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vendredi 8 novembre 2024

LE CURÉ DE SOURAÏDE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1915

LE CURÉ DE SOURAÏDE EN 1915.


Quatre emprunts nationaux, en novembre 1915, octobre 1916, novembre 1917 et octobre 1918, sont émis, en France, durant la Première Guerre mondiale pour financer la guerre.





pays basque autrefois histoire guerre 1914-1918 religion
AFFICHE POUR EMPRUNT 1915
D'ABEL FAIVRE 
Par Abel Faivre — [1], Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=46022205



Voici ce que rapporta à ce sujet la presse dans plusieurs éditions :


  • le quotidien La Dépêche, le 11 décembre 1915 :



"En marge de l'Union sacrée.


L'Emprunt et M. le Curé.



Les journaux cléricaux ont beaucoup vanté l'attitude des évêques invitant les fidèles à souscrire à l'emprunt. Faut-il donc tant complimenter un ecclésiastique parce qu'il fait son devoir de Français ? C'est singulier. Mais ce doit être nécessaire ; autrement les journaux cléricaux n'auraient pas tous ces temps-ci posé tant de couronnes sur les mitres.



Tous les curés, par malheur, n'ont pas imité les évêques. Le curé de Souraïde s'est notamment livré à une déplorable manifestation. Souraïde est, comme on le sait, une petite commune du pays basque. Comme toute commune qui se respecte, elle a un garde champêtre qui ne connait que sa consigne. La consigne de ce brave représentant de l'autorité était l'autre jour de placarder dans l'église deux affiches relatives à l'emprunt. Il colla d'abord la première qui était illustrée et rédigée en français ; puis il fixa au mur la seconde qui contenait un appel en langue basque, et s'en alla.



Alors M. le curé vint et, plein de colère et d'indignation, arracha les deux placards et en dispersa les morceaux au vent.



Ensuite de quoi il monta en chaire et, les yeux au ciel, il expliqua qu'en raison des dissensions existant entre l'Eglise et l'Etat, il ne pouvait tolérer que la maison de Dieu servit la cause du gouvernement. Il invita même, tant son courroux était grand, les membres du conseil municipal à démissionner.



Enfin, las d'une tâche si lourde et d'ailleurs si heureusement accomplie, il quitta la maison du Seigneur pour rentrer dans sa propre salle à manger ou dans sa chambre à coucher, nous ne savons au juste.



M. le curé de Souraïde passe, d'ailleurs, pour un prêtre irréprochable."




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EMPRUNT DE LA DEFENSE NATIONALE 1916
Par Renhour48 — Travail personnel, CC0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=149331633



  • le quotidien La Dépêche, le 10 janvier 1916 :

"Les Demi-Français.


Le Curé de Souraïde et le Vicaire de Sare.



Paris 9 janvier. — A la suite d'un procès-verbal de la gendarmerie d'Espelette, une information a été ouverte contre M. Lahiton, ministre du culte à Souraïde, pour outrages à un magistrat municipal et lacération d'affiches relatives à l'emprunt national qui avaient été apposées sur le mur de façade de l'église, propriété communale.



On se souvient que nous avons signalé en son temps l'attitude antipatriotique de cet ecclésiastique.



— Dans le courant du mois d'août dernier, l'abbé Bidart, ancien vicaire de Sare, mobilise et en permission régulière, a prononcé, en chaire, au cours d'un sermon, des paroles vraiment regrettables.



Faisant l'apologie des Allemands, il a osé affirmer que leurs troupes, lorsqu'elles pénètrent en territoire ennemi, respectent la population civile et sont pleines de déférence pour les membres du clergé et les religieuses. Si la cathédrale de Reims a été et est encore bombardée, c'est que l'état-major français a eu le tort de disposer des mitrailleuses derrière les tours.



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CATHEDRALE DE REIMS 1915
MARNE D'ANTAN



Il a tenu, en outre, un langage peu courtois à l'égard des officiers français qui ne seraient pas revenus à la religion et a fait également le procès de l'organisation des services sanitaires à l'arrière du front.



Par son attitude et ses paroles blessantes, cet ecclésiastique-soldat a soulevé l'indignation générale.



Nous croyons savoir qu'il aurait été désavoué par son curé et même par l'évêché."



(Source : Wikipédia et gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France) 





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samedi 27 juillet 2024

LA SUSPENSION DU MAIRE FERDINAND CAMINO À HENDAYE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN AVRIL 1915

LA SUSPENSION DU MAIRE FERDINAND CAMINO D'HENDAYE.


En avril 1915, le préfet Coggia suspend le Maire d'Hendaye M. Ferdinand Camino.




pays basque autrefois labourd
HENDAYE 1915
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-

Luz, le 29 novembre 1919 :



"Hendaye.

La vérité sur la suspension du Maire.



M. Camino fait faire son panégyrique dans le "Courrier" du 28 Novembre. C'est son affaire, et nous ne le suivrons pas sur ce terrain ; mais quand il fait dire qu'il a été suspendu pour des prétextes futiles, pour l'assouvissement de passions personnelles. Il ment



M. Camino était dans les meilleurs termes avec M. le docteur Camboulive. Il lui donna ses soins et se fit, maintes fois, remplacer par lui auprès de ses clients. 



Quand M. Camboulive fut nommé au poste qu’il occupe — poste que M. Camino convoitait sans doute — ce dernier lui envoya une lettre d'injures. Non content de cela, il adressa à la Sous-Préfecture un procès-verbal mensonger d’une séance du Conseil municipal, — procès-verbal que l’enquête a établi être son œuvre personnelle — dans lequel il prétendait que le Conseil protestait contre la nomination de M. Camboulive, due à ses relations avec M. le commissaire spécial Sarbach. 

C’était faux, il n’avait jamais été question de cela en séance. 


Le Conseil Municipal tout entier désavoua le Maire, et M. le Préfet des Basses-Pyrénées, après enquête, établissant les faits ci-dessus, prit, à la date du 12 novembre, l’arrêté de suspension que l’on connaît. 



