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samedi 28 décembre 2024

28 DÉCEMBRE 1937 : MORT DE MAURICE RAVEL MUSICIEN BASQUE



MAURICE RAVEL MUSICIEN BASQUE.


Joseph Maurice Ravel est un compositeur Basque né à Ciboure (Basses-Pyrénées) le 7 mars 1875 et mort à Paris le 28 décembre 1937.



pays basque autrefois musicien boléro ciboure
MAURICE RAVEL


Je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises de la mort de Maurice Ravel, en 2017, en 2019en 

2020, en 2021, en 2022, et en 2023



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien L'Echo de Paris, le 29 décembre 1937 :



"Maurice Ravel par Adolphe Boschot, de l'Institut.



Il faut saluer, avec émotion et reconnaissance, ce musicien qui vient de nous quitter. Depuis quelque 30 ans, il tenait une place de premier rang de la musique française : son nom et son oeuvre s'étaient conquis une éclatante, une légitime célébrité, qui s'était répandue, peu à peu mais sûrement, bien au delà de nos frontières.



Il était né, en 1875, dans les Basses-Pyrénées, sur la Côte basque. Les voyageurs, les baigneurs qui s'arrêtent à Saint-Jean-de-Luz, ne sont pas sans franchir le pont qui traverse le petit port et la gentille rivière appelée la Nivelle. Sur la rive gauche, s'étend une ligne de maisons irrégulières et pittoresques, dont les toits brillent au soleil, sous les verdures ondulantes d'un coteau couvert d'arbres. Une des maisons attire le regard par sa façade insolite. Elle est dominée par un fronton incurvé qui fait songer à certaines toitures hollandaises. C'est là, dans cette maison de Ciboure, que naquit Maurice Ravel.



pays basque autrefois musicien boléro ciboure
MAISON DE MAURICE RAVEL CIBOURE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Dès l'enfance, il vient à Paris. Au Conservatoire, il suit la filière des classes de piano, d'harmonie et de composition : en 1901, il remporte un second prix de Rome.



Il ne va point tarder à prouver une maîtrise bien précoce : en 1903, il donne son remarquable Quatuor à cordes. Ainsi, à 28 ans, il s'affirmait comme l'un des jeunes musiciens dont on pouvait attendre le plus. D'ailleurs, d'autres compositions, contemporaines du Quatuor ou même antérieures de quelques années, comme la Pavane pour une infante défunte, étaient déjà beaucoup plus que des promesses.



En 1905, alors que Ravel atteignait la limite d'âge pour le concours de Rome, il ne fut même pas admis à monter en loge. Cet étonnant jugement provoqua une violente campagne de presse. On pourrait, encore aujourd'hui, épiloguer à son propos. Mais la seule conclusion serait sans doute la reconnaissance d'une vérité aussi évidente que banale. On constaterait que tous les jugements humains, et en particulier dans le domaine des arts, sont sujets à l'erreur. Le temps les confirme ou les casse. Une telle relativité, instable, changeante, où le caprice et la mode jouent un rôle inévitable et puissant, offre toutefois un double avantage : elle donne à ceux qui échouent l'espoir d'une revanche ; elle engage ceux qui jugent à garder de la modestie et de la bienveillance.



Maurice Ravel ne fut pas découragé par un échec, qui d'ailleurs le mettait en lumière. Ce Basque nerveux, maigre et souple comme un champion sportif, avec un regard perçant dans un visage aigu, avait la volonté la mieux trempée, l'intelligence la plus lucide, et une parfaite conscience de ses dons personnels, de sa force créatrice et même de ses limites. Peu de musiciens se montrèrent plus ingénieux que lui et plus avisés dans la culture et dans l'emploi de leur talent : sa musique, d'un art médité, minutieux, affirme cette netteté de la vision sur soi-même.



Faut-il rappeler ici, brièvement, les titres les plus célèbres d'une abondante production ? Pour le piano, Jeux d'eau, Miroirs (dont Une Barque sur l'Océan et l'Alborado del graciozo furent ensuite orchestrés par l'auteur), Gaspard de la Nuit, Les valses nobles et sentimentales, sans oublier un Concerto, révélé par l'admirable Marguerite Long, et un autre Concerto pour la main gauche seule... Ecrite d'abord pour le piano à quatre mains, Ma Mère l'Oye, transportée à l'orchestre et convertie en ballet, fut donnée au Théâtre des Arts par M. Jacques Rouché ; elle continue d'être applaudie dans les concerts symphoniques.



pays basque autrefois musicien boléro ciboure
MA MERE L'OYE
MAURICE RAVEL



Pour la voix, soit avec piano soit avec orchestre, il faut au moins citer Histoires naturelles, sur des paroles de Jules Renard, Trois poèmes de Mallarmé, Chansons Madécasses, Shéhérazade...



Au théâtre, tous les amateurs ont apprécié L'Heure espagnole, comédie musicale sur les exquises paroles de Franc-Nohain, L'Enfant et les sortilèges, fantaisie lyrique sur le subtil et charmant scénario de Mme Colette, — et l'imposante et puissante "symphonie chorégraphique" Daphnis et Chloé, moderne évocation de l'antique pastorale de Longus, jadis traduite par Amyot et revue par Paul Louis Courier.



pays basque autrefois musicien boléro ciboure
DAPHNIS ET CHLOE
MAURICE RAVEL



Au moment où un tel musicien est touché par la mort, il n'est guère séant de rappeler les discussions qui se sont élevées autour de ses oeuvres, et qui ont recommencé, par exemple, lorsqu'il donna La Valse ou Le Boléro. Chose inévitable, chacun des auditeurs apprécie toute oeuvre d'art selon ses propres habitudes et ses aspirations les plus personnelles. Or, elles sont impérieuses et condamnent à une partialité fatale.



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LE BOLERO
MAURICE RAVEL



Si l'on évite les exagérations, soit dithyrambes, soit dénigrements, sans doute peut-on prendre de Maurice Ravel une vue qui a quelque chance d'être exacte et de n'être pas contredite à trop brève échéance.



