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dimanche 30 janvier 2022

LA CHASSE AU RENARD EN BÉARN ET AU PAYS BASQUE EN 1900

LA CHASSE AU RENARD EN BÉARN ET AU PAYS BASQUE EN 1900.


Dans les années 1900, il est fréquent pour les gens de la haute société de se réunir pour chasser à cheval le renard, à la fois en Béarn et au Pays Basque Nord.




pays basque béarn chasse courre renard
RENDEZ-VOUS DE CHASSE AU RENARD PAU
BEARN D'ANTAN



Voici ce que rapporta le journal La Vie au grand air, le 8 avril 1900, sous la plume de Paul 

Mégnin :



"La chasse au renard à Pau.



La saison des chasses au renard à Pau, que certains amateurs craignaient de voir compromise par la guerre Sud-Africaine — est cette année aussi élégamment suivie que les années précédentes. Il est vrai que le temps est merveilleux dans notre jolie station hivernale des Pyrénées, et si l'on compte quelques défections parmi les gentlemen d'outre-Manche, le goût de la chasse au renard a fait de tels progrès en France que nos sportsmen ont comblé les vides.



Lorsque nous avons présenté aux lecteurs de la Vie au Grand Air la Société des drags de Lyon, — qui, notons-le en passant, continue très brillamment la série de ses laisser-courre hebdomadaires et offrait encore dimanche dernier un drag d'honneur aux officiers de la garnison — nous avons parlé des divers procédés employés par les équipages de drags pour courre le renard. Quelques-uns se servent de bêtes vivantes, d'autres de traînées que les chiens suivent à la piste cette dernière méthode est souvent préférée car elle permet de tracer le parcours à sa guise, et de faire l'hallali dans un endroit propice à ces charmantes fêtes qui terminent toujours si agréablement une après-midi de chasse.



pays basque chasse courre renard
CHASSE AU RENARD BIARRITZ PHARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Si on jette un coup d'oeil sur les équipages de chasses à courre que nous avons en France, on peut voir que dans le Béarn, la vénerie n'est représentée que par ces chasses au renard introduites dans le Midi, d'abord, par la colonie anglaise, fidèle chaque année. Ce sport très intéressant, captivant même, et qui exige une parfaite connaissance de la chasse, des chiens et de l'équitation, tient, on le sait, une grande place dans l'existence des grands seigneurs et des simples gentlemen farmers d'outre-Manche ; ils l'apprécient surtout comme exercice de cheval ; ils veulent dévorer l'espace à la suite des chiens qui donnent toute leur voix, franchir aux allures folles les passages les plus difficiles, sauter les sérieux obstacles naturels qu'ils rencontrent dans leur envolée, comme les haies, les troncs d'arbres, les murs qui abondent sur les parcours, la plupart du temps très durs, mettant à profit les qualités de fond et de cœur de leur hunters.



Il y a bientôt cinquante ans que quelques anglais venus à Pau pour passer l'hiver, imaginèrent de chasser le renard ; le terrain se prêtait très bien à ce genre de plaisir, les animaux étaient, même abondants — aujourd'hui ils se font de plus en plus rares — de sorte que ce sport nouveau en France eut un plein succès. MM. Henry Oxenden, le Colonel White, Cornewal, J. Stewart, H. Livingstone furent de ceux qui contribuèrent le plus à en assurer l'avenir. Les laisser-courre, aux débuts, furent de la vraie chasse, des limiers relevaient les traces de la bête qu'on chassait et qu'on attaquait de "meute à mort" ; aujourd'hui ce sont de véritables drags, et l'on ne remplace même plus les animaux sauvages par des sujets tenus en cage et apportés sur le terrain ; la voie est tracée par un piqueur à cheval qui part-du rendez-vous avant l'arrivée des chiens en traînant derrière lui — de là l'expression de drag — soit une peau de renard, soit un lièvre, soit quelquefois de simples harengs-saurs au bout d'une ficelle, ou un bouchon de paille arrosé d'essence d'anis. Cela permet, il est vrai, des parcours plus intéressants au point de vue du sport hippique. Trouver une piste de drag est un art. Le béarnais Perey, qui fut très longtemps attaché à la Société des chasses de Pau - je crois même qu'il y est encore — est un de ceux qui s'acquittent le mieux de cette mission. En fin de chasse, on donne la mouée aux chiens pour remplacer la curée absente et simuler l'hallali.




pays basque béarn chasse courre renard
DEPART CHASSE AU RENARD PAU
BEARN D'ANTAN



C'est en 1867 que les amateurs de Pau s'organisèrent en Société par souscription avec un maître d'équipage élu.



Après diverses transformations, la Société actuelle dite des Chasses de Pau est établie dans les meilleures conditions et donne chaque année de très charmantes réunions suivies de charmants bals champêtres, etc. ; elle fut longtemps dirigée par le baronnet irlandais sir Victor Broocke, que secondaient l'excellent gentleman-rider M. Thorn, qui se tua si malheureusement à la Croix de Berny et le colonel Talbot Crosbie.



Et ce n'est plus seulement en Béarn qu'ont lieu des drags, mais dans la région Lyonnaise, en Bretagne où les officiers de plusieurs de nos régiments de cavalerie possèdent des équipages ; en Italie aussi, depuis quelques années, ce sport est très en honneur.



