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mardi 25 mai 2021

L'AFFAIRE DE LA VILLA FAZENDA À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JANVIER 1950 (cinquième et dernière partie)

 

L'AFFAIRE DE LA VILLA FAZENDA À BIARRITZ EN 1950.


En 1950, une affaire étrange défraie la chronique à Biarritz.



faits divers biarritz 1950
MONIQUE DA SILVA




Voici ce que rapporta à ce sujet dans plusieurs éditions, le journal Qui ?


  • le 6 février 1950, sous la plume de Marcel Carrière :


"Invocation nocturne.



La reconstitution de la nuit du 2 octobre 1949, dans la chambre des époux da Silva Ramos, au premier étage de la villa Fazenda, à Biarritz, se déroulait à la façon voulue par le juge d'instruction, M. Max Pech. C'est-à-dire à huis clos.



Devant la porte d'entrée, cinquante journalistes battent la semelle sous une fine pluie de neige fondue. Ils attendent, victimes expiatoires et volontaires, que survienne quelque événement digne d'être diffusé dans le monde entier, Ils se surveillent étroitement. Dans ce rude métier, la moindre défaillance est impardonnable. Ils sont capables de passer ainsi des heures devant une porte close. Ce qu'ils font.



pays basque 1950 faits divers
VILLA LA FAZENDA BIARRITZ 1950
PAYS BASQUE D'ANTAN



Ce mardi 24 janvier, ils en étaient à leur huitième heure d'attente stérile, quand survint parmi eux un personnage étrange, fille d'Eve par l'habit, baryton par la voix : la pythonisse de pays basque Elyane-Christiane. Les uns l'appellent la "folle de Biarritz" ; les autres, Mlle Caricaburu. Elle seule pourrait donner son véritable nom, puisqu'elle est voyante.



Elle prit donc racine devant la Fazenda. La nuit venue, elle s'est approchée du mur de la villa, a tendu son bras vers les fenêtres du premier étage et s'est mise à hurler :


— Procureur ! ô mon procureur ! Délivrance pour Joas !...



Nul ne saura jamais si le procureur (en l'occurrence M. Lafont, un bel homme élégant et sympathique) entendit cet appel. En tout cas, il demeure certain qu'il n'en fit jamais état.



Du moins, ce jour-là. Mais l'au-delà, en la personne de Caricaburu, ne désespère pas. C'est elle-même qui le proclamait, à 9 heures du soir, sous l'éclat du magnésium photographique.


— Je suis sûre d'avoir été entendue ! La parole, désormais, est au procureur Lafont."


pays basque 1950 faits divers
NON-LIEU POUR DA SILVA
DETECTIVE DU 13 FEVRIER 1950



  • le 13 février 1950 :

"Liberté conditionnelle accordée à Joas. Prélude au non-lieu pour Da Silva.



Biarritz (de nos envoyés spéciaux). 



Ainsi, comme nous n’avons pas cessé de le demander depuis le début de cette affaire, les portes de la Villa Chagrin se sont enfin ouvertes devant Joas da Silva. Discrètement, il est vrai. En outre, la justice a estimé à 1 500 000 francs le droit, pour da Silva, de retrouver une liberté qu'à nos veux, comme au regard du bon sens, il n'aurait jamais dû perdre.



Mais on se demande avec une certaine angoisse combien de temps un pauvre diable (tout le monde ne possède pas un million et demi, que je sache) aurait moisi dans un cachot ; on se demande combien de preuves de son innocence il eût dû accumuler pour obtenir cette faveur d'être, enfin, considéré comme "susceptible de n'avoir pas commis de crime". Pourtant, les données eussent été les mêmes, et semblables les raisons d'offrir à un homme injustement accusé la chance de se disculper définitivement.



La caution, en matière légale, se justifie : mais jamais un chèque n’a suffi à laver l’honneur d’un homme. Maintenant que les magistrats à l'impartialité, desquels je tiens à rendre hommage ont reconnu la fragilité des dossiers sur lesquels ils se sont penchés, il ne leur reste plus qu’à ouvrir toutes grandes ces portes qu’ils n’ont fait qu’entrebâiller. Un non-lieu, loin d’administrer la preuve de leur impuissance, affirmerait au contraire, aux veux de tous, qu’ils n’ont jamais perdu le sens de la justice. Je sais bien qu’il leur faudrait alors fermer les oreilles à toutes les vociférations de ceux qui voient du crime partout, bâtisseurs d’hypothèses, distillateurs de venin, thuriféraires de cette enfant du demi-siècle qu’on appelle la littérature noire. Mais je les sais aussi assez forts pour laisser hurler ces petits loups.



Après les tempêtes des reconstitutions, des interrogatoires, des expertises et des confrontations, les magistrats se retrouvent dans le calme de leurs bureaux, face à face avec leur dossier du premier jour, un dossier sur la couverture duquel le nom de Joas da Silva Ramos ne doit plus être suivi de la mention : Homicide volontaire.



La mise en liberté provisoire de da Silva n'implique certes pas que l’affaire est terminée, car la mort de Monique da Silva Ramos doit être expliquée. On ne peut pas tirer un trait sur ce drame et retourner vers d’autres tragédies. Mais il faut, débarrassé de l’obsession du crime, démêler cet étrange imbroglio de la Fazenda avec sérénité.



Une femme est morte dans des conditions suspectes ; ces suspicions doivent être balayées. Qui, mieux que le principal témoin de cette mort, Joas da Silva Ramos, pourrait aider à cette besogne ? Car, enfin, qui, plus que lui, aurait intérêt à ce que toute la lumière éclate enfin ? On a fait, de tous côtés, de ce mari bafoué, de ce père douloureux, un criminel machiavélique, une espèce de monstre de Grand-Guignol. On a simplement oublié, dans l’ardeur de la haine, qu'il était, après tout, lui aussi une victime.