La vérité est donc que M. Camino a voulu se débarrasser d’un concurrent gênant et n’a pas réussi. Dans la fable, le serpent s'attaque à la lime et se casse les dents ; l'ex-maire de Hendaye a fait comme lui. 



Nous comprenons qu'il en soit furieux, mais franchement... à qui la faute ? 



Ce que l'on comprend moins, c’est que des gens honorables, aveuglés par la passion politique, traitent de vétille un faux en écritures publiques, et soutiennent l'homme qui s’en est rendu coupable ; la chose est indéniable ; nous certifions la rigoureuse exactitude de ce qui précède et mettons M. Camino au défi de prouver le contraire. 



Il ne l’essayera du reste pas ; la discussion n’est pas son affaire ; il procède par insinuations et se pose en victime d’une "Coterie cosmopolite". 



A cela, nous ne pouvons faire qu'une réponse : dire à l’ancien maire d'Hendaye : "M. Camino, en France, nous ne connaissons qu’un sol, c'est le sol français ; qu'une race, c’est la race française, à laquelle appartiennent vos adversaires. 

Moins que tout autre, peut-être, vous êtes qualifié pour parler de coterie cosmopolite vous qui n’êtes pas Hendayais et qui avez épousé une étrangère." 



Ceci, c’est de l’histoire, et non de la légende, comme le "désintéressement" du docteur Camino, au sujet duquel tout le monde est fixé. Quant à la valeur administrative du dit docteur Camino, les éléments d’appréciation ne manqueront pas aux Hendayais ; nous avons publié hier les résultats de sept années de gestion des affaires municipales. Ceux qui les trouveront brillants ne seront pas difficiles, et même ceux-là, les aveugles volontaires, cesseront bientôt de se solidariser avec le maire sortant, quand tous les actes de son passage au Pouvoir seront connus. 



Le "Courrier" prétend qu’Hendaye est avec lui ; la preuve contraire sera fournie demain par les électeurs hendayais, qui voteront en masse pour toute la liste d'Union Républicaine !


ARAMBERRI Joseph, mutilé de guerre. 

ALZATE François, ancien combattant. 

BIENABE Célestin, ancien combattant. 

BERGERET Georges, ancien combattant. 

BEYRIS Jean, cheminot. 

BONNIN Edmond, ancien combattant. 

CHERENCQ Paul, agent en douanes. 

CHOUBAC Jean, directeur d’école en retraite. 

COMMARIEU Louis, cheminot, anc. comb. 

CORRIHONS Maurice, cheminot. 

DUBERNET Ernest, bâtiment, anc. comb.

ESTRABEAU Louis, ancien conseiller.

FAGET Jérôme, cheminot.

HABANS Charles-Georges, anc. combattant. 

LACASTAIGNERATTE Bernardin, cons. s.

LANNEPOUQUET Léon, ancien combattant. 

I.AULHE Etienne, propriétaire. 

MANSAN Pierre, ancien combattant. 

MARQUEBIELLE Roger, cheminot, anc. comb. 

MARTINET Henri, propriétaire. 

OSPITAL Dominique, ancien combattant. 

PEREYRE Fernand, négociant.

RAMILLON Arthur, 1er adjoint au Maire, chevalier de la Légion d'Honneur."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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jeudi 16 février 2023

LA DIVISION DE BAYONNE À CRAONNE EN 1915 (deuxième et dernière partie)


LA DIVISION DE BAYONNE À CRAONNE.


La 36ème division d'infanterie est une division d'infanterie de l'armée de terre française qui a participé à la Première et à la Seconde Guerre mondiale.




monument aisne histoire première guerre mondiale
MONUMENT AUX BASQUES
A LA GLOIRE DE LA 36EME D.I.





Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, le 1er juin 

1928 :



"La Division de Bayonne à Craonne.

Le 25 Janvier 1915 (Suite). 



... Un combat de nuit présentait pour la 36e D. I. des avantages incontestables. La supériorité de l’armement ennemi pouvait moins s’y affirmer ; nos troupes connaissant bien le terrain sauraient l’utiliser mieux que les Allemands. Aussi les combattants avaient-ils demandé la continuation immédiate des contre-attaques ; qu’on mit entre leurs mains quelque renfort, et la situation eût été sinon tout à fait rétablie, du moins très améliorée. Mais la lenteur des transmissions et l’éloignement des postes de commandement fit perdre du temps précieux. Tandis qu’il y avait intérêt à harceler un ennemi harassé et désorienté, l’ordre arriva d’attendre. Attendre quoi ? Une préparation d’artillerie ? Depuis le 12 octobre on savait que ce n’était qu’un nom, une illusion de bombardement. Ces quelques heures de répit au début de la nuit furent utilisées par les Allemands à relever leurs troupes, à amener des mitrailleuses, à approvisionner la ligne en munitions, même à creuser des boyaux et à placer du barbelé. 



Lorsque le 155 court de Moulins et quelques batteries du bois de Beaurieux et de Jumigny eurent lancé leurs inoffensives rafales les contre-attaques recommencèrent. Elles se multiplièrent, soit à gauche, dans le bois de Foulon et le plateau de Paissy, effectuées par le 18e et le 12e. Il est impossible d’en retracer l’histoire. Ce furent des bonds dans la nuit, dans la boue, dans la mort ; des folies d'abnégation, des démences de sacrifice, des écrasements fatals contre des murailles de feu. En effet, dès que des capotes se dressaient au-dessus du sol fangeux, les mitrailleuses fauchaient, les grenades pleuvaient, les hommes tombaient, se couchaient, rampaient, s’accrochaient et mouraient. A Hurtebise, cependant, l’ennemi fut fixé et perdit l’espoir de descendre dans la vallée. Au bois Foulon, grâce aux taillis on avança, on avança sans cesse jusqu’au matin ; le bois entier pouvait être entre nos mains avant le jour. Mais sur le plateau de Paissy nos contre-attaques étaient arrêtées net. Aussi, craignant de ne pouvoir tenir un saillant si prononcé, le commandement ramena notre ligne du bois à cent mètres en arrière. 



histoire première guerre mondiale
02 HURTEBISE
PREMIERE GUERRE MONDIALE 1914-1918



Le jour se leva lentement, tristement. La bataille allait-elle reprendre ? Farouchement, le fantassin l’attendait, les dents serrées, accroupi dans ses nouvelles tranchées, fossés étroits et boueux rasés à tout instant par les balles. Pendant deux jours, il continua ce guet angoissant, car le bombardement se poursuivait, violent, formidable, à peine contre-battu par nos 75 impuissants ; pendant deux jours il séjourna dans ces cloaques glacés, sans repos, sans abri, grelottant sous sa capote en mince drap bleu effiloché, ses chaussures crevées buvant la boue ; il avalait à la hâte un morceau de viande coriace, un peu de riz gelé qu’il arrosait d’un quart de thé sans sucre ; il ne dormait pas. 



