— M. Garat, maire, a donné lecture au Conseil Municipal du rapport suivant :
"J'ai l'honneur de soumettre à votre approbation les comptes de l'usine à gaz depuis le 18 septembre 1916 jusqu'au 31 mars 1919.
Ils ont été présentés à l'examen des commissions du Conseil Municipal qui ont entendu M. Faure, directeur, et l'ont félicité de son heureuse gestion.
Je me bornerai à quelques brèves observations désireux de laisser parler les chiffres de cette comptabilité, suffisamment éloquents et probants par eux-mêmes.
Pendant la régie municipale, les recettes ont été de deux millions 647 193, 93 cent ; les dépenses se sont élevées à deux millions 296 087, 09 cent. Il en résulte un excèdent de recettes de 378 106,84 qui représente le boni de la gestion.
JETON COMPAGNIE DU GAZ BAYONNE 1849
Une démonstration ressort très claire de l'examen du compte de gestion. En comparant les résultats acquis je puis affirmer que, si la Compagnie avait continué l'exploitation de l'usine à gaz sans apporter la moindre augmentation dans les prix de vente du mètre cube de gaz, elle n'aurait pas subi de perte.
Dans l'hypothèse où la Compagnie aurait respecté ses engagements, elle eut traversé la période de guerre sans pertes, avec un léger bénéfice de 20 946,85, assurant ainsi la continuité d'un important service public indispensable à une nombreuse population urbaine. Mais nous savons que les satisfactions morales ne lui suffisent pas.
Quel aurait été le résultat obtenu si le prix de vente avait été appliqué à 0,26 cent, le mètre cube ; l'Administration municipale l'avait proposé à la Compagnie à un moment donné, comme transaction à l'origine du conflit ? La comparaison des chiffres permet de dire que la Compagnie à ce prix, aurait réalisé un bénéfice de 330 818,66 ; elle céda cependant à la fâcheuse inspiration de repousser notre offre si avantageuse.
Quel aurait été le bénéfice réalisé par la compagnie, si la Ville avait accepté le relèvement du prix à 0 fr. 35 le mètre cube qui fut exigé d'elle à un moment donné ? Par comparaison, nous trouvons que, dans cette éventualité, la Compagnie aurait amassé l'énorme profit de 729 227,87 cent, qui serait venu s'ajouter aux millions qu'elle est habituée à récolter depuis l'année 1884, début de son exploitation.
Après avoir constaté les résultats d'une expérience de deux années et six mois, reportons-nous aux exigences de la Compagnie quand elle interrompit brusquement et indûment le service public dont elle s'était engagé à assurer le fonctionnement et qui avait déjà fait sa fortune.
JETON COMPAGNIE DU GAZ BAYONNE 1849
En nous assignant devant le Conseil de Préfecture, elle nous demandait, pour continuer son exploitation le paiement immédiat d'une somme de 279 823 fr. 70 au 31 mai 1916 et, en outre, pour l'avenir, une majoration par mètre cube de gaz de 0,004 par franc d'augmentation du charbon au-dessus de 30 francs.
Etant donné que, d'une part, la consommation du gaz a été de 4 712 400 m3, que, d'autre part, le charbon employé s'élève à 18 575 tonnes 500 kilos dont le prix moyen a été de 93,58 la tonne, c'est, au 31 mars 1919, une somme de 1 497 720 francs que la Ville et les particuliers eussent dû verser dans les caisses de la Compagnie, déjà multi-millionnaire, si nous étions passés sous "ses fourches caudines".
Heureusement pour la Ville et nos administrés, nous ne nous sommes pas laissés intimider par des menaces de mauvais aloi. Nous n'avons pas hésité à continuer l'exploitation, malgré les difficultés d'une tâche à laquelle nous n'étions point préparés et les obstacles nombreux que la Compagnie n'hésita pas à nous susciter.
Pour l'établissement des comptes et pour les diverses comparaisons qui précèdent il a été toujours admis comme base d'appréciation le cas le plus défavorable à l'exploitation de l'usine. Les résultats qui vous sont donnés reposent sur des chiffres précis et consciencieusement contrôlés ; la situation financière qui en résulte répond donc à une rigoureuse exactitude.
Nous demandons au Conseil de l'Etat de la soumettre à une expertise et nous sommes persuadés que la haute juridiction saisie du litige aura recours à ce mode d'instruction de l'affaire. Elle y trouvera des éléments de juger que la Ville a défendu son bon droit en résistant aux prétentions de la Compagnie.
