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jeudi 4 avril 2024

HISTOIRE DE LA FORTIFICATION DU "PETIT BAYONNE" EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (troisième et dernière partie)

 

HISTOIRE DE LA FORTIFICATION DU "PETIT BAYONNE" AUTREFOIS.


Dès le 2ème siècle, les Romains fortifient la cité de Bayonne, à l'époque simple Camp d'Observation. 



pays basque autrefois labourd fortifications
PLAN DE BAYONNE 1749
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne dans son 

Bulletin N°8, le 1er janvier 1931, sous la plume de l'Intendant Général Lacrampe :



"Histoire de la Fortification du Petit Bayonne.



Fausse alerte de 1636. (Extrait de Ducéré). 

— Menacé par les Espagnols en 1636, les Bayonnais pourvoient à leur sûreté en mettant la fortification en état de défense, en accumulant dans les magasins de la Ville des armes et des munitions.



Pendant qu’elle se préparait à repousser l’ennemi, une fausse alerte vint la surprendre et mit à l’épreuve le courage des Bayonnais. Les habitants d’Espelette et d’Itxassou avaient passé un traité avec leurs voisins du Bastan pour le libre pacage de leurs bestiaux dans les pâturages des montagnes. Or, aussitôt la déclaration de guerre connue, les Hauts-Navarrais s’emparèrent d’une partie des troupeaux français qu’ils trouvèrent paissant sur leurs terres ; les Français leur rendirent la pareille, et voilà déjà les hostilités commencées.



Un jour les pasteurs français aperçurent un parti de Navarrais bien armés et au nombre de soixante ou quatre-vingts environ ; ils avertirent les habitants d’Espelette et d’Itxassou qui se réunirent pour les repousser et qui firent en même temps sonner le tocsin. L’alarme se propagea jusqu’à Larressore et de là à Ustaritz et Villefranque et vint enfin attirer l’attention des sentinelles qui veillaient sur les remparts de Bayonne, une heure environ après minuit.




pays basque autrefois labourd fortifications
REMPARTS LACHEPAILLET BAYONNE
PAYS BASQUE D"ANTAN



Celles-ci croyant à une attaque nocturne des Espagnols, donnèrent l’alarme, et alors "par toute la ville tout le peuple, tant bourgeois que gentilshommes se lèvent à cet effroi ; tout le monde court aux armes, se range à son quartier, mais avec une vitesse et ordre si incroyable, qu’en moins de demi-heure il y eut en pied seize ou dix-sept cents mousquetaires et plus de huit cent piquiers, pertuisaniers, et en tout, pour le moins, deux mille bons soldats armés, et avec un silence et une obéissance merveilleuse aux ordres de leurs magistrats."



M. d’Artaignan, lieutenant de M. de Gramont, estant en personne allé faire la ronde dans toute la ville, leur donna mille louanges ainsi qu’aux seigneurs de notre gouvernement qui arrivèrent le même jour en ville ; nous en sommes tellement satisfait « que nous ne vouldrions pas pour rien au monde que cest alarme ne fust arrivée pour reconnaître et essayer le courage et l’affection de nos habitants en pareille occasion."



Pendant la période que nous venons de parcourir de 1451 à 1643 la fortification du Petit-Bavonne s’est fixée sur le terrain ; son tracé ne changera qu’entre le bastion St-Jacques et la Nive, où la fortification est reportée en amont. Quant aux autres ouvrages ils seront complétés parachevés, mais leur physionomie générale ne sera pas changée.



De Louis XIV à la Révolution (1646-1789).



En 1652 Bayonne étant menacée par les Espagnols, l’Ingénieur Dubois complète les fortifications ; il améliore le bastion des Cordeliers, qui disparaîtra quelques années plus tard ; à la limite des lices on éleva une masse de terre soutenue par un mur du côté de la ville qui fut la plate-forme du Bourg-Neuf.



En 1658 et 1667 la Nive déborde emportant chaînes et pilotis.