La justice tient en lui un témoin de bonne foi. Comme elle l’a déjà fait, qu’elle l’interroge et l’interroge encore. Il est là pour répondre. Il ne s’est jamais dérobé et ne se dérobera pas. La partie civile a pu s’adjoindre l’extraordinaire avocat René Floriot, Joas da Silva n’a rien à craindre de ce nouvel adversaire de grande classe parce que Joas da Silva est innocent. Et si Me Floriot réussit à expliquer la mort de Monique, Joas respirera enfin librement. Car il n’est ni juge, ni détective, ni expert ; c’est à lui qu’on doit des preuves, ce n’est pas à lui de les administrer.



Il a dit, il a répété, pendant quatre mois, tout ce qu’il savait. Au cours des trois reconstitutions de la Fazenda, personne n’a pu contredire ses dépositions, personne n’a pu trouver une faille dans ses déclarations, personne n’a pu lui dire qu’à quelque moment que ce soit il avait menti.



D’autres témoins de cette nuit du 2 octobre maintiennent des déclarations contradictoires entre elles, mais pas contradictoires avec celles de Joas da Silva. Je suis bien obligé de conclure que da Silva n’a jamais menti, qu’il ne s’est jamais dérobé...



Une demi-heure après avoir quitté la Villa Chagrin, au milieu d’une foule qui ne lui ménageait pas ses marques de sympathie, il voyait se précipiter vers lui, bras tendus, dans le hall de la Fazenda, unE petite poupée blanche et rouge qui criait : "Mon papa !... Mon papa !..."



Le père s’est penché sur Paméla, dont les veux riaient. Il l’a levée jusqu’à son visage.



pays basque autrefois justice 1950
JOAS DA SILVA ET SA FILLE PAMELA
BIARRITZ 1950



Ses yeux, à lui, soudain, s’étaient voilés de brume. Cette enfant qu’on lui disputait avec une âpreté tenace, il la tenait enfin contre son cœur.



Le lendemain, un dimanche, Paméla et son père se sont promenés, seuls, dans le parc de la Fazenda. C’est à ce moment que je les ai rencontrés. Da Silva souriait : l’ex-prisonnier voulait goûter aux premières joies de la liberté avec l’être qu’il chérit le plus au monde. Paméla, en tanguant sur l’herbe humide, a couru vers la maison. Joas da Silva m’a tendu la main.



— Je sais que votre journal a été le plus objectif de tous. Je tiens à l’en remercier. On a déversé sur moi et sur les miens un tel torrent d’injures qu’il m’est enfin agréable de parler à quelqu’un qui ne me prend pas pour un criminel.



Puis il est allé rejoindre sa fille. Je les ai vus entrer tous deux dans la Fazenda. Ils se tenaient par la main.



Il n’y avait, dans le ton des paroles qu’il m’avait dites ; aucune haineuse résonance. A peine un écho de pitié.



Joas da Silva, profondément chrétien, pardonne à tous ceux qui l’ont attaqué. Il n’y a dans son cœur pas plus de sentiment de vengeance qu’il n’y en avait le jour où il fit dire une messe à la mémoire de sa femme adultère, en l’église des Visitandines, à Passy.



C’était le 4 novembre 1949, jour anniversaire des vingt et un ans de Monique. Il était revenu spécialement d’Angleterre pour cette commémoration. Ne voulant pas se dérober un instant aux obligations que lui imposait la justice, en la personne de M. Max Pech, juge d’instruction, il l'avait averti de sa venue à Paris. C’est pour cette raison que la messe fut suivie, ce jour-là, par un discret inspecteur de police.



pays basque autrefois justice 1950
MAX PECH JUGE D'INSTRUCTION 
BIARRITZ 1950



Ainsi, ce "coupable possible" prenait-il la peine d’avertir de ses déplacements les magistrats chargés de veiller sur lui.



Que quelques-uns veuillent voir en ce geste une démoniaque subtilité, libre à eux !



Quant à moi, qu’il me soit permis de considérer ce trait de caractère de da Silva comme une preuve, parmi tant d’autres, de la parfaite innocence de cet homme. L’enquête qui continue, l’instruction qui continue en révéleront d’autres. Et si, quelque jour, l’homicide est établi, on verra bien que da Silva n’y est pour rien..."



(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France) 









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dimanche 25 avril 2021

L'AFFAIRE DE LA VILLA FAZENDA À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JANVIER 1950 (quatrième partie)


L'AFFAIRE DE LA VILLA FAZENDA À BIARRITZ EN 1950.


En 1950, une affaire étrange défraie la chronique à Biarritz.



faits divers biarritz 1950
MONIQUE DA SILVA




Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Qui ?, le 30 janvier 1950, sous la plume de Marcel 

Carrière :



"A Biarritz, reconstitutions et confrontations n'ont guère démêlé l'imbroglio de la Villa Fazenda.



Biarritz et Bayonne (de nos env. spéciaux). 



Le tragique accident qui a causé la mort de Monique da Silva dans la nuit du 2 au 3 octobre 1949 est devenu, à la suite d'une enquête préliminaire hâtive, d’expertises médicales aux résultats confus, l’affaire Joas Da Silva.



Un homme est gardé en prison depuis le 30 décembre, parce qu’il a assisté à l’agonie de sa femme. Si nous ne vivions en 1950 dans un pays qui passe pour être celui de la raison et du bon sens, je pourrais me laisser aller à l’ironie.



Car, enfin, et une fois pour toutes, où veut-on en venir ?



Prouver la culpabilité de Joas da Silva



Des mois d’enquêtes que je sais être sérieuses, connaissant la conscience professionnelle de toutes les personnes chargées de les mener, d’innombrables auditions de témoins et des rames de rapports n’ont, en définitive, pas plus amené au moulin de la justice que ce qui y était aux premières heures de son déclenchement.



