Les charivaris ont existé en Europe et dans de très nombreuses régions de France, dont le Pays Basque.
CHARIVARI PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici ce que rapporta à ce sujet le bulletin de la Société des Sciences, Arts & Lettres de Bayonne,
le 1er janvier 1937, sous la plume de Gil. G. Reicher :
"... Mais la jeunesse ne l'entend pas ainsi, elle réclame le droit de s'amuser en Carnaval, droit respecté depuis des siècles. Le Maire fait alors comparaître les organisateurs du bal et les garçons cordonniers. Devant leur insistance à réclamer la salle, il les chapitre, les raisonne ; mais, croyant bien faire, décide que les cordonniers souscriront aux dépenses de la fête, et par conséquent, ils y assisteront. L'autorisation est donnée. Tout paraît en règle. Cependant, dans la journée du 19 février, nouvelle tempête.
Les jeunes gens organisateurs sont furieux d'avoir été obligés de céder devant les cordonniers ; ils préparent pour la nuit suivante un beau tapage à leur adresse. Leur colère est maladroite, ils l'annoncent par une affiche injurieuse collée sur certaine maison que nous devinons facilement.
A cette nouvelle, le Maire refuse définitivement la permission sollicitée. Tout rassemblement de plus de 5 personnes est interdit sous peine d'arrestations. Défense est faite de se masquer, et les cabaretiers doivent fermer leurs portes à heures et demi. Triste Carnaval ! Aux yeux de la jeunesse, qui est responsable ? La cordonnerie. Mais alors, ce qui n'était que plaisanterie devient haine. Il a fallu céder, s'humilier devant les cordonniers ; à cause d'eux, les fêtes sont sans joie. On se vengera : l'un deux paiera pour tous, Pierre Rancez ! l'étranger, le mari de la veuve. C'est vers lui et sa femme que se tendront les colères, les moqueries féroces : dans le coeur de cette jeunesse, hier irritée, mais non méchante, va naître un désir de querelle qui s'épanouira dans la mascarade traditionnelle.
Quelques jours se passèrent dans une attente lourde de menaces. Comment empêcher les conciliabules, les réunions à deux ou trois pendant lesquelles tout s'organisait et dont les décisions étaient immédiatement transmises aux camarades ?
Enfin, un beau soir de premier printemps, l'orage creva.
Débouchant du sentier qui venait du faubourg d'Ugange, le charivari apparut. Le tintamarre des étranges instruments réveilla en un instant tous les animaux qui dormaient du paisible sommeil des âmes sans malice, et bientôt leurs cris se mêlèrent à la grotesque musique : les braiements des ânes, les grognements des porcs, les aboiements des chiens, et jusqu'aux appels des coqs, qui, effrayés par ce tapage inaccoutumé, crurent à un danger et manifestèrent aussitôt leur bruyante bravoure, trop souvent inutile. Les hommes, qui, dans le charivari, s'étaient déguisés pour représenter ces mêmes animaux, s'essayaient à imiter leurs cris.
CHARIVARI A UHART-CIZE PAYS BASQUE D'ANTAN
Le garçon, qui, ayant pris le rôle de Gatua, avait recouvert sa tête d'une descente de lit, et poussait des miaulements à réveiller toutes les chattes du canton, sautait lestement, pour donner plus de prix à son imitation, contre les margelles des fenêtres, au grand effroi de ses congénères authentiques venus sur le rebord du toit, aux nouvelles. Au grand effroi surtout des pauvres vieilles qui entrouvraient leurs volets et croyaient, dans leur demi-sommeil, voir apparaître Basa-Iaun en personne.
BASAJAUN PAYS BASQUE D'ANTAN
Le camarade-chien aboyait d'une voix aussi grave que celle de l'écho dans les cavernes de Balsola, et, courant à quatre pattes, menaçaient de mordre les talons de tous ceux qui s'approchaient. Il prenait dans la nuit des formes fantomatiques et grandissait jusqu'à la taille d'un ours.
Un autre, cheval et boeuf à la fois, avec sa crinière de poils attachée à l'arrière de sa blouse, et le front surmonté des cornes d'un taureau, tué l'année précédente aux courses de Pampelune, ressemblait aux bêtes fantastiques qui descendent de la montagne, les nuits sans lune, pour aller chercher et ramener sur leur dos, ceux que la Dame de Amboto convie dans ses demeures sombres à ses fêtes sacrilèges. Il mugissait en soufflant dans une de ces cornes d'os dont les bergers se servent encore dans la montagne pour rassembler leurs troupeaux courant dans la bruyère et qui gardent la forme du cor légendaire au son duquel mourut le vaincu d'Ibañeta.
Quand il s'arrêtait de souffler, ses compagnons, munis du même instrument, reprenaient en choeur les notes claironnantes et ce bruit, amplifié par l'écho contre les murs des remparts, faisait trembler l'air.