Le second jour des officiers du 101e parurent dans les boyaux. Etait-ce la relève, la relève bénie ? Oh ! quitter cet enfer glacial ! Non ! Les troupes amenées en arrière du front d’attaque étaient destinées uniquement à parer une nouvelle offensive. 



Les dépôts de Mont-de-Marsan, Bayonne, Tarbes et Pau envoyèrent des renforts ; les vides furent comblés à la hâte et la "séance continua", dans son affreuse monotonie et sa misère inéluctable. Les rescapés de la tempête du 25 janvier recommencèrent dans le même cadre, dans la même boue, sous le même ciel bas, dans les mêmes dangers, les mêmes corvées, les mêmes veillées, la même existence torturée, le même Calvaire ! 



Mais, une fois de plus, la division de Bayonne avait barré la route à l'ennemi et conservé la position de Craonne. L’ennemi avait lancé contre elle une trombe de feu ; avec ses colonnes serrées de fantassins hérissées de grenades et de mitrailleuses, il avait assené un coup de massue formidable contre le mur de nos lignes ; celui-ci fut broyé sur un point, mais il tint bon. La brèche elle-même devint tout de suite impraticable, l’épée du Kaiser s’y brisa. En effet la victoire qui eut les honneurs du communiqué, ne lui avait donné que des pentes inutilisables, soumises au tir de plein fouet de nos canons et de nos mitrailleuses. Les soldats allemands qui, au matin du 26 janvier, se risquèrent à y circuler, durent en fuir aussitôt. 



histoire première guerre mondiale
02 OULCHES-LA-VALLEE-FOULON
PREMIERE GUERRE MONDIALE 1914-1918



L’ennemi prétendit avoir enfoncé le front de cinq régiments d’infanterie, il n’avait eu, cependant, en face de lui que trois bataillons ! Un journal suisse quelques semaines après, reproduisit la photographie d’un coin du champ de bataille ; il était jonché de plusieurs centaines de cadavres allemands. 



De cette victoire incontestée, la 36e division ne songeait pas à se réjouir. Tristement, elle regroupait les débris de ses bataillons. Le communiqué allemand annonçait de nombreux prisonniers, mais il n’osa pas en fixer le chiffre ; l’héroïque soixantaine des assiégés de la Creute qui résistèrent jusqu’à deux heures du matin, une partie de la compagnie de Redan, quelques blessés, le service de santé d’un bataillon, et c’était tout. Par contre, les morts étaient nombreux, gisant sur les pentes de la Creute et de Hurtebise, alignés aux abords de la tranchée des Zouaves, couchés face contre terre dans les fourrés du bois, échelonnés en vagues parallèles sur le plateau de Paissy au milieu des feuilles de betteraves, hachées par les balles. Et des soldats mouraient encore, après la bataille, dans les caves de Vassognes et de Oulches, aux ambulances de Beaurieux et de Glennes. La liste funèbre était si longue qu’elle ne put jamais être achevée ! 


 

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MONUMENT A HURTEBISE AISNE


La liste glorieuse des nombreux héros de ces combats ne fut jamais demandée non plus. Des héros ? oui, de sublimes héros, jamais récompensés. Y a-t-il un seul survivant de cette journée qui ne puisse citer un exploit remarquable ? C’est un capitaine qui seul, dans un boyau, en barre l’accès, décharge son revolver sur les assaillants et lance l’arme vide à la tête du dernier avant de tomber transpercé de coups. C’est un soldat qui, sorti de la tranchée, à plat ventre "sur le billard", fracasse, une à une toutes les têtes d’Allemands qui émergent, approvisionnant avec calme son fusil, poursuit ce tir à la cible pendant une heure, jusqu’à ce qu’une grenade le cloue à côté de son dernier paquet de cartouches. C’est un sergent qui reçoit l’ordre d’attaquer une tranchée défendue par un réseau barbelé intact et qui, voyant hésiter ses hommes, se lance le premier vers un massacre qu’il sait inutile. C’est un caporal qui, le lieutenant et le sergent tués, prend le commandement de la section, galvanise ses camarades qui le suivent aveuglément, fait reculer des groupes ennemis par son impétuosité et, blessé, ne consent à se laisser panser qu’après le combat. Et ce chef de bataillon qui, les ordres donnés, va faire le coup de feu avec ses soldats et malgré une blessure continue à commander sa troupe ? Et ce sous-lieutenant qui, voyant un allemand viser le chef de bataillon, sort du boyau qui l’abritait, attire sur lui, par son sabre brandi inutilement le coup de feu du mauser et, par sa mort, sauve son chef. Ils sont trop... ils sont trop... pour continuer la liste. 



