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vendredi 12 avril 2024

LA GUERRE À LA LANGUE BASQUE EN 1903

LA GUERRE À LA LANGUE BASQUE EN 1903.


Le Basque (euskara) est  la langue d'Europe occidentale la plus ancienne in situ.

Elle était appelée aquitain, dans l'Antiquité et Lingua Navarrorum (langue des Navarrais).  




pays basque autrefois inventaires religion labourd combes
BIARRITZ JOUR DE L'INVENTAIRE MARS 1906
PAYS BASQUE D'ANTAN


Sa présence est antérieure à l'arrivée des deux langues indo-européennes qui, au cours de 

l'histoire, allaient devenir majoritaires : le celte, puis le latin.



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Soleil, le 28 août 1903, sous la plume d'Oscar 

Havard :



"La guerre à la langue Basque.



I. Quand Louis XIV s’empara de l’Alsace, l’idée ne vint pas au "Grand Roi" d’infliger à ses nouveaux sujets la langue française comme un châtiment, et de proscrire l’allemand comme un stigmate. Sous le Roi de France, les bourgeois de Strasbourg et de Colmar, les bûcherons de la forêt de Soulz et les paysans de Sundgau gardèrent le droit de chanter leurs lieds comme au temps du césar germain. 



Nul alguazil n’alla, soit dans les églises, soit dans les temples, épier l’homélie du curé ou surveiller le prêche du pasteur. La Monarchie respecta toutes les croyances religieuses, sanctionna toutes les institutions locales et valida tous les privilèges. La victoire de Louis XIV ne fut pas le triomphe d’un Jacobin niveleur, impatient d’opprimer et de rançonner les vaincus, mais la maîtrise d’un père indulgent et tendre, avide de conquérir les cœurs. 



Préludant aux spoliations révolutionnaires, les réformés avaient, à coups d’arquebuse, délogé de la Collégiale de Saint-Thomas les Frères prêcheurs et larronné les riches prébendes de ce fief monastique. Magnanime comme un Bourbon, Louis XIV ferma les yeux sur cette rapine, et pria les catholiques de sacrifier leurs droits à la concorde. L’Eglise, pleine de condescendance, amnistia le fait accompli et ne disputa pas au Synode la proie dont il jouit encore. 



Un tel chef, un tel Souverain ne pouvait s’avilir par de stupides sévices contre un idiome national. Comme toutes les sottises qui souillent notre histoire, cette turpitude ne date que de la première République. Les "Représentants en mission" furent les premiers adversaires et les premiers prescripteurs des dialectes locaux. Comment expliquer une pareille pasquinade ? 



Dans les ukases que les Conventionnels ont bâclés, nous avons parfois le tort d’aller chercher bien loin le prétexte qui les fit naître et le mobile qui les suggéra. La légende républicaine et l’image d’Epinal nous montrent les Représentants, le chapeau en bataille, la poitrine débraillée, le sabre au poing, la flamme dans les yeux, conduisant à l’ennemi et à la victoire la phalange des volontaires, ivres d’enthousiasme et saturés de vermillon. 



Mais pour peu qu’on explore les papiers de l’époque et qu’on interroge les documents officiels, cette épopée glorieuse se dilue aussitôt dans la brume, et, sous vos regards, surgit à la place, une licencieuse kermesse où se trémoussent, non des héros, mais des corybantes. A peine les délégués de la Convention débarquent-ils dans une cité pour y "assurer le bonheur du peuple", que le premier décret de nos satrapes mobilise, non la jeunesse, qui se dérobe au devoir civique, mais les vins vieux qui se cachent dans les caves de l’aristocratie proscrite. On punit le clergé en tarissant ses flacons ; on se venge des émigrés en se grisant à leurs frais. 