Quatre fois par semaine on chasse ; ce sont en général des drags, cependant au cours de la saison ont lieu un certain nombre de vraies chasses dans les bois de Sene-Morlaas, d'Andoins et d'Ahêre où il reste encore quelques animaux. Dernièrement le Club, à l'occasion d'un grand event automobile, avait offert aux chauffeurs qui avaient fait le déplacement un drag d'honneur. Il fut supprimé à cause du mauvais temps.



pays basque béarn chasse courre renard
CHASSE AU RENARD ALLEE DE MORLAAS PAU
BEARN D'ANTAN



Les membres du Club sont : le baron d'Este, M. H. Ridgway, M. W. Forbes Morgan, le baron Lejeune, le comte J. de Gontaut-Biron, M. W.K. Thorn, M. S. Platt, M. C.-J. Morse, le Dr Bagouell.



Et parmi les fervents qui suivent les chasses, citons : le prince et la princesse de Poix, le vicomte et la vicomtesse Charles de la Rochefoucauld, le comte et la comtesse de Ganay, le comte et la comtesse Potocki, sir John Nugent, le comte d'Astorg, le comte et la comtesse de Castellane, Miss Porter, M. Th. Burges, la baronne d'Este, le comte d'Evry, M. F. Roy, M. Barron, le vicomte d'Elva, Mme et Mlle Forbes-Morgan, Mme Donna, M. du Pré de Saint-Maur, M. Raoul Duval, le baron de Muratel, M. Kingsland, le vicomte de Gourguff, M. J. Stewart, etc., etc.



Biarritz possède aussi une Société de chasses au renard et même au sanglier, établie sur le même modèle. MM. Dubrocq et P. Lasalle-Héron en furent longtemps les maîtres d'équipage. Ces chasses sont tout aussi intéressantes, car le pays basque où elles se déroulent est l'un des plus pittoresques, et les animaux sont en assez grand nombre. Mousset, qui pilota si brillamment nombre de chevaux de courses, entre autres le fameux Le Torpilleur dans le grand steeple international de 1889 et qui fut le premier jockey français ayant gagné une semblable épreuve, avait fait ses débuts équestres comme piqueur dans l'équipage de Biarritz.



pays basque chasse courre renard
CHASSE AU RENARD ANGLET BLANCPIGNON
PAYS BASQUE D'ANTAN



Il est une constatation aussi curieuse à faire : à Paris et dans les environs ou tous les sports sont en honneur et très pratiqués, où il y a quantités de clubs et sociétés sportives, personne n'a eu l'idée de proposer la création d'une société de chasse au renard comme dans les grandes villes de Pau de Lyon ou de Vienne. Espérons qu'un jour un groupe de sportsmen se trouvera à Paris pour implanter ce sport, l'autorisation je n'en doute pas serait facilement obtenue de courir le renard... artificiel dans les bois de Saint-Cloud ou de Ville d'Avray, et les adhérents ne manqueraient pas."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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vendredi 26 novembre 2021

L'HISTOIRE DU PARLEMENT DE NAVARRE EN 1873 (troisième et dernière partie)

 


L'HISTOIRE DU PARLEMENT DE NAVARRE.


Le Parlement de Navarre est une ancienne cour de justice, située à Pau, fondée en 1620 par Louis XIII à la suite de l'annexion du Béarn et de la Basse-Navarre au royaume de France.





bearn autrefois justice parlement
PARLEMENT DE NAVARRE PAU
BEARN D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Droit, dans son édition du 8 juin 1873, sous la 

plume de G.-B. de la Grèze, Conseiller doyen à la Cour d'appel de Pau : :



"Le Parlement de Navarre.



Chapitre IV.



La vie politique et les derniers jours des Parlements de Navarre.



Faut-il me reprocher de m'être trop longtemps arrêté aux petits détails de la vie intime du Parlement au lieu d’avoir retracé sa vie politique et répété les plus belles pages de ses remontrances ?



L'histoire de nos anciens Parlements est connue. 



Leur lutte contre l’autorité royale, a fait assez de bruit. Ils ont ébranlé le trône, sans prévoir que le trône, en tombant, les écraserait sous ses débris.



Si je voulais raconter la part que le Parlement de Navarre a prise à toutes les questions politiques qui agitèrent la magistrature parlementaire dans ses dernières années, j’aurais beaucoup de détails à raconter et très peu de nouveau à apprendre. La Cour de Pau ne faisait que suivre l'impulsion des autres Cours. Une sorte de ligue s’était formée contre le pouvoir du roi, une sorte de confédération s'était établie entre les divers Parlements.



Quoique d’origine et de date diverses, tous les Parlements de France avaient la prétention de ne former qu’un corps divisé en plusieurs classes. Le roi, vainement, par un édit, leur fit interdiction de se servir des mots d'unité, d'indivisibilité et de classes.



Sans doute, je trouverais de belles phrases à citer dans les remontrances parties du Béarn ; mais les magistrats si vivement appuyés par la faveur populaire agissaient toujours dans les vrais intérêts du peuple.



Presque à la veille de la révolution qui devait abolir les privilèges et envoyer à l’échafaud les hommes suspects de la soutenir, les Béarnais qui soutenaient Parlement écrivaient en termes emphatiques : "Si le roi est notre maître, les privilèges sont nos dieux."



Les Parlements, celui de Pau comme les autres, dans leur résistance au roi si populaire et si applaudie ne faisaient que résister souvent aux mesures les plus libérales, l’abolition de la vénalité des charges, la gratuité de la justice, la régularité de l’impôt, la réglementation de la législation des grains, la liberté de l'industrie.