La juridiction du 1er degré a répondu à ses exigences démesurées et à la rupture de ses engagements par le prononcé de la déchéance. Actuellement notre adversaire semble très pressé de hâter le procès en Conseil d'Etat, car le rétablissement de la paix lui fait entrevoir les vastes bénéfices d'avant-guerre. Maintenant que les difficultés sont passées, la Compagnie est prête à reprendre le cours de ses profits jusqu'à la fin de sa concession, au 31 décembre 1914, après s'être dérobée à ses obligations aux heures difficiles.
COMPAGNIE LACHOMETTE GAZ LYON
Le Conseil d'Etat saisi du litige, dira, si c'est impunément qu'elle a pu manquer à ses engagements, interrompre au début de l'hiver 1916 le service public d'éclairage et de chauffage d'une Ville qui avait fait sa fortune, en alléguant faussement la pénurie d'argent et de combustible dont elle pouvait disposer en abondance, il dira si la concession d'un service public consiste à assurer uniquement des avantages à celui qui en est titulaire sans lui imposer des charges, des obligations et des devoirs ; il dira enfin si une association financière peut se permettre toutes les licences sans encourir la sanction de la déchéance."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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Dans un de vos récents numéros, vous avez publié une communication de la Compagnie du gaz, habile plaidoyer pro domo, qui me met en cause et auquel je désire faire la réponse que je vous prie de bien vouloir insérer :
La Compagnie se pose en victime de la Ville. C'est un singulier renversement des rôles.
Elle a donc oublié que s'étant adressée à la justice, avant que le jugement fut rendu, elle cessa brusquement l'exploitation d'un service public important comme celui de l'éclairage d'une ville populeuse qui vaut fait sa fortune. Ceci se passait au seuil de l'hiver 1916 particulièrement dur. Elle accompagna cette faute grave de manoeuvres de presse que le Conseil de Préfecture dans son arrêté la frappant de déchéance a stigmatisé en termes sévères :
"Il est à considérer qu'aux moyens de droit et d'équité qu'elle a inscrits dans son mémoire et fait soutenir à l'audience, la Compagnie a joint la menace par voie de la presse et par des écrits distribués à profusion faisant savoir que si la ville ne lui donnait pas satisfaction, elle fermerait son usine ; qu'en agissant ainsi, elle essayait de peser sur l'esprit des personnes chargées de la sauvegarde des intérêts publics et tendait à créer un état de trouble dans la population ; que de pareils actes d'intimidation, qui eussent étonné en temps normal prennent un caractère plus sérieux étant donné la gravité de l'heure ; qu'ils démontrent que la Compagnie voulait arriver à ses fins par tous les moyens, au lieu d'attendre la décision de justice".
JETON COMPAGNIE DU GAZ BAYONNE 1849
Condamnée à livrer son exploitation à la Ville, elle tenta vainement de soustraire à l'attention de la Municipalité ses comptes et m'attaqua personnellement pour en avoir pris possession, mais elle en fut pour ses frais et la deuxième fois la justice lui donna tort.
Les comptes de la compagnie ont démontré que ses moyens de trésorerie étaient abondants et ses contrats de charbon suffisants pour lui procurer du combustible pendant de long mois. Elle invoquait donc des raisons de pure invention, ayant pris la précaution de détourner sur sa succursale voisine de grosses quantités commandées pour les usines de Bayonne.
Nous avons pu aussi nous rendre compte que débutant en 1844 avec un capital initial de 300 000 francs, elle avait depuis lors réalisé un bénéfice de plus de 9 millions !
En deux ans, l'exploitation en régie nous a démontré que la Compagnie pendant la guerre aurait pu sans perte maintenir le prix primitif du gaz si elle n'avait obéi à un fâcheux esprit de lucre ; qu'avant la guerre elle a accumulé des bénéfices énormes, payant entièrement les frais de fabrication avec la vente des sous-produits, encaissant les profits exagérés sans jamais consentir une diminution du prix réclamée par les anciennes municipalités.
Cependant la Compagnie imprime dans sa note au public : qu'elle avait toujours envisagé que le prix du gaz devait être basé sur le prix du charbon... qu'elle aurait fait ce qu'a fait la ville, c'est-à-dire baisser le prix du gaz en proportion du prix du charbon. Voilà un langage nouveau, plaisant de la part d'un ancien concessionnaire qui pendant 40 ans sans accepter une réduction exigeait 0,40 centimes, du mètre cube de gaz extrait du charbon payé 20 francs la tonne, rendu aux Allées Marines, à pied d'oeuvre de ses fours. Si elle a des scrupules tardifs, elle est encore à temps de restituer le trop perçu à ses abonnés ; ce geste inattendu serait beaucoup plus apprécié que de vains regret de générosité rétrospective.