II Carrier à Nantes, — Lecarpentier à Coutances, — Duquesnay à Arras, — Dumont à Amiens, — Albitte et Collot d’Herbois à Lyon, — Laplanche à Nevers, — Monestier à Tarbes, — Cusset à Thionville, — Javogues à Montbrison, — Bourbotte à Fontenay-le-Comte, — Bourdon de l’Oise à Chantonnay, etc., — tous, à peine installés, commencent par réquisitionner les fûts, les bouteilles, les dames-jeannes séquestrés par les "Comités de vigilance", — puis, le verre en main, la bouche pâteuse, les yeux humides, nos proconsuls dictent à leurs secrétaires les arrêtés devant lesquels se pâme aujourd’hui l’onctueux M. Aulard. Sans vouloir diminuer le rôle de J.-J. Rousseau, je suis convaincu que les "liqueurs des îles" firent beaucoup plus de ruai à nos ancêtres que les trois cents pages du Contrat social




révolution france nantes
JEAN-BAPTISTE CARRIER NANTES
REVOLUTION FRANCAISE



Les moins funestes de ces édits bachiques atteignirent "les patois" de nos provinces. Dans ce domaine, la Convention ne put — grâce à Dieu ! — déployer toute sa malfaisante puissance. Ses tentatives d’alignement grossier succombèrent devant l'infrangible rempart des "impondérables". 



III C’est contre la même forteresse que se rue aujourd’hui M. Combes. En Bretagne, dans les Flandres, dans le pays basque, tout curé, prévenu d’user en chaire de l’idiome régional, se voit ipso facto spolié de l’indemnité que lui doit l’Etat. Peut-on imaginer un plus extravagant abus de la force ? une plus absurde représaille de la rusticité démocratique contre la poésie des foules restées chrétiennes ? 



homme politique france charente sénateur radical franc-maçon
EMILE COMBES


Notez que si la République frappe d’interdit le breton, le flamand et le basque, elle témoigne, en revanche, les plus obséquieux égards à la langue germanique. Rien qu’à Paris, dans cinq églises de la Confession d’Augsbourg, salariées par l’Etat, les pasteurs n’emploient que le parler de Guillaume II. Sermons, exercices rituels, catéchismes, cantiques, tous les discours et toutes les mélodies liturgiques ne laissent parvenir aux oreilles de l’auditoire que les modulations du vocabulaire transrhénan. 



Liberté légitime ! N’est-il pas juste qu’aux fidèles groupés autour de sa chaire le prédicateur parle la langue qui, dans toutes les fortunes, a porté le cri de la Patrie humaine à la Patrie céleste ? 



Dès les premiers siècles de l'ère chrétienne, quand l’Eglise, confondit les nations dans son unité dominatrice, elle ne voulut pas que les peuples se perdissent dans son sein comme les fleuves dans la mer. Les rites chaldéen, mozarabe, arménien, grec, etc., devinrent les citadelles de patriotisme et les refuges de la race. Chaque nation eut les prêtres de son sang, et les prières de sa langue, et — vaincue — garda dans les fers l’autonomie de ses observances. Revanche de l’oppression et de la défaite, le Rite conserve le souvenir d’une vie antérieure à la décadence présente et maintient la vision d’une splendeur sacrée où s’en cadrait jadis la souveraineté perdue ! 



Aujourd’hui, contemptrice de ces traditions et de ces égards, la République n’accorde qu’aux pasteurs luthériens le droit de faire le prône dans leur langue natale. Emigrés du Palatinat, du Hanovre, de la Saxe, de la Hesse, etc., ils peuvent tous les dimanches, dans les temples de la capitale, chanter et prier, sans abjurer leur race. Mais à nos compatriotes de la Soule et du Labourd, — mais aux descendants des Ibères, défense de murmurer les cantilènes qui, pendant tant de siècles, parfumèrent de leur poésie les lèvres des aïeux. Entre les Basques et leurs pères, M. Combes veut rompre la communauté des rêves, des espérances et des chants. 


Vaine menace ! 



IV Qu’on me permette en terminant de citer deux traits de la vie du Basque Pellot, l’illustre homme de mer. 


corsaire basque hendaye pellot pays
CORSAIRE D'HENDAYE ETIENNE PELLOT

Voici le premier : 


Fait prisonnier par une corvette anglaise et envoyé à Ryde, Pellot s’abandonne à ses excentricités coutumières. En entendant ce baladin, débordant de verve et de gaieté, ses camarades reprennent courage et ses geôliers s’humanisent. Un théâtre est dressé dans la cour : les autorités veulent que Pellot égaye les officiers de la garnison et leurs femmes. 


