Libellés

Affichage des articles dont le libellé est REVUE LINGUISTIQUE PHILOLOGIE COMPAREE. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est REVUE LINGUISTIQUE PHILOLOGIE COMPAREE. Afficher tous les articles

mercredi 30 avril 2025

CONCOURS DE POÉSIE BASQUE À SARE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1869 (deuxième et dernière partie)

 

CONCOURS DE POÉSIE BASQUE À SARE EN 1869.


A partir de 1851, Antoine d'Abbadie institue, au Pays Basque, des concours annuels de pelote et de vers basques, dans le cadre des fêtes patronales des communes désignées ou volontaires pour les accueillir, des deux côtés de la frontière.




pays basque fêtes abbadie improvisateurs bertsulari
FETES BASQUES SARE 1867
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet Jules Vinson, dans la Revue de Linguistique et de Philologie 

comparée, en 1870.



"Concours de poésie basque à Sare.



... Berxutako Gudua

(Lutte poétique)

Sarako bestan, 1869 an

(A la fête de Sare, en 1869)

Ohorezko aiphamena eraman duen cantua

(Le chant qui a remporté la mention honorable)

Andregeya

(La Fiancée)

Edmond Guibert Ezpeletarrak egina

(Fait par Edmond Guibert, d'Espelette).



Gauerdi da herriko orenean ;

nihon ez da argirik lurrean ;

ez ditake mendian adi deusik, 

haizearen harrabotsa baizik.



Il est minuit à l'horloge du pays ; — nulle part il n'y a de lumière sur la terre ; — dans la montagne, rien ne peut être entendu, — si ce n'est le bruit du vent.



Yautsia da loa begietarat ;

choit halere neskatcha gazte bat,

bere leihoan, gau hura bezen triste,

atzarria dago orai arte.



Le sommeil est descendu sur (tous) les yeux ; — seule cependant une jeune fillette, — à sa fenêtre, triste comme cette nuit, — n'est pas encore endormie (1).



Zazpi urthe bethe dire yadanik,

yoanez geroz maitea herritik ; 

eta huna urthe bat Mariari

ez diola berririk egorri (a)



Sept années se sont écoulées (2) déjà, — depuis que le bien-aimé est parti du pays ; — et voici une année qu'à Maria — il n'a pas envoyé de nouvelles (3).



Idortean lorea laster histen (b) :

tristezian Maria hiratzen (b) ; 

ezpainetan ya hil zayo irria ;

bethea du nigarrez begia.



Dans la sécheresse, la fleur se fane vite : — dans la tristesse, Maria dépérit ; — sur ses lèvres déjà est mort (4) le sourire ; — elle a les yeux (5) pleins de larmes.



Urso batek, galduz geroz laguna,

kantatzeaz eztitzen du phena ;

andregeyak, hegaztia bat iduri,

igortzen (a) 'tu (c) hitz kauk haizeari :



Une palombe, après avoir perdu sa compagne, — par le chant (6) adoucit sa (7) peine ; — la fiancée, semblable à un oiseau, envoie au vent ces paroles :



"Yoan denean, oraino haurra nintzen ;

anaya bat kasik neretzat zen ;

erreztun bat, ait'-amen aintzinean,

eman darot (d), adios erraitean."



"Quand il est parti, j'étais encore enfant ; — il était pour moi presque un frère ; — un anneau, en présence de mes parents (8), — il me donna, en disant adieu."




"Orduz geroz, maiz egiten dut nigar ;

hain eder zen, hain erne, hain azkar !

etzuen, ez (e), mendietan parerik ;

urrundu da... nik ez dut berririk."




"Depuis lors, souvent je pleure ; — qu'il était beau, vif, fort ! (9) — Il n'avait pas, non, d'égal dans les montagnes ; — il s'est éloigné... je n'ai pas de nouvelles (3)."



"Bihotzean duda bat dut sentitzen :

maitea hil beldur naiz othe den ; 

nere ama gaitzak niri yoan daut (d) yaz (f),

oinhazeak gabetu nau aitaz."



"Dans le coeur, j'éprouve une inquiétude (10) : — je crains que le bien-aimé ne soit mort ; — la maladie m'a enlevé l'an passé ma mère ; — la douleur (causée par cette perte) m'a privée de mon père (11)."



