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dimanche 29 septembre 2024

FOUILLES ROMAINES À SAINT-JEAN-LE-VIEUX EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1966 (deuxième et dernière partie)

 

FOUILLES ROMAINES À SAINT-JEAN-LE-VIEUX.


Entre 1965 et 1975, ont eu lieu des fouilles historiques et archéologiques sur le site d'Imus Pyrenaeus, à Saint-Jean-le-Vieux, en Basse-Navarre.



pays basque basse-navarre histoire romains fouilles
FOUILLES ROMAINES SAINT-JEAN-LE-VIEUX 1966
PAYS BASQUE D'ANTAN






Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin du Musée Basque N° 34 en 1966, sous la plume de Jean-

Luc Tobie :



"Fouilles romaines à Saint-Jean-le-Vieux.



Mobilier.



La couche III n'a été prospectée que sur 6 m2, le sondage ayant surtout consisté à suivre la crête des murs sans descendre au-dessous de leurs fondations. Dans ces 6 m2, l'on a retiré plus de 40 kilos de tessons, souvent bien datables, provenant de vases, amphores, assiettes et lampes.


Grosse céramique : L'élément le plus important de la grosse céramique est un haut d'amphore présentant un col haut et large, terminé par un large bandeau sans lèvres ; les anses sont assez longues, verticales et attachées à l'épaule bien marquée. Elle s'apparente au type 1 de Dressel, d'influence italique, ce qui la rend aisément datable de la fin de la République ou du début du Haut Empire. L'on relève, en outre, une grande diversité d'anses, de pieds et de fragments de cols d'amphores ou de grand vases (une quinzaine de types), datables pour la plupart du début du 1er siècle après J.C.


Céramique moyenne : La céramique moyenne est très abondamment représentée ; une étude typologique faite dans le cadre d'une publication détaillée permettra de l'identifier avec précision. Signalons cependant des témoins de vaisselle typiquement hispanique.


Céramique fine : Dans la céramique fine, dominent les fragments de petits vases, souvent ornés, à parois minces, typiques du 1er siècle après J.C. Notons aussi un col de petit flacon allongé et une série de petites assiettes, très fines, à pâte dure (deux d'entre elles purent être reconstituées).


Lampes : (L'on suit ici la classification utilisée par M. Michel Ponsich dans son ouvrage "Les lampes romaines en terre cuite de la Maurétanie Tingitane", Rabat 1961.)





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HAUT AMPHORE FOUILLES 1966
SAINT-JEAN-LE-VIEUX


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LAMPE ORNEE D'UN AMOUR TIRANT A L'ARC
FOUILLES 1966
SAINT-JEAN-LE-VIEUX





C'est dans ce domaine que les trouvailles devaient être les plus spectaculaires. Deux lampes furent trouvées presque entières, l'une à volutes et bec triangulaire du type II A I et médaillon orné d'un amour tirant à l'arc, l'autre sans bec, médaillon orné d'un silène buvant, toutes deux sans anse. Mentionnons parmi un grand nombre de fragments, un médaillon orné d'une marguerite avec départ d'un bec à volutes, un fragment de médaillon représentant un enfant nu, des fragments représentant des gladiateurs, un chien, 3 becs triangulaires à volutes du type II A I, 2 becs en ogive sans volutes du type II B 3. Toutes ces lampes sont à parois fines. Le lot, dans son ensemble, s'apparente au type II de Ponsich, c'est-à-dire de la fin du 1er siècle avant et du 1er siècle après J.C.




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LAMPE ORNEE D'UN SILENE A LA COUPE
FOUILLES 1966
SAINT-JEAN-LE-VIEUX



Céramique "sigillée" : la céramique "sigillée" nous donne également des indications précieuses pour la chronologie du site. En effet, sur le nombre relativement réduit de tessons (une centaine), parfois très concassés, nous disposons de trois marques de potier et de quelques formes aisément datables.



Le fait le plus important est la découverte de céramique dite d'Arezzo qui était fabriquée au premier siècle avant J.C. et au tout début du premier siècle après, dans les actuelles villes italiennes d'Arezzo et de Pouzolles. Cette céramique d'un fort beau vernis rouge brillant est décorée en relief. Un certain nombre de fragments de bols et de gobelets, dont un bol orné d'un motif ionien à la barbotine (forme Dragendorf 24/25) bien représentatif de cette industrie, ont été trouvés à Saint-Jean-le-Vieux, trouvaille relativement rare dans une fouille Gallo-Romaine.



Viennent ensuite les productions des ateliers gaulois du midi qui connurent un tel succès dans tout le monde antique qu'ils ruinèrent les officines d'Italie. Montans, tout d'abord, qui fonctionne dès 20 après J.C. De cet atelier fut trouvée une belle marque de potier F A M F sur un grand fragment d'assiette de 16 cm. de diamètre (forme OSWALD LXIV.7).



La deuxième marque en deux lignes VERE CVNDI, sur une petite assiette (13 cm de diamètre) de forme Dragendorf 17, nous donne un second jalon chronologique. Il s'agit très probablement d'une marque de Lezoux bien datée de la période Trajan-Hadrien (98-138), l'atelier de Lezoux commençant à fonctionner à la fin du 1er siècle après J.C. et gardant durant tout le second siècle le quasi monopole de la fabrication gauloise.



La troisième enfin est mutilée... T I M peut être J V S T I M de Lezoux également.