Rien, depuis le refus du permis d’inhumer du médecin d’état civil Thévenin, n’est venu nourrir d’une preuve massue le dossier du juge d’instruction Pech. Ce jeune magistrat (il ne se déplace, sportivement, qu'à bicyclette), dont il faut louer d’ailleurs une obstination qui restera légendaire, a passé ses jours et ses nuits à justifier par des faits une conviction née d’une impression première.



pays basque 1950 faits divers
M PECH MAX JUGE D'INSTRUCTION
AFFAIRE DA SILVA BIARRITZ 1950




Loin de moi l’idée d’engager une polémique qui n’a pas sa place dans le cadre de Détective. journal objectif au premier chef. Mais, encore une fois, qu’on m’apporte les preuves absolues de la culpabilité de Joas da Silva, et j’acquiescerai de bonne foi à l’évidence.



Il est écrit dans l’article 7 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (nul n’est censé ignorer la loi) :

Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la loi, et selon les formes qu'elle a prescrites. Or, la loi ne prescrit l’arrestation d’un individu présumé coupable d’un crime ou d’un délit que lorsqu’elle peut administrer la preuve de cette culpabilité.



Dans l’affaire da Silva, les juges de la Chambre des mises en accusation de Pau, chargés de se prononcer sur la mise en liberté éventuelle du présumé coupable, ont si bien senti, à travers les mille cotes du dossier, la fragilité de l’édifice ainsi construit qu’ils ont qualifié de possibilité de crime ce qui était, aux yeux de M. Pech, un homicide volontaire.



Ce n’est certes pas un désaveu. C’est un aveu d’incertitude. Or, l’incertitude, en justice, n’est pas admise.



Il peut sembler fastidieux de ratiociner ainsi sur la notion de justice. Quant à moi, je ne le pense pas. La liberté d’un homme est un bien trop précieux pour qu’on ne la défende pas, chaque fois qu'elle est en péril.



Joas da Silva, à mes yeux, est un symbole.



Certains partisans de sa culpabilité m’ont reproché : 

— S’il s’agissait d’un clochard et non d’un milliardaire, vous ne le défendriez pas avec cet acharnement.



Outre que je ne connaissais pas ce jeune Brésilien avant d’avoir vu son nom pour la première fois dans un journal qui n’est pas le mien, j’ai trop de respect à la fois de la liberté individuelle et de la justice pour faire une différence entre celui qui est béni par le destin et celui qui ne l’est pas. 



Qu’importent, à tous ceux qu’anime seul le souci de la liberté individuelle, les titres et l’argent ! Un homme est un homme, et un innocent un innocent. Si Joas da Silva Ramos, propriétaire, s'était appelé Durand, clochard, et qu’il ait été accusé, du même crime, il nous eût trouvé, ici, dans le même cas, prêt à le défendre.



Nous l’avons déjà prouvé avec les affaires Vayrac, Seznec, Cadorne, entre autres.



Il s’agit, en cette affaire, non d’une question l'ordre particulier, mais d’ordre général. Je suppose que, demain, un individu, quel qu’il soit, d'où qu’il vienne, à quelque milieu qu’il appartienne, soit placé, à la suite d’un concours de circonstances semblables à celles de la villa Fazenda, dans une "possibilité de crime" : quel législateur pourra me dire, textes en main, avec la précision requise en la matière, où s’arrête la possibilité et où commence le crime ?



C’est dans cette imprécision des attendus du jugement de Pau que j'irais chercher des raisons de croire à l'innocence de Joas da Silva, si les faits, par ailleurs, ne venaient renforcer cette conviction. Grâces en soient rendues à des magistrats que ne sont pas venues troubler des influences extérieures à la justice pure !



Pendant trois semaines, l’instruction — c'était son droit — a donné aux journalistes des dates fantaisistes et contradictoires de la reconstitution qu’elle se proposait de faire.



Le grand jour attendu est enfin venu, le mardi 24 janvier à 9 heures, alors que tout le monde croyait encore à une manoeuvre destinée à dépister ceux dont le métier est d’informer.



Une pluie glacée tombait lorsque arriva la voiture accompagnant Joas da Silva sur les lieux de ce que beaucoup continuent à considérer comme les lieux du crime. Puis les lourds vantaux de bois du portail de la Fazenda se sont refermés sur les trente-deux représentants de la presse mondiale.



La reconstitution à huis clos venait de commencer. Force nous était de ne contempler, pendant de longues heures, que des murs derrière lesquels, en principe, il se passait, quelque chose.



En réalité, il ne s'est rien passé, si ce n’est que deux des témoins des événements de la nuit du 2 octobre se sont trouvés en contradiction : le docteur Benoist et Mlle Maud Gresbelin.


pays basque 1950 faits divers
MLLE GRESBELIN MAUD
AFFAIRE DA SILVA BIARRITZ 1950



pays basque 1950 faits divers
DOCTEUR BENOIT
AFFAIRE MONIQUE DA SILVA BIARRITZ 1950




L'accusation ne peut donc plus, aujourd’hui, que s’appuyer sur ces deux témoignages humains pour étayer sa thèse. On connaît la fragilité de ce genre de témoignages.



Mlle Maud Gresbelin, dont on ne saurait suspecter la sincérité, a déclaré :


— A 21 h. 30, les da Silva montent dans leur chambre. J’ai dit à l’instruction que j’avais entendu un murmure confus de conversation provenant de leur chambre au premier étage. Je me suis trompée. Je reconnais aujourd’hui que ce bruit provenait du rez-de-chaussée,



C’est ce que Joas da Silva n’a cessé d’affirmer depuis qu’il est interrogé.



Mlle Gresbelin a continué : 


— A 2 h. 22, j’ai entendu un bruit provoqué par la chasse d’eau de la salle de bains. Puis M. da Silva est venu frapper à ma porte et, à 2 h. 25, je suis entrée dans la chambre et j’ai vu Mme da Silva étendue sur le tapis.



Joas n’a jamais dit autre chose. 