"Gelditu naiz nere amasorekin ;

sustengatzen gare elgarrekin :

nik gidatzen ditut haren urratsak, 

hark chukatzen dait nere nigarrak."



"Je suis restée (seule) avec ma grand'mère ; — nous nous soutenons mutuellement (12) : — moi, je guide ses pas ; — elle, elle sèche mes pleurs."



"Emaiten dut ner', ustea Yaunean (g) ;

indarra dut hartzen othoitzean ;

bainan ez da neretzat zorionik :

maitearen ez baitut berririk."



"Je mets ma pensée dans le Seigneur ; — je prends de la force dans la prière ; — mais il n'est pas de bonheur pour moi : — je n'ai pas de nouvelles (3) du bien-aimé."



Kolpez, borthan yotzen du esku batek,

boz batek dio : "Idekazu, idek !"

andregeya, boz hau ezagutzean, 

chutitzen da, ikhara zainetan.



Tout à coup, une main frappe à la porte, — une voix dit : "Ouvrez, ouvrez !" — La fiancée, en reconnaissant cette voix, se lève toute tremblante (13).



Idekitzen du amasok athea :

Mariaren han zagon maitea !

"Oi ! Yaun ona !" et', altchatuz eskuak,

bedeikatzen ditu bere haurrak.



La grand'mère ouvre la porte : — là était le bien-aimé de Maria ! — "Oh ! Seigneur bon !" et, levant les mains, — elle bénit ses enfants.



Iduzkiak argitzen du (h) mendian...

Mari' orai ez da tristezian ;

elizako ezkilek bozki yotzen (b) ;

andregeya egun da ezkontzen.



Le soleil brille dans la montagne... — Maria maintenant n'est pas triste ; — les cloches de l'église sonnent joyeusement ; — la fiancée se marie aujourd'hui.



pays basque fêtes abbadie improvisateurs bertsulari
CONCOURS DE POESIE BASQUE SARE 1867
PAYS BASQUE D'ANTAN


-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------


Notes relatives à la traduction.



Les mots entre parenthèses ne se trouvent pas dans le texte. 

— (1). Litt. : reste éveillée jusqu'à maintenant. — (2). Litt. : sont pleines. — (3). Litt. : de nouvelle. — (4). Litt. : dans-les-lèvres déjà mort lui-est. — (5). Litt. : l'oeil. — (6). Litt. : par le chanter. — (7). Litt. : la peine. — (8). Litt. : des père-mère. — (9). Litt. : combien beau il était, combien vif, combien fort ! — (10). Litt. : je-le-sens un doute. — (11). Litt. : du père. — (12). Litt. : nous nous soutenons avec-les-deux : ou, avec-l'un-l'autre. — (13). Litt. : se met debout, le tremblement dans les nerfs.



Notes grammaticales :



(a). igortzen, egorri. Remarquez la variation de la voyelle initiale. — (b). histen, hiratzen yotzen. L'auxiliaire est sous-entendu. C'est une licence fréquente dans les chansons basques. — (c). 'tu pour ditu. Abréviation très communément employée dans la conversation ; les écrivains modernes ne la conservent pas dans leurs écrits, mais voyez la deuxième édition d'Axular (Bordeaux, s, d., 1650 ?). Remarquez ici la faute labourdine : ditu "il les a" est pour diotza ou diozka "il les a à lui" — (d). darot ; daut. C'est la même forme ; daut seul est employé dans la conversation ; darot est théorique, mais tous les Basques, même les moins lettrés, la tiennent pour réelle et authentique — (e). Cette répétition est très familière aux Basques ; en parlant français, ils diront toujours par exemple : "je ne suis pas malade, non" ou "il voulait, oui". — (f). yaz suivant les dialectes varie en chaz et igaz, cf : port. chegar, esp. llegar. — (g). Cette forme de locatif n'est pas employée ici correctement ; comme il s'agit d'une personne il eût fallu dire yaunaren baithan. — (h) argitzen du, sans régime déterminé. Expression très basque.


--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------


Note sur le tutoiement.