Signalons encore un fragment de bord de coupe orné "à la barbotine" (forme Dragendorf 35/36) et un beau fragment de bol orné au moule de cercles concentriques, parfaitement représentatif de la "Sigillée Hispanique" du 1er siècle après J.C.


Si l'on y ajoute un petit vase orné au moule et partiellement reconstitué (forme Dragendorf 30) l'on jugera de l'extraordinaire diversité de types et de provenances que nous offre ce lot d'une chronologie cohérente tournant autour du 1er siècle après J.C.


Céramique de tradition locale : Signalons, enfin, un bel ensemble de restes de vases de tradition locale à pâte noirâtre et grossière et à bord plat. Ces vases de forme protohistorique ont parfois un engobe rougeâtre sur leur surface externe, ornée au "peigne" dans la plupart des cas. Le grand nombre de fragments de bords récupérés a permis une classification typologique révélant 15 grands types avec de très légères variantes dans le cadre de certains types.



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MEDAILLON DE LAMPE A L'ENFANT NU
FOUILLES 1966
SAINT-JEAN-LE-VIEUX


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POINCON DE LEZOUX
FOUILLES 1966
SAINT-JEAN-LE-VIEUX



Le Mobilier divers nous fournit deux indications essentielles. D'abord des tuiles à décor strié provenant d'un conduit mural d'hypocauste à pilettes attestent l'existence d'un habitat évolué. En second lieu une fibule de bronze à charnière du type "cruciforme" courant entre le IIIe et le Ve siècle trouvée au contact du dallage de grès constituant le "sol II" nous porte à considérer les vestiges architecturaux qui viennent d'être mis à jour comme provenant d'une construction du Bas Empire, impression que renforce par ailleurs leur aspect rudimentaire (murs sans mortier).



Mentionnons enfin une boucle de bronze non identifiable trouvée au même niveau que la fibule, deux petits pesons de plomb et de très nombreux gros clous de charpente.



Conclusions chronologiques provisoires.


L'étude stratigraphique du mobilier nous amène à quelques conclusions provisoires :



Le sol 1 situé à —5 cm. est, pour l'instant, indatable ; les seuls indices, quelques petits tessons trouvés dans la mince couche végétale qui recouvre le pavage sont apparemment antiques ; aucun fragment de céramique vernissée (médiévale ou contemporaine) n'a été trouvé jusqu'ici sur ce sol. Il serait cependant hâtif de dater ce sol de l'époque romaine, même tardive. L'on est tenté, à cet égard, de rattacher ce pavage, souvent très usé, à la motte médiévale toute proche et située au même niveau. Nous pourrions être en présence d'une basse-cour médiévale pavée, en rapport avec la construction de la motte. Des hommes, dans l'hypothèse médiévale, auraient arasé les murs romains ruinés, puis remblayé sommairement et posé leur pavage sur ce remblai. Si l'on considère en effet, que nous avons deux états romains superposés, la rareté du mobilier contemporain du deuxième état, trouvé sous un remblai très différencié, semble démontrer qu'une occupation tardive, au Haut Moyen-Age, par exemple, ou même le seul fait que les ruines aient été laissées à l'abandon jusqu'à l'édification du pavage médiéval (au XIe ou XIIe) auraient fait disparaître d'appréciables témoins. Par contre, l'abondance du mobilier trouvé dans la couche romaine la plus ancienne et la forte couche d'incendie, parle dans le sens d'une reconstruction immédiate après une catastrophe (incendie ou dévastation), que nous devrions pouvoir situer assez précisément.



En résumé, si le mobilier (amphore de type italique, "sigillée" d'Arezzo, lampes du type II A) atteste un début d'implantation romaine à Saint-Jean-le-Vieux au plus tôt dans la deuxième moitié du premier siècle avant J.C., il nous est impossible, pour l'instant, de replacer avec précision dans la chronologie, les états romains successifs que l'étude stratigraphique semble nous indiquer. Mais bien que très limitées les fouilles entreprises durant la campagne de 1966 nous permettent de conclure dès maintenant à une apogée de l'établissement romain à Saint-Jean-le-Vieux, sous les dynasties Julio-Claudienne et Flavienne.




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FIBULE DE BRONZE
FOUILLES 1966
SAINT-JEAN-LE-VIEUX


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BOUCLE DE BRONZE ET PESONS DE PLOMB
FOUILLES 1966
SAINT-JEAN-LE-VIEUX



Intérêt historique du site.


La datation de cette implantation romaine à Saint-Jean-le-Vieux, pose un certain nombre de problèmes historiques et jette quelques lueurs sur une région pour laquelle nous sommes presque totalement privés de sources tant littéraires qu'archéologiques. Si l'on se réfère aux études du contexte historique immédiat, c'est-à-dire aux travaux sur l'histoire de la conquête romaine en Espagne, une première indication est fournie par l'article que consacre à cette question M. Pedro Bosch Gimpera dans l'"Histoire d'Espagne" dirigée par Menéndez-Pidal. Il écrit à propos de la fondation de Pampelune par Pompée en 75 av. J.C. : "... cette ville à l'origine poste militaire, protégeait la route qui, traversant les Pyrénées à Roncevaux, arrivait de Gaule et par où évidemment Pompée recevait ses ravitaillements"... Il faudrait donc supposer qu'à cette époque existait déjà une route, ralliant par la Gaule la Narbonnaise alors conquise, qui traversait des régions suffisamment soumises ou du moins tenues, pour que l'on se risque à y faire passer des convois de vivres.