Mlle Gresbelin poursuit son récit :  


— M. da Silva et moi avons soulevé Monique et l’avons placée sur le lit. M. da Silva a téléphoné au docteur Benoist qui est arrivé à 2 h. 45. Le docteur sort des ampoules en vrac de sa poche et fait une piqûre intraveineuse de sulfate de strychine. A 3 h. 30, il s’en va, non sans avoir recommandé à Manoël Aizpuru, le gardien de la Fazenda, d’aller chercher dans une pharmacie de la caféine, du solucamphre et un ballon d’oxygène. En nous quittant, il déclare : "Ça va mieux. L’état comateux peut durer longtemps encore." A 6 h. 40, le pouls de Mme da Silva devient "fuyant", son teint cireux. Joas s'alarme et téléphone lui-même au docteur Benoist. Celui-ci revient à 6 h. 55. Monique était morte depuis environ cinq minutes. Le docteur fait une seconde piqûre de strychnine, puis appelle le docteur Leroy, qui arrive à 7 h. 10 et fait une piqûre intraveineuse d’adrénaline.



Mlle Maud Gresbelin maintient cette déposition. De son côté, le docteur Benoist maintient les siennes avec autant de force. Il m’a reçu chez lui et et ce sont ses propres paroles que je reproduis :


— J’arrive à la Fazenda à 2 h. 45. Après que M. da Silva m’eut affirmé que sa femme venait de prendre quatorze comprimés de Seconal et constaté par moi-même qu’il n’y avait aucun autre symptôme d’empoisonnement, j’ai entrepris le traitement approprié, la strychnothérapie. J’affirme de toutes mes forces qu’aucun signe d’empoisonnement par la strychnine n'était visible sur le corps de Mme da Silva. J'ai téléphoné, entre 3 h. 30, heure de mon départ, et 6 h. 15, heure de mon retour à la villa Fazenda, pour demander des nouvelles. Quand je suis revenu, Monique da Silva n'était pas morte. J’ai fait une deuxième piqûre à 6 h. 30.



Ainsi, la principale contradiction entre Maud Gresbelin et le docteur Benoist repose sur l’heure de retour à la Fazenda du docteur. La première dit 6 h. 55 ; le second, 6 h. 15.



En supposant qu’aucun de ces deux témoins ne revienne sur ses déclarations, il demeure qu’en aucun de ces cas la preuve a été administrée d’un mensonge de Joas da Silva. L’accusé n° 1 de cette affaire n’en est, en somme, que le témoin n° 1, et un témoin de bonne foi puisque, dans ses successives dépositions, on n’a pu encore enregistrer la moindre contradiction. Au fur et et à mesure qu’il était interrogé, Joas n’a pas hésité à donner les précisions qu’on lui demandait.



Et que peut-on lui reprocher, aux yeux de la loi, si deux des autres témoins de la mort de sa femme sont en contradiction ?



Je suis persuadé que l’homme dont on a voulu faire l’empoisonneur le plus subtil et le plus démoniaque de ce siècle franchira le seuil de la Villa Chagrin lavé de tout soupçon.



J’en suis persuadé parce qu’il y a encore, en France, pas mal de gens qui savent distinguer un crime d’un accident."



A suivre...



(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France) 






 

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jeudi 25 mars 2021

L'AFFAIRE DE LA VILLA FAZENDA À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JANVIER 1950 (troisième partie)

 

L'AFFAIRE DE LA VILLA FAZENDA À BIARRITZ EN 1950.


En 1950, une affaire étrange défraie la chronique à Biarritz.




faits divers biarritz 1950
MONIQUE DA SILVA




Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Qui ?, le 23 janvier 1950, sous la plume de Marcel 

Carrière :



"Après la décision de la Chambre des mises en accusation de Pau qui refuse la liberté provisoire  à l'inculpé de la Villa Chagrin, l'affaire Da Silva commence.



Le 16 janvier, à 12 h. 15, les printings et les téléphones de toutes les salles de rédaction du monde annonçaient que la liberté provisoire était refusée à Joas da Silva, accusé d’avoir empoisonné sa femme, Monique, née Champin.



Les juges de notre pays n'obéissent à aucune contrainte et leurs jugements ne sont jamais marqués du sceau de la passion partisane. Il ne saurait être question, dans un journal où la Justice est honorée sous toutes ses formes, d'attaquer un arrêt émanant d'une magistrature aussi intransigeante dans sa conscience qu’inattaquable dans son intégrité.



Si la Chambre des mises en accusation de Pau a considéré irrecevable la demande en liberté provisoire de Joas da Silva, c’est qu’elle l’estimait irrecevable. En leur âme et conscience.



faits divers 1950 biarritz
JOAS DA SILVA



Mais notre honneur, à nous, rédacteurs de Détective, c’est de mettre au-dessus de tout le respect de la liberté humaine ; nous estimons que les charges retenues contre le prisonnier de la Villa Chagrin valent, une fois de plus, d’être examinées de près.



La vérité ne saurait être gênée par la discussion. Des erreurs ont été commises dès le début de cette affaire, erreurs qu’on ne peut passer sous silence. Se taire n’est pas un argument.



Il y a des preuves matérielles contre lesquelles les plus subtiles inventions de l’esprit ne peuvent rien.



Il y a des constatations scientifiques que les plus savantes déductions ne peuvent détruire.



Qu'a-t-on fait immédiatement après le refus du permis d’inhumer du médecin de l'état civil, le docteur Thévenin ? Rien.



Alors même qu’il était avéré que la mort de Monique da Silva semblait suspecte, on a agi, en l’occurrence, comme si cette mort avait été naturelle : on n'isola ni le corps de la victime, ni les témoins de l’agonie, ni les autres locataires de la Fazenda.



pays basque faits divers 1950
VILLA LA FAZENDA BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



Quelques heures après la mort de Monique, la villa, ouverte à tous, reçut la visite des nombreux amis que les da Silva comptent à Biarritz. Tous ceux qui vinrent purent circuler librement dans la chambre et les deux salles de bains contiguës. Il n'est naturellement pas question de prétendre que, parmi tous ces visiteurs, il s'en trouvait qui vinssent avec l'intention de brouiller les traces. Mais, lorsqu’on connaît les précautions prises par les enquêteurs dès qu’ils se trouvent en présence d’un mort suspect, en plein air, et l’espèce de zone de sécurité dont ils l’entourent, on ne peut que s’étonner des négligences dont on fit preuve, le 2 octobre, dans un appartement qu’il eût été facile d'isoler.



