Libellés

Affichage des articles dont le libellé est P LHANDE. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est P LHANDE. Afficher tous les articles

lundi 17 novembre 2025

FONTARRABIE EN GIPUZKOA ET LE ROMAN "MIRENTCHU" DE PIERRE LHANDE AU PAYS BASQUE EN 1914

FONTARRABIE ET LE ROMAN "MIRENTCHU" EN 1914.


En 1914, paraît "Mirentchu", le premier roman de Pierre Lhande Heguy, né le 4 juillet 1877 à Bayonne, et mort le 17 avril 1957 à Tardets-Sorholus.



pays basque écrivain lhande gipuzkoa fontarrabie
LIVRE MIRENTCHU DE PIERRE LHANDE
EDITION 1930
ILLUSTRATION RAOUL SERRES





Ce roman, dont l'action se situe à Fontarrabie, en Gipuzkoa, va connaître un beau succès, en 

France, ainsi qu'en Allemagne et Espagne ensuite.

Ce roman va être réédité 24 fois.




Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Excelsior, le 14 mai 1914 :



"La cité immuable.



En écrivant Mirentchu, M. Pierre Lhande a voulu composer un roman à la gloire du pays basque. Il y a réussi. Qu'on en juge :


"L'ermitage de Nuestra Señora de Guadalupe s'érige en terre basque, sur le dernier ressaut que projette la chaîne des Pyrénées, avant de se perdre dans les sables de l'Atlantique.



pays basque écrivain lhande gipuzkoa fontarrabie
NUESTRA SEÑORA DE GUADALUPE FONTARRABIE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Lorsque, du sommet des balcons qui enserrent, à mi-hauteur, le svelte clocher de l'Ermitage, le pèlerin contemple à ses pieds le moutonnement figé des mamelons et des crêtes, une image lui vient à l'esprit. Cette cohue de pics dentelés, accourue du bout de l'horizon et se rangeant brusquement, devant la mer, en quatre ou cinq gigantesques arêtes déployées, fait rêver de quelque irréelle et monstrueuse armée qu'arrêterait au milieu de sa course et ferait se cabrer d'épouvante le gouffre de l'océan aperçu tout à coup. Après avoir hissé sur Hendaye et Oyarzun les pitons culminants de la Rhune et des Trois-Couronnes, la grande chaîne, comme épuisée de ses suprêmes efforts pour monter, s'écroule, glisse d'un cours à peine ondulé sur la bassin de la Bidassoa, puis, au moment de toucher la mer, se redresse tout à coup, surgit et s'immobilise.



C'est ce dernier sursaut de la montagne qui a reçu, dans la vieille langue euskarienne, le nom grandiose de Jaïzkibel, la "roche d'arrière" ou la "dernière roche". A son ombre et sur le bord du petit fleuve, Fontarabie a choisi, pour grouper ses pêcheurs et ses pâtres, un mamelon que couronne la pierre noire de son clocher. Sur le versant de la chaîne qui regarde la France, caressée par le soleil matinal, les laboureurs ont hissé leurs chalets aux larges toits ; et vers les cimes, là où les métairies vont finir, la Vierge exotique, protectrice des anciens baleiniers, habite une grande chapelle blanche. Puis, la montagne se hausse encore de quelques mètres et se laisse enfin dévaler vers la mer en longues coulées de roches stériles et de ravins dévastés.



pays basque écrivain lhande gipuzkoa fontarrabie
LIVRE MIRENTCHU DE PIERRE LHANDE
EDITION 1929
ILLUSTRATION RAOUL SERRES




Ainsi le pays basque, si chaud et si lumineux à l'intérieur des vallées, veut finir, à son extrême éperon vers les grèves, en ondulations ravagées, comme il s'achève, vers les terres du sud, par des plateaux arides, et, au nord, par l'immense désert des pins. Du côté de l'est, il estime suffisamment isolée et protégée sa jalouse opulence par l'amoncellement infini des Pyrénées.



A l'abri de ces remparts, la terre d'Aïtor étale au bon soleil ses champs tranquilles et ses foyers immuables. Habituée, depuis des siècles, à la mélopée rugueuse de la même langue, elle a vu, impassible, les conquérants qui forçaient d'aventure ses enceintes d'arbres, de roches ou de flots, s'étourdir quelques journées, à la lumière enivrante de ses oasis découvertes et fuir, de nouveau, poussés par l'instinct nomade, tirés au sud par l'appel de régions insoumises ou inexplorées. Elle laissait passer.



pays basque écrivain lhande gipuzkoa fontarrabie
LIVRE MIRENTCHU DE PIERRE LHANDE
EDITION 1929
ILLUSTRATION RAOUL SERRES




Aujourd'hui encore, en dépit de tant d'infiltrations venues du dehors par les voies ferrées, par l'industrie, par la presse, cette terre étrange, blottie dans sa position stratégique, la plus propice à durer que peuple ait trouvée au monde, demeure inexorablement figée dans sa physionomie et dans son âme du passé. Selon le mot connu — qui n'a peut-être jamais été dit, mais que toute son histoire proclame — elle "ne date plus". Elle est l'Immémoriale.



Malgré toute leur grandiose horreur, les grèves du Jaïzquibel n'ont put décourager l'homme de e bâtir là un foyer. L'admirable domaine de Guztiz ederra se dresse, en effet, sur une des extrêmes ondulations de la montagne, entre un grand ravin boisé et l'océan. Son nom, plus moderne que ses murs, lui fut donné, au treizième siècle, par le roi Don Sanche de Navarre.



pays basque écrivain lhande gipuzkoa fontarrabie
SANCHE VII DE NAVARRE
1170-1234



C'était au cours d'une chasse dans la forêt. Devant l'âtre hospitalier où les veneurs royaux, égarés, avaient cherché un abri, la jeune héritière, une admirable fille, dont les yeux avaient la couleur des châtaignes mûres, présentait à ses hôtes le vase de cidre et l'écuelle de lait.


