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jeudi 26 décembre 2024

LES BASQUES EN 1817 (deuxième et dernière partie)

 LES BASQUES EN 1817.


Depuis des centaines d'années, de nombreux voyageurs, traversant le Pays Basque, ont donné leur sentiment sur les Basques.




pays basque autrefois origines peuple 1817
TABLEAU VUE DE BAYONNE 19EME SIECLE
PAR LOUIS GARNERAY




Voici ce que rapporta à ce sujet Etienne de Jouy dans l'hebdomadaire Mercure de France, le 5 

avril 1817 :



"L'ermite en Province.

Les Basques.



... Je réponds à cela que les Cantabres, qui préféraient leurs rochers à toute la splendeur romaine, se gardèrent bien d'apprendre ce latin que l'ambition étudiait pour s'avilir avec élégance ; et que les barbares envahisseurs ne corrompirent pas la langue des Basques, parce qu'ils ne séjournèrent pas au milieu d'eux, et qu'ils ne firent, en quelque sorte, qu'enjamber par-dessus leurs pays. Les Basques préféraient leurs rochers à tout, et on ne se souciait pas de leurs rochers ; il en est de même encore aujourd'hui.



Il n'y a point de ville dans le pays basque ; dès lors la population ne s'y divise qu'en 2 classes, les nobles et les cultivateurs ; la noblesse (à l'exception des Belzunce et de 2 ou 3 autres familles) est pauvre sans illustration, mais sociable et hospitalière. C'est un trait particulier du caractère de la nation basque que d'exercer l'hospitalité la plus généreuse envers les étrangers qui visitent leur pays, et de prendre en aversion ceux qui veulent s'y établir ; je rappellerai à ce sujet un fait historique bien remarquable.



A l'époque où les Goths inondèrent la France et l'Espagne, en corps de nation armée, ils laissèrent dans les cantons basques des malades, et ce qu'on appelle vulgairement des traînards : plusieurs d'entre eux trouvèrent ce séjour plus agréable que celui de la Gothie et ne voulurent plus en sortir : ils se fixèrent parmi les Basques, mais ils ne purent jamais s'y naturaliser ; devenus chrétiens, ainsi que les Aborigènes, ceux-ci persistèrent pendant plusieurs siècles à n'avoir rien de commun avec eux, même dans les églises ; bénitiers, tombeaux, tout était séparé. Le nom de Goths ou d'Agoths, donné et reçu comme une cruelle injure, a fait couler le sang en plus d'une occasion. Cette aversion absurde a perdu presque toute sa violence ; de nos jours les Basques purs vivent en paix avec les Agoths, mais le préjugé a cependant encore assez de force pour devenir un obstacle aux alliances des familles, et mon guide m'a cité de jolies personnes, et qui, plus est, de grandes dots refusées sous le prétexte d'origine Agoth.



Une autre race étrangère s'était introduite beaucoup plus anciennement dans le pays basque ; elle y vivait comme dans tous les lieux où elle est répandue, dans un isolement absolu de la société dont elle ne fait jamais partie. Je veux parler de cette race vagabonde fort improprement appelée Bohémiens, et qui déjà, du temps d'Auguste et de Tibère, allait à Rome, sous le nom d'Egyptiens (que les Anglais lui donnent encore), vendre de petites images d'Isis et d'Osiris, enseigner leur doctrine religieuse et dire la bonne aventure aux maîtres du monde.



pays basque autrefois baudelaire bohémiens cagots agots
LES BOHEMIENS EN VOYAGE DE CHARLES BAUDELAIRE
TABLEAU D'ALFRED DEHODENCQ 1852


On ignore l'époque reculée où ces Bohémiens se fixèrent entre les Pyrénées et Bayonne, d'où ils viennent enfin d'être chassés sans retour. Les Bohémiens erraient de temps immémorial dans cet espace ; ils y vivaient du produit de leur rapine, sans autre domicile que les forêts, les granges ouvertes et les ruines des maisons abandonnées.



"Il m'est arrivé souvent (me dit M. Destère), en voyageant la nuit, de voir des bandes de Bohémiens et des Bohémiennes danser au bruit des castagnettes autour d'un chêne en feu, où ils faisaient cuire les viandes du festin. Ce spectacle avait quelque chose de fantastique, dont l'imagination était vivement frappée."



Au milieu d'une espèce de promiscuité des deux sexes, il y avait sans doute des préférences assez longues pour qu'on puisse leur donner le nom de mariages ; cependant les enfants ne connaissaient que leurs mères, et les pères se dispensaient assez volontiers de prendre un titre auquel ils n'avaient presque jamais qu'un droit éventuel.



Quelques individus de ces bandes vagabondes se fixaient autour des habitations, et devenaient des intermédiaires dangereux, au moyen desquels les plans de rapines se combinaient mieux, et s'exécutaient plus sûrement.



Dans l'année 1804, M. de Castelane, alors préfet des Basses-Pyrénées, reçut l'ordre du Gouvernement de purger le pays des Bohémiens, dispersés en 20 endroits différents : dans une seule nuit tous furent enveloppés comme dans un filet, et conduits à bord de vaisseaux, qui les débarquèrent sur la côte d'Afrique. Cette mesure vigoureuse, qui reçut dans son exécution tous les adoucissements que la justice et l'humanité réclament, fut un véritable bienfait pour le département, et ce n'est pas le seul dont l'administration de M. Castelane y ait gravé le souvenir.



pays basque autrefois bohémiens cagots agots
BOHEMIENS EN VOYAGE 1861
TABLEAU D'ACHILLE ZO


M. Destère entremêla de quelques anecdotes cette courte digression sur les Bohémiens. Je citerai celle qui a pour garantie son propre témoignage.