Les policiers chargés d’une enquête ont le droit, dans le cadre légal, de prendre des mesures conservatoires, telles que l’interdiction à quiconque d’approcher des lieux où vient de se produire une mort suspecte, l'apposition des scellés ou la surveillance du corps par des agents publics.



Aucune de ces mesures n'a été prise. De plus, a-t-on pensé à faire un inventaire des placards de la salle de bains ? A-t-on examiné s’il y avait des traces de vomissures dans les toilettes ? A-t-on vérifié, sur le linge de nuit de la morte, la marque possible de ces mêmes traces ?



Si toutes ces mesures avaient été prises - elles auraient dû l'être — peut-être n’en serait-on pas aujourd'hui à se demander ce qui a bien pu se passer à la Fazenda, dans la nuit du 1er au 2 octobre : on ne se trouverait pas, comme maintenant, en présence d’un dossier incomplet.



Est-ce la faute de da Silva si tout ceci, qui eût dû être fait, ne le fut pas ? Et les lacunes d’une enquête doivent-elles déshonorer un homme, le priver de sa liberté ?



Avec les hypothèses échafaudées autour de la mort de Monique da Silva, on pourrait remplir une bibliothèque de romans policiers, tous aussi passionnants les uns que les autres.



Du curare à l’eau de Cologne, en passant par la strychnine et le Seconal Sedico, on a fait le tour de tout un traité de toxicologie. On a tout supposé, on a tout imaginé, souvent avec une brillante imagination. On a fouillé dans la vie intime des protagonistes du drame ; on a évoqué un passé qui n’appartenait qu’à eux ; on a bâti des romans ; mais, dans l'ardeur de l’invention, on a oublié la simple réalité : une femme est morte, son mari est accusé de l'avoir empoisonnée.



Nous avons, pour notre compte, choisi la réalité. Elle, tient en quelques mots : barbiturique, alcool, strychnine et trismus.



Et en quelques questions auxquelles les réponses m'ont été données par les traités des deux hommes les plus qualifiés de France en la matière : les professeurs Balthazard, doyen de l’Académie de Médecine, et Kohn-Abrest, le célèbre toxicologue, tous deux mêlés à toutes les grandes affaires criminelles des cinquante dernières années :

toxicologue france affaire da silva biarritz 1950
TOXICOLOGUE EMILE KOHN-ABREST



Peut-on déterminer la nature de l'alcool, au cours d'une autopsie ?



Non ! On en peut seulement calculer le dosage et les quantités ingérées dans les vingt-quatre heures qui ont précédé la mort, à condition que les analyses soient faites sur du sang frais. Quand ces opérations sont faites trois semaines après, la quantité déterminée devient problématique. Il est en tous les cas impossible de préciser s’il s'agit, par exemple, de cognac, d’eau de Cologne ou d’alcool à 90°.



Un mélange somnifère-alcool peut-il provoquer la mort ?


Oui ! 


Peut-on répondre de façon, scientifiquement précise à cette question ? Non ! Personne au monde n’est capable de dire quelle réaction peut produire un tel mélange. La formule barbiturique + alcool = mort peut être vraie ou ne pas l’être.



350 cmc d'alcool absorbés en vingt minutes ou en une seule ingestion peuvent-ils déclencher le "délirium tremens" ?


Oui ! chez une personne dont l’organisme n'est pas habitué à l’absorption chronique de l'alcool. Chez un alcoolique, cette quantité produirait un état d’ébriété voisin du coma éthylique.



Est-ce que l'absorption d'une forte dose de somnifère peut amener un accouchement prématuré ? II n’y a pas, à proprement parler, d’abortifs d’essence organique. Absorbé à une certaine dose, indéterminable pour le profane, le somnifère devient un toxique, avec toutes les conséquences que cette absorption comporte.



Quels sont les signes permettant de diagnostiquer un empoisonnement par la strychnine ? La strychnine est le type des poisons convulsivants. En solution, elle est très amère. Une demi-heure après l’ingestion, on voit apparaître de la raideur de la nuque, du trismus (contracture des mâchoires), de la raideur des muscles vertébraux ; puis surviennent des crises de raideurs (crises tétaniformes et convulsives). La mort survient après quelques accès. La strychnine est un poison qui s’élimine rapidement, mais, dans de nombreux cas, on en retrouva dans les viscères des individus empoisonnés.



Le trismus peut-il être provoqué par une crise alcoolique ? Oui, si la crise est causée par l’absorption d’une quantité d’alcool telle qu'elle atteint le stade de l’éthylisme aigu ou le délirium tremens.



Est-il possible d'absorber à une cadence rapide une grosse quantité de comprimés ? Le cas s'est fréquemment présenté. Notamment, en 1926, le nommé Henri Sch... a pu avaler six tubes de dial (soit 72 comprimés) les uns derrière les autres, sans aide de liquide.



Je pense que, pour arriver — enfin ! — à avoir une vue claire et objective sur cette affaire, il ne faut pas sortir de la réalité de ces sept questions. Elles contiennent, à mon sens, tout le problème.



De quelque côté qu'on regarde, on se trouve toujours en face d’une de ces sept vérités médicales. On ne peut les escamoter sans tomber dans le domaine imprécis des hypothèses.