Les magistrats poussaient à la révolution, et ils combattaient les principes que la révolution devaient faire triompher. Ils chassaient les Jésuites et ils brûlaient les livres de philosophie. Ils parlaient dans l'intérêt des justiciables et ils laissaient désorganiser la justice plutôt que de céder aux ordres les plus raisonnables.



bearn autrefois justice parlement
PARLEMENT DE NAVARRE PAU
BEARN D'ANTAN


On connaît les révoltes des Parlements en 1754. La Cour de Pau refusa d'enregistrer un impôt de vingtième. L’enregistrement fut imposé par un lit de justice. Les conseillers donnèrent leur démission et leur réintégration n’eut lieu que plus de six ans après.



Le Parlement de Pau ne se contentait pas de harceler sans cesse le pouvoir royal, il tourmentait encore les jurats de la ville en voulant vont contrôler leur administration. Nous avons dit comment, au dix-septième les magistrats étaient maltraités par les grands seigneurs de la cour. Un siècle plus tard, le même esprit d'insubordination leur attirait les mêmes désagréments.



En 1763, le duc de Richelieu arrive à Pau, se rend au palais et ordonne la transcription d’une déclaration royale que le Parlement s’obstinait à ne pas enregistrer. Tous les magistrats refusent d’assister à cette transcription forcée. Le duc s’attendait sans doute à cette résistance d'inertie. Il exhibe trois lettres de cachet prescrivant au premier président, à l'avocat général et au greffier de rester présents à l'exécution du roi.



Le Parlement entier proteste contre cet acte de violence. Il envoie des députés à Versailles ; il donne en corps sa démission, et le cours de la justice est interrompu. Un conseiller d'Etat est envoyé par le roi pour tâcher de rétablir la paix si nécessaire aux justiciables. Presque tous les magistrats résistent ; les uns sont exilés, les autres emprisonnés, et neuf juges seulement consentent à reprendre leur sièges.



... Lorsque Louis XVI rappela le Parlement de Navarre, le retour des magistrats persécutés fut triomphal. Un clerc de la Bazoche nous a laissé une relation manuscrite des huit jours de fêtes célébrées à Pau, en 1775, en l'honneur de la rentrée du Parlement.



... La noblesse en Béarn faisait cause commune avec le peuple. "Dans nos campagnes, disent les remontrances du Parlement, tout le monde est propriétaire. Les paysans en foule descendirent des montagnes et des coteaux, s'emparèrent de l'artillerie de la ville et rouvrirent les portes du Palais de justice. Le commandant même de la province, dit notre grand historien Henri Martin, faisant capituler le pouvoir royal, invita le Parlement de Pau à se rassembler pour rétablir l'ordre. Le roi envoya le duc de Guiche, d'une famille très influente, dans les Pyrénées avec des pouvoirs extraordinaires.



Les Béarnais, nobles et plébéiens allèrent au-devant du duc, emportant au milieu d'eux, comme un palladium, le berceau d'Henri IV, et réclamant sur cette enseigne sacrée le contrat que le roi avait fait avec eux comme seigneur du Béarn."




berceau roi bearn
LE BERCEAU D'HENRI IV
BEARN D'ANTAN



Le Parlement triomphe, il a sapé l'autorité royale, et cette autorité qui aurait pu lui servir d'appui est brisée.



Il toujours marché avec le peuple ; le peuple, qui l'a soutenu dans la lutte, sera-t-il son protecteur ? Le peuple fait la loi et le Parlement reçoit l'ordre d'enregistrer la nouvelle organisation judiciaire. C'était lui faire dresser son acte de décès et l'inviter à ses funérailles. Les magistrats, dépouillés de leurs fonctions par ceux qui avaient applaudi à leurs révoltes, ne retrouvèrent pus leur popularité pour se mettre à l'exil, de la prison, de l'échafaud.



De tous les souverains oublieux des services reçus, le moins ingrat, ce n'est pas le peuple.



Dois-je faire, en finissant, l'oraison funèbre du Parlement de Navarre ?



J'aurais pu, en l'étudiant comme corps judiciaire, trouver dans ses recueils des monuments de science et de sagesse. La magistrature moderne a recueilli les débris de la vieille magistrature. Parmi les anciens membres du Parlement de Navarre, nous en avons vu de très faibles, mais nous en avons vu aussi de très forts. La Cour de Pau se souvient du baron de Courreges d'Agnos, et la Cour de Paris n'a pas oublié un Béarnais, le président Fages de Baure.



bearn autrefois justice parlement
PARLEMENT DE NAVARRE PAU
BEARN D'ANTAN


L'ancien barreau béarnais a eu des hommes éminents, Maria et Labour, commentateurs des Fors du pays ; Mourot, dont les manuscrits sont très estimés et dont l'opinion a presque l'autorité de la loi dans les questions de droit coutumier ; enfin, Lavielle père, dont la renommée n'est pas effacée par celle de son fils, qui a laissé des souvenirs à la Cour de cassation.



J'ai essayé de décrire l'histoire et non l'oraison funèbre du Parlement de Navarre. Notre organisation judiciaire actuelle est-elle préférable ? Sans doute le recrutement actuel de la magistrature peut laisser à désirer ; le mérite et l'ancienneté du service ne sont pas toujours les meilleures recommandations auprès de chefs arrivés vite aux plus hauts emplois."



(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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mardi 26 octobre 2021

L'HISTOIRE DU PARLEMENT DE NAVARRE EN 1873 (deuxième partie)

 

L'HISTOIRE DU PARLEMENT DE NAVARRE.


Le Parlement de Navarre est une ancienne cour de justice, fondée en 1620 par Louis XIII à la suite de l'annexion du Béarn et de la Basse-Navarre au royaume de France.





bearn autrefois justice
PARLEMENT DE NAVARRE PAU
BEARN D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Droit, dans son édition du 6 juin 1873, sous la 

plume de G.-B. de la Grèze, Conseiller doyen à la Cour d'appel de Pau : 



"Le Parlement de Navarre.