Dans ce contexte, Saint-Jean-le-Vieux, ou plutôt Imus Pyreneus, (puisque tout semble prouver que nous tenons ce site), serait-il en rapport avec cette période d'occupation ? Poste militaire à l'origine (le camp a un aspect résolument fortifié), dans une région peu sûre, destiné à protéger la voie descendant du col de Roncevaux, il a pu devenir un véritable "cursus", station bien aménagée sur une route dont le trafic allait augmentant après que les campagnes de Crassus, en 56 av. J.C. et de Valérius Messalla en 28 av. J.C. aient définitivement pacifié l'Aquitaine.



Sous le Haut Empire avec la Pax Romana et à mesure que s'organisait la colonisation, ce "cursus" a pu prendre une certaine importance et s'étendre hors de l'enceinte. Les tuiles de canalisation d'hypocauste prouvent assez l'existence de résidences bien équipées et très différentes de celles dont nous avons retrouvé les vestiges. Ce développement peut être relié en partie à l'activité économique suscitée par l'exploitation probable de mines de cuivre et de fer à Banca et à Saint-Etienne-de-Baïgorry où l'on a trouvé les traces monétaires d'une occupation du premier siècle après J.C.7.



Si Imus Pyreneus connut les ravages des premières vagues barbares (Francs et Alamans) qui traversent la Gaule et l'Espagne entre 260 et 270, le site semble renaître de ses ruines, car on le trouve mentionné dans l'Itinéraire d'Antonin daté de Dioclétien (284-305). Par contre, si l'on perd sa trace dans la Carte de Peutinger (IVe siècle), qui mentionne pourtant Summus Pyreneus et Carasa, il est imprudent sur cette seule donnée de conclure à un effacement complet à cette époque.



Des fouilles entreprises sur la totalité du camp et étendues aux environs (nécropole déjà située et étude de la voie), devraient nous apporter des indices appréciables, utiles à la recherche historique dans une région jusqu'ici tellement défavorisée."


Nous tenons à remercier vivement Monsieur et Madame Jean Gayon, de Biarritz, ainsi que Monsieur Bruno Clochette de Bayonne, sans le concours desquels ces recherches n'auraient pu être possibles.

Nos remerciements vont aussi à Mesdemoiselles Sallaberry de Saint-Jean-le-Vieux, pour le charmant accueil qu'elles nous ont réservé.









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jeudi 29 août 2024

FOUILLES ROMAINES À SAINT-JEAN-LE-VIEUX EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1966 (première partie)

FOUILLES ROMAINES À SAINT-JEAN-LE-VIEUX.


Entre 1965 et 1975, ont eu lieu des fouilles historiques et archéologiques sur le site d'Imus Pyrenaeus, à Saint-Jean-le-Vieux, en Basse-Navarre.





pays basque basse-navarre histoire romains fouilles
FOUILLES ROMAINES SAINT-JEAN-LE-VIEUX 1966
PAYS BASQUE D'ANTAN





Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin du Musée Basque N° 34 en 1966, sous la plume de Jean-

Luc Tobie :



"Fouilles romaines à Saint-Jean-le-Vieux.


Présentation du site.


Le site auquel la tradition donne le nom de "Camp Romain" est situé à l'ouest du village de Saint-Jean-le-Vieux, sur la terrasse de la rivière Laurhibar ; il est constitué par deux grands champs rectangulaires qui occupent les parcelles n° 423-425-427 du Plan Cadastral, présentant l'un par rapport à l'autre une dénivellation de brusque de 1m. 50 environ. Cet ensemble forme une terrasse bien délimitée au Nord par la route nationale 133, au Sud et à l'Ouest par la petite route menant à Aïncille, à l'Est enfin, par un chemin encaissé conduisant à un pont sur le Laurhibar et rejoignant la route d'Aïncille. Le chemin et la route dominés de 5 à 7 mètres par les glacis du camp fort visibles et tout à fait rectilignes empruntent apparemment le tracé de l'ancien fossé.



Ce camp se présente donc comme un ensemble homogène, de forme rectangulaire, mesurant environ 180 mètres de long sur 120 de large, bien délimité sur trois côtés et nettement surélevé par rapport aux prairies qui descendent en pente douce vers la rivière.



Sur tout le côté Ouest de l'ouvrage (dominant la route d'Aïncille) court un fort talus, atteignant parfois 3 mètres de hauteur pour une largeur de 4 mètres à la base, qui évoque par ses proportions un agger défensif.



Sur la frange Est du "camp" s'élève une butte d'une vingtaine de mètres de haut et d'une trentaine de mètres de diamètre à la base, connue sous les différents noms de "Kaxkomendi", de "Tertre romain", ou encore de "Camp de César" et dont l'origine et la destination ont quelque peu intrigué les esprits depuis que l'on y découvre régulièrement d'incontestables vestiges antiques.



Les dernières trouvailles faites en 1963 sur cette motte et en divers points du village par M. B. Duhourcau, trouvailles qu'il a consignées dans un rapport à la Direction des Antiquités Historiques d'Aquitaine, nous apportèrent d'utiles indices pour nos investigations.