Cependant, toute cette bizarre et farouche musique ne pouvait couvrir le tumulte des cloches. Chacun des hommes réunis pour le charivari portait à la main une de ces "isquillas" que l'on suspend au cou des bêtes afin qu'elles ne puissent s'égarer dans la montagne. Carrée, ou renflée en leur milieu, ces cloches ont un son vif et sonore. Elles étaient 50 à 60 à sonner cette nuit-là dans les rues de Saint-Jean, secouées avec une ardeur sauvage par ces garçons qu'excitaient le bruit, les rires et le désir de se moquer. Leur bruit couvrait tous les autres bruits : cris d'animaux vrais ou simulés, hurlement des cors, appels des gens. Et, malgré son intensité et sa force, il gardait je ne sais quoi de mélancolique et de farouche, qui laissait planer sur cette grotesque aventure un air mystérieux et menaçant.
PLACE DU MARCHE SAINT-PIED-DE-PORT PAYS BASQUE D'ANTAN
A chaque extrémité du cortège, 4 garçons tenaient 4 immenses gaules au bout desquelles elles étaient accrochées des boîtes de fer percées d'un trou : vulgaires tirelires qui demandaient aux braves gens, spectateurs de cette mascarade, une obole pour dédommager de leurs frais ceux qui les amusaient. En avant de l'assemblée grotesque, des enfants secouaient des guirlandes de piments rouges que l'on avait entrelacées autour de cercles d'osier. Puis, marchait un homme déguisé en bohémien ; des crins posés sur sa tête, retombaient tout autour de sa figure ; il élevait une branche de châtaignier au sommet de laquelle était attaché un simulacre de chat en chiffons bourré d'étoupe et entouré de paille. Ensuite venaient les hommes-animaux hurlant. Lorsqu'ils arrivèrent en face de chez la Madeleine, ces êtres fantastiques s'écartèrent les uns des autres et au milieu d'eux, apparut le garçon boulanger. Il se mit aussitôt à chanter de grotesques couplets, d'une violence parfois obscène, qui visaient les veuves remariées de la maison. Il s'interrompait après chaque couplet et reprenait avec le charivari tout entier le dernier vers. Sonnettes, cloches, porte-voix, scandaient ensuite l'arrêt obligé, pendant lequel le chanteur retrouvait quelque souffle.
Enfin, quand il eut terminé sa rude satire, au milieu du vacarme parvenu à son apogée, les enfants accrochèrent à la porte des veuves les guirlandes de piments pendant que l'on mettait le feu au chat d'étoupe que la perche qui lui servait de support soulevait jusqu'à la hauteur des fenêtres.
Celles-ci, non plus que la porte, ne s'étaient ouvertes. Mais si, aux cris du charivari, les honnêtes gens avaient refermé prudemment leurs volets entr'ouverts, les amis des nouveaux mariés, réveillés, s'habillaient à la hâte pour se précipiter vers l'endroit du tintamarre. Arrivés trop tard pour empêcher la mascarade et les chants, ils virent de loin l'incendie du faux chat qu'ils ne purent éviter, mais leurs hurlements de colère se mêlèrent aux cris de joie des assiégeants.
Ceux-ci, se retournant, virent leurs ennemis et la bagarre commença.
Les cordonniers aussi sont ivres de vengeance.
Quoi donc ! on vient faire un charivari sous les fenêtres de la veuve de François Angosse, sous le prétexte qu'elle est remariée ? Que dire en ce cas du père de François Angosse !
Et les injures pleuvent à propos d'une histoire bien oubliée...
Le père de François Angosse, Dominique, est remarié aussi ! et à 55 ans, avec une couturière de 37 ans, Isabelle Olivier, dont il avait eu deux enfants. Et ils ne sont pas basques.
Qu'est-ce donc que cette levée de boucliers pour défendre la mémoire d'un soi-disant basque ? Qu'est-ce que ce charivari qui ferait mieux de se retourner contre les accusateurs ?
Et les coups tombent de part et d'autre, graves, quelques-uns sanglants. Triste fin d'une plaisanterie qui, au début, n'avait aucun but tragique, mais que les dissensions intestines et surtout l'influence de la guerre voisine rendirent pénible et désastreuse.
La "force armée" de Saint-Jean intervint. Il y eut des blessés, des arrestations.
Ainsi finit le dernier des grands charivaris qui soit consigné dans les annales officielles de Saint-Jean. Mais les esprits ne se calmèrent point de sitôt. Les troubles de la guerre carliste se mêlèrent aux excitations et aux querelles contre lesquelles, au cours de l'année 1832, l'autorité dut intervenir d'une façon formelle et décisive."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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... Hélas ! cette fermeture des cabarets n'eut pas beaucoup plus d'effet que la menace de tout à l'heure. Les échos de voix traversaient les fenêtres des tavernes soi-disant fermées ; et les braves gens se plaignaient que ces échos leur portent des bribes de chansons "obscènes, injurieuses, provocatrices et scandaleuses".