En 1674 Louis XIV envoie l’Ingénieur Deshoulières pour améliorer la fortification. Cet ingénieur fit construire un grand cavalier en terre en arrière de la courtine du Château-Neuf ; la terre fut prise dans le fossé approfondi et élargi ce qui permit aux eaux de la Nive de se déverser dans l’Adour.



pays basque autrefois labourd fortifications
CHÂTEAU NEUF BAYONNE 1893
PAYS BASQUE D'ANTAN



Il commença un demi bastion détaché en avant de la porte de Mousserolles ; il fallut fonder sur un grillage de bois ; la première pierre fut posée le 5 Novembre 1674 en grande pompe, par le 1er échevin, en l’absence du Gouverneur.




pays basque autrefois labourd fortifications
PORTE MOUSSEROLLES BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Deshoulières fut malheureux dans ses travaux sur la Nive ; un bâtardeau construit entre les tours de Sault et des Menons, fut emporté le 10 Juillet 1675 par une crue de la Nive ; on répare le bâtardeau ; une nouvelle crue se produit le 25 Janvier 1677 emportant batardeau, bastion, tour des Menons, mur du quai, maisons de la rue des Cordeliers. Ce fut un désastre.

 


La Nive s’est toujours refusée à se jeter dans l’Adour par les fossés de la fortification.



Le bastion Royal en amont des Cordeliers et de la tour des Menons fut amorcé.



Venue de Vauban à Bayonne. 


Vauban fut envoyé à Bayonne en 1680 par Louis XIV pour faire de la ville un boulevard inexpugnable ; Vauban n’a rien innové, mais il a donné à ses ouvrages, qui se plient merveilleusement au terrain, une marque personnelle qui le font considérer comme un très grand chef d’école.


pays basque autrefois labourd fortifications
BAYONNE FORTIFIEE EN 1680


Il avait l’art merveilleux de marier la fortification au terrain.



La construction de la Citadelle, les transformations du Grand-Bayonne ont fait l’objet de deux conférences ; je ne parlerai que des améliorations qu’il apporta aux fortifications du Petit-Bayonne et qui furent les suivantes.



Au Réduit, il fait élever sur la place bourgeoise un front bastionné pour rendre cet ouvrage indépendant.



pays basque autrefois labourd fortifications
PORTE DU REDUIT BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Il fit embellir la porte de St-Esprit qui ne reçut la forme définitive qu’en 1760 et qui prit le nom de Porte de France. Les ouvrages du Réduit ont été rasés il y a 20 ans, comme gênant la vue de la ville et empêchant la circulation.   



Vauban déplace la porte de Mousserolles et la reporte sous le mur d’enceinte, à l’endroit où elle est actuellement.



Il crée la contre-garde de Mousserolles, en avant du rempart pour le protéger, cette contre-garde est incurvée vers le bastion Notre-Dame ; les deux portes de sortie de la ville sont ainsi l’une sous le mur d’enceinte, la suivante sous la contre-garde.



Les voûtes des portes sont de modèles variés et elles sont intéressantes au point de vue de la taille des pierres.



Cette partie de la fortification qui va du Château-Neuf à l’Adour est très intéressante à étudier, elle a un aspect de force et de robustesse et constitue une des beautés de la ville.



Voici ce qu’écrit Ducéré :


"C’est surtout de l’intérieur de la porte Mousserolles qu’on distingue bien le profil du donjon du Château-Neuf. Lorsqu’on a pénétré sous la première voûte, on se trouve au milieu d’un ensemble d’ouvrages militaires des plus intéressants à étudier. Ici tout le monde trouve son compte, l’archéologue comme l’artiste, et la masse imposante de ces énormes murailles ne contribue pas peu au pittoresque achevé du lieu.



Le soleil de midi produit les oppositions les plus curieuses d’ombre et de lumière chers aux aquafortistes et au milieu de ces puissants ouvrages, de ces sombres meurtrières qui s’ouvrent au ras des fossés, l’esprit aime à évoquer les scènes terribles de l’ancienne guerre de siège, lorsqu’après être descendu dans le fossé, l’assiégeant, cheminant péniblement, il s’attachait aux robustes fondations des murs. Dans un coin, un joli jardin fait éclater au milieu de la gamme des verts de la plus luxuriante végétation, les couleurs diaprées des fleurs de son parterre et, sur la terrasse supérieure, plusieurs canons en batterie regardent curieusement, à travers les larges embrasures, les eaux étincelantes de l’Adour.



Vauban aurait voulu établir un pont fortifié sur la Nive, rejeter les eaux de la Nive dans les fossés du Bourg-Neuf, il y renonça à cause des nombreux bâtardeaux qu’il aurait fallu construire et qui n’auraient probablement pas résisté aux crues de la Nive.



Il fait achever le bastion Royal et le munit d’une grande traverse maçonnée.



