu à Bilbao à des collisions sanglantes où il y eut un nombre respectable de morts et de blessés. Une procession dont la destination était un sanctuaire voisin de la ville consacré à la Vierge de Begoña servit en effet de prétexte à une démonstration nationaliste ; il en résulta une bataille rangée entre bizkaïtarras et républicains, aux cris de "Vive la Biscaye libre !" d’une part, et de "Vive l’Espagne !" de l’autre. L'élément ecclésiastique, qui était armé, prit sa large part du combat et se signala par l’ardeur de son zèle homicide ; il n’y a pas là, au reste, de quoi surprendre ceux qui connaissent l’intransigeance combative de ce clergé basque chez lequel sommeillent des ferments de guerre civile toujours prêts à se réveiller.
Le ministère qui préside actuellement aux destinées de l’Espagne a adopté à l’égard des partis anti-espagnols — catalanistes et nationalistes basques — une politique sensiblement différente de celle des gouvernements précédents ; ceux-ci, qu’ils fussent dirigés par M. Canovas ou par M. Sagasta, ne connaissaient d'autre attitude que celle de l’hostilité ouverte et déclarée. Le chef de ce ministère, M. Maura, qui appartient à l’extrême droite conservatrice et cléricale, travaille au contraire à les gagner à sa cause au moyen d’habiles concessions, en vue d'utiliser leur concours dans la lutte contre les idées démocratiques et républicaines. Ce but est de former un bloc — ce mot a eu du succès même au delà de nos frontières — des forces de réaction et d'en opposer la masse aux forces qui agissent en sens contraire. Il n’est pas inutile de rappeler à ce propos que les foyers du séparatisme, c’est-à-dire Barcelone et Bilbao, sont en même temps, à raison du chiffre considérable de leur population ouvrière, des centres de propagande pour les opinions avancées.
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| ANTONIO MAURA 1904 PRESIDENT DU GOUVERNEMENT ESPAGNOL |
Les premières concessions faites par M. Maura ont trait à la reconnaissance des langues régionales, et sont toutes récentes. Jusqu’ici, ainsi que j’ai eu l’occasion de l’indiquer, ces langues étaient frappées d'ostracisme par l’administration espagnole. Il y a deux ans à peine, le comte de Romanonès, ministre de l’instruction publique dans le dernier cabinet Sagasta, voulant leur porter un coup décisif, interdit par décret l’emploi du basque et du catalan pour l’enseignement du catéchisme, mesure qui dut être retirée, je m'empresse de le dire, devant les protestations qu’elle provoqua. Les communications télégraphiques et téléphoniques n’étaient pas admises dans ces langues. Au mois d’août dernier, une Association nationaliste de Bilbao, le Centro Vasco, désireuse d’adresser ses félicitations au cardinal Sarto à la suite de son élévation au pontificat, et sachant qu'une dépêche rédigée en basque serait refusée par les bureaux télégraphiques, préféra recourir au français plutôt que d’employer l’espagnol.
Les prohibitions dont étaient frappées en Espagne les langues régionales sont sur le point de disparaître. Au cours de son récent voyage en Catalogne, le jeune monarque Alphonse XIII, en réponse aux allocutions de bienvenue qui lui étaient adressées en catalan, a manifesté à mainte reprise le regret qu’il éprouvait de ne pouvoir s’exprimer dans la langue du poète Verdaguer. Souverain constitutionnel, il lui était difficile d’aller au delà de ces encouragements platoniques. Mais M. Maura, ministre responsable, n'était pas tenu a la même réserve ; dans un grand discours prononcé à Barcelone, il annonça des mesures tendant à autoriser à l’avenir l’emploi du catalan dans les communications par le télégraphe et le téléphone, exception faite, toutefois, en ce qui concerne "le langage officiel, parce que, pour ce dernier, il y a un intérêt commun à maintenir la juridiction de l’Etat qui exige une langue unique".
Il est certain que ces mesures ne seront pas spéciales au catalan et qu’elles seront étendues à la langue basque. La question qui maintenant se pose est de savoir si les nationalistes se contenteront de cette concession, dont l’importance est, en somme, plus apparente que réelle. Tout donne lieu de supposer qu’elle ne suffira pas à les satisfaire et qu’ils en prendront prétexte pour formuler de nouvelles exigences auxquelles le gouvernement de M. Maura, malgré le désir qu’il a de se les concilier, sera fort en peine de souscrire. Il ne faut pas oublier que le but poursuivi par le nationalisme, dans cet ordre d’idées particulier, est la reconnaissance du basque comme langue officielle et sa substitution en cette qualité à l’espagnol ; par suite, ce qu’il demande, c’est son enseignement obligatoire dans les écoles, son emploi facultatif devant les tribunaux et, d’une façon générale, dans tous les rapports avec l’administration.
Beaucoup d'esprits libéraux en Espagne se sont alarmés de la nouvelle politique inaugurée par le gouvernement à l’égard des langues régionales. Que le Basque, disent-ils, s’efforce de conserver sa langue, de la répandre dans les limites de son territoire et de la léguer intacte à ses descendants, il n’y a rien là que de très naturel ; mais, ajoutent-ils, toute mesure propre à donner au paysan l’impression que la connaissance de l’espagnol ne lui est pas absolument indispensable est nuisible et dangereuse. S’il n’y est pas contraint par la nécessité, il n’apprendra pas l’espagnol et il se trouvera privé ainsi d’un instrument nécessaire de progrès et de culture. Je ne puis croire que le fait d’autoriser l’emploi du basque dans la rédaction des dépêches et dans les communications par téléphone soit susceptible d’entraver la diffusion de l’espagnol dans les provinces basques, ni même, je l’avoue, d’arrêter la disparition progressive de la langue euskarrienne ; tout au plus, cette autorisation pourra-t-elle être une source assez sérieuse de difficultés pour le personnel des administrations intéressées. Mais cette réserve faite, j’estime, en effet, qu’il convient dans un pays pourvu d’une langue nationale que celle-ci soit connue de tous, et je suis persuadé que dans notre département des Basses-Pyrénées les plus ardents de nos bascophiles eux-mêmes partagent cette manière de voir. A ce raisonnement, les bizkaïtarras objecteront sans doute que la langue nationale des provinces basques n’est pas l’espagnol, mais le basque. Une telle objection n’aura de valeur que le jour où ils auront réussi à constituer l’Etat basque dont ils rêvent, et encore ce jour-là, en admettant qu’il arrive, seront-ils obligés de reconnaître que l’idiome rural qu’est le basque est un instrument insuffisant pour exprimer les aspects innombrables de la vie moderne."
(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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mercredi 6 juillet 2022
LE NATIONALISME DANS LES PROVINCES BASQUES EN 1904 (troisième partie)
LE NATIONALISME DANS LES PROVINCES BASQUES EN 1904.
Dès la fin du 18ème siècle, l'idée de nationalisme Basque commence à naître, en Pays Basque Sud (Hegoalde).