JETON COMPAGNIE DU GAZ BAYONNE 1849
Voilà les vérités gênantes pour la compagnie que contiennent mes rapports administratifs et que dans une note anonyme à la presse, le groupe de Lachomette de Lyon traite "d'allégations calomnieuses". L'assemblée communale les a adoptés et continue de les défendre ; elle se fait justement honneur d'avoir réalisé une sensible amélioration du prix du gaz grâce à la fermeté de son attitude qui n'a cédé ni devant les campagnes de presse, ni devant les menaces d'intimidation, d'un concessionnaire aujourd'hui déclaré déchu de ses droits par une décision de la justice.
COMPAGNIE LACHOMETTE GAZ LYON
Veuillez croire à l'assurance de mes meilleurs sentiments.
J. Garat."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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C'est à partir de 1844 que la société du gaz, avec des actionnaires lyonnais, fournit l'éclairage public de la ville de Bayonne.
ATTENTION AU BEC DE GAZ BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici ce que rapporta à ce sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 1er août
1918 :
"Bayonne.
Une note de la Compagnie du Gaz de Bayonne sur le prix du gaz.
La Compagnie du gaz de Bayonne nous communique le mémoire suivant que notre impartialité nous fait un devoir de mettre sous les yeux de nos lecteurs. Nous y répondrons en temps utile :
"Les rapports présentés au Conseil Municipal par M. Garat, maire, sur l'exploitation de l'usine à gaz et sur le prix de vente du gaz sont rédigés pour les besoins de la cause.
La Compagnie du Gaz a estimé d'abord qu'elle n'avait qu'à entendre la décision du Conseil d'Etat et les rapports d'expertise à venir, dans lesquels elle a toute confiance.
Mais si la campagne de presse unilatérale continue, son silence pouvant être mal interprété par l'opinion publique, la Compagnie croit devoir placer les observations suivantes dans un but de mise au point seulement.
Peu de temps après sa prise de possession de l'usine à gaz, la ville, reconnaissant qu'il était impossible d'exploiter aux tarifs anciens de vente du gaz, même avec une usine, des canalisations et des installations chez les abonnés prises gratuitement, décide d'augmenter le prix du gaz à 0 fr. 35.
JETON COMPAGNIE DU GAZ BAYONNE 1849
C'était exactement ce qu'avait demandé la compagnie du gaz elle-même, afin de pouvoir se procurer les ressources indispensables pour continuer son exploitation, en attendant une déciion amiable ou par justice.
A ce moment là, le prix du charbon était de 107 francs la tonne ; il avait atteint et dépassé même quelque peu, pour les mois précédents (depuis mai 1916), le prix de 120 francs.
Depuis cette époque, des faits se sont produits, d'une importance considérable, en particulier pour les usines du sud-ouest, toujours tributaires jusqu'alors des charbons anglais.
1. — Le gouvernement a établi une compensation de prix entre les charbons français et anglais, afin d'arriver à l'unification approximative des prix du charbon en France.
Le charbon français s'obtenait à frs. 70,00 environ, tandis que le charbon anglais revenait à environ 155 fr. La compensation a ramené le prix des charbons anglais à 94 fr. environ, prix dont la ville de Bayonne a ainsi été appelée à bénéficier tout d'abord.
2. Puis, à la suite des dispositions prises par le gouvernement dans la répartition des charbons, des charbons français ont pu être attribués à l'usine à gaz de Bayonne, à l'exclusion des charbons anglais naturellement plus onéreux.
Pour ces deux raisons, les charges de l'exploitation de l'usine à gaz de Bayonne ont pu être ainsi considérablement réduites et le prix du gaz a pu être abaissé.
La compagnie du gaz avait toujours envisagé que le prix du gaz devait être basé sur le prix du charbons. Ce qu'elle n'a pu accepter c'est le prix forfaitaire et définitif quelle que soit la hausse du prix du charbon, que la Ville voulait lui imposer. Par conséquent, si elle avait pu continuer son exploitation avec la faculté que la ville lui refusait, d'une augmentation rationnelle du prix du gaz, celui-ci aurait été nécessairement abaissé avec la diminution du prix des charbons. Elle aurait fait ce qu'a fait la ville.
JETON COMPAGNIE DU GAZ BAYONNE 1849
Les rapports du Maire ont négligé d'expliquer les causes réelles de l'abaissement possible du prix du gaz, parce que c'était là, justifier la conduite de la compagnie.