La musique contemporaine évolue avec une rapidité, une brusquerie, une allure incertaine et zigzagante, qui sont l'effet de notre désarroi d'après-guerre. Sans être pessimistes, on constate que diminue le nombre des esprits cultivés, ayant à la fois de la fermeté et de la souplesse, conservant le haut et bienfaisant souvenir des grandes oeuvres consacrées par le temps, ce qui n'empêche pas de rester ouvert et bienveillant aux oeuvres nouvelles. De tels esprits considèrent volontiers, soit dans la littérature ou dans les arts, ce qu'on peut appeler le fonds et la forme, ou encore l'idée et le style ; — en musique, on peut dire l'expression et la beauté. Or, que pensait-on de ces qualités primordiales et le plus souvent solidaires, au moment où se forma le talent de Maurice Ravel ?



Peu après 1900, c'est-à-dire quand il avait de 25 à 30 ans et composait déjà son Quatuor à cordes, les cénacles de jeunes musiciens se détachaient du wagnérisme et des théories édifiées par les disciples de César Franck. Ils désiraient autre chose que le lyrisme théâtral et véhément de Bayreuth, autre chose que les lourdes et imposantes constructions où semblait aboutir l'enseignement de la Schola. Ils étaient attirés par l'orchestre chatoyant des Russes, par l'impressionisme de Debussy, par la subtile élégance de Fauré, par l'inventive et spirituelle fantaisie d'Emmanuel Chabrier. Telles sont les principales influences dont se pénétra le jeune Maurice Ravel.



Sans doute faut-il en ajouter deux autres, qu'on s'étonnera de voir rapprocher, car elles sont plutôt contradictoires. D'une part, c'est un étrange "bohème" de la musique, un fantasque, un réfractaire (dont on fit plus tard un bien cocasse chef d'école), mais qui agit sur Ravel bien moins par ses oeuvres qui comptent peu, que par ses propos d'esthète frondeur, libertaire et "en marge". Ce narquois négateur de ce qui est classé ou poncif, était Erik Satie. D'autre part, voici l'antidote, dont on parle peu, et qui n'est autre que Saint-Saëns. On peut être surpris de voir ici un tel nom. Mais il ne faut pas oublier que Ravel était l'élève de Gabriel Fauré, et que celui-ci, jadis élève de Saint-Saëns, lui doit beaucoup plus qu'on ne le dit. D'ailleurs, la précision et la sûreté du style (et un peu la sécheresse), la savante sobriété ou le non-empâtement de l'instrumentation, révèlent plus d'une affinité profonde entre Saint-Saëns et Maurice Ravel.



Ainsi orienté dès sa jeunesse, et par lui-même et par les circonstances, il produisit exactement, sans hésitation ni erreur, l'oeuvre qui était conforme à sa propre nature. Aucun débordement de lyrisme ; peu de mouvements de sensibilité ; mais un très vif, un piquant et nerveux agrément, grâce à un style précis, élégant, alerte et lumineux, — grâce à une construction ramassée et parfaitement équilibrée, grâce à un subtil et impeccable dosage de la sonorité orchestrale. Toute son oeuvre est pénétrée de l'esprit le plus lucide et le plus maître de lui-même.



Maurice Ravel mérite une place de choix dans le souvenir de tous ceux qui aiment la musique. Plus d'une de ses pages retiendra longtemps leur admiration. Et son influence fut des plus heureuses. Alors que des aventures tapageuses risquaient d'égarer le goût du public, cet artiste accompli, parfois en coquetterie avec les modes du jour, rappelait du moins, grâce à ses réussites séduisantes, qu'il y a un style musical, et que la musique, tout en évoluant, doit toujours rester de la musique."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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vendredi 20 octobre 2023

LE CHANT DES PÈLERINS BASQUES EN ROUTE VERS LOURDES PAR FRANCIS JAMMES EN MAI 1927

LE CHANT DES PÈLERINS BASQUES EN ROUTE POUR LOURDES PAR FRANCIS FRANCIS JAMMES EN MAI 1927.


Francis Jammes est un poète, romancier, dramaturge et critique français qui a passé la majeure partie de son existence dans le Béarn et le Pays Basque, principales sources de son inspiration.



poete ecrivain france hasparren
FRANCIS JAMMES



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien L'Echo de Paris, le 4 juin 1927, sous la plume de 

Francis Jammes :



"Le chant des pèlerins basques (29 et 30 mai 1927).



Nous avons quitté Hasparren en pays basque. Et, d'abord, la route longe la rivière qui a nom "Joyeuse ", parce qu'elle rit entre les pierres. Çà et là, au flanc des coteaux, se posent des maisons ailées, toutes blanches. L'une s'appelle Iribarnia : une petite vierge, entre deux géraniums, dans une niche, et son jardin à l'ombre parfumée, et ses abeilles à qui l'on annonce rituellement la mort de leurs maîtres, la rendent vénérable entre toutes. Au tournant d'Ayherre, il y a une croix auprès d'un rocher. Là, un bouvier fut tué : Priez pour lui. 



Le bourg de Labastide-Clairence, où nous sommes passés ensuite, ouvre la Gascogne. Massif est son clocher. Son cimetière recèle un juif appelé Abraham. Sa place est bordée d'arceaux épais, à la mode mauresque. Au sortir de ce village, des peupliers frémissent sur des prairies humides et, à Belloc-sur-Joyeuse, s'élève un monastère bénédictin. J'y connais un moine, Michel, Il est vieux, et je l'affectionne. Priez pour lui. 



labastide clairence autrefois pays basque
LABASTIDE CLAIRENCE - BASTIDA
PAYS BASQUE D'ANTAN


A droite, nous avons monté vers Bardos. D'un côté, l'on voit, entre Espagne et France, les petites Pyrénées bleues comme le mantel de Notre-Dame. Et, de l'autre côté, une plaine sans fin jusqu'à la mer et les Landes, si fertile et boisée qu'il semble que ce soit une Terre-Promise. Dieu nous y mène ! 



