mardi 4 juin 2019

NAPOLÉON AU CHÂTEAU DE MARRACQ À BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1808 (deuxième partie)


NAPOLÉON À BAYONNE EN 1808.


En avril 1808, Napoléon rencontre à Bayonne Charles IV d'Espagne, Ferdinand VII et Manuel Godoy y Alvarez de Faria.

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ENTREVUE DE BAYONNE 1808
PAYS BASQUE D'ANTAN

Cette rencontre est appelée "l'entrevue de Bayonne". L'empereur français fut sollicité par les 

deux prétendants légitimes au trône d'Espagne Charles IV et Ferdinand VII pour trouver une 

issue profitable à tous concernant la querelle des deux souverains, menaçant de tourner à la 

guerre civile.




Napoléon décida de priver les deux Espagnols de leurs espérances en obtenant de choisir son 

propre candidat, Joseph Bonaparte, son frère aîné, pour le trône espagnol.




Je vous ai déjà parlé de la venue de Napoléon à Bayonne, en 1808, dans un article précédent.





Voici ce que rapporta la Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, dans plusieurs 

éditions :



  • le 5 octobre 1933 :


"Variétés d'Histoire locale.



Une aventure amoureuse de Napoléon au château de Marracq. Par M. René Cuzacq.




En ce Jeudi-Saint d’avril 1808, au son des cloches catholiques revenues hâtivement de Rome, Napoléon entre à neuf heures du soir dans Bayonne




L’accueil est triomphal. Mais l’imbroglio espagnol sera long à dénouer, même si on finit par le trancher de la manière plutôt brutale dont Alexandre coupa le nœud gordien. Où s’installer définitivement? L’Hôtel de la Division ? La maison Dubrocq ? Le château vieux ? Tout cela est, en effet, bien vieux, ridiculement mesquin ou triste. Sur la route d'Ustaritz, il y a un petit château qu’a fait construire Anne de Neubourg ; l’évêque l’a acheté ; avec la Révolution, un Juif de Saint-Esprit a acquis ce bien national : le désir de Napoléon est un ordre ; voici l’empereur à Marracq ; il s’y est fixé ; il se promène sous les arbres du grand parc ; mais bientôt il s’y ennuie ; il se sent isolé quand vient le soir. Bien vite, Joséphine reçoit l’ordre de venir à Bayonne : folle de joie, elle brûle les étapes ; elle est à Marracq le 27 avril. 



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ENTREVUE DE BAYONNE 1808
PAYS BASQUE D'ANTAN



A Paris, Monsieur Fouché fait la grimace. 




Plus vive que jamais, alerte et souriante, demandant au fard de "réparer des ans l’irréparable outrage", elle est décidée à tout pour reconquérir Napoléon ; elle a amené avec elle la nouvelle lectrice de la Cour, Mlle Guillebeaux. 




L’étiquette de Marracq est celle des impériales Tuileries. L'empereur à midi mange seul ; mais Joséphine accompagne son mari au repas du soir. L’empereur ne gagne plus son cabinet de travail : le salon voisin l’accueille ; quelques dames entourent l'impératrice ; il y a là, naturellement, Mme de Rémusat, et aussi Mme Maret, Mme de Lavalette et même une nouvelle lectrice : toute blonde et gracieuse, pleine de discrétion, elle se trémousse parfois sur le divan, lève et abaisse ses paupières, jette obliquement le feu soudain alangui de ses beaux yeux gris, soulève sa gorge palpitante d'émotion. Quoi de moins étonnant ? C’est la première fois que Mlle Guillebeaux approche d’aussi près l’empereur. 




Elle n’a point de peine à attirer son attention : il y a si peu de monde dans cette Cour minuscule de Marracq ! L’empereur demande ce soir à Mlle Guillebeaux de faire une lecture : elle a apporté "Zaïre", de Voltaire, Rousseau, les poésies d’Ossian, tous les auteurs préférés de Napoléon. De la petite bibliothèque, il et allé lui-même chercher un autre volume : il adore Corneille ; la poésie cachée de Racine, cet art profond et enveloppé, cette musique délicate et secrète ne lui plaisent qu'à demi. Comme il se retrouve à l’aise parmi les héros romains et les éclats sonores des vers de Corneille : n’est-on pas à Marracq à deux pas de l’Espagne ? "Le Cid" sera une lecture de prédilection. Le calme se fait sous les lampes du petit salon, tout en boiseries blanches, parc de l'élégant ameublement du XVIIIe siècle. Comme par hasard, c’est l'acte III qu’a choisi Mlle Guillebeaux : 


Elvire où sommes-nous et qu'est-ce que je vois? 

