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mardi 25 juin 2024

LE MONUMENT AUX MORTS BASQUES BÉARNAIS BIGOURDANS ET LANDAIS À CRAONNELLE DANS L'AISNE EN OCTOBRE 1927

LE MONUMENT AUX MORTS DES BASQUES À CRAONNELLE.


Le monument des Basques, ou mémorial de la 36e division d'infanterie, est un monument situé à Craonnelle, dans le département de l'Aisne.




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MONUMENT AUX BASQUES
A LA GLOIRE DE LA 36EME D.I.


Il a été érigé en 1928 en mémoire des soldats de la 36e division d'infanterie française, composée principalement de mobilisés provenant du Sud-Ouest de la France (Basses-Pyrénées, Landes et Hautes-Pyrénées), qui ont combattu au Chemin des Dames pendant la Première Guerre mondiale.



Ce monument de 14m de haut a été inauguré le 30 septembre 1928.




Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-

Luzle 17 octobre 1927 :



"Monument aux morts de la 36me Division.



Le Comité de Dax nous adresse le communiqué suivant : 


Le Dimanche 2 octobre 1927, s’est réuni à Bayonne, dans une des salles du Musée Basque, le jury chargé de désigner le lauréat du Concours organisé en vue de l’érection d’un monument sur le Plateau de Craonne, à la gloire de la 36e Division. 




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MONUMENT A LA GLOIRE DE LA 36EME D.I



Disons tout de suite que, parmi les œuvres exposées, certaines dénotaient chez leurs auteurs, un réel talent, et, après une première élimination, c’est sur les six projets retenus que le choix du Jury se fixa définitivement. 



Le premier prix, avec l'exécution, a été décerné à MM. Forest et Grange, et nous devons nous féliciter très sincèrement de ce choix, qui confie l’exécution de notre monument à deux artistes éprouvés, à deux techniciens particulièrement qualifiés, puisque, ayant déjà construit en collaboration des œuvres analogues, et non des moindres, notamment le Monument aux Morts de Verdun. Rappelons que M. Claude Grange, sculpteur, premier second grand-prix de Rome, est titulaire de la Médaille d’Or des Artistes Français, et que M. Mathieu Forest, Architecte diplômé par le Gouvernement, grand mutilé de guerre, est l’auteur de nombreuses œuvres parisiennes qui lui ont valu d'être couronné par la Ville de Paris. 



Nous aurons donc bientôt à Craonne, un monument dont nous aurons le droit d’être fiers, tant par l'originalité de sa forme que par le pouvoir d’évocation supérieur qu’il contiendra en lui. Que des esprits belliqueux s'ingénient à le comparer à quelque glaive puissant dominant superbement de sa fine et fière silhouette tout l’ensemble de l’ancien champ de bataille, ou bien que d’autres esprits plus pacifiques ne veuillent voir en lui qu’une majestueuse palme harmonieusement stylisée dont la forme élancée pourra se voir parfaitement de tous les points de l’horizon, — il n’en est pas moins certain que, dans tous les cas, c’est une magnifique flèche de pierre que nous allons faire jaillir là, triomphalement, du sol, de ce sol âpre, si âprement reconquis, et si âprement défendu par notre Division. 




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MONUMENT A LA GLOIRE DE LA 36EME D.I




Et le petit poilu coiffé du béret populaire, qui est si crânement campé au pied de cette stèle, sera bien alors, pour nous, comme la vivante image de tous ceux-là, fils de nos trois départements, qui sont tombés au cours de la grande guerre pour défendre la terre de France et en particulier ce plateau que tant d’entre eux ont arrosé de leur sang. Ainsi que le demandait le programme du concours, il sera bien, ce petit poilu, si naturel et si grand dans sa simplicité, comme le symbole éternel, comme la leçon d'Histoire qui perpétuera dans l'avenir et transmettra aux générations futures le souvenir glorieux de notre Division. 