Voici ce que rapporta La Petite Gironde, le 16 mai 1904, sous la plume de C. Béguin :
"Le Nationalisme dans les Provinces basques.
... III. L'argument tiré de la langue est, avec la différence de race, celui qu'invoquent le plus volontiers les nationalistes ou biskaïtarras à l'appui de leur thèse d'après laquelle les Basques possèdent une personnalité propre et constituent une nation à part. Quelle que soit la valeur théorique de cet argument, ce qui est certain et indiscutable, c’est que la langue euskarrienne a perdu énormément de terrain depuis une trentaine d'années, et qu'elle continue chaque jour à en perdre davantage. Elle a disparu à peu près entièrement de la province d’Alava ; en Biscaye et dans la Navarre, elle a cessé d’être la langue de la majorité, et dans les villes comme Saint-Sébastien et Bilbao, ceux qui la savent sont maintenant l’exception. La langue millénaire, suivant une image très poétique de M. Arthur Campion, ancien député de la Navarre, "recule vers la cime des montagnes pour mourir plus près du ciel."
L’action du gouvernement de Madrid, nettement hostile aux langues régionales, a beaucoup contribué depuis 1876 à cette décadence du basque ; après la suppression des fueros, il installa dans les "Provinces" ses fonctionnaires et ses maîtres d’école, qui, eux, ne connaissaient d'autre langue que l’espagnole, et celle-ci devenant d’un usage indispensable, force fut bien à la population de se mettre à l'apprendre. L’établissement de la grande industrie, la création de routes et de chemins de fer, le développement des relations commerciales et l’immigration des éléments espagnols achevèrent l'œuvre commencée par le centralisme administratif. On pourrait citer de nombreux villages dont les habitants ont désappris le basque en l'espace de quinze ou vingt ans. Il est permis toutefois de se demander si ce phénomène de la disparition progressive du basque, qui n’est pas spécial au versant espagnol des Pyrénées, et que l'ou observe également de ce côté-ci de la frontière, ne tient pas à des causes plus profondes, et en quelque sorte inhérentes à la langue elle-même. Remarquez que le catalan n'a nullement souffert de la concurrence espagnole, et que dans notre Midi qu'il s'agisse de la Gascogne ou de la Provence, les parlers locaux subsistent côte à côte avec le français. Pourquoi n’en est-il pas de même pour le basque ? La raison n’en serait-elle pas que celui-ci est une langue d'un type exotique aussi riche en inflexions désignant les choses réelles et concrètes qu'elle est pauvre en termes servant à exprimer l'abstrait ? "Si vous lui enlevez l’élément latin qui représente les concepts les plus généraux et les idées spirituelles, il vous reste la langue d’un peuple au niveau de n’importe laquelle des tribus à demi sauvages qui errent dans l’épaisseur des forêts. Aucune trace en elle d’une antique mythologie ou d'un embryon de civilisation. Le nom même de Dieu, Jaungoiko, le Seigneur d'en haut m'a toujours paru un vocable inventé par les missionnaires." Ainsi s’exprime un Basque qui occupe en Espagne une situation éminente, M. Miguel de Unamuno, recteur de l'Université de Salamanque. Et M. de Unamuno conclut de là que non seulement la langue basque est appelée à disparaître par l’effet d'une loi inéluctable, mais que sa disparition est désirable. Au mois d'août 1901, dans un discours prononcé à l’occasion des jeux floraux de Bilbao, et qui eut un retentissement énorme, il s’enhardit à soutenir cette thèse en public, et traita le basque de "magnifique sujet d’étude", de "vénérable relique" qu'il "convenait d'enterrer avec de dignes funérailles". Les protestations indignées que ces paroles provoquèrent vinrent prouver à M. de Unamuno qu'il était en désaccord sur ce point avec le sentiment populaire.
Les nationalistes ont bien été obligés de tenir compte du phénomène de la disparition de la langue dans l’adoption d’un critérium permettant de distinguer le Basque de l'immigré espagnol. Pour le paysan basque, ce critérium est très simple ; à ses yeux, il n’existe que deux catégories de gens : les euskaldunak ceux qui parlent l'euskera, c’est-à-dire la langue euskarienne, et les errdaldunak, ceux qui parlent erdera, terme qui englobe toutes les langues autres que le basque. L’adoption de ce critérium populaire, le seul rationnel du reste, eût mis les biskaïtarras dans la nécessité de refuser la qualité de Basques à un nombre considérable d'individus. Aussi en ont ils adopté un autre d’après lequel c'est l’origine basque du nom patronymique qui est le signe distinctif de la nationalité.
Mais il semble bien qu’ils aient compris tout ce que cette distinction présente de factice et d'arbitraire, et d'autre part, ils se sont rendu compte de l'importance de la langue comme moyen d’action en vue des fins politiques qu'ils poursuivent. De là leurs efforts pour enrayer la décadence du basque et pour le remettre en honneur. Je dois ajouter, car c’est là le point le plus intéressant, que dans cet ordre d'idées le nationalisme a visé plus haut encore et qu’il s’est attelé à la tâche singulièrement ardue de faire du basque une langue littéraire avec la prétention non dissimulée de le substituer un jour à l'espagnol comme langue des relations commerciales, de l'administration, en un mot comme langue officielle de l’Etat basque qu’il rêve de constituer. A cet effet, ses linguistes se sont mis à l'œuvre : tout d’abord, ils ont réformé l'orthographe ; puis, ils ont fabriqué des mots à la douzaine suivant des règles établies par eux-mêmes, en utilisant les facilités qu’offre le basque de former des mots dérivés. Ils sont ainsi parvenus à mettre sur pied une sorte de volapük dont le principal défaut est de n’être intelligible que pour les seuls initiés. Voulez-vous un exemple de ces procédés de fabrication ? Les prénoms les plus usuels empruntés aux noms de saints ou de saintes n'avaient pas leurs équivalents eu Basque. Cette lacune regrettable demandait évidemment à être comblée, et ainsi fut-il fait. Voici deux échantillons des résultats obtenus : Pierre, entre les mains des euskarisants nationalistes, est devenu Kepa, et Louis Kolbika. En vertu de quelles règles de syntaxe ? Il serait trop long de l’expliquer. M. Sabino Arana, chef du parti nationaliste, signait Arana eta Goïritar Sabin.