Le Maire publie ensuite des résultats d'exploitation qui montrent que le prix du gaz pourra être ramené aux tarifs d'avant-guerre.
Il y aurait lieu d'expliquer comment les prétendus bénéfices de la Ville sont établis :
A-t-on pris les recettes brutes diminuées seulement des frais d'exploitation considérablement réduits avec une usine obtenue gratuitement ?
A-t-on fait figurer dans les recettes le produit des locations d'appareils qui représente la rémunération d'un capital que la ville n'a pas à dépenser et dont elle profite ?
Si on néglige ces charges subies par la Compagnie pour faire un prix de revient du gaz, ce prix de revient est faux ; il ne peut être que provisoire et dangereux pour les finances municipales, puisque notamment, les indemnités dues à la Compagnie en raison des charges extra-contractuelles n'ont pas encore été fixées par le Conseil d'Etat.
L'exploitation actuelle est-elle faite aux risques et périls de la ville ou aux risques et périls de la Compagnie ? Il est prématuré de le dire avant la décision du Conseil d'Etat.
La présente note a simplement pour but de mettre le public en garde contre les déclarations imprudentes comme produites avant décision définitive de justice, contre des allégations calomnieuses comme le prétendu détournement de charbon, ou des calculs imagés comme l'addition des bénéfices bruts de la Compagnie pendant près d'un siècle.
La Compagnie du Gaz."
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A la dernière séance du Conseil municipal de Bayonne, M. Garat, maire de Bayonne a lu le rapport suivant sur l'exploitation du gaz en régie :
"Quand la ville a pris l'exploitation du gaz en régie, elle y fut contrainte par la défection de la Compagnie qui, le 18 septembre 1916, abandonna la fabrication.
Interprétant mal l'arrêt du Conseil d'Etat du 30 mars 1916, dans le procès concernant la ville de Bordeaux, elle crut pouvoir nous imposer ses exigences sans discussion et n'attendant pas l'arrêté du Conseil de préfecture de Pau devant lequel elle nous avait assigné, elle cessa arbitrairement de remplir ses engagements en arrêtant brusquement son exploitation.
Les décisions de justice et l'opinion impartiale ont depuis longtemps apprécié la conduite de cette Société financière qui après avoir pendant presque un siècle amassé une grosse fortune avec les deniers des petits abonnés, n'hésitait pas à laisser 5 000 foyers modestes sans gaz, c'est-à-dire sans éclairage et sans combustible, au seuil du cruel hiver de 1916-1917. Nous n'insisterons pas sur le côté moral du conflit survenue entre la Ville et la Compagnie, par la faute de cette dernière. L'objet de ce rapport est l'exposé des comptes de l'exploitation en régie. Je me hâte de dire que le rendement contredit, non pas nos espérances, mais les alarmes des économistes qui, par principe, contestent à une municipalité toute faculté de direction d'un établissement industriel avec ordre et profit.
La Compagnie par l'intransigeance de son attitude, nous mettait dans l'obligation ou d'accepter ses exigences excessives formulées sur le ton comminatoire d'un ultimatum ou de laisser la ville sans lumière et sans combustible ou de prendre en mains une gestion que les professionnels du gaz déclaraient impossible !
Nous nous sommes arrêtés à ce dernier parti. Et ainsi nous avons pu établir la dose d'exagération que la Compagnie apportait dans ses calculs, tout au moins dans ceux qu'elle nous présentait et qui ne cadraient pas avec l'exactitude des comptes et la réalité de la situation relativement aux disponibilités de fonds et de combustible.
Le but poursuivi par la Compagnie n'était autre que de se prémunir par une élévation de prix du gaz contre le manque à gagner que la hausse des charbons lui permettait d'entrevoir. Et c'est ainsi qu'elle nous sommait de lui consentir une majoration excessive considérant le contrat passé avec la ville comme ne devant comporter que des profits pour elle et des obligations pour nous.
JETON COMPAGNIE DU GAZ BAYONNE 1849
Après une période d'essai de plusieurs mois, l'excédent des recettes sur les dépenses d'exploitation nous a permis une première fois de réduire le tarif du gaz et de le porter :
1. Pour l'ensemble des consommateurs de 0.35 à 0.26 le mètre cube ;
2. Pour les familles nombreuses, de 0.35 à 0.20 le mètre cube.
Cette tarification a été appliquée du 1er au 31 mai. J'ai soumis les comptes à votre commission plénière, il en ressort clairement que pendant un mois d'application du tarif réduit, l'exploitation du gaz en régie laisse encore un excédent de 15 865 fr. 89. Si nous multiplions ce chiffre par 12 mois, nous pouvons escompter un boni de 190 390 fr. 68 par an.