Rodrigue en ma maison ! Rodrigue devant moi ! 




La grande scène de douleur et d’amour se déroule d’une voix tantôt langoureuse, tantôt attendrie, tantôt tremblante de passion. De sa main nerveuse, Joséphine se penche sur sa broderie. Emu par cet amour si viril du héros espagnol, l’empereur marche à grands pas, les mains derrière le dos à son habitude, dans sa petite tenue d’officier des chasseurs. "Je cherche le silence et la nuit pour pleurer" : il n’en peut plus, d’un signe, il arrête la lectrice, la félicite ; il commente Corneille qu’il connaît par cœur, longuement, il s’exalte devant les femmes qui l’écoutent : jamais l'Espagne passionnée n’a été si proche ; mais le courrier d'Espagne est arrivé : l'empereur salue les dames et gagne son bureau. Joséphine est enchantée. 


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ENTREVUE DE BAYONNE 1808
PAYS BASQUE D'ANTAN


On se couche de bonne heure au petit château. Mlle Guillebeaux loge sous les combles ; discrètement, deux petits coups sont frappés à sa porte ; un homme en turban, au long burnous, aux terribles moustaches est là ; mais elle n’a point de crainte ; qui ne connaît à la Cour le mameluck Roustan ? Elle a compris ; avec lui, elle disparaît dans le corridor obscur. 




Ce matin-là, tout heureux de ses bonnes fortunes, en veine de confidences, Napoléon éprouve le besoin de glisser quelques mots de l’affaire à son grand confident Duroc. Les bras du grand-maréchal du palais lui tombent de stupéfaction: il fronce le sourcil, balbutie niaisement quelques phrases : "— Qu’y a-t-il donc ?" s’écrie l’empereur. "Je vous trouve bien prude pour une fois." Et il lui tire gaiement l’oreille.  "— Sire, hésite Duroc, vous ne savez pas tout. Mlle Guillebeaux n’a pas donné qu’à vous ses faveurs. Murat... Junot..." Les mots viennent difficilement, puis, prenant son courage à deux mains, il raconte d’un trait, aussi vite qu’il peut, "le plan de Joséphine". 




L’Empereur est devenu noir de colère ; il plante là le grand maréchal ; étouffant un juron, il court quatre à quatre vers le château, grimpe l’escalier, ouvre en flambant la porte de Joséphine. 




Elle était à son cabinet de toilette, entourée de l’attirail nécessaire et de ses bijoux, aux mains de ses femmes qui la coiffent. D’un geste furieux, Napoléon met tout le monde à la porte. Sournoisement elle attend l’orage. 




"Qu’y a-t-il, mon ami ?" dit-elle de son sourire le plus suave. Alors il éclate ; il lui serre atrocement le poignet, l’insulte, lui rappelle son passé à la façon d’un soudard. Elle sanglotait, sachant qu’il détestait les larmes. "Avoue que tu l’as voulu, tout de suite, ou je te brise comme ce plateau." Tout le service à thé de Joséphine en pur Sèvres, est allé rejoindre le parquet, où il se brise en mille morceaux. "Allons, parle," gronde-t-il à demi épuisé, se jetant dans un fauteuil. Entrecoupant son récit de sanglots, l’appelant Bonaparte et le tutoyant, comme aux jours de leur intimité, Joséphine y va de sa grande scène : pour attendrir ce héros de Corneille, elle se fait racinienne à souhait, s’accroche à lui, proteste de son amour, lui reproche la Polonaise, qualifie Fouché d’infâme, parle de mourir. Lui se laisse peu à peu gagner et attendrir, il la relève, l’embrasse, l’appelle "grosse bête" comme au temps jadis. Elle ose même faire allusion au divorce préparé par Fouché : mais là-dessus, il garde un silence obstiné ; il l'invite encore à ne plus jamais lui parler de Marie Walewska, entendant que tout soit accepté sur ce chapitre. Brisé par cette scène il alla enfin retrouver Duroc. 