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MONUMENT A LA GLOIRE DE LA 36EME D.I




Très remarqué aussi fut le projet, classé deuxième, de MM. J. et J. Soupre, architectes à Bayonne, diplômés par le Gouvernement, et de M. Rispal, sculpteur. Architecture nette, calme, composition bien équilibrée, aux belles lignes horizontales, assise sur des gradins savamment étagés, terminée par une tour-lanterne d’une heureuse inspiration et adroitement traitée, cette œuvre s’imposait à l’attention de tous par son caractère vraiment monumental et sa haute tenue architecturale. Malheureusement, la figure centrale devant sans doute personnifier la Victoire, la dextre armée d’une longue épée, fut l’objet de vives critiques de la part de certains qui donnèrent la préférence au précédent projet pour son caractère de régionalisme plus nettement marqué. 



Un troisième prix fut accordé sans discussion à l’œuvre de M. Patrisse, sculpteur, et M. Spadacini, architecte, œuvre sculpturale en majeure partie : Grande masse de pierre, au soubassement très simple, la partie supérieure étant discrètement taillée en forme de croix, l’intérêt de la composition était concentré dans le motif milieu. Celui-ci était composé d’un superbe groupe de trois poilus portant l’équipement de tranchée, et symbolisant, sans aucun doute, les trois départements de la Division, le personnage milieu présentant de ses deux bras levés une petite figurine, allégorie de la Victoire, tenant une couronne dans chaque main. Beau morceau de sculpture certes, mais qui, cependant, n'apparut pas au Jury comme pouvant s’adapter aussi bien que les œuvres précédentes à l’emplacement choisi. 




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MONUMENT A LA GLOIRE DE LA 36EME D.I




Enfin, des mentions vinrent récompenser l’effort accompli par M. Gabard, de Pau, ainsi que par MM. J. et J. Soupre et Rispal (déjà cités), pour un deuxième projet présenté. 



En résumé, bonne exposition et très bon résultat pour notre monument. Il ne nous reste plus maintenant qu’à nous hâter de parfaire, par de nombreuses souscriptions nouvelles, la somme promise aux artistes pour l'exécution. 



Souscrivons donc largement et généreusement. Les souscriptions sont reçues dans toute la région, notamment au Siège du Comité central, 16, rue Vainsot, à Bayonne. — Le Comité de Bayonne."




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jeudi 16 février 2023

LA DIVISION DE BAYONNE À CRAONNE EN 1915 (deuxième et dernière partie)


LA DIVISION DE BAYONNE À CRAONNE.


La 36ème division d'infanterie est une division d'infanterie de l'armée de terre française qui a participé à la Première et à la Seconde Guerre mondiale.




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MONUMENT AUX BASQUES
A LA GLOIRE DE LA 36EME D.I.





Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, le 1er juin 

1928 :



"La Division de Bayonne à Craonne.

Le 25 Janvier 1915 (Suite). 



... Un combat de nuit présentait pour la 36e D. I. des avantages incontestables. La supériorité de l’armement ennemi pouvait moins s’y affirmer ; nos troupes connaissant bien le terrain sauraient l’utiliser mieux que les Allemands. Aussi les combattants avaient-ils demandé la continuation immédiate des contre-attaques ; qu’on mit entre leurs mains quelque renfort, et la situation eût été sinon tout à fait rétablie, du moins très améliorée. Mais la lenteur des transmissions et l’éloignement des postes de commandement fit perdre du temps précieux. Tandis qu’il y avait intérêt à harceler un ennemi harassé et désorienté, l’ordre arriva d’attendre. Attendre quoi ? Une préparation d’artillerie ? Depuis le 12 octobre on savait que ce n’était qu’un nom, une illusion de bombardement. Ces quelques heures de répit au début de la nuit furent utilisées par les Allemands à relever leurs troupes, à amener des mitrailleuses, à approvisionner la ligne en munitions, même à creuser des boyaux et à placer du barbelé. 