— Enfant, interrogea le souverain, comment dis-tu dans ta vieille langue : "Toute belle ?"



La belle jeune fille répondit, en baissant le regard, tandis qu'une rougeur incendiait ses traits :


Guztiz ederra.

Guztiz ederra ? reprit le monarque.



Eh bien ! c'est mon plaisir qu'à partir de ce jour ta maison porte ce nom-là. Et, de plus, en souvenir de ton hospitalité, elle sera maison noble, maison de gentilshommes.



pays basque écrivain lhande gipuzkoa fontarrabie
LIVRE MIRENTCHU DE PIERRE LHANDE
EDITION 1929
ILLUSTRATION RAOUL SERRES




Un vieux parchemin, que ces paysans conservent entre des piles de linge, décerne, en effet, au domaine de Guztiz-ederra le titre de gentilhommière et décrit, par le menu, les armes que Don Sanche lui décerna : d'azur aux lions rampants sur le château de sable.



Jusqu'à ce jour, la famille primitive des Guztiz-ederra n'a jamais été supplantée. Fidèles à l'antique coutume des provinces basques, qui permettait au père, "en sa qualité de législateur domestique", de léguer librement son bien à un de ses enfants qu'il instituait héritier et successeur, ces paysans se sont transmis de père en fils leur beau domaine, tandis que les cadets essaimaient, au dehors. Ainsi, à travers les révolutions et les guerres dont ces montagnes ont été le théâtre, se sont conservées, avec le nom et la race, les traditions des ancêtres : l'alternance des céréales et celle des fourrages, l'époque des semailles et le temps de la récolte, les heures de la prière et les instants du repos. Et le maître actuel du domaine refait, quand il manie le hoyau ou conduit la charrue, le geste que ses aïeux laboureurs ont tracé mille fois sur ces mêmes mottes où s'imprima la trace de leurs pas.



pays basque écrivain lhande gipuzkoa fontarrabie
LIVRE MIRENTCHU DE PIERRE LHANDE
EDITION 1929
ILLUSTRATION RAOUL SERRES




Quelque régulière et monotone qu'elle soit, cette succession des charges de famille, en pays basque, ne va pas toujours sans orages. Malgré la commune entente pour la conservation du foyer natal, malgré le prestige des volontés suprêmes du maître mort, il ne se passe guère de génération où l'âtre des chalets paysans ne voie se dérouler quelque drame douloureux et rapide. Puis la force sourde de l'instinct de race triomphe ; les discordes s'apaisent ; l'union s'établit autour du successeur. Et le vieux foyer, cité immuable de la tradition, recommence d'abriter, pour un nouveau demi-siècle, les arrière-petits-enfants de ceux qui l'ont bâti."



En 1928, Mauro Azkona et son frère Victor vont en tirer un scénario et Mauro va en réaliser une adaptation cinématographique : El Mayorazgo de Basterretxe, un long métrage muet de 58 minutes."



pais vasco antes cine mirentchu azkona lhande
FILM EL MAYORAZGO DE BASTERRETXE 1928
PAYS BASQUE D'ANTAN



(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 6 800 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

dimanche 24 septembre 2023

LE PAYS BASQUE PAR PIERRE LHANDE EN 1926 (deuxième et dernière partie)

 

LE PAYS BASQUE PAR PIERRE LHANDE EN 1926.


Pierre Lhande Heguy, né le 4 juillet 1877 à Bayonne (Basses-Pyrénées) et mort le 17 avril 1957 à Tardets-Sorholus (Basses-Pyrénées), est un écrivain, prêtre jésuite et académicien basque français, apôtre des banlieues et surtout connu pour le succès de ses "radio-sermons", une grande nouveauté dans les années 1930.


pays basque autrefois littérature religion peuple
LIVRE LE PAYS BASQUE A VOL D'OISEAU
PAR PIERRE LHANDE



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Croix, le 17 janvier 1926, sous la plume de 

Charles Baussan :



"Le Pays basque à vol d'oiseau par Pierre Lhande.



... Le P. Lhande analyse nettement les caractères de cette famille-souche ; il en fait rapidement l’histoire ; il esquisse la lutte qui s’est poursuivie entre cette coutume basque et la loi du 17 ventôse an II qui abolit la liberté testamentaire et institua le partage égal entre tous tes enfants ; il voit dans cette suppression de la liberté de tester la cause de la ruine de bien des familles-souches, de la ruine de l’autorité paternelle, de la ruine de la bonne entente entre frères et sœurs. Il regarde tristement passer "sous leurs charges de vieux meubles les vieilles charrettes qui n’avaient jamais plié que sous le poids des gerbes où chantaient les petits gars". 



La conservation du foyer, voilà la tradition basque, la préoccupation du "maître de la maison", voilà ce que cherche encore aujourd’hui le chef de famille en s’appliquant à racheter aux cadets leur part de l’héritage, au profit de l’héritier. 



pays basque autrefois maison etxe famille
MAISON AU PAYS BASQUE
PAYS BASQUE D'ANTAN


La conservation du foyer et le statut de l'âme, voilà les deux pensées que le P. Lhande retrouve, toutes pareilles à plus de cent ans de distance, dans un testament du XVIIIe siècle et, de nos jours, dans le testament d'un vieux berger tombé du haut d’un châtaignier. 