"Dans ma première jeunesse, me dit-il, je fis rencontre à Bayonne sur le pont Mayou, d'une jeune Bohémienne devenue très célèbre sous le nom de Maytémina. J'en demande pardon à l'amour, mais je n'ai jamais rien vu de si joli ; et puisqu'il faut le dire, à ma honte, peut-être, n'ai-je jamais rien tant aimé. Je ne crois pas devoir pousser plus loin cet aveu ; je pourrais encore être d'humeur à justifier à mes propres yeux de semblables folies ; mais je ne suis plus d'âge à inspirer aux autres la même indulgence. Je fus vite, mais non pas longtemps, heureux avec ma belle aventurière, qui partit au bout de quelques mois pour aller briller sur un plus grand théâtre. Bientôt il ne fut bruit à Paris que de la charmante Bohémienne, et des conquêtes superbes qu'elle avait faites ; on allait jusqu'à dire qu'elle n'était point étrangère à certaines transactions de la plus haute politique.



Au bout de 2 ou 3 ans, Maytémina, s'apercevant que son crédit baissait avec ses charmes, profita de cette observation pour revenir à cette vie de Bohémienne, qu'elle regrettait au milieu des jouissances du luxe dont l'environnaient l'amour-propre et l'amour. Elle était depuis longtemps de retour dans nos montagnes, lorsqu'une circonstance bizarre, et fort heureuse pour l'un et pour l'autre, nous réunit quelques moments.


Un soir que je descendais les hauteurs d'Agnoa pour me rendre dans un petit château qu'habitait mon père, à une lieue de ce village, je fus attaqué par une troupe de Bohémiens-contrebandiers qui dépouillaient les passants quand ils n'avaient rien de mieux à faire. Je fis d'abord assez bonne contenance ; mais en voyant arriver un renfort de brigands, je laissai dans les mains de ceux qui m'avaient attaqué mon cheval et mon porte-manteau, et je me sauvai dans les montagnes. J'errais depuis une demi-heure de colline en colline, sans pouvoir retrouver la route, lorsque je me vois de nouveau poursuivi par ces mêmes Bohémiens, que devançait une femme qui agitait un mouchoir en l'air en criant : Maytémina ! Ce nom, qui n'avait jamais retenti sans plaisir à mon oreille, suspendit ma frayeur et ma course, et j'attendis la Bohémienne. Qu'on juge de ma surprise, c'était Maytémina elle-même. Chef des contrebandiers qui m'avaient dévalisé, en visitant mon porte-manteau, elle avait trouvé son portrait sur une boîte qu'elle m'avait donnée jadis, et que je possède encore ; éclairée par cet indice, elle volait sur mes pas, et venait me rendre mon cheval et les effets qui m'avaient été pris. Peu d'années avaient opéré sur Maytémina de sévères changements : ma reconnaissance n'emprunta rien d'un sentiment plus tendre. Elle me conduisit jusqu'à la porte de la maison où je me rendais, en riant des conseils que je lui donnais, et des craintes que je témoignais sur l'avenir qui lui était réservé. Nous nous séparâmes.



pays basque autrefois gitans bohémiens cagots agots
GITANS REMPAILLEURS A HENDAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Peu de jours après, je fus informé, à Bayonne, des dispositions qui se faisaient pour s'assurer de la bande des Bohémiens-contrebandiers ; et comme il est toujours plus ou moins désagréable de voir pendre l'objet qu'on a aimé, et dont on a le portrait dans sa poche, je fis parvenir à Maytémina un avis secret dont elle pouvait seule profiter, et au moyen duquel cette célèbre Bohémienne parvint à se soustraire au châtiment qui ne tarda pas à atteindre ses associés".



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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jeudi 28 novembre 2024

LES BASQUES EN 1817 (première partie)

LES BASQUES EN 1817.


Depuis des centaines d'années, de nombreux voyageurs, traversant le Pays Basque, ont donné leur sentiment sur les Basques.




pays basque autrefois origines peuple 1817
TABLEAU VUE DE BAYONNE 19EME SIECLE
PAR LOUIS GARNERAY




Voici ce que rapporta à ce sujet Etienne de Jouy dans l'hebdomadaire Mercure de France, le 5 

avril 1817 :



"L'ermite en Province.

Les Basques.


Hum non populi fasces, non purpura regum, 

Flexit, et invidos agitans discordia fratres.

Virg. Georg. 9



La pompe des faisceaux, l'orgueil du diadème,

L'intérêt dont la voix fait taire le sang même,

De ces hommes heureux ne troublent point la paix.

Delille.



Après avoir fait plusieurs excursions aux environs de Bayonne, après avoir parcouru le joli bois de Mousserol et visité l'habitation de M. M***, hors la porte d'Espagne, mon bon génie m'avait conduit le cours de la Nive ; de là j'embrassais une grande partie des vallées et des montagnes où vivent les Basques séparés, en quelque sorte, du monde entier par leur territoire et par leur langue : je réfléchissais que cet isolement ne les avait pas mis à l'abri de la renommée, et que César, dans une phrase très précise de ses Commentaires, fait d'eux un éloge après lequel il n'y a plus d'éloges, en parlant des races et des tribus de l'espèce humaine. Je me rappelais qu'en 1795, un ministre prussien (M. Humbold) était venu s'établir dans leur pays pour apprendre leur langue...



pays basque autrefois langue allemand
GUILLAUME DE HUMBOLDT


L'espèce de curiosité réfléchie que je mettais à parcourir des yeux ce vaste paysage, attira l'attention d'un homme d'un certain âge qui s'était approché de moi, et qui paraissait jouir de mon admiration. "Monsieur est étranger, me dit-il, en portant la main à son Berret. — Je suis né en France, lui répondis-je ; mais j'en suis sorti à quinze ans, et j'y suis rentré à soixante-douze, après avoir successivement habité les cinq parties du monde : vous voyez, Monsieur, que j'ai de la marge pour me choisir une patrie. — Vous n'hésiteriez pas, reprit-il vivement, si vous aviez, ainsi que moi, le bonheur d'être Basque. J'ai, comme vous, parcouru bien des pays, mais j'en reviens toujours à mes montagnes ; et plus j'observe ce petit coin de terre, plus je le compare à tout ce que j'ai vu, plus je trouve de raisons pour justifier à mes propres yeux la préférence que je lui donne.