M. B. Duhourcau fait état, dans ce même rapport, de la découverte d'un groupe de cuves funéraires grossières aujourd'hui presque toutes disparues. Il en subsiste une dans la propriété Laco située à 200 mètres du "Camp Romain" dans laquelle on récupéra après la guerre, un moyen bronze à l'effigie de Septime Sévère qui est actuellement en possession du rapporteur.



Enfin et surtout, la tradition place à Saint-Jean-le-Vieux le site d'Imus Pyrenaeus, station sur la voie romaine de Bordeaux à Astorga, mentionnée dans l'Itinéraire d'Antonin et dont le tracé a été étudié par L. Colas.



La motte féodale.



Cette série de données nous permit d'axer nos recherches sur deux centres précis. La butte de "Kaxkomendi" tout d'abord. Le problème qu'elle pose semble assez facilement résolu, mais, même s'il ne subsiste aucun doute dans l'esprit des chercheurs de notre région quant à sa datation approximative, il serait souhaitable qu'une étude particulière, tant archéologique qu'historique dissipât définitivement les croyances qui font du tertre un édifice contemporain du "Camp Romain". Ce tertre présente toutes les caractéristiques de la motte féodale traditionnelle des 11ème ou 12ème siècles. Dans le cas de Saint-Jean-le-Vieux, les assises du donjon qui la couronnait étaient encore visibles au début du siècle. Quant au fait qu'elle renferme des tessons de céramique romaine ou tout autre vestige antique, il s'explique par son édification même. Traditionnellement l'on construisait une motte de ce genre avec la terre retirée des larges douves qui la cernaient ; cette méthode simple évitait les inconvénients de transport d'un remblai trop lointain et permettait dans une même action de doubler la défense, en ce sens que plus les douves étaient profondes et larges, plus la motte était élevée et puissante. Ainsi le creusement de ce fossé qui échancrait le camp romain proprement dit dans sa partie Sud-Est (son tracé quoique comblé est parfaitement visible dans ce secteur), entama la couche archéologique romaine, tirant ainsi, pour l'édification de la motte, de la terre chargée de vestiges de toutes sortes.



La répartition apparente de la céramique dans tout le volume de cette motte, s'explique par la méthode de construction qui voulait que l'on s'élève en déversant la terre à partir du sommet du cône.



La campagne de sondages.



Le deuxième point était le camp proprement dit.



Quatre sondages furent effectués de mars à octobre 1966 : trois d'entre eux dans la partie Sud-Ouest du "Camp" et le dernier dans la partie Est à proximité de la motte (voir le plan).




pays basque basse-navarre histoire romains fouilles
PLAN FOUILLES ROMAINES
SAINT-JEAN-LE-VIEUX 1966
PAYS BASQUE D'ANTAN




Le premier sondage, pratiqué le plus au Sud et sensiblement sur l'axe présumé du "Décumanus", mit à jour, à 40 cm de profondeur et sur une surface de 7 m2, un beau dallage de grès rouge. Ce sondage révéla fort peu de mobilier : quelques petits fragments de céramique "sigillée" et de céramique de tradition locale.



Le second sondage, pratiqué à une quinzaine de mètres au N.-E. du précédent et dans le même axe, mit à jour, à 65 cm de profondeur et sur une surface de 1 m2 environ, un pavage de galets mis de champ et parfaitement homogène. Ce second sondage donna également un mobilier très pauvre, mais lui aussi antique.



Le troisième sondage, à quinze mètres à l'Est du précédent, ne donna que peu de résultats.




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PLAN FOUILLES ROMAINES
SAINT-JEAN-LE-VIEUX 1966
PAYS BASQUE D'ANTAN



Ces trois sondages nous livrent des témoins d'une infrastructure architecturale ignorée jusqu'alors et que confirme un agrandissement de photo aérienne du site.



Le quatrième sondage, pratiqué dans la partie N. E. du camp (partie haute), allait magnifiquement confirmer ces premiers indices.



Architecture.



Entre la fin du mois de mars et le mois d'octobre 1966, l'on met à jour un ensemble de murs de 65 cm de large, arasés entre 45 et 60 cm, bâtis selon la méthode dite "de blocage" : coffrage de gros moëllons, à l'intérieur duquel sont entassés des moëllons plus petits, le tout en grès rouge sur une fondation de gros galets et ans aucun mortier.




pays basque basse-navarre histoire romains fouilles
FOUILLES ROMAINES SAINT-JEAN-LE-VIEUX 1966
PAYS BASQUE D'ANTAN






A ce jour, l'on a dégagé 11 m. 80 de murs. Ceux-ci s'ordonnent en fonction d'un grand mur orienté S. E. - N. O. ; cette partie dégagée sur 2 m. 10 apparaît plus détériorée que le reste. A 3 m. 40 de l'angle que forme le grand mur avec son retour, apparaît un mur de refend parallèle à ce dernier et dégagé sur 1 m. 10 de long. L'on a ainsi le départ d'une première pièce qui présente, dans son angle S. E. , un quart de cercle composé de neuf très gros galets, non fondés, reliant les deux murs et formant une sorte de foyer d'angle (?). A 15 cm de la crête des murs, apparaîssent, par endroits, les restes d'un dallage grossier fait de plaques de grès rouge taillé de 3 cm d'épaisseur et ne dépassant pas 25 cm de côté.



Stratigraphie.