En basque, le tutoiement existe à toutes les personnes ; c'est-à-dire que toutes les formes verbales sont susceptibles de 4 modifications différentes que M. l'abbé Inchauspe appelle les traitements indéfini, masculin, féminin et respectueux ; ces 3 derniers sont appelés par le prince Bonaparte formes allocutives. Le second ou le troisième s'emploie lorsqu'on veut adresser familièrement la parole à un homme ou à une femme ; c'est là le tutoiement basque. Ainsi un émigrant dira à sa fiancée : dirua irabaziko dinat, eta gero ezkonduko gaitun, "je gagnerai de l'argent et nous nous marierons ensuite", et elle lui répondra : bainan itsasoa traidorea duk ? "mais la mer est traîtresse ! Ainsi, le sexe de la personne à laquelle on parle détermine l'emploi des formes masculines ou féminines.



Le traitement indéfini est généralement usité ; les Basques ne connaissent pas tous les trois autres qui servent très peu. Et même le labourdin, le guipuzcoan et le biscayen ne possèdent pas le respectueux en dehors de la seconde personne du singulier ; un autre dialecte au contraire n'a pas d'indéfini ; le respectueux est usité à sa place. Dans tous les dialectes, la seconde pers. du pluriel n'a que de l'indéfini ; la seconde pers. du singulier a un respectueux qui n'est probablement que le pluriel indéfini ancien : cette seconde pers. du singulier n'a souvent ni masculin ni féminin : c'est à tort en effet selon moi que M. Inchauspe ne voit pas des indéfinis dans haiz, huen, bahu, hezake, etc. : il y voit e formes à la fois masc. et fem., sans indéfini."



(Source : https://www.archives-abbadia.fr/ et Archives d'Abbadia - Notice thématique : Les fêtes basques d'Antoine d'Abbadie et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 7 200 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/

N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

lundi 31 mars 2025

CONCOURS DE POÉSIE BASQUE À SARE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1869 (première partie)

CONCOURS DE POÉSIE BASQUE À SARE EN 1869.


A partir de 1851, Antoine d'Abbadie institue, au Pays Basque, des concours annuels de pelote et de vers basques, dans le cadre des fêtes patronales des communes désignées ou volontaires pour les accueillir, des deux côtés de la frontière.




pays basque fêtes abbadie improvisateurs bertsulari
FETES BASQUES SARE 1867
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet Jules Vinson, dans la Revue de Linguistique et de Philologie 

comparée, en 1870.



"Concours de poésie basque à Sare.



La fête locale de la commune de Sare est remarquable entre toutes celles du pays basque. M. Antoine d'Abbadie, de l'institut, envoie tous les ans au maire de Sare une somme de 830 francs qui doit être distribuée, pendant la fête, en primes diverses. Je ne m'occuperai pas de celles allouées au joueurs à la pelote (paume) et aux éleveurs de bestiaux. Mais 80 francs sont attribués au plus habile improvisateur et une somme égale est accordée à l'auteur de la pièce de poésie jugée la meilleure par une commission spéciale instituée par le donateur ; de plus, grâce à la générosité de M. de Laborde-Noguez, d'Ustaritz, un makhila (sorte de canne nationale) argenté est remis à l'auteur du poème écrit qui a été couronné.



pays basque fêtes abbadie improvisateurs bertsulari
CONCOURS DE POESIE BASQUE SARE 1867
PAYS BASQUE D'ANTAN




Sare est un charmant village, à 28 kilomètres de Bayonne, à 13 kilomètres de Saint-Jean-de-Luz, à deux pas de la frontière de l'Espagne (Navarre), bien assis entre des montagnes pittoresques. En 1869, la fête, qui commence le jour de la fête catholique de la Nativité de la Vierge, se célébrait les 12, 13, 14 et 15 septembre. Le temps était beau ; une foule nombreuse, bruyante et extrêmement variée se pressait de bonne heure dans les divers quartiers du village et sur les routes qui y conduisent.



pays basque fêtes abbadie improvisateurs bertsulari
CONCOURS DE POESIE BASQUE SARE 1867
PAYS BASQUE D'ANTAN