Mais sur quelle force repose le foyer basque ? Sur l’autorité du maître de la maison, autorité qui lui vient de la tradition : il est celui qui sait ce que lui ont appris les anciens ; autorité douce, d’ailleurs, et modératrice, et qui prend l’avis des autres. Une juste alliance y règne entre l’esprit conservateur et l’esprit d’initiative. Il faut marcher, mais il ne faut pas courir trop vite : "S’il est vrai que tout progrès comporte avec lui des inconvénients, dit le P. Lhande — le progrès purement positif est un mythe, — est-on bien sûr que la somme des bénéfices surpasse, en nombre et en valeur, la somme des dommages ? Qu'on y prenne garde : souvent, le progrès, dans sa course triomphale, écrase une pauvre chose. On dit : "Ce n’est rien. Qu’est cela auprès de ceci ?" Et ce petit rien, une fois détruit, manque si bien au monde que le monde cherche en vain à le remplacer." 



Qui pourrait remplacer au foyer basque ce sentiment profond de l’autorité, cette vitalité de la tradition, ce respect de la femme, cette application de chacun à sa tâche, dans un rythme de coordination de tous les efforts, cet apprentissage de la vie du père ou de la mère qui sera la vie du fils ou de la fille, toutes ces mœurs pures, patriarcales et religieuses qu'évoque le P. Lhande, en de si simples et si belles images, quand il suit, de l’aube au soir, au travail, à table, à la chasse, au jeu, à la veillée, une famille de ses paysans basques ? 



Regardons avec lui ces joueurs de pelote. Il est midi : "... Soudain, au plus fort du jeu, du haut de la vieille tour d’ocre, une rumeur grave et solennelle vient à tomber. C’est l'Angélus. Aussitôt, la balle expire dans le berceau du gant d’osier. Le bras tendu dans un effort menaçant s’abaisse désarmé, et cet homme qui tout à l’heure n’a pas condescendu aux bravos jusqu’à saluer obséquieusement la foule comme ferait un ténor d’opéra, cet homme qui ne se découvre que devant son Dieu, vient d’abattre son béret. Il prie. Il prie comme ii a joué tout à l’heure, sans forfanterie et sans phrase, noblement, simplement." 



Là. est le secret de la force du peuple basque. C’est un peuple qui prie. Chez le paysan basque, l’idée religieuse s’inspire surtout du sentiment de l’autorité : Dieu est pour lui "le Seigneur du ciel". Avant de donner le premier coup de faux dans la moisson, avant d’entamer le pain, le laboureur de la Soule fait le signe de la croix. De blanches chapelles luisent sur les hauteurs, et, certains jours, les pèlerins affluent à Sainte-Barbe, Sainte-Madeleine, Saint-Antoine, Saint-Grégoire, comme à Sainte-Engrace ou à l’Hôpital-Saint-Blaise. Les. Basques aiment leurs églises ; ils aiment leurs prêtres et les prennent pour conseillers. Ils considèrent comme un honneur de donner leurs fils au sacerdoce. 

ecrivain religion pays basque littérature
PIERRE LHANDE


Après la foi, la grande force du Basque est sa puissance de résistance, sa passivité, son endurance : il laisse passer et il attend la fin de l’orage. Sa langue est un isolant qui, le défendant contre le dehors, lui garde les traditions. 



Mais une invasion dangereuse arrive au pays basque : l’industrie. Endiguer les gaves ne serait rien : ne va-t-elle point enlever les paysans à la terre et leur faire abandonner leur langue ? Vont-ils prendre au sérieux la chanson basque


Le rémouleur a dît la grande vérité : 

Que le laboureur vit à grand’peine. 



Comment ne pas s’effrayer ? Le P. Lhande ne cache pas ses craintes. Il faudrait créer une industrie basque, adaptée au caractère basque et qui ne touchât point au cadre des traditions, qui ne démolît point les pierres du foyer. Y réussira-t-on ? Si l’on n’y réussit pas, le peuple basque ne sera pas seulement un peuple qui s’en va, ce sera une grande famille qui meurt



Ainsi, le chemin qui descend de la montagne, qui suit les vallées, qui va à la maison, nous emmène jusqu’aux considérations les plus hautes, jusqu'aux horizons de l’avenir. Croquis de paysages, silhouettes de paysans, aperçus historiques, littérature, psychologie, sociologie tout est réuni sous la forme la plus charmante et sur le fond le plus solide, en ces pages fleuries d’images et peuplées de portraits et peut-être plus pleines encore de pensée."



(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 7 100 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

vendredi 25 août 2023

LE PAYS BASQUE PAR PIERRE LHANDE EN 1926 (première partie)

LE PAYS BASQUE PAR PIERRE LHANDE EN 1926.


Pierre Lhande Heguy, né le 4 juillet 1877 à Bayonne (Basses-Pyrénées) et mort le 17 avril 1957 à Tardets-Sorholus (Basses-Pyrénées), est un écrivain, prêtre jésuite et académicien basque français, apôtre des banlieues et surtout connu pour le succès de ses "radio-sermons", une grande nouveauté dans les années 1930.


ecrivain religion pays basque lhande
PIERRE LHANDE


Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Croix, le 17 janvier 1926, sous la plume de 

Charles Baussan :



"Le Pays basque à vol d'oiseau par Pierre Lhande.