C'était l'homme qu'il me fallait ; il ne se lassait ni de courir ni de parler ; je ne me lassai ni de le suivre ni de l'entendre. Ce personnage singulier avec lequel je me trouvai lié au bout d'une demi-heure, comme si je l'eusse connu depuis dix ans, est, à tous égards, un homme très distingué. Sa vaste instruction dont l'étude de l'antiquité parait avoir été l'objet principal, lui donne une sorte d'existence spéculative qui ne lui montre, dans le présent, qu'un point de départ vers les choses qui ont été, ou vers celles qui doivent être : on dirait qu'il a besoin de mettre les siècles et le générations au bout les uns des autres pour les apercevoir. Les Grecs, les Romains sont pour lui des peuples d'hier, et l'antiquité prodigieuse qu'il suppose à la petite nation basque, entre pour beaucoup dans l'amour qu'il a pour son pays natal. M. Destère (c'est le nom sous lequel il s'est fait connaître) m'a rappelé ces brames de l'Indoustan qu'il regarde comme les dépositaires de la sagesse humaine, et c'est, je n'en doute pas, a l'avantage que j'ai eu de vivre quelque temps avec les descendans des anciens brachmanes, que je suis en partie redevable de la considération qu'il m'a témoignée pendant la semaine que nous avons passée ensemble à battre les rochers et les vallons du pays basque. Ce qu'on va lire est le résultat de nos promenades et entretiens.



Les Basques sont des Phéniciens venus dans les Pyrénées, il n'y a pas moins de 5 000 ans pour en exploiter les mines, et l'on trouve encore leurs traces dans les excavations immenses des montagnes où les fouilles ont été faites.



Sous le nom de Cantabres, les Basques entrèrent sous la domination de Rome, plus difficilement et plus tard que les autres tribus de la péninsule. Cette domination, si pesante au reste de la terre, ne fut jamais pour eux un véritable joug ; ils avaient conservé leur langue, leurs moeurs et leurs coutumes administratives et judiciaires... Ce n'était pas un Lycurgue qui leur avait donné les lois orales qui les régissaient depuis tant de siècles ; ils les avaient reçues de la nature seule et tous avaient travaillé à les établir ; mais ces lois, que personne n'avait faites, ils les aimaient avec fureur, et les premiers historiens de Rome n'ont pu s'empêcher d'en parler avec une sorte de respect philosophique qu'ils n'ont pas toujours pour les institutions des autres peuples.



pays basque autrefois origines peuple 1817
LYCURGUE DE SPARTE
PAR MERRY-JOSEPH BLONDEL



Les Basques habitent sur les revers opposés des Pyrénées occidentales ; la plus grande partie de cette nation est soumise à l'Espagne et forme la population de la Navarre, de l'Alava, de la Biscaye et de Guipuscoa.



Les Basques français occupent, le long des Pyrénées, un petit territoire divisé en trois contrées que l'on nomme la Basse-Navarre, la Soule et le Labour, lesquelles, avec le Béarn, forment le département des Basses-Pyrénées. Les Basques espagnols et français sont une seule et même race d'hommes ; leur taille est moyenne, mais svelte et bien proportionnée ; leurs traits sont prononcés, leur physionomie à la fois douce et fière ; ils sont vifs, laborieux et d'une agilité passée en proverbe. Les basques parlent une langue qui n'a d'analogie avec aucune des langues vivantes : quelques mots identiques qui se retrouvent dans les langues anciennes de la Grèce et de l'Egypte servent de base au système d'un homme célèbre, compatriote de M. Destère, lequel donne à la langue basque une origine phénicienne (mon docte compagnon entama sur ce point une discussion dans les profondeurs de laquelle je craindrais de m'engager ; je le rejoins au moment où ses raisonnements me semblent appuyés sur des faits). La langue basque paraît avoir été jadis la seule en usage dans toute l'étendue de la péninsule ; en effet, de Cadix jusqu'au Ferrol, de Lisbonne jusqu'à Pampelune on est étonné du grand nombre de rivières, de montagnes, de monument et de ruines qui portent encore des noms basques. M. de La Borde, dans son Itinéraire d'Espagne, nous dit : "que dans le royaume de Valence il a vu des souterrains antiques qu'on croit avoir servi de greniers ; il ajoute que dans le pays on les nomme siloa." Or, siloa est un mot basque qui signifie trou, souterrain, excavation (remarquons, en passant, qu'en hébreu, le mot siloe avait la même signification). Au fond du Portugal on trouve une ville bâtie ou rebâtie par un Romain, et qu'on nomme Hivi-Flavia (ville de Flavius) du mot basque hivia, qui veut dire ville : je pourrais, continua M. Destère, vous citer cent autres exemples de ces noms basques venus d'aussi loin, sans avoir changé sur la route.



pays basque autrefois origines peuple 1817
LIVRE ITINERAIRE DESCRIPTIF DE L'ESPAGNE
D'ALEXANDRE DE LABORDE



pays basque autrefois origines peuple 1817
ROUTE DE BAYONNE A BURGOS 1ERE FEUILLE
LIVRE ITINERAIRE DESCRIPTIF DE L'ESPAGNE
D'ALEXANDRE DE LABORDE





Maintenant, ajouta-t-il, comment cette langue basque, étouffé si vite par la langue latine dans le reste de la péninsule, s'est-elle maintenue dans un coin des Pyrénées ? comment a-t-elle échappé seule à la corruption introduite par les envahissements successifs des Vandales, des Alains, ddes Goths et des Maures ?"



