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samedi 2 août 2025

LA MORT DE LA DANSEUSE "LA ARGENTINA" À BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JUILLET 1936 (première partie)

LA MORT DE LA DANSEUSE "LA ARGENTINA" EN 1936.


Antonia Mercé y Luque, née à Buenos Aires le 4 septembre 1890 et morte à Bayonne le 18 juillet 1936, plus connue sous son nom de scène La Argentina, est une danseuse et chorégraphe espagnole.



danseuse espagnole pays basque labourd argentine
DANSEUSE ET CHOREGRAPHE "LA ARGENTINA"



Voici ce que rapporta la presse dans diverses éditions :



  • Le Matin, le 20 juillet 1936 :

"La danseuse Argentina est morte subitement à Bayonne.


Bayonne, 19 juillet. — Téléph. Matin. — La danseuse Argentina est morte, hier soir, à Bayonne, d'un arrêt subit du coeur.



Après ses représentations de l'Amour sorcier, à l'Opéra, Argentina, fatiguée avait quitté, il y a dix jours, Paris pour Bayonne, où elle habitait la villa Miraflores.



Hier matin, elle alla à Saint-Sébastien assister à un festival de danse basque, donné en son honneur. Vers 21 heures, elle venait de regagner sa villa, enthousiasmée du spectacle de ces danses, quand soudain elle porta ses mains à la gorge et s'abattit sur un divan. Elle avait cessé de vivre.



Argentina — de son vrai nom Antonia Merced — était née à Buenos-Aires, de parents espagnols. Son père avait été le premier danseur du théâtre de Cordoue et, dès son plus jeune âge, Argentina apprit les rudiments de l'art chorégraphique.



Elle fit ses études de danse classique et devint première ballerine de l'Opéra Royal de Madrid. Mais les variétés infinies des danses espagnoles l'attiraient et elle résilia son engagement. Ella allait se consacrer aux danses sévillanaises, andalouses, gitanes et même aux pas cubains ou créoles."




danseuse espagnole argentine pays basque bayonne
DANSEUSE ET CHOREGRAPHE "LA ARGENTINA"



  • Le Monde illustré, le 25 juillet 1936, sous la plume de Denis Lucas :

"Argentina.



Comme un feu de joie s'éteint d'autant plus brusquement que sa flamme a été plus vive, Argentina est morte, dévorée sans doute par la passion avec laquelle elle s'était donnée à son art. Il y avait en elle tant d'exaltation et d'ardeur qu'elle rayonnait et communiquait à tous les spectateur un peu de cette ferveur. Argentina ! elle fut toute la danse dans ce qu'elle a de plus populaire et aussi de plus raffiné. Elle avait trouvé en elle même l'accord entre ces rythmes élémentaires, gestes instinctifs et violents, et les plus idéales transpositions.



L'histoire de sa vie, — au moins ce qu'on en connaît se résume en quelques mots, car, si beaucoup de danseuses et d'actrices, doivent leur séduction sur le public en partie à des faits curieux ou scandaleux de leur vie privée, Argentina au contraire était trop absolument possédée par son art pour que rien d'extérieur puisse le dépasser.



Sa vie : elle était née par hasard à Buenos-Ayres, d'où le nom qu'elle avait adopté, "Argentina" ; par hasard, car son père était danseur à l'Opéra de Madrid et avait été conduit en République Argentine par une tournée.



L'enfant — elle s'appelait réellement Antonia Mercé — était donc bien et purement espagnole par son père castillan et sa mère andalouse.



Très jeune, le génie — ou le démon de la danse — fut en elle. Elle avait quatre ans à peine, lorsque, sous la direction de son père, elle commença ses études de danse classique. A onze ans elle était première danseuse à l'Opéra Royal. Ce qu'on pratiquait alors dans ces spectacles, c'était la traditionnelle danse italienne où Argentina sentait bien que ne pouvait pas s'exprimer convenablement l'instinct de sa race.



L'histoire de sa vie est donc en fait l'histoire de son art, son effort d'adaptation des danses nationales transposées dans le spectacle classique.



Par elle, la danse espagnole est devenue une des hautaines et plus nobles expressions de l'art chorégraphique. Avant elle, lorsque la danse espagnole intervenait dans le ballet classique, elle y était adoucie, édulcorée, gentiment arrangée au point de perdre tout ce qui fait l'essentiel de son caractère. Quand, au contraire, les danses espagnoles voulaient garder leurs passions, elles devenaient exhibitions de music hall.



Argentina, par la noblesse de son style, par la pureté de sa ferveur, a réussi à faire passer la danse espagnole du plateau du music hall à la scène de l'Opéra, voire à la salle de concert. Ses diverses créations marquent nettement cet acheminement : spectacles au Jardin de Paris, ballets au Moulin Rouge, à l'Olympia, tournées en Angleterre, en Russie, en Amérique, au Mexique, nouveaux séjours à Paris et enfin création à l'Opéra Comique de ces ballets espagnols parmi lesquels l'Amour Sorcier est un sommet, un triomphe pour la magnifique artiste.



pays basque autrefois danseuse espagnole argentine
BALLET "L'AMOUR SORCIER"
AVEC LA ARGENTINA



Malgré la grandeur et la ferveur qui l'animent, jamais une création d'Argentina ne fut aussi austère. Elle a trop ce sens de la vie et de l'enthousiasme. Au contraire, son répertoire est infiniment multiple et va du drame le plus poignant à l'ironie la plus spirituelle. Le visage, extrêmement mobile, regard vif, frémissant de sentiment et d'intelligence, ne sont pas plus significatifs que le corps lui-même qui sait tout exprimer.



