samedi 20 juillet 2019

CÉRÉMONIE PATRIOTIQUE À BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN AOÛT 1907


CÉRÉMONIE PATRIOTIQUE À BAYONNE EN 1907.


Presque cent ans plus tard, une cérémonie a lieu en 1907 pour commémorer le Siège de Bayonne, du 27 février au 5 mai 1814.



SIEGE DE BAYONNE 1814
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, dans son 

édition du 17 août 1907 :


"Cérémonie patriotique.



Dimanche dernier, sur les hauteurs de St-Etienne, à Bayonne, une cérémonie patriotique commémorait les luttes sanglantes de 1814. 




Parmi les discours prononcés, nous tenions à reproduire, parce qu’il constitue une superbe page historique, celui de notre compatriote, le général Derrécagaix : 



Messieurs et chers Concitoyens, 



Vous apprécierez sans doute comme moi, qu’il était de mon devoir de venir rendre un pieux hommage à la mémoire des vaillants soldats qui se sont fait tuer, en 1814, pour la défense de notre ville natale. Ce devoir, j'en suis d'autant plus pénétré, que j’ai moi-même passé ma vie à obéir aux deux mobiles qui leur ont inspiré ce noble sacrifice : la discipline militaire et l’amour de la Patrie. 




Deux mobiles que l'on cherche à contester aujourd'hui, mais qui n’en resteront pas moins, pour tous les bons soldats, les véritables guides de leur conduite sous les drapeaux. Et, à ce sujet, qu’il me soit permis de le dire ici hautement, en me rappelant les préceptes d’un de mes chefs : Après une longue expérience des hommes, des crises politiques et des malheurs de l’invasion, ma conviction est restée entière. En dépit des rhéteurs qui soutiennent que l'honneur est un vain mot et la Patrie une chimère surannée, je reste fidèle à une règle qui, dans ma pensée, résume les devoirs du citoyen devenu soldat : sous les armes, la Loi, c’est le commandement des chefs responsables, comme la Patrie, c’est le Drapeau. 

MONUMENT COMMEMORATIF BAYONNE 1814
PAYS BASQUE D'ANTAN



Cette règle, qui a été suivie par les soldats de 1814. est admise chez tous les peuples et elle règne dans toutes les armées, où l'on a soin, pour la maintenir, de ne jamais demander aux troupes un acte qui soit contraire à l’honneur, à la justice ou à la conscience. 




Dans ces conditions, je ne reconnais rien de plus beau, de plus digne d’estime que l’obéissance militaire basée sur le patriotisme. Et qu'on ne vienne pas dire qu’une pareille obéissance humilie les hommes, ou abaisse les caractères. C’est le contraire qui est vrai. Tenez, voyez ces soldats dont nous honorons la mémoire. Pour eux, l’obéissance militaire a été une grandeur ; car elle a dicté leur dévouement et le dévouement s'est élevé chez eux, jusqu’au sacrifice de la vie. 




Et pourtant n’a-t-on pas été jusqu’à mettre en doute, même la valeur de ce sacrifice. On a dit que leur dernier combat a été livré contrairement au droit des gens, parce qu’à ce moment la guerre était finie. 




Permettez-moi de revenir sur les faits, sur les engagements qui ont eu lien en 1813 et 1814 autour de Bayonne, et en particulier sur celui de St-Etienne, qui a marqué la fin du blocus. 




Vous savez que le 7 octobre 1813, notre territoire basque fut envahi par une armée ennemie de plus de cent mille hommes, composée d’Anglais, d’Espagnols et de Portugais et commandée par le général Wellington. L’armée du maréchal Soult, plus faible de moitié, et comptant un grand nombre de conscrits, après avoir perdu les combats de la Rhune et d’Ainhoa, résolut d'arrêter son adversaire sur la ligne de la Nivelle. 




Mais elle fut assaillie, le 10 novembre, par des forces supérieures et y livra, depuis St-Jean-de-Luz jusqu’à Mondarrain, la bataille de Sare, dans laquelle son centre et sa gauche furent écrasés et forcés de reculer jusqu’à Cambo et Ustaritz. Il fallait alors se rapprocher de Bayonne, qui devint le point d'appui des opérations du maréchal. 