Lorsque le 155 court de Moulins et quelques batteries du bois de Beaurieux et de Jumigny eurent lancé leurs inoffensives rafales les contre-attaques recommencèrent. Elles se multiplièrent, soit à gauche, dans le bois de Foulon et le plateau de Paissy, effectuées par le 18e et le 12e. Il est impossible d’en retracer l’histoire. Ce furent des bonds dans la nuit, dans la boue, dans la mort ; des folies d'abnégation, des démences de sacrifice, des écrasements fatals contre des murailles de feu. En effet, dès que des capotes se dressaient au-dessus du sol fangeux, les mitrailleuses fauchaient, les grenades pleuvaient, les hommes tombaient, se couchaient, rampaient, s’accrochaient et mouraient. A Hurtebise, cependant, l’ennemi fut fixé et perdit l’espoir de descendre dans la vallée. Au bois Foulon, grâce aux taillis on avança, on avança sans cesse jusqu’au matin ; le bois entier pouvait être entre nos mains avant le jour. Mais sur le plateau de Paissy nos contre-attaques étaient arrêtées net. Aussi, craignant de ne pouvoir tenir un saillant si prononcé, le commandement ramena notre ligne du bois à cent mètres en arrière. 



histoire première guerre mondiale
02 HURTEBISE
PREMIERE GUERRE MONDIALE 1914-1918



Le jour se leva lentement, tristement. La bataille allait-elle reprendre ? Farouchement, le fantassin l’attendait, les dents serrées, accroupi dans ses nouvelles tranchées, fossés étroits et boueux rasés à tout instant par les balles. Pendant deux jours, il continua ce guet angoissant, car le bombardement se poursuivait, violent, formidable, à peine contre-battu par nos 75 impuissants ; pendant deux jours il séjourna dans ces cloaques glacés, sans repos, sans abri, grelottant sous sa capote en mince drap bleu effiloché, ses chaussures crevées buvant la boue ; il avalait à la hâte un morceau de viande coriace, un peu de riz gelé qu’il arrosait d’un quart de thé sans sucre ; il ne dormait pas. 



Le second jour des officiers du 101e parurent dans les boyaux. Etait-ce la relève, la relève bénie ? Oh ! quitter cet enfer glacial ! Non ! Les troupes amenées en arrière du front d’attaque étaient destinées uniquement à parer une nouvelle offensive. 



Les dépôts de Mont-de-Marsan, Bayonne, Tarbes et Pau envoyèrent des renforts ; les vides furent comblés à la hâte et la "séance continua", dans son affreuse monotonie et sa misère inéluctable. Les rescapés de la tempête du 25 janvier recommencèrent dans le même cadre, dans la même boue, sous le même ciel bas, dans les mêmes dangers, les mêmes corvées, les mêmes veillées, la même existence torturée, le même Calvaire ! 



Mais, une fois de plus, la division de Bayonne avait barré la route à l'ennemi et conservé la position de Craonne. L’ennemi avait lancé contre elle une trombe de feu ; avec ses colonnes serrées de fantassins hérissées de grenades et de mitrailleuses, il avait assené un coup de massue formidable contre le mur de nos lignes ; celui-ci fut broyé sur un point, mais il tint bon. La brèche elle-même devint tout de suite impraticable, l’épée du Kaiser s’y brisa. En effet la victoire qui eut les honneurs du communiqué, ne lui avait donné que des pentes inutilisables, soumises au tir de plein fouet de nos canons et de nos mitrailleuses. Les soldats allemands qui, au matin du 26 janvier, se risquèrent à y circuler, durent en fuir aussitôt. 



histoire première guerre mondiale
02 OULCHES-LA-VALLEE-FOULON
PREMIERE GUERRE MONDIALE 1914-1918



L’ennemi prétendit avoir enfoncé le front de cinq régiments d’infanterie, il n’avait eu, cependant, en face de lui que trois bataillons ! Un journal suisse quelques semaines après, reproduisit la photographie d’un coin du champ de bataille ; il était jonché de plusieurs centaines de cadavres allemands. 



De cette victoire incontestée, la 36e division ne songeait pas à se réjouir. Tristement, elle regroupait les débris de ses bataillons. Le communiqué allemand annonçait de nombreux prisonniers, mais il n’osa pas en fixer le chiffre ; l’héroïque soixantaine des assiégés de la Creute qui résistèrent jusqu’à deux heures du matin, une partie de la compagnie de Redan, quelques blessés, le service de santé d’un bataillon, et c’était tout. Par contre, les morts étaient nombreux, gisant sur les pentes de la Creute et de Hurtebise, alignés aux abords de la tranchée des Zouaves, couchés face contre terre dans les fourrés du bois, échelonnés en vagues parallèles sur le plateau de Paissy au milieu des feuilles de betteraves, hachées par les balles. Et des soldats mouraient encore, après la bataille, dans les caves de Vassognes et de Oulches, aux ambulances de Beaurieux et de Glennes. La liste funèbre était si longue qu’elle ne put jamais être achevée ! 