Tout en elle se traduit en mouvements et en rythmes, au point qu'elle a réussi à faire des castagnettes un instrument merveilleux. Dans ce domaine, aussi, elle a complètement innové avec un instinct prodigieux. De ces castagnettes qui ne servaient qu'à souligner une cadence, elle a tiré des sonorités et des nuances prodigieusement subtiles, car avec n'importe quoi, avec l'objet le plus banal, une artiste de cette classe peut encore créer de l'émotion."



(Source : Wikipédia et https://www.andalucia.org/listing/la-argentina/21101102/ et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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lundi 9 décembre 2024

LE DÉCÈS DU GÉNÉRAL BOURBAKI À BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN SEPTEMBRE 1897

LE DÉCÈS DU GÉNÉRAL BOURBAKI À BAYONNE EN 1897.


Charles Denis Sauter Bourbaki, né le 22 avril 1816 à Pau et mort le 22 septembre 1897 à Bayonne, est un général français.



général algérie pau bayonne 19ème siècle pays basque décès
GENERAL BOURBAKI 1871


Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire Le Monde Illustré, le 2 octobre 1897 :



"Les obsèques du général Bourbaki.



Les manifestations de douloureuse sympathie ont afflué à la villa Saint-François où un grand nombre de personnes ont été admises à l'honneur de saluer la dépouille mortelle du général Bourbaki, et ont entouré de couronnes et de fleurs la couronne du 1er zouaves dont Bourbaki a été le premier colonel ; celles de l'Association des anciens élèves de La Flèche et du 49e d'infanterie en garnison à Bayonne sont remarquablement belles.



général algérie pau bayonne 19ème siècle pays basque décès
GENERAL BOURBAKI SUR SON LIT DE MORT
LE MONDE ILLUSTRE 2 OCTOBRE 1897
PHOTO GUESQUIN



général algérie pau bayonne 19ème siècle pays basque décès zouaves
INSIGNE REGLEMENTAIRE
1ER REGIMENT DE ZOUAVES



Les télégrammes de condoléances arrivent de toutes parts, principalement de l'armée. Celui de M. Félix Faure est ainsi libellé :


Directeur cabinet Président République à Madame Bourbaki, Saint-François, à Bayonne.

M. le Président de la République me charge d'avoir l'honneur de vous exprimer toute la part qu'il prend au grand deuil dont vous êtes frappée. 



C'est dans la matinée du 25 septembre qu'ont eu lieu les obsèques, en l'église Saint-Etienne de Bayonne.



Dès huit heures du matin, les routes qui conduisent à la villa Saint-François sont sillonnées d'équipages et de piétons. La levée du corps a été faite à dix heures par le curé de la paroisse Saint-Etienne, entouré d'un nombreux clergé. Le cortège se met en marche dans l'ordre suivant : la croix, les Frères des écoles chrétiennes, les vétérans de Bayonne et de Biarritz précédés de leurs drapeaux voilés de crêpe, le clergé, un drap mortuaire dont les coins sont aux mains du général Fallieux, du colonel Peletingeas, du colonel Privat et de l'intendant Forget.



Le cercueil, enveloppé dans un drapeau tricolore et sur lequel sont placés l'uniforme, les épaulettes, l'épée du défunt et une couronne de laurier envoyée par l'impératrice Eugénie, est placé sur un char trainé par deux chevaux. Les cordons sont tenus par les généraux Derrécagaix, Lebrun, Danès, Philippe, le maire et le sous-préfet de Bayonne. Suivent les Soeurs dominicaines un adjudant portant sur un coussin les décorations de Bourbaki et des soldats chargés des couronnes.




général algérie pau bayonne 19ème siècle pays basque décès
ENTERREMENT DU GENERAL BOURBAKI 
LE MONDE ILLUSTRE 2 OCTOBRE 1897
DESSIN THIRIAT



Le deuil est conduit par M. Adam, beau-frère du général, et par plusieurs membres de la famille. Viennent après le général Varaigne, commandant le 18e corps, représentant le Président de la République ; le capitaine Derrieux, délégué par le ministre de la guerre, environ deux cents officiers, quelques-uns venus des garnisons voisines, et de nombreuses notabilités.



L'absoute a été donnée par le Vicaire général, tandis que le glas sonnait tristement. Une délégation d'anciens soldats porte ensuite le cercueil sur le parvis où la foule attend, émue et recueillie. Là, les dernières prières sont dites, et, au moment où le clergé se retire, le général Varaigne, commandant le 18e corps, représentant M. Félix Faure et le gouvernement, a, dans un langage d'une éloquence virile, rendu un suprême hommage à la mémoire du général Bourbaki ! Un second discours a été prononcé par le colonel Peletingeas, le plus ancien compagnon d'armes de Bourbaki, dont la voix était, à certains moments, étouffée par les sanglots.