J'ignore si les philologues du nationalisme ont réussi à faire de la langue basque l’instrument perfectionné qu’ils se proposent. Quoi qu’il en soit, par une contradiction qui ne manque pas d’ironie, la propagande du parti se fait surtout en langue espagnole, soit que celle-ci se prête mieux que la première à l'expression des idées qu’il défend, soit parce qu’elle est comprise d’un plus grand nombre d’individus, ou bien pour ces deux raisons à la fois.
| PROVINCES VASCONGADES ILLUSTREES PAYS BASQUE D'ANTAN |
N'envoyez pas vos enfants à l'école, disait un jour du haut de la chaire un curé basque, parce qu'on y enseigne l’espagnol et que l'espagnol est le véhicule, des idées libérales. Ce raisonnement est celui de plusieurs parmi les défenseurs intransigeants du basque. Les considérations dont ils s’inspirent sont d’un ordre essentiellement pratique, et l’intérêt scientifique qu'il peut y avoir à conserver une langue aussi originale et aussi ancienne n’y tient aucune place. Ce qu'ils voient dans le basque, c’est uniquement un moyen de maintenir le paysan dans l'ignorance, c'est-à-dire soumis à l’influence cléricale. Ainsi procédaient les moines aux Philippines au temps de la domination espagnole, comme le rappelait récemment M. Salmeron dans un discours où il établissait un rapprochement entre l’œuvre des ordres religieux dans cet archipel et dans les provinces basques."
(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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lundi 6 juin 2022
LE NATIONALISME DANS LES PROVINCES BASQUES EN 1904 (deuxième partie)
LE NATIONALISME DANS LES PROVINCES BASQUES EN 1904.
Dès la fin du 18ème siècle, l'idée de nationalisme Basque commence à naître, en Pays Basque Sud (Hegoalde).
Voici ce que rapporta La Petite Gironde, le 4 mai 1904, sous la plume de C. Béguin :
"Le Nationalisme dans les Provinces basques.
"... Le parti nationaliste basque a pris naissance en Biscaye, d'où son nom de parti biskaïtarra, terme qui en langue euskarienne signifie biscayen. Il commença à faire parler de lui en 1893, et si je m’en rapporte à un de ses organes, c’est le 16 août de cette même année, jour de la Saint-Roch, que retentirent pour la première fois les cris de : "Viva Euskeria independiente ! et Muera España ! (Vive le pays basque indépendant ! A bas l'Espagne !) En cette circonstance, les nationalistes de Bilbao, pour fêter la présence de l’orphéon de Pampelune, lacérèrent et brûlèrent le drapeau espagnol au pied du chêne célèbre de Guernica, symbole des libertés basques. A vrai dire, le nationalisme ne s’est guère développé en dehors de la Biscaye, et s’il compte des adeptes dans les autres régions basques ils ne sont pas très nombreux.
En Biscaye, le mouvement nationaliste a acquis en très peu d’années une importance considérable, grâce à l’appui qu’il a reçu du clergé et des ordres religieux, principalement de la Compagnie de Jésus, grâce aussi à l’infatigable activité de l’homme qui en fut l'initiateur, M. Sabino Arana, mort il y a quelques mois. Si l’on se demande pourquoi le nationalisme s'est développé en Biscaye plutôt que dans les autres provinces basques, on en trouve la raison dans ce fait que la richesse minière de cette région y a attiré depuis vingt ans une population très nombreuse, venue des différentes parties de l’Espagne, et que là plus qu’ailleurs le Basque, débordé par l’élément espagnol, s’est senti menacé dans sa langue, dans sa foi religieuse, dans ses traditions et aussi dans son influence.
Le mouvement biskaïral est né, en effet, d’une réaction contre l'invasion des éléments étrangers, conséquence logique cependant de l’évolution industrielle, et cela explique son caractère, qui est d’être avant tout très nettement anti-espagnol. Cette hostilité serait allée en s’atténuant et aurait même disparu à la longue, mais les meneurs du nationalisme se sont appliqués à élargir le fossé qui sépare l’habitant du sol de l’immigrant venu d’au delà de l’Ebre, à exciter le premier contre le second, à créer en un mot cette triste chose que l’on nomme la haine de races. Le maketo — c’est le terme méprisant employé par les nationalistes pour désigner l’immigré espagnol — a été dénoncé comme l’exemple vivant de tous les vices et la source de toutes les corruptions. Voici quelques lignes que j’emprunte au journal le Biskaïtarra et qui donneront au lecteur une idée de la violence des attaques dirigées par les nationalistes basques contre l’élément espagnol, ainsi que de la nature des griefs invoqués contre lui !
"Entre le Vandale qui met tout à feu et à sang, et qui, avide de butin et de libertinage, pille, outrage et profane, et le maketo qui s’est installé au pied de nos montagnes, empoisonnant de son haleine fétide la pureté de nos coutumes, la différence est de pure forme." Et plus loin : "L’invasion des Barbares du Nord fut un châtiment envoyé par Dieu pour punir la Rome impériale de ses péchés ; celle des Barbares du Sud est une vengeance du diable, une calamité diabolique, une plaie infernale, grâce à laquelle les fils d’Aïtor (les Basques) de religieux deviennent blasphémateurs ; d’actifs, se transforment en paresseux et en rufians ; de candides, se changent en fourbes. Il est triste pour tout Euskarrien de voir nos villes, nos plages, nos champs à la merci de ces hordes qui effacent toutes les vertus de notre peuple ; il est triste d’observer comment elles s'emparent de notre sol, et comment chaque jour s’élargit le cercle de leur influence maudite."
Si le journal nationaliste est sévère pour l’envahisseur venu d’au delà de l’Ebre, il ne l’est pas moins pour les Basques qui "fraternisent avec le maketo et, reniant leur nationalité, se sont faits Espagnols, c’est-à-dire citoyens de la nation la plus abjecte de l'Europe". On pourrait citer par centaines des passages dans le même goût.
A côté de ce programme négatif, il en existe un autre d’un caractère positif. Le but poursuivi par le nationalisme est, en effet, la constitution d’une confédération indépendante, composée de toutes les régions de langue basque. Dans cette confédération entreraient non seulement la Biscaye, l’Alava, le Guipuzcoa et la Navarre, mais aussi la partie de notre département des Basses-Pyrénées habitée par des populations de race euskarienne. A ce propos, un orateur carliste, passant en revue il y a quelque temps les revendications du parti biskaïtarra, disait que constituer un Etat basque indépendant, deux guerres victorieuses seraient nécessaires : l’une contre la France et l’autre contre l’Espagne. Certes, je ne crois pas que ce danger éventuel doive nous émouvoir beaucoup, et si je signale ces visées sur notre territoire c’est à titre de curiosité.
Le droit des provinces basques à former un Etat indépendant repose, d’après les nationalistes, sur une base historique. En outre, ajoutent-ils, les Basques, bien qu'ils soient Espagnols en fait, ne le sont ni par la langue, ni par la race, ni par les mœurs ; à ces trois points de vue, ils présentent les caractères d'une nationalité distincte. Sur cette question de race, les nationalistes sont très chatouilleux, et l'honorable maire de Dax ne se doute probablement pas que pour avoir, l’été dernier, à Saint-Sébastien, en remerciant les autorités de cette ville de l’accueil fait aux Sociétés musicales françaises, prononcé les mots de fraternité de race et de cour, il a été vivement pria à partie par le journal la Patria.
Faut-il conclure de ce qui précède que le nationalisme vise au séparatisme ? Il en serait ainsi, évidemment, répondent les biskaïtarras, si les Basques formaient partie intégrante de la nation espagnole ; mais ils constituent une nation à part, soumise à la domination de l’Espagne par l'empire de la force et contre sa volonté ; par suite, le nationalisme ne tend pas au séparatisme, mais bien au rétablissement de l'ordre de choses légal injustement détruit.