 

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MONUMENT A HURTEBISE AISNE


La liste glorieuse des nombreux héros de ces combats ne fut jamais demandée non plus. Des héros ? oui, de sublimes héros, jamais récompensés. Y a-t-il un seul survivant de cette journée qui ne puisse citer un exploit remarquable ? C’est un capitaine qui seul, dans un boyau, en barre l’accès, décharge son revolver sur les assaillants et lance l’arme vide à la tête du dernier avant de tomber transpercé de coups. C’est un soldat qui, sorti de la tranchée, à plat ventre "sur le billard", fracasse, une à une toutes les têtes d’Allemands qui émergent, approvisionnant avec calme son fusil, poursuit ce tir à la cible pendant une heure, jusqu’à ce qu’une grenade le cloue à côté de son dernier paquet de cartouches. C’est un sergent qui reçoit l’ordre d’attaquer une tranchée défendue par un réseau barbelé intact et qui, voyant hésiter ses hommes, se lance le premier vers un massacre qu’il sait inutile. C’est un caporal qui, le lieutenant et le sergent tués, prend le commandement de la section, galvanise ses camarades qui le suivent aveuglément, fait reculer des groupes ennemis par son impétuosité et, blessé, ne consent à se laisser panser qu’après le combat. Et ce chef de bataillon qui, les ordres donnés, va faire le coup de feu avec ses soldats et malgré une blessure continue à commander sa troupe ? Et ce sous-lieutenant qui, voyant un allemand viser le chef de bataillon, sort du boyau qui l’abritait, attire sur lui, par son sabre brandi inutilement le coup de feu du mauser et, par sa mort, sauve son chef. Ils sont trop... ils sont trop... pour continuer la liste. 



Quelques rares citations individuelles, le 34e furent les seules récompenses une citation à l’ordre de l’armée pour de ces prodiges héroïques. Les seules ? non, car, en regardant du nouveau parapet ces quelques centaines de mètres si chèrement défendus, en voyant l’énorme crevasse de la Creute, au flanc du coteau comme un lugubre sépulcre, le poilu de "l’hiver rouge" de Craonne se sentit souvent le cœur serré ; à la pensée de ses amis disparus, sanglants dans la boue, ses yeux de guetteur se troublaient et, du revers de la manche, il essuya plus d’une larme. Si le jeune "classe 14" nouveau venu au front, s’étonnait, du doigt, sans mot dire, le briscard montrait à quelques mètres, roulés dans leurs capotes, à demi enlisés, les camarades qui dormaient entre les deux armées, au milieu des éclairs, des fumées, des grondements de l’orage qui ne cesserait pas de longtemps. 


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FERME LA CREUTE AISNE JANVIER 1915


Frères aimés, vous, dont l’héroïsme n’a été ni apprécié, ni même connu, écoutez la voix de ceux qui vous appellent de vos noms comme autrefois, avant le 25 janvier ! Regardez avec quelle avidité vos compatriotes lisent les récits où il est parlé de vous ! et surtout, regardez., regardez du côté de Vauclère, près du chemin des Dames, voyez-vous s’élever une blanche stèle... c’est la vôtre..., c’est votre glorieux mausolée... vous le voyez tous, car il paraît de tous les points du champ de bataille, de Craonne au Poteau d’Ailles. O nos frères restés là-bas, c’est le Béarn, la Bigorre, le Pays Basque et les Landes qui vous l'ont bâti, ce monument de réparation ! 



C’est bien là qu’il le fallait, sur ce plateau, ce plateau de Craonne qui fut l’autel sacré où la 36e D. I. "ardente et brave" s’est immolée pour la Rédemption de la France ! 