La ville n'a pas de motif de poursuivre l'accumulation de bénéfices au détriment des consommateurs. C'est le principal avantage de la régie que de se mieux prêter aux intérêts du public et de gérer sans la préoccupation exclusive de gros profits dont les Compagnies concessionnaires nous donnent trop souvent le spectacle. Nous avons donc pensé que nous devions réduire à nouveau le prix du gaz.
Je propose au Conseil Municipal de fixer le tarif applicable à partir du 1er août uniformément pour tous les consommateurs : au prix de 0 fr. 19 le mètre cube. C'était le chiffre d'avant la guerre ; c'est le chiffre qui aurait dû être maintenu si la Compagnie avait été aussi soucieuse de ses devoirs que de ses intérêts.
Nous vous proposons une diminution de prix qui sera appréciée dans les circonstances actuelles de cherté croissante de la vie et nous croyons la justifier par les considérations suivantes.
Si nous appliquons à la période écoulée du mois de mai le tarif réduit à 0.19, je trouve que le bénéfice de la gestion serait encore de 5 526 fr. 84 pour un mois, celui que nous réaliserons pour un an serait assez élevé pour nous donner tous apaisements et nous permettait de parer à toute dépense imprévue d'accident ou de sinistre. Ce raisonnement n'a que la valeur d'un calcul de probabilités, mais il suffit à nous tranquilliser pour la gestion future.
Nous ne devons pas oublier d'ailleurs que nous gardons sur notre gestion écoulée une réserve de plusieurs centaines de mille francs qui le moment voulu, et en s'augmentant du boni annuel même avec le tarif réduit pourra être employé à la réfection et à l'amélioration du matériel, des machines et des canalisations.
JETON COMPAGNIE DU GAZ BAYONNE 1849
Il importe aussi de considérer que les conditions de distribution du charbon et de la péréquation des prix sont fort heureusement stabilisées et qu'il nous est possible désormais de compter sur la régularité des prix et des arrivages.
Avant de clore cet exposé, je voudrais vous présenter quelques remarques.
Le personnel de l'usine, sous la direction de la municipalité, s'efforce de donner du bon gaz aux abonnés. Nous ne négligeons rien dans ce but, mais encore la qualité du gaz varie-t-elle avec la qualité du charbon ; et suivant la catégorie du combustible reçu, la production laisse ou non à désirer.
Si ces temps-ci, la pression a été moins forte dans certains quartiers, cela tient aux difficultés éprouvées à se procurer les matières qui ont la faculté de décrasser les tuyaux. Nous cherchons à améliorer l'état de choses actuel. Nous y arriverons.
La pression n'est arrêtée à aucun moment. Nous ne pourrions le faire sans inconvénient grave puisque l'usine alimente des usines de guerre soumises à un travail continu de nuit comme de jour.
Tous les sous-produits sont utilisés et vendus. C'est grâce à beaucoup d'ordre, à une direction éclairée et ferme en la personne de M. Faure, que nous avons pu obtenir ces excellents résultats.
Le coke est destiné aux usines de guerre. J'ai cependant obtenu l'autorisation d'en attribuer une portion aux petites industries sans lesquelles la vie économique ne pourrait suivre son cours normal. Cette attribution de coke a encore comme résultat de diminuer et de faciliter la répartition du charbon qui, à aucun moment n'a été un sujet de plainte de la part de la population bayonnaise.
En terminant, je voudrais répondre à certaines objections qui ont été formulées sur la gestion de la ville.
On a dit : "dans vos comptes, vous ne faites pas figurer l'amortissement des immobilisations (usine, immeuble, matériel, machines, canalisation) utilisées dans l'entreprise ; c'est cette suppression qui explique que vous puissiez accuser de pareils résultats".
Je réponds : la ville s'est vue forcée de se substituer à la Compagnie défaillante pour assurer l'éclairage et le chauffage des habitants. Cette substitution n'est que la simple mise en application des articles 15 et 16 du cahier des charges sanctionnée par un arrêté du Conseil de préfecture. Donc la comptabilité de la ville ne saurait dépasser les bornes d'un simple compte de fabrication se traduisant pat recettes et dépenses. Dans ces dernières figurent bien tous les frais de réparation et d'entretien de tout le matériel mis en oeuvre pour la fabrication du gaz. Quant à l'amortissement proprement dit il n'intervient que pour déterminer la somme nette de bénéfices à distribuer au actionnaires. La ville n'a pas à s'en préoccuper.