Un jour, Pellot improvise un vaudeville, qu’il intitule : Le général boiteux. Mais avant de paraître sur la scène, le corsaire sollicite un uniforme ad hoc. La femme du gouverneur met aussitôt à la disposition de l’artiste le costume de son mari. Le premier acte est joué : c’est un succès de fou rire. Avant d’entamer le second acte, Pellot passe dans la coulisse pour endosser un autre travestissement. Mais au lieu de remonter sur les planches, notre Basque, arborant fièrement l’habit galonné du général, franchit la poterne de service, reçoit les saluts militaires du poste, et va chercher un refuge chez un tavernier français du faubourg. Celui-ci fournit à Pellot des vêtements de rechange. Déguisé en gentleman, le corsaire se rend sur le port, embauche quatre matelots, mécontents de leur capitaine, s’installe avec eux dans un cutter, dont l’équipage n’a pas laissé le gardien à bord, — puis, lève l’ancre... Quelques heures plus tard, Pellot arrive triomphant au port de Dunkerque avec sa prise et les quatre marins anglais, ébouriffés de l'audace souriante du Français. 



pais vasco antes pellot corsario
ETIENNE PELLOT CORSAIRE BASQUE


Voici maintenant l’autre histoire : 


De nouveau prisonnier, Pellot est conduit à Cork, et tente trois fois de s’évader. Trois fois, il est repris. Enfin une quatrième fois, notre Basque grise son argus, gagne le rivage, et soudoie une équipe de contrebandiers, qui le recueillent dans leur barque et le déposent à Morlaix. 


Dans cette ville, un journal anglais tombe sous les yeux de Pellot. Le corsaire y lit qu’on l’accuse d’avoir empoisonné le geôlier. L’affaire a été déférée à un Conseil de guerre, et le pauvre Pellot, condamné par contumace, a été pendu en effigie. 


Cette aventure émeut vivement le loyal corsaire. Sans doute, pour endormir le gardien, notre compatriote a furtivement versé dans son verre quelques gouttes d’opium, mais pas en dose suffisante pour mettre en péril la vie du brave porte-clefs. 


Pellot estime que son honneur est en jeu. Sans hésiter, il reprend la mer, débarque à Plymouth, et se présente, la tête haute, devant le shérif, demandant un jugement et des fers. 


Cette noble attitude touche les magistrats. Le procès s’engage à nouveau ; une enquête démontre l’innocence du corsaire. Les juges cassent le premier arrêt et rendent la liberté à Pellot, qui revient sain et sauf à Morlaix, où la population le porte en triomphe ! 



pays basque autrefois corsaires
CORSAIRES BASQUES
PAYS BASQUE D'ANTAN


V Le corsaire d’Hendaye me fut révélé pour la première fois, il y a quelques années, par son compatriote et son parent, M. Félix Saubot-Damborgez, ancien préfet de l’Ariège. Euskarien comme Pellot, M. Saubot-Damborgez, par l’intransigeance de ses convictions et l’indépendance de son caractère, incarne, lui aussi, les qualités géniales d’un peuple qu’aucune consigne n’intimide et qu’aucune tyrannie ne désarme. Je suis sûr qu’à Biarritz, il n’est pas le dernier à convier à la résistance les curés dont M. Combes sollicite l’abjuration et escompte l’opprobre. Les Garat, les Deyhérald, les Darrigol, les Ségalas, les Hiraboure, les Garricoïts, les Inchauspé, les Franchistéguy n’auraient point capitulé. Leurs successeurs refuseront de frustrer le paysan basque de sa langue, de ses traditions et de sa race."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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lundi 3 mai 2021

ETIENNE PELLOT UN CORSAIRE D'HENDAYE EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (deuxième et dernière partie)

 

ETIENNE PELLOT UN CORSAIRE BASQUE.


Parmi les nombreux marins et autres corsaires du Pays Basque d'Antan, le corsaire Pellot occupe une place importante.



corsaire basque hendaye pellot
CORSAIRE D'HENDAYE ETIENNE PELLOT



Voici ce que rapporta à son sujet le journal Gringoire, le 18 juillet 1941, sous la plume de Rodney 

Gallop :