Chapitre II.



Les gloires du Parlement de Navarre.



Parmi les grands hommes qui figurent au premier rang des gloires nationales de la France, nous sommes fiers de compter plusieurs magistrats célèbres. Nul n'ignore les noms des Harlay, des Molé, des Lamoignon, des d'Aguesseau, des Pasquier, des Séguier, qui nous rappellent la simplicité des moeurs et la dignité de la vie, le courage civil et la majesté du sacerdoce judiciaire.



Chaque Parlement peut citer des personnages dont la mémoire lui est chère, quoique leur vie ait jeté moins d'éclat. En Béarn, on ne saurait oublier Ravignan, de Mesmes, Ferrier, Sponde, Gillot, Lescan, Marca, Gassion, Doat, Dalon et d'autres encore. Le célèbre Cujas, était issu d'une famille béarnaise, qui, dit-on, existe encore.



A l'origine du Parlement apparaît d'abord Marca, né à Gan, près de Pau, le 23 janvier 1594. Il a laissé de grands ouvrages. Nous ne le considérons pas ici comme auteur, mais comme magistrat.




 
bearn autrefois magistrat
PIERRE DE MARCA
BEARN D'ANTAN


A vingt-deux ans, il entra au conseil souverain de Béarn tout composé de calvinistes ; seul défenseur du parti catholique, il n'eut là que des adversaires. Le plus redoutable était Lescan, homme d'éloquence et d'énergie qui eût été un Brutus sous les rois et un Catilina sous les consuls. Il sacrifia tout à ses opinions, jusqu'à la vie. Condamné à mort par le Parlement de Bordeaux, il porta sa tête sur l'échafaud.



Le feu du génie s'allume au choc des discussions. Marca, pour vaincre de grands obstacles, sentit la nécessité de faire de grands efforts, et lorsque Louis XIII fonda le Parlement de Navarre, il créa une charge extraordinaire de président, pour récompenser le magistrat énergique qui lui avait rendu tant de services.



Les études de théologie et d'histoire, qui ont fait la renommée de Marca, ne l'empêchaient pas d'être le modèle des magistrats par son amour du devoir et sa science de jurisconsulte. Pendant dix-sept années, il ne manqua jamais une audience sans motif légitime. Son esprit conciliant se manifestait dans la joie qu'il éprouvait à terminer les procès par des transactions plutôt que par des arrêts...


Après avoir perdu sa femme, marié ses filles et laissé sa place de président à son fils aîné, Marca voulut se consacrer entièrement à la science et à la religion. Il quitta Pau, et son mérite fut ailleurs mieux apprécié. Les Béarnais, transplantés ailleurs, ont en général bien réussi.



Le cardinal de Richelieu consultait souvent Marca et appréciait beaucoup ses lumières et sa sagesse. Il eut recours à son habilité de jurisconsulte dans plusieurs affaires, notamment dans celle de Monsieur. Il le choisit comme membre de la commission chargée de juger Cinq-Mars et de Thou.



marquis ecuyer le grand france
MARQUIS DE CINQ-MARS
https://www.christies.com/lot/lot-entourage-des-freres-le-nain-ecole-francaise-6016073/



Nous avons été heureux de retrouver et de mettre au jour la preuve que Marca ne mérite pas le reproche qu'on lui a adressé lorsqu'on a dit qu'un évêché lui fut donné comme prix du sang. Marca fut nommé évêque du Couserain, le 5 avril 1642. Cinq-Mars et de Thou ne furent arrêtés que le 13 juin 1642...



Envoyé en Catalogne comme inspecteur général, Marca montra de grands talents politiques et fut nommé archevêque de Toulouse. En cette qualité, il était conseiller né du Parlement. A l'occasion du mode de sa prestation de serment, il y eut des controverses qui donnèrent naissance à plusieurs mémoires. L'archevêque se montra jurisconsulte habile, et sans crainte de blesser les susceptibilités parlementaires, il n'hésita pas à soutenir que les Parlements n'avaient succédé aux Cours du royaume, tenues par les anciens rois de France, qu'en ce qui regardait l'autorité judiciaire.



Marca jouissait d'une telle renommée de jurisconsulte qu'il était en quelque sorte l'avocat consultant de tout le clergé de France.



Son habilité politique était si appréciée à la Cour qu'il fut question de lui à la mort de Mazarin pour remplacer le premier ministre. Louis XIV voulut gouverner lui-même. Il conféra à Marca la haute position d'archevêque de Paris.



De cette dignité si éminente, le célèbre prélat ne retira d'autre honneur que la sépulture à Notre-Dame. Il venait de succomber à l'âge de cinquante-huit ans, à une maladie imprévue, le 29 juin 1662, lorsque arrivèrent de Rome les bulles qui furent déposées sur son cercueil. 



Les ouvrages nombreux de Marca sont connus et toujours estimés. Bossuet l'appelle un homme de très beau génie, et d'Aguesseau le proclame un des plus grands esprits de son siècle.



bearn autrefois magistrat richelieu
HISTOIRE DE BEARN DE PIERRE DE MARCA
 Par Lombards Library — Travail personnel, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=12630003



Deux contemporains de Marca, Gassion et Bordenave, ont publié des recueils de discours, d'arrêts et de plaidoyers au Parlement de Navarre...