Les troupes furent établies autour de la ville, sur la rive gauche de l’Adour, en avant des camps retranchés de Mousserolles, de Marrac et de Beyris. 



MONUMENT COMMEMORATIF BAYONNE 1814
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le 9 décembre 1813, les alliés, ayant franchi la Nive à gué, à Cambo, s’emparèrent des hauteurs de Villefranque et de Mouguerre. Le maréchal, les voyant ainsi séparés en deux groupes par la Nive, espéra pouvoir assaillir chacun d’eux en forces. Et dès le lendemain, il fit attaquer leurs positions d’Arcangues et de Baroillet. Malheureusement, ces combats, contrariés par le mauvais temps, restèrent indécis. Sans se décourager, Soult rassembla ce qu’il avait de troupes disponibles et les lança, le 13 décembre, sur les hauteurs d’Horlopo et de Mouguerre. Il livra ainsi à l’ennemi la bataille de St-Pierre d’Irube, dans laquelle son infériorité numérique l’empêcha de vaincre. Le soir de cette journée, ses pertes s’élevaient, avec celles des jours précédents, à 204 officiers et 5 650 hommes hors de combat.




A ce moment, les hôpitaux et les ambulances étaient remplis. On ne savait où loger ces blessés. Les habitants de Bayonne, n’écoutant que leur dévouement, offrirent de s’en charger. On les répartit dans les maisons et ils furent soignés avec une telle sollicitude que l’Empereur fit parvenir ses plus vives félicitations à nos concitoyens. 




Cependant, le résultat de la bataille de St-Pierre d’Irube était de compromettre la ligne de retraite du maréchal Soult sur Toulouse. Pour la conserver, il dut se retirer derrière le gave d'Oloron, dans la direction d’Orthez, abandonnant Bayonne avec 12 800 hommes, non compris les marins, sous les ordres du général de division baron Thouvenot. 




Wellington, de son côté, détacha un corps de 28 000 hommes, commandé par le général Sir John Hope, pour assiéger la ville. 

BAYONNE 1814
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le 19 février 1814, nos concitoyens virent s’éloigner les derniers soldats de Soult, et commencer la période du blocus, qui était déjà effectif sur la rive gauche de l’Adour. 




Le départ de Soult permit aux Anglais, déjà maîtres de la mer, de jeter du 23 au 25 février, un pont de bateaux au Boucau et d'occuper la rive droite sans grande résistance de notre part. Ils voulurent aussitôt fermer leur ligne d’investissement, et dans ce but, attaquèrent en forces les hauteurs de St-Etienne, le 27 février. Nos avant-postes, trop faibles pour résister, se retirèrent en combattant sur les redoutes du la citadelle, élevées à 200 mètres du monument et sur la lunette du St-Esprit, située en face du chemin de la citadelle qui débouche sur la route de St-Etienne. Une fois sur ces ouvrages, nos troupes combattirent avec acharnement.




Le général Thouvenot, prévenu, envoya des renforts et se porta lui-même sur les glacis de la citadelle pour diriger la lutte, il y reçut une balle dans la cuisse et eut un officier tué à ses côtés. 


BAYONNE 1814
PAR ERNEST FORT

Divers incidents marquèrent cette journée. Au cap de l’Esté, un sergent et six hommes, enfermés dans une maison, luttèrent seuls un grand moment contre une colonne portugaise qui finit par les entourer et allait les prendre, quand les secours arrivèrent. On put arrêter les progrès de l'ennemi et continuer le combat jusqu'au soir. Mais cette journée laissait dans les mains des Anglais, l'église de St-Etienne, le cimetière Israélite et le carrefour des routes de Bordeaux et de Toulouse. 




C’était une position dangereuse. Nos postes avancés étaient serrés de trop près et n’avaient plus leur liberté d’action. Il importait de les dégager. Dans ce but, le général Thouvenot ordonna de préparer une grande sortie, qui fut prête le 4 avril et qui ne put être exécutée que le 14. 