Il fallut interdire d'une façon plus absolue les rassemblements de jour et de nuit ayant pour but de donner un charivari et cela "en quelque temps et sous prétexte que ce soit".
Ces charivaris bouleversaient tellement la ville que la municipalité ne se contente pas de les interdire ; elle vise même les gens qui, par leur "attitude curieuse ou bienveillante paraîtraient les encourager". L'avis ajoute : "les personnes étrangères au rassemblement sont invitées à ne pas stationner à l'endroit où le charivari aurait lieu."
L'importance de ces mascarades et la lutte vive que soutenait contre eux la mairie m'ont paru si étranges, que j'ai cru intéressant de chercher — et heureusement de trouver — quelle en était la raison.
Tout le monde sait à quelle occasion avaient lieu les charivaris. Ils n'étaient, en temps ordinaire, qu'une plaisanterie bruyante et burlesque qui tournait en dérision les mariages mal assortis, ou plus simplement les remariages de veufs et de veuves. Beaucoup de bruit, de l'ironie, des chansons... tout cela n'était pas bien méchant, seulement très désagréable pour les intéressés.
Aussi ces derniers allaient-ils prudemment se marier en Espagne afin d'éviter la grotesque cérémonie. L'église de Valcarlos abritait le plus souvent ces couples craintifs ou de mauvaise humeur. Il fallait bien ensuite, en France, régulariser cette union. Mais ceci se passait à l'ombre et à des heures que le public ne connaissait pas. Si bien que les faiseurs de charivari en étaient souvent pour leurs frais.
Mais s'ils tenaient vraiment à se moquer des pauvres mariés, ils organisaient leur mascarade un autre jour que celui du mariage et les conjoints n'échappaient pas à leur triste sort, surtout s'ils étaient, au moins l'un d'eux "étrangers".
A cette époque, pour que ces charivaris revinssent avec une insistance telle que la municipalité dût intervenir à plusieurs reprises, il fallait que l'opinion publique crût avoir à châtier un fait grave.
CHARIVARI A UHART-CIZE PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici l'histoire que j'ai trouvée : authentique, puisqu'elle s'inscrit sur les registres de l'état-civil. Le 18 Avril 1831, un mariage avait lieu à Saint-Jean : celui d'un béarnais, Pierre Rancez, venu des environs d'Orthez. Il était cordonnier ; il faudra nous rappeler ce fait. Il avait épousé la dame Marie Martiren, journalière. Or, celle-ci était veuve. Une veuve qui se remarie, voilà déjà un prétexte à charivari, surtout si elle épouse un étranger, et un béarnais par surcroît. La haine, ou le mépris de Saint-Jean pour les Béarnais dura des siècles ; je ne suis pas très sûre qu'ils soient tout à fait éteints !
Enfin, ce jeune marié de 28 ans était cordonnier, le hasard que nous expliquerons plus loin voudra que ce fait soit grave.
Marie Martiren était veuve de François Dangosse, garçon tailleur d'habits. Celui-ci mourut le 22 Janvier 1830 dans la petite maison de Saladan, rue d'Espagne, après onze mois de mariage. Son père, artisan lui-même, lui survécut.
Mais la situation se complique. Marie Martiren, la veuve remariée, habitait avec sa mère. Or, celle-ci, Marie Goyeneche, était elle-même veuve et remariée à un certain Raymond Lahargon, mort aussi. Trois maris décédés dans cette maison, et deux veuves remariées ! Voilà, avouons-le, plus qu'il n'en faut pour un charivari !
Cependant, quelqu'étrange que soit ce concours de circonstances, s'il faisait naître l'idée de charivaris tenaces et répétés, il n'impliquait pas la rage et la haine que nous devinons à travers les lignes des vieux textes. Et c'est ici que la cordonnerie intervient.
Nous avons vu que le nouveau marié béarnais, l'arrivant dans la maison aux trois maris morts, celui qui bravait ainsi l'opinion publique, et, semble-t-il, le respect dû aux pauvres disparus, était cordonnier. Un ami de la vieille veuve Lahargon qui signe sur les actes : Pierre Harispuru, est aussi cordonnier.
Or, les cordonniers avaient mauvaise presse à Saint-Jean : pourquoi donc ? Les cordonniers avaient-ils toujours eu la tête chaude en Navarre ? On le croirait à lire les anciens papiers. Dès 1572, nous trouvons dans les arrêtés du royaume de Navarre des "ordenanzas de zapateros". Le texte en fut imprimé à Estella, par Adrian de Anvers.
Plus près de l'époque qui nous occupe, les cordonniers firent grand bruit en pays de Cize.
Lorsque le roi Louis XIV nomma le 4 Juin 1685 Pierre Charron directeur de la saline d'Aincille, il y eut une émeute à Saint-Jean-le-Vieux. Or, les deux meneurs étaient deux cordonniers, un de Lecumberry et l'autre d'Ahaxe, le plus enragé, qui se nommait Johannes de Recalde et que l'on appelait communément Simon.