"... En 1789, Pellot était de nouveau à la mer commandant Les Deux-Amis, avec lequel il fit cinq prises de navires anglais, et douze portugais. L'année suivante, il fut moins heureux. Le constructeur Balguerye, de Bordeaux, avait construit deux navires, le Révolutionnaire et le Bordelais, dont le premier avait été capturé par les Anglais, Pellot embarqua sur le second le 20 mars 1799. Avant qu'il ne levât l'ancre, Balguerye lui fit parvenir un dernier message : "Vous pouvez montrer les talons à n'importe quel navire de la marine anglaise à l'exception exclusive du Révolutionnaire. La prophétie se réalisa : le Bordelais fit une croisière pleine de succès, s'emparant de beaucoup de prises, et échappant à toutes les poursuites. Mais le 11 octobre il rencontra le seul navire qu'il lui fallait éviter, le Révolutionnaire, commandé par le capitaine Twysden. Après une chasse de 114 milles, il fut gagné de vitesse et Pellot se trouva prisonnier pour la troisième fois.



Pellot fut d'abord amené à Cork, et ensuite à Kinsals, où il fut emprisonné sur un ponton amarré au cœur d'une perfide tourbière. Comment il réussit encore une fois à sur passer en ruse ses geôliers, ceci est raconté par le biographe à qui, à l'âge mûr de 90 ans, il confia les exploits de sa jeunesse. Pellot n'était pas pressé par la hâte immédiate de s'enfuir. Avec un petit couteau, il prépara quatre minces planches de bois dur auxquelles il attacha des lanières de cuir. Et à l'heure propice, il les fixa à ses mains et à ses pieds et se lança à travers la tourbière. Plusieurs fois il faillit s'enliser dans ce dangereux voyage, mais sa force musculaire et son énergie l'amenèrent sur la terre ferme avant l'aube, et il gagna Dublin où il fut embarqué comme matelot sur un navire qui partait pour Porto, Au Portugal, il se déguisa en pèlerin se rendant à Saint-Jacques de Compostelle, avec bâton, besace et gourde (on ne nous dit pas par quels moyens il parvint à se procurer ces accessoires) ; et il chemina ainsi à travers un pays ennemi jusqu'à sa terre natale à la frontière franco-espagnole.



L'année suivante, voguant sur le Retour (10 canons, 46 hommes), il captura une petite corvette anglaise dont le capitaine prouva qu'il était un certain Wilson, de Jersey, frère du George Wilson qui avait arrangé la première évasion de Pellot, huit ans plus tôt. Pellot put alors tenir sa promesse en le libérant avec son équipage qui, en retour promit une assistance future si jamais il en avait besoin.



Il s'écoula quelques années avant que l'occasion se présentât. De 1802 à 1804, Pellot commanda le Général-Augereau et ensemble ils s'échappèrent de justesse plusieurs fois, en particulier une fois au capitaine Daniel Thompson, commandant une frégate anglaise ; ils eurent ainsi plusieurs succès, dont le plus frappant fut la capture du William-Scott, un trois-mâts goélette anglais armé en corsaire, Pellot, ramena jusqu'à Cork le corps de son capitaine mort, Kelly, enveloppé dans le pavillon du navire ; geste qui, selon le biographe, fut "noblement apprécié par la veuve de Kelly et les Anglais".



A son retour en août 1804, Pellot vit la mort de près. Ses blessures s'envenimèrent, et les "médecins de l'armée française" décidèrent de l'amputer d'une jambe. Pellot proclama qu'un corsaire pouvait se passer de n'importe quel membre sauf celui-là. Mais les chirurgiens passant outre à ses protestations poussèrent leurs préparatifs jusqu'à ce que Pellot, saisissant un de leurs instruments, se mît à le brandir avec fureur autour de la tête. Les chirurgiens s'enfuirent de la chambre, et le vieux loup de mer disparut comme un animal blessé, revenant quelque temps plus tard avec ses deux jambes intactes.



En 1805, il appareilla de nouveau avec le Retour, mais cette fois il eut la malchance d'être capturé dans la brume au large de Vigo par deux navires de guerre anglais qui l'amenèrent à Cork, prisonnier pour la quatrième fois. Il fut chaudement accueilli par les autorités, la population, et, enfin, par Mme Kelly qui se présenta à lui avec "un magnifique tapis, qu'elle avait brodé d'allégories..." ; quelque chose, en la circonstance, comme un éléphant blanc...