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BONAPARTE ET JOSEPHINE



Le soir même, tancée d’importance par le grand maréchal, Mlle Guillebeaux prenait une chaise de poste à destination de Paris. En même temps une lettre partait à l’adresse de Marie Walewska, un peu négligée depuis quelques jours : jamais amoureux de vingt ans n’écrivit en termes aussi doux et aussi tendres à son amie.




Mais à Marracq, Joséphine passait à l’offensive. Elle reçut de façon parfaite les Bourbons d’Espagne ; elle chercha de nouveau à plaire ; elle gagna la gratitude du Maître. Elle osa enfin lui demander le renvoi de Fouché. "Laisse la politique, gronda-t-il ; tu n’y entends rien." 





Le lendemain, après le repas de midi, Napoléon passe dans le salon de Joséphine, prend une tasse de café, mais il la rejette aussitôt, criant qu’elle lui brûle la poitrine : prélude lointain du cancer de Sainte-Hélène ! Ce n’était point la première fois qu’il souffrait lourdement de l’estomac. Tandis que le fidèle Constant préparait du thé, l’Impératrice le frictionnait avec de l’eau de Cologne, tamponnait de son mouchoir le front moite de sueur : si endurant à la fatigue physique, il tremblait comme un enfant devant le moindre bobo. A son chevet, Joséphine passe la nuit. De ses yeux entrouverts, il la regarde, incapable de dissimuler les ravages de l’âge ; le passé lui revient à la mémoire ; un profond attendrissement le gagne peu à peu. Au matin, il lui sourit doucement ; son parti est pris : il vivra entre Joséphine et Marie ; seul, isolé, il restera plus grand ; l’Empire ira à l’un de ses neveux. 




"Joséphine, lui dit-il doucement, j’écrirai ce soir à Cambacérès ; il donnera l’ordre à Fouché de cesser ses cabales." D’un air peu convaincu, un triste sourire flottant sur ses lèvres, elle hochait la tête, à demi-incrédule. "Tu verras, il faudra que Fouché se taise." Son cœur bondissait dans sa poitrine ; elle n’en laissait rien paraître : le divorce paraissait à jamais écarté. A Bayonne au petit château de Marracq, Joséphine avait triomphé. 




Six jours plus tard, Fouché recevait à Paris l’ordre impérial. L’admirable joueur protesta qu’il sacrifiait ses préférences personnelles à la volonté impériale. Seulement il murmura entre ses dents : "Attendons". 




Cette année-là (1808), 203 000 fantassins, 36 000 cavaliers, 1 800 chariots, 196 obusiers gagnèrent l’Espagne par Bayonne. En 1809 passèrent 45 000 fantassins, 4 000 cavaliers, 365 chariots, 434 canons. Avec la prise des laines d’Espagne vendues à Bayonne, le passage de l’armée jetait sur la cité un flot de richesses ; ruinée par la Révolution et le blocus anglais, Bayonne se reprenait à vivre : une joie bourdonnante remplissait la ville ; des corsaires nombreux se préparaient à aller pirater l’océan britannique. Et tout cela venait des trois mois que Napoléon avait passés au château de Marracq ! Combien peu se doutaient du drame non moins grave qui s’y était joué : pour plus d’un an encore, Joséphine avait pu écarter le divorce ; elle avait à moitié reconquis son mari. 



Telle est l’histoire que vient de raconter un grand et bon historien français, doublé d’un excellent écrivain : dans d’alertes et remarquables colonnes, il s’est ainsi attaché, nouveau Lenôtre, à raconter la petite histoire de Napoléon ; comme nous sommes loin des ennuyeux bouquins de Frédéric Masson ! Nous nous sommes contentés d’y puiser les éléments de ce récit qui intéresse de près la petite histoire bayonnaise. Quel est son nom ? me direz-vous. Nous le recueillîmes jadis, comme il convenait, dans nos chroniques d’une petite société locale dont je ne vous dirai pas davantage, mais pour des motifs opposés, comment elle s’appelle. J’espère bien qu’un jour ou l’autre, Biarritz-Association fera appel à l’un de nos plus brillants conférenciers. Mais comment se nomme-t-il donc, me direz-vous, ami lecteur ? Je vous le dirai sans doute une autre fois."




Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 1913ème article.


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