Je n’ai pas besoin de dire que ce raisonnement spécieux n’a nullement convaincu le gouvernement de Madrid. Aussi, celui-ci a-t-il sévi à différentes reprises contre les menées nationalistes, et, il y a quelques années, M. Sagasta n’hésita pas, pour les réprimer, à suspendre à Bilbao les garanties constitutionnelles et à mettre la ville en état de siège. Les organes biskaïtarras furent suspendus, les centres de propagande furent fermés et les chefs du nationalisme jetés en prison. Mais la période difficile une fois passée, le mouvement nationaliste reprit de plus belle. En même temps, le catalanisme multipliait les manifestations hostiles à l’Espagne à Barcelone. Le gouvernement s'émut de nouveau et, sur l’initiative de M. Silvela, les Cortès votèrent en 1900 une loi assimilant aux crimes contre la sûreté de l’Etat "les attaques à l’intégrité de la nation espagnole" et les excitations à l’indépendance de tout ou partie de son territoire". Cette mesure énergique a eu pour effet de mettre une sourdine au ton de la presse nationaliste.
| PRAXEDES MATEO SAGASTA PRESIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES ESPAGNOL ENTRE 1871 ET 1902 |
Il fallut un incident dénotant de la part des biskaïtarras l’oubli de toute prudence pour amener une fois de plus le gouvernement espagnol à recourir à des mesures rigoureuses. Au mois de mai 1902, au lendemain de la proclamation de la République cubaine, M. Sabino Arana, chef du parti nationaliste déposa au télégraphe de Bilbao le texte d’une dépêche adressée au président Roosevelt, dans laquelle il félicitait ce dernier d’avoir donné la liberté à la grande Antille, et réclamait son intervention pour arracher le peuple basque au joug de l'Espagne. Pour plus de sûreté, une copie de la dépêche fut remise à l’agent consulaire des Etats-Unis. L’incident dès qu’il fut connu, causa une émotion très vive, et donna lieu à des protestations indignées de la part de la presse madrilène. Quant à M. Sabino Arana, il fut incarcéré, puis jugé et condamné par application de la loi citée plus haut. Au bout de quelques mois du régime de la prison, l’agitateur nationaliste se déclara prêt à adorer ce qu’il avait brûlé, et publia une déclaration où il exprimait des sentiments d'affection à l’égard de l’Espagne. Cette conversion était-elle sincère ? Les conditions dans lesquelles elle se produisit permettent d’en douter mais les autorités espagnoles se tinrent pour satisfaites et consentirent à rendre le prisonnier à la liberté.
En attendant que les rêves d'indépendance caressés par les nationalistes deviennent une réalité, ces derniers affectent, dans la mesure où cela est possible, d’ignorer l’état de choses en vertu duquel les provinces basques font partie de l’Espagne. Vous rencontrerez à Bilbao des gens qui vous parleront du "royaume voisin", qui gratifient le gouverneur civil du titre de consul d'Espagne et qui, en voyant passer un régiment, se lamenteront sur les tristesses de "l’occupation étrangère". La Biscaye est même allée jusqu’à se donner un drapeau : c’est un rectangle de couleur rouge traversé par deux diagonales vertes, au milieu duquel se détache une croix blanche, et dont l’exhibition est naturellement prohibée. On cite à ce propos le cas d’un grand armateur de Bilbao qui, certain jour où le duc de Tetuan, ministre d’Etat, se trouvait de passage dans cette ville, arbora cet emblème séditieux à l’arrière de son yacht, et ne consentit à le retirer que devant les sommations réitérées d’un croiseur dépêché à sa poursuite.
| DRAPEAU BASQUE - IKURRIÑA PAYS BASQUE D'ANTAN |
Dans un prochain article, j’indiquerai les revendications du nationalisme en ce qui concerne la reconnaissance des droits de la langue basque, et je montrerai les tendances réactionnaires et cléricales de l’agitation qu’il poursuit."
A suivre...
(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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jeudi 5 mai 2022
LE NATIONALISME DANS LES PROVINCES BASQUES EN 1904 (première partie)
LE NATIONALISME DANS LES PROVINCES BASQUES EN 1904.
Dès la fin du 18ème siècle, l'idée de nationalisme Basque commence à naître, en Pays Basque Sud (Hegoalde).
Voici ce que rapporta La Petite Gironde, le 8 avril 1904, sous la plume de C. Béguin :
"Le Nationalisme dans les Provinces basques.
Aux deux extrémités de sa frontière, sur les bords de la Méditerranée et sur ceux de l'Océan, l'Espagne possède des provinces animées d'un patriotisme local très ardent et qui, sous l'influence de leur histoire, de leurs traditions, de leur langue, tendent vers une existence indépendante. Eu Catalogne et dans les provinces basques, il y a antagonisme entre le pouvoir central, qui s’efforce de maintenir ou d'accroître ses privilèges, et l'esprit national, qui aspire à s'affranchir de tout contrôle. Cet antagonisme existe de longue date, il explique que ces provinces aient été le foyer et le principal point d’appui des insurrections carlistes qui à deux reprises ont désolé l'Espagne dans le courant du siècle dernier. Le grand succès du carlisme vint, en effet, de ce qu'il sut exploiter les deux sentiments les plus enracinés au cœur des populations basques et catalanes : je veux parler du rattachement aux libertés locales et de la foi religieuse.
Aujourd'hui, le carlisme semble avoir renoncé à l'action violente, soit qu’il considère celle-ci comme ayant peu de chances de succès, soit que le représentant de la légitimité, désabusé sur le caractère providentiel de sa mission, soit faiblement tenté par l'activité pleine d'aléas et de dangers qu'exigerait une entreprise sur la couronne de Castille. Aussi, les revendications qu'il avait pris l'engagement de satisfaire ont-elles dû s’abriter sous une autre bannière. De là l'entrée en scène, depuis quelques années, de partis nationalistes, voirie même séparatistes, en Catalogne et dans les provinces basques. Il ne faudrait pas s’y tromper, en effet ; le catalanisme et le biskaïtarrisme — c'est ainsi qu'on désigne l'opinion nationaliste dans les provinces basques — représentent tout simplement une évolution du carlisme. Le programme est différent, mais les tendances politiques et sociales sont les mêmes. On objectera peut-être que le catalanisme compte dans son sein des éléments d'une nuance républicaine très caractérisée. Cela est exact. Mais ceux-ci sont noyés dans la masse cléricale et ultra-réactionnaire, et, du reste, il semble bien qu’ils aient reconnu depuis quelque temps la nécessité de secouer une solidarité aussi gênante pour leur action que compromettante pour leur dignité, et de se rallier purement et simplement aux partis républicains espagnols. Par contre, dans les provinces basques, le parti nationaliste présente une homogénéité parfaite et se compose uniquement d'éléments ultramontains.