Ses blessures le faisant encore souffrir, il fut d'abord logé dans la maison d'un officier de la Garde Nationale d'où il s'évada à l'aide d'un drap noué. Il s'en alla alors vers Dublin, ayant mis ses souliers à l'envers pour confondre les poursuivants lancés sur la trace de ses pas, une manière de déguisement à peine croyable. Un malencontreux accès de fièvre le retarda à Waterford, et il fut fortuitement pris par la police qui cherchait d'autres garnements, et ramené à Cork. Ensuite il soudoya un charretier pour l'amener, caché dans un chargement de choux, à Kilmalock. A nouveau en route pour Dublin, il fut dévalisé dans les montagnes de Leinster, et handicapé par la perte de son argent, il fut repris. Sa troisième tentative ne fut pas plus heureuse. Emprisonné sur un îlot, il nagea jusqu'au rivage, s'enfuit sur un bateau de pêche, et ne fut pris qu'à une lieue de Calais.



pays basque autrefois corsaires
CORSAIRES BASQUES
PAYS BASQUE D'ANTAN


Sa dernière évasion fut en tous points digne de lui. Il avait été amené à Plymouth, où, avec d'autres prisonniers français, il était sous la responsabilité d'un certain Adam Simler. Ce dernier était très vaniteux et affectait de ne rien penser de la réputation de l'insaisissable personnage. Il prit toutefois la précaution d'affecter à Pellot un geôlier sûr.



Avec son brillant esprit habituel, Pellot amusait son cerbère tandis qu'il posait des jalons pour entrer en contact avec ses vieux amis les Wilson. Ils réussirent à lui faire parvenir de l'argent, des vêtements, et la promesse d'un passage sur un navire s'il pouvait se libérer, ce qu'il fit facilement : mettant un narcotique dans la liqueur de son geôlier, il s'enfuit et toucha terre à l'île de Batz, au large de Roscoff en Bretagne.



Malheureusement le geôlier mourut, plus de peur que de l'effet de la drogue. Pellot fut accusé de l'avoir empoisonné et on dit qu'il fut pendu par contumace. Quand ces nouvelles l'atteignirent en France, craignant d'être pendu s'il était repris, il eut le courage de retourner à Plymouth et de faire face au jugement au cours duquel il se défendit lui-même, et il fut généreusement acquitté.


hendaye autrefois
ETIENNE PELLOT CORSAIRE HENDAYE - HENDAIA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Pellot avait maintenant quarante ans, et on pouvait s'attendre à ce qu'il ait encore de nombreuses années d'action et d'aventure devant lui. Mais précisément quand l'histoire de sa vie devrait approcher de son apogée, elle sombre dans l'obscurité.



En 1810 et 1811 il poursuivit la guerre de course sans grand succès à bord du Cupidon et du Général-Darmagnac. (C'est un signe des temps que les navires français portaient alors des noms de généraux plutôt que d'amiraux).



Sa dernière aventure date de 1812. Il était au mouillage au large de la côte des Asturies, attendant Nuestra Senora de Begona, qui amenait aux insurgés du Nord une grosse somme d'argent envoyée par leurs camarades d'Andalousie. Pellot s'empara de la prise, mais fut poursuivi par les Anglais qui le conduisirent à Berméo, port qui n'était plus aux mains des Français. "Le Renard, s'écrièrent ses ennemis, est pris dans la toile d'araignée !". Et ils firent un banquet pour célébrer l'événement. Au cours du banquet, une querelle éclata entre les Espagnols et les Anglais qui voulaient tous s'attribuer la gloire (et le profit) de cette capture. Dans la surexcitation générale, Pellot ne fut pas surveillé de trop près. Feignant une indisposition il se retira dans sa chambre d'où, dès la tombée de la nuit, il s'évada à l'aide d'une corde qu'il portait enroulée autour de sa poitrine à toutes fins utiles. Par une folle témérité, les alliés n'avaient débarqué l'équipage français, ni du corsaire, ni de sa prise. C'était un jeu d'enfant pour Pellot de rallier son bord, de mettre à la voile et d'amener les deux bateaux à bon port à Bayonne.



pais vasco antes pellot corsario
ETIENNE PELLOT CORSAIRE BASQUE


Le commandant anglais, sir Daniel Jonas, fut relevé, le gouverneur espagnol de Berméo connut un sort pire. Dégradé, comme traître, de son rang de noble, il fut envoyé dans un pénitencier d'Afrique. Et c'est seulement après sa mort que sa famille, aidée des dépositions de Pellot put le réhabiliter et faire justice de l'accusation de complicité dans la fuite du corsaire.