L'étude stratigraphique, vu l'état peu avancé des recherches, ne prétend pas à des affirmations. Des travaux d'arasement, dans la haute partie du camp, remontant à 3 ans, ont abaissé celle-ci de 1 m. 50 environ, évitant de très peu un sol pavé qui forme la couche 1 de la stratigraphie. Ce pavage très compact est fait de gros galets et de blocs de grès rouge grossièrement taillés ; il a été trouvé jusqu'alors partout en place et ne présente pas de solution de continuité. Ce sol est pour l'heure indatable ; le récent arasement ayant fait disparaître tout indice, seuls subsistent, mêlés à la fine couche de terre végétale qui le recouvre, quelques fragments de céramique, souvent locale et fruste, à priori antique, mais indatable avec précision.




pays basque basse-navarre histoire romains fouilles
STRATIGRAPHIE FOUILLES ROMAINES
SAINT-JEAN-LE-VIEUX 1966
PAYS BASQUE D'ANTAN



Couche II : Sous ce gros pavage, de 18 à 25 cm d'épaisseur, qui a fait office de "couvercle" protégeant les niveaux inférieurs, apparaît une couche de terre brun clair (terre végétale mêlée d'argile et de sable), de 35 cm d'épaisseur. Si l'on considère que l'on se trouve en présence des fondations des murs, l'on ne peut que rattacher le dallage de plaques de grès au même état et, dans ce cas, l'ensemble architectural appartiendrait à la couche II. Cette couche renferme un mobilier assez peu abondant par rapport à la densité de celui de la couche III : quelques tessons de céramique "sigillée" difficilement datables avec précision et surtout beaucoup de céramique locale (vases à décor peigné, à engobe externe rougeâtre et à bord plat). La plupart du temps, ce mobilier est trouvé au contact des murs ou du sol dallé, ce qui laisserait supposer que la couche II est essentiellement composée d'un remblai sur lequel on a posé le gros pavage du sol I, après avoir arasé des murs ruinés.




pays basque basse-navarre histoire romains fouilles
HAUT AMPHORE FOUILLES 1966
SAINT-JEAN-LE-VIEUX



Couche III : Sous le niveau du dallage de grès (sol II), l'on rencontre une couche d'incendie, très nette, de 10 cm d'épaisseur environ (charbon très dense et terre argileuse mêlée de cendres, de nombreux clous et de fragments de bois calciné), puis une couche de terre argileuse très dense de 55 cm d'épaisseur, mêlée de charbons.



Cette couche III, qui a de 65 à 70 cm d'épaisseur en tout, est la plus riche. La densité du mobilier y est exceptionnelle ; celui-ci est souvent trouvé dans un état remarquable de conservation."



A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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jeudi 10 juin 2021

LE CHÂTEAU D'IRUMBERRY À SAINT-JEAN-LE-VIEUX EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS

LE CHÂTEAU D'IRUMBERRY À SAINT-JEAN-LE-VIEUX.


De nombreux châteaux existent au Pays Basque Nord, et en particulier en Basse-Navarre.



pays basque autrefois château
CHÂTEAU D'IRUMBERRY
ST-JEAN-LE-VIEUX BASSE-NAVARRE



Voici ce que rapporta à ce sujet Jean Nogaret, dans le Bulletin du Musée basque N°6 en 1933 :



"Les Irumberry, qui ont été les seuls propriétaires du château, sont de bonne et ancienne souche, bien qu'on ne soit pas fixé d'une manière précise sur leurs origines.



D'après certains historiens, il y avait des liens de parenté entre les vicomtes de Béarn et eux ; ce qui expliquerait la présence dans leurs armes de celles du Béarn.



basse navarre saint jean le vieux
BLASON DE LA FAMILLE D'IRUMBERRY DE SALLABERRY



D'autres prétendent qu'ils s'établirent en pays de Cize, vers le milieu du XVe siècle seulement, venus de la Haute Navarre où ils ont laissé des traces de leur ancienneté. On trouve, en effet, antérieurement à cette époque, des gentilshommes de ce nom, gouverneurs des châteaux de Val Carlos et de Sangüesa et à la solde  du roi Charles le Mauvais, pendant les guerres qu'il eut à soutenir des deux côtés des Pyrénées. Depuis la plus haute antiquité, ils avaient leurs entrées au Cortès et l'un d'eux avait été à la croisade  avec le roi de France Saint-Louis et le roi de Navarre Thibaut II.



Un autre Irumberry, Arnaud-Guilhem, s'était distingué dans une expédition contre un célèbre bandit, Sancho de Ureta, qui terrorisait la Navarre et était parvenu à le tuer. En récompense de ce haut fait, il avait reçu vingt mesures de blé.



Quoiqu'il en soit, on n'a de renseignements un  peu précis qu'à partir de l'année 1467, lorsque Pierre d'Irumberry épousa Graciosa de Lacarre et fut le premier d'une lignée ininterrompue jusqu'à nos jours.



Lorsque Ferdinand le Catholique se fut emparé de la Haute Navarre, le seigneur d'Irumberry passa à son service ; mais il n'y resta pas longtemps, car il comprit bientôt qu'il était de son intérêt de ne pas abandonner son souverain légitime et il resta fidèle sujet de Jean d'Albret. Lui et ses descendants servirent le roi de Navarre et on les trouve aussi dans les armées du roi de France qui ne les oublia pas dans la distribution des faveurs.