Elle le doit d'autant moins que la Compagnie du gaz a débuté en 1844 au capital de 300 000 francs. Cette mise de fonds initiale a fructifié ; en 1915 les bénéfices atteignaient 9 millions 69 558 francs, par conséquent, le capital de début a été amorti 30 fois et une fraction : 0.23.
Que veut-on amortir encore ? Pouvons-nous faire entrer en ligne de compte les intérêts et des bénéfices composés et accumulés ?
Notre comptabilité est simple et exacte ; elle répond à la réalité. Elle suffit à démontrer l'imprudence de la Compagnie qui nous a permis, en nous laissant entrer dans la place, de prouver qu'elle exploitait le public. Elle a le mérite d'être sincère ; elle ne peut subir aucun truquage, car elle se poursuit dans la réglementation rigoureuse imposée à toute comptabilité publique sous le contrôle de l'administration supérieure et de la Cour des Comptes.
Toutes précautions sont prises pour l'entretien du matériel. Un ingénieur anglais, spécialiste distingué, a inspecté notre installation et nous a indiqué des améliorations que nous nous efforçons de réaliser. C'est ainsi qu'une dépense de 20 000 francs environ a été affectée à la reconstruction de fours. Nous persisterons dans cette voie essentiellement profitable aux consommateurs.
Je vous propose :
A. D'approuver les comptes d'exploitation présentés par le directeur, M. Faure, à la date du 1er juillet 1918 ;
B. De fixer le tarif du gaz à 0.19 à partir du 1er août 1918.
Le maire : J. Garat."
A suivre...
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Nous avons sous les yeux un arrêt du Conseil de préfecture des Bouches-du-Rhône sur la question du gaz fourni par la Compagnie d'Eclairage de Marseille.
CHAUDIERES SOCIETE GAZ ET ELECTRICITE MARSEILLE D'ANTAN
Le Conseil de préfecture a admis en principe le relèvement du prix du gaz, mais il a nommé des experts chargés de fixer le taux de relèvement de ce prix.
Il a spécifié que les experts, pour cette évaluation, tiendront compte de tous les faits de la cause notamment de stock en réserve qui ont pu permettre à la Société de s'alimenter en charbon au-dessous du prix maximum des prévisions — de la hausse des sous-produits — des résultats bénéficiaires de l'exploitation électrique...
Si, à Biarritz, la Compagnie du gaz accuse elle-même une plus-value de 250 000 à 300 000 francs provenant des trop-perçus versés par les consommateurs de gaz, elle ne fait nul état de son exploitation de l'électricité. Or, la consommation de l'énergie électrique a augmenté dans d'énormes proportions ; le courant acheté par notre Société d'Eclairage à la Société hydro-électrique est revendu au public dix fois plus cher ; les bénéfices, de ce côté, vont sans cesse grandissant et, même s'il y avait de grosses pertes sur le gaz — ce qui ne l'est pas — permettraient de contrebalancer largement ces pertes.
C'est donc indûment que la Compagnie du Gaz perçoit 35 centimes du mètre cube. Elle ne doit plus les percevoir. Elle ne les percevra plus.
Nous demandons le retour pur et simple aux clauses du cahier des charges. Le Conseil municipal, après étude approfondie de la question par les commissions compétentes et par la municipalité, saura demain imposer notre volonté, je veux dire la volonté unanime et le bon droit absolu de la population.
Et cela sans préjudice des restitutions qui nous sont dites et qui nous seront faites.
Lorsque l'on a accordé à la Compagnie du gaz l'autorisation de prélever provisoirement 12 c. et demi de majoration par mètre cube, il fut bien spécifié que c'était là un moyen de constituer ce qu'on a appelé un compte d'attente, permettant à notre pauvre société sans ressources d'avoir de quoi parer à la cherté des charbons, puisqu'elle déclarait être sans avances ni moyens de faire face à la situation qui lui était faite alors, les prix de la houille variant entre 150 et 200 francs la tonne. Mais maintenant ce prix a été ramené à 90 francs ; le déficit d'environ 6 000 francs par mois accusé par la Compagnie ne peut que diminuer ; pour parer aux déficits ultérieurs et même à des aggravations imprévues, la Compagnie dispose, suivant ses déclarations, de 250 000 francs constituant le compte d'attente et qui nous appartiennent à nous, consommateurs et abonnés.