 De tous les peuples dont l'heureux assemblage fait l'harmonieuse unité du peuple français, il n'en est point qui garde mieux sa personnalité propre que le peuple basque, car c’est bien un vrai peuple, un peuple qui a sa race, sa langue, son pays à lui. On ne peut l'approcher sans se sentir en présence de "quelqu’un", sans être attiré vers lui, et le mystère dont il semble enveloppé accroît chez tous la curiosité de : le connaître. C’est à ce désir que répond, et à merveille, ce livre : le Pays basque à vol d'oiseau, œuvre d’un des Basques qui font aujourd’hui le plus d'honneur à la petite patrie comme à la grande, le R. P. Lhande. 



pays basque autrefois littérature lhande
LIVRE LE PAYS BASQUE A VOL D'OISEAU
DE PIERRE LHANDE 1925



La vie basque, l’âme basque, la pensée basque ont pour centre le foyer, la maison : c’est à la maison que va le P. Lhande. Mais il y a le chemin qui y mène, il y a le pays Ce n’est qu’après l’avoir traversé — et regardé — que l’on pourra frapper à la porte. 



Le P. Lhande dessine donc, tout d’abord, en géographe qui serait en même temps peintre, la carte du pays basque ; il en teinte, chacune d’une couleur différente, les sept provinces, les sept sœurs "qui ne font qu’un" ; les trois provinces françaises : le Labourd, la Basse-Navarre, la Soule, et les quatre espagnoles : le Guipuzcoa, la Biscaye, l’Alava, la Haute-Navarre


pays basque autrefois 7 provinces
ZAZPIAK BAT





S’il salue Fontarabie et Pampelune, s'il n’a garde d’oublier et si nous ne pouvons plus que lui oublier de monter, après le monastère de Leyre, sépulture des rois, dans la pierre haute, jusqu’à ce château d'où partit un jour ce "petit Basque aventureux et tendre, François Xavier", c’est au pays basque français que le P. Lhande donne aujourd'hui, dans ce livre, la plus grande part de son temps et qu'il s'attache davantage. Il en peint le décor : le Labourd, "pays de coteaux bruns aux chênes rares et rabougris, couvert de fougères et d'ajoncs épineux, et que seule éclaircit, au printemps, la floraison d'or des beaux genêts" ; pays de landes incultes qui favorisèrent, aux siècles passés, le brigandage et la sorcellerie ; pays pourtant qui se déride au voisinage de la mer ou dans les grandes vallées et qui sourit à Biarritz, à Bidart, à Guéthary, à Saint-Jean-de-Luz, aux "doux loisirs" de Sare, dans la haute montagne même, avec la verdure, les chalets aux larges tuiles, "la paix des glèbes et la poésie tranquille des sommets". 


 

pays basque autrefois labourd
SARE VUE PRISE DE GALARRETA
PAYS BASQUE D'ANTAN



"Toute ruine finit par se vêtir de fleurs." Ainsi en est-il de notre Navarre française : ce beau nom de l'histoire se cache aujourd’hui sous une poignée de délicieux villages, sous la gloire des plateaux et la richesse des blés. 



C’est dans la Soule, pays tour à tour riant et sauvage, que le Basque qui nous montre sa terre basque s’arrêtera devant l’église romane de Sainte-Engrace, devant les grottes fantastiques d’Holzarte, devant le chapelet des maisons de Tardets, égrenées au bord du gave, et que Francis Jammes a chantées ; devant le château fort de Mauléon, où le regard cherche encore, au sommet de la tour, le drapeau rouge au lion vert. 



pays basque autrefois soule château
CHÂTEAU DE MAULEON SOULE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Ceux que nous rencontrons sur le chemin, hommes ou femmes, ont des traits énergiques : ils parlent "une langue sans analogie bien établie avec les langues actuellement connues" dans le monde entier. C'est une race à part. D'où vient-elle ? 



De peintre qu’il était tout à l’heure, le P. Lhande se fait ethnographe et historien. Il scrute les origines et il interroge tour à tour la légende et l’histoire. La langue euskarienne est-elle celle qu’Adam parlait au Paradis terrestre ou l’une des 75 langues nées de la confusion de la Tour de Babel ? Les pères des forgerons du Guipuzcoa ont-ils appris de Tubalcaïn leur métier ? Le P. Lhande rappelle en souriant ces légendes. Puis il écoute les historiens et leurs diverses hypothèses. Tout d’abord, il constate que des noms euskariens sont semés tout au long de la carte du monde antique, du Caucase à Cadix, de l’Orient à l’Occident. Le peuple basque est donc un peuple migrateur, qui a essaimé ou qui est venu de loin. 



Les Basques sont-ils des Ibères? Deux camps se partagent les historiens ; le camp ibériste et le camp antiibériste. Le P. Lhande désigne les chefs et donne les arguments de l’un et l’autre parti. Entre les deux s’est placé M. Camille Jullian : "Les Ibères sont bien des Basques, dit-il, mais ceux-ci ont été auparavant des Ligures, c'est-à-dire qu’ils ont appartenu à ces immenses populations qui couvrirent tout notre sol depuis le Rhin jusqu’aux Pyrénées, depuis les Alpes jusqu’à l’Océan. 



Mais les Ligures, ancêtres présumés des Euskariens, sont-ils partis du centre de l’Afrique ou du Caucase ? Nouvelle bataille. Tout compte fait, l’énigme subsiste sur les origines des Basques ; une race à part, "très ancienne, très émigrante, mais surtout profondément mystérieuse, c’est tout ce que parviennent à nous révéler les efforts des historiens". 