Pellot ne reprit jamais la mer. Il était encore à Hendaye, se reposant sur ses lauriers, lorsque Wellington passa la Bidassoa en octobre 1813. La rencontre de ces deux grands hommes gagne à être rapportée avec les mots du chroniqueur à qui, 40 ans plus tard, Pellot raconta ses mémoires. Pour une raison assez obscure, le vieux loup de mer reçut le général victorieux dans les habits de son valet qui avait été tué dans la bataille. Le village était désert.



"Wellington arriva chez Pellot.


— Où sont l'armée, les douaniers, les habitants ? demande-t-il.


— L'armée s'est retirée sur les lignes de Saint-Jean-de-Luz, les douaniers l'ont suivie, et les habitants se sont enfuis à votre approche.


— Où est le capitaine Pellot ?


— Il est devant vous.


— Pas possible !


— L'habit ne fait pas le moine.


— Capitaine, je vous connais de réputation. Je vous offre au nom de l'Angleterre, un poste honorable et lucratif dans la marine royale.


— Je ne connais qu'un Dieu, qu'un pays, et mon honneur, que je transmettrai sans tache à mes descendants. Sans souiller mon honneur, je peux vous offrir cette maison, que votre pays a payée. Logez votre hôpital ici, et je payerai le chauffage, l'éclairage et le linge".



Ces mots, poursuit le récit, soulevèrent un tel enthousiasme chez Wellington et sa suite, qu'ils se pressèrent autour de Pellot, lui serrant chaleureusement la main.



hendaye avant pellot corsaire
SIGNATURE ETIENNE PELLOT CORSAIRE HENDAYE - HENDAIA
PAYS BASQUE D4ANTAN


A partir de ce moment, on n'entend plus parler de Pellot, l'un des plus braves et généreux ennemis qu'ait connus l'Angleterre. Le 2 avril 1856, Etienne Pellot descendit dans la tombe, sur la pierre de laquelle il avait gravé quelques années plus tôt ces mots : "Ici, ici seul, règne l'égalité".



HENDAYE AUTREFOIS
TOMBE DE ETIENNE PELLOT CORSAIRE HENDAYE - HENDAIA 
PAYS BASQUE D'ANTAN

(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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samedi 3 avril 2021

ÉTIENNE PELLOT UN CORSAIRE D'HENDAYE-HENDAIA EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (première partie)

ÉTIENNE PELLOT UN CORSAIRE BASQUE.


Parmi les nombreux marins et autres corsaires du Pays Basque d'Antan, le corsaire Pellot occupe une place importante.



corsaire basque hendaye pellot
CORSAIRE D'HENDAYE ETIENNE PELLOT



Voici ce que rapporta à son sujet le journal Gringoire, le 18 juillet 1941, sous la plume de Rodney 

Gallop :



"Ce fut, dans un sens, notre propre faute, à nous Anglais, si Etienne Pellot devint le fléau de notre marine marchande pendant les guerres de la Révolution française et de la période napoléonienne ; car c'est de ses compatriotes basques qu'au XVe siècle nous apprîmes l'art de la pêche à la baleine, et la leçon lui tellement fructueuse que nous les évinçâmes graduellement de cette lucrative industrie, jusqu'à ce que le traité d'Utrecht eût virtuellement retiré leurs baleiniers des mers.



Mais il ne fallait pas s'attendre à ce qu'une race si virile et aventureuse restât tranquillement à la maison. A partir du XVIIe siècle, une dynastie de corsaires aux noms étranges se mit à harceler nos paisibles navires de commerce et leurs escortes armées. Parmi ceux-ci étaient Harismendy et Dolabaratz, Haramboure et Detchegaray, Dargaignaratz et Destibertcheto. Mais le plus redoutable de tous fut Etienne Pellot.



pays basque autrefois corsaires
CORSAIRES BASQUES
PAYS BASQUE D'ANTAN


Sa famille avait été en contact avec la mer pendant trois siècles et se passait de père en fils le titre convoité de capitaine. L'un de ses ancêtres s'était distingué au XVlIe siècle. En 1627, Richelieu mit le siège devant La Rochelle tenu par les huguenots, mais fut lui-même isolé par le blocus anglais. Sous le commandement de Jean Pellot, les légères pinasses des Basques forcèrent le blocus et soulagèrent les forces assiégeantes.