C'est lui, qui, secondé par le soldat Lafleur, poursuivait partout, le poignard en mains, les employés de la gabelle royale.
La répression de cette émeute fut cruelle. Le cordonnier Simon (quelle terrible prophétie quand on songe à la future prison du Temple !) fut jugé le plus coupable, d'abord par le commissaire Bordenave, puis par l'intendant du Roi. Il fut condamné à la question ordinaire et extraordinaire, à la pénitence publique et enfin à être pendu et étranglé sur la place du village.
Je ne sais lequel de ces deux supplices précéda l'autre, mais la sentence fut appliquée immédiatement. Le pauvre cordonnier dont nous connaissions la punition, passait-il par là à cette heure, et secoua-t-il la tête à la vue de ces pieds déchaussés s'agitant au-dessus de la terre, alors que les siens ne la devaient jamais quitter que dans la vallée de Josaphat, à la fin des temps.
Quoi qu'il en soit, Simon mourut, mais quelque temps après, les salines d'Aincille revinrent à leurs vrais possesseurs, les habitants du pays de Cize. Furent-ils reconnaissants à la mémoire de Simon ? Y eut-il, au contraire, toujours lutte entre les cordonniers et le reste de la population ?
Croyons-le volontiers en écoutant cette nouvelle histoire. Les esprits, disions-nous tout à l'heure, étaient terriblement surexcités à Saint-Jean durant les années 1831 et 1832 ; nous avons entendu des cris, des disputes, rencontré des rassemblements, déploré des assassinats. 1832 n'amena aucun apaisement. Voici venir le Carnaval et sa liberté de paroles et d'actions, grâce à laquelle les actes désordonnés vont être rendus plus faciles. La Mairie ne peut pourtant pas, en temps de Carnaval, interdire tout rassemblement et fermer les cabarets. La jeunesse veut s'amuser. Les garçons décident de donner un bal dans la salle communale. Mais ils veulent en exclure les "cordonniers". Et pour plusieurs raisons. L'un d'eux, nous l'avons vu, est béarnais ; il est remarié à une veuve. La Mairie paraît l'avoir soutenu en empêchant les petits charivaris que nous avons signalés et qui amusaient jusqu'alors sans trop de méchanceté. De plus, les cordonniers ont mauvais caractère. Ils sont très orgueilleux depuis que, en 1815, deux d'entre eux ont été nommés "chefs des pompiers de la ville".
Donc, pas de cordonniers dans ce bal."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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1830 et les années qui suivirent furent pour Saint-Jean-Pied-de-Port une période assez troublée par des causes intérieures et extérieures.
Les événements qui se déroulèrent à Paris à la fin de juillet 1830, ne furent connus à Saint-Jean dans les débuts d'août que d'une façon incomplète et douteuse. Si bien que le conseil municipal réuni le 6 août vota la motion suivante :
"Vu que tout indique le changement de gouvernement, vu l'absence de toute instruction de la part d'autorités supérieures...", on décide d'arborer le drapeau tricolore et d'ouvrir un registre d'inscriptions sur lequel viendront signer tous ceux qui désirent faire partie de la garde nationale.
Cette incertitude et disons-le, cette scission dans l'opinion, énervait l'atmosphère de Saint-Jean. La guerre civile qui allait éclater en Espagne ne sera pas faite pour la calmer. L'autorité municipale aura quelque peine à obtenir que cet émoi reste en dehors de toute manifestation. Cette guerre carliste aux portes de notre ville enfiévrait les habitants de Saint-Jean. Toute occasion semblait bonne pour les dresser les uns comme les autres.
Les nombreux cabarets offraient un asile où le vin — le vin de France ou d'Espagne, la contrebande étant facile en ces temps troublés — apportait à la discussion un élément vivifiant !
Les marchés aussi, en rassemblant les gens de divers villages, permettaient des discussions qui, parfois, menaçaient de devenir sérieuses. Point n'est besoin d'ailleurs de guerre carliste. Il n'y a pas longtemps encore que les soirs de marché, des irrinzinas lancés à plein gosier annonçaient que les makilas allaient entrer en danse entre gars de différents endroits. Se battre est un plaisir pour le Basque.
Le Maire d'alors, Laurens, d'accord avec sa municipalité "refusa de donner son adhésion à l'établissement d'un marché à Baïgorry, trouvant que celui de Saint-Jean présentait bien assez d'occasions de dispute et de rixe. Dans une ville-frontière, ajoute-t-il naïvement, le marché sert surtout à la contrebande". La guerre carliste multipliera les prétextes pour y avoir recours. Les contrebandiers s'avèrent si nombreux que le Maire écrit : "La brigade de gendarmerie n'y peut rien" et il avoue : "Souvent il y aurait plus de prudence à ne pas la présenter de crainte de compromettre l'autorité". Peut-on empêcher un Basque d'être contrebandier !