Je le répète donc : le nationalisme espagnol, qu’il soit basque ou catalan, se rattache au carlisme au double point de vue de ses origines et de ses tendances. Ces révolutionnaires qui dénoncent la tyrannie de l’Espagne sont les défenseurs de l'absolutisme politique et religieux. La liberté qu’ils réclament est celle de revenir vers le passé et de faire revivre un état de choses archaïque, en contradiction avec les idées et les besoins modernes. Ce sont là des points sur lesquels on ne saurait assez insister auprès du public français, trop enclin souvent à encourager de ses sympathies des mouvements sur la nature desquels il est insuffisamment renseigné et qu’il juge par analogie, sans se rendre compte que certains termes, suivant les milieux, peuvent servir à désigner des aspirations très différentes. L‘erreur serait grossière de considérer le nationalisme tel qu'il se manifeste dans la Catalogne ou dans les provinces basques comme une tentative d’émancipation inspirée par la notion de progrès.
Jusqu’à une époque qui n’est pas encore très éloignée de nous, les provinces basques et la Navarre, en vertu du régime foral ont vécu à l’état de petites républiques et formaient comme une nation à part. Elles possédaient leurs lois propres, se gouvernaient et s'administraient elles-mêmes, sans que le gouvernement de Madrid intervînt en quoi que ce fût dans leurs affaires intérieures ; en un mot, elles jouissaient de l'autonomie la plus large et la plus complète. J'ajoute qu’elles avaient le droit de battre monnaie et qu’au point de vue douanier elles constituaient un territoire indépendant. Les souverains espagnols n'étaient pas rois dans les provinces basques, mais simplement seigneurs, et à leur avènement l'usage voulait qu’ils prêtassent le serment de respecter le fuero ou charte des franchises de la province. Dans chacune de celles-ci, le roi d’Espagne était représenté par un fonctionnaire désigné, sous le nom de corregidor, sorte de ministre résident dont les attributions se bornaient ou à peu près à présider les assemblées délibérantes locales, et qui notait même pas investi d'un droit de veto à l'égard des décisions votées par ces dernières.
| PROVINCES VASCONGADES ILLUSTREES PAYS BASQUE D'ANTAN |
Les Basques étaient très jaloux de leurs privilèges et se défendaient énergiquement contre toute entreprise pour porter atteinte. Au commencement du dix-huitième siècle, le pouvoir royal s'étant avisé de transporter les bureaux de douane à la frontière, il en résulta un commencement d’insurrection devant lequel il dut capituler. Plus tard, au début de 1808, Ferdinand VII se vit obligé, devant les représentations des députés de la Biscaye, de rapporter une mesure créant à Bilbao les emplois de gouverneur militaire et de capitaine du port. Le fuero de cette province spécifiait, en effet, que le seigneur ne pourrait entretenir sur le territoire de celle-ci ni amiral, ni officier quelconque.
En échange de la situation spéciale qui leur était garantie, à quelles obligations étaient tenues les provinces basques envers la monarchie espagnole ? En droit, il semble bien qu’elles aient toujours été exemptes de toute charge. En fait, elles lui fournissaient des subsides et des troupes lorsqu’elles en étaient sollicitées ; mais elles discutait ni librement la nature et l’importance du concours qu’elles étaient appelées à prêter.
Quant au régime intérieur, il avait un caractère patriarcal, ce qui se conçoit aisément si on considère qu’il s’agissait d'une population de mœurs très simples, adonnée presque exclusivement aux choses de la mer ou aux travaux agricoles. L’organisation municipale variait avec les villes ou les villages. La législation était peu compliquée et résidait autant dans les usages que dans les textes écrits.
A la suite de la première guerre carliste, la situation privilégiée reconnue jusqu’alors aux provinces basques subit une sérieuse atteinte. Un décret du général Espartero du 29 octobre 1841 supprima les corregidors, introduisit l’organisation judiciaire en vigueur dans le reste de l’Espagne, et ordonna le transfert des douanes à la frontière. Quelques années plus tard une ordonnance royale appliqua aux provinces basques la loi municipale espagnole. La seconde guerre civile porta le coup définitif aux fueros ; la loi du 29 juin 1876, proposée par M. Canovas del Castillo, les abrogea, en effet, complètement. C’était la rançon imposée par l’Espagne à ceux qui trois ans durant l'avaient couverte de ruines et de sang. Le vote de cette loi inspira à Emilio Castelar ces paroles profondément mélancoliques, prononcées devant la Chambre des députés espagnole, et que je crois utile de rapporter parce qu’elles caractérisent l'importance historique de l’événement qui venait de s'accomplir, en même temps quelles peignent la générosité d’âme du grand orateur : "Nous assistons ici, disait-il, aux funérailles de la liberté d'une race avec le recueillement et la douleur qu’inspirent toujours les sublimes tristesses de la mort. Les feuilles de l’arbre de Guernica gisent desséchées, et, sur ces dalles, elles ne font pas même le bruit qu'elles feraient sur la terre détrempée par les pluies de l'automne. Ce qui frappe surtout notre oreille, ce sont les lamentations de ceux qui naquirent sous son ombre bénie et qui ne pourront pas la transmettre à leurs descendants. Il importe de le dire : quelque chose de grand meurt aujourd’hui dans la nationalité espagnole ; des libertés antiques disparaissent qui unissaient à la vertu du droit le prestige de la poésie et de l’histoire. Mais en voyant le peuple euskarrien défendre avec l’énergie du désespoir les derniers vestiges de ses fueros, il me semble entendre la voix de ses pères qui lui disent comment les libertés acquises et conservées par le bon sens et la prudence se perdent par les folies de la guerre."
Depuis 1876, les provinces basques ont perdu l'immunité fiscale, l’indépendance douanière, le droit de pourvoir aux emplois publics ; elles sont soumises au recrutement militaire et à la conscription maritime. En un mot, elles sont aujourd'hui, à peu de chose près, assimilées aux autres provinces du royaume. Des privilèges dont elles jouissaient autrefois, il ne leur reste plus qu'une certaine autonomie en matière administrative et financière. C'est ainsi que les députations provinciales assurent la direction de certains services qui ailleurs sont du ressort de l'Etat, comme par exemple la construction et l'entretien des routes. D'autre part, elles fixent et répartissent l'impôt. Les rapports financiers de chaque province avec le pouvoir central sont déterminés par la voie d’accords désignés sous le nom de conciertos economicos, renouvelables de dix en dix ans, et qui fixent pour cette période le montant de sa contribution aux impenses du budget espagnol.
Dans le domaine financier et administratif, on conçoit qu’il y ait matière à discussion et que les organismes régionaux éprouvent le besoin de se défendre contre l'action toute puissante de l'Etat. Mais le parti nationaliste a porté ses revendications sur un terrain tout à fait différent. J’examinerai dans un prochain article la nature de ccs revendications."