Jacques de Gassion était le père d'un des meilleurs capitaines de son époque, le maréchal de Gassion, tué à trente-sept ans sur le champ de bataille.




bearn autrefois marechal france
JEAN DE GASSION
MARECHAL DE FRANCE



Les arrêts et remontrances de Jacques de Gassion eurent un grand éclat... Les oeuvres de Gassion contiennent des arrêts et sont riches en détails sur les Grecs et les Romains, mais très pauvres en renseignements sur les moeurs du temps ou du pays. Pau, station hivernale aujourd'hui fort en vogue, est une ville de plaisir. L'étude y est peu appréciée et l'esprit aime surtout à s'y exercer  dans l'invention d'amusements continuels. On se demande si ce goût de la vie inoccupée, ce penchant vers une somnolence de l'intelligence est d'importation étrangère ou une espèce de maladie endémique...



A côté de Gassion, plaçons Arnaud de Bordenave dont le nom figure toujours avec honneur dans la magistrature béarnaise.



Bordenave publia ses plaidoyers ; son livre et celui de Gassion nous permettent de comparer l'éloquence du parquet et celle du barreau au moment où fut créé le Parlement de Navarre. Aucun avocat ni magistrat du pays, n’ont essayé depuis lors de charmer le pays par la collection de leurs harangues.



Arnaud de Bordenave, selon l’expression du premier président de Lavie, était un homme de bien, d'honneur et de grande littérature. Ses hautes qualités le firent apprécier après sa mort, mais ne le protégèrent pas durant sa vie de l'injustice de ses contemporains.



Le roi, qui avait besoin d’argent, voulut aliéner une partie de son domaine de Béarn, et créer de nouveaux offices. Le Parlement faisaient d’énergiques remontrances.



Bordenave était allé à Paris. Ses ennemis voulurent le perdre dans l’opinion du peuple, et, comme les accusations les plus absurdes sont celles qui se propagent le plus vite, on répandit le bruit qu’il avait obtenu une part d’impôt pour lui ; qu’ainsi il faudrait lui payer tribut pour chaque tête de bétail ou de volaille par chaque baptême ; enfin pour le droit de se chauffer avec du bois ou même au soleil.



La populace, exaspérée, va assiéger la maison de Bordenave. On fait usage des armes pour résister à l'invasion. Le sang coule ; la fureur populaire s’irrite, tout est pillé, saccagé. On ne laisse que les murs, on emporte les meubles, les livres, les tapisseries. Cinquante barriques de bon vin disparaissent. Le beau cheval de l’avocat expire sous le poids du fardeau qu’on lui fait supporter dans ce déménagement précipité. Bordenave ne dut sa vie qu’au choix du lieu infect où il était resté blotti.



Le Parlement, afin d’apaiser la foule, rendit un arrêt, quoique ce fût un dimanche, pour refuser d’enregistrer les édits du roi ; les émeutiers le trouvant si bien disposé, exigèrent, avant de rentrer chez eux, un arrêt qui les relevât du crime commis chez Bordenave. Celui-ci ne reçut jamais d’indemnité, et sa seule vengeance fut de tout raconter dans une relation imprimée adressée au duc de Gramont.



Ouvrons le recueil des plaidoyers, Bordenave eut l'honneur de plaider le premier plaidoyer prononcé à Pau, dans la première audience du Parlement de Navarre. Il remonte d’abord à la tour de Babel, à propos de l’origine de la diversité des langues, il vante la langue béarnaise, la plus belle de toutes après la langue française par ses termes très significatifs, la brièveté de la phrase et la bonté de l'accent. Il regrette que son début en français ne soit que l’expression d’une langue qui bégaie en son enfance.



...Quelque naïf que puisse paraître parfois le savant avocat, en plaidant contre son ordre, il sait en parler avec dignité. Voici ce qu’il dit des préséances : "La gloire qui suit la profession d'avocat ne consiste pas à marcher devant ou après. Cela est bon pour ces personnes là qui tiennent l'honneur et le rang non pas de leur propre mérite, mais de leur charge. Ce qui ne peut pas être des avocats auxquels la vertu sert de fourrier qui les loge superbement, c’est elle qui leur donne le rang et leur garde la place d'honneur partout où elle les range."



Quelle fut la décision de Messieurs du Parlement ? Devaient-ils préférer l'épée à la robe, ou de simples avocats à des gentilshommes ? Voici ce qui fut ordonné : un banc fut accordé aux avocats et à tous les gens de robe dans l’église et temple d’Oloron, immédiatement après celui des lieutenants du sénéchal ; mais, en même temps, il fut accordé un banc aussi, de l’autre côté de l’église, aux gentilshommes et gens portant épée jusqu’à ce que autrement il en fût ordonné. Deux conseillers, M. du Four et M. de Livron, furent chargés de faire exécuter l'arrêt.



Des écrivains étrangers aux études juridiques ont reproché à Gassion et à Bordenave un étalage grotesque de citations.  



L’éloquence judiciaire en France est née dans l’Église. Elle s’est d’abord modelée sur le sermon. Au moyen âge elle a quelque chose de naïf mais ne manque pas de bon sens ni d’esprit. Au seizième siècle une transformation s’opère. Les Grecs, chassés de Constantinople ont répandu partout le goût des controverses et des subtilités oratoires ; l’imprimerie, nouvellement inventée, a propagé les auteurs classiques, et la Renaissance a mis à la mode la mythologie grecque et romaine.



Les orateurs croient parer leurs plaidoyers en les revêtant d'un luxe étrange de citations bizarres, entassées pêle-mêle, sans ordre ni méthode, où tous les saints du Paradis se heurtent contre tous les dieux de l’Olympe.



Au dix-septième siècle, l’éloquence judiciaire se montra retardataire lorsque commença à briller l’aurore du grand siècle. L’art de bien écrire précéda l’art de bien parler.