Bardos franchi, c'est Bidache, qui fut chef-lieu de Navarre, où coule la lente Bidouze, et où sont les foires aux chevaux. Et l'on voit le château des Gramont, dont plusieurs gisent en l'église romane. Priez pour ces seigneurs ! 



pays basque 1900 autrefois château gramont
CHÂTEAU DE BIDACHE - BIDAXUNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Nous vînmes à Peyrehorade, où j'ai connu Lapeyre, bon poète gascon, et mort d'avoir trop ri. Priez pour lui ! 



A Puyoo, j'ai supplié Notre-Dame, quand l'une de mes enfants était malade, qui est maintenant bien guérie. Seigneur, soyez béni ! 



A Baigts, j'ai salué la dépouille du vénérable Tauzin, prêtre érudit, qui, aussi fut de mes amis. 



Aux portes d'Orthez, à Castétarbe, nous nous sommes assis pour manger dans la verdure, au bord du gave, sous de beaux arbres animés par la brise, qui me rappelaient les voix de ma jeunesse. Pardonnez-moi. 



Voici Orthez, et la tombe, et la maison natale de mes pères. Priez pour eux. 



Voici l'antique demeure de mes vingt ans, et de mes premières chansons. Et les autres maisons où j'ai aimé, souffert et reçu des amis. Pour ceux-ci, priez. 



pays basque autrefois hasparren orthez
FRANCIS JAMMES ORTHEZ
BEARN D'ANTAN



Après Orthez, c'est Castetis aux ruisseaux bleus de myosotis, où j'ai chassé jadis. Là est le noble château de Candau, habité par Champetier, notre chrétien député. Et, sur le fronton, se lit : "Nul pauvre en vain ici ne frappe." Priez pour tous ses hôtes.  



bearn autrefois château
CHÂTEAU DE CANDAU 64 CASTETIS
BEARN D'ANTAN



Ensuite, nous franchissons le tournant d'Argagnon, un peu lavant la gare. Là, plusieurs, en peu d'années, ont péri en automobile. Priez pour eux. 



Lacq et Mont sont aux Lestapis, qui sont chrétiens, faisant le bien. Et les d'Ariste aussi, à Lescar, où est une cathédrale. Ce sont de vieilles familles aimées. Priez pour leurs morts et pour leurs vivants. 



Les pèlerins traversant Pau ne se trompent de route : on longe le parc où Henri IV chassait biches, lièvres et bécasses ; on prend par la place Gramont, où est la statue d'un maréchal. Les cloches de Saint-Jacques et de Saint-Martin sonnent. Apôtres, priez pour nous. 



béarn autrefois place statue bosquet
STATUE MARECHAL BOSQUET PLACE GRAMONT 64 PAU
BEARN D'ANTAN



A la descente de Bizanos, au-delà du château Franqueville, les gais jardiniers cultivent leurs beaux légumes. A Meillon aussi. Et, encore à Assat, où, à vingt ans, je poursuivais la caille tandis que dans la gloire des cieux, à l'horizon de la moisson, grandissait à perte de vue la montagne. Là, j'ai écrit encore des chansons. Priez pour elles. 



A Nay, on fabrique des bérets et des manteaux avec la laine des troupeaux ; et des chapelets aussi, avec le buis de la montagne, pour les pèlerins comme nous qui les égrènent à genoux. Prions. 



A Bétharram, la Vierge a premièrement, apparu. Il y a un grand collège où j'ai dit ma chanson, où j'ai mangé avec le bon René Bazin, courageux dans l'épreuve. Priez pour lui. 



écrivain juriste romancier essayiste france
ECRIVAIN RENE BAZIN



Mais, voici Lourdes, où, secondement, la Vierge est apparue à Bernadette. Des pèlerins, des pèlerins encore, et toujours ; pèlerins basques et béarnais. C'est le rendez-vous des catholiques béarnais et basques. Il en sort de partout. Il ne se peut point qu'ils fussent davantage à Compostelle, dans le vieux temps. Nous sommes allés d'abord à la grotte, où l'eau pure prie. 



Ayant lavé notre visage et rafraîchi nos cœurs, nous allons au Rosaire, à la Crypte, à la Basilique, voir les ors, les reliques, les drapeaux, les statues, tant de richesses qui réjouissent les pauvres qui n'en ont point chez eux et n'en sont pas envieux. Il y aura toujours des pauvres parmi nous. Priez pour eux. 



religion catholique procession hautes-pyrénées
PELERINAGE DEVANT LE ROSAIRE 65 LOURDES
HAUTES-PYRENEES D'ANTAN



Mais, avant tout, prions pour ce long, cet interminable défilé d'infirmes qui appellent au secours leur Mère. Une femme craignant pour sa petite fille, tant la presse était grande, l'a placée dans les bras et sur le cœur de l'un de nous. Saint Guy, priez pour elles. 



Nous avons assisté aux vêpres solennelles et à la procession du Saint Sacrement. Elle s'avance, magnifique, avec ses filles de Marie en tête, dont la double rangée se déploie et s'évase à la fin comme un grand liseron bleu et blanc. Priez pour elles. 



hautes-pyrénées autrefois religion procession
PROCESSION SAINT SACREMENT 65 LOURDES
HAUTES-PYRENEES D'ANTAN



Nous avons salué Mgr Mostyn, archevêque de Cardiff, et Mgr Soodier, archevêque de Hiéropolis, et Mgr Vaughan, évêque de Menevia, Mgr Barrette, évêque d'Assus, et le révérend Dervey, aumônier de la Marine royale. Que Dieu les garde tous ! 



Le soir venu, étant des milliers et des milliers, et seulement des hommes, nous avons, avec des flambeaux, imité le ciel qui tourne et qui éclaire innombrablement — jusqu'à ce que nous ayons poussé un seul Credo, qui a comblé l'abîme. Entre chaque verset, Dieu descendait en silence dans nos âmes. Priez pour elles.