L'un deux, Bertrand, prit part à la campagne des Flandres contre les Espagnols sous les ordres d'un célèbre capitaine basque Gracian d'Aguerre, qui se distingua surtout dans les guerres d'Italie. Quelques années plus tard, il était au service du duc de Guise et il y resta longtemps.



On trouve ensuite Pierre, capitaine de trois cents hommes de pied de la garde du roi Charles IX, puis mestre de camp. Il est mentionné au volume de l'extraordinaire des guerres et dans l'histoire des milices. Lors de la création des Gardes Françaises par le roi Charles IX, il est cité parmi les neuf capitaines désignés pour commander cette nouvelle formation.



Au commencement du XVIIe siècle, Charles d'Irumberry épousa l'héritière de la maison Sallaberry et devint ainsi seigneur de Bussunaritz. Depuis cette époque, lui et ses descendants s'appelèrent d'Irumberry de Sallaberry, nom qui est encore représenté de nos jours. Charles débuta dans l'armée comme cornette au régiment de Nassau ; puis, on le trouve major au régiment de la Chatellenie de Navarre et, en dernier lieu, commissaire-inspecteur des haras. Il ne quitta plus le pays tandis que ses frères allaient chercher ailleurs une fortune qui leur sourit le plus souvent.



Pendant le XVIIe et le XVIIIe siècles, ses descendants continuèrent à vivre au château d'Irumberry et se consacrèrent aux intérêts de leurs concitoyens, en ses succédant dans diverses charges locales. Leur nom figure dans plusieurs procès et différends entre la commune et les habitants qui les prirent comme arbitres.



Il ne semble pas que, pendant la Révolution, les seigneurs d'Irumberry aient été inquiétés. Dans le cours du XIXe siècle, ils continuèrent à jouir de la même influence que précédemment. L'un deux fut, pendant longtemps, maire de Saint-Jean-le-Vieux et conseiller général du canton. Cette branche s'éteignit avec Amédée dont les enfants moururent en bas âge et qui laissa son château et ses biens à une cousine éloignée, mariée au vicomte de Monterno.



Si l'on revient en arrière, on trouve, au XVIIe siècle, Pierre-Simon le premier d'une branche collatérale de celle du cornette au régiment de Nassau. Il entra au service du duc de Mantoue et arriva à une situation des plus honorables. Son fils Simon lui succéda et devint conseiller honoraire, bailli d'épée en 1690, pensionné de quatre cents livres, titulaire d'une des quatre charges de maître des comptes et enfin, en 1710, président de la Chambre des Comptes.



Au XVIIe siècle, plusieurs d'entr'eux servirent dans l'armée et dans la marine. On peut en citer qui moururent au service du roi : Tristan, capitaine d'infanterie, Dominique, enseigne de vaisseau et Gabriel, officier au régiment de Vermandois.



Un autre, nommé Vincent, eut plus de bonheur. Il avait embrassé la carrière de marin, devint capitaine de vaisseau, chef d'escadre, en 1728, lieutenant-général des armées navales, grand'croix de Saint-Louis et vice-amiral. Il mourut, en 1749, gouverneur du château de Porcieu.



Lorsqu'arriva la Révolution, Charles-Victor d'Irumberry était président de la Chambre des Comptes et seigneur de Fossé. Il mourut sur l'échafaud.



Son fils, le premier qualifié de comte, émigra, visita la Turquie, l'Allemagne, l'Italie et prit ensuite du servie dans l'armée du prince de Condé. Il la quitta peu après pour se rendre en Vendée où il servit sous les ordres de La Rochejaquelin. Nommé, à la Restauration, colonel de la première légion de la Garde Nationale à Blois, il siégea plus tard, comme député du Loir-et-Cher, de 1815 à 1830. C'était un érudit et un travailleur qui a laissé plusieurs ouvrages non sans valeur parmi lesquels on peut citer les "Souvenirs politiques".



général vendée révolution france
HENRI DE LA ROCHEJAQUELEIN



Son fils, Henri, eut plusieurs enfants dont une fille, déjà nommée, la vicomtesse de Monterno qui hérita des biens et du château d'Irumberry. Peu de temps avant la dernière guerre, elle les vendit à un de ses frères ; mais ce dernier n'en jouit pas longtemps car il fut tué, le 12 Décembre 1915, au cours d'une des nombreuses opérations qui marquèrent la fin de cette année. Il a laissé quatre enfants, deux fils et deux filles, qui sont les propriétaires actuels du château d'Irumberry.



Si l'on en croit la tradition, la demeure primitive des anciens féodaux, qui avaient fixé leur résidence en Basse Navarre, n'aurait pas occupé l'emplacement sur lequel elle s'élève aujourd'hui, mais aurait été située plus bas dans la plaine. Il est bien possible qu'il en ait été ainsi, mais, dans ce cas, on ne saurait être surpris que les seigneurs d'Irumberry aient choisi, pour plusieurs raisons, une situation plus élevée.



Le château actuel, en effet, occupe l'extrémité d'un éperon terminant un des derniers contreforts du massif des Escaliers et dominant le quartier de la Madeleine, dépendance de Saint-Jean-le-Vieux. Il est flanqué, au Midi, de deux tours carrés et est entouré de beaux arbres qui attirent de loin l'attention. Aussi a-t-il grand air dans sa situation dominant la plaine et qui était particulièrement avantageuse autrefois. De cette éminence, en effet, on embrasse une bonne partie du pays de Cize, celle que traverse, sur plusieurs kilomètres, la grande voie de communication entre la France et l'Espagne. Or ce n'était pas là un mérite peu appréciable à l'époque où les droits de péage étaient une source de revenus pour les seigneurs riverains.