Du reste, Balzac, qui a été un des précurseurs de nos gloires littéraires, ne fit paraître le premier recueil de ses lettres qu’eu 1626. Or, la première édition des œuvres de Gassion date de 1602, et Bordenave, comme lui, brillait déjà à Pau à la fin du seizième siècle. Je regrette de ne pouvoir m’arrêter davantage sur les deux orateurs béarnais dont les écrits nous sont parvenus. On y a trouvé des phrases pleines de pédantisme, j’aurai su y trouver des pensées nobles et généreuses.



... Marca, Gassion, Bordenave ne sont pas les seuls magistrats ou avocats du Parlement de Navarre qui aient joui d’une renommée de jurisconsultes ou d'orateurs, mais ce sont les seuls qui aient laissé des écrits qui permettent de les juger."



A suivre...



(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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dimanche 26 septembre 2021

L'HISTOIRE DU PARLEMENT DE NAVARRE EN 1873 (première partie)

L'HISTOIRE DU PARLEMENT DE NAVARRE.


Le Parlement de Navarre est une ancienne cour de justice, fondée en 1620 par Louis XIII à la suite de l'annexion du Béarn et de la Basse-Navarre au royaume de France.



bearn autrefois justice
PARLEMENT DE NAVARRE PAU
BEARN D'ANTAN






Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Droit, dans son édition du 5 juin 1873, sous la 

plume de G.-B. de la Grèze, Conseiller doyen à la Cour d'appel de Pau :



"Le Parlement de Navarre.



L’histoire de l'ancienne magistrature française a paru et paraît encore en ce moment, à d’excellents esprits, un sujet d’étude fécond en exemples et en enseignements. Le passé doit servir de leçon à l’avenir. On cherche aujourd'hui hui la vérité et, en rendant hommage aux actes de courage civil, aux vertus austères des magistrats d’autrefois, on ne craint pas de dire leurs faiblesses et leurs défaillances. Il faut que la lumière partout se fasse pour mieux éclairer la marche du progrès.



J’ai trouvé un charme infini dans les recherches d'archéologie juridique, lorsque j’essayais de pénétrer les obscurités des antiquités judiciaires et les origines des Tribunaux du moyen âge dans les Pyrénées. Aujourd'hui, il m'en coûtera, après avoir dit. les jours de grandeur de la Cour souveraine de Pau, de rappeler les jours de décadence. L’histoire du Parlement de Navarre est une page presque inédite de l'histoire des Parlements de France.



Chapitre 1er. Les origines du Parlement de Navarre



Le Béarn n’était qu’un simple vicomté assez restreint pour l'étendue, assez pauvre de ressources, et cependant le seigneur du pays s’érigeait en souverain, frappait, comme les monarques, des monnaies d'or et d'argent, et, en face du roi de France, osait soutenir sa fière devise : Gratia Dei sum id quod sum.



Le Béarn était divisé en quinze vics ou communautés. Chaque vic possédait un Tribunal composé de jurats. Auprès du vicomté siégeait la Cour majour. Cette cour fut créée comme un contre-poids à l'autorité seigneuriale ; il résulte de la charte d'institution, datée de 1220, que ce fut une grande concession faite au peuple : "... Au treyan los pobles, per que jurats sabuts los fessen los judiaments ; e asso iames no es en France ni en Angleterre. Rason per que, car los Reis judien ab clercs et ab cui sa volen, et per rason de quero an apens.



Lorsque ailleurs les rois administraient la justice selon leur bon plaisir, avec des juges choisis par eux-mêmes, les Béarnais étaient fiers de n’être justiciables que d’une Cour où les juges perpétuels et héréditaires offraient des garanties de savoir et d’indépendance.



Ces douze personnages devinrent les douze barons de Béarn. Nous pourrions citer de leurs décisions pleines de sagesse. Malheur du reste au juge qui aurait failli à sa mission par faiblesse ou par dureté. Le seigneur de Mirepeix, en condamnant un débiteur dans l’impossibilité de payer sa dette, avait mis ce cruel motif dans sa sentence. Il faut que celui qui ne peut pas le puisse : Qui nou pot, que pousque. La Cour majour ne voulut conserver dans son sein un homme aussi dur. Mirepeix fut dégradé, expulsé, honni et sa phrase impitoyable resta proverbiale dans le pays.



Henri II, roi de Navarre, mais roi sans royaume, s’occupa beaucoup de l’organisation judiciaire de son petit Etat du Béarn. Sa femme, la sœur de François Ier, Marguerite de Valois n'était pas étrangère à la bonne administration du petit Etat dont Pau était la capitale.


bearn autrefois roi
HENRI II


Les vics devinrent des parsans. La Cour majour fut remplacée par le conseil souverain et une Cour des comptes fut créée à Pau.



Le royaume de Navarre était composé de six merindades. Lorsque le duc d’Albe se fut emparé de Pampelune, il ne resta à la maison d’Albret qu’une seule merindad celle de Saint-Jean-Pied-de Port qu’on appelait la Basse Navarre ou Navarre du Nord. Il paraît que dans la langue euskarienne on se sert de l'expression d'en bas pour signifier la partie septentrionale.



A la tête de chaque merindad était placé anciennement un merino, mérin. C'était un redoutable personnage investi à la fois du droit de poursuivre, d’arrêter, de juger et de punir, seul et sans contrôle, les coupables ou ceux qu’il lui plaisait de considérer comme tels. Ce pouvoir exorbitant donna lieu à de si grands abus que, pour les empêcher, on imagina un remède pire que le mal. Divers privilèges accordèrent aux habitants de certaines communes le droit de se venger des injustices du mérin en le tuant sans aucune forme de procès.