C'est le professeur Balthazard qui a écrit aussi que, pour apporter la preuve d’un empoisonnement criminel, il était indispensable :



1° Que l’on ait pu extraire des viscères un poison à dose suffisante pour provoquer l’empoisonnement et que l’on ait pu contrôler la nature de ce poison, à la fois par ses réactions chimiques et par son action physiologique ;


2° Que les lésions trouvées à l’autopsie cadrent avec celles que le poison retrouvé provoque d’une façon constante ;


3° Que les symptômes observés avant la mort soient identiques à ceux que l’on a observés dans l’empoisonnement par le même poison.



Tant que ces trois conditions n’auront pas été remplies, il sera impossible d’affirmer la culpabilité de Joas da Silva. 



Les bâtisseurs d’hypothèses n'ont pas à se gêner, étant donné les imprécisions, les lacunes de l’enquête. Aussi s’en donnent-ils à cœur joie. Après le curare, qui ne fut que grotesque, on en vient à suggérer que da Silva aurait pu injecter lui-même de la strychnine, bien avant l’arrivée du docteur Benoit. Et à dose d’empoisonnement. Il resterait à prouver que da Silva possédait de la strychnine, une seringue et qu’il connaissait les doses convenables à injecter pour provoquer la mort sans laisser de traces du poison. Cela serait risible si ce n’était lugubre à cause de la privation de liberté d’un homme.



Mais le trismus ? Quoi donc a provoqué ce trismus constaté avant l’intervention du docteur Benoit ?



Qu’on me permette de raconter, à propos de ce phénomène physiologique, une simple anecdote :



Il y a deux mois, dans un hôpital du Sud-Ouest, on amenait un homme qui avait été blessé d’une écharde dans le doigt. L’homme présentait tous les symptômes d’un accident tétanique : raideur de tous les muscles, commissures des lèvres tirées, paupières écartées et l'inévitable trismus. On fit au patient une piqûre appropriée ; mais, après un examen plus approfondi, on s’aperçut que, en fait de tétanos, l’homme tenait ce que les carabins appellent, hors de la présence de leurs "patrons", une cuite carabinée.



La scène se passait à Bayonne."



A suivre...



(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France) 









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vendredi 26 février 2021

L'AFFAIRE DE LA VILLA FAZENDA À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JANVIER 1950 (deuxième partie)

 

L'AFFAIRE DE LA VILLA FAZENDA À BIARRITZ EN 1950.


En 1950, une affaire étrange défraie la chronique à Biarritz.



pays basque autrefois faits divers
LES MARIES DE FAZENDA BIARITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Qui ?, le 16 janvier 1950, sous la plume de Marcel 

Carrière :



"L'imbroglio de la Villa Fazenda.



Détective reconstitue le dernier jour de Monique Da Silva et, seul, entend M. De Paladines, témoin principal.



Biarritz et Bayonne (de nos envoyés spéciaux). 


Pendant dix jours, l'affaire da Silva n’a plus été qu'une bataille d’avocats. Parties civiles et défenses se sont affrontées en des luttes courtoises, mais acharnées.


Dans les sombres escaliers du Palais de Justice de Bayonne, qui vit défiler, au temps des scandales Stavisky, tant de robes célèbres, c’est de nouveau l’agitation des grands jours. Une agitation qui ne soulève aucun bruit : les portes se ferment devant les journalistes. Procureur, juge et policiers se retranchent derrière un mutisme agressif. Le palais de l’éloquence est devenu le palais du silence.



Nous avons abandonné, sur la pointe des pieds, cette maison du mystère et avons rejoint les hauteurs ensoleillées de Biarritz où, derrière son rideau de pins, dort, portes et volets clos, la Fazenda, la villa rose où mourut, une nuit d’octobre, la jeune et jolie Monique da Silva.



Il est naturel que l’accusation et la défense, toutes deux au service de la vérité, usent des armes que leur procure la loi mais, derrière la muraille de paperasses qui, chaque jour, s’épaissit un peu plus, il y a un homme enfermé qui se dit innocent. Cet homme demande que la lumière soit faite sur son cas. Il en a le droit absolu. Or, il semble qu’il y ait eu, dans l’enquête menée immédiatement après le déclenchement de la justice, des "trous" qui auraient dû être comblés depuis longtemps. De ce fait, le commissaire Pourtant, de la 1re Brigade mobile, a hérité d’un dossier incomplet. En la matière, le temps perdu ne se rattrape jamais.



Nous nous sommes efforcés, au cours d'une enquête personnelle, de "colmater" ces brèches dans l’emploi du temps de Joas et de Monique, dans la journée du dimanche 2 octobre. En effet, le comportement de Joas da Silva dans les heures qui précédèrent la mort de sa femme, s'il ne constitue pas en soi une preuve décisive, n'en fournit pas moins des indications susceptibles de placer les vedettes de ce drame dans leur véritable climat.



Un dimanche comme les autres.



Comme tous les dimanches, Monique et Joas que ses intimes appellent Jonsine — partent pour l’église à 10 heures et demie. Jonsine, très pieux, n’a jamais manqué un office. Il suit la messe dans un missel. Ce n'est pas un figurant mondain, c’est un véritable croyant. Monique, près de lui, dans sa robe claire, est plus distraite. La veille au soir, une discussion les a dressés l’un contre l'autre. Sous les voûtes de Saint-Martin, cette même église où ils se marièrent le 7 juillet 1947, le couple le plus riche de la paroisse revit peut-être ce jour de fête.



Chacun peut les voir à la sortie de la messe. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont heureux. Jouent-ils, pour la galerie de leurs amis et les curieux, la comédie du bonheur ? Pourquoi l'imaginer ?