Ce bastion comme grandeur, comme site, avec les beaux arbres qui l’ombragent est le plus intéressant de toute la fortification.



Vauban supprima les retranchements de Ste-Claire devenus inutiles, fit construire des magasins qui furent l’embryon de l’Arsenal d’Artillerie qui rendit les plus grands services pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire et en 1870 comme cartoucherie .



En 1698 on renforce la courtine des Jacobins le long de l’Adour, son fossé est élargi et les terres provenant de la fouille permirent de créer une plate-forme qui furent les Allées Boufflers.



De 1789 à 1816.


Pendant la Révolution aucun travail important ne fut fait aux fortifications.



En 1808, lors de son séjour à Bayonne, Napoléon Ier décréta que l’Hôpital Militaire serait construit sur le couvent des Cordeliers, que la fosse aux mâts serait comblée et reportée à l’Arsenal Maritime, ce qui élargit les Allées Boufflers.




pays basque autrefois labourd fortifications
NAPOLEON BAYONNE 1808
PAYS BASQUE D'ANTAN



En 1814 la défense de Bayonne fut reportée pour le secteur du Petit Bayonne vers St-Pierre ; on créa à gauche de la route de St-Jean-Pied-de-Port, le grand ouvrage à cornes du Camp de Prats ; à droite on éleva le bastion des Mineurs et trois redoutes : celle de Vespalis, celle des Canonniers et des Auxiliaires.



Les 10, 11 et 12 Novembre 1813 eut lieu la bataille de St-Pierre.



pays basque autrefois labourd fortifications
BATAILLE DE SAINT-PIERRE NOVEMBRE 1813



Le 17 Février 1814 la Division Marensin quitte la Place qui fut investie le 24 Février.



Le 27 Avril 1814 un armistice général arrêta les hostilités.



Conclusion.


Je me suis efforcé de vous donner un aperçu de l’histoire de la fortification du Petit Bayonne.



Les fortifications ont sauvé la ville dans de nombreuses circonstances ; elles présentent un intérêt archéologique de premier ordre car elles nous donnent toute l’histoire de la fortification ; elles présentent un caractère original puisqu’elles sont uniques dans le Sud-Ouest ; c’est pour ces motifs que nous devons les conserver avec un soin pieux.



Les hautes tours, les murs larges et élevés, les terres déplacées, représentent un travail gigantesque, des dépenses très élevées ; des efforts continus, persévérants, que nos ancêtres se sont imposés pour leur sécurité et pour conserver un Boulevard à la France.



Nous devons les admirer et leur donner un souvenir reconnaissant.



Il faut une certaine connaissance du passé ; une éducation du goût, pour apprécier le beau, bien qu’il soit vieux ; c’est pour ce motif que nous devons faire connaître aux Bayonnais l’histoire des fortifications et de leur ville pour qu’ils les apprécient et les respectent.


Intendant général Lacrambe Ancien capitaine du Génie."



La conférence faite à la Société le 7 Juillet 1930 a été suivie le 10 Juillet d’une promenade dans les fortifications de la porte de Mousserolles sur l’Adour au bastion Royal sur la Nive.



Les remparts du Petit Bayonne de l’Adour à la Nive ont été classés comme Monuments Historiques en Décembre 1930."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)










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lundi 4 mars 2024

HISTOIRE DE LA FORTIFICATION DU "PETIT BAYONNE" EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (deuxième partie)

HISTOIRE DE LA FORTIFICATION DU "PETIT BAYONNE" AUTREFOIS.


Dès le 2ème siècle, les Romains fortifient la cité de Bayonne, à l'époque simple Camp d'Observation. 




pays basque autrefois labourd fortifications
PLAN DE BAYONNE 1749
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne dans son 

Bulletin N°8, le 1er janvier 1931 :



"Histoire de la Fortification du Petit Bayonne.


... Le deuxième récit concerne la cruelle action de Pès de Pouyane en 1341.

Je l’emprunterai à l’Histoire de Bayonne par Baïlac.



Cruelle action de Pès de Pouyanne.



D’après une ancienne coutume les denrées et marchandises destinées à l’approvisionnement du pays basque jouissaient d’une entière franchise à l’entrée et à la sortie de la ville.



Ce droit d’exemption déplaisait au Corps Municipal.



En 1326 les Basques ayant refusé d’acquitter les droits pour des cidres et des pommades il fut défendu aux marchands de la ville de faire aucun envoi de boissons au dehors sous peine d’avoir les poings coupés.