A minuit, plus belle qu'aucune autre qu'il m'ait été donné d'entendre, la Messe pontificale a été célébrée par notre Evêque, dont la houlette gardait ses brebis bien-aimées. Ainsi faisait Bernadette. Bernadette priez pour notre Evêque et pour nous. 



Les hymnes montaient de l'âme de l'ineffable maîtrise de Bayonne. On voyait un jeune abbé, qui a nom Lalanne, la diriger. Il semblait effeuiller, de ses mains harmonieuses, tel un enfant de chœur, des roses angéliques, qui chantaient, invisibles. On fonde sur lui de rares espérances. 



J'ai écrit ceci à la louange de mon Evêque et de mes compagnons pèlerins du pays basque et au Béarn. Amen."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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mardi 29 août 2023

LA CÔTE BASQUE RACONTÉE PAR L'ÉCRIVAIN ANDRÉ LICHTENBERGER EN SEPTEMBRE 1937

LA CÔTE BASQUE RACONTÉE PAR ANDRÉ LICHTENBERGER EN SEPTEMBRE 1937.


Emile André Lichtenberger est un historien spécialiste du socialisme, un essayiste et romancier français.

Elève au lycée de Bayonne, il restera toujours attaché au Pays Basque sur lequel il a écrit plusieurs livres.



pays basque historien ecrivain labourd strasbourg
ANDRE LICHTENBERGER 1930



Voici ce que rapporta André Lichtenberger à ce sujet dans le quotidien L'Echo de Paris, le 18 

septembre 1937 :



"Sur la Côte Basque.

Mon coin de France.



Voici plusieurs semaines déjà que, fuyant le Paris aigre et fiévreux du Front Commun camouflé et de l'Exposition en dérive, je suis venu chercher l'apaisement coutumier dans le coin de France, qui, depuis mon enfance lointaine, n'a cessé de me prodiguer ses grâces, et où, jusqu'au fond de mes moelles je me sens chez moi, en communion étroite avec, son ciel changeant et sa race immuable, son Océan tumultueux et ses falaises impassibles. 



Non, certes, que je renie mon Alsace natale. Mais quand, au lendemain de la guerre d'avant le déluge, celle de 70, un jeune couple meurtri chercha où réfugier sa nostalgie et raffermir les santés ébranlées, c'est à l'autre extrémité du terroir national, au fond de la baie de Biscaye, que les recueillit le bourg historique où la maison de Louis XIV et celle de l'Infante ne cessent de commémorer le mariage fameux par lequel le génie ingénieux du Mazarin pensa mettre fin à une rivalité séculaire et à des luttes indéfiniment meurtrières. 



Toutes les images ineffaçables de ma première enfance s'incarnent, à Saint-Jean-de-Luz, avec la Rhune comme toile de fond, entre Socoa et Sainte-Barbe. Et, plus tard, c'est à Biarritz, dont Victor Hugo célébra les tamaris et l'innocence, et dont le caprice d'Eugénie de Montijo fit la fortune que mon adolescence découvrit les émois si divers de la pelote basque et du baccalauréat. Du lycée de Bayonne, où en philosophie je décrochai tous les prix (nous étions un), il fallut bien gagner Paris pour y apprendre la dure bataille de la vie. 



pays basque autrefois labourd éducation enseignement
LYCEE DE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Quelle douceur, chaque été, de revenir au cher pays et d'y renouveler son âme en même temps que son vestiaire. Retrouvés le béret, le makhila et les sandales, quelles flâneries à s'ébattre sur la grève dure, en face du décor des Trois Couronnes et du Jaizquibel ! Ai-je connu au Maroc ou en Egypte, à Naples ou à Rio-de-Janeiro, horizons plus féériques ? 



Même durant le grand égorgement mondial, il me fut permis, de loin en loin, au cours d'une permission rapide, de renouer le lien sacré, d'oublier un instant le cauchemar, de reprendre en ces lieux un lambeau d'espoir. 



Et, quand, naïfs, nous crûmes — espoir fallacieux ! — qu'il allait être possible de revivre une existence apaisée, quel plaisir, dans une vieille maison au fond d'un jardin discret, de rebâtir un foyer familial où, avec ferveur, enfants et petits-enfants trouveraient l'abri, le repos, la paix vivifiante ! 



Hélas ! la côte basque en général, Biarritz en particulier — peut être plus encore que d'autres régions balnéaires ou thermales — ont été cruellement éprouvées par la crise et les changements qu'elle a marqués dans les habitudes touristiques. Si les sports d'hiver et les croisières ont enlevé des hivernants à la Riviera, la vogue de l'ensoleillement lui a procuré de merveilleuses saisons estivales. La clientèle de luxe cosmopolite, en l'honneur de qui avaient pullulé au pays de Ramuntcho, les palaces, les casinos et les villas somptueuses, a été définitivement décimée, sans que lui fussent substituées des aubaines compensatrices. 



pays basque autrefois palace riches labourd
LA RESERVE DE CIBOURE
PAYS BASQUE D'ANTAN



La manie grandissante de la bougeotte a abrégé les séjours, en même temps que la nécessité de l'économie en diminuait, pour le commerce local les recettes. Au malaise grandissant, les troubles d'Espagne ont ajouté des éléments d'incertitude peu faits pour attirer les oisifs. On a vu, les uns après les autres, se fermer les grands hôtels et les rideaux de fer demeurer clos sur les vitrines des succursales des maisons de la rue de la Paix. Les prix des villas de quelque importance ont dégringolé dans des proportions vertigineuses... 



"Biarritz, la reine des plages, la Plage des Rois", affirmait naguère une réclame grandiloquente. Ces temps sont passés. Le diable, dit la légende euskarienne, n'ayant jamais pu apprendre le basque, renonça jadis à se fixer au pays. Aujourd'hui, il s'est réinstallé dans les bourses aplaties, et toutes les ingéniosités s'évertuent à le tirer par la queue. 



pays basque autrefois labourd plage
BIARRITZ REINE DES PLAGES PLAGE DES ROIS
PAYS BASQUE D'ANTAN



Est-ce à dire que soient désertes ces anses charmantes hantées naguère par les privilégiés de tous les mondes ? 