(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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samedi 6 novembre 2021
LE NATIONALISME BASQUE EN 1907 (deuxième et dernière partie)
LE NATIONALISME BASQUE EN 1907.
Dès la fin du 18ème siècle, l'idée de nationalisme Basque commence à naître, en Pays Basque Sud (Hegoalde).
Voici ce que rapporta à ce sujet le journal La Revue, dans son édition du 15 décembre 1907, sous
la plume d'Angel Marvaud :
"Le Nationalisme Basque.
Le programme du Parti a été adopté à l’assemblée de Bilbao, le 15 juillet 1906. Il se résume dans ces quatre mots inscrits sur son drapeau par l’apôtre Arana-Goiri et qui sert à ses disciples actuels de cri de ralliement et de guerre :
Jaun-Goikua eta Lagi-Zarra
(Dieu et anciennes lois)
Malgré la réprobation officielle de l’évêque, qui a interdit les sermons dans toutes les cérémonies religieuses organisées par les nationalistes, le Parti recrute tous le jours de nouveaux partisans dans le jeune clergé paroissial : les prêtres plus avancés en âge, continuent à rester Carlistes ou intégristes (dans le sens de Nocedal).
Quant au clergé régulier, son attitude est encore malaisée à définir : il semble se tenir en dehors de la lutte : bien plus d’un bon Père capucin voit d’un oeil favorable le mouvement nationaliste. Les Jésuites, au contraire, attendent trop de la monarchie régnante pour se prononcer ouvertement en faveur de ce nouveau parti "catholique".
Les "nationalistes" basques, les bizcaitarras, veulent rendre à leur patrie — en ce qui concerne les quatre provinces espagnoles — sa situation d’avant 1839 ; pour le pays de Laburdi et de Zuberoa, dans les Basses-Pyrénées françaises, ils réclament l’abrogation des lois révolutionnaires de 1789. Mais leurs aspirations vont bien au delà du domaine politique.
La caractéristique de ce petit peuple est d’être foncièrement hostile aux idées modernes : tout, dans le "libéralisme" (au sens où on emploie encore ce mot au sud des Pyrénées, comme chez nous vers 1830) l’inquiète et l’effraie. Ces gens, qui n’hésitent pas à traverser l’Océan pour chercher fortune au Nouveau-Monde, se montrent timides en matière politique et religieuse. Jetés là-bas dans un creuset intense où entrent en fusion et s’allient les idées émancipatrices importées des quatre coins du globe, ils coudoient de longues années les aventuriers de tous pays sans se mêler à eux, et reviennent au foyer natal avec les mêmes convictions et les mêmes répugnances qu’au moment de leur départ ; ils y rapportent le même esprit de tradition et de fanatisme, et se montrent aussi résolus qu’avant à défendre pied à pied, l'Euskadi — comme ils désignent l’ensemble des pays basques — contre le parlementarisme et la liberté des cultes.
| PNV 1906 PAYS BASQUE D'ANTAN |
Le programme nationaliste a un quadruple objet :
1° Que le peuple basque suive les enseignements de la vraie religion chrétienne comme les ont suivis et observés ses ancêtres ;
2° Que les usages et coutumes tombes en désuétude soient remis en honneur ; qu’on respecte ceux qui subsistent et combatte les usages "exotiques" si préjudiciables.
3° On se propose de ressusciter les institutions juridiques, économiques et autres de l’ancien temps ;
4° De développer les arts et les lettres basques "qui sont une manifestation de la nationalité basque", et de répandre la langue basque (l'euskera) de façon qu’elle soit seule parlée dans la contrée.
Et le manifeste ajoute : "Comme règle de sa façon de faire et de procéder dans ces différents ordres d’idées, le Parti se conformera aux préceptes de la plus pure morale chrétienne, telle que l'a sanctionnée une tradition constante."
Cette phrase en dit plus long sur le nationalisme basque, sur son caractère, ses tendances, et sur les influences qui y prédominent, que ne sauraient le faire de longs commentaires.
Le Parti ne se rattache a aucun des groupes représentés aux Cortès de Madrid. Si les Basques ont placé autrefois tout leur espoir en Don Carlos, il paraît bien qu’ils n’aient plus en lui aucune espèce de confiance. Un petit livre, intitulé "Ami Vasco" dont l’auteur signe "Iber" — nous fournit de précieuses révélations à cet égard. A en croire Iber, les Basques n'auraient pas de plus grand ennemi que le carlisme : c’est à lui qu'on doit la perte des fueros et aussi ce mépris qu'affectent certaines grandes familles du pays depuis 1833 pour la langue nationale.
Quant au prétendant, voici le portrait qu’on nous en fait : "Ni avant, ni après, ni pendant la guerre, Don Carlos n'a témoigné ces qualités extraordinaires qui seraient nécessaires pour sauver le peuple basque. Son talent ne dépasse guère la médiocrité, il n'est pas supérieur à cet égard à la plupart des monarques actuels, et il est même inférieur à beaucoup d’entre eux. En tant que militaire, il n’a jamais gagné de bataille de quelque importance. Quant à sa prudence et à sa sagacité politique, il suffit de rappeler que durant la dernière campagne, il ne fut entouré que de traîtres, auxquels il prodiguait la plus entière confiance, qu'il négligea toutes les occasions favorables pour le triomphe de sa cause, et qu’il est impossible de citer dans toute son histoire politique un seul fait où il ait montré des qualités de gouvernement. Son caractère moral, enfin, se trouve tout entier dans les fêtes et les bals qu’il donnait à Durango et ailleurs, tandis que les malheureux Basques se faisaient tuer pour lui sur les champs de bataille..."
Toutes les luttes passionnées que se sont livrées les carlistes et les nationalistes ces dernières années, les ardentes campagnes de presse au moment des élections, les rencontres à main armée qui ont à diverses reprises ensanglanté le pavé de Vitoria ou de Bilbao, trouvent leur explication dans cette âpre et mordante diatribe. Don Carlos, au dire des nationalistes, ne saurait aimer plus sincèrement les libertés basques qu'aucun autre Bourbon de sa famille. Il ment donc effrontément, lorsqu’il promet leur rétablissement. Pas une goutte de sang basque ne coule dans ses veines : comment l’ "Euzkadi" identifierait-elle sa cause avec celle de cet étranger, de cet Espagnol "d'au-delà de l'Ebre ?"
Le Parti nationaliste ne compromet pas davantage sa cause avec celle des autres partis "intégriste" ou "fuériste". Il repousse même ce mot de "fuero" qui implique — selon le dictionnaire de l’Académie espagnole — un sens de privilège et d’exemption pour lui substituer le terme plus expressif en basque de "Lagi-Zarra" (les lois antiques) : ces prétendus fueros, en effet, "loin d’être des privilèges concédés par des rois ou des gouvernements étrangers, sont des lois propres que les Basques ont faites pour eux-mêmes dans l’exercice de leur absolu souveraineté, sans l’intervention d’aucun pouvoir extérieur."