En 1341 Pès de Pouyane fougueux antagoniste de la franchise, nommé Maire-Vicaire, fit prononcer par les cent pairs l’abolition de la franchise des Basques et mit à exécution sans délais cette délibération audacieuse.



S’étant aperçu que des marchandises passaient sur la Nive, au lieu appelé Prondine, commune de Villefranque, il envoya des gardes pour exiger le paiement ; la juridiction de la ville s’étendant, disait-il, sur la Nive, jusqu’au terme de la plus haute marée.



Cette entreprise souleva l’indignation du pays basque, les gardes furent chassés, chargés de coups, les Basques leur criant qu’ils venaient vérifier si le flot allait aussi loin que le prétendait la ville ; le désordre s’étendit dans le pays ; des marchands bayonnais se rendant en Espagne furent massacrés.



Ces faits furent blâmés par le roi Edouard III.



Le 23 Août 1341 arriva la fête de Villefranque : la Saint-Barthélemi, qui attirait tous les ans un grand nombre de Basques.



Malgré l’agitation des esprits, le concours fut considérable.



Pès de Pouyane reçut un billet anonyme, par lequel on l’avertissait que les Basques rassemblés à Villefranque avaient de mauvaises intentions contre la ville et que leurs chefs étaient réunis au Château de Miots.



Le billet finissait par ces mots gascons :


"Pès de Pouyane, heis quent pots, ne sas pas quent sera ops."

Pès de Pouyane, fais quand tu peux, tu ne sais pas quand besoin sera.



Outré de l’aventure de Prondine, le fougueux magistrat voulant se venger, part pour Villefranque, avec un grand nombre d’hommes armés.



Il arrive pendant la nuit devant le Château de Miots, en fait enfoncer les portes, et tue tout ce qu’il y trouve à l’exception de cinq gentilshommes qu’il emmène avec lui au pont de Prondine.



Là, il annonce froidement à ses prisonniers qu’il va vérifier aimablement avec eux si le flot va aussi loin que l’a prétendu la communauté de Bayonne.



Aussitôt on les attache par ses ordres aux arches du pont, que commençait à baigner la marée montante.



Les cinq malheureux gentilshommes disparurent par degrés ensevelis sous les eaux.



Cet acte atroce de barbarie souleva tout le pays Basque contre les Bayonnais qui eurent à lutter pendant plusieurs années contre le ressentiment le plus exalté.



Un grand nombre de personnes périrent dans des combats d’homme à homme, de bande à bande.



Ce n’est qu’après beaucoup de sang répandu qu’on choisit le sire d’Albret comme arbitre pour arrêter cette guerre intestine.



Les Basques conservèrent leur franchise ; les Bayonnais furent condamnés à de lourdes amendes.



Pour terminer la période de la domination anglaise, je donnerai une idée des approvisionnements de guerre de l’époque.



En 1336, l’arsenal de Tarride comprenait pour la défense des murailles : 24 arbalètes à tour ; 24 arbalètes de 2 pieds ; 20 arbalètes de grande dimension.



En 1373 la ville possédait outre les arbalètes, 8 canons approvisionnés chacun à 16 boulets de plomb.

On était loin des aciers au chrome ou au manganèse.



De l’an 1451 à 1643. (De Charles VII à Louis XIV)



Le 6 Août 1451 le roi de France fit mettre le siège devant Bayonne ; la Ville se rendit le 25 Août ; la bannière du roi de France flottait sur le donjon de Floripès du Château-Vieux.



Charles VII voulut s’assurer la possession de Bayonne en faisant construire des ouvrages de fortification, qui en cas de révolte des habitants donnassent asile à ses Officiers.



La ville haute avait un Château, le Bourg-Neuf n’avait pas de Citadelle.



Le Roi ordonna de construire sur la hauteur de Mocoron, un château qui avait pour but de maîtriser le Bourg-Neuf ; aussi ses deux grosses tours font face au faubourg et l’une d’elles commande la rue Pannecau.



Les travaux commencés en 1460, continués par Mathieu de Fortune sous Louis XI furent terminés sous Charles VIII en 1489.


CHÂTEAU NEUF BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Château-Neuf. — La façade tournée vers la ville se composait de deux tours, l’une ronde, l’autre barlongue, de 14 mètres de largeur, 18 mètres de hauteur, de 3 à 4 mètres d’épaisseur au sommet ; reliées par une courtine haute de 15 mètres, épaisse de 2 mètres, une couronne de machicoulis reposant sur des consoles terminait cette puissante façade ; le rectangle était complété aux angles par la tour de Mocoron et une autre tour carrée à l’angle Nord-Est qui formait donjon ; les tours étaient reliées par des courtines.