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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jeudi 7 octobre 2021

LA COMMUNE D'USTARITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1817 (troisième et dernière partie)

  

USTARITZ EN 1817.


En 1817, la commune d'Ustaritz compte environ 1 800 habitants et est administrée par le Maire Auger Dibasson.




pays basque autrefois biltzar labourd
ARMOIRIE D'USTARITZ LABOURD
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Mercure de France, le 31 mai 1817 :



"... La réponse de M. Destère est assez paradoxale pour que je la rapporte mot pour mot.— "Les hommes, reprit-il, et surtout les tribus d’hommes diffèrent bien plus par leurs bonnes qualités que par leurs mauvaises ; le mal est, à peu de chose près, le même partout ; c'est le bien qui est différent. La médaille antique du peuple basque a son revers comme une autre ; mais sur ce revers se montre encore je ne sais quelle rouille d’antiquité qui a ses traits et son caractère. La réclamation secrète du coeur humain contre le droit de propriété (pour éviter de dire le penchant au vol), a peut-être plus de force ici qu’ailleurs : la religion seule peut y persuader ceux qui n’ont rien, qu’ils n'ont pas un titre légitime au superflu de ceux qui ont trop : le vol domestique y est rare, le filoutasse inconnu ; mais les attaques à main armée sur les routes et dans les maisons s*y sont multipliées à différentes époques, et malheureusement quelques traits de courage que les brigands y ont déployés, ont trop couvert l’horreur que doivent inspirer ces actions antisociales. Nous avons eu nos Robert, chefs de brigands, et je me rappelle avoir assisté, dans mon enfance, au procès d’un de ces héros de grands chemins, condamné à mort par le parlement de Bordeaux. On le mit en présence des instruments de la torture, dressés pour lui arracher les noms de ses complices : il ôte de sa tète le bonnet phrygien, dont elle était couverte, et lui adressant la parole : "Je parlerai, dit-il, quand tu parleras ;" et dans les supplices de la question, il ne parla pas plus que son bonnet. On conçoit que de pareils hommes ne doivent avoir ni peur des douaniers, ni scrupule de la contrebande : c’est sur cette frontière une guerre continuelle ; les mœurs, l’agriculture et l’industrie en souffrent beaucoup.




pays basque autrefois feillet
USTARITZ 1852
PAR LES SOEURS FEILLET


Entre une jeunesse passionnée et souvent rassemblée dans les places publiques, les querelles sont nécessairement fréquentes, et les combats souvent meurtriers. A la moindre dispute les bâtons ferrés sont en l’air ; les Basques s’en escriment avec un art qui a ses règles et ses professeurs comme le sabre et l’épée : une arme plus dangereuse encore est à leur usage ; c’est le couteau à gaine ; en vain cherche-t-on à les faire rougir de l’emploi d’une arme pareille, ils n'y voient qu’un glaive plus court que nos épées, et par conséquent plus favorable au courage, puisqu’il oblige à se battre de plus près : c'est précisément la réponse de cette Lacédémonienne à son fils, qui se plaignait que son épée fût trop courte : alonge-la d’un pas.



Je dois le dire, la vengeance, cette passion féroce qui s’abreuve et s’altère dans le sang, a souvent exercé ses fureurs dans nos montagnes Je pourrais vous rapporter vingt anecdotes qui vous rappelleraient ces haines héréditaires de quelques races antiques, devenues le patrimoine de la tragédie ; je me borne à un fait dont plusieurs témoins existent encore :

"Un directeur des douanes, résidant à Bidache, nommé Lacoste, avait destitué un douanier basque contre lequel s’élevaient des plaintes graves et qui paraissaient fondées : le douanier écrit à son chef pour se justifier ; le directeur ne répond pas ; une seconde, une troisième lettre a le même sort, bien que cette dernière parlât d’une femme et de trois enfants condamnés à mourir de faim par une décision injuste : quarante-huit heures après, en plein jour, le douanier, une carabine sur l’épaule, traverse tranquillement la foule dont les rues de Bidache étaient eu ce moment remplies, comme s’il allait faire un rapport officiel ; monte chez le directeur des douanes, entre dans son cabinet, l’ajuste et tire ; un enfant de quatorze ans s’élance au-devant du coup, qu’il reçoit dans la cuisse ; le douanier se retire avec le même sang-froid, et retourne chez lui pour s’y brûler la cervelle. La jeune victime de la piété filiale, qui fut arrachée miraculeusement à la mort, par les soins d’un médecin habile, que le hasard avait amené à Bidache, est ce même M. Lacoste, l’avant-dernier ministre de la marine en France, sous le règne de Louis XVI."