Quelques rares citations individuelles, le 34e furent les seules récompenses une citation à l’ordre de l’armée pour de ces prodiges héroïques. Les seules ? non, car, en regardant du nouveau parapet ces quelques centaines de mètres si chèrement défendus, en voyant l’énorme crevasse de la Creute, au flanc du coteau comme un lugubre sépulcre, le poilu de "l’hiver rouge" de Craonne se sentit souvent le cœur serré ; à la pensée de ses amis disparus, sanglants dans la boue, ses yeux de guetteur se troublaient et, du revers de la manche, il essuya plus d’une larme. Si le jeune "classe 14" nouveau venu au front, s’étonnait, du doigt, sans mot dire, le briscard montrait à quelques mètres, roulés dans leurs capotes, à demi enlisés, les camarades qui dormaient entre les deux armées, au milieu des éclairs, des fumées, des grondements de l’orage qui ne cesserait pas de longtemps. 


histoire première guerre mondiale aisne
FERME LA CREUTE AISNE JANVIER 1915


Frères aimés, vous, dont l’héroïsme n’a été ni apprécié, ni même connu, écoutez la voix de ceux qui vous appellent de vos noms comme autrefois, avant le 25 janvier ! Regardez avec quelle avidité vos compatriotes lisent les récits où il est parlé de vous ! et surtout, regardez., regardez du côté de Vauclère, près du chemin des Dames, voyez-vous s’élever une blanche stèle... c’est la vôtre..., c’est votre glorieux mausolée... vous le voyez tous, car il paraît de tous les points du champ de bataille, de Craonne au Poteau d’Ailles. O nos frères restés là-bas, c’est le Béarn, la Bigorre, le Pays Basque et les Landes qui vous l'ont bâti, ce monument de réparation ! 



C’est bien là qu’il le fallait, sur ce plateau, ce plateau de Craonne qui fut l’autel sacré où la 36e D. I. "ardente et brave" s’est immolée pour la Rédemption de la France ! 


Capitaine D.„"




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dimanche 15 janvier 2023

LA DIVISION DE BAYONNE À CRAONNE EN JANVIER 1915 (première partie)

 

LA DIVISION DE BAYONNE À CRAONNE.


La 36ème division d'infanterie est une division d'infanterie de l'armée de terre française qui a participé à la Première et à la Seconde Guerre mondiale.




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MONUMENT AUX BASQUES
A LA GLOIRE DE LA 36EME D.I.




Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, le 23 mai 1928 :



"L’héroïsme de la 36me Division à Craonne... Le 25 Janvier 1915.


A la mémoire des soldats de la Division de Bayonne tombés sur le plateau de Craonne, ces lignes sont dédiées par un ancien combattant.



On ne pourra jamais écrire l’histoire de cette bataille. Aussi, ne trouvera-t-on pas ici un récit de cette sanglante journée. Toute relation serait inexacte ; il ne servirait même à rien de consul ter patiemment les archives de la 36e D. I., d'y classer les rapports, renseignements ou ordres que l’on a pu conserver. Nous ne voulons essayer que d’en donner l’aspect général afin d’apporter, une fois de plus, la preuve d’un héroïsme qui ne s’est jamais démenti, même dans les conditions les plus lamentables. 



Il y avait en ligne, ce jour-là deux régiments, les 18e et 34e, le premier tenant le front, plateau de Paissy, Bois Foulon, la Creute ; le second le secteur Hurtebise, Vauclerc. Malgré les travaux déjà commencés pour doubler la première position par une position de résistance, on peut dire que la défense n était assurée que par la première ligne. Or, cette ligne était impuissante à résister à un choc, n'ayant derrière elle que la pente raide de la falaise. Cette invraisemblable situation durait, il est vrai, depuis quatre mois ; mais la bravoure la plus acharnée ne pouvait empêcher une attaque violente de faire une brèche dans ce mur fragile surplombant un ravin. Le point le plus délicat était le front de la Creute où les tranchées françaises étaient à très courte distance des tranchées ennemies (de 20 à 50 mètres). La crête, sur tout le front, appartenait aux Boches. Dès lors, il était impossible, de jour, d’amener le moindre renfort, soit par Quiches, soit par le hameau de la Vallée-Foulon. Et même sur les points où les cheminements existaient, les boyaux étaient encore trop rares pour permettre la mise en place et le départ de renforts au secours de la position attaquée. 



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VUE GENERALE DES RUINES DE LA VALLEE FOULON AISNE


Cette difficulté rendait, en outre, la liaison impossible. Sur le front même, elle n'existait qu'entre les sentinelles ; les chefs de bataillon ne pouvaient communiquer entre eux. En profondeur, nul moyen rapide et sûr n'existait pour relier la première ligne avec le commandant du régiment et celui-ci n’avait que des liaisons très lentes avec la brigade (château de Bellevue et Beaurieux), la division (Maizy), le corps d'Armée (Merval). Bien avant le début de l'attaque, le téléphone était devenu inutilisable. Restaient les coureurs qui firent des prodiges ; mais la boue, les barrages et les distances les rendirent bien insuffisants. De là, il advint que le commandement n’eut que des renseignements tardifs, que les combattants reçurent des ordres inexécutables ; que les uns ou les autres ne purent profiter des occasions favorables. Les critiques, parfois si violentes, qui furent dressées après l’affaire, à telle ou telle unité, tombent d’elles-mêmes si l’on se rend compte de cette lacune si grave : le manque de liaison. Ajoutons que l’ennemi, au contraire, pouvait circuler à l’aise sur les pentes nord du terrain d’attaque, faire coulisser des renforts derrière la crête et embrasser, d'un coup d’œil, les opérations. 



Faut-il donc accuser le commandement de s'être laissé surprendre pour n’avoir pas compris la situation précaire des troupes ? Non. Sans doute, il eût été plus sage de reculer avant le coup de force ennemi, sur des positions moins fragiles, mais à l'heure où, en Champagne, le gain de 50 mètres de tranchée était salué comme une victoire. où une légère avance en Argonne avait les honneurs du communiqué, pouvait-on, sans affoler l’opinion, reculer de quelques centaines de mètres en un secteur si important et si chèrement conquis ? Par ailleurs, n’était-ce pas compromettre toute la tête de pont au nord de l'Aisne ? Enfin, on n’avait pas encore compris le sens exact du principe affirmé par Joffre : "On ne lutte pas avec des hommes contre du matériel."



Les chefs de la 36e D. I. savaient à quel point ils pouvaient compter sur leurs hommes ; ils ne savaient pas assez encore la puissance du matériel ennemi. 