Les Anglais, de leur côté, avaient complété leur investissement, resserré le blocus et commandé par des ouvrages fortifiés toutes les routes venant de Bayonne. 




Dans l’intervalle, des bruits de paix s’étaient répandus. Le 12 avril, un officier anglais arriva dans les lignes de l’armée assiégeante et prévint le général sir John Hope qu’on avait cessé de se battre autour de Paris, qu’on attendait l'abdication de l’Empereur qui était en effet signée le 11 et que l'avènement des Bourbons était décidé. Le brave et loyal commandant en chef anglais transmit aussitôt ces nouvelles au général Thouvenot. Ce dernier répondit que n’étant pas avisé par le maréchal Soult, son supérieur immédiat, il ne pouvait y ajouter foi. Il ne faisait en cela que se conformer à nos règlements qui sont absolument formels à cet égard. 




Dès lors aussi, il restait dans les conditions normales du blocus, et celles-ci exigeaient que nos avant-postes fussent dégagés au plus tôt. Par suite, il ordonna la sortie pour le 14. 




Ce jour-là, à 3 heures du matin, raconte M. Ducéré, à qui nous devons tant de travaux intéressants sur Bayonne, 4 000 hommes sortirent de la citadelle, se dirigèrent sur le carrefour des routes de Bordeaux et de Toulouse, s’en emparèrent et se divisèrent en trois colonnes. 




Celle de gauche se porta sur l’église de St-Etienne, l'attaqua avec vigueur et allait s'en rendre maître, quand elle fut assaillie en flanc par une colonne accourue au bruit de la fusillade, perdit son chef, le commandant La salle et dut rétrograder sur la lunette du St-Esprit. 




Celle du centre s’empara du cimetière Israélite et réussit à s’y maintenir. 




Celle de gauche, lancée au pas de charge, assaillit les positions ennemies sur les hauteurs de la maison Basterrèche et put les conserver. Un de ses détachements, embusqué dans un bois taillis, voyant arriver un groupe ennemi par un chemin venant du Boucau, le laissa approcher, le fusilla presque à bout portant et vit tomber trois cavaliers qui étaient en tête. C’étaient le général en chef anglais sir John Hope et ses deux aides de camp. Tous trois étaient blessés et furent faits prisonniers. 




Le combat continua tout le jour et la nuit suivante et ne cessa que le 15, à 7 heures du matin, sur l'ordre du général Thouvenot. La marine, représentée par la corvette la "Sapho" et quelques canonnières, y avait pris une part active. Nous avions repris et conservé nos anciennes positions et réoccupé nos premiers postes. Le but de la sortie était atteint. 




L’adjudant Pijeon, qui avait pris le général anglais, fut fait officier. 




La convention qui mit fin aux hostilités ne fut signée que le 23 avril et notifiée officiellement pur le maréchal Soult, le 27. 




Vous voyez que tous ces combats, même celui du 14, ont été livrés conformément aux lois de la guerre et qu’il n’y a rien à reprocher au général Thouvenot. 




Quant à ceux qui ont succombé dans ces luttes, ils n'ont eu d’autres mobiles que l’honneur et la Patrie. 




Deux mots sacrés qui doivent toujours retentir dans nos âmes : deux mots sacrés qui enfanteront encore les plus beaux dévouements, qui réchauffent nos cœurs, qui élèvent nos pensées, qui nous rendent plus forts, plus aptes aux actions d’éclat, plus capables d'admirer les hauts faits passés et de former les plus beaux rêves d’avenir ! Ils ont beau être profanés par des hommes indignes de les comprendre ; ils survivront à leurs attaques. Car ils flottent depuis si long temps dans les plis de notre drapeau et ils ont produit de tels actes d’héroïsme, que leur puissance est indestructible. 




Honneur donc aux officiers et aux soldats dont ce monument rappelle la vaillante conduite ! Et puissent tous ceux qui nous suivront dans la carrière, se souvenir, en passant près de lui, qu’il y a ici un noble exemple à suivre, celui des hommes de cœur qui sont morts glorieusement pour Bayonne et pour la France."



Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 2007ème article.


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