Né en 1765, à Hendaye, le jeune Etienne fut nourri d'histoires de mer qui eurent sur lui un tel effet qu'à l'âge de 13 ans il embarqua sur le corsaire Marquise-de-Lafayette qui était équipé par les dames de la Cour contre les Anglais au début de la révolte américaine.



La vie à bord n'était pas une sinécure en ce temps. Les corsaires étaient généralement des frégates, ou des corvettes biscaïennes, choisies pour leur vitesse et leur faible tirant d'eau. Ils n'étaient pas fortement armés mais se fiaient, pour leurs victoires, à l'abordage, méthode qui avait l'avantage d'épargner les avaries sérieuses de la prise. La discipline à bord était des plus strictes : un mutin était plongé dans le goudron puis roulé dans des plumes et enfin abandonné sur une île déserte. Un homme qui seulement tirait son couteau était cloué par les mains au mât, étroitement ligoté, puis on le laissait se détacher lui-même comme il pouvait. Un meurtrier était attaché au cadavre de sa victime puis jeté par-dessus bord. Même la légère faute de fumer avant le coucher du soleil était punie de trois immersions consécutives. Si le jeune Pellot n'encourut aucune de ces pénalités, il lui fallut subir la cérémonie spéciale d'initiation des nouvelles recrues. Le novice était attaché au mat, et on fixait sur son postérieur un gros chaudron sur lequel tout l'équipage venait marteler à tour de rôle jusqu'à ce qu'il ait réussi à se libérer du chaudron.



Après une croisière infructueuse autour des Adores et un combat indécis avec une frégate anglaise, l'Inconstant, la Marquise-de-Lafayette fit une prise au large du Cap Finistère et trois autres au large de la côte irlandaise. Quand, en septembre 1779, elle rentra au port, le jeune Pellot avait reçu le baptême du feu et avait été légèrement blessé.



Un récit détaillé de toutes les aventures de Pellot risquerait de lasser le lecteur. La guerre de course, en ce temps, était une industrie organisée, strictement régie par décret royal. Quiconque voulait se livrer à la course devait d'abord obtenir une commission délivrée par l'amiral de France et déposer une caution de 15 000 francs, destinée à couvrir toute irrégularité qui aurait pu être commise. Aucun homme susceptible d'être appelé au service armé ne devait être embarqué. Aussitôt qu'une prise était faite, un clerc devait y embarquer, en dresser un inventaire complet, et mettre tout sous scellés. Quand elle était ramenée dans un port, le butin était divisé en dix parts égales, dont l'une allait à l'amiral de France, six à l'armateur et trois au capitaine et à l'équipage dans des proportions spécifiées.



C'est au cours de l'année de la Terreur que Pellot tomba entre nos mains et effectua la première de ses quatre évasions, pour les détails desquels, contrairement à ses exploits en mer, nous n'avons pas d'autres références que ses propres souvenirs, dictés pendant la dernière année de sa vie. Bien que ces souvenirs portent des signes manifestes d'embellissement, ils constituent néanmoins une bonne lecture et sont sans aucun doute vrais dans leurs grandes lignes.



Le 1er février 1793, la guerre éclata entre la France et l'Angleterre, et Pellot rallia immédiatement en qualité de second capitaine le Général-Dumouriez, un grand corsaire équipé par la ville de Bayonne. Il était armé de 22 canons et était commandé par Dihinx, de Saint-Jean-de-Luz, avec Dufourq, de Ciboure comme commandant en second. Il appareilla le 15 février et, deux mois plus tard, tomba au large de la côte d'Espagne sur le Santiago-de-Chile, un galion espagnol qui rentrait du Pérou avec un immense trésor. Le Général-Dumouriez était inférieur en canons et en équipage, mais il avait l'avantage du fait que le galion ignorait l'état de guerre. Il put ainsi s'en emparer par surprise et le conduisit à toute vitesse vers la France. Mais le lendemain ils tombèrent sur une escadre anglaise comprenant les vaisseaux Saint-Georges, Gange, Edgar, Egmont et Phaéton, sous le commandement de l'amiral Gell. D'abord le Santiago et ensuite le Général-Dumouriez furent gagnés de vitesse et capturés. Les Basques emplirent leurs chaussures et les doublures de leurs vêtements avec de la poudre d'or, qu'ils étaient forcés de restituer, et le trésor resta en Angleterre à la grande indignation de nos alliés espagnols qui réclamaient son retour en raison d'un arrangement pour la restitution mutuelle de toutes les prises recapturées à l'ennemi.