C'est méconnaître l'irrésistible attraction de ce terroir comme la souplesse de la race qu'il nourrit. Jadis, elle alla poursuivre la baleine jusqu'à Terre-Neuve et chercher l'Eldorado jusqu'en Argentine. Puisque les rois d'antan ont disparu, c'est à ceux d'aujourd'hui qu'elle adresse ses sourires. Non seulement une aristocratie réduite, mais fidèle, lui demeure attachée ; mais, chaque année plus nombreux, à des prix changés, le "petit monde", comme disent les commères sur le marché, se presse sur les falaises autrefois réservées à la noblesse du pétrole et du Gotha. 



Les méfaits du Front Populaire sont innombrables. Ne méconnaissons pas ce que, par hasard, il a semé de bon grain parmi tant d'ivraie. 



affiche front populaire 1936
AFFICHE FRONT POPULAIRE 1936



Tous les matins, arpentant la plage d'argent du côté d'Ilbaritz, je traverse un champ de coquelicots bougillons éparpillés sur le sable. Dégringolée d'un hôtel désaffecté que surmonte le drapeau rouge, toute une marmaille écarlate célèbre, je n'en doute pas, au chant de l'Internationale, les conquêtes opérées par le prolétariat sur ses exploiteurs. Mais il faut confesser que les mines sont superbes et la tenue excellente. Sous le soleil radieux, en face de l'Océan qui ronronne, comment n'espérer que les âmes ne s'aèrent et ne s'éclairent en même temps que brunissent les épidémies et que s'élargissent les poitrines maigriotes ? 



Il me plaît d'imaginer que, sur notre humanité troublée, le vieux terroir exercera son emprise. Est-ce que, barbotant sous le ciel d'azur, parmi les flots d'écume blanche, ce pullulement cramoisi n'évoque pas l'idée d'une multitude de cocardes tricolores, symbole alerte, par delà ce qui aujourd'hui nous aigrit et nous divise, d'un ralliement joyeux qui, un jour, se fera entre tous les enfants d'une même patrie ? 



A tous les âges de ma vie mon pays basque m'a défendu contre la détresse. Jusque dans l'ère de Blum et sous le signe de Jouhaux, je vous jure qu'il n'a pas épuisé les ressources de sa magie..."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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samedi 3 septembre 2022

LOUIS-LUCIEN BONAPARTE ET LA LANGUE BASQUE AUTREFOIS

LOUIS-LUCIEN BONAPARTE ET LA LANGUE BASQUE.


Louis-lucien Bonaparte, né le 4 janvier 1813 à Thorngrove (Worcestershire, Angleterre) et mort le 3 novembre 1891 à Fano (Marches, Italie), a été député, puis sénateur du Second Empire et philologue, spécialiste de la langue Basque.




homme politique bonaparte linguiste basque euskara
LOUIS-LUCIEN BONAPARTE



Voici ce que rapporta à ce sujet L'Echo de Paris, le 1er septembre 1912, sous la plume de Frédéric 

Masson, de l'Académie française :



"Le Prince Impérial.



Ce fût en juin 1874 que je le vis pour la première lois, l'unique, — car, depuis lors, retenu à Paris par son service, je ne pus, en cinq années, trouver le loisir de passer le canal. Nous avions été à Cambden place présenter nos hommages à l'Impératrice. Après une longue audience, elle nous mena à son fils. Dans la salle à manger, on avait étendu sur le parquet, un chemin de linoléum, et le prince, en tenue très simple, d'escrimeur-collégien, — pantalon de toile, veste de toile, masque à garniture rouge, — faisait vigoureusement assaut contre un très grand et très bel homme, mince, bien pris en sa taille, d'une désinvolture élégante, qui, en maillot noir, en veste noire aux enjolivements rouges, gants noirs et sandales noires, avait sous les armes la tenue d'une "première épée" et n'ignorait point l'art de mettre sa grâce en relief. Nécessairement, l'Impératrice et les personnes qui l'accompagnaient s'étaient placées, face au prince, qui tirait à fond, de tout son cœur, avec un besoin, de se dépenser, une ardeur au fer qui le mettait en prise à chaque instant ; mais l'escrimeur noir se contentait de parer et d'indiquer la riposte ; il avait, dans sa parade, quelque chose de lassé qui était suprêmement élégant, mais un peu dédaigneux, et qui, naturellement, provoquait de plus vives attaques, toujours infructueuses. A la fin pourtant, le tireur noir sentit que le prince s'énervait à subir une supériorité qui ne daignait pas même s'affirmer et il prit son parti d'attaquer. Pour un magnifique dégagé, il se fendit académiquement et, à ce moment, la galerie attentive perçut un léger déchirement. Le maillot noir avait craqué et, devant les marques de bienveillance par lesquelles l'Impératrice s'efforçait de couvrir les rires qui fusaient autour d'elle, le tireur hoir redoublait d'agilité, de grâce et de nobles efforts ; et, à chaque mouvement, une maille sautait, si bien qu'au bout de quelques instants une blessure s'ouvrit, assez large pour faire tout redouter. L'Impératrice interrompit l'assaut, combla de compliments le tireur noir et se retira, laissant le prince, qui ne comprenait rien à ces fous rires, achever, en tête-à-tête, ce duel fatal au maillot. 



prince napoleon
PRINCE IMPERIAL LOUIS-NAPOLEON 1878



Je revis le prince le surlendemain et je pus causer, avec lui durant une fin d'après-midi et une soirée. Il y avait assurément en lui infiniment de jeunesse et d'une jeunesse qui, comme dit Mme de Sévigné de son petit-fils, "lui faisait du bruit". Il eût aimé courir, sauter, lutter, remuer des armes, dompter des chevaux ; il se contraignait pour ne point s'échapper en des bondissements où se fût satisfaite l'exubérance de sa nature. Il était gai et son rire sonnait dans le château triste.



