jeudi 9 mai 2019

LES BENOÎTES - ANDERE SERORAK EN IPARRALDE AU PAYS BASQUE NORD AUTREFOIS (première partie)


LES BENOÎTES (ANDERE SERORA).


Les benoîtes étaient les gardiennes de l'église et du cimetière dans les paroisses du Pays Basque Nord.

religion pays basque autrefois
BENOITE - ANDERE SERORA CIBOURE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Pierre de Lancre en parlait en 1609 comme étant une manifestation du satanisme.

Dans le Bulletin du Musée Basque Hors Série de 1989, un article est consacré à ces personnages 

qui étaient la gardienne de l'église et du cimetière dans les paroisses du Pays basque.


José Miguel de Barandiaran Ayerbe, à la fois prêtre, chercheur et scientifique a fait de 

nombreuses recherches en anthropologie, en linguistique, en archéologie et en ethnologie a 

étudié le rôle de ces femmes dans plusieurs villages d'Iparralde (Pays Basque Nord).


"...Comme le souligne Barandiaran, le rôle d'andere serora et celui des femmes s'articule aux 

deux extrémités du chemin, hil bidia. Ce chemin est le vrai chemin de la maison (bide zuzena

disent des témoins) ; on le connaît souvent sous le nom de eliza bidia. Il réunit chaque maison à 

l'église paroissiale. En fait, il réunit les morts du cimetière aux vivants de la maison (et, 

autrefois, aux morts des maisons, car on a enterré dans nos maisons, récemment encore - voir 

l'oeuvre de Barandiaran). Aux deux bouts de ce chemin veillent les femmes ; le long du chemin, 

le jour des obsèques, la première voisine (qui a, ce jour-là, la fonction d'argi zaina (gardienne 

de lumière), remplace l'etxekandere en deuil en portant l'ezko de la maîtresse de maison, le sien, 

et parfois celui des trois ou quatre autres "premières voisines" lehen auzoak) assure une partie 

du rite de la lumière, alors qu'andere serora enveloppe le cortège, du glas qu'elle répand dans 

la campagne...



religion pays basque
AU CIMETIERE PAR JACQUES LE TANNEUR
PAYS BASQUE D'ANTAN


Andere serora était la "femme prêtre" ; le curé devait composer avec elle. "Elle mettait son nez 

partout, même à la sacristie", disent des témoins, "c'est comme si elle était chez elle". Pour 

s'occuper de lui, le curé avait une servante (gelaria) : une soeur célibataire qui suivait son 

frère, une vieille fille ou une veuve.



Andere serora était "tout autre chose" ; ni "servante", ni "sacristine" ; "c'est la femme de 

l'église", disent certains.



religion pays basque
CIMETIERE PAR RAMIRO ARRUE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Beaucoup de ces femmes furent des personnes vénérées. "Quand andere serora venait à la 

maison, il fallait voir comment maman la recevait...C'était quelqu'un et, les gosses, nous 

devions la respecter". "C'est comme si c'était la patronne, au village !" ...Beaucoup d'entre 

elles furent des personnes modestes et exemplaires, d'autres, poussées par un tempérament peu 

ordinaire, exerçaient quelques pouvoirs contre lesquels on ne pouvait guère se prémunir. Dans 

un village, en particulier, la dernière andere serora fut une de ces "maîtresse-femme" qu'un 

témoin dépeint sans aucune complaisance : "Elle était terrible...elle pistait tout le monde, elle 

n'avait que ça à faire...Elle jalousait les femmes et les jeunes filles de la congrégation qu'elle 

n'hésitait pas à dénoncer au curé si elle les voyait danser au bal..."

Andere serora était bien plus qu'une simple femme qui présidait aux rites dans les églises.



Enfin, son autorité était évidente, dans son domaine propre : l'église et le cimetière. A ce 

propos, un témoin d'Orègue, de 93 ans, évoque "la vieille andere serora" à qui on demandait 

l'autorisation d'ouvrir une tombe nouvelle (pour faire un caveau par exemple) et qui exigeait 

que l'on fasse les marques du terrain, devant elle, et les gens s'exécutaient.


religion cimetiere pays basque
CIMETIERE PAR JACQUES LE TANNEUR
PAYS BASQUE D'ANTAN


Il n'y a pratiquement aucune étude ethnographique de faite sur ces personnages essentiels 

(mais voir San Martin, 1976). Il y avait un vide à combler, en partie au moins..."


Tout d'abord, a été étudiée l'histoire de ce personnage incontournable dans la province de 

Basse-Navarre.

..."Cibits et Garazi :


Il fut un temps où la fonction avait été désirée par des femmes encore d'âge alerte ; veuve sans 

pécule ou sans famille, de petite santé. La place nourrissait convenablement. Il n'y a plus de 

candidates ; le bénévolat des paroissiens y a suppléé avec zèle. Les résidences des personnes 

âgées, entretenues par l'aide sociale et la retraite des vieux, même modeste (zaharren sosa), 

apport précieux dans le budget de nos maisons, outre les petits services possibles, ont tari les 

sources de recrutement des serora


pays basque autrefois
CIMETIERE ET EGLISE DE BIDART
PAYS BASQUE D'ANTAN


L'eau, le feu, les luminaires et le sel sont bénis une fois par an, le matin à l'office du Samedi 

Saint. Andere serora en donne à qui en veut.