pais vasco antes pellot corsario
ETIENNE PELLOT CORSAIRE BASQUE



Les Anglais ne connaissaient pas encore le "Renard Basque", ainsi qu'ils en vinrent à l'appeler plus tard. Blessé, il fut admis à l'hôpital de Portsmouth, et plus tard les bains de mer lui ayant été recommandés, il ne fut pas surveillé d'assez près ; en sorte qu'il réussit à convaincre un contrebandier de l'aider à s'évader. Il promit à cet homme, un certain George Wilson, de lui rendre le même service si l'occasion s'en présentait un jour : cette promesse, comme on le verra, il lui fut donné de l'honorer.



Pendant plusieurs années, avec la Suffisante, le Coro et le Flibustier, Pellot continua à harceler notre navigation. Mais en 1797 il tomba entre nos mains pour la deuxième fois. Le Flibustier (8 canons, 40 hommes) avait capturé un navire de commerce anglais au large de la côte du Portugal. Mais le lendemain, il fut à son tour capturé par une frégate anglaise, et Pellot fut emprisonné, à Rye. Si sa première évasion avait été facile, par contre la seconde exigea toute son audace et toute son ingéniosité. En jouant le bouffon dans la cour de la prison où il prenait quelque exercice, il attira, l'attention de la femme du gouverneur ; et un jour, en l'absence du gouverneur, la dame invita Pellot à distraire ses invités, et cette invitation fut répétée plusieurs fois. Pellot fut prompt à saisir sa chance. Il offrit de jouer une petite pièce de sa propre composition, Le Général boiteux, dans laquelle un général américain était abandonné par ses soldats dans la forêt vierge. Le jour de la représentation arriva. Le gouverneur Thomas Wanley était au lit, ivre-mort, et sa femme prêta son uniforme à Pellot. Le premier acte de la comédie fut un brillant succès. Le second aussi, mais il fut joué sur une autre scène. Pendant l'entr'acte, Pellot se dirigea furtivement vers la poterne, rendit son salut à la sentinelle, et sortit vers la liberté.



hendaye avant pellot corsaire
SIGNATURE ETIENNE PELLOT CORSAIRE HENDAYE - HENDAIA
PAYS BASQUE D4ANTAN


Il gagna pendant la nuit Folkestone, et chercha refuge chez un certain M. Durfort, un Anglais d'origine française qu'il avait rencontré à l'une des soirées de Mme Wanley. Tandis qu'il était encore caché dans la maison, il entendit une femme appeler au secours en français. S'élançant imprudemment, il se trouva en présence d'une femme rouée de coups par un homme qu'il abattit incontinent d'un coup de poing. Il apprit que la femme était une Belge de Liège mariée à un général anglais nommé Hope qui la maltraitait constamment. Sa situation était maintenant plus périlleuse que jamais. Déguisant la jeune femme en homme, il l'amena à une cachette plus sûre chez un ami de M. Durfort, tandis qu'il examinait toutes les chances d'évasion. Dans cette idée, il s'accrocha à la surveillance du port, et fut récompensé un jour en entendant quatre matelots ivres parler de régler un compte avec leur capitaine. Il les persuada de prendre le large avec le cotre de ce dernier, et il arriva triomphalement à Dunkerque, poursuivi par les boulets d'une frégate envoyée de Douvres pour l'intercepter..."



A suivre...



(Source : https://www.zumalakarregimuseoa.eus/es/actividades/investigacion-y-documentacion/pequenos-personajes-del-siglo-xix/etienne-pellot et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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vendredi 26 janvier 2018

LE CORSAIRE ÉTIENNE PELLOT DE HENDAYE - HENDAIA EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS


ÉTIENNE PELLOT CORSAIRE HENDAYAIS.


Parmi les nombreux marins et autres corsaires du Pays Basque d'Antan, le corsaire Pellot occupe une place importante.