Ce droit de justice expéditive et personnelle qui nous paraît si choquant aujourd'hui, paraissait jadis fort naturel aux Espagnols. Divers torts, comme celui de Tudèle, sont connus sous le nom de tortum per tortum, tort pour tort, parce qu’ils autorisaient à rendre le mal pour le mal, hacer mal por mal, et à se faire justice soi-même, tomandose la justicia por su mano. Etranges lois que celles qui accordaient des dispenses de s’adresser à la loi et au juge !



La Basse-Navarre, fière de n’avoir pas été conquise et d'être restée fidèle à ses souverains légitimes, ne se considéra plus comme une simple province, mais comme la représentation de tout le royaume. Elle garda les privilèges accordés aux Navarrais et ne manqua pas d'y ajouter ceux dont les Français et les Béarnais jouissaient. Elle avait une organisation judiciaire curieuse et spéciale : des alcades, comme en Espagne ; des jurats, comme en Béarn ; des baillis, comme en France. A l’imitation de la cour du roi de Navarre, qui prenait le titre de Conseil ou chancellerie, une Cour souveraine, qui s’intitulait la Cour de chancellerie, siégeait dans la petite ville de Saint Palais. Elle se composait d'un chancelier, de six conseillers et d'un avocat général. Ces magistrats portaient la robe rouge.



Le Conseil souverain de Pau ne fut guère rempli, depuis Jeanne d’Albret, que de juges calvinistes. Parmi ceux-ci se trouvaient des hommes d’un vrai talent et d’une rare énergie, notamment Lescun. Ils ne craignirent pas de se mettre en révolte ouverte contre l'autorité royale. Louis XIII avait rendu plusieurs édits pour ordonner la mainlevée des biens ecclésiastiques ; ces édits furent méprisés et le Conseil refusa obstinément de les enregistrer.




bearn autrefois justice
PARLEMENT DE NAVARRE PAU
BEARN D'ANTAN



Pour vaincre cette résistance, il ne fallut rien moins que la présence du roi.



Louis XIII, en 1620, se rendit à Pau, et il est curieux de lire les éloges que les historiens du temps donnent au courage du jeune monarque pour avoir osé entreprendre ce long et périlleux voyage.



Les Béarnais de loin résistaient au roi de France, de près ils s’inclinèrent devant toutes ses volontés. Les calvinistes rendirent au culte catholique les églises dont ils s’étaient emparés. Les Etats du pays cessèrent une résistance devenue impossible, le roi ordonna l'union de la Navarre et du Béarn à la couronne de France, et pour mettre l’organisation judiciaire de ces deux pays en harmonie avec celle des autres provinces, il créa un Parlement nouveau où devait s'opérer la fusion des conseils souverains de Pau et de Saint-Palais.



Pau, qui devenait le siège d’une cour plus importante, n'avait pas à se plaindre ; Saint-Palais, qui perdait ses magistrats à robe rouge, fit entendre de vives protestations.



Alors s’élevèrent des questions qui furent savamment et surtout longuement débattes entre les jurisconsultes de France et de Navarre.



La Navarre française était d’une étendue trop restreinte, disait-il, pour avoir une cour souveraine. Les juges de Saint-Palais avaient si peu d’affaires à juger qu'ils pouvaient sans inconvénients résider à la campagne une partie de l'année. Les magistrats de valeur pouvaient-ils s'attacher à des fonctions qui ne leur donnaient rien à faire ?



Les Navarrais répondaient que si le ressort de Saint-Palais était trop petit on pouvait l’agrandir en l’étendant à tout le pays basque.



La seule concession que fit le roi fut de conférer au Parlement siégeant à Pau le nom de Parlement de Navarre.



Saint-Palais reçut l’édit de création de la nouvelle Cour avec une douleur attestée par l'énergie de ses protestations. Voici sur quels motifs les réclamations s’appuyaient :


1° Les fors de Navarre, que le roi avait juré d’observer, accordaient formellement aux Navarrais le privilège de ne pouvoir être forcés d’aller plaider hors du royaume ; c’était leur faire tort que de les obliger à quitter leurs foyers pour aller suivre leurs procès à Pau ;


2° L’édit portait qu’on ne plaiderait qu’en français. Il était pénible pour des Basques d’abdiquer leur langue et de se voir imposer une langue étrangère ;


3° Ils étaient tous catholiques, et à Pau la majorité des juges était calviniste ;


4° Des antipathies d’humeur, de longues haines existaient entre les Navarrais et les Béarnais trop voisins pour ne pas se détester ;


5° Enfin il eût été plus convenable d’unir le Béarn à la Navarre que d’unir un royaume à un simple vicomté.



Ces objections furent solennellement réfutées par M. de Hau, avocat général près de la chancellerie de Saint-Palais. Son discours, malgré les formes étranges de la trop savante éloquence de l'époque, renferme des considérations très-judicieuses. Analysons ses arguments principaux.



C'est avec raison que l'union de la Navarre à la France a été désirée par Henri IV et accomplie par Louis XIII. Elle tend évidemment à l'affermissement de leurs Etats ; un grand corps est moins facile à ébranler qu'un petit. Le maintien des fors et coutumes fait disparaître tout sujet de plainte légitime. L’union des couronnes doit entraîner comme conséquence l'union des justices.



C’est à tort que les Navarrais se plaignent d'être obligés d'aller plaider à Pau. Il en est de la justice, disait l’avocat général, comme du soleil, ceux qui s’en approchent trop s’y brûlent. Plus on a la justice à sa portée, plus on s'attache aux procès et contestations. Cela se voit dans la Basse-Navarre, où il y a plus de centaines de procès- depuis que la justice souveraine est sur les lieux qu’il n’y en avait de douzaines lorsque, avant l’usurpation de la Haute-Navarre, le siège de la Cour était à Pampelune.