PORTRAIT DU GENERAL BOURBAKI
LE MONDE ILLUSTRE 25 SEPTEMBRE 1897



C'est sous le coup d'une profonde impression que la foule se disperse. Mme Bourbaki et quelques intimes restent seuls dans l'église pour veiller à l'installation provisoire du cercueil du général."


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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mardi 11 juin 2024

LA MODE À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1859

LA MODE À BIARRITZ EN 1859.


La ville de Biarritz, en 1858, compte un peu plus de 2 000 habitants et est administrée par un Maire Bonapartiste, Jean-Henri Adéma.




pays basque autrefois labourd napoléon III impératrice eugénie
VILLA EUGENIE BIARRITZ 1852
ALBUM DES 2 FRONTIERES





Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire Le Monde illustré, le 3 septembre 1859 :



"Causerie de la mode.



L'empereur et l'impératrice sont encore aux bains de Saint-Sauveur ; mais on les attend prochainement à Biarritz, et déjà cette plage sauvage et grandiose de la Gascogne est peuplée d'une foule élégante.



Biarritz est un vieux village qui date du onzième siècle. Des harponneurs basques poursuivirent des baleines dans le golfe de Gascogne.



Autour du port vieux de Biarritz étaient alors de vastes hangars où s'entassaient les tonnes d'huile, les fanons et tous les produits de la grande pêche. Biarritz était riche et payait une dime à l'évêché de Bayonne ; mais un jour les baleines incessamment pourchassées émigraient vers le Nord ; insensiblement la pêche cessa.



Un château du treizième siècle flanqué de tours, dominait le port et le défendait. Il n'en reste aujourd'hui que quelques vestiges. La mer détruisit le vieux port abandonné. Biarritz ne fut plus qu'un misérable hameau habité par quelques pauvres familles ; au lieu de nombreuses galères rouvertes de rameurs qui servaient à la pêche des baleines on ne vit plus sur le rivage que cinq ou six petites barques. Une baraque en bois où l'on vendait de la bière offrait l'hospitalité aux baigneurs.



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ATALAYE BIARRITZ 1852
ALBUM DES 2 FRONTIERES
PAYS BASQUE D'ANTAN



Mais tout à coup la mode des bains de mer ranima Biarritz. D'abord de jolies maisons se dressèrent sur le rivage, puis des villas, puis de vastes auberges, des bazars, des cafés, un splendide Casino, puis sur la plage la riante construction à minarets indous où les baigneuses font leur toilette, enfin à côté le petit pavillon de bain de l'impératrice et plus loin la calme villa Eugénie, cet Osborne français de la famille impériale.



Le soleil se couchait à l'horizon et rougissait les vagues de la mer lorsque je suis arrivée à Biarritz. C'est l'heure de la promenade du soir ; une foule d'équipages se croisent sur ce chemin sable qui domine la mer.



Dans une calèche découverte passent le comte et la comtesse de Morny, dans une autre, l'ambassadeur de Prusse et sa fille ; dans une troisième, le comte Walewski, sa femme et leurs enfants ; dans une quatrième, les princesses Vogoridès et Galitzine. Ces dames sont parées comme pour une promenade au bois de Boulogne, seulement elles portent toutes le charmant chapeau si seyant aux ailes retroussées du règne de Louis XIII ; sur ces chapeaux en paille d'Italie ou en paille anglaise, bordés de velours noir ou de couleur, flottent de longues plumes que la brise de la mer fait onduler en tous sens. On reconnaît dans ces coiffures si gracieuses la main de fée d'Alexandrine.



A mesure que j'avance, la petite cité m'apparaît toute illuminée, joyeuse et bruyante. Ma voiture s'arrête devant l'hôtel de France ; sur l'étroite place où il est situé se presse une foule compacte, riant, criant, gesticulant, chantant et gambadant ; ce sont des boutiques en plein vent de jouets d'enfants, de macarons, de chocolats et d'autres friandises ; des baraques où l'on tire des loteries, des danseurs basques et espagnols, des Africains d'Alger, brûlant des pastilles du sérail, des chanteurs, des joueurs d'orgue et de vielle, et le croisement des idiomes mêlés du Midi aux sons aigus et tantôt graves ; enfin, comme fond du tableau à tous ces bruits et à tout ce mouvement, le grand bruit et l'incommensurable agitation de la mer : on eût dit la belle scène vivante du premier acte de la Muette de Portici.