Les bizcaitarras ne comptent donc que sur leurs propres forces. Ils possèdent, d’ailleurs, une organisation très complète. Pour entrer dans le parti, il faut être Basque — d’origine ou de naissance — et âgé de plus de seize ans. Chose curieuse, les prêtres et les religieux, aux termes du règlement, en sont exclus.
La direction est confiée à des "juntes" ou assemblées municipales, des conseils régionaux et un conseil suprême, nommé à l’élection secrète. Le Parti a ses commissions de culture (pour l’instruction et l’éducation de la jeunesse Basque), d’action sociale, d’émigration, etc. Il a son hymne national "L’arbre de Guernica", et son journal hebdomadaire "L’Aberri" (la Patrie) qui doit devenir quotidien : un capital de cent vingt-cinq mille pesetas est déjà réuni dans ce but. Le Parti a des représentants non seulement dans les pays basques français, mais aussi à l’étranger, c’est-à-dire à Madrid et à Paris. Il compte des adhérents dans les diverses colonies basques établies en Amérique et aux Pays-Bas. Enfin, il a son trésor, alimenté par des quotes ordinaires volontaires, au mois ou l’année, et des quotes extraordinaires, imposées le cas échéant par les assemblées régionales.
Tous ces détails minutieusement réglés suffiraient à montrer que nous ne nous trouvons pas en présence d’un mouvement éphémère. Le Parti ne vient que de naître : sa première assemblée générale — la seule qu’il ait tenue depuis sa constitution définitive — est du 8 décembre de l’an dernier, jour de l’Immaculée-Conception. Chaque année, à pareille date, l’assemblée doit se réunir dans une ville différente. L’année dernière, c’était Bilbao. Pour cette année, on parle de Pampelune.
On ne saurait donc faire encore la moindre prédiction sur l’avenir du nationalisme basque. Il faut attendre et observer. Le Parti ne compte peut-être pas plus aujourd’hui de dix mille membres actifs, partagés entre plus de trente Batzokis ou Sociétés nationalistes, mais il peut avoir confiance dans la sympathie de l’immense majorité des Basques et il espère, de fait, les enrôler tous, avant trente ans, sous son drapeau. C’est ce que nous annonce "L’Ami Vasco". Nous lisons aussi dans ce petit livre — si étrange que cela paraisse — que les nationalistes, pour atteindre leur but, n’hésiteront pas, le cas échéant, à faire appel à l’étranger, à l’Anglais ou à l’Allemand, peu importe!.
Gardons-nous, au reste, d’attacher à cette déclaration une importance excessive. Tant que les nationalistes borneront leurs manifestations à porter des fleurs et à prononcer des discours sur la tombe de Sabino Arana, on aura raison à Madrid de fermer les yeux. Mais l’exemple des Catalans — qui ont réussi, aux dernières élections, à rester maîtres chez eux — soulève dans la Péninsule un vent de régionalisme, que les pays basques seront sans doute les premiers à ressentir. Le gouvernement espagnol aurait tort, s’il espérait — comme il a essayé de le faire à Barcelone — endiguer et contenir le nationalisme (disons : le séparatisme) en favorisant ouvertement ou en sous-main les partis les plus avancés. Bilbao est le centre principal du socialisme espagnol, c’est là qu’il a remporté ses plus grands succès. Aux élections législatives de mai, on comptait même qu’avec l’aide officielle, son chef Pablo Iglesias serait élu. L’événement a déjoué ces prévisions : et la lutte a été circonscrite entre les conservateurs et caristes d’une part et les nationalistes d’autre part.
Les socialistes de Bilbao — comme les républicains avancés de Barcelone — ne sauraient être pour la monarchie espagnole que de douteux alliés — et, ce qui plus est, des amis dangereux. En faisant de l’étatisme et de l’anticléricalisme des articles de leur programme, ces partis extrêmes — outre qu’ils inquiètent par leurs revendications sociales et leurs idées semi-anarchistes les classes capitalistes et les amis de l’ordre — surexcitent les défenseurs du nationalisme et leur procurent de nouveaux adeptes parmi les éléments "neutres".
Tout ceci ne suffit-il pas à montrer que ce mouvement, qui heurte nos portes — je dirai même qui a gagné une partie de notre territoire — mérite autre chose qu’un simple intérêt passager de curiosité ?"
(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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mercredi 6 octobre 2021
LE NATIONALISME BASQUE EN 1907 (première partie)
LE NATIONALISME BASQUE EN 1907.
Dès la fin du 18ème siècle, l'idée de nationalisme Basque commence à naître, en Pays Basque Sud (Hegoalde).
Voici ce que rapporta à ce sujet le journal La Revue, dans son édition du 15 décembre 1907 :
"Le Nationalisme Basque.
Je visitais, il y a quelque temps, en compagnie d’un ami, le Centro Vasco de Bilbao. Un moulage de plâtre, sous un globe, frappa inopinément mon regard. Je m’approchai. Les yeux fermés, la bouche plissée dans un lamentable rictus, tous les traits tirés par une longue souffrance, c’était bien la tête d’un mort, livide et froide sur le velours grenat. Des poils humains restés collés à la place des sourcils et de la barbe — au moment où l’on avait pris cette lugubre empreinte — donnaient au masque blanc une impression plus saisissante encore. Mon ami, un Basque, alla au-devant de mes questions : "Arana-Goiri, me dit-il d’une voix à la fois douloureuse et fière, Arana-Goiri, le fondateur de notre parti. Ce moulage — qui est ce que nous conservons ici de plus sacré — date du jour de ses funérailles, à Pedernales, le 25 novembre 1903."
Né à Abando, en Biscaye, le 26 janvier 1865, Sabino de Arana-Goiri — ou, comme le désignent ses compatriotes, Arana-Goiri tar Sabin, — après une vie remplie par la poursuite fiévreuse de son idéal et par les persécutions dont il eut à souffrir de la part du gouvernement de Madrid, — mourut à trente-sept ans. Mais il semble que le souvenir auréolé comme dans une légende de leur "martyr" ait augmenté la confiance des nationalistes basques dans l’avenir de leur cause et accru du même coup la force de leur parti.
| SABINO ARANA GOIRI |
Il ne serait peut-être pas nécessaire de remonter très loin dans l’histoire pour découvrir les origines du mouvement actuel. Mais les Basques sont fiers de leur passé ; ils l’ont sans cesse à la bouche, et tout leur idéal se résume à y revenir. Force nous est donc d’en dire ici quelques mots.