pays basque autrefois capitale labourd
CARTE USTARITZ 1887
PAYS BASQUE D'ANTAN


En écrivant ces dernières lignes sur le pays basque, que je quitte dans une heure, je m’aperçois que j’ai fait comme Vernet qui ne voulait que passer deux jours dans ces lieux où il séjourna si longtemps : je n’ai malheureusement pas d’aussi bonnes excuses a donner : les tableaux de Bayonne et des environs sont des chefs-d’œuvre : en les regardant à Paris, les Basques se croient encore à Saint-Pierre-Dirubé et à Bayonne. Les Basquèses de ses marines sont les mêmes qui traversaient continuellement le pont du Saint-Esprit sur l'Adour ; les mêmes que l’on voit figurer tous les dimanches dans les fêtes de ce Cante-Prast, dont la situation entre l'Adour et la Nive, entre les Pyrénées et l’Océan, est une de celles où l’art et la nature ont réuni le plus de beautés pittoresques : position ravissante, digne d’être la retraite de la sagesse, de l’éloquence et de la science des lois : c’est là qu’habite M. Chegaraï."




pays basque autrefois tableau port
CLAUDE-JOSEPH VERNET PORT DE BAYONNE


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)










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mardi 7 septembre 2021

LA COMMUNE D'USTARITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1817 (deuxième partie)

 

USTARITZ EN 1817.


En 1817, la commune d'Ustaritz compte environ 1 800 habitants et est administrée par le Maire Auger Dibasson.




ARMOIRIE D'USTARITZ LABOURD
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Mercure de France, le 31 mai 1817 :



"... Le plus jeune des trois frères Garat exerça la profession de son aîné, dans son pays, où il fut non pas seulement célèbre, mais un peu prophète, en dépit du proverbe. Je ne sais par quel attrait public attaché à sa personne, l’amour-propre de tous les Basques semblait intéressé à élever Léon Garat au-dessus de tous : il n’était, il ne voulait être ni éloquent ni disert, ni savant ; on eût dit qu’il avait l’esprit trop naturel, trop juste pour ces connaissances acquises où il entre toujours un peu d’exagération ; mais nul n’avait un jugement plus sain, une raison plus ferme, un instinct plus sûr : son premier coup-d’œil en affaire distinguait la vérité ; son premier mot la mettait en lumière. Rien ne restait solennel devant ses plaisanteries, et ses bons mots sont encore dans la mémoire de tous ses contemporains. A vingt ans, avec une très jolie figure et une prodigieuse supériorité dans les exercices du corps qui exigent le plus de force et d’adresse, il était l’avocat le plus employé. Comme le jeune abbé Gondi de Retz, on lui savait, de compte fait, cinq ou six duels, et il garda toujours son rabat. Un jour, au milieu d’un jeu de paume où il était acteur, un de ses clients vient le prendre par le bras : "Il faut absolument que vous me fassiez ma requête, lui dit-il ; si je ne la donne pas ce soir, je suis perdu." Léon se fait apporter un écritoire, écrit la requête sur la pierre qui servait de battoir, et gagne la partie de paume et le procès.



De quatre fils qu’a laissés M. Garat l’aîné, l’un, par une organisation invincible, si je puis parler ainsi, a été entraîné à des talents d’un autre genre, mais non d’un autre ordre, puisqu’ils ont inscrit son nom parmi ceux des musiciens de l’Europe qui se sont acquis le plus de célébrité dans l’art charmant où il excelle. Les autres, sans atteindre au même degré de réputation, poursuivent honorablement les différentes carrières où ils sont entrés.



Dans son dénuement actuel des choses qui ont fait autrefois sa prospérité, Ustaritz possède encore plusieurs hommes distingués en plus d’un genre. Son curé, digne du nom de pasteur, dans son acception la plus sainte, possède et fait servir au bien-être de ses concitoyens, des connaissances très variées et très étendues. Doué d’un génie naturel pour la mécanique et pour l'agriculture, il peut enseigner à monter, à construire les machines les plus usuelles ; à greffer et à élever les arbres, dont l'éducation est trop négligée dans le Midi où les sauvageons d’une excellente nature se fortifient et se perfectionnent par la seule influence du climat.



pays basque autrefois feillet
USTARITZ 1852
PAR LES SOEURS FEILLET


Si le collège de Laressore se rétablit, comme il en est question, Ustaritz pourra lui procurer, dans le même homme, M. Baratchar, un excellent professeur de rhétorique et de philosophie.



Des deux MM. Duhalde, tous deux profonds dans les sciences théologiques, l’un a emporté dans le tombeau les trésors de son érudition ; mais l’autre vit encore, et tout était commun entre ces deux frères.



M. Dassance, juge de paix du canton, en étouffant les procès à leur naissance, en rapprochant les cœurs et les esprits, en se créant un tribunal de famille dont on chérit, dont on respecte l'arbitrage paternel, a mérité le titre glorieux d’ange de paix que lui ont décerné ses heureux concitoyens.



Si la renommée état quelque chose dans un pays où les affections domestiques occupent tant de place dans la vie, l’ancien tribunal d’Ustaritz manquerait surtout à M. Sorhaïts, fils d'un avocat dont la mémoire est révérée, et qui n’aurait besoin que du même théâtre pour y exercer le même talent.



M. Novion n’est pas seulement un médecin habile, c’est un savant studieux qui a su transporter dans la médecine tout ce qu’elle peut recevoir avec sûreté, des progrès de la physique et de la chimie.