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CÔTE DES FOUS ET BAINS NAPOLEON BIARRITZ 1852
ALBUM DES 2 FRONTIERES
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le Casino de Biarritz est immense, la terrasse qui flanque sa façade se déroule sur la mer. Ce vaste édifice du Casino renferme des salons de lecture et de conversation ; une salle de billard, une salle de concert et une très jolie salle de spectacle où la troupe du grand théâtre de Bordeaux vient souvent donner des représentations.




pays basque autrefois labourd napoléon III impératrice eugénie
CASINO BELLEVUE BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



Du Casino on descend dans la grande rue de Biarritz où le café de Madrid attire les promeneurs par ses délicieux sorbets et son exquis chocolat d'Espagne ; puis on s'arrête au bazar turc dont la porte, en forme de minaret, est illuminée par des guirlandes de lanternes chinoises. Ce bazar semble gardé par deux femmes, l'une turque et l'autre persane, revêtues de leurs splendides costumes orientaux. Ce sont deux mannequins grands comme nature, l'un venant de Constantinople et l'autre de Téhéran. Leur teint est bistré ; leur petite bouche peinte de carmin ; leurs longs yeux noirs aux cils frangés sont encore allongés par des couches de henné ; sur leur front bas ondulent des cheveux luisants, nattés sous le fer, ou flottants sous un voile brodé d'or que fixe à la tête une épingle en filigrane ; des pendeloques s'agitent à leurs jolies oreilles ; leurs mains effilées ont des ongles roses et des bagues chatoyantes. On dirait que ces deux mannequins vivent et pensent ; leur costume est superbe : chaque objet de ce ruineux ajustement est une tentation pour les femmes de l'Orient, surtout ces belles vestes flottantes en velours noir ou nacarat brodées d'or et de perles, et ces babouches éclatantes où se cache un pied paresseux. Autour de ces deux belles orientales qui fument le narguillé d'ambre s'étalent, pressées et resplendissantes, toutes les dépouilles des harems.



C'est à Alger, à Tunis, à Constantinople, à Damas et parfois jusqu'à Téhéran que M. Petit, propriétaire du bazar turc, va tour à tour recueillir ces objets charmants et somptueux qui composent le costume des femmes musulmanes. Quelle variété dans ces bijoux en sequins, en pierreries, en émail, en filigranes, en ambre et en pâtes odorantes ! Quelle splendeur dans ces tissus, chemises, pantalons turcs, vestes, mouchoirs, écharpes, voiles, burnous ! Quelle fantaisie dans ces fez, ces turbans, ces pantoufles, ces bourses, ces portefeuilles, ces sacs à tabac, ces boîtes à parfums, ces coffrets à fard tantôt en bois de santal, tantôt en ébène incrusté de nacre et d'argent ! 



Tout cela garde une odeur étrange et pénétrante, une senteur ambrée de femme esclave qui ne songe qu'à se parer, faire l'amour, fumer et dormir. Les vitrines du bazar turc, à Biarritz, recèlent les brillants vestiges de la mode turque, qui disparaît chaque jour envahie par la mode française. Tandis que les femmes orientales nous font des emprunts maladroits, nous leur enlevons, nous, leurs plus attrayantes fantaisies de toilette. Il n'est pas une élégante Parisienne qui n'ait adopté pour coin de feu une de ces vestes merveilleuses dont j'ai parlé ; pas une qui, en sortant du bal ou du théâtre, ne se drape comme une statue antique dans un de ces souples burnous aux plis ruisselants. Chaque soir le bazar turc, à Biarritz, est un but de promenade où se rencontrent les femmes du grand monde qui donnent le ton à la mode dans toutes les capitales de l'Europe, et qui viennent là chercher quelque combinaison ou quelques détails de parure qu'elles innoveront aux fêtes de l'hiver suivant.




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BIARRITZ VUE DU PIED DU PHARE 1852
ALBUM DES 2 FRONTIERES
PAYS BASQUE D'ANTAN


Il y a eu cette semaine bal et concert au Casino, et tout le luxe parisien a été déployé pour ces deux fêtes. Les jeunes femmes et les jeunes filles sont arrivées enveloppées dans les plus riches burnous choisis au bazar turc.



Mais on rejette le burnous, et les robes les plus fraîches et les plus nouvelles, expédiées à Biarritz par la maison Fauvet, se montrent aux regards charmés. Les gazes, les taffetas, les dentelles, les tulles et les rubans, s'harmonient dans les garnitures des jupes et les ornements des corsages. La maison Fauvet excelle dans ces agencements qui font une chose d'art d'une façon de robe.



Mme Tilman avait envoyé ses plus riantes parures de fleurs et ses coiffures inimitables pour ces deux fêtes du Casino. Ses nœuds princesse-Clotilde ont fait fureur. Nous en avons remarqué en plumes et en fleurs d'une élégance sans pareille. Une jeune Anglaise portait à la soirée du concert la couronne grande duchesse en nattes de velours et étoiles d'or qui est aussi une des créations de Mme Tilman. Puis c'était pour deux sœurs deux couronnes en roses thé et en petites cerises brunes ; deux autres, en ne m'oubliez pas et en roses pompons enlacés ; une, en lierre avec des raisins d'or ; une autre, en fleurs de grenades et jasmins d'Espagne. Mais c'est pour les fêtes qui seront prochainement données à la villa Eugénie, que Mme Tilman prépare des merveilles. Déjà elle a expédié à Biarritz, pour deux dames de l'impératrice, deux modèles de sa couronne Magenta et de sa couronne Solferino. Ne déflorons pas ces deux nouveautés, encore inédites, en les décrivant : nous y reviendrons plus tard.




pays basque autrefois labourd napoléon III impératrice eugénie
VUE GENERALE DE BIARRITZ 1852
ALBUM DES 2 FRONTIERES
PAYS BASQUE D'ANTAN



Les hommes luttent d'élégance avec les femmes à Biarritz ; aussi Humann a t-il peine à suffire aux commandes d'habits de promenades et d'habits de soirées qui lui sont adressées.