A 12 h. 30, ils s’asseyent à une table du Sonny's Bar. C'est là où le Tout-Biarritz, avant le déjeuner, vient échanger les. derniers potins de la fin de saison. Monique commande un jus de fruit. Ils ne s’attardent pas et, à 13 heures, ils quittent le bar. Ils invitent à la Fazenda un de leurs meilleurs amis, M. d’Aurelle de Paladines, un jeune homme qui connaît Jonsine depuis toujours. Le repas est gai. On échange des souvenirs de vacances. Monique parle de sa petite Paméla ; Jonsine, de son dernier séjour au Brésil. Il aime les 1 400 hectares de sa Fazenda, perdue en pleine brousse, à 172 kilomètres de Rio-de-Janeiro où il s’occupait spécialement des relations commerciales avec les acheteurs. Monique n’écoute plus. Elle déteste, elle, la mondaine, tout ce qui touche à cette exploitation fermière. Les mots café, vaches laitières. maïs, riz, porc sonnent à ses oreilles comme autant d’incongruités. Les deux hommes passent au fumoir. Pendant que Maria Aizpura, la cuisinière-servante, dessert la table, tous trois s'installent dans des fauteuils. Jonsine offre un cigare brésilien à d’Aurelle de Paladines.


pays basque autrefois bar
SONNY'S BAR BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN


— Veux-tu un verre de cognac ? Maria apporte une bouteille au fond de laquelle il ne reste même pas de quoi emplir un verre. Jonsine s'en étonne.



A 14 h. 20, Jonsine et de Paladines prennent congé de Monique. Ils se rendent au terrain de golf ; c'est, avec le ski, le sport préféré de da Silva. On l’appelle même, dans Biarritz, le "monsieur du golf". A 14 h. 45, ils pénètrent sur le link, accompagnés de M. Poulliat, le caddie-master (chef des caddies). Une partie s'engage qui ne se termine qu'à 18 h. 15. La nuit est presque tombée. Da Silva, au vestiaire, a fini de se changer et converse avec ses amis quand, à 18 h. 45, on lui annonce que Monique vient d'arriver. Sans attendre, il quitte tout le monde et se précipite au-devant de sa femme. Il lui donne le bras et tous deux, souriants, se promènent un instant dans les jardins. D’Aurelle de Paladines vient les rejoindre. Monique exprime le désir de manger. D'Aurelle va lui chercher un sandwich au bar.



pays basque autrefois golf
M POUILLAT CHEF DES CADDIES BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



A 19 h. 30, ils se retrouvent assis, de nouveau, à une table du Sonny's. Monique boit un jus de fruit. A 20 heures d’Aurelle les quitte sur le seuil du bar. Monique et Jonsine sont souriants comme tout au long de cette journée qui s'est passée semblable à tant d'autres.



pays basque autrefois bar
SONNY'S BAR BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



Nous avons retrouvé M. d’Aurelle de Paladines au golf, à l'endroit même où il vécut, en compagnie de ses amis, ce dimanche qui devait si mal finir. Ce témoin n’a jamais reçu la visite de quelque policier que ce soit. Il aurait cependant été intéressant que les déclarations qu’il nous a faites à nous-mêmes fussent versées au dossier.


pays basque autrefois folf
GOLF BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



— Pendant toute cette journée du 2 octobre, je peux affirmer qu’à aucun instant Monique et Jonsine ne m’ont paru différents des autres innombrables fois où je les ai rencontrés. Je connais Jonsine depuis son plus jeune âge et je sais que, malgré sa pudeur sentimentale naturelle. il n’aurait pu me dissimuler les tourments de son cœur. Et ce calme, ce sang-froid avec lesquels il a fait sa partie de golf, un sport qui demande une grande concentration, sont-ils les marques d’un homme bouleversé par les révélations intimes de sa femme ? Le lendemain, à midi, j’ai revu Jonsine. Il était effondré. Non ! sa douleur n’était pas feinte. Il m’a dit : "Monique a pris trop de somnifère." Il était au bord des larmes. Pas une seule fois, il n’a parlé de suicide. Il répétait sans cesse : "Un accident médical. C’est affreux." Il implorait le docteur : "Peut-être qu’elle n’est pas morte. Je vous en supplie, faites quelque chose". Il me parlait aussi de Paméla, des sanglots dans la voix.



Ainsi. M. d’Aurelle de Paladines, par ces déclarations d'une sincérité qui ne saurait être mise en doute, nous donnait de Joas da Silva un portrait qui est loin de ressembler, à celui d'un empoisonneur.



Les trois énigmes.



Je ne passe pas volontairement sous silence tout ce qu’il peut y avoir de contradictoire dans son attitude, ni les mensonges qu’il semble avoir accumulés à plaisir contre lui-même. Il faut que la mort de Monique soit expliquée et ce, malgré les silences du prisonnier de la Villa Chagrin.



faits divers pays basque autrefois prison
DA SILVA SORTANT DE LA VILLA CHAGRIN BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Nous nous trouvons, en définitive, devant trois points à éclaircir : 1° la lettre écrite par Monique à son cousin Hermano ; 2° les 350 cmc. d’alcool trouvés au cours de la seconde autopsie ; 3° les causes exactes qui ont déterminé la mort de Monique.



En toute objectivité, nous ne saurions sortir de là. Tout le reste appartient au domaine de l'hypothèse ou de la fantaisie ; c'est un domaine où la vérité n'a rien à faire.



I.- La lettre


Evidemment, nous nous heurtons, dans le premier de ces cas, au secret de l’instruction. Nous savons, mieux que quiconque, qu'un juge est maître absolu de son dossier. Mais, devant l'ampleur prise par cette affaire, il ne serait pas inutile que tous ceux qui, aujourd’hui, s’obstinent à jeter quelque lueur sur ce mystère ne déformassent point les termes exacts de cette lettre qui représente, en somme, le testament sentimental de Monique da Silva.



Or, de l'aveu même du destinataire, Hermano da Silva, cette lettre ne ferait que représenter un argument de plus pour l’innocence de Joas.



Nous savons que Monique a été très réservée dans sa rédaction. Elle raconte qu’elle a signifié à Joas son intention de rompre et que celui-ci a pris très calmement la chose, ne réclamant, en contrepartie de son amour perdu, que la garde de sa petite Paméla, qu’il adore.



Il reste à expliquer comment elle a pu être postée, et par qui.