JETON COMPAGNIE DU GAZ BAYONNE 1849
Cette provision considérable permettrait à la Compagnie de parer à tout déficit pendant deux années encore s'il le fallait.
Donc qu'on revienne purement et simplement aux conditions du cahier des charges.
Personne ne comprendrait que le gaz fut payé dorénavant plus que ce taux, soit 22 centimes et demi.
Et c'est encore la Société d'Eclairage qui restera notre grande débitrice pour tout le "Compte d'attente" dont nous attendons le remboursement.
Le prix du gaz. — Le prix du gaz sera élevé dès le mois prochain de 0,27 à 0,31 c. le mètre cube. C'est très fâcheux pour les pauvres gens qui usent de gaz pour leur modeste cuisine et de quel gaz ! Or pendant que le prix monte chez nous, il baisse à Bayonne et à Biarritz.
A Bayonne de 0,19 le gaz monta à 0 fr. 35, puis il fut abaissé à 0,26 c. pour les particuliers et à 0,24 pour les familles de quatre enfants.
A Biarritz, le gaz, qui était de 0,20 c. monta en 1916 à 22 c., et en juillet 1916 à 0,35 c. Il va être maintenant ramené à 0,25 c.
A Pau d'ailleurs, nous le disons avec quelque confusion, la vie est plus chère qu'à Bayonne de beaucoup et même qu'à Biarritz. Il y a là quelque chose qui cloche et qu'il faudrait remettre droit.
(Indépendant des Basses-Pyrénées)
JETON COMPAGNIE DU GAZ BAYONNE 1849
Il y a erreur dans l'affirmation de notre confrère au sujet du prix de 20 centimes auquel le gaz aurait été tarifé avant 1916. Le prix était de 22 c. et demi avant d'être porté à 35 c. Seul le gaz pour la force motrice était à 20 centimes. Pour le reste, notre confrère était dans la vérité."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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... M. Faure nous a montré les fours en activité, en nous faisant voir les six qui ont été réparés depuis moins d'un an pour améliorer leur fonctionnement ; — les cloches d'épuration, dont les terres filtrantes après avoir servi sont ventilées, utilisées de nouveau et enfin livrées à l'industrie des matières colorantes, lorsqu'elles sont saturées ; — les services photométriques de la qualité et de la pureté du gaz ; les appareils enregistreurs, appareils servant à régulariser la pression, les fosses qui servent à obtenir les sulfates d'ammoniaque destinés à l'agriculture, les réserves de coke, etc...
Au sujet du coke, si nécessaire pour certaines petites industries, M. Garat fait connaître que sur les 170 à 200 tonnes produites par mois et réquisitionnées par le ministère de l'armement, il a pu obtenir de réserver 30 tonnes par mois pour les besoins de la population. Il ajoute que, d'une façon générale, les relations entre l'Armement et la Régie Municipale du Gaz comportent des échanges de fournitures avantageux des deux parts ; l'armement utilise l'usine notamment en acide sulfurique ; l'usine livre un grand nombre de sous-produits.
JOSEPH GARAT MAIRE DE BAYONNE DE 1908 A 1919 ET DE 1925 A 1934
De plus en plus d'ailleurs, le rendement des sous-produits de l'usine est devenu très rémunérateur et contribue à augmenter les bénéfices de l'exploitation des usines à gaz.
Le directeur et le contremaître de l'usine ont confirmé que la pression et la qualité du gaz fourni ont constamment, jour et nuit, maintenues à un degré de force calorique et éclairante et à une pression telle que jamais, même dans les bas quartiers, personne n'a eu à se plaindre. Cela n'empêche de diminuer la pression ou de l'augmenter à certaines heures, suivant l'importance de la consommation ; on réalise ainsi une économie sur les pertes inévitables, déperditions et fuites qui représentent de 10 à 13 p. 100 de la dépense totale du gaz ; mais la pressions est néanmoins toujours et partout suffisante pour que ni l'industrie ni les ménages n'aient à en souffrir. L'usine à gaz alimente d'ailleurs pour la force motrice, diverses usines de guerre où il est nécessaire que cette pression soir régulière et constante.
Pour finir, M. Faure met sous les yeux du Maire et des visiteurs que cela intéresserait, une comptabilité dont la clarté... et l'éloquence méritent tous les éloges ; nous y avons vu entre autres que les salaires ont été augmentés en moyenne de 50 pour 100.
Avant de quitter l'usine à gaz, M. Garat a vivement félicité M. Faure et tout le personnel si dévoué qui a su assurer la prospérité de cette régie municipale."