Fagner-Laboullée envoie ici ses parfumeries les plus exquises ; Chaperon, ses mouchoirs les plus nouveaux ; Lemonnier, ses bijoux en cheveux les plus aériens ; Mme Payan, ses objets de lingerie les plus coquets ; la maison Ransons et Yves, ses rubans, ses gants et ses résilles d'une distinction si parfaite.



Paris n'est plus dans Paris ; il est tout où est la cour et l'aristocratie, qui suit ou précède la cour.



On remeuble en ce moment la villa Eugénie, et la maison Requillart, Roussel et Choqueel, fournisseurs brevetés de l'empereur et de l'impératrice, ont expédié à cet effet leurs plus rares étoffes et leurs plus riches tentures. On se préoccupe déjà des fêtes qui auront lieu chaque jeudi à la villa Eugénie. Mais la vraie fête de Biarritz et son éternelle magnificence c'est le spectacle sublime de la mer, toujours émouvant, toujours nouveau et toujours divers."


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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jeudi 17 mars 2022

LA MAISON ARNAGA À CAMBO-LES-BAINS EN LABOURD AU PAYS BASQUE

LA MAISON ARNAGA À CAMBO EN 1921.


Edmond Rostand a conçu cette maison, à Cambo-les-Bains, dans tous ses détails intérieurs et extérieurs. Elle a été construite en 3 ans entre 1903 et 1906, avec l'aide de l'architecte Albert Tournaire.





pays basque autrefois maison rostand
MAISON ARNAGA CAMBO-LES-BAINS
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce rapporta à ce sujet Henry Bordeaux, de l'Académie Française, dans Le Monde Illustré 

du 12 février 1921 :



"La Maison de Chantecler Par Henry Bordeaux de l'Académie Française.



Aux œuvres éclatantes de Rostand, à Cyrano, à l'Aiglon, à Chantecler, sans oublier La Dernière Nuit de Don Juan, chacun sait qu'il en faut ajouter une dont le sort est aujourd'hui incertain, et c'est Arnaga, la maison, le palais qu'il édifia à Cambo. Tantôt les journaux annoncent qu'Arnaga est à vendre - et quel millionnaire de goût l'achètera ? - et tantôt qu'Arnaga va devenir un musée, ou une maison de retraite pour les artistes ou les écrivains malheureux. 



Une œuvre, un fils, une maison : ainsi un poète persan résumait-il son rêve de vie. Suprêmement ambitieux, il souhaitait une triple prolongation : celle de la pierre, celle de la chair et celle de l'esprit. Tant qu'un homme n'a pas dominé son existence il se contente de loger au hasard chez les autres. Et s'il succède à ses pères, il n'en sent pas toute l'importance. Vient un âge où, privé de ce rempart vivant que sont les parents, ou comprenant que le mur s'écroulera un jour, il se découvre mal défendu contre la mort et veut du moins assurer l'avenir de sa race. Il désire marquer de son empreinte personnelle un coin de la terre. Alors il songe à bâtir, à moins qu'il n'ait reçu du passé la mission de maintenir la demeure des siens, cette demeure que, tout enfant, on appelle simplement la Maison, comme s'il n'y en avait qu'une au monde, et véritablement, pour chacun, il n'y en a qu'une. Bâtir ou maintenir, tâche pareillement noble et ardue, qui crée ou qui conserve une tradition familiale, plus éloquente, plus durable quand c'est la dure pierre, échauffée par de la vie humaine, qui la soutient et lui fournit son symbole. Ceux qui connaissent la tristesse de vieillir sans enfant et de s'acheminer vers le soir sans imaginer les prochaines aurores, même s'ils renouvelèrent la sensibilité ou les idées de leur temps, n'ont guère qu'un tombeau à orner. Ainsi Chateaubriand offrit le sien aux caresses de la mer. Ainsi le plus grand poète traditionnaliste de notre temps, Mistral, après avoir exalté la vie dans ce qui la fortifie et la perpétue, cultiva-t-il la mélancolie d'édifier son propre monument funéraire dont il avait cherché le modèle parmi les ruines émouvantes des Baux.




poete occitan provence
TOMBEAU DE FREDERIC MISTRAL
BAUX DE PROVENCE



Le jeune conquérant de la Princesse Lointaine, de Cyrano, et de l'Aiglon avait toutes les raisons du monde de construire. Il avait choisi, pour sa maison, ce pays basque où l'union de l'homme et du sol est particulièrement étroite.