Cependant la guerre débordait les cimes et les cols frontières, les chemins devenaient difficiles, la route Valcarlos — Arnéguy peu hospitalière, le col d'Ibañeta "une montagne extrêmement dangereuse". Si bien que, quelque temps plus tard, le Maire recommandera comme plus sûre la route de Roncevaux par Orisson.
On conçoit que cette atmosphère belliqueuse enfièvre Saint-Jean. L'hiver de 1830-31, celui de 1831-32 seront chargés d'émeute. Un souffle tragique traverse de temps en temps l'air de la royale cité. Maints prétextes font éclater les querelles. La question des grains par exemple. Les belligérants espagnols durent avoir besoin de ravitaillement ; il passe trop de blé et de maïs en Espagne. Des rixes, sanglantes parfois, éclatent chaque soir de marché ou de fête. La Mairie doit faire parcourir les rues par des patrouilles de cette garde nationale dont nous avons vu le registre s'ouvrir le 6 août 1830.
Mais la peur de la disette n'était pas seule à échauffer les esprits. Si les événements extérieurs excitaient les habitants de Saint-Jean, la vie civile souffrait aussi de bien des troubles, qui, pour être moins sanglants, n'en étaient pas moins irritants et qui prenaient des proportions assez déconcertantes, ainsi que nous l'allons voir, malgré les précautions de la municipalité, d'ailleurs fort excitée elle-même par les discussions qui se manifestaient de plus en plus vives entre le Maire Laurens et l'adjoint Salaberry.
CHARIVARI A UHART-CIZE PAYS BASQUE D'ANTAN
C'est autour d'un charivari que cette histoire mi-tragique, mi-comique va se dérouler.
Durant cette année 1830, les charivaris, quelque peu tombés en désuétude, reparurent à Saint-Jean avec une vigueur nouvelle ; non point qu'ils fussent tout de suite organisés avec l'importance de ceux dont le souvenir vivait dans la mémoire des Anciens, mais, embryonnaires encore, leurs effets apparaissaient çà et là, certains soirs.
Les jeunes gens se réunissaient en troupes, parcouraient les rues en chantant des couplets qu'un peu plus tard, le conseil municipal, scandalisé, au mois en apparence, qualifiera "d'injurieux et obscènes".
Mais bientôt, ces garçons exagèrent ; la nuit, ils lancent des pierres contre "certaines" portes et fenêtres. Nous verrons plus tard quelles elles sont.
S'excitant de plus en plus, dit un des rapports du registre de 1830-31, ils se livrent à "des voies de faits sur les personnes et les propriétés". Menaces, injures, bris de clôture, cris séditieux, un beau désordre !
Le Maire, alerté et inquiet, fait afficher un premier avis, qui enjoint à cette turbulente jeunesse de rester calme. Si cet avis ne suffit pas à la rendre sage, Laurens la menace des tribunaux.
Mais il apparaît que cette menace reste lettre morte. Elle n'a aucun effet, les petits charivaris continuent et le désordre augmente. Le nombre des cabarets de Saint-Jean était, nous l'avons vu, très élevé pour une petite ville. Nos malandrins trouvaient là lieu d'asile. Si on les pourchassait dans les rues, ils se réfugiaient autour des tables de bois, sur lesquelles les verres scandaient rapidement une chanson rituelle, contre laquelle l'autorité n'avait plus à sévir.
Malheureusement, ces cabarets devinrent vite des lieux de trouble. Bientôt, ce ne seront plus de simples disputes qui s'y dérouleront au milieu des cris d'une jeunesse bruyante, mais des rixes graves.
Les couteaux entrent en jeu, et l'on déplorera même des assassinats. Sans doute, les meurtriers, ni les victimes, ne feront pas partie de la population sédentaire de Saint-Jean. Les coups de navajas se donnent entre muletiers et arrieros venus d'Espagne. Mais quel exemple pour ces jeunes gens déjà excités par des discussions intestines !
Aussi l'autorité s'émeut profondément. Les arrêtés se succèdent. D'autant plus nombreux que je ne sais par quelle aberration les animaux se sont mis de la partie. Il y a des chiens enragés du côté d'Ispoure. Les porcs s'échappent de leurs porcheries, d'ailleurs trop souvent illusoires, pour porter le trouble dans les rues. Il est curieux de noter, à travers les années, le désordre que provoquèrent les porcs dans les rues de Saint-Jean.
Il est ordonné de les museler (museler un porc ! quelle plaisanterie !). On doit enfermer les chiens, conduire à la main les chevaux et les mulets, mais surtout : nécessité absolue de fermer les cabarets à 7 heures. L'arrêté est affiché aux portes des monuments publics : Mairie et Eglise, et lu à haute voix à travers toute la ville.