Toutes les personnes que je viens de vous citer habitent les quartiers de Pourgonïa et de Heri-Behère. Du haut de la côte, assez raide, de Gorroënecco Petarsa, qui conduit au quartier d’Eroritz, on découvre une maison que les habitants du lieu appellent assez volontiers château (sauurè-guia), et qui n'est pourtant qu’une maison plus vaste et plus élégante que les autres : quoiqu'il en soit, il n’est permis de lui contester cette qualification de château, qu’avant d’y être entré et d’y avoir été reçu par le propriétaire, M. Larrégui, et par mesdames ses filles, madame Turmau et mademoiselle Mélanie. Nulle part la politesse ne s’embellit de grâces plus naturelles, de soins plus délicats. Ce n’est pourtant pas à la nature seule que M. Larrégui est redevable de ce bon ton qui le distingue au fond des Pyrénées ; il a passé une partie de sa jeunesse Paris, dans le monde le plus brillant, et c’est, pour ainsi dire, en sortant de l’Opéra, qu'il s’est fait cultivateur : tels ont été ses succès dans ce premier des arts, que ses exemples , dans ce canton où la routine a un peu moins d’empire qu’ailleurs, y sont devenus des modèles : n’est-ce pas une manière d’être le bienfaiteur de son pays ?...


pays basque autrefois capitale labourd
CARTE USTARITZ 1887
PAYS BASQUE D'ANTAN


— Voila bien des éloges, dis-je à mon cicérone, et quoique je sois du petit nombre des vieillards qui s ennuient le moins vite à entendre dire du bien des hommes, j’aime à savoir toute la vérité : la plus belle médaille a son revers, et vous ne m’avez encore parlé que des qualités de vos Basques." 


A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


 




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samedi 7 août 2021

LA COMMUNE D'USTARITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1817 (première partie)

USTARITZ EN 1817.


En 1817, la commune d'Ustaritz compte environ 1 800 habitants et est administrée par le Maire Auger Dibasson.



pays basque autrefois labourd
ARMOIRIE D'USTARITZ LABOURD
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Mercure de France, le 31 mai 1817 :



"1er mai 1817.



Mes adieux aux Basques. 



Chaque peuple, par son caractère, se fait sa fortune. 



C’est par Ustaritz où je suis depuis plusieurs jours, et dont je n’ai pas encore parlé, que je terminerai cette longue course et ce long séjour que j’ai faits parmi les descendants des Cantabres. Les communes d’Arboun, d'Arcangues, de Villefranque et de Bassussarvi ne m’ont rien offert de très remarquable ; je serais même tenté de croire que les mœurs nationales commencent à s'y altérer, ou, si l’on veut, à s’y polir, par un frottement plus habituel avec celles des Français de Bayonne.



Mon guide cependant m'arrêta près d'Arcangues, devant l’enclos d’une maison isolée, presque élégante, et située au milieu d'une vaste étendue de vergers, de champs d'une riche culture, sur un sol que j’avais jugé stérile ou du moins peu fécond : je me crus dans une habitation de Saint-Domingue. On peut d’autant mieux s’y méprendre, me dit M. Destère, que le propriétaire de cette maison est un M. Larre qui a longtemps vécu dans les colonies françaises, et qu’il en est revenu, il y a quelque trente ans, avec une fortune modeste, et des connaissances administratives qui n'ont point été sans utilité pour son pays. C’est le sort de cette maison d’appartenir à des hommes de mérite. Avant d'être à M. Larre, elle appartenait au médecin Harambillaque, lequel parlait et écrivait en latin comme Astruc, avec le génie hippocratique de Bordeu, auquel Astruc était tout à fait étranger.


pays basque autrefois capitale labourd
CARTE USTARITZ 1887
PAYS BASQUE D'ANTAN


Ustaritz, par son étendue de plus d’une lieue et demie en longueur, rappelle à ceux qui ont traversé la Belgique, le village de Saint-Nicolas. Ustaritz est, également, formé de plusieurs bourgades réunies que l’on appelle quartiers ; Arraüns, Eroritz, Heri-Behère, Pourgonia : le nom du troisième, qui signifie ville-basse, annonce qu'anciennement Ustaritz était, ou du moins avait la prétention d’être une ville. Quoi qu’il en soit, ce bourg a conservé, pendant des siècles, des prérogatives que la révolution lui a fait perdre, et qui pouvaient, à cet égard, motiver ses droits.



Ustaritz était la résidence d'un grand tribunal de justice civile et criminelle, et c’est là que s’assemblaient les états administratifs du Labour. Le bilçar était réellement l’assemblée des propriétaires, des chefs de famille, à la discussion et à la décision de laquelle étaient soumises les questions administratives de toutes les communes du Labour. Un antre canton basque français, la Basse-Navarre, se vantait d’avoir aussi ses états ; mais ceux-ci n’avaient pas conservé les formes et les caractères vraiment antiques, qui distinguaient le bilçar du Labour.



Ce pays est essentiellement religieux, et cependant la coutume excluait du bilçar les prêtres et les nobles : était-ce pour écarter les dangers de leur influence ? je ne le pense pas : il est plus probable que le bilçar, antérieur à l’établissement du christianisme et de la féodalité, ne voulut rien changer à sa constitution primitive; il resta tel qu’il avait toujours été.



Cette immutabilité se manifestait d’une manière bien remarquable dans le choix même du lieu de ses séances. Le bilçar ne se tenait ni dans un palais, ni dans une enceinte fermée de murailles, mais dans un bois, sur une éminence qui dominait la commune d’Ustaritz. Deux quartiers de rocher formaient les sièges du président et du secrétaire ; un autre bloc, dont la surface avait été grossièrement polie, servait de table ; et c’est là que s’inscrivaient les délibérations et les arrêtés du conseil : les membres composant l'assemblée, debout, appuyés sur des bâtons d'épine, et adossés à de vieux chênes disposés circulairement, avaient autant de respect pour cette enceinte sauvage, que les Romains pour le Capitole décoré des images de leurs dieux. Aussi les Basques l’avaient-ils nommé et la nomment-ils encore Capitolo herri (Capitole du pays).



pays basque autrefois feillet
USTARITZ 1852
PAR LES SOEURS FEILLET



Lorsque je revins dans ces montagnes, après ce règne de terreur par qui la révolution commençait à se détruire, je ne trouvai plus, continua M. Destère, le moindre vestige de ces monument sacrés du Capitolo herri. C'est ainsi que dans mon premier voyage en Suisse j’allai contempler, près de Morad, cette chapelle où les ossements entassés des soldats de Charles-le-Téméraire offraient une utile leçon aux défenseurs de la liberté nationale, et un terrible exemple aux satellites des tyrans : lorsque j’y retournai, dix ans après, ces débris instructifs avaient été dispersés par le délire de la liberté armée contre elle-même.