Là, en effet, Le Play a surpris le modèle de la solidarité terrienne, relevé les traces de cette collaboration intime qui mêle un domaine à toute la suite des générations dont une forte race se compose. Terre féconde, que la chaleur et l'eau ont recouverte d'une végétation abondante, luxueuse, comme de serre chaude, terre toute travaillée et humanisée, terre d'où montent, comme des parfums, les légendes, les chansons, les prières, toute cette âme mystérieuse du passé qui ne peut pas mourir.



La villa Arnaga est bâtie au confluent de la Nive qui, rapide et boueuse, court vers l'Adour, et de la petite Arnaga moins arrogante. Sur le promontoire qu'étreignent les deux rivières et dont les pentes sont toutes boisées, elle se dresse sans insolence, comme un complément de ce pays riche et fertile. C'est une maison basque, mais spacieuse, claire, joyeuse à la façon d'une fleur bien épanouie : deux corps de bâtiment incrustés l'un dans l'autre à angle droit, l'un porté sur de massives arcades, tous deux étayés de ces poutres brunes qui font des dessins sur les murs. Elle rit véritablement au sommet du coteau. On y va de Cambo qui balconne aussi sur la Nive. On entre dans le domaine par un bois de chênes aux troncs courts qui portent leurs branches en essor comme les bœufs de ces prairies leurs cornes. Les intervalles des arbres sont comblés par des fougères, et comme le tronc des chênes même est recouvert de lierre, on a l'impression de pénétrer dans un lac de verdure.



Le hall qui, par de larges baies en arceaux, s'ouvre aux deux expositions du nord et du midi, réunit deux vues différentes. D'un côté, un jardin à la française, avec ses parterres et ses statues conduit le regard aux lignes délicates des collines qui précèdent les Pyrénées dont les calmes arêtes ferment insensiblement l'horizon. Et de l'autre, c'est le cours vallonné de la Nive qui descend sur Bayonne. A l'intérieur, c'est encore sur tous les murs de la lumière accrochée : des peupliers dorés et des coteaux mauves d'Henri Martin, des fresques de Jean Veber, de Mademoiselle Dufau, et surtout la Fête chez Thérèse et le Théâtre de Verdure de Gaston La Touche qui donnent de l'espace et du soleil, et comme une liberté toute moderne, aux grâces et à l'esprit du XVIIIe siècle.




pays basque autrefois arnaga rostand
TABLEAU FÊTE CHEZ THERESE
DE GASTON DE LA TOUCHE 



Là fut composé Chantecler et il n'est pas inutile d'en rappeler les circonstances. Rappelez-vous les soirées triomphales de Cyrano, de l'Aiglon. Le jeune vainqueur va-t-il profiter et jouir de sa gloire sur place ? Il est maître du théâtre et de la foule. Paris l'idolâtre, et il s'en va. Il s'en va au pays basque, au bord des Pyrénées, dans une solitude enchantée. Et cette solitude lui parle. Il regarde la nature en action, l'uniforme existence agricole. Une cour de ferme suffit à le retenir, et il y voit un petit univers, réduction de l'autre, avec les mêmes rivalités, les mêmes leçons d'où monte la chanson de la vie éternelle, celle qui est liée au sol comme l'arbre par ses racines, celle qui supporte le poids du jour sans vaines plaintes et sans vains désirs. Chacun y est à sa vraie place. Les âges ne la modifient pas. Elle n'est point sujette à la mode et tout s'y accomplit sérieusement, selon des rites presque sacrés. Elle se contente du même horizon, mais c'est un horizon familier. Les coteaux, les collines qui la bordent laissent assez d'espace à la forêt, aux champs de blé et d'avoine pour contenter les yeux. Et sans cesse la lumière la varie. Dans ces limites d'un regard, c'est l'émouvant poème du travail, du courage quotidien.



Geoffroy Rudel cherchait au delà de la mer son mystérieux amour. Cyrano de Bergerac offrait sa vie en holocauste à l'ironie du sort. Et l'Aiglon, à la dure gloire de l'Aigle, venait ajouter sa souffrance. C'étaient des destinées exceptionnelles soulevées d'un souffle d'héroïsme. Mais l'héroïsme, il n'est pas besoin de le poursuivre si loin. N'est-il pas dans la subordination à sa vie ? Subordination qui n'est pas la résignation courbée et triste, mais ce joyeux calme, prêt à accepter le jour qui vient, à en tirer bravement le meilleur parti. Subordination qui n'est pas si aisée : tant d'influences contraires s'efforcent de nous y arracher, la vanité, l'opinion d'autrui, la crainte du ridicule, la faiblesse de la volonté, et plus encore la faiblesse du cœur.



théâtre rostand aiglon
L'AIGLON D'EDMOND ROSTAND



Ainsi, peu à peu, dans le cerveau du poète, s'assemblaient les éléments d'un nouveau drame : le drame de l'Acceptation. Depuis Homère le sujet n'en est pas nouveau ; il est dans Goethe, il est dans Lamartine, il est dans Mistral, il est dans Barrés, il est dans tous les poètes du sol. Mais ce thème immortel n'est pas, ne sera jamais épuisé. Le décor sera cette cour de ferme où l'idée première a surgi. Les personnages ? un coq, des poules, et toute l'agitation de la bassecour, paons, dindons, oies, canards et quelque oiseau des bois qui représentera la liberté. Des animaux suffiront à exprimer ce qui tourmente les hommes. L'idée enfin sera l'exaltation du sol natal, du foyer, de la tâche limitée et fermement accomplie contre les railleries, les ironies, les coteries, contre l'amour même.