Capitaine D.„"




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dimanche 15 janvier 2023

LA DIVISION DE BAYONNE À CRAONNE EN JANVIER 1915 (première partie)

 

LA DIVISION DE BAYONNE À CRAONNE.


La 36ème division d'infanterie est une division d'infanterie de l'armée de terre française qui a participé à la Première et à la Seconde Guerre mondiale.




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MONUMENT AUX BASQUES
A LA GLOIRE DE LA 36EME D.I.




Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, le 23 mai 1928 :



"L’héroïsme de la 36me Division à Craonne... Le 25 Janvier 1915.


A la mémoire des soldats de la Division de Bayonne tombés sur le plateau de Craonne, ces lignes sont dédiées par un ancien combattant.



On ne pourra jamais écrire l’histoire de cette bataille. Aussi, ne trouvera-t-on pas ici un récit de cette sanglante journée. Toute relation serait inexacte ; il ne servirait même à rien de consul ter patiemment les archives de la 36e D. I., d'y classer les rapports, renseignements ou ordres que l’on a pu conserver. Nous ne voulons essayer que d’en donner l’aspect général afin d’apporter, une fois de plus, la preuve d’un héroïsme qui ne s’est jamais démenti, même dans les conditions les plus lamentables. 



Il y avait en ligne, ce jour-là deux régiments, les 18e et 34e, le premier tenant le front, plateau de Paissy, Bois Foulon, la Creute ; le second le secteur Hurtebise, Vauclerc. Malgré les travaux déjà commencés pour doubler la première position par une position de résistance, on peut dire que la défense n était assurée que par la première ligne. Or, cette ligne était impuissante à résister à un choc, n'ayant derrière elle que la pente raide de la falaise. Cette invraisemblable situation durait, il est vrai, depuis quatre mois ; mais la bravoure la plus acharnée ne pouvait empêcher une attaque violente de faire une brèche dans ce mur fragile surplombant un ravin. Le point le plus délicat était le front de la Creute où les tranchées françaises étaient à très courte distance des tranchées ennemies (de 20 à 50 mètres). La crête, sur tout le front, appartenait aux Boches. Dès lors, il était impossible, de jour, d’amener le moindre renfort, soit par Quiches, soit par le hameau de la Vallée-Foulon. Et même sur les points où les cheminements existaient, les boyaux étaient encore trop rares pour permettre la mise en place et le départ de renforts au secours de la position attaquée. 



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VUE GENERALE DES RUINES DE LA VALLEE FOULON AISNE


Cette difficulté rendait, en outre, la liaison impossible. Sur le front même, elle n'existait qu'entre les sentinelles ; les chefs de bataillon ne pouvaient communiquer entre eux. En profondeur, nul moyen rapide et sûr n'existait pour relier la première ligne avec le commandant du régiment et celui-ci n’avait que des liaisons très lentes avec la brigade (château de Bellevue et Beaurieux), la division (Maizy), le corps d'Armée (Merval). Bien avant le début de l'attaque, le téléphone était devenu inutilisable. Restaient les coureurs qui firent des prodiges ; mais la boue, les barrages et les distances les rendirent bien insuffisants. De là, il advint que le commandement n’eut que des renseignements tardifs, que les combattants reçurent des ordres inexécutables ; que les uns ou les autres ne purent profiter des occasions favorables. Les critiques, parfois si violentes, qui furent dressées après l’affaire, à telle ou telle unité, tombent d’elles-mêmes si l’on se rend compte de cette lacune si grave : le manque de liaison. Ajoutons que l’ennemi, au contraire, pouvait circuler à l’aise sur les pentes nord du terrain d’attaque, faire coulisser des renforts derrière la crête et embrasser, d'un coup d’œil, les opérations. 



Faut-il donc accuser le commandement de s'être laissé surprendre pour n’avoir pas compris la situation précaire des troupes ? Non. Sans doute, il eût été plus sage de reculer avant le coup de force ennemi, sur des positions moins fragiles, mais à l'heure où, en Champagne, le gain de 50 mètres de tranchée était salué comme une victoire. où une légère avance en Argonne avait les honneurs du communiqué, pouvait-on, sans affoler l’opinion, reculer de quelques centaines de mètres en un secteur si important et si chèrement conquis ? Par ailleurs, n’était-ce pas compromettre toute la tête de pont au nord de l'Aisne ? Enfin, on n’avait pas encore compris le sens exact du principe affirmé par Joffre : "On ne lutte pas avec des hommes contre du matériel."