Nous mettons à profit notre visite à l'usine à gaz pour interviewer M. Garat. La Municipalité et le Conseil Municipal sont au grand complet. M. Lacombe, les Conseillers, M. le Sous-Préfet, différentes personnalités du Commerce et de l'Industrie, M. Marty, procureur de la République.
M. Garat se prête volontiers à nos interrogations ; il connaît à fond son sujet et au cours de la visite à travers les dépôts et les stocks, devant les cornues et les alambics, il sut mettre de l'intérêt aux détails même les plus techniques.
Le directeur de l'usine, est M. Faure, un modeste dont l'intelligence et l'activité ont eu raison des difficultés très grandes de l'affaire et le contremaître, M. Valentin, type de l'artisan bayonnais, habitué de l'usine, qui en connaît les tours et les détours et s'exprime d'une façon précise et imagée.
La Compagnie, âpre au gain, le 16 Septembre 1916, a abandonné, on le sait, l'exploitation du gaz ; elle a tout emporté, argent, charbon, papiers ; elle n'a laissé que ce qui était trop lourd pour être enlevé, le matériel, les cuves, les fours. Conséquence, la Ville a dû tout organiser ou refaire.
JETON COMPAGNIE DU GAZ BAYONNE 1849
Le résultat financier, on le connaît par des chiffres publiés dans ce journal, il est excellent. En 14 mois, un bénéfice de 260 944 francs !
Ici une question. Nous la posons à M. Garat :
— Certains ! lui disons-nous, prétendent que ce résultat est la suite d'une erreur, quelques-uns même prétendent d'un bluff, parce que vous n'auriez pas tenu compte de l'amortissement du capital engagé dans l'affaire.
M. Garat sourit.
— J'entends bien, répond-il, que pour quelques personnes, très rares d'ailleurs, une régie ne peut pas donner des résultats satisfaisants. Ceux-là, je n'essaye pas de les convaincre, ils ne peuvent pas l'être. Mais les autres, ceux qui sont animés de bonne foi ne peuvent pas contester le rendement indiqué dans mon rapport. Vous me parlez de l'amortissement du capital engagé ? Suivez-moi bien sur les évolutions de ce capital, vous verrez vite que la question de l'amortissement est liquidée depuis longtemps. La compagnie du gaz s'est installée en 1844 à Bayonne, au capital initial de 300 000 francs. Les affaires ont prospéré à merveille, le petit capital de 300 000 francs est devenu pendant presqu'un siècle avec les gains accumulés une grosse fortune : Neuf millions et demi ! La guerre survenue, la Compagnie n'a pas voulu se résoudre à ne plus gagner autant. Mais à ce moment là le capital de 300 000 fr. avait été amorti autant de fois qu'il est compris dans le bénéfice de 9 millions et demi. Si vous divisez ce chiffre par 300 000 fr. vous obtenez un quotient qui est de 31. 66. Donc, en chiffre rond le capital de la Compagnie risqué par elle dans cette fructueuse entreprise a été amorti 32 fois ! Je ne comprends pas qu'il y ait des gens qui se préoccupent d'amortir encore. Mon souci va ailleurs, la Compagnie, je dirai les Compagnies ont assez gagné, il est temps de penser au public. Bayonne d'ailleurs n'est pas la seule ville qui ait tenté l'aventure. Un de mes collègues m'écrit ce matin, à Dôle, dans le Jura, que la ville se trouve dans une situation analogue. En pleine guerre, l'usine à gaz y a été municipalisée et la municipalité n'a eu qu'à s'en féliciter.
— Mais, objectons-nous encore, la ville de Bayonne, dans sa régie de l'usine à gaz ne se trouve-t-elle pas dans des conditions plus avantageuses d'exploitation que d'autres usines similaires ?
— Au contraire, nous répond M. Garat ; d'abord nous avons commencé à travailler dans des conditions déplorables qui constituaient un vrai gaspillage ; nous y avons mis ordre peu à peu. Puis, comme nous sommes tenus de fournir aux usines de guerre et comme nous voulons donner aux particuliers un gaz irréprochable avec pression constant et richesse indiscutable de la force d'éclairage et de chauffage, la dépense est forcément supérieure à celle des compagnies qui ne donnent ni la même qualité ni la même constance de pression. Nous ne faisons pas il est vrai, à des directeurs intéressés des situations équivalent à des fortunes, mais notre sollicitude s'applique à tous nos collaborateurs qui tous ont eu leur salaire progressivement augmenté."
A suivre...
(Source : https://www.cgb.fr/ et gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
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