Ce matériel fut amené à pied d’œuvre par les Allemands avec habileté. Les défenseurs des tranchées françaises furent surpris, quelques jours avant l’attaque, par des tirs inaccoutumés. Aux habituels 77 et 150 venant de la vallée de l’Ailette s’ajoutèrent quelques rafales isolées de 105 fusants et quelques coups de tonnerre de 210. En toute première ligne, de grosses bombes firent trembler le sol çà et là. La nuit, les veilleurs signalèrent des bruits de moteurs, des appels de cornes, et plus près, des cliquetis de barbelés. La concordance de ces renseignements éveilla-t-elle l’attention du commandement ? Sans doute, car les consignes, en cas d’attaque, furent rappelées, des alertes exécutées, des ordres nouveaux donnés. Hélas ! les officiers d’artillerie se regardaient avec tristesse : les caissons étaient vides. Hélas ! les mitrailleuses étaient presque absentes. Hélas ! les grenades manquaient totalement au fantassin. La première ligne française ne fut enfoncée que par le matériel. 



Cela posé, — et il était nécessaire pour qu’on pût juger la 36e D. I. de parler de ces questions techniques, — que restait-il à faire aux troupes en face d’une attaque de cette puissance ? Se faire hacher sur place en arrêtant le plus possible les flots des assaillants. Cette tâche fut admirablement remplie par les 18e et 34e d’infanterie. Grâce au rempart de poitrines qu’ils opposèrent aux balles, obus et grenades des ennemis, la masse d’attaque fut brisée, perdit son élan, ne put se creuser qu’un étroit passage, à la Creute, et alla mourir, épuisée, sur les pentes du bois Foulon et de Hurtebise. 



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OBSERVATOIRE FRANCAIS CRAONNE 1916


Autour du plateau de Paissy.



Le 25 janvier, vers midi, les "minen", les 105 et 210 tombent par rafales fréquentes sur le redan du plateau de Paissy, la corne nord du bois Feulon, le ravineau, le trou d’Enfer, l’entrée de la Grande Creute, les pentes sud de la ferme Hurtebise. La Creute disparait dans un nuage gris ; à travers les épaisses volutes, on aperçoit cependant une flamme claire, la flamme d’un feu de paille allumé par le bataillon de première ligne. C’est le signal convenu, signal primitif, mais le seul possible pour apprendre à l’arrière que l’attaque commence. En effet, au milieu des roulements du bombardement, on perçoit flottement le crépitement précipité des mitrailleuses. Dans la vallée, près de Vassognes, de Jumigny, au bois de Beaurieux, les batteries de 75 qui eu tôt fait de vider leurs caissons, sont pilonnées par les marmites boches. Les 105 fusants, aux panaches verdâtres, cessant de cracher leur mitraille sur les tranchées, arrosent les villages de la vallée, les routes, les bois, tandis que les lourds percutants renversent les murs, crèvent des toits, défoncent des caves.



Que se passe-t-il en ligne ? Mystère. Les mitrailleuses se sont tues. On n’entend plus que le claquement intermittent des coups de fusil et l’explosion étouffée des grenades. Ce silence presque complet pèse sur le cœur ; on devine que là-haut, on s’égorge. En effet, les Allemands ont débouché en plusieurs colonnes. A droite, au secteur du 34e la colonne d’attaque a été prise aussitôt par les feux de l’infanterie et le barrage d’une batterie de 75 ; elle n’a pas pu aborder la première ligne. Au contre, devant la Creute, un bond a suffi pour franchir l’intervalle qui séparait les deux tranchées ; tandis que les guetteurs tirent des coups de fusil, ou lancent des coups de baïonnette, contre les premiers assaillants, de nouveaux ennemis accourent qui les massacrent. Les mitrailleurs sont tués sur leur pièce avant d’avoir pu tirer. Cependant, grimpant le long des boyaux, semblables sur ce point à des escaliers, s’adossant aux pare-éclats, se coulant de trou d’obus en trou d’obus, les sections de renfort empêchent les Allemands de déboucher de la première ligne. Cinquante mètres à peine les séparaient de l’entrée de la Creute ; ils ne purent y parvenir qu’à la nuit, après deux heures de combat. 




histoire première guerre mondiale aisne
FERME EN RUINES PAISSY AISNE



Une troisième colonne ennemie marcha sur la corne nord du bois Foulon ; mais les tirs étagés de la tranchée des zouaves et de la mitrailleuse du trou d’Enfer fauchèrent les rangs, et le glacis sur lequel ils descendaient, fut littéralement jonché de cadavres. Ainsi en alla-t-il jusqu'à ce que la mitrailleuse s’enraya et que la compagnie de la Corne du bois fut prise à revers. 



Car, une quatrième colonne, profitant d’un léger vallonnement qui la rendait invisible, put aborder sur le plateau de Paissy, le redan du Chemin Creux, ouvrage inachevé, destiné à flanquer la position avancée du bois, et que l’on n’avait pu encore relier en arrière à la Grande Courtine, tranchée de deuxième ligne, tenue par le 83e territorial, dont les feux eux-mêmes ne purent être utilisés. Enlevé presque sans coup férir, le redan permit aux Allemands de se glisser entre la compagnie qui résistait de front et la compagnie de réserve. Le bois tout entier allait-il tomber entre les mains de l’ennemi ? Ce succès obtenu, toute position, au nord d'Oulches, devenait intenable, prise à revers. La résistance opiniâtre du 34e qui défendait pied à pied ses positions à l’est de la Creute, eût été inutile. 





histoire première guerre mondiale aisne
FERME LA CREUTE AISNE JANVIER 1915



Non. Tout n’est pas perdu ! La compagnie de réserve du bois Foulon part à la contre-attaque, et, arbre par arbre, mètre par mètre, fait reculer l’Allemand. Celui-ci eût été écrasé comme dans un étau si la Compagnie de la Corne du bois avait pu encore tenir ; mais encerclée totalement, privée de sa mitrailleuse, réduite à une quarantaine d’hommes, elle crut toute la position perdue, ne chercha plus qu’à crever le cercle de l’ennemi, et, cela fait, se jeta dans la vallée Foulon ; elle avait tenu plus de deux heures. 