Afin que l'heure de fermeture ne passe pas inaperçue elle "sera sonnée par la cloche de la ville".
Ainsi l'opinion des gens sages pense que voilà évitées ces occasions de dispute "que les Basques cherchent avidement pour satisfaire leurs goûts naturels".
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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Dans l'Histoire, plusieurs traités ont été signés entre la France et l'Espagne, au sujet de la frontière entre les deux parties du Pays Basque, Nord et Sud.
CARTE DU PAYS BASQUE ET DE LA NAVARRE 1742 PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Temps, le 26 juillet 1832 :
"Délimitation du territoire Français sur la ligne des Pyrénées.
Les Pyrénées élèvent des frontières naturelles entre la France et l’Espagne. Sur ces montagnes la ligne de séparation des deux pays paraît facile à tracer ; elle est déterminée par le versant des eaux ; à la seule inspection de la carte chacun pourrait la reconnaître.
Mais des intérêts particuliers qui s’enchaînent et se compliquent depuis l'an 1035 ont rendu la détermination des frontières assez difficile en droit, particulièrement sur la ligne qui sépare la basse Navarre, devenue française en 1512, et la haute Navarre, qui resta à cette époque soumise au sceptre de Jean d’Albret.
Le chapitre de Roncevaux, dont les propriétés s’étendent depuis Madrid jusqu’aux Aldudes, à une lieue de Saint-Jean-Pied-de-Port, devint en 1553 partie intéressée dans les querelles qui s’élevèrent dès lors entre les pasteurs des deux versants.
L’espèce de guerre qui commença entre les habitants de la vallée de Baigorry et ceux du Val-Carlos et du Val-d'Erro avait pour motif le droit de compascuité qui avait été établi par des contrats volontaires entre les communes, appelés faceries, dès l’année 1443, en même temps que l'impôt sur les porcs errants, appelé le quint royal, était devenu dans toute l’étendue des Aldudes la propriété de la vallée de Baigorry. Le titre XIX du for de la haute Navarre, considéré comme loi fondamentale dans le pays, ne compte pas les bois et les montagnes des Aldudes au nombre des possessions de l’Espagne, et jamais, jusqu’à ce jour, les gouvernements n'ont pu établir une délimitation contraire à l’intérêt des populations sans exciter chaque année une protestation armée de la part des habitants dépouillés par les traités du droit de pâture et de charbonnage.
BLASON DES ALDUDES BASSE-NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN
Un fait remarquable, c’est qu’après avoir fait de vaines tentatives, renouvelées pendant trois cents ans, pour tracer une limite favorable à l’Espagne, le pays est encore réellement possédé par la France.
C’est que les traités ont toujours été discutés par l'autorité locale en Espagne, et par des délégués de la cour en France : et ces traités ainsi conclus n’étaient pas reconnus par des pasteurs pour qui le droit c’est le besoin, et qui n’entendent pas grossir l’épargne des monastères aux dépens de leur existence. Si le chapitre de Roncevaux et le vice-roi de Navarre avaient traité avec la commune de Baigorry et le gouvernement de la province, des concessions mutuelles eussent été faites, et les contrats eussent été solides. Les capitulations royales de San-Lorenzo, signées le 25 septembre 1614, à la suite de conférences où chaque partie avait le vif désir de resserrer l’alliance des deux pays, sont le seul traité qui ait été respecté. Et en effet, c’était le seul qui reconnût à nos pasteurs le droit de pâture sur le territoire contesté. Il conservait même leurs habitations construites dans les vallées de Roncevaux et d’Erro.
CARTE FRONTIERE FRANCE ESPAGNE 1642
En 1658, néanmoins, le maréchal de Grammont, gouverneur de la basse Navarre, donna l’ordre d’informer sur les infractions que les Français reprochaient aux Espagnols. Le magistrat charge de cette information fit un appel à la bonne foi pastorale : il la retrouva chez les anciens de ces vallées ; un vieux pasteur de 81 ans, bien qu'attaché au service du chapitre de Roncevaux, vint avec plusieurs compatriotes déposer que les Espagnols avaient les premiers violé les capitulations, toutes favorables qu’elles étaient à leurs intérêts. Dans la suite, les vassaux du chapitre se sont toujours montrés plus disposés à enfreindre les traités qu’à convenir ainsi de leurs torts ; il est même remarquable que dans tous les temps l’agression armée a commencé du côté des Espagnols.
De 1614 à 1717, c'est-à-dire pendant plus d’un siècle la paix régla entre les frontaliers, et surtout après l'information dont nous venons de parler. A cette dernière époque en 1717, une convention nouvelle fut conclue. La cour d'Espagne ne l'a pas, dit-on, ratifiée ; elle rendait à perpétuité l'usage des Aldudes commun aux deux nations, et reconnaissait aux habitants le droit commun de couper du bois pour leurs besoins, ainsi que cela s'était toujours pratiquée, en ajoutant quelques dispositions dans l’intérêt de la conservation des forêts.