Pour assurer le flanquement des courtines on créa vers l’extérieur une porte de sortie encadrée de deux tours formant flanquement ; au Nord une tourelle en quart de cercle compléta la défense.


L’entrée du château se faisait au pied Nord de la tour barlongue par un chemin très raide.  


En 1470 on voit apparaître pour la première fois dans les titres donnés aux capitaines des Châteaux, le nom de Capitaine du Château-Vieux donné à l’ancien château ; il faut croire que la construction du nouveau château était assez avancée pour permettre d’y loger son Capitaine.


Avant de continuer l’étude par ordre chronologique des transformations de la fortification, je rappelle que c’est en 1500 que l’Adour qui est la vie de Bayonne se déplaça vers Capbreton et Messanges.


De 1501 à 1517 les Bayonnais firent de grands travaux pour rendre à l’Adour son ancien lit ; une crue survenue en 1517 détruisit les travaux et il faudra encore un siècle de travaux pour obtenir le résultat cherché. C’est vers cette date de 1520 que commencent les transformations des fortifications de Bayonne, que l’on passe dans la ville haute de l’enceinte Romaine à celle de François 1er et d’Henri IV.


Pendant plus de 10 siècles, la forme des fortifications n’a pas changé, les organes de défense seront toujours des murs et des tours de pierre parce qu’ils suffisent contre les moyens d’attaque ; béliers, corbeaux à griffes, tours transportant des assaillants sur leur plate-forme.


La découverte de la poudre à canon par le moine Roger Bacon (1214-1294), l’apparition des armes à feu, des canons qui renversent les murs vont obliger les fortifications à se transformer.



STATUE DU MOINE ROGER BACON
MUSEE UNIVERSITE OXFORD ANGLETERRE


C’est la façon d’attaquer qui fait la loi de la défense ; à d’autres moyens d’attaque, il faut opposer d’autres façons de se défendre ; au canon de l’assaillant le défenseur va opposer des canons plus puissants et approvisionnés à l’avance ; aux boulets qui font brèche, le défenseur va opposer des obstacles nouveaux.


La fortification nouvelle comportera :


1°) Un obstacle constitué par un fossé large et profond, revêtu d’un mur d’escarpe et de contrescarpe.


2°) Un parapet en terre en arrière du fossé ; organe à la fois offensif et défensif puisqu’il permet au personnel et au matériel d’être à l’abri.


3°) Un terre-plein en arrière du parapet, où le défenseur peut circuler à l’abri des vues.


Les portes qui sont les points les plus vulnérables seront protégées par des barbacanes, qui deviendront des boulevards qui se transformeront en bastions qui battront les fossés.


Mais ces améliorations seront très lentes, parce que très coûteuses et que les progrès de l’artillerie qui suivent ceux de l’industrie qui sont l’intégration de toutes les techniques se feront très lentement.


En 1510 au Grand Bayonne on amorce la courtine de l’Evêché, les boulevards du Château-Vieux, de Lachepaillet, des Boucheries ; en 1513 on commence le boulevard et le bastion de Sault et enfin de 1515 à 1547 on travaille à la construction d’une large terrasse allant du Château-Vieux à la Nive.


Au Petit Bayonne les murs de défense furent remplacés par des ouvrages nouveaux, au fur et à mesure des ressources financières.


A chaque guerre, à chaque menace de siège et ces craintes étaient incessantes, on renforçait la défense, en réparant les murs, les talus endommagés, on fermait les brèches et c’est ainsi qu’au Petit-Bayonne s’est créée la fortification que nous avons encore sous les yeux.


FOSSES REMPARTS MOUSSEROLLES BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Boulevards de Mousserolles et de Notre-Dame.— De 1522 à 1524 on construisit les Boulevards de Mousserolles et de Notre-Dame en avant de la tour de Mousserolles et de la porte extérieure du Château-Neuf.


Ils étaient de forme barlongue analogues au boulevard Lachepaillet ; les murailles avaient 6 mètres d’épaisseur, supportaient deux étages de casemates en retrait derrière les orillons arrondis ; au boulevard Mousserolles le flanc gauche qui fait face à l’Adour portait trois orillons qui apparaissent aujourd’hui comme d’énormes contreforts.