Héroïque entêtement.



Réduit à ces grandes lignes, le combat paraît simple ; en réalité, il y eut des flux et reflux, des échauffourées, des avances, des arrêts, des mêlées confuses qui rendirent de part et d’autre, toute direction du commandement impossible. Cependant, battu au bois Foulon, battu vers Hurtebise, le commandement allemand, en fin de journée, ne peut plus espérer offrir à l’empereur, pour sa fête, une triomphante victoire. 


histoire monument aisne première guerre mondiale
MONUMENT A HURTEBISE AISNE


Aux cinq régiments d’attaque, deux régiments de la 36e D. I. ont opposé une telle bravoure et tel héroïque entêtement, qu’il faut recommencer une nouvelle opération, ou se contenter d’un semblant de succès, chèrement payé. 



Que décidera-t-on pendant la nuit ? Enfermés dans la Creute, les restes du 3e bataillon du 18e résistent farouchement ; le 2e bataillon du 34e a dressé en face de la brèche, un solide mur que les petits Landais ne laisseront pas franchir ; le 1er bataillon du 18e poursuit une contre-attaque que la nuit ne pourra que favoriser. Et derrière ce front, les 49e et 12e viennent se ranger, à Oulches, et au nord de Vassognes, prêts à bondir. Les ténèbres tombent, glaciales et humides, sur les plateaux de Craonne et de Paissy, ensevelissant les morts et les vivants, semblant éteindre l’incendie de la bataille qui crépite encore çà et là, mais qui se rallumera, atrocement sanglante, durant la nuit du 25 au 26 janvier. 

Capitaine D."



A suivre...



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mercredi 22 juin 2022

LE PÊCHEUR DE FONTARRABIE - HONDARRIBIA EN GUIPUSCOA AU PAYS BASQUE EN AOÛT 1915

LE PÊCHEUR DE FONTARRABIE EN 1915.


En 1915, un pêcheur de Fontarrabie passe en justice, à Bayonne, pour avoir aidé deux soldats français à déserter.




1915 pais vasco antes frontera guipuzcoa
RIVIERE "LA BIDASSOA" FRONTIERE FRANCO-ESPAGNOLE
HENDAYE 1915



Voici ce que rapporta à ce sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, dans son 

édition du 23 août 1915 :



"Le pêcheur de Fontarabie.



La colonie allemande qui pullule par delà les Pyrénées, le plus près possible de nos portes, exerce une influence incontestable sur l’esprit des populations au milieu desquelles elle vit, se meut et manœuvre. 



Cette influence, certes, n’empoisonne pas toute l’Espagne ni même tous les Espagnols de la frontière. On l’a dit bien des fois, et il n’est pas inutile de le répéter : la France possède des sympathies sûres et d’autant plus appréciables, tras los montes, qu’elles se découvrent surtout chez les intellectuels, c’est-à-dire chez ceux qui pensent, qui réfléchissent et qui savent. 



Seuls, ceux qui obéissent à un fanatisme purement confessionnel ou à des sentiments exclusivement intéressés se complaisent dans la haine de la France qu’ils jalousent. 



Il serait donc injuste de généraliser. Mais il n’en est pas moins vrai que la campagne de dénigrement et de mensonges à laquelle se livrent trop ouvertement, dans un pays neutre, les tenants de Guillaume II a quelque chose d’irritant pour nous, Français, qui en faisons tous les frais.



Ceux qui me lisent d’ordinaire sont au courant des tentatives dont se sont rendus coupables certains pêcheurs de Fontarabie ; ils savent dans quelles conditions l’un de ces pêcheurs a provoqué à la désertion de deux militaires convalescents en traitement à l’ambulance du Casino de Hendaye-Plage



Quiconque n’est point de parti-pris, quiconque est de bonne foi, n’a pu qu’applaudir à la juste condamnation de ce pêcheur que le seul appât d’une prime fit agir. 



Les débats de cette affaire ne donnèrent lieu à aucune espèce d’incident. Dans le prétoire, chacun se plut à rendre hommage à M. le Procureur de la République qui, animé par le souffle ardent d’un beau patriotisme, prononça un magnifique réquisitoire à la fois énergique et mesuré. 



Il n’en fallait pas davantage pour qu’il encourût les foudres de la Gaceta del Norte, cette honnête feuille allemande qui s’imprime à Bilbao et qui n’a d’espagnol que la langue qu’elle emploie. 



Dans un article paru le 11 août et consacré au Pêcheur de Fontarabie, ce journal a donné, du procès et des faits qui l'ont provoqué, une version tellement fantaisiste que sa duplicité éclate aux yeux des moins prévenus. 



Quelques citations donneront une idée de la bonne foi dont s’inspirent les rédacteurs de la Gaceta.



fuenterrabia antes pais vasco puerto
EMBARCADERE FONTARRABIE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Après avoir mensongèrement affirmé que le Procureur de la République de Bayonne dut être rappelé à l’ordre par le Président du Tribunal qui l’obligea à se rétracter "pour injures à l’Espagne", la feuille allemande raconte ainsi la triste odyssée du "pauvre" pêcheur : 


Il pêchait tranquillement dans la Bidassoa, tout à côté d’Hendaye. Tout à coup, deux hommes, avec de l'eau jusqu'au cou, lui font des signes et crient : "Au secours !" Noble et généreux, le bon pêcheur laisse ses appareils et vole au secours de ceux qu’il suppose être dans des transes affreuses... 



C’est déjà joli comme mise en scène, et vous voyez d’ici le beau rôle du "bon" pêcheur, noble et généreux, volant au secours de deux soldats français, qui ne doivent pas être bien éloignés de la rive, puisqu’ils n'ont de l’eau que jusqu’au cou. 



Il faut croire que le bon pêcheur espagnol se trouvait, à ce moment, plus près de la France — dont les eaux lui étaient interdites — que de son pays.



Donc, il vole au secours des deux hommes. 