rostand théâtre poule coq
ACTE I : CHANTECLER ET SES POULES
D'EDMOND ROSTAND



Quant aux moyens d'exécution, chaque artiste a les siens. Ceux de Rostand tendent à la virtuosité. Ce poète qui a le sens des grands sentiments populaires est un lettré qui abuse des jeux de la littérature. La bonne terre paisible n'a pas réussi à le simplifier. Il a mis dans Chantecler son goût des brillantes arabesques et des étincelantes fioritures. Il a accumulé dans sa mémoire et dans sa prosodie des richesses innombrables. Fastueux, il les prodigue. Le détachement des richesses, rien n'est plus difficile en art comme dans la vie. Nous ne savons pas nous dépouiller. Cette surabondance est si rare qu'on est bien excusable de ne pas y renoncer. L'exemple des plus grands poètes est là, pourtant, qui nous le conseille. Les chefs d'œuvre classiques ont ainsi quelque chose de calme et de mesuré, qui parfois même écarte au premier abord mais on y revient, et l'on découvre avec surprise que tout y est, y compris la puissance et l'éclat. Leur force durable est faite de justes abandons.



Malgré ses trop nombreuses fautes de goût, malgré ses défauts qui sont aisés à souligner et sur lesquels il ne convient plus qu'on s'acharne, Chantecler demeure le poème du travail et de la subordination. Comme Antée reprenait sa vigueur en touchant le sol, il renouvelle notre émotion par le chant de la terre natale. Les symboles se jouent en lui comme les hamadryades dans la forêt. Mais ce sont des symboles clairs et joyeux, seulement adoucis par la touchante humiliation de l'amour. Ce coq qui se plante, qui se fixe en terre pour chanter et appeler le jour parce qu'il sent qu'ainsi fixé il chantera mieux et plus haut, ce coq qui lutte contre l'envahissement des plus saines natures, des plus paisibles destinées, par la manie de la mode, par l'admiration étrangère, par la convoitise d'un autre état, par la pratique ou la peur de l'ironie qui dessèche, de la blague qui rapetisse, par tout ce qui nous détourne de la vie normale et régulière, par l'esprit du monde, enfin, pour employer un mot des manuels sacrés, ce coq orgueilleux qui de l'amour apprend sa faiblesse mais que l'amour ne fait pas renoncer, est bien le descendant de son grand ancêtre gaulois. Or, c'est des jardins d'Arnaga qu'il appelait la naissance du jour.



rostand théâtre coq guitry
L GUITRY DANS LE COQ DE CHANTECLER
EDMOND ROSTAND



C'est encore dans la calme retraite d'Arnaga que fut composée cette Dernière Nuit de Don Juan publiée par l'Illustration, où nous pouvons découvrir, non une nouvelle face, mais un nouvel élargissement du génie de Rostand. De plus en plus, il recherchait les larges symboles — on ne l'avait pas su voir dans Chantecler — qui résument la destinée humaine ou qui lui .donnent un sens. De plus en plus il était préoccupé de métaphysique. Par là il rejoignait les conducteurs de la pensée. Mais il ne s'affranchissait pas parallèlement de ces excès de virtuosité verbale qui affaiblissent son œuvre. Dans La dernière Nuit de Don Juan, il avait eu l'ambition de montrer ce qu'il y a de bas, de faux, de vide dans la débauche, la luxure, la perversité amoureuse. A Don Juan il oppose Roméo et Tristan, au séducteur professionnel celui qui aime. Le supplice de Don Juan qui s'est cru démoniaque est de découvrir sa stérilité : il n'a rien pu créer, et il est digne de finir sur un théâtre de marionnettes. De ce personnage romantique Rostand montre le son qui l'emplit. Ainsi — on le voit — Arnaga fut la maison inspiratrice."





paris autrefois théâtre rostand vogue
LA DERNIERE NUIT DE DON JUAN
D'EDMOND ROSTAND
EXTRAIT VOGUE 1 AVRIL 1922


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




  




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vendredi 19 mars 2021

DES FOUILLES À RONCEVAUX EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1934

FOUILLES À RONCEVAUX EN 1934.


En 1934, des fouilles à Roncevaux font découvrir des squelettes, dont l'origine est inconnue.



pais vasco antes navarra roncesvalles
FOUILLES RONCEVAUX 1934
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Monde Illustré, le 8 septembre 1934, sous la plume 

de Maurice J Champel :



"Le Pays Basque, décidément, qui fit tant couler d'encre et suscita de si passionnantes controverses, n'a pas fini de nous étonner. Et sans doute faut-il penser que l'Histoire y est insuffisante, puisque ce sont encore la légende et l'imagination populaires qui y triomphent pour le plus grand plaisir des curieux. Etrange destinée, que celle de cette terre soulevée par l'un des plus grands cataclysmes des âges et qu'une frontière flottante divisa sans jamais la désunir tout à fait !