En 1769 et 1770, après 62 ans de paix et de reconnaissance tacite des droits mutuels des deux nations, comme l’exploitation des mines de cuivre de Baigorry avait donné une véritable valeur aux forêts jusque là sans utilité, si ce n'est pour le chauffage des habitants et pour la construction de leurs cabanes, comme en même temps les Espagnols avaient établi des forges royales sur le versant méridional et avaient expulsé à main armée les pasteurs français des forêts et des pâturages voisins, le ministère français provoqua un nouveau traité de délimitation : M. de Grandpré et M. de la Torre furent nommés commissaires et chargés de régler les intérêts français et les intérêts espagnols de la vallée.
CARTE DES ALDUDES 1769 SOURCE BNF
Après douze ans de délibérations, ou plutôt de temporisations de la part de l’Espagne, ces commissaires furent remplacés par M. le comte d’Ornano pour la France, et par don Ventura-Caro pour l’Espagne.
Le 27 août 1786, ces deux négociateurs signèrent un traité connu depuis sous le nom de traité d'Ornano.
M. le comte d'Ornano a laissé dans le pays basque français des souvenirs peu favorables à sa mémoire. On montre encore à Saint-Jean-Pied-de-Port la maison où se tinrent les conférences, comme on pourrait montrer celle d'un homme célèbre par un crime.
La ligne de délimitation que traça le traité de 1786 dépose en effet de la partialité des négociateurs, et trois ans après, le comte d’Ornano, sollicitant pour sa belle-sœur et ses nièces un supplément à l’indemnité de 21 000 fr. déjà accordée par l’Espagne à cette famille qui avait été dépossédée des forges d'Orbaicetta, rappelait au ministre espagnol que sa commission pour la démarcation des limites n’avait pas souffert de son alliance avec la maison dépouillée par l’Espagne.
Il obtint une nouvelle indemnité de 43 000 fr. C’était au moment où il venait d’être de nouveau nommé commissaire pour la délimitation, contre laquelle les communes n’avaient cessé de réclamer. Les réclamations lui avaient d’abord été présentées avant même la signature du traité. Mais pour toute réponse le comte d’Ornano avait fait arrêter quatre habitants de la vallée de Baigorry, juras ou indics des communautés, les avait fait conduire et retenir prisonniers à la citadelle de Saint-Jean-Pied-de-Port, et ne les avait rendus à la liberté qu’après le 27 août 1786, pour les obliger à assister à la pose des bornes sur la frontière.
Après cette exécution tercée du traité, les communes, appuyées par le gouvernement de la province, portèrent leurs réclamations au ministère. M. de Vergennes lit surseoir à son exécution réelle, mais ce ne fut que sous le ministère de M. de Montmorin que les réclamations furent ouvertement accueillies ; on chargea M. de Brienne de négocier avec la cour de Madrid ; celui-ci devint ministre, et c'est alors que, pour la seconde fois, le comte d’Ornano fut chargé de cette négociation. Quelques mois après il se trouva forcé de donner sa démission. Le pays avait réclamé contre sa nomination, et le ministère avait eu connaissance de la lettre que nous avons citée.
Le traité d'Ornano ne fut donc pas exécuté, il ne fut même pas enregistré au parlement ni reconnu par la France. Mais la guerre ayant détruit les usines de Baigorry, et pendant sept ans le pays ayant sans cesse été livré aux invasions de l’ennemi, on ne pensa plus à la délimitation du territoire.
CARTE DES FORTS A FRONTIERE FRANCE ESPAGNE 1793 ENTRE FONTARRABIE ET SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT
Le traité de Bâle (juillet 1796) a réglé par son article 7 que des commissaires seraient nommés pour établir les frontières d’après le versant des eaux.
Le traité de Paris 1814, § 7, art. 3, a dit : "Du côté des Pyrénées les frontières restent telles qu’elles étaient avant le 1er janvier 1792, et il sera de suite nommé une commission mixte de la part des deux puissances pour en fixer la démarcation finale."
Les commissaires français seuls ont été nommés. Pendant toute la restauration, l'autorité départementale parait avoir eu pour la cour de Madrid et pour le chapitre de Roncevaux la même partialité que le comte d’Ornano. De nombreuses rixes eurent lieu, l’anarchie la plus complète régna dans le territoire contesté. Les Baïgorriens ont continué à jouir du droit de compascuité dans toutes les Aldudes. Chaque année l'assassinat de quelques gardiens, le vol de quelques troupeaux, l’incendie de quelques bordes ou métairies, ont suffisamment établi que les populations des deux versants ne reconnaissaient aucun traité de paix.
En 1830, une dernière note diplomatique a dû être remise au cabinet de Madrid, tendant à faire établir définitivement la ligne frontière, sans égard au traité d’Ornano.
Il y a donc là une question d’humanité : douze mille Français n'ont d’autres subsistances que celles qu’ils se procurent par la jouissance du droit de pâture.