Ustaritz a tout perdu ; il n'a plus de bilçar ; il n’a plus de tribunal ; il n est plus un entrepôt de commerce de laine entre l’Espagne et la France ; les familles s’éteignent, et les maisons tombent en ruine, ou sont abandonnées aux reptiles et aux oiseaux de nuit. Combien sont rapides les progrès de la décadence et de la destruction ! Ce même Ustaritz voit encore se promener sur ses ruines un grand nombre d'hommes et de femmes derniers témoins de la prospérité de cette commune, berceau d’une famille entière d'hommes célèbres.



Un des orateurs, dont l’éloquence a eu le plus d’éclat au barreau de Bordeaux, M. Garat l’aîné, était né à Ustaritz : député par son pays aux états-généraux où il se montra dévoué, jusqu'à la mort, à la cause de son Roi, sans néanmoins rester indifférent au triomphe de la liberté, une gloire plus éclatante s'offrait à lui ; mais une indisposition qui dura presque aussi longtemps que la session de cette assemblée, ne lui permit que rarement de paraître à la tribune ; chaque fois il y obtint un succès.



Un autre frère de cet avocat célèbre, a pris un des premiers rangs parmi les écrivains philosophes dont s’honore l’Europe : ses leçons à l’école normale resteront comme des modèles de cette éloquence didactique dont il fut en quelque sorte le créateur."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



 







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vendredi 6 août 2021

EXERCICES ET AMUSEMENTS DES BASQUES EN 1817 (deuxième et dernière partie)

 

EXERICES ET AMUSEMENTS DES BASQUES EN 1817.


En 1817, les distractions sont plutôt rares au Pays Basque.




pays basque autrefois makila
GRAVURE 1828 BASQUE AVEC MAKILA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Mercure de France, le 17 mai 1817, sous la plume de 

l'Ermite de la Guyanne : 



"Exercices et amusements des Basques (suite).



... Léger comme un Basque dit-on proverbialement et sans se douter de l’exagération que renferme un pareil éloge : ce vers sur le cerf poursuivi par une meute, L’œil le cherche et le suit aux lieux qu’il a quittés ? n'est pas moins littéralement vrai en parlant des jeunes habitants de ces montagnes : le vol de leur balle en l’air n’est pas plus difficile à suivre que la trace de leurs pas.



Une idée qu’on se fait encore plus difficilement, c’est celle des émotions que leur font éprouver les diverses révolutions de la partie. Durant ce flux et reflux de crainte et d’espérance, des témoins courent de tous côtés pour en porter au loin les nouvelles. Les routes, à plus de six lieues de la place, sont semées de curieux qui interrogent, en palpitant, ces messagers. Denain, Fontenoy, n'excitaient pas de plus vives inquiétudes. Enfin, quand le talent ou le sort, qui prend sa part dans tous les événements de ce monde, a décidé la victoire, les vaincus ne songent plus qu’à des revanches, et les vainqueurs, qu’à de nouveaux combats. Ces luttes ne sont pas seulement des jeux ; on y voit la fortune et la gloire.



La paume a ses héros, et les Sorrende, les Duraty, les Silence, les Parquins et quelques autres ont attaché à leur nom une célébrité dont la tradition, à défaut de l’histoire, leur garantit la durée. M. Destère m’a raconté à ce sujet l’anecdote suivante : "Le fameux Parquint, dans le cours de la révolution, avait été forcé d’émigrer eu Espagne ; il apprend qu’un de ses rivaux de gloire, nommé Crutchatty, annonce une partie de paume aux Aldudes sur la frontière. Aussitôt Parquins fait solliciter auprès des autorités du lieu un sauf-conduit qu’on lui accorde, et que l’on motive sur la nécessité d’opposer à Crutchatty le seul rival digne de lutter avec lui. Parquins arrive, entre en lice, combat, remporte la victoire, et retourne eu Espagne aux acclamations de la foule qui l’accompagne jusqu’à la frontière."



C’est dans les fêtes locales qu’il fallait voir, il y a quelques années encore, ces danses où figuraient des communes entières, où tous les âges de la vie humaine (depuis le moment où l’on forme les premiers pas, jusqu’à celui où l’on se prépare à franchir le dernier), se réunissaient autour des tombeaux pour y célébrer, par les mêmes danses, ces fêtes où trois ou quatre cents générations avaient successivement assisté dans les mêmes lieux.