Cette race n’a pas de monuments littéraires, comme les Niebelungen ou la Chanson de Roland, mais elle a, avec sa langue, sa littérature. "La littérature basque existe, affirme le P. Lhande, non seulement la littérature de folk-lore (proverbes, devinettes, chansons), mais la littérature proprement, dite, l’expression hautement littéraire du génie lyrique ou esthétique d’un peuple, d'une race, d’une langue." Les Basques ont leurs chansons de geste, leurs légendes poétiques, leurs œuvres en prose, leurs poèmes, leur théâtre, leurs romans même. 



Pourquoi cotte littérature est-elle méconnue ? Pour deux raisons une langue "vraiment inaccessible" est une muraille que l’on n’essaye point de franchir, et, d’autre part, la beauté de cette littérature a un caractère tout spécial. Cette beauté tire tous ses éléments de la simplicité des sentiments, d’une émotion douce et populaire ; l’art littéraire basque est fait de notations pures comme les mélodies grégoriennes et d’un jeu particulier qui jette l’idée au bout de la phrase, comme la pelote au but. 



Après avoir présenté et fait chanter, dans un tournoi d’improvisations, deux bardes basques et après avoir donné une très intéressante bibliographie de la littérature basque, le P. Lhande défend ainsi la poésie populaire : "Un peuple demeure d’autant plus poète — donc littéraire dans le vrai sens du mot — qu’il reste plus illettré. Cette poésie populaire vaut ce qu’elle peut au jugement de la critique et devant les règles, mais, au point de vue psychologique, elle est de la poésie, puisqu'elle est l'expression idéaliste d’un peuple." La poésie basque chante la pensée basque : elle chante le foyer. 



Nous voici devant la maison.


 

PAYS BASQUE AUTREFOIS MAISON ETXE
FERME BASQUE
PAYS BASQUE D'ANTAN


C’est un village de la vallée de la Soule. "A l’exception du presbytère, de l’école, du château et des villas d’"Américains", toutes les maisons sont des habitations de laboureurs ; quatre ou cinq sont des fermes ou des métairies, les autres abritent toutes les mêmes familles depuis un temps immémorial." 



Les maisons ont des noms, noms tirés des entours : saules, source blanche, bruyères rouges, chênes, etc. ; noms qui sont très vieux et durent toujours. Si la vigne a remplacé la bruyère, l’ancien nom n’en demeure pas moins, et avec lui le souvenir des aïeux. 



C'est la famille qui a pris le nom de la maison. Il y a dans la famille basque deux degrés d’ancienneté. Si la famille originaire s’est toujours perpétuée et a toujours eu un héritier mâle, la maison et la famille ont le même nom. Si l’ancienne famille s’est éteinte et a été remplacée par une autre venue d’ailleurs ou si, à défaut de fils, la maison a passé entre les mains d’une fille qui s’est mariée, la famille actuelle a légalement un autre nom, mais les gens du pays continuent à l’appeler du nom de l’ancienne, du nom de la maison



C’est la maison qui garde la famille. 



pays basque autrefois maison ferme
MAISON BASQUE OCTOBRE 1916


Et à la pérennité, l’immutabilité du foyer veille la coutume basque, la famille-souche tant admirée de Le Play."



A suivre...




(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 7 200 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

samedi 25 décembre 2021

LE DÎNER DE NOËL AU PAYS BASQUE AUTREFOIS

LE DÎNER DE NOËL AU PAYS BASQUE EN 1937.


Au Pays Basque, comme dans beaucoup d'endroits, la tradition des fêtes de Noël est un moment important dans la vie des habitant.e.s.




basse-navarre repas
REPAS DU MATIN EN BASSE-NAVARRE
PAR HOMUALK



Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Nouveauté, le 19 décembre 1937, sous la plume de 

Pierre Lhande :



"Le dîner de Noël au pays basque.




... Hâtons nous de le dire : les coutumes gastronomiques basques de Noël ne se différencient guère de celles qui sont usitées dans la plupart de nos régions du Midi. Elles tiennent surtout à l'époque où s'accomplissent les rites indispensables de l'année, tels le temps de la chasse, la saison des confits, les vendanges, l'approvisionnement des fruits, des récoltes, des agneaux, des porcs, etc... Il n'en reste pas moins que des dates comme celles de Noël, de l'Epiphanie, de Pâques et du Mardi Gras communiquent à ces petites solennités un indéniable cachet de sympathie.




Il ne faut pas mettre en doute que l'événement capital de la Noël — culinairement s'entend ! —  est en pays basque, le rite que les Béarnais appellent, d'un mot assez expressif et assez peu nuancé, le "pèle-porc" — mais que nous nommons, nous, d'un terme noble : "Xerriaren hiltzia" (la mort du goret).





cuisine cochon
LA MORT DU COCHON GARAZI
PAYS BASQUE D'ANTAN



C'est, généralement, dans les tous derniers jours de décembre que le signal de l'arrêt fatal est donné par le maître de maison, le "seigneur de céans", comme dit le Basque : "etxeko yauna". Arrêt sans appel, quels que soient les regrets qui s'attachent à la victime vouée à un aussi funeste destin. Comme dans nos moeurs judiciaires courantes, l'heure de l'exécution est le petit jour. Vaine précaution ! Les vociférations de l'animal, tiré de sa loge à la lueur des lanternes, jettent l'alarme dans tout le voisinage.