Quant à l’objection de la répugnance des Basques à plaider en français, l’orateur répondait : "Sur cette plainte, il faut remarquer que la langue basque ne se peut écrire qu'avec très grande difficulté, et de fait il n’y a pas de langue dont on voie moins de livres que de celle-là. Même la difficulté est telle que tous les pays de cette langue qui sont trois : à savoir celui de la Soule, celui de Labour et celui de la Basse-Navarre, ont été contraints d'emprunter une langue étrangère pour écrire leurs contrats et leurs actes de justice.


Ceux des pays de Soule et de Labour se servent de la langue française, et quant à ceux de la Basse-Navarre, ce n’est pas de la langue basque qu’ils usent dans leurs écritures, mais tous leurs contrats, procédures, plaidoyers et même les arrêts de justice se font en langue béarnaise, sauf qu’en quelques paroisses et juridictions subalternes plus proches de la frontière, on écrit en langue espagnole, mais jamais en basque." 



L'avocat général faisait observer que les Béarnais aussi étaient obligés de renoncer à leur langue, et qu'ils ne se plaignaient pas d’adopter celle de leur Roi. "Et, plut à Dieu, ajoutait-il, que le Roi nous eut accoutumé à parler français ! Les supplications, qu’aujourd’hui nous adressons à son oreille, seraient d'un style moins rude et possible de meilleure odeur."



Quant à l’antipathie qu’on prétendait exister entre les pays, le meilleur moyen de la faire cesser, c’était de réunir les deux peuples. Il n’est pas de bonne maison de Navarre qui n’ait contracté quelque alliance avec les meilleures familles de Béarn.



L’orateur disait en finissant : "La Navarre n’est pas réunie au Béarn, mais à la France, et si le Parlement doit siéger à Pau, c’est que dans tonte la Navarre il n’y a pas de ville capable de le loger."



Le chancelier du Vair, qui prit la parole en présence du Roi et des Etats assemblés à Pau, ajoutait cette raison de préférence en viveur de cette ville : "Bien qu'il semble être raisonnable, disait-il que ce corps de justice suprême soit établi à Saint-Palais, dans le royaume de Navarre plutôt que dans un petit pays, afin qu'une chose plus noble ait plus d’honneur que celle qui ne l'est pas, néanmoins, Sa Majesté veut que ce soit en Béarn et que le Parlement demeure à Pau, pour avoir été le pays qui a produit à la France le grand Henri."



Les Etats de Navarre furent forcés de se soumettre à la volonté du roi, mais ce ne fut pas sans murmure.



Que ne puis-je, ici, raconter l’histoire de ces Etats d un petit royaume qui, sous la monarchie absolue, conservèrent toujours comme un écho de leur grandeur passée la franchise et l’indépendance du montagnard des Pyrénées françaises et espagnoles ?



Avec quelle énergie les Etats rappellent au roi de France qu’il n’est que la créature de ses sujets, et qu'il n'a pas le pouvoir d'effacer de leur for le principe de la réciprocité des droits et devoirs entre le souverain et le peuple, principe ainsi formulé dans le fuero juzgo : "Tu seras notre roi, si tu fais bien, sinon, non." Rex eris si recte facis, si autem non facis, non eris.



Les Etats de Navarre gardèrent rancune au Parlement, et jusqu’à leur dernière heure, au moment de la Révolution, ils ne cessèrent de protester contre la violation de leurs fors qui leur donnaient le privilège d’être jugés dans le royaume.



Si nous faisions une histoire complète de la Cour de Pau, les luttes du Parlement et des Etats de Navarre nous fourniraient de nombreuses pages et les archives du château de Pau de curieux documents.



Les Etats s’occupaient de tous les intérêts du peuple qu'ils représentaient. Ils voulaient se mêler de tout, même de la justice. Ils étendirent à quarante ans la durée de la possession nécessaire pour prescrire, tandis que la prescription trentenaire était admise en Béarn. Ils adressaient des injonctions au Parlement ; ainsi ils lui faisaient défense d’épicer les arrêts interlocutrices. Ils demandaient des révocations de magistrats, notamment de Jean de Lortal-Maucor et de Jacques Oyhenart. Ils accueillaient les placets contre les huissiers de Navarre que l'ignorance la plus crasse empêchait de rien faire d’utile.



Le Parlement à son origine eut besoin de savoir faire respecter son autorité. Elle fut un jour méconnue par le juge de Bidache. La petite principauté de Bidache est située près du duché paierie de Gramont, et appartient à cette maison si puissante et si vénérée dans les Pyrénées.



Ce juge condamna à mort un voleur et le fit exécuter le même jour. Cette sentence capitale émut le Parlement, et le magistrat qui l’avait rendue, fut assigné à comparaître devant la Cour de Pau.



Le duc de Gramont obtint du roi que son juge serait dispensé d'obéir à la citation, sur sa promesse de ne plus rendre de pareils jugements jusqu’à ce qu’il fût prouvé que Bidache était réellement une souveraineté indépendante.



bearn autrefois justice
PARLEMENT DE NAVARRE PAU
BEARN D'ANTAN


Au mois de novembre 1691, un édit de Louis XIV incorpora au Parlement de Pau la chambre des comptes de Navarre, et attribua au ressort de cette Cour le pays de Soule. La composition de la Compagnie était ainsi réglée : un premier président, sept présidents à mortier, quarante-six conseillers, deux avocats généraux, un procureur général et quatre substituts."



A suivre...



(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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