La séance d'improvisation a commencé à 4 heures du soir le mardi 14 septembre ; elle a duré 3 heures entières. Un grand nombre de curieux étaient massés sur la place (emplacement pour le jeu de paume) et sur les galeries où des sièges réservés étaient occupés par les autorités locales et par quelques étrangers privilégiés. 14 concurrents se sont présentés ; successivement, 2 à 2, ils ont pris la parole, discutant l'un avec l'autre, sur les sujets que le président, M. d'Abbadie, leur indiquait à mesure. Les Basques ont une merveilleuse faculté d'improvisation : il est vrai que souvent les idées sont médiocres, les rîmes insuffisantes et les vers boiteux ; mais cela se chante et l'on sait que la poésie, grâce à la musique, peut opérer des prodiges. La prime a été partagée entre un cordonnier nommé Ibarra, de Jatxou, et une jeune fille, de 25 ans environ, qui a déclaré se nommer Maria-Luisa Osollo ou Osorio, d'Ascain. Ils avaient lutté ensemble à la fin de la séance : on leur avait imposé l'obligation de se tutoyer. Il s'agissait d'une demande en mariage : la jeune fille, d'abord cruelle et farouche, s'est rendue, après une assez longue discussion, aux prières de l'amoureux. Les 2 vainqueurs se sont présentés en se donnant le bras, devant les juges pour recevoir le montant du prix : la foule les a frénétiquement applaudis. Il est assez rare que des femmes improvisent ainsi publiquement ; jusqu'à présent, on n'avait encore vu prendre part au concours qu'une jeune Espagnole de Fontarabie qui n'a plus paru depuis 3 ans. Mlle Osorio est assez jolie ; très brune, de petite taille, vive et spirituelle, elle a plu à tous ses auditeurs : on a seulement regretté qu'elle n'ait pas été plus émue. — Je n'ai pu recueillir aucun des dialogues improvisés que leurs auteurs du reste avaient complètement oubliés quelques moments après avoir cessé de chanter.




pays basque fêtes abbadie improvisateurs bertsulari
CONCOURS DE POESIE BASQUE SARE 1867
PAYS BASQUE D'ANTAN



La pièce de poésie classée par le jury au premier rang, parmi les poèmes écrits qu'on lui avait envoyés, a été chantée sur la place le lundi matin, à 9 heures, avant le commencement de la grande partie de pelote, par des chanteurs que le maire avait désignés ad hoc ; puis les 80 francs et le makhila argent ont été remis au vainqueur. M. Augustin Etcheverry, de Sare même. Sur ma demande, M. d'Abbadie a bien voulu faire chanter ensuite la poésie qui avait obtenu le second rang. Elle est incontestablement supérieure à la première, quant aux idées et à la composition, mais le jury l'a écartée à cause de quelques fautes de grammaire. J'ai prié l'auteur de les corriger et je vais reproduire ici cette jolie pièce : elle n'est point encore irréprochable : ainsi plusieurs personnes compétentes du pays n'aiment pas les vers 8, 30, 31, 37, 40, 46. Cette ballade est de M. Edmond Guibert, qui n'a encore écrit que 4 chansons basques et qui a droit par suite à toute l'indulgence des amateurs.



J'ai joint à chaque couplet une traduction serrant le texte d'aussi près que possible. Des notes donneront une traduction plus littérale de certains passages auxquels le mot à mot exact aurait enlevé tout leur charme. Une seconde série de notes exposeront les remarques grammaticales auxquelles peuvent donner lieu certains vers du texte. Le dialecte employé est une variété du labourdin. J'ai respecté complètement l'orthographe de l'auteur : aucun des changements phonétiques usuels n'est indiqué. L'air sur lequel la chanson a été composée est celui, bien connu dans le pays basque, de la romance Inchauspeko alaba.



pays basque fêtes abbadie improvisateurs bertsulari
PARTITION DE LA CHANSON INCHAUSPEKO ALABA


Bayonne, le 16 octobre 1869."



(Source : https://www.archives-abbadia.fr/ et Archives d'Abbadia - Notice thématique : Les fêtes basques d'Antoine d'Abbadie et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France) 



A suivre...










Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 7 200 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/

N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!