Les âges, dans l’ordre de leur succession, et les sexes sur deux lignes, après l’office divin, se rendent, de l’église au cimetière, précédés du maire de la commune, que, dans la langue poétique du pays, on nomme Pontife Civil ( aousso apessa ). Ce pontife (précisément comme Plutarque à Chéronée), des branches de laurier et d’olivier à la main, conduit, en cadence, la marche solennelle qu’il amène sur la place publique au son des instruments indigènes, parmi lesquels on ne compte que le tambour de basque, le flutet à cinq trous, et une espèce de violon sans chevalet, sur lequel le rythme se marque en frappant les cordes avec un court bâton recouvert en peau. C’est au moyen de ces instruments, si pauvres d’harmonie, auxquels se mêlent, par intervalle, quelques voix agrestes, que des laboureurs, des pâtres, leurs mères, leurs femmes et leurs filles remplissent la vaste étendue des cieux de chants qui semblent en descendre.


pays basque autrefois musicien
BASQUE AVEC TAMBOURIN
PAYS BASQUE D'ANTAN


Arrivée sur la place, toute cette population y forme un rond immense et la parcourt plusieurs fois à pas mesurés. La marche s’anime progressivement ; et c’est au moment où son action devient la plus vive, que le tambourin donne le signal du mouchico, danse violente et qui admet tout un peuple sans confusion. Noverre et Dauberval ont essayé d'en donner une idée sur le théâtre de l'Opéra ; mais comment lui conserver son caractère national ? Ce ne sont pas seulement les pieds, les bras, c'est le corps des Basques que le mouchico met en mouvement, et leur âme est encore plus agitée ; ils crient, parlent et chantent en dansant ; ils remplissent la place de ces éclats, de ces gloussement de voix dont ils font retentir les échos des montagnes, lorsqu’ils traversent les Pyrénées, et qu'ils veulent s’avertir de l’endroit où ils se trouvent. Cette espèce de gamme rapide s’appelle irrincina dans les Pyrénées, et incina dans quelques parties des Alpes. Je crois me souvenir que Silius Italicus en fait mention dans son poème, et qu’il cherche à l'imiter par l’harmonie de ses vers.



Les paroles improvisées pendant le mouchico, sont l’expression bien plus vraie de l'ivresse que produit cette danse parmi les Basques. On ferait un recueil charmant des mots passionnés, des louanges délicates que leur inspirent en ce moment l’amitié, l'amour et la piété filiale.



Les chants des Basques sont langoureux, comme dans tons les pays de montagnes où le séjour des hommes, dans ces hautes régions terrestres, semble disposer leurs âmes aux sensations les plus tendres. La langue des Basques, dont presque tous les substantifs se terminent en a, qui se sert de circonlocutions orientales pour désigner les objets qui commandent l’amour, le respect ou la crainte ; cette langue, dis-je, est plus favorable qu’une autre à l’expression de la pensée mélancolique. Dieu s’appelle Jaungoicoa (Seigneur d’en haut) ; la nuit, Gab-a (absence de lumière) ; la mort, eriotza (maladie froide) ; le soleil, egusquia (créateur du jour) ; la lune, ilarquia (lumière morte).



Les Basques sont courageux, mais vindicatifs, excellents soldats, surtout pour la guerre des montagnes, mais indépendants et difficiles à retenir sous les drapeaux au-delà du temps qu’ils se prescrivent eux-mêmes. Un grand capitaine, qui se connaissait en soldats, disait que les Basques, si distingués par le courage personnel, ne valaient rien en ligne. Dans la guerre de 1793, contre l’Espagne, deux demi-brigades, commandées par un général (au nom duquel l’épithète de brave se joint si naturellement qu’elle semble en faire partie) ; deux demi-brigades, disais-je, commandées par le brave Harispe, après avoir fait des prodiges de valeur, désertèrent presque jusqu’au dernier homme pour aller embrasser leurs parents et leurs amis. Au bout de quelques jours, tous étaient de retour au camp où leur chef les attendait sans inquiétude.





pays basque autrefois marechal baigorry
JEAN-ISIDORE HARISPE



Les noms propres, véritablement basques, ont presque tous une signification, tels que Salaberry (salle neuve) ; Etcheberry (maison neuve) ; Etchecahar (maison vieille) ; Ithurbide (chemin de la fontaine) ; Jaurguiberry (château neuf) ; Uharte (entre deux eaux).



La propreté dans les habitations et dans les vêtements est portée à un plus haut degré parmi les Basques, qu’en aucune autre province de France. Les femmes sont généralement belles, bien faites, vives et gracieuses.





pays basque autrefois femme
GRAVURE 1828 FEMME
PAYS BASQUE D'ANTAN



La religion, chez les Basques, n'est point exempte de superstition ; mais cette superstition, loin d’être intolérante, n’altère pas même cette douce philanthropie qu’ils exercent sans en connaître le nom : le respect des morts et des tombeaux est ici un véritable culte : les cérémonies des funérailles ne sont plus que touchantes ; jadis elles ont donné lieu à des actes violents de désespoir et même de rage, auxquels le gouvernement crut devoir remédier par une ordonnance que M. Depping nous a conservée dans son Histoire générale d’Espagne : j’en citerai quelques lignes.


"Comme il existe en ce pays un usage indécent de pousser des cris immodérés à la mort d’une personne, et de troubler par toute sorte d’actions violentes la cérémonie des funérailles ; nous ordonnons et établissons pour loi, qu’il sera dorénavant défendu de faire entendre, à la mort d’une personne quelconque, des lamentations désordonnées ; de s’arracher les cheveux, de se meurtrir la chair, de se blesser à la tête, et de prendre le deuil de bure, sous peine d'une amende de, etc., etc."





pays basque autrefois mort funérailles
FEMME EN DEUIL MUSEE DE LOURDES
PAYS BASQUE D'ANTAN



Je pars demain pour continuer mon voyage dans le département des Basses-Pyrénées ; mais avant de quitter ce doux pays, je dirai quelques mots d'Ustaritz, véritable capitale du pays basque, où tout voyageur qui n'a pas de patrie doit être tenté de s’en choisir une."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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