Dans tes mains, lui disent-ils, sont nos vies. On nous poursuit. Porte-nous, de grâce, à l’autre rive. Vite



Qui donc les poursuit ? Sans se préoccuper autrement de ce détail qui, pourtant, était de nature à frapper ses yeux sinon son esprit.



Notre pêcheur, qui n'entend rien aux lois internationales et qui seulement obéit aux nobles instincts de son cœur, aide les deux naufragés, les hisse dans sa barque ; mais quand il songe à ramer pour leur garder la oie sauve, ils s’élancent sur lui, le menaçant de mort s’il ne les conduit pas jusqu’à Hendaye qui se trouve là, à deux pas... 



Tiens ! tiens ! le brave pêcheur, qui se trouvait à deux pas de Hendaye, voulait donc amener les soldats ailleurs ? 



Voilà, semble-t-il, quelque chose qui ressemble furieusement à un aveu. 


pays basque autrefois labourd casino
CASINO HENDAYE 1915
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le pêcheur obéit, mais 

D’autres hommes sont là, derrière les arbres de la rive, et quand notre pêcheur, perdant la tête, ne sachant pas ce qui se passait, saute à terre, on l'arrête au nom de la loi, on lui fait monter le calvaire des rues d'Hendaye, et on le traîne finalement dans une prison de Bayonne. Enfin, il comparaît devant un Conseil de guerre (sic), accusé d’avoir voulu faire passer des déserteurs en Espagne. 



Si on peut dire ! Et voilà comment se produisent les erreurs judiciaires... 



On m’excusera si je ne m’apitoie pas autrement sur le sort de ce malheureux pêcheur, victime de son bon cœur et de son dévouement. Je préfère plaindre l’indigence notoire d’esprit du rédacteur de ce récit tragi-comique... (Le Sud-Ouest.)"



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



 








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mercredi 19 mai 2021

LES CHIENS DE GUERRE AU PAYS BASQUE EN AVRIL 1915 (deuxième et dernière partie)

 

LES CHIENS DE GUERRE EN 1915.


En 1915, Alexandre Millerand, ministre français de la guerre, conscient de leur importance, crée le Service des chiens de guerre avec plus de 3 000 animaux, principalement pris dans les fourrières.


chien sanitaire première guerre mondiale
LES CHIENS SANITAIRES
LE PETIT JOURNAL 18 AVRIL 1915


Le Pays Basque fut sollicité, comme les autres régions françaises, pour fournir des chiens à 

l'armée.



Voici ce que rapporta au sujet de ces chiens, la presse, dans Le Petit Journal, le 18 avril 1915, sous 

la plume d'Ernest Laut :


"...Il n'est personne qui ignore les proues ses de ces fameux chiens du Saint-Bernard que les moines du couvent ont dressés à retrouver les voyageurs perdus dans la neige. Chaque année, ces braves bêtes sauvent plus de trois cents vies humaines... Or, c'est cette faculté instinctive que l'homme a mise à profit en entraînant les chiens au rôle d'auxiliaires des ambulanciers en temps de guerre. 



chien saint bernard
CHIEN DU SAINT BERNARD



Les Allemands et les Anglais furent les premiers à utiliser ainsi le merveilleux instinct du chien. Au début de la guerre russo-japonaise, le gouvernement russe fit au major Hautonville Richardson, le plus célèbre dresseur de chiens ambulanciers d'Angleterre, une importante commande, et ces animaux rendirent de grands services en Extrême-Orient. 


dresseur chiens britannique
EDWIN HAUTONVILLE RICHARDSON
DRESSEUR DE CHIENS
ARMEE BRITNNIQUE 1915



Déjà, on avait pu apprécier leur valeur pendant la guerre anglo-boer. Le lieutenant Johannes, de l'armée anglaise, évalue, en effet, à plusieurs centaines le nombre des blessés qui, au cours de cette campagne, échappèrent aux recherches des infirmiers et furent sauvés par les chiens sanitaires. De même encore, pendant la guerre russo-japonaise, à la bataille de Chaho, trois chiens sanitaires, expédiés par l'Association allemande, ont dépisté vingt trois blessés qui étaient bel et bien abandonnés. 



Aucun doute ne subsiste dès lors sur les services que peuvent rendre les chiens à la recherche des blessés. 



Dans presque, toutes les armées d'Europe des services de chiens ambulanciers furent organisés. Seule, l'année française demeura longtemps en dehors du mouvement. 



Mais, heureusement, chez nous, l'initiative privée est toujours prête à remédier aux négligences des pouvoirs publics. Un officier, le capitaine Tolet avait, dès l'année 1895, entrepris le dressage des chiens pour la recherche des blessés en temps de guerre. Les résultats obtenus par lui attirèrent l'attention ; et c'est alors que se créa, sous la présidence de M. Lepel-Cointet, la Société nationale du chien sanitaire qui, dans son chenil d'Avon-Fontainebleau, fit dès lors élever et dresser, sous la direction du capitaine Tolet, des chiens destinés aux sections de brancardiers de l'armée en temps de guerre. 




chien de guerre 1915
CHIEN DE GUERRE 1915


On a quelquefois reproché à la Société cette expression de "chien sanitaire" qu'elle consacre par son titre. Cette expression est impropre, évidemment ; un chien ne peut être sanitaire au sens précis du mot : "Chien ambulancier" vaudrait mieux. Mais le but dans lequel travaille la Société lui imposait ce mot : c'est celui qui désigne tous les services dépendant de la grande organisation de santé militaire : chien sanitaire, cela signifie chien du service de santé de l'armée, tout simplement ; et voilà qui justifie le titre choisi par la Société.



Au surplus, ce n'est là qu'une question de mots ; et les mots ne sont rien : l'œuvre est tout. Or, celle qu'a accomplie cette Société est des plus dignes d'intérêt. 



A maintes reprises, depuis dix ans, elle a démontré, au cours des exercices du service de santé, la facilité qu'ont les chiens dressés par elle de rechercher les blessés, de jour et de nuit, dans les terrains les plus difficiles. 