Les chefs de la 36e D. I. savaient à quel point ils pouvaient compter sur leurs hommes ; ils ne savaient pas assez encore la puissance du matériel ennemi. 



Ce matériel fut amené à pied d’œuvre par les Allemands avec habileté. Les défenseurs des tranchées françaises furent surpris, quelques jours avant l’attaque, par des tirs inaccoutumés. Aux habituels 77 et 150 venant de la vallée de l’Ailette s’ajoutèrent quelques rafales isolées de 105 fusants et quelques coups de tonnerre de 210. En toute première ligne, de grosses bombes firent trembler le sol çà et là. La nuit, les veilleurs signalèrent des bruits de moteurs, des appels de cornes, et plus près, des cliquetis de barbelés. La concordance de ces renseignements éveilla-t-elle l’attention du commandement ? Sans doute, car les consignes, en cas d’attaque, furent rappelées, des alertes exécutées, des ordres nouveaux donnés. Hélas ! les officiers d’artillerie se regardaient avec tristesse : les caissons étaient vides. Hélas ! les mitrailleuses étaient presque absentes. Hélas ! les grenades manquaient totalement au fantassin. La première ligne française ne fut enfoncée que par le matériel. 



Cela posé, — et il était nécessaire pour qu’on pût juger la 36e D. I. de parler de ces questions techniques, — que restait-il à faire aux troupes en face d’une attaque de cette puissance ? Se faire hacher sur place en arrêtant le plus possible les flots des assaillants. Cette tâche fut admirablement remplie par les 18e et 34e d’infanterie. Grâce au rempart de poitrines qu’ils opposèrent aux balles, obus et grenades des ennemis, la masse d’attaque fut brisée, perdit son élan, ne put se creuser qu’un étroit passage, à la Creute, et alla mourir, épuisée, sur les pentes du bois Foulon et de Hurtebise. 



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OBSERVATOIRE FRANCAIS CRAONNE 1916


Autour du plateau de Paissy.



Le 25 janvier, vers midi, les "minen", les 105 et 210 tombent par rafales fréquentes sur le redan du plateau de Paissy, la corne nord du bois Feulon, le ravineau, le trou d’Enfer, l’entrée de la Grande Creute, les pentes sud de la ferme Hurtebise. La Creute disparait dans un nuage gris ; à travers les épaisses volutes, on aperçoit cependant une flamme claire, la flamme d’un feu de paille allumé par le bataillon de première ligne. C’est le signal convenu, signal primitif, mais le seul possible pour apprendre à l’arrière que l’attaque commence. En effet, au milieu des roulements du bombardement, on perçoit flottement le crépitement précipité des mitrailleuses. Dans la vallée, près de Vassognes, de Jumigny, au bois de Beaurieux, les batteries de 75 qui eu tôt fait de vider leurs caissons, sont pilonnées par les marmites boches. Les 105 fusants, aux panaches verdâtres, cessant de cracher leur mitraille sur les tranchées, arrosent les villages de la vallée, les routes, les bois, tandis que les lourds percutants renversent les murs, crèvent des toits, défoncent des caves.



Que se passe-t-il en ligne ? Mystère. Les mitrailleuses se sont tues. On n’entend plus que le claquement intermittent des coups de fusil et l’explosion étouffée des grenades. Ce silence presque complet pèse sur le cœur ; on devine que là-haut, on s’égorge. En effet, les Allemands ont débouché en plusieurs colonnes. A droite, au secteur du 34e la colonne d’attaque a été prise aussitôt par les feux de l’infanterie et le barrage d’une batterie de 75 ; elle n’a pas pu aborder la première ligne. Au contre, devant la Creute, un bond a suffi pour franchir l’intervalle qui séparait les deux tranchées ; tandis que les guetteurs tirent des coups de fusil, ou lancent des coups de baïonnette, contre les premiers assaillants, de nouveaux ennemis accourent qui les massacrent. Les mitrailleurs sont tués sur leur pièce avant d’avoir pu tirer. Cependant, grimpant le long des boyaux, semblables sur ce point à des escaliers, s’adossant aux pare-éclats, se coulant de trou d’obus en trou d’obus, les sections de renfort empêchent les Allemands de déboucher de la première ligne. Cinquante mètres à peine les séparaient de l’entrée de la Creute ; ils ne purent y parvenir qu’à la nuit, après deux heures de combat. 