Les remparts naturels des Pyrénées et la pauvreté des sauvages vallées où il vit depuis un temps immémorial servirent — mieux encore que son courage — ce mystérieux petit peuple contre les invasions successives et contre les ambitions de ses voisins. A vrai dire, il ne se soumit jamais. C’est une erreur — contre laquelle s’élèvent hautement les historiens basques — que les divers petits Etats éparpillés sur les deux versants pyrénéens aient été autrefois incorporés au royaume de Castille. La réalité est que le Guipuzcoa en 1200, l’Alava en 1332, la Biscaye en I379, la Navarre en 1512 reconnurent tour à tour, de leur libre consentement, pour roi ou senor le roi de Castille. Chaque souverain, une fois monté sur le trône de ses pères à Valladolid (plus tard à Madrid) était tenu de se rendre à Guernika, le jour de son élection, pour y prêter le serment solennel de respecter les fueros, les libertés particulières de ces Etats. C’est à cette seule condition que les Basques s’engageaient à lui fournir la moneda, la fonsadera y los yantares, c’est-à-dire à lui payer un tribut annuel déterminé, à lui prêter aide et obéissance en cas de guerre et à lui donner le gîte et le vivre sur leur territoire.
Si le "seigneur" ne remplissait pas ses promesses, chaque Etat conservait le droit de le destituer : c’est ce qui arriva à Henri II dit l’impuissant (Henri IV de Castille) qui se vit préférer Isabelle la Catholique. Pour des raisons analogues, la Biscaye refusa la fonsadera à Tello, poursuivi par son frère Pierre le Cruel.
Les ordonnances ou secrets édictés à Madrid n’avaient de force dans les pays basques qu’après une promulgation spéciale et qu'autant qu'ils ne contenaient rien de contraire aux fueros particuliers.
On comprend que les souverains de Castille aient cherché de bonne heure a se soustraire à ces obligations gênantes et à faire rentre la Navarre et les Vascongades dans l’unité du royaume. Mais les efforts de Philippe III et de Philippe IV échouèrent devant la révolte armée des populations. Les Bourbons se montrèrent plus habiles ou plus énergiques. Philippe V réussit à établir des douanes en Biscaye, qui avait jusque-là vécu dans un régime de liberté commerciale absolue ; Ferdinand VI et Charles III continuèrent son œuvre : "leurs règnes, au dire des historiens auxquels nous empruntons ces détails, ne furent qu’une série ininterrompue d'humiliations pour nos provinces."
| SABINO ARANA GOIRI |
Les Basques qui avaient fait assez bonne figure aux généraux français de la Révolution — sous condition qu’on respectât leur indépendance et leurs fueros — s’armèrent contre les armées de Napoléon. La guerre d’indépendance fut, à vrai dire, plutôt une guerre religieuse. Ce fut aussi un brasier où se fondirent beaucoup de sentiments et d’idées particularistes. La Constitution de Cadix, en 1812, abolit le régime féodal. Heureusement pour les Basques, Ferdinand VII déchira cette constitution peu après l'avoir acceptée, et il jura solennellement, le 25 juillet 1814, de maintenir et de respecter les libertés des divers Etats.
Quelle raison souleva ce petit peuple en faveur de don Carlos lors de la "guerre des sept ans" ? Uniquement, semble-t-il, sa haine pour les idées libérales qu’incarnait à ses yeux la régente Marie-Christine. A en croire l’historien Pirala, un de ses généraux, Zumalacarregui, animé du plus pur désir nationaliste, aurait entrepris de restaurer l’indépendance complète des Vascongades ; mais il tomba, frappé d’une balle, à Begona.
| GENERAL CARLISTE TOMAS DE ZUMALACARREGUI |
On sait que les Basques payèrent leur révolte de la perte de la plupart de leurs libertés. La loi du 25 octobre 1839 leur enleva leurs assemblées législatives et les soumit à la Constitution du royaume. Deux ans plus tard, un décret d’Espartero leur ôtait leur régime foral, leurs assemblées locales, leur liberté commerciale. En 1844, il est vrai, le gouvernement consentit à leur rendre une partie de ces fueros : c’est ainsi que le Guipuzcoa, la Biscaye et l’Alava continuèrent à bénéficier de l’exemption du service militaire et d’une certaine autonomie économique et administrative.
Un nouveau coup de tête priva définitivement ces provinces de ces derniers privilèges. Après la deuxième guerre carliste, Canovas appliqua la loi de 1839 et le secret d’Espartero dans toute leur rigueur : il soumit les Basques au service militaire et au système d’impôts en vigueur dans le royaume (21 juillet 1876). L’Alava, la Biscaye et le Guipuzcoa ne conservèrent que le droit de discuter chaque année à Madrid le chiffre du tribut à payer à l’Etat, en guise de contributions. La Navarre ne garda de son ancienne autonomie que certaines lois civiles encore en vigueur.
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| LES FUEROS DU PAYS BASQUE ET DE LA NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Ces dernières "libertés" même sont menacées. A chaque renouvellement du "concert économique", le gouvernement élève de quelques centaines de millions le chiffre du tribut annuel. L'âme fière des Basques souffre aussi, à l’époque de la conscription, de voir partir leurs fils "au service du Roi." Leur langue n’est pas respectée : défense est faite de l’enseigner dans les écoles et de la parler au prône. Enfin, c’est la pureté même de leur race — dont ils tirent le plus de vanité — qui est en jeu : les Basques, qu’attire sans cesse au delà des mers l’attrait irrésistible des "Indes" voient leur place aussitôt prise dans leur propre territoire par les immigrants des provinces avoisinantes : Asturiens, Galiciens, Castillans. Nombre de familles — surtout dans les classes aisées — se montrent assez oublieuses de leurs nobles origines pour s’allier à des "étrangers" ; le nombre des "métis" et des "maketos", comme ils désignent ironiquement les Espagnols des autres provinces, des croisés de sang basque et castillan augmente sans cesse, et ceci est un objet d'inquiétude et de honte pour les vrais et bons nationalistes.
Mais, c’est, avant tout, la lutte anticléricale en France et la répercussion qu’elle a eue, ces temps derniers, au sud des Pyrénées — et jusque dans les conseils du Roi — qui ont contribué à surexciter les esprits de ces montagnards. Ils sont profondément religieux, très attachés à leurs croyances et à leurs traditions. Ils se vantent de n’avoir adoré qu’un Dieu unique, alors que toute l’Europe était encore plongée dans les ténèbres du paganisme. La foi catholique n’a pas de plus ardents défenseurs ; il suffit de rappeler les noms d’Ignace de Loyola et de sainte Thérèse. Les Jésuites continuent à considérer ces provinces un peu comme leur quartier général : c’est à Deusto, aux portes même de Bilbao, sur les bords du Nervion, que s’élève leur imposante Université. Merry del Val, le fameux conseiller de Pie X, tire ses origines du Guipuzcoa.
La politique anticléricale du maréchal Lopez Domínguez, le projet de loi contre les congrégations rédigé par M. Davila, les attaques journalières de M. Canalejas contre Rome dans le Heraldo de Madrid, ont plus fait, sans doute, que toute autre cause pour la propagande des idées nationalistes. Ces idées ont même réussi à passer la frontière, et c’est une raison de plus en France de nous montrer attentifs. Au sud des Pyrénées, l’agitation catalaniste — qui a également des attaches réactionnaires — et les tendances régionalistes atténuées de quelques autres provinces ont créé une atmosphère favorable qui a permis au nationalisme basque de librement s’y développer."
A suivre...
(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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