Solidement garrotté autour du groin et par les jambes, deux, trois solides gaillards le hissent, devant la basse-cour, sur une caisse ou un chevalet. L'exécuteur, qui est un homme de métier, consciencieusement se signe, son béret à la main - car manquer le coup serait un mauvais présage ! Mais non, le Deibler du lieu est toujours un spécialiste. Les cris aigus de l'habillé-de-soie propagent la bonne nouvelle, prometteuse de festins somptueux. C'est au plus jeune héritier de la maison qu'échoit l'honneur de tenir délicatement l'appendice en forme de tire-bouchon du quadrupède immolé. Quand le sacrifice aura été consommé, les femmes viendront ébouillanter la bête à grands renforts d'eau fumante, raclant et rasant ses poils soyeux comme ferait un Figaro de métier. C'est le premier stade du cérémonial. Après quoi, il ne restera plus qu'à trancher avec dextérité le cou de l'animal et à le dresser, par les pieds d'avant, sur une échelle dans l'aire, ou dans l'étable, pour le débiter en quartiers ou en menus morceaux.




Maintenant, derechef, le gros de la tâche revient aux ménagères. C'est à elles qu'il appartient de donner aux hommes leur part de choix — c'est a dire le foie frit à la poêle, relevé d'un piment brûlant et accompagné d'un bol de café aromatisé dont la formule est classique :


Suia bezain bero,

Eztia bezain ezti,

Phiperra bezain borthitz.

Chaud comme le feu ;

Doux comme le miel ;

Fort comme le piment !




Durant la matinée, il restera à découper les jambons, les épaules, les entrecôtes, et à les déposer dans le saloir, à moins qu'ils ne soient bons à suspendre aussitôt, sous une forte couche de sel, de poivre et de poivron, aux poutrelles hautes de la cuisine.




Détail qui a son importance : une des fillettes de la maison, ayant revêtu son tablier tout frais lavé, ira porter à la gouvernante de M. le Curé un filet de porc, en manière de dépouilles opimes. A plus tard, les présents plus substantiels : l'andouille, les saucisses ou les boudins.




On raconte qu'un bien honnête et fort vénérable desservant d'un village de la Soule avait, à son usage, une sorte de petit palmarès, qu'il avait coutume de lire, à l'époque de Noël, sous le porche extérieur de l'église et — bien entendu ! — les vêpres dûment terminées :



— Voici, disait-il,  la liste des "filets de porcs" qui ont été offerts par nos généreux paroissiens pour subvenir à nos nécessités :


Famille Une telle : un filet !

Famille Une Telle : un autre filet !

Famille de M. le Maire : un autre filet !

Famille de M. l'Adjoint (d'un ton triomphant) : deux filets !



Naturellement, c'est surtout à Noël que les coutumes gastronomiques vont jusqu'à la prodigalité. La veillée, elle, se ressentira encore des restrictions nécessaires que commande la loi de l'abstinence. On se contentera de la collation prescrite pour les jours de jeûne. Toutefois, une tolérance, passée de règle, permettra d'agrémenter les longues heures de la veillée de nombreux verres de piquette rose et de non moins nombreuses écuelles ou assiettées de châtaignes. Notons que la messe de minuit terminée, les fidèles regagnent aussitôt leurs fermes — et leur lit ! L'anecdote d'Alphonse Daudet sur les "trois messes de minuit" suivies d'un opulent dîner serait, chez nous, un anachronisme — presque un sacrilège.




C'est donc en la fête même de Noël qu'a lieu la grande solennité gastronomique de rigueur. Ce jour-là, on a descendu, des hautes étagères du manteau de la cheminée, la série imposante des coques, coquelles et coquemars de tous calibres qui forment l'arsenal des récipients, et dont on a préalablement frotté d'ail les panses rebondies.




La grande loi, ici, est celle de l'abondance, surtout de l'abondance en graisses de porc, volailles, gibiers, etc. Un axiome basque dit qu'une soupe parfaite — une soupe de grand dimanche — se reconnaît à ceci : qu'elle peut être accueillie par les trois exclamations suivantes : "Hoûûû !..." (le reniflement du porc) — "Choûûû !..." (l'affolement de la poule) — "Moûûû !... (le bêlement du mouton). Pour parfaire la recette. il ne sera plus nécessaire de se préoccuper que de la "garniture" ou "bouquet" — c'est-à-dire des brins conjugués de trois ou quatre plantes indispensables : sarriette, thym, marjolaine ou romarin.




Nous avons connu, dans notre enfance, une brave cuisinière basque — parfaitement illettrée — qui, ayant entendu sa maîtresse de maison désigner d'un terme prétentieux (pensait-elle) le rite habituel d'un vrai festin, d'un repas de "protocole", en avait fait, tout simplement, le nom ou le surnom de son goret : "Protocole ! viens ici ! Protocole ! va là-bas !"




Le "protocole" d'un dîner basque, selon toutes les règles du jeu, comprend approximativement les services suivants :


1° La poule au pot, chère à notre illustre compatriote et voisin, le grand Béarnais. Il est de rigueur qu'elle soit servie "au pot" avec ses abatis, le riz au gras ou à la tomate, le bouilli et la "farce", hachis de viande, d'oeufs et d'épices.




cuisine bearn poule henri IV
LA POULE AU POT



2° Les entrées, qui sont (par rang d'honneur) : le civet de lièvre ou de marcassin, quand, par chance, on a pu être assez heureux à la chasse pour tuer une bécasse, ou une outarde ou un canard sauvage. Au défaut, on se contentera — et c'est encore une consolation appréciable — d'un quartier d'oie, voire d'une pintade, d'une ou deux palombes, confites à la graisse.




cuisine chasse palombes
LE SALMIS DE PALOMBES



3° Enfin, le morceau de résistance : le gigot de mouton aux haricots, lardé d'ail.




cuisine gigot mouton
GIGOT DE MOUTON



Nous mentionnerons, pour mémoire, les pâtés de foie gras dont il se fait une consommation appréciable chez nos amis des Landes ou du Gers, mais qui ne sont pas encore, en pays basque, de monnaie courante.