La traversée de la tour s’effectuait par l’étage bas ; on sortait du côté de l’Adour, sur un pont qui longeait le fleuve.


En 1595 on exposa sur cette porte la tête du traître Château-Martin, qui voulait livrer la ville aux Espagnols.


En 1523 eut lieu la belle défense de Bayonne par Lautrec contre une attaque brusquée des Espagnols, qui appuyés de quelques barques vinrent donner l’assaut aux parties basses de la ville, vers la tour des Menons et entre le Château-Vieux et l’Adour.


Lautrec pendant trois longues journées opposa la résistance la plus énergique et opiniâtre aux efforts furieux des assaillants ; les Espagnols surpris par cette résistance, se retirèrent.


Les inondations de l’Adour et plus particulièrement de la Nive, causèrent souvent des dégâts aux ponts et aux fortifications du petit Bayonne ; en 1528, en 1570, les courtines St-Jacques furent détruites et il fallut les réparer.


En 1568 sous la menace d’une attaque par les troupes protestantes de Montgommery on renforce la fortification et on commence la construction du Boulevard St-Jacques.


LE VIEUX REDUIT CÔTE FACE ST-ESPRIT BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Boulevard St-Esprit. — De 1574 à 1586 on construisit un boulevard à la pointe St-Esprit ; il nous en reste l’échauguette ; en 1644 ce boulevard se continuera devant la porte St-Esprit et deviendra le bastion du Roi.


La courtine des Jacobins est exhaussée et on construit une barbacane maçonnée en avant et au milieu de la courtine.


En 1581 on creuse un grand fossé le long des remparts de Mousserolles et des Cordeliers pour que les eaux de la Nive baignent les remparts.


En 1596 on déplace les portes du Château-Neuf ; la porte de la ville est placée sur la face Sud, la porte de l’extérieur sur la face Est.


En 1599 l’Ingénieur Errard de Bar-le-Duc arrive à Bayonne pour remanier complètement les fortifications d’après son système.


Après étude il commença à l’appliquer en 1610 au bastion Lachepaillet, mais faute de fonds et la mort tragique d’Henri IV étant survenue les travaux furent arrêtés.



REMPART LACHEPAILLET BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le système d’Errard qui consistait à tracer des bastions où les faces étaient perpendiculaires aux flancs offrait de graves inconvénients au point de vue du flanquement des courtines, et il fut très vite abandonné."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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dimanche 4 février 2024

HISTOIRE DE LA FORTIFICATION DU "PETIT BAYONNE" EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (première partie)

HISTOIRE DE LA FORTIFICATION DU "PETIT BAYONNE" AUTREFOIS.


Dès le 2ème siècle, les Romains fortifient la cité de Bayonne, à l'époque simple Camp d'Observation. 




pays basque autrefois labourd fortifications
PLAN DE BAYONNE 1749
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne dans son 

Bulletin N°8, le 1er janvier 1931, sous la plume de l'Intendant Général Lacrambe :



"Histoire de la Fortification du Petit Bayonne.



On attribue à Crassus, ancien Lieutenant de Jules César, devenu Gouverneur d’Aquitaine, la création du Camp d’observation qui devint la Cité de Lapurdum.



Dès le 2e siècle, elle fut entourée d’une haute muraille de 12 mètres de hauteur, ayant 3 mètres au sommet.



La paix et la sécurité Romaine ne durèrent pas longtemps et les invasions barbares dès le 3e siècle se succédèrent, saccageant, dépeuplant, réduisant les habitants en servage et en esclavage.



La dernière horde fut celle des Normands qui firent de Lapurdum en 812 un de leurs repaires. Ces barbares, vivant exclusivement de pillage, leur bande plus sauvage que toutes les autres, terrorisa le bassin de l’Adour jusqu’en 980, où le Duc de Gascogne, à la tête de tous ses vassaux les battit à Tailleyras, près d’Aire sur l’Adour.



Lapurdum brûlée en 864 n’existait que de nom ; la religion chrétienne avait presque disparu, les Evêques étaient en fuite ; les églises et les monastères ruinés ; la population privée d’habitations était réduite à la plus extrême misère, il semblait que la mort physique allait s’emparer du monde qui croyait qu’il périrait en l’an 1000.



C’est une époque générale de repentir ; où les princes, les seigneurs qui s’étaient emparés des biens vacants du clergé, les restituèrent en y ajoutant de nouvelles donations.



