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mardi 9 janvier 2024

LES RÉVOLTÉS DE LA PRISON D'EZKABA EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN MAI 1938 (quatrième et dernière partie)

LES RÉVOLTÉS DE LA PRISON D'EZKABA EN MAI 1938.


Pendant la Guerre Civile d'Espagne, le 22 mai 1938, 795 prisonniers s'évadent de la prison d'Ezkaba, en Navarre.




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PRISON D'EZKABA EN NAVARRE

Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Dépêche, dans plusieurs éditions :


  • le 2 juin 1938, sous la plume de Michel Lacouture :

"Deux évadés du fort de San Cristobal ont réussi à passer en France.

De notre correspondant particulier.

Bayonne, 1er juin. 


— Mercredi matin deux des évadés du fort de San Cristobal ont réussi à passer la frontière française aux abords du col d'Ibañeta et sont arrivés à Saint-Jean-Pied-de Port. Ce sont deux prisonniers politiques. L'un, Roger Marinero, 22 ans, de Ségovie ; l'autre, Valentino Lorenzo était secrétaire de l'Union générale des travailleurs à Salamanque.



Ils sont tous deux dans un état d'épuisement complet car depuis leur évasion ils erraient dans la montagne, subsistant à l'aide de quelques pois chiches qu'ils avaient emportés et buvant de l'eau. Leur délabrement physique ne leur a permis de donner que peu de détails.



Voici cependant ce qu'ils ont déclaré :


"Nous étions environ 2 500 prisonniers à San Cristobal. Il y avait une majorité de prisonniers politiques auxquels avait été joint récemment un assez grand nombre de phalangistes. Nous nous sommes presque tous enfuis mais, contrairement à ce que l'on a dit, presque sans armes, sans ordre, sans organisation. Nous nous sommes dispersés dans la montagne.


Quant à nous, plusieurs fois nous avons rencontré de petits groupes de nos camarades de prison. Ils vivent dans les grottes comme ils peuvent, recevant parfois des secours de paysans amis.


Nous n'avons pu décider aucun d'entre eux à se joindre à nous pour passer la frontière, car ils craignent les balles du service de surveillance auxquelles ils se sont plusieurs fois heurtés en s'approchant de la frontière française Nous avons pu passer pendant la nuit sans attirer l'attention.


Avec nous, se trouvaient pendant un certain temps à San Cristobal, deux journalistes français dont nous ne connaissons pas les noms. Nous ignorons ce qu'ils sont devenus, s'ils sont restés à San Cristobal ou s'ils se sont enfuis."



Après ces déclarations les deux fugitifs qui sont dans un grand état de faiblesse se sont endormis profondément."



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PRISONNIERS A ESKABA EN NAVARRE



  • le 3 juin 1938, sous la plume de Michel Lacouture.

"La Guerre d'Espagne.

Chez Franco.

La révolte des Phalangistes.

Le miracle de San Cristobal.

De notre correspondant particulier : 



Bayonne, 2 juin. — Nous avons dû nous contenter hier des déclarations succinctes faites par les deux évadés de San Cristobal, car il eût été barbare d'insister en raison de l'état de faiblesse des fugitifs.



Lorenzo et Marinero, après avoir absorbé quelques aliments s'endormirent profondément. A leur réveil, sachant que leur calvaire était achevé, ils ne firent aucune difficulté pour compléter le récit de leur évasion qui confirme, avec des détails nouveaux, des renseignements donnés hier dans la remarquable correspondance de Howers-Mainz publiée par La Dépêche.



Alerte aux prisonniers.



Lorenzo et Marinero, condamnés politiques, purgeaient respectivement à la prison de Pampelune, le premier une peine de douze ans et un jour de prison le second trente ans de prison, pour avoir, étant civil, lutté contre le franquisme.



Les jours succédaient aux jours avec une monotonie désespérante, mais les deux hommes n'avaient pas perdu tout espoir et restaient attentifs aux moindres bruits et mouvements.



Le 22 mai, vers 19 h. 30, alors qu'ils prenaient leur frugal repas qui leur était servi avec parcimonie au deuxième étage de la prison où ils étaient enfermés, Lorenzo et Marinero furent surpris d'entendre des bruits anormaux et des mouvements inusités du côté du corps de garde. Avant même qu'ils eussent pu se rendre compte de quoi que ce soit, des coups de feu éclatèrent et un phalangiste, revêtu de l'uniforme de gardien, leur annonça qu'ils étalent libres.