Ce soir-là dînait un des fils du prince de Canino : Louis-Lucien Bonaparte, personnage très curieux, très instruit, très remarquable, qui fut, à coup sûr, un des hommes sa chant le plus de petites choses. Né en 1813, à Thorngrove, durant que son père était plus ou moins prisonnier des Anglais, il se tenait pour demi-Anglais, bien que l'empereur Napoléon III l'eût appelé au Sénat et l'eût fait grand-officier de la Légion d'honneur. Il avait une tête superbe — très Bonaparte — et était fort bienveillant. Seulement, il émettait des idées qui paraissaient singulières, faute qu'on les entendît. Il avait commencé par étudier la chimie. Il avait fait, paraît-il, des découvertes éminentes, comme du valérianate de quinine. Mais, constatant qu'en ce genre d'études il ne serait point le premier et qu'il aurait vraisemblablement toujours des maîtres, il avait abandonné la chimie pour la linguistique, où il s'était passionné. Je crois bien qu'il avait débuté par entreprendre simplement un dictionnaire comparatif des langues européennes, et il en comptait cinquante-deux, sans parler des dialectes ; je ne pense pas qu'il ait poussé l'impression au delà du spécimen où il avait constaté les cinquante-deux façons dont les Européens expriment cinquante-six notions qu'il tenait pour essentielles. A la vérité, il les avait choisies d'une façon qui surprenait, mais qui, si l'on réfléchit, devait être révélatrice d'une sorte de philosophie, car il ne s'y rencontre aucun mot désignatif d'un objet. Ainsi donne-t-il les cinquante-deux vocables des mots : Dieu, esprit, ange, diable, âme, paradis, enfer, temps, année, printemps, été, automne, hiver, mois, semaine, jour, nuit, matin, soir, heure, monde, lumière, rayon, ombre, ciel, soleil, lune, étoile, air, vent, eau, goutte, onde, pluie, neige, glace, rosée, grêle, brouillard, nuage, tonnerre, éclair, foudre, feu, étincelle, flamme, fumée, charbon, cendre, terre, mer, île, lac, fleuve, torrent, rivière. Comme à cette brochure, qui fut imprimée à Florence, en 1847, il n'a mis aucune préface où il ait exposé sa doctrine, on est embarrassé de savoir pourquoi cette numération ; mais il n'est que de regarder l'ordre dans lequel sont rangées les langues. La basque vient la première et forme, elle seule, le groupe A. En suite, le groupe des langues finnoise, estonienne, laponne, hongroise, au nombre de huit, avec douze subdivisions ; enfin le groupe le plus nombreux, en apparence, de toutes les autres langues, au nombre de trente-neuf, rangées en huit groupes aussi. Le basque lui apparaissait donc, sinon comme ]a langue primitive, au moins comme la plus anciennement parlée en Europe et celle à laquelle il rapportait et comparaît les langues du second groupe. L'explication doit se trouver dans la Classification morphologique des langues européennes adoptée par le prince Louis-Lucien Bonaparte, pour son vocabulaire comparatif ; mais où trouver ces quatre pages in-4°, imprimées, en 1863, à quelques exemplaires ?  



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LOUIS LUCIEN BONAPARTE



Bien que l'on ait quelques notions sur la bibliographie du prince Louis-Lucien, l'on ne saurait jamais penser à connaître et moins encore à réunir son œuvre entière, la plus dispersée qui fût jamais, imprimée à très petit nombre, sur tous les points de l'Europe, parfois avec des caractères phonétiques fondus tout exprès, et comprenant de quatre à cinq cents numéros, où il mit son nom comme auteur ou comme éditeur, car s'il travaillait lui-même infiniment dans son incomparable bibliothèque, il éprouvait une joie singulière à publier les travaux de ses émules, de ceux qui prenaient la peine de traduire en quelque langue presque perdue, soit le Cantique de Salomon, soit l'Evangile selon saint Jean. 



S'il collectionnait ainsi les dialectes rares et que peu de gens parlaient, avec quelle admiration ne contemplait-il pas la dernière personne qui rendît une langue encore vivante ! On trouve dans un catalogue de ses livres, sous le N° 116 : "Photographie de la pierre tumulaire érigée en juin 1860, dans le cimetière de Saint-Paul, près Pensance-en-Cornouailles, par le prince Louis-Lucien Bonaparte et le Rév. Garrett, vicaire de cette paroisse, à la mémoire de Dorothée Pentreath, morte en 1776 et censée avoir été la dernière personne pouvant parler la langue cornique." Il avait traduit le Cantique de Salomon en vingt-trois dialectes anglais, mais c'était au basque qu'il s'était surtout attaché et nul que lui, peut-être, depuis Chaho, ne connaissait la délimitation dans les sept provinces basques de l'euscara et sa division en dialectes, sous-dialectes et variétés. 



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LOUIS LUCIEN BONAPARTE



Le prince Louis-Lucien parlait volontiers de ses Basques et le nom d'Augustin Chaho qu'il prononça nous servit de trait d'union : non certes que j'eusse la moindre connaissance des langues euscariennes-basques, mais que Chaho est, en outre, l'auteur d'un pamphlet : l'Espagnolette de Saint-Leu, que je cherchais avec passion, car ceux qui ne l'avaient point lu assuraient qu'il contenait des vérités essentielles sur la mort du duc de Bourbon. Pouvait-on penser qu'il y en eût deux éditions ? La première, celle de 1841, comportait-elle une seconde partie ? la seconde, celle de 1849, avait-elle eu plus qu'une livraison? Problèmes passionnants, pas pour ceux que n'a point touchés la folie du Livre, mais pour quelques rares fidèles. Après tout, Chaho en vaut bien d'autres. Pour le prince Louis-Lucien, connaître Chaho était le commencement de la sagesse, mais il avait d'autres divinités, en particulier les Cadolingiens : c'est des Cadolingiens que descendent les Bonaparte et leur illustration se trouvait, disait-il, obscurcie par la gloire qu'a accaparée Napoléon. Et il soutenait ce paradoxe surprenant par une fécondité admirable d'arguments et des citations sans nombre. 