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FERME EN RUINES PAISSY AISNE



Une troisième colonne ennemie marcha sur la corne nord du bois Foulon ; mais les tirs étagés de la tranchée des zouaves et de la mitrailleuse du trou d’Enfer fauchèrent les rangs, et le glacis sur lequel ils descendaient, fut littéralement jonché de cadavres. Ainsi en alla-t-il jusqu'à ce que la mitrailleuse s’enraya et que la compagnie de la Corne du bois fut prise à revers. 



Car, une quatrième colonne, profitant d’un léger vallonnement qui la rendait invisible, put aborder sur le plateau de Paissy, le redan du Chemin Creux, ouvrage inachevé, destiné à flanquer la position avancée du bois, et que l’on n’avait pu encore relier en arrière à la Grande Courtine, tranchée de deuxième ligne, tenue par le 83e territorial, dont les feux eux-mêmes ne purent être utilisés. Enlevé presque sans coup férir, le redan permit aux Allemands de se glisser entre la compagnie qui résistait de front et la compagnie de réserve. Le bois tout entier allait-il tomber entre les mains de l’ennemi ? Ce succès obtenu, toute position, au nord d'Oulches, devenait intenable, prise à revers. La résistance opiniâtre du 34e qui défendait pied à pied ses positions à l’est de la Creute, eût été inutile. 





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FERME LA CREUTE AISNE JANVIER 1915



Non. Tout n’est pas perdu ! La compagnie de réserve du bois Foulon part à la contre-attaque, et, arbre par arbre, mètre par mètre, fait reculer l’Allemand. Celui-ci eût été écrasé comme dans un étau si la Compagnie de la Corne du bois avait pu encore tenir ; mais encerclée totalement, privée de sa mitrailleuse, réduite à une quarantaine d’hommes, elle crut toute la position perdue, ne chercha plus qu’à crever le cercle de l’ennemi, et, cela fait, se jeta dans la vallée Foulon ; elle avait tenu plus de deux heures. 



Héroïque entêtement.



Réduit à ces grandes lignes, le combat paraît simple ; en réalité, il y eut des flux et reflux, des échauffourées, des avances, des arrêts, des mêlées confuses qui rendirent de part et d’autre, toute direction du commandement impossible. Cependant, battu au bois Foulon, battu vers Hurtebise, le commandement allemand, en fin de journée, ne peut plus espérer offrir à l’empereur, pour sa fête, une triomphante victoire. 


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MONUMENT A HURTEBISE AISNE


Aux cinq régiments d’attaque, deux régiments de la 36e D. I. ont opposé une telle bravoure et tel héroïque entêtement, qu’il faut recommencer une nouvelle opération, ou se contenter d’un semblant de succès, chèrement payé. 



Que décidera-t-on pendant la nuit ? Enfermés dans la Creute, les restes du 3e bataillon du 18e résistent farouchement ; le 2e bataillon du 34e a dressé en face de la brèche, un solide mur que les petits Landais ne laisseront pas franchir ; le 1er bataillon du 18e poursuit une contre-attaque que la nuit ne pourra que favoriser. Et derrière ce front, les 49e et 12e viennent se ranger, à Oulches, et au nord de Vassognes, prêts à bondir. Les ténèbres tombent, glaciales et humides, sur les plateaux de Craonne et de Paissy, ensevelissant les morts et les vivants, semblant éteindre l’incendie de la bataille qui crépite encore çà et là, mais qui se rallumera, atrocement sanglante, durant la nuit du 25 au 26 janvier. 

Capitaine D."



A suivre...



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