Elle ne fait rien de particulier lors des baptêmes, mariages et enterrements ; on ne la consultait 

pas. Elle veille au luminaire et à la propreté de l'église.



En toute circonstance elle se tient à sa place, près du bénitier d'entrée, près de la corde de la 

cloche. Elle revêt la kaputxin noire qui l'enveloppe jusqu'aux pieds.



L'entretien des objets et des vêtements du culte réclame tous les soins de l'andere serora : les 

différentes chasubles, capes de bénédiction, linge d'autel, burettes à tenir garnies...



Les chaises marquées des initiales des maisons, par des clous dorés, doivent demeurer aux 

emplacements ancestralement occupés. Les fidèles y tiennent beaucoup. Quand un étranger 

venait assister aux offices, il devait demander à andere serora où il y avait une chaise de 

disponible.



Pour certains offices, tels les messes d'enterrement, d'anniversaire, de voeux ou de souvenirs, 

des femmes apportaient l'ezko (cire enroulée, mise dans un panier garni de dentelle noire). 

Andere serora l'allumera et y veillera tout au long de l'office.



religion pays basque
EZKO
PAYS BASQUE D'ANTAN


Sauf empêchement, elle est la seule à titrer la cloche. Cependant, dans certaines églises c'est un 

homme qui faisait cela. C'est le cas actuellement à Uhart-Cize ; il fait office de serora depuis 

que la dernière vraie serora, Maria Bernatene, est retirée à Saint-Jean, à l'âge de 98 ans. On 

l'appréciait tout particulièrement pour les enterrements car personne mieux qu'elle ne savait 

ajuster sur les femmes du deuil la grande mantaleta et son voile épais qui cachait  le visage ; de 

même sur les hommes elle ajustait cette pièce de vêtement à courts plis que l'on plaçait sur 

l'épaule (taulierra).



Vite après la fin de la guerre, l'usage s'est établi et amplifié, d'une généreuse profusion de 

fleurs pour les mariages et les enterrements. Il s'ensuit un surcroît de travail pour nettoyer les 

lieux et des andere serora s'en plaignent.



C'est la cloche qui donne l'occasion à andere serora de se manifester. La messe s'annonce 

environ une demi-heure à l'avance pour avertir les paroissiens pour avertir les paroissiens les 

plus éloignés. Ceux-ci venaient à pied, sauf invalidité. Un quart d'heure avant la messe environ, 

elle donne trois coups (Hiru dangak) , un peu plus tard, c'est bi dangak (deux coups) et les 

femmes pénètrent dans l'église. Enfin danga bakarra (un seul coup) intime aux hommes de 

prendre place dans les tribunes.


pays basque autrefois
DEPART POUR L'ENTERREMENT DE JACQUES LE TANNEUR
PAYS BASQUE D'ANTAN

Lors de l'office, elle sonne la cloche en même temps que le fait l'enfant de choeur.



La messe s'achève par l'angélus. D'abord trois fois trois coups successifs (représentant les trois 

versets d'un psaume marial), puis une série de 33 coups successifs rappelant les 33 années de 

vie de Jésus.



Le tocsin se donne sous forme de coups répétés et rapides évoquant l'affolement. Pour les 

mariages, même cadence que pour la messe. Pour les baptêmes, une simple série de 4 coups ; 

il y eut des andere serora qui indiquaient le sexe de l'enfant en donnant un coup de plus pour le 

garçon que pour la fille. Il y a la triple sonnerie quotidienne marquant les trois temps de la 

journée : argitzea (aube), eguerdi (midi), ilhuntzea (le soir). Le soleil, chez nous, ne se lève ni ne 

se couche ; il apparaît (agertzen) et s'assombrit (ilhuntzen) ou se couche (gordetzen). La cloche 

sonne à la cadence de l'angélus de la messe. Autrefois, à l'angélus d'eguerdi, hommes et femmes 

se signaient ; on arrêtait le travail un court moment, on interrompait la partie de pelote. Les 

gens croyaient que les enfants qui venaient au monde alors que sonnait l'angélus d'eguerd

bénéficiaient d'une sorte d'horoscope favorable...



...Dans les villages qui n'ont plus d'andere serora, les voisins sonnent les trois avis de la journée 

; les cloches ne restent pas silencieuses. Une très vieille andere serora d'Ispoure, Marie 

Etxepare, sonne toujours eguerdiko señia ; elle a 97 ans. Les événements météorologiques 

nécessitent aussi une annonce par les cloches. Il y a le tonnerre (ortzantza ou ortzia), l'éclair 

(ximixta) et la foudre (aire gaixtoa), ainsi que la grêle (harria) ; pour tous ces éléments on donne 

la même sonnerie : une longue série de coups à cadence moyenne..."






A suivre...







(Source : http://bazkazane.blogspot.com/2017/01/artikulua-4.html)


Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 1860ème article.


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