Et ce n'est point là la seule façon dont se soient manifestés son activité et son patriotisme. La Société a voulu encore que le chien sanitaire de l'armée française fût un chien français.



Jusqu'alors, toutes les armées d'Europe, employaient presque uniquement, dans le recrutement de leurs chiens ambulanciers, la race du berger allemand. La Société nationale du chien sanitaire, elle-même, fut tout d'abord tributaire de l'Allemagne pour le recrutement de ses chiens. Mais c'est aujourd'hui un article d'exportation que l'Allemagne ne nous enverra plus. 



Il est démontré aujourd'hui que tous les chiens de berger français sont propres à devenir de très bons chiens sanitaires. Mais la Société a choisi, parmi les diverses races françaises, une bête dont les qualités natives se prêtent merveilleusement à ce genre de dressage. C'est le "bouvier des Flandres", chien de garde et de défense par excellence, qu'on trouve, de temps immémorial, dans toute la Flandre française et en particulier dans la vallée de la Lys. 


chien première guerre mondiale
CHIEN BOUVIER DES FLANDRES


Là-bas, dans nos vieilles fermes flamandes, le chien de bouvier est employé de cent façons diverses. Il traîne la voiture chargée de pots à lait, tourne la baratte pour la fabrication, du beurre, surveille les troupeaux. Mais il est surtout le chien de garde pour les propriétés et la cour. Malheur au maraudeur qui tombe sous sa dent terrible !



L'animal est d'une agilité et d'une force peu communes ; son attaque est impétueuse. Au moindre signal, il s'élancera sur quiconque veut, s'en prendre à son maître ; il le défendra d'une façon ardente, courageuse, opiniâtre, car il ne sent pas les coups, et le nombre des adversaires ne l'effraie pas. Mais, docile jusqu'à l'excès, d'une obéissance passive rare, il saura s'arrêter au moindre appel, se tenant toujours prêt, cependant, à reprendre la lutte si le maître le veut. 



M. le capitaine Tolet, qui est, en pareille matière, l'homme le plus compétent de France, dit du "bouvier des Flandres" : 

"C'est un chien courageux, d'une intelligence vive, d'un odorat remarquable, d'une obéissance naturelle parfaite, d'un attachement absolu au maître ; sa fidélité devient même de l'obsession. Son caractère en général est agréable, mais souvent mordant. Il a une expression de vie dénotant un ensemble de qualités très grandes qui le rendent très sympathique". 



Et M. 1e capitaine Tolet ajoute : 

"Ces qualités diverses réunies chez un même individu en font pour le dressage, et en particulier dans la recherche des blessés, un chien de tout premier ordre".



Tel est le bon chien de France auquel est dévolu le soin de retrouver les blessés sur le champ de bataille.



chien première guerre mondiale
CHIEN BOUVIER DES FLANDRES



Ce soin, nos chiens ambulanciers français s'en acquittent avec le zèle et le dévouement qui sont les caractéristiques de leur race. Les services qu'ils rendent sont si nombreux et si précieux que, sur tous les points du front, depuis le début de la guerre, on réclame sans cesse de nouveaux envois de chiens. 



Car ces braves animaux ne sont plus seulement les auxiliaires des brancardiers ; ils sont devenus peu à peu les auxiliaires de l'officier et du soldat dans toutes les circonstances de la guerre. Ils sont estafettes ; ils sont sentinelles. 



Marquis, le chien du 92e, dont un poète a célébré la gloire ici-même, Marquis était agent de liaison entre les bataillons de son régiment ; il portait des ordres, faisait des commissions difficiles. A Sarrebourg, au début de la guerre il avait été chargé de porter un pli à un officier qui commandait une compagnie de mitrailleuses. Marquis s'en fut, sauta des haies, des fossés. Au moment où il allait, atteindre le but, une balle allemande l'atteignit au côté droit. Le chien blessé se traîna péniblement, perdant du sang tout le long du chemin, arriva cependant auprès de l'officier et rendit le dernier soupir après avoir accompli sa mission. 



La tradition du chien du régiment ne se perdit jamais complètement chez nous ; mais, à coup sûr, elle sortira de cette guerre plus forte que jamais. 



Voyez tous les instantanés qui ont été publiés de nos troupiers aux tranchées ou au cantonnement : il est rare qu'un chien n'y ligure pas. Les régiments qui avaient de ces braves soldats à quatre pattes les ont emmenés sur le front ; les autres n'ont pas manqué d'adopter quelque pauvre bête abandonnée qui est venue s'engager sous leur drapeau. 



On a cité depuis le début de la guerre vingt traits de. cet attachement spontané des chiens pour nos troupiers. La bête s'est choisi un maître parmi les soldats, celui qui s'occupe d'elle le plus volontiers, elle le suit partout, elle partage ses dangers ; il arrive même qu'elle lui sauve la vie, comme l'épagneul Fend-l'Air sauva le zouave qui l'avait adopté. Elle ne le quitte plus, elle l'accompagne à l'ambulance, se glisse dans le train sanitaire qui l'emporte, arrive à l'hôpital avec lui, ne veut plus quitter son chevet. Admirable exemple de fidélité et de dévouement. Et voilà deux êtres unis pour la vie. 



Vous vous rappelez la lithographie célèbre dans laquelle Charlet représente un petit pioupiou qui caresse un chien, le chien de son régiment, et qui fait cette réflexion naïve et profonde à la fois : "Ce qu'il y a de meilleur dans l'homme, c'est le chien." 



Combien de soldats de cette guerre, en se souvenant des services rendus par les chiens : chiens estafettes, chiens sentinelles qui, bien souvent, ont signalé l'approche de l'ennemi ; chiens ambulanciers qui ont concouru à sauver les blessés sur le champ de bataille ; chiens amis, bons compagnons des longues heures passées dans la tranchée combien de ces soldats penseront comme le pioupiou de Charlet, et n'en aimeront que du plus profond de leur cœur le chien, symbole vivant de la fidélité, du dévouement, de l'amitié, du sacrifice, c'est-à-dire de toutes les qualités du vrai soldat."



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