Il y a une question de droit naturel ; chaque vallée semble devoir jouir en entier du versant qu’elle occupe.
Il y a une question de droit acquis, c’est celle que nous avons surtout éclaircie en rapportant l’histoire des traités, et nous avons, ce nous semble, constaté qu’il n'en existe réellement aucun qui mérite d’être respecté.
Il y a enfin pour la France une grave question de défense militaire, car il n’est pas indifférent de laisser à l’ennemi l’entrée étroite d’un col de montagne pour arriver en France, ou la vaste étendue de frontières que le comte d'Ornano a livrée dans l’intérieur de la vallée française.
Le ministère sera-t-il moins habile et moins ardent que celui de M. de Polignac, qui réclamait la solution de toutes ces questions de la cour de Madrid, et qui semblait croire son honneur engagé à conquérir sur le chapitre de Roncevaux un territoire usurpé ?"
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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"Des troubles d’une nature grave eurent lieu le 7 du mois dernier dans la commune des Aldudes.
Voici quel en fut le sujet :
"Les habitants des Aldudes sont co-propriétaires avec plusieurs autres communes d’une vaste forêt appelée de Haïra, dont l’exploitation a été concédée, sous de certaines conditions, à l'entrepreneur de la forge établie à la fonderie. Il parait que plusieurs intérêts avaient été froissés par suite de la concession de la forêt de Haïra. De là une irritation profonde dans certains esprits, irritation que l’annonce des mesures que l'administration venait de prendre contre les planteurs de tabacs, contribua à rendre générale dans la commune des Aldudes, dont presque tous les habitants possédaient des plantations illicites plus ou moins considérables. Les mécontents, qui s’étaient d’abord bornés à exhaler leurs ressentiments par de violents propos, ne tardèrent pas à se porter à des actes repréhensibles. Dans la matinée du 7 août dernier, le rappel battit dans tous les quartiers de la commune des Aldudes. Cinq capitaines de la garde nationale réunirent leurs compagnies, et après leur avoir représenté tout l’odieux du monopole du tabac et le tort que leur faisait la concession de la forêt de Haïra, les engagèrent à s’emparer de vive force d’un dépôt de cinq mille cartouches qui se trouvaient dans une maison voisine de celle du maire, et dont la garde était confiée à une seule compagnie de voltigeurs. Il ne leur manquait que de la poudre, ajoutaient-ils, afin de se défendre et se faire rendre justice ; dès qu’ils en auraient, il leur serait facile de s’en servir, soit afin de chasser les charbonniers qui travaillaient pour le compte de la forge dans la forêt de Haïra, soit afin de faire une rude guerre aux employés des contributions indirectes s’ils osaient se présenter aux Aldudes afin d’arracher les plantations de tabac.
LES ALDUDES BASSE-NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN
La proposition de s’emparer des cartouches est d’abord accueillie par des acclamations et l’on se porte en tumulte devant la maison dans laquelle elles avaient été déposées. La compagnie des voltigeurs était rangée en bataille devant cette maison ; on s'adressa au capitaine, dont nous regrettons de ne pouvoir donner le nom, et on le somme de livrer le dépôt confié à sa garde. "Livrer les cartouches, s’écrie le capitaine ! Qui lorsque vous aurez tué tous mes braves soldats qui sont gens à se défendre, et encore alors s’il me reste un souffle de vie, à défaut de feu il me suffira d’un briquet afin de faire jaillir une étincelle sur les cartouches que vous prétendez m’enlever et avoir le plaisir de me faire sauter avec vous ! Voyez si cela vous convient."
—Tant de fermeté en imposa aux mécontents. Les remontrances du maire et de plusieurs bons citoyens ne tardèrent pas à ramener à plus de calme une foule de gardes nationaux que des insinuations perfides avaient pu seules égarer.
Les rangs des compagnies vinrent insensiblement à se dissoudre et les chefs de l’émeute qui avaient poussé l’audace jusqu’au point de rassembler le conseil municipal afin de le contraindre à rendre compte de sa gestion, restés presque seuls, durent renoncer à leurs projets insensés.
Les faits que nous venons de rapporter ont donné lieu à une information judiciaire. Cinq capitaines de la garde nationale des Aldudes, contre lesquels des mandats d’amener avaient été décernés, viennent d’être arrêtés sans opposition et doivent être transférés dans la prison de Saint-Palais.
LES ALDUDES BASSE-NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN
— D’après une autre lettre du pays Basque tout est maintenant tranquille ; cet acte de fermeté a produit dans ces contrées une grande sensation. Des communes, possédant aussi des plantations de tabac, où l’on avait remarqué quelque ferment d’agitation, n’ont pas bougé ; l’on a lieu d’espérer que l’ordre public ne sera plus troublé et que partout force restera à la loi.
(Mémorial des Pyrénées.)"
(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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