Le Prince impérial, avec ses dix-huit ans rieurs, trouvait les allégations de son cousin tout à fait comiques, et l'on comprend qu'elles parussent telles à un jeune homme, mais il avait une telle bonne grâce à s'excuser, une telle vivacité de gentillesse, une telle loyauté, qu'il eût été impossible de lui garder rancune : aussi bien y avait-il chez le prince Louis-Lucien une conscience de sa supériorité — du moins en euscarien — sur tout le reste de l'humanité qui ne lui permettait point de s'arrêter à de telles vétilles. 


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LOUIS LUCIEN BONAPARTE


L'impression que j'emportai de Chislehurst fut définitive. Nécessairement fallait-il attendre que le prince se fût libéré, qu'il se fût mis hors de pages, et qu'il eût pris en mains la direction du parti : mais, ce jour-là, le parti aurait un chef et ce chef ne connaîtrait pas les demi-mesures. On pouvait compter sur son intelligence et sur sa vigueur. Peut-être aurait-il du militaire une prédilection un peu marquée, mais comment ne pas s'expliquer cette passion au lendemain de la guerre, chez un Napoléon ? Si sa jeune valeur l'emporta en de téméraires entreprises, n'est-ce pas justement qu'il était hanté du murmure de ces ignobles chansons par lesquelles on avait tenté de salir la mémoire de son père et ses premières impressions d'enfant-soldat ? Dans le beau livre que vient de consacrer à son élève M. A. Filon, se trouvent fixées par l'homme qui a le mieux connu le Prince impérial les justes impressions qu'il a laissées à ceux qui l'ont servi et qui l'ont aimé. C'est par ce livre qu'on acquerra une idée de la politique qu'il eût suivie, politique qui eût fatalement amené certains parlementaires à une rupture infiniment souhaitable. On avait été contraint par eux à des alliances qui rendaient le parti suspect à la démocratie, alors qu'il ne relève que d'elle, et que la devise du prince : Tout par le peuple et pour le peuple, devait être son unique profession de foi ; on avait subi pour le service des parlementaires les équivoques coalitions du 16 Mai, où l'on risquait de gagner quelques vagues sièges à la Chambre, moyennant qu'on abandonnât les principes, qu'on compromît le drapeau et que l'on rendît possible dans l'avenir une restauration orléaniste : tout cela avait été fait, par les parlementaires et contre le gré du Prince. Pour ceux qui, à contre-cœur, ont exécuté des ordres dont, en leur for intérieur, ils discutaient l'opportunité, c'est un soulagement profond d'apprendre d'une façon certaine que le Prince condamnait les alliances par lesquelles son parti se trouva solidarisé avec les partis monarchiques et entraîné dans leur défaite, alors qu'il eût dû rester ce qu'il est, la seule branche hiérarchisée, capable d'organiser, de gouverner et d'administrer, du parti républicain."



(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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mardi 3 mai 2022

IBAGNETA-RONCEVAUX EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1931

 

IBAGNETA-RONCEVAUX EN 1931.


Depuis des siècles, Roncevaux est un lieu de passage entre la Navarre et la Basse-Navarre.




pais vasco antes navarra religion
MONASTERE RONCEVAUX 1933
NAVARRE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le journal L'Echo de Paris, le 17 octobre 1931, sous la plume de 

François Duhourcau :



"Roncevaux.



Il est des lieux prédestinés à la grandeur par décret de la nature. Le port d'Ibagneta-Roncevaux en est un qui, dans les Pyrénées occidentales, favorise le passage de la péninsule ibérique à l'isthme gaulois. Les Romains, qui avaient le sens des sillons de la terre, comme les oiseaux migrateurs des sillons mystérieux du ciel, y tracèrent une route, sur les hauteurs, à leur habitude, pour éviter les gorges boisées, propices à l'embuscade. Elle devait devenir la route des grandes invasions du Sud, en même temps que celle des pèlerins de Compostelle et des seigneurs de France qui participèrent à la croisade d'Espagne. "L'itinéraire d'Antonin jalonne cette route venant de Pampelune à ses deux points capitaux dans la montagne : le port de Roncevaux qu'il appelle Summus Pyrenœus et Saint-Jean-le-Vieux (supplantée, au cours des âges, par Saint-Jean-Pied-de-Port, sa voisine) qu'il appelle Imus Pyrenœus. D'un point à l'autre, les Pyrénées sont traversées. On est passé du versant ibérique au versant gaulois. 



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PELERIN DE ST JACQUES DE COMPOSTELLE



L'histoire et la légende ont suivi le sillon de Rome. Elles ont œuvré suivant la route romaine pour y laisser, dans la toponymie, les chroniques et les romans de chevalerie, la trace humaine, les dépôts successifs de "la sainte geste", guerrière ou religieuse, des hommes d'armes, des pèlerins et des moines. Il n'est pas de site dans le sud français, ni peut-être dans la France entière, plus chargé d'inoubliables histoires, mieux baigné d'une atmosphère de mâles souvenirs épiques, devenus légendaires. 



Ce port de Roncevaux, les autochtones l'avaient nommé le port de Cize, et c'est le vocable gardé par la Chanson de Roland. On y est, en effet, au point extrême du pays de Cize, dont Saint-Jean-Pied-de-Port est la capitale. C'est le port de César. La haute vallée, aujourd'hui espagnole par une étourderie coutumière aux diplomates, s'en nomme Val Carlos, c'est-à-dire le val de Charlemagne. Sa crête orientale, un sentier muletier la longe, vestige de l'antique voie romaine qui vit tour à tour Romains, Visigoths et Sarrasins, Francs et Français, Normands, Espagnols, Anglais. Il se nomme aujourd'hui "chemin de Napoléon", parce que l'artillerie impériale y retraita, avec Soult, en 1813, suivie bientôt des soldats de Wellington. Des redoutes de terre ou des murs écroulés de bastions boursouflant encore, aux points culminants, quelques lignes de crête. 