L'habitation a des dimensions relativement petites. Mais c'est une belle et solide construction et on voit, par l'épaisseur de ses meurs, que la question de défense n'avait pas été perdue de vu. D'importantes modifications intérieures ont sans doute changé son caractère primitif et lui ont donné un aspect plus moderne que celui qu'il avait autrefois ; la cuisine seule a conservé les dimensions que les anciens se plaisaient à donner généralement à cette pièce considérée, de leur temps, comme une des principales de la maison.



Le château d'Irumberry est une agréable résidence dans un des sites les plus beaux de la Basse-Navarre."




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mardi 27 octobre 2020

FAITS DIVERS ET VIOLENCE EN PAYS BASQUE NORD EN DÉCEMBRE 1833

VIOLENCE AU PAYS BASQUE EN 1833.



Dans les années 1830, il y a de nombreuses scènes de violence en Pays Basque Nord.



pays basque autrefois violence
JEUNE HOMME BASQUE AVEC MAKILA 1828
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Temps, dans son édition du 31 décembre 1833 :



"Scènes de violence dans le Pays Basque. (Extrait du Mémorial des Pyrénées.) 



On nous écrit du Pays Basque : 

Les méfaits se succèdent avec une affligeante rapidité depuis environ un mois dans l’arrondissement de Saint-Palais. Notre plume se lasse à retracer tant de scènes de violences où le sang est versé sans provocation, la mort donnée de gaieté de cœur ; et dans la crainte que les étrangers ne prennent une fausse idée d’un pays dans lequel se commettent tant d’attentats, et dont les habitants, cependant, lorsqu’ils ne se trouvent point sous l’empire de quelque passion, sont bons, francs et hospitaliers, nous serions presque tentés de renoncer à la tâche pénible que nous avons remplie jusqu’ici. Le désir seul de provoquer par la publicité des mesures répressives peut nous engager à surmonter cette répugnance.



Un bouvier d’Ilharre se retirait avec un tambour du 19e de ligne, le 17 de ce mois, au soir, du marché de Garris. Couchés l’un et l’autre clans une charrette, dont la direction était abandonnée à l’instinct des bœufs qui servaient d’attelage, ils cuvaient paisiblement les nombreuses rasades qu’ils avaient vidées durant la journée. Déjà ils avaient traversé sans malencontre une partie de la ville, lorsqu’arrivés près de la maison du percepteur, le bouvier, sans doute par une réminiscence confuse d'une querelle qui avait eu lieu la quinzaine précédente entre des jeunes viens d’Ilharre et de Garris, se mit à crier d’une voix enrouée: Biva Ilhartarrac ! (Vivent les Ilharriens !). Presque au même instant, deux individus s'approchèrent du char, demandent aux deux ivrognes ce qu’ils ont à causer ensemble, et sans laisser au bouvier qui s'était soulevé le temps de répondre, lui assènent sur la tête deux coups de bâton qui le renversent. Vainement le tambour s'est-il élancé du char, il doit bientôt renoncer à la poursuite des assaillants qui, effrayés probablement du mal qu'ils avaient fait, avaient déjà disparu. Il était plus de minuit lorsque l’attelage rentra à Ilharre. Le tambour, dont les idées n’étaient pas encore probablement bien lucides, abandonna son camarade et descendit machinalement à son domicile. Le bouvier, tout ensanglanté, avait perdu le souvenir de ce qui s’était passé, et répondit aux questions de sa famille alarmée qu’il avait probablement été blessé par suite des cahots de la charrette. Huit jours après il était mort !




pays basque autrefois homme violence
JEUNE HOMME BASQUE 1828
PAYS BASQUE D'ANTAN




Le même soir une jeune fille de Béguios fut également arrêtée par deux jeunes gens qui ne s’éloignèrent qu’après lui avoir asséné sur le visage un coup de bâton qui la renversa et lui brisa plusieurs dents.



Un jeune homme avait été trouvé expirant, frappé de plusieurs coups, sur le territoire de la commune de Saint-Jean-le-Vieux, sans qu’on ait pu parvenir à découvrir quel mobile dirigea le bras du meurtrier.



Des scènes d’une nature non moins grave ont eu lieu le 20 décembre à la suite du marché de Saint-Palais. Un garde forestier d’Orègue, nommé Larralde, a été assailli par deux individus qui l’ont frappé à coups redoublés et l’ont laissé baigné dans son sang. Entièrement pris de vin au moment où il a été attaqué, le malheureux Larralde n’a pas pu faire connaître les malfaiteurs qui l’ont assailli, à ce qu’il parait, sans d'autres motifs que le désir de frapper. Les blessures qu’il a reçues à la tète paraissent avoir été faites au moyen du bâton ferré, arme terrible dans les mains du Basque. On ignore encore si on pourra le sauver.