Après un court moment d'hésitation, tant leur surprise était grande, Lorenzo et Marinero ayant constaté que les prisonniers du rez-de-chaussée et du premier étage quittaient le fort, s'élancèrent à la suite de leurs camarades.



Leur fuite ne fut nullement gênée. Dans l'escalier gisait une sentinelle morte. Ce fut la seule victime qu'ils virent. Le corps de garde était désert et aucun gardien n'apparaissait plus.



Arrivés au dehors, Lorenzo et Marinero apprirent qu'un certain nombre de leurs camarades, par petits groupes de six, se dirigeaient vers la France où ils seraient enfin en sûreté.



Le nombre des évadés était important. La majeure partie des détenus paraissait avoir quitté San Cristobal où se trouvaient surtout des phalangistes ou des civils arrêtés comme hostiles à Franco, en tout 2 600 prisonniers politiques, sauf 150 ou 200 détenus de droit commun. Les phalangistes avaient organisé le complot.



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PRISONNIERS AU FORT SAN CRISTOBAL 
EZKABA NAVARRE


Nos deux hommes ne furent d'ailleurs pas les derniers à s'enfuir. Les portes étaient ouvertes à tout le monde et des unijambistes mutilés de guerre furent transportés à dos d'homme.



La chasse à l'homme commence.



Contrairement aux premières informations, les évadés ne possédaient que peu d'armes, à peine une centaine de fusils en majeure partie trouvés au corps de garde.



L'alerte ayant été donnée, les troupes se mirent immédiatement à la recherche des évadés, aidées dans leur chasse par des projecteurs électriques. Les fugitifs gagnèrent en se dispersant la haute montagne afin d'échapper aux balles des mitrailleuses et des fusils qui étaient entrés en action.



Après trois jours et trois nuits de course éperdue, la dislocation devint générale. Chacun s'en fût comme il put, jouant sa chance individuelle, et les mutilés, qu'il était impossible de transporter plus longtemps furent abandonnés à leur sort, qui, hélas, n'était pas douteux. D'autres, épuisés, sans volonté, préférèrent se rendre et c'est sans doute ce groupe de 400 prisonniers, dont on a parlé, qui fut impitoyablement fusillé.



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ITINERAIRE DES FUGITIFS DE LA PRISON D EZKABA EN NAVARRE


Sauve qui peut !



A partir du 25 mai, Lorenzo et Marinero, qui ont lié leur sort, marchent seuls vers la France, représentant pour eux leur autre sœur, se nourrissant de racines et d'eau claire. Un berger qu'ils rencontrèrent leur donna quelques aliments et leur indiqua le sentier qu'ils devaient suivre. Cette rencontre les réconforta et ils reprirent leur marche pénible.



Mais le découragement s'empara à nouveau de ces deux hommes et, au moment où ils étaient décidés à se rendre, ils aperçurent un groupe de maisons. Bien accueillis, Lorenzo et Marinero apprirent avec joie qu'ils n'étaient plus qu'à quelques centaines de mètres de la France. Leur bonheur fut grand et après avoir absorbé le repas que les paysans avaient prépaies à leur intention, ils quittèrent sans encombre leur inhospitalière patrie, échappant ainsi à une mort certaine.





Les bagnes espagnols.



Le fort de San Cristobal, transformé en prison, a été disposé pour recevoir diverses catégories de prisonniers. Le rez-de-chaussée, le premier et le deuxième étages sont destinés à la foule anonyme des victimes ; le troisième étage est aménagé pour recevoir les intellectuels et les officiers. Cette catégorie de prisonniers est l'objet de plus d'attention.



Plusieurs Français, dont deux journalistes, MM. Chabrat et Bouguennet, croit-on, étaient, d'après Lorenzo et Marinero, détenus à cet étage.



Dans la prison, la rumeur circulait que les Français étaient plus particulièrement maltraités et même frappés. C'était d'ailleurs le sort de tous les prisonniers, dont la nourriture est déplorable.



Lorenzo et Marinero, affectés à un groupe de travailleurs occupés à l'entretien des routes étaient, en raison de cet emploi mieux traités mais cela ne les empêcha pas d'accepter avec joie, même avec tous les risques que comportait l'aventure, de partir à la conquête d'une liberté qu'ils n'escomptaient jamais plus avoir."