L’heure dangereuse passa comme les autres. Le monde remercia Dieu ; la vie reprit son cours avec un sentiment d’espérance et une force nouvelle qui vont transformer le pays. 


Après l’ère de destruction, ce fut celle de la reconstitution.




pays basque autrefois labourd fortifications
BAYONNE DE 1654 A 1680



De l'an 1000 à l’an 1451.



Ce furent l’Evêque Raymond de Martres mort en 1125 et un peu plus tard Guillaume Raymond de Sault vicomte de Labourd, qui ressuscitèrent Bayonne.



L’Evêque obtint du Comte de Poitiers une charte de libertés communales, qui attira de nombreux ouvriers qui devinrent hommes libres ; la ville se repeupla ; les maisons de bois, couvertes de pailles se relevèrent ; il se créa des agglomérations en dehors de l’enceinte Romaine ; on bâtit dans les marais entre la Nive et l’Adour, sur des pilotis reliés par des madriers, on creusa des canaux dans la vase ; c’est l’origine du Petit Bayonne.



Des travaux d’utilité publique s’élèvent de tous les côtés.



En 1125 on construit le pont Bertaco (Pannecau) le premier sur la Nive, puis le pont Mayour, le pont sur l’Adour ; on relève l’église qui a précédé la Cathédrale.



L’agglomération du Petit Bayonne augmentant tous les jours, ne pouvait rester sans défense ; on l’entoura d’un mur probablement vers 1130.



Ce mur devait partir du confluent de l’Adour et de la Nive, suivre l’Adour, se retournera angle droit pour prendre la rue des Lisses et rejoindre la Nive par la rue des Cordeliers. Le mur était percé de deux portes : celle de Mouseyrolles au débouché de la rue Bourg-Neuf et le portail de Mocoron à la sortie de la rue Pannecau ; cette porte ne tomba qu’en 1695.



pays basque autrefois porte labourd fortifications
PORTE DE MOUSSEROLLES BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN




On n’a pas de données sur les dimensions du mur d’enceinte ; vraisemblablement il devait avoir 8 mètres de hauteur ; en avant, on avait aménagé une bande de terre, servant de chemin de ronde et qui était fermée par des barrières de bois appelées lices d’où le nom de rue des Lisses. Les barrières étaient précédées d’un fossé qui éloignaient l’agresseur.



pays basque autrefois porte labourd fortifications
FOSSES REMPARTS DE MOUSSEROLLES BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


A partir de 1155 et jusqu’en 1451, par suite du second mariage d’Eléonore d’Aquitaine, Bayonne a été sous la domination de princes et de rois Anglais ; pendant cette période elle va connaître une ère de prospérité résultant de ce que les ports et les marchés d’un grand royaume lui furent ouverts ; ce mouvement commercial cessera lorsque l’Adour se rejetant vers Capbreton ne portera plus que des barques.



pays basque autrefois fleuve
L'ADOUR AUTREFOIS


Les Bayonnais furent de fidèles sujets des rois d’Angleterre, ils combattirent fréquemment avec la flotte anglaise et participèrent à ses succès ; de leur côté les souverains Anglais, respectèrent les coutumes de la ville et se montrèrent toujours très généreux.



Les fortifications du Grand et du Petit Bayonne furent non seulement bien entretenues, mais développées ; c’est ainsi qu’on attribue à Raymond de Sault en 1193 : la construction de la tour de Sault ; du Château-Vieux, de la tour du Nord et au Petit-Bayonne la construction de la tour St-Esprit et de la tour des Menons.




pays basque autrefois porte labourd fortifications
CHÂTEAU-VIEUX BAYONNE FIN 19EME SIECLE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Tour St-Esprit — La tour St-Esprit au confluent des deux rivières, était une tour de guet ; elle commandait la navigation de l’Adour, fermait le port de la Nive, servait de phare.


Elle était le siège de la Capitainerie de St-Esprit. La tour était ronde, d’un diamètre de 8 mètres et sur sa plate-forme était une tourelle où l’on allumait des feux ; grille de résine ou lanternes, pour servir de phare.


En 1515 elle était armée d’une grande couleuvrine ; en 1612 on la coiffa d’un toit pointu.