A trois cents mètres de la Fazenda, avenue de Verdun, est scellée, dans le mur du Castel Cavadonga, la boîte aux lettres la plus proche du domicile des da Silva. Elle se trouve sur le chemin du terrain de golf. C'est cette route qu'empruntaient depuis toujours les da Silva pour s'y rendre.


FAITS DIVERS PAYS BASQUE AUTREFOIS
BOÎTE AUX LETTRES AVENUE VERDUN BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



Dimanche 2 octobre, Joas parti avec d’Aurelle de Paladines, Monique rédige la lettre. Elle a quatre heures et demie devant elle pour le faire. A 18 h. 30, elle quitte la villa, elle jette la lettre dans la boîte et, à 19 heures, elle retrouve son mari au golf.



La lettre porte le cachet du lundi 3 octobre, 11 h. 30. Pour la simple raison que, dans ce quartier éloigné du centre de Biarritz, il n'y a pas de levée le dimanche.



II.- L’alcool.


C’est le fait 1e plus précis de cette affaire : les médecins, après un examen des lamelles sanguines, ont déterminé d'une façon formelle la quantité d'alcool absorbée par Monique : 350 cmc.



Da Silva déclare que, dans les heures qui précédèrent la mort de sa femme : 1° Monique n'a pas bu en sa présence ; 2° Monique ne l’a pas quitté ; 3° Il n'y avait pas de bouteille d’alcool dans la maison.



Or, Monique a bu. On n’ingurgite pas de force de l'alcool dans le gosier d’une femme vivante. Donc, elle l'a fait soit en la présence de son mari, soit en son absence. C'est dire que da Silva ne dit pas la vérité sur le premier point, ou sur le second. Ou elle a bu devant lui, ou elle l’a quitté pour boire.



On a vu, par le témoignage d’Aurelle de Paladines, qu’il ne restait qu’un fond de bouteille de cognac à midi, le 2 octobre. Donc, il faudrait supposer que da Silva n’a parlé d’alcool à la fin du repas que dans le but de susciter un témoignage. Or, l’invitation d’Aurelle de Paladines a été faite le matin même, au hasard d’une rencontre.



D’autre part, on a émis l’hypothèse que Joas aurait fait boire de l’alcool à sa femme pour lui faire avouer ses relations avec Hermano. Supposition évidemment séduisante qui expliquerait tous les mensonges de da Silva. Mais Joas, depuis le 1er octobre, est au courant de son infortune, de l'aveu même de sa femme, puisque, dans la lettre postée le 2 octobre, il y a ces mots : J’ai tout avoué a Joas. Ce qui corrobore ce que nous affirmions plus haut.



Il demeure toutefois que da Silva ment sur un des deux premiers points. Nous pouvons en déduire qu'il dit, sur un des deux, la vérité. Il croit qu'il n’y avait pas de bouteille dans la maison, parce qu’on lui a caché cette bouteille. Et comme (il faut insister sur ce point), on ne peut forcer physiquement personne à boire, il faut bien admettre que c'est à l'insu de son mari et volontairement que Monique a bu les 350 cmc. d'alcool.



III.- Les causes de la mort.


Il se passe une chose étonnante, dans cette affaire, c’est qu'un homme est accusé d'avoir volontairement donné la mort, alors qu’on ignore tout de la façon dont cette mort a été donnée.



Les seuls faits précis recueillis sur les causes de la mort de Monique da Silva sont des faits négatifs. Je ne pense pas que ces derniers aient jamais constitué une preuve.



Les trois comprimés de Seconal Sedico trouvés dans le corps de Monique ne peuvent avoir causé la mort : c’est une certitude absolue, médicalement irréfragable. Il n’est pas inutile de le répéter car, dans les mille séductions des hypothèses, on oublie qu’en matière criminelle, lorsqu’on possède un cadavre et deux rapports d’autopsie, même un mobile apparent ne suffit pas : il faut apporter une preuve.



Or, où est la preuve que la mort de Monique n’est pas accidentelle ?



Le corps humain est loin, malgré tous les progrès de la science, d'avoir livré tous ses secrets. Quel savant, quel médecin, quel expert pourrait dire, sans risquer de se tromper, que telle dose de médicament ajouté à telle dose d’alcool en telles circonstances dans tel organisme ne peut provoquer la mort sans que la science en puisse donner l'explication ?



Monique da Silva n'a pas été tuée par le Seconal, pas plus que par l’alcool.



Le docteur Benoist entendu, il a été déterminé catégoriquement que les doses de strychnine injectées à Monique n'ont pas dépassé 9 milligrammes 5. Or, la strychnine ne devient mortelle pour un adulte qu’à partir d’une injection massive de 12 centigrammes 5.



Ainsi, voici définitivement écartée l’hypothèse d'une mort par accident thérapeutique.



Il y a, par ailleurs, ce nombre de 14 comprimés que da Silva dit avoir été absorbés par Monique. Il en a donné lui-même l’explication.



— J'ai acheté ce tube de 40 comprimés à Rio. J’en ai pris un pendant le voyage et un autre peu après mon arrivée. Monique, de son côté, en a pris deux avant le 1er octobre. Après sa mort, j'ai compté le nombre de comprimés contenus dans le tube : il en restait 22. Donc, elle n’avait pu en absorber que 14.



Quand, le lundi 9 janvier, à 17 h. 30, dans la cellule 22 de la Villa Chagrin, la prison de Bayonne, Joas da Silva Ramos apprit, de la bouche d'un de ses avocats, Me Laxague, que sa mise en liberté provisoire était refusée par M. Max Pech, juge d’instruction, il ne se départit pas du calme qui l’habite depuis qu’il a été arrêté.



— C’est dur. Mais je saurai être courageux. 



Puis il demanda, presque timidement, des nouvelles de sa fille, Paméla.



Paméla, l’enfant ignorante du drame effroyable qui déchire sa famille : Paméla, la troisième victime du tragique imbroglio de la Fazenda."



A suivre...




(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France) 








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