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LIVRE LOS FUGADOS DEL FUERTE DE EZKABA


Pour rappel, ce jour là, 795 prisonniers s'évadèrent mais seulement 3 évadés accédèrent à la 

liberté en passant la frontière et en se réfugiant en France. 



Les trois qui parvinrent en France étaient :

  • Jovino Fernandez Gonzalez

  • Valentin Lorenzo Bajo (mort à Bordeaux en juillet 1986, à 86 ans)

  • José Marinero Sanz (mort en 1963, à 47 ans) 




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samedi 9 décembre 2023

LES RÉVOLTÉS DE LA PRISON D'EZKABA EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN MAI 1938 (troisième partie)

 

LES RÉVOLTÉS DE LA PRISON D'EZKABA EN MAI 1938.


Pendant la Guerre Civile d'Espagne, le 22 mai 1938, 795 prisonniers s'évadent de la prison d'Ezkaba, en Navarre.




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PRISON D'EZKABA EN NAVARRE

Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Dépêche, le 2 juin 1938, sous la plume d'H.-G. 

Howers-Mainz :



"Ce qui se passe chez Franco.

La dictature du sang.


La raison de la révolte des phalangistes et l'oppression qui pèse sur les populations en territoire franquiste.

D'un correspondant spécial



Hendaye, 31 mai. — Si sévère soit la censure, si minutieux soit le "filtrage" présidant à l'entrée ou la sortie des rares étrangers admis à contempler les beautés du régime factieux d'Espagne, la vérité arrive néanmoins à percer. Elle vient de se faire jour une fois de plus au sujet des récents événements de Pampelune. Comme l'a signalé la presse, quinze cents prisonniers réussirent à s'évader de la capitale navarraise, le 22 mai. Sur ce fait, la presse de Franco garda un silence total ; aucun récit, voire des plus succincts, de cette évasion ne fut révélé par les feuilles fascistes au public espagnol ; quant à la presse étrangère, elle fut purement et simplement priée de s'abstenir de tout commentaire à ce sujet.



La Dépêche l'apprit et signala le fait. Ce fut un des rares journaux qui le firent. Dès lors, les versions plus ou moins fantaisistes eurent beau jeu.



En France, comme il fallait s'y attendre, la presse, consciemment ou inconsciemment favorable à la cause du général rebelle, s'efforça à minimiser les faits. Leur version, habilement insinuée par les agents de Franco en France — et ils sont hélas ! nombreux dans la région pyrénéenne — fut généralement la suivante : il s'agissait là de prisonniers de guerre et surtout de détenus de droit commun, ayant profité d'un "moment d'inattention" pour s'évader. 



Le nombre de ces fugitifs ne dépassait pas trois cents et la plupart avaient été appréhendés à nouveau peu après leur évasion.



En réalité, les faits sont bien différents et c'est d'une véritable révolte dont il s'agit, révolte d'autant plus grave pour le général rebelle et d'autant plus significative qu'elle a pour base l'un des partis qui, dès le premier jour de la rébellion militaire, se rallia à elle : celui des phalangistes.



Ce n'est plus en effet un secret pour personne que les graves différends qui séparent aujourd'hui carlistes et phalangistes devenus depuis quelque temps frères ennemis. Justement inquiétés par les revendications d'ordre social et syndicaliste du parti né sous l'initiative de José Primo de Rivera, tous ceux qui s'efforcent à rétablir en Espagne le régime des privilèges de classe, carlistes en tête, ont senti quel danger présentait pour eux le parti phalangiste. Depuis plusieurs mois l'on a pu se rendre compte que ce parti n'était en réalité qu'une sorte de C. N, T. déguisée et, depuis lors, les arrestations n'ont cessé de se succéder. C'est particulièrement en Navarre et à Pampelune, centre le plus puissant et le plus actif des monarchistes, que ces arrestations prirent un caractère "massif".



Durant le seul mois de mars, plus de 500 phalangistes furent arrêtés rien qu'à Pampelune et — fait singulièrement significatif — parmi eux figurait une centaine d'anciens prisonniers de la F. A. I. délivrés par les rebelles durant leurs avances en territoire conquis aux républicains.



Depuis lois