Maintenant, il est permis d'estimer qu'un Basque d'appétit... moyen, peut se considérer comme suffisamment servi..., pour un simple jour de Noël. Nous passerons l'éponge — ou la nappe — sur toutes les menues broutilles ; crème à la vanille, crêpes ou beignets.



Quant aux autres plats sucrés, tourtes ou pastis, ce sont de simples friandises que nous dédaignons et que nous abandonnons volontiers aux Béarnais et aux Gascons, lesquels, du reste, en sont fort friands. 




Notre dîner de Noël est terminé — s'il est vrai, du moins, qu'un vrai dîner basque puisse jamais finir ! Cependant, nous éprouvons, en finissant, un scrupule... Nous allions oublier... les Vêpres ! les Vêpres qui, chaque dimanche, sont le prolongement indispensable de midi et de l'après-midi !




Qu'on se rassure ! Il n'est pas une maîtresse de maison, en pays basque, qui ne sache congédier, avec non moins d'astuce que de fermeté, ceux de ses convives qui feraient mine de prolonger les délices de la table au delà des proportions décentes... Aussi bien, le sacristain — qui a, du reste, lui-même confortablement dîné — ne se fera pas faute de sonner, à la volée des cloches, l'heure du branle-bas. Déjà les tribunes des hommes, au-dessus de la nef, se remplissent... Les petits bérets, sur le crépi, étoilent de taches rondes l'uniformité des murs. Le repas de Noël est fini, mais les Vêpres de Noël sont entonnées...




Allons ! encore une belle heure de chants, de cérémonies, de lumière et de fleurs...




De nouveau, dans une heure ou deux, jusqu'au soir... on se réunira dans les cidreries ou les auberges. Puis, ce sera le moment du souper. A la bonne heure ! la fête continue... On va pouvoir recommencer !"




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 7 200 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/

N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

samedi 9 octobre 2021

NOTRE-DAME DE SAUGUIS EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1947 (deuxième et dernière partie)

 

NOTRE-DAME DE SAUGUIS EN 1947.


Au Pays Basque, il existe de nombreux symboles religieux, et en particulier en Soule.



EGLISE DE SAUGUIS-SAINT-ETIENNE
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet le journal La Croix, le 31 janvier 1947, sous la plume de Pierre 

Lhande :



"Le divin pelotari.



Notre-Dame de Sauguis.



"... Mais ce fut S. Exc. Mgr Terrier, évêque de Bayonne quand je lui présentai, pour la première fois, en décembre dernier, la "Vierge de Sauguis", qui nous en détailla le charme. "Elle est ravissante !", nous dit le prélat qui ne chercha point à cacher son admiration. "Certainement, nous la voulons ! Il faut qu'elle soit à l'honneur !...




Ce "Petit Jésus" est un "petit pelotari" ! La balle, la petite balle toute ronde qu'il tient de sa main droite n'est point, comme on pourrait le croire à première vue, le globe du monde : elle serait, en ce cas, surmontée d'une croix, dont il n'y a pas la moindre trace ! C'est la vraie pelote basque qu'il s'apprête à lancer ! C'est un Jésus pelotari ! Vous en avez un, du reste, assez typé, mais beaucoup plus fruste dans vos collections de clichés de la Tombe basque de M. Colas. Celui-ci est indéniablement, un joueur de pelote : c'est le Divin Pelotari ! Vous pouvez le signaler à tous les amateurs du sport favori des Basques."



pays basque autrefois
LA TOMBE BASQUE LOUIS COLAS
PAYS BASQUE D'ANTAN



Mais j'avais hâte de signaler à mon évêque une autre particularité, beaucoup plus importante et plus grave, de "Notre-Dame de Sauguis"... Cette ravissante Madone avait subi, à une époque plus reculée, des mutilations sacrilèges. Elle portait sur le front, d’abord, deux entailles profondes, deux coups de hache, comme des coups d’essai qui avaient tranché la joue droite, puis un autre coup contondant du revers de la cognée, qui avait complètement détaché la tête...



A quelle époque avait eu lieu ce sacrilège attentat ? Aux jours de la grande Révolution ? Certainement non, car les Jacobins, après s’être acharnés sur la Vierge, n’auraient pas davantage épargné son Fils béni ! Or, l’Enfant Jésus avait été volontairement, systématiquement respecté ! Du reste, l’époque du mystérieux coup de force était plus ancienne que 1793. L’exploit du fameux sectaire inconnu qui avait épargné le Fils de Dieu, mais avait frappé furieusement sa divine Mère, portait sa date : les persécutions de la reine Jeanne d'Albret contre le catholicisme. Visiblement, le huguenot qui profana l'église de Sauguis avait pris soin de contourner la Vierge pour la prendre à revers et avait laissé intact le Christ qui le bénissait de ses trois doigts levés. Ses tâtonnements sont encore manifestes sur la pièce de bois de tilleul.




Plus tard, peut-être à la fin des guerres religieuses, un artisan occasionnel, un forgeron de village sans doute, s'est appliqué à remettre en place la tempe ébréchée en la fixant avec une cheville de bois et rajuster le chef vénéré au moyen de trois grands clous d'ardoisier. Toujours est-il que, par un juste retour des choses, cette vénérable relique a fini par retrouver sa place normale, précisément dans cette antique église de Sauguis, au clocher trinitaire, qui avait été, au XVIe siècle, une des forteresses du protestantisme.