A une vingtaine de kilomètres de Saint-Jean-Pied-de-Port, ancienne capitale de la Basse-Navarre demeurée française, la route de Pamplona, capitale de la Haute-Navarre, rattachée depuis 1789 à l'Espagne, s'élève en remontant la Nive jusqu'au col fameux de Roncevaux. Théâtre naturel d'innombrables conflits et de luttes épiques qui, jusqu'au siècle dernier, se succédèrent. C'est là, très exactement au point culminant d'Ibaneta, qu'a été inauguré dimanche dernier, en présence des notabilités officielles des deux versants, et sous la présidence de notre érudit confrère espagnol José-Maria de Huarte, un monument érigé à la mémoire de Roland et de ses preux, sublimes héros d'une aventure à qui la tradition est demeurée fidèle.


pais vasco antes navarra roncesvalles
MONUMENT A LA MEMOIRE DE ROLAND RONCEVAUX
PAYS BASQUE D'ANTAN


Et voilà que, comme par hasard, sous les ruines informes de l'ancienne petite chapelle de Saint-Sauveur, près de laquelle se dessine aujourd'hui une arche de pierre blanche, on a découvert, à moins d'un mètre de profondeur, quelques squelettes parfaitement alignés, que tout de suite le romantisme facile des premiers témoins attribua aux anciens guerriers disparus. Vite, on ne manqua pas de s'en émouvoir, au tout proche monastère de Roncevaux, où le prieur Dom Fermin et onze chanoines conservent les précieux souvenirs de l'ordre religieux et militaire, fondé vers 1130, sous la protection immédiate du Saint-Siège et sous le patronage direct, plus tard, de la Couronne de Castille. D'inestimables richesses et œuvres d'art ont sommeillé là durant des siècles, à l'abri de la curiosité étrangère ; et il a fallu le développement du tourisme moderne, pour attirer l'attention sur la valeur du fief des moines de Roncevaux.


pais vasco antes navarra roncesvalles
MONASTERE DE RONCEVAUX 
PAYS BASQUE D'ANTAN


Autrefois, en effet, cet aride passage battu par les vents contraires, n'était guère connu que des bandes pillardes, qui le redoutaient, et des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle, qui venaient y trouver abri. Par les soirs d'hiver ou de tempête, une cloche, dont l'écho se répercutait dans la montagne, les appelait vers cette trêve promise à leurs fatigues et à leurs privations. Et l'on montre encore, en face du couvent, la sorte de chapelle, — ou de grange, plutôt, — où étaient inhumés ceux d'entre eux que la mort avait surpris au cours de cette étape.



Que vaut donc la trouvaille du haut du col ?



D'où viennent ces squelettes, dont le nombre exact n'a pas encore été précisé, et dont la taille, contrairement aux premières informations, ne saurait être revendiquée par des géants, puisque le plus grand ne dépasse pas 1 m. 80 ? Mais la fantaisie n'est-elle pas impatiente ? Au surplus, nuls attributs ni ornements, comme il arrive, n'ont été retrouvés auprès des ossements. Les corps furent donc ensevelis nus. N'est-ce pas ainsi qu'on enterre les moines ? Mais aussi, dans le cas où il s'agirait des compagnons de Roland, ne peut-on supposer qu'ils auraient été dépouillés par leurs vainqueurs avant d'être abandonnés à la terre ?



Toutes les hypothèses sont permises, on le voit.



Et, aux quatre coins du monde, grâce à une habile publicité, on commence déjà à discuter ferme sur les possibilités d'une conclusion définitive. Jusqu'à présent, à la vérité, les avis les plus autorisés ne se départissent point d'une prudente réserve. Mais, tout autour de Roncevaux, les imaginations travaillent avec acharnement — le terme ne fut jamais plus approprié. Et l'on aperçoit, dans cette querelle soudaine et d'envergure, l'assurance d'une exploitation touristique, dont la Navarre tout entière ne pourra manquer de recueillir les bienfaits. Louons donc savants et chercheurs obstinés qui collaboreront ainsi à la vérité historique et à la meilleure connaissance d'un peuple. Mais, pour nous, qui avons pu voir là-bas, à côté de reliques authentiques, les deux "masses" dites d'Olivier et les pantoufles, attribuées à Turpin, qui datent, en réalité de François 1er, rappelons-nous que la précipitation, en ce domaine surtout, est mauvaise conseillère.


pais vaco antes navarra
ARCHEVÊQUE TURPIN



Il y a juste un siècle seulement qu'a été déniché, à la bibliothèque d'Oxford, le manuscrit original qui a permis d'établir le texte, accrédité depuis lors, de la Chanson de Roland. Les annales de Roncevaux y ont-elles gagné ? Il serait vain de le prétendre. Puisse, à la faveur des circonstances actuelles, le col de Roncevaux nous livrer bientôt, enfin, son troublant secret !



La légende gagnera-t-elle à son tour quelque chose à se matérialiser, si l'on admet que les squelettes sont ceux des preux ? Cela aussi est peu probable, car les légendes gagnent rarement à être confrontées à la réalité, ou justifiées par elle."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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