César, Charlemagne, Napoléon ! La route qui, au sud, passe par Pampelune, la ville de Pompée, et bifurque vers Saragosse, la ville de César-Auguste, ces deux cités ibériques que Charlemagne assiégea avant les soldats de Napoléon, la grande porte des invasions où guerriers de toutes races et de toutes religions se battirent, au cours des siècles, en un flux et reflux continuels, le long cordon ombilical qui se dirige au nord, vers les champs de Poitiers (et mieux de Tours), où Charles Martel, l'aïeul de Charlemagne, écrasa les Sarrasins, la voie qui, loin vers le sud, traverse les champs de las Navas de Tolosa, où s'écroula la domination arabe en Espagne et d'où la Navarre sortit ennoblie et blasonnée à jamais, peut-on rêver un site contenant plus de magnanimité et suscitant mieux l'épopée ? C'est des souvenirs du port de Cize, entraînés au loin, telle une poignée de graines, par le courant de la croisade et du pèlerinage espagnols, puis déformés et rectifiés selon les vérités de la France éternelle, que naquit la Chanson de Roland, la chanson de la Geste de Dieu par les Francs, la chanson de la Croisade et, pour tout dire, la chanson "de France et de Navarre", celle qui justifie ces deux noms d'être inséparables, comme un vaisseau de ligne et sa flamme. 




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LA CHANSON DE ROLAND



Pour connaître ce site épique et légendaire dans toute sa gloire naturelle, accordée à sa gloire historique, il le faut visiter aux beaux jours de l'automne. Lorsque, montant de Saint-Jean-Pied-de-Port par l'âpre gorge du Val Carlos, vous en avez fini avec les lacets de la route moderne, vous atteignez l'ensellure du col et réapercevez soudain, presque à le toucher, le ciel, que le cheminement en forêt, contre la paroi de la montagne vous avait jusque-là caché. Un troupeau de nuages laiteux, frôlant la crête, s'accrochant aux buissons de la lande et courant dans le vent, paraît s'enfuir à votre approche, ainsi que de blanches cavales sauvages se refusant à la domestication par l'homme, jalouses de garder leur inviolabilité d'êtres vagabonds et primitifs.



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VALCARLOS NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Au col même, sur la droite, bordant la route, quelques pans de muraille éboulées : ce sont les vestiges de la chapelle de Charlemagne. Le calvaire de granit qui la précéda a disparu. De l'hospice de Roland qui l'avoisinait, pas une pierre ne demeure. C'est une solitude que font frissonner, évaluant son ampleur, des bruits d'eaux courantes qui glissent, les unes vers l'Espagne, les autres vers la France. Quelques cloches et clochettes dans le vent s'y ajoutent, claires clarines ou graves sonnailles de brebis et de génisses paissant le frais gazon de la clairière. Car c'en est une : une clairière d'herbages, d'ajoncs nains, de bruyères et de fougères, serrée de près tout à l'entour de l'incommensurable forêt de hêtres qui revêt les deux versants de la montagne. Si c'est octobre aux couleurs et au parfum d'ambre, les hêtres attachent aux mille lances argentées de leurs fûts une somptueuse draperie de pourpre qui s'harmonise à la mordorure violâtre des fougères décomposées. Ces landes et prairies solitaires, le ciel et ses nuages, et surtout l'immense pourpre chaude emmantelant cette ruine carolingienne et étouffant, jusqu'à en effacer presque la trace, l'antique voie, devenue le sentier de Napoléon, qui escalade, à gauche, la crête de l'Altabiscar, d'où Roland fut assailli, on ne peut imaginer nature drapant avec plus de tact de glorieux vestiges. C'est une leçon donnée à l'homme. Ici, Charlemagne et Roland, César et Napoléon sont vraiment roulés, comme dit le poète celtique, Dans le linceul de pourpre où dorment les dieux morts. 



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CHAPELLE DE CHARLEMAGNE RONCEVAUX
NAVARRE D'ANTAN



Après avoir tiré sans doute votre béret aux antiques pierres et à la Vierge de Roncevaux, qu'une pâle stèle moderne, vis-à-vis des reliques de la chapelle, vous invite à saluer d'un Salve, regina, vous poursuivez votre route et tout de suite la prodigieuse hêtraie, avec sa forêt de lances d'argent et sa draperie purpurine, vous reprend. Soudain, elle s'ouvre à nouveau. A vos pieds, se dresse et vous barre la route, sévère dans sa robe de granit sombre et sous le capuchon gris de ses hautes toitures de zinc, propices au glissement de la neige, le couvent fortifié de Roncevaux, "royale et insigne collégiale", aux temps jadis... C'est une seconde clairière, à la fois sinistre et allègre, à cause de son monastère morose dont les bois qui le cernent accusent l'isolement et l'abandon, à cause de son étendue de prairies, de ses murmures d'eaux vives et de clarines. Continuez votre route. La hêtraie et ses houx se referme sur vous pour une lieue encore. Vous découvrez alors la vastitude d'un ciel désencombré, nimbant le haut plateau de la coquette Burguete, épanoui avec une ampleur étonnante, vraie rose de prés, coupe de verdure, cerclée au loin de monts et de forêts bleuis. 



pais vasco antes navarra religion
MONASTERE DE RONCEVAUX NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



On se retourne enfin pour embrasser un paysage si divers dans sa majesté montueuse, forestière et pastorale. Et l'on saisit d'un coup d'œil la valeur du port de Cize pour les grandes aventures humaines de la religion, la politique et la guerre. Le vaste plateau vert de Burguete apparaît, un riant gradin pour une facile escalade des Pyrénées, en même temps qu'une place d'armes idéale pour un rassemblement. De là, les monts se prêtent à un accès commode. Ils sont posés, au bord septentrional de la coupe, avec une simple hauteur de fortes collines et la faille du col, sur Roncevaux, les abaisse encore, les fend presque du haut en bas : elle se propose, à l'horizon de l'Espagne, "terre hautaine", comme une invitation au passage vers les bas pays, plaisants et fertiles, de "France la Douce"."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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