Détail vraiment curieux — et  providentiel — c’est à Notre-Dame du Grand Retour qu’a été due, directement, la venue parmi nous de Notre-Dame de Sauguis ! Du 10 au 12 novembre 1946, j’avais eu l'insigne privilège d’accompagner Notre-Dame de Boulogne dans son périple souletin, de Montory à Tardets et de Tardets à Menditte, en visitant au passage Trois-Ville, Ossas, Saint-Etienne et... Sauguis. Le 11, dans la matinée, escorté par la foule des Sauguisiens qui faisaient le relais de la Barque mystique, nous nous arrêtions sur la place du village... Une prière ardente, en souvenir de ce petit bourg qui avait été, aux temps de la reine Jeanne, si contaminé par l’hérésie et qui est redevenu, depuis, un important foyer de vocations sacerdotales.



religion 1946 notre dame boulogne
1946 LE GRAND RETOUR DE NOTRE DAME DE BOULOGNE



Je me souviens fort bien qu'à ce moment j'exprimai le souhait que cette relique des âges passés eût sa place dans cette "Rencontre des Vierges du Pays Basque" dont S. Exc. Mgr Terrier avait pris l'initiative pour le 8 décembre suivant, et qu'il allait, en effet, exaucer quelques jours plus tard. 



Mais cette prière muette n’avait-elle pas été accompagnée, presque à mon insu, par une autre très humble oraison, — de celles que Notre Seigneur encourage toujours ? Exactement sur la bifurcation d'Ossas à Sauguis, l'ami du Christ dans la banlieue avait remarqué une roulotte de gitanes qui était garée sur le bord de la grand’route. Elle était entourée de toute une marmaille d'enfants plus ou moins dépenaillés. De loin, je l’observais. Quand nous fûmes arrivés à sa hauteur, j’aperçus un garçon de 12 à 13 ans qui, un peu à l’écart de ses compagnons de misère, un genou à terre et les deux mains levées vers le ciel, faisait, lui aussi, sa prière à Notre Dame des Chemineaux ! Le Père qui nous accompagnait, tout en continuant ses "Agur Maria", s'arrêta, tira de sa poche un chapelet qu’il tendit au petit banlieusard.. Celui-ci, ébloui, happa avidement l’objet, mais, pour ne pas interrompre son oraison, reprit aussitôt son attitude d'orant et ne l’abandonna que quand l’Apparition se fut évanouie.



Ce fut quelques jours qu’avait lieu la grande apothéose : la journée de Bayonne du 8 décembre.



La foule ce jour-là était venue de tout le Béarn et de tout le Pays Basque pour ménager une escorte triomphale à toutes les "Vierges de chez nous : Notre-Dame du Refuge, Notre-Dame de Sarrance, Notre-Dame de Bétharram, Notre-Dame de Jurançon, Notre-Dame d'Abet, Notre-Dame de Hoquy, Notre-Dame de Sauguis, Notre-Dame de Bidart, Notre-Dame de Socorri". Longtemps avant l’heure du rendez-vous qui avait été fixée d’avance, elles trouvaient réunies au couvent des Pères Capucins de Bayonne, d’où elles devaient être acheminées vers les grandes Arènes de la ville, seules capables, avec leurs 25 000 ou 30 000 places, de contenir la multitude escomptée. 



Notre-Dame de Sauguis était là — dont un délicat artiste bayonnais avait discrètement réparé le visage animé par le coup de hache du huguenot. Mais... aucun des aides  pour la convoyer !



Quelque peu embarrassé, je cherchais autour de moi un secours providentiel, quand, dans la cour du couvent, j’aperçois un groupe de jeunes gens qui conduisaient  deux ecclésiastiques inconnus

— Qui êtes-vous, mes enfants ?

— Nous sommes, disent-ils, des élèves du collège Saint-François de Mauléon...

— De Mauléon, près de Sauguis ? Mais c’est Notre-Dame de Sauguis qui vous envoie ! Vite ! aux brancards, mes enfants !



J'apprenais, quelques instants après, que. ces braves garçons partis, la veille, dans la nuit, avaient cheminé depuis le matin pour gagner Bayonne à la pointe du jour !



Jamais notre cité n’avait présenté le spectacle d'un lleno —  d'un "trop-plein" — comparable à celui qu'offraient, ce jour-là, les Arènes de Bayonne.



Mais ce n'était plus aux joutes éblouissantes du cirque ou de la Plaza de toros que nous étions conviés maintenant. Sur toute l'étendue de vastes gradins où le sang des bêtes avait coulé, allait se dérouler maintenant le drame auguste du Calvaire, célébré par S. Exc. Mgr Terrier. 



A mesure que débouchaient sur l'arène les Vierges les plus célèbres du Béarn et du Pays Basque, le speaker, infatigable, harcelait la  foule : "Voici Notre-Dame de Sauguis qui fait son entrée, gracieuse, dans sa parure du XVIe siècle." Et, aussitôt, les invocations répétées par la houle imposante des assistants : "Notre Dame de Sauguis, nous vous aimons ! "Notre-Dame de Sauguis, nous avons confiance en vous !



Quand le Fils de l'homme viendra — s'était écrié un jour, durant sa vie mortelle, le Sauveur du monde, — pensez-vous qu'il trouvera encore la terre ?" 



Et nous, confondus devant le grandiose spectacle que nous venions de contempler, forts de notre conviction profonde, nous osions nous écrier : Ah ! Seigneur ! la réponse à cette question, vous venez, vous-même, de nous la donner ! N’est-elle pas dans cette immense rumeur de tout un peuple en prière ? et ne nous dit-elle pas plus éloquemment que toute réponse orale combien reste encore vivace notre vieille foi euskarienne sous l’égide de Notre Dame du Grand Retour ?"



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 6 800 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!