pays basque autrefois violence
JEUNE HOMME BASQUE 1828
PAYS BASQUE D'ANTAN




Presqu’à la même heure, un vol à main armée et à l’aide de violence était commis le même soir sur le territoire de la commune de Beyrie. La bourse ou la vie, avaient crié trois individus à un cultivateur d’Armendarits qui, après avoir terminé quelques affaires, revenait paisiblement chez lui. Saisi de frayeur à cette interpellation terrible, le paysan voulut fuir, mais un coup de bâton le renverse ; un genou est aussitôt appuyé sur sa poitrine, et on lui crie encore "la bourse ou la vie ! — Je n' ai que trente francs, s’écrie le pauvre paysan d’une voix tremblante, vous pouvez, les prendre, mais par pitié laissez-moi vingt sous afin qu’il me reste du moins quelque chose pour acheter du pain à mes enfants !— En voila quarante, dit l’un des brigands, va-t’en !" Presqu’au même instant un autre cultivateur d’Armendarits vint a passer, il est salué de la même interpellation, fait mine de vouloir se défendre, et est aussitôt renversé par les brigands qui le frappent à coups redoublés, malgré ses cris plaintifs, et ne cessent de l’excéder que pour lui déclarer que s’il ne leur livre pas tout son argent, il est mort. Obligé de s’exécuter, l'habitant d’Armendarits offre 10 fr., et s’excuse de n’avoir pas davantage. Les brigands s’irritent de ne trouver qu’une somme aussi modique, ils portent de nouveaux coups à l'habitant d’Armendarits, le fouillent, et par un sentiment difficile à expliquer, après s’être assurés qu’il n’avait pas au-delà de ce qu’il avait offert, lui laissent 50 centimes. Cependant, le premier paysan dépouillé était revenu sur ses pas, aux cris plaintifs poussés par son voisin, dont il avait reconnu la voix et se disposait à lui porter du secours ; mais un des brigands vint à sa rencontre, le pistolet au poing, et l’obligea à revenir sur ses pas en lui déclarant que s’il ne s’éloignait pas c’en était fait de lui. Assis sur le bord du chemin, les malfaiteurs attendaient de nouvelles proies, lorsque des voix nombreuses annoncèrent l’arrivée de plusieurs personnes et les déterminèrent à prendre la fuite. Ces personnes étaient également d’Armendarits. Elles recueillirent celui de leur camarade qu'elles trouvèrent gisant à terre et baigné dans son sang, et le transportèrent dans une maison voisine. Tout porte à espérer, dit-on, que les blessures de cet individu, quoique nombreuses, seront promptement guéries.



pays basque autrefois violence
JEUNE FEMME BASQUE AVEC CRUCHE 1828
PAYS BASQUE D'ANTAN



La justice informe sur ces méfaits. Puissent ses investigations n’être pas encore infructueuses. Puisse surtout un arrêté émané de l’administration supérieure, rappeler aux habitants des campagnes les dispositions législatives qui prohibent le port de ces bâtons ferrés de néflier, massues terribles dont les coups rompent les membres et fracassent les crânes, arme non moins terrible entre les mains du Basque qu’un stylet entre les mains du Corse ou dans celle de l’Espagnol un poignard ! Que si on demande quels moyens seraient d’ailleurs en outre de celui que nous venons d’indiquer, propres à prévenir la répétition affligeante des nombreux attentats qui se commettent dans le pays Basque, nous répondrons franchement, nous ne savons ; sans doute, il dépendra de l'instruction d’adoucir les mœurs et d’engager les individus à se reposer sur la justice du soin de venger leurs injures, mais l’influence bienfaisante de ce grand moyen de la civilisation ne pourra se faire sentir qu'à la longue, et d'ailleurs on ne doit pas se dissimuler que l’instruction ne fut impuissante dans la plupart des cas. Presque tous les crimes qui se commettent dans le pays basque sont le résultat du premier mouvement de quelque passion violente ; il en est peu que la préméditation accompagne. L'homme qui sait lire et écrire, le propriétaire aisé et laborieux s’enivre tout aussi bien que le pauvre diable qui ne fréquenta jamais l’école primaire, et c’est surtout dans l’ivresse que le Basque est terrible. Singulier pays, où l’ivresse est une véritable frénésie et ou cependant il est bien peu de paysans qui se retirent d’un marché sans être tout à fait pris de vin, ou il est presqu’aussi commun de voir donner un coup de bâton sans provocation, qu’ailleurs d’entendre de propos délibéré, débiter des injures, et où néanmoins les actions portées devant le tribunal correctionnel à la requête des parties civiles pour excès sont tellement rares, qu’on en compte à peine une ou deux tous les trois mois ; où le ministère public, lorsqu'il veut prendre l'initiative, a de la peine à trouver des témoins des faits qui se sont passés en présence d’une population entière, et où bien souvent les blessés eux-mêmes refusent par un singulier sentiment de générosité, de faire connaître les malfaiteurs qui les ont frappés. — Singulier pays que celui où la contrebande est considérée comme l'action la plus licite et un douanier comme un homme tellement en dehors de la loi que, pour se disculper d’avoir asséné plusieurs coups de bâton de propos délibéré à un passant, un prévenu s’écria dernièrement devant le tribunal de police correctionnelle de Saint-Palais : Que voulez-vous, M. le président, j'ai pris cet homme pour un douanier !..."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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vendredi 3 juillet 2020

IMPRESSIONS SUR LE PAYS BASQUE EN 1919 (troisième partie)


IMPRESSIONS SUR LE PAYS BASQUE EN 1919.


En juillet 1919, on redécouvre, dans la presse, le Pays Basque.