Tour des Menons. — La tour des Menons était carrée large de 11 mètres ; c’était la plus haute tour de la fortification, quelques siècles plus tard elle servit de dépôt de munitions de guerre. Elle était à 150 mètres en amont de la rue des Cordeliers ; l’intervalle était occupé par un chantier maritime. Ces deux tours, St-Esprit et Menons, avaient en face d’elles de l’autre côté de la Nive ; la tour de Piémont et la tour de Sault.


C’est dans ces tours que se trouvaient les treuils qui servaient à tendre les estacades de bois, formées de pieux reliés et chevillés entre eux et qui constituaient la ligne de défense du port intérieur de la Nive.


Outre ces deux estacades la rivière était défendue par un bateau, Le Corau Carbotat, qui était une galupe armée en guerre qui fut plus tard armée d’un canon et recouverte d’une carapace en madriers.



Ouvrages de Mocoron. — L’enceinte des Lisses était dominée à courte distance par la hauteur de Mocoron, son occupation s’imposait.


On y construisit trois ouvrages avancés : l’engin de Mosseyrolles, l’engin de Mocoron, la tour St-Jacques.

On ne connaît pas la date exacte de leur construction.

Il est probable que ces ouvrages furent reliés par un mur ou des palissades, peut-être par une simple levée de terre, qui allant de l’Adour à la Nive fermait le Petit Bayonne.



Porte de Mousseyrolles. — L’engin de Mousseyrolles en 1350 se composait comme toutes les portes, de deux tours réunies par un portail et munies d’un pont-levis, d’un pont dormant et d’une solide herse en fer manœuvrée d’une chambre au-dessus d’un portail.


De 1377 à 1450 c’est une tour carrée avec barbacane, la sortie se faisait sous la tour. En 1500 la tour sera reportée au bord de l’Adour, nous en reparlerons plus loin.



Porte St-Esprit.— La porte St-Esprit placée dans l’axe du pont sur l’Adour fut également érigée sous le gouvernement des sénéchaux anglais. Elle se composait de deux tours barlongues larges de 7 mètres, longues de 10 mètres, hautes de 14 mètres ; les deux tours étaient reliées par un porche recouvert d’une voûte. La porte était séparée du Pont Mayou par la place bourgeoise ou se faisaient les rassemblements et les exercices de la milice.


Sous la domination anglaise, l’assemblage confus de cabanes couvertes de chaume avait fait place à une ville régulière, dont les maisons à partir de 1290 étaient obligatoirement construites en pierre, couvertes en tuile ; on construisit l’Hôtel de Ville, la Cathédrale dans sa masse principale, de nombreux couvents, mais l’absence d’hygiène, le manque de linge chez le peuple, les privations causées par des guerres incessantes, les rues non pavées, les canaux à sec à marée basse, étaient cause de nombreuses maladies ; la peste ravagea la ville en 1347 et la décima.


Le développement donné aux fortifications, les travaux, les dépenses qui en résultaient, étaient une lourde obligation pour les populations, mais c’était une nécessité primordiale, pour se garantir contre un agresseur et éviter les pires violences ; à cette époque les mœurs étaient rudes ; un incident vulgaire dégénérait en un conflit violent.



Pour faire connaître l’ambiance morale de cette époque je citerai deux faits.



Une dispute s’éleva, en 1292, près la fontaine St-Léon entre deux marins bayonnais et normand ; ce dernier frappé par le poignard du bayonnais tombe mort. Cette nouvelle se répand et la rivalité, la jalousie entre marins, pêcheurs, corsaires, ne tarde pas à se montrer ; des équipages normands massacrent par vengeance à Royan les équipages de quatre barques de bayonnais ; la guerre est déclarée ; c’est une guerre de course et de pillage entre bayonnais et normands ; les marins d’Europe prennent parti les uns pour les marins anglo-gascons, les autres pour les franco-normands. En vain le roi d’Angleterre tente d’arrêter cette nouvelle guerre ; sa voix n’est pas écoutée ; ce n’est plus une lutte entre quelques marins, mais de la flotte normande contre la flotte bayonnaise ; les bayonnais l’emportèrent par la capture à l’embouchure de la Charente des 240 vaisseaux normands.


Il en résulta une nouvelle guerre entre Philippe le Bel et Edouard 1er d’Angleterre..."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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jeudi 14 novembre 2019

LA "COMMUNE LIBRE DU PETIT BAYONNE" EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1933


LA "COMMUNE LIBRE DU PETIT BAYONNE" EN 1933.


En 1933, pendant les fêtes du Petit Bayonne, une cérémonie est organisée pour la création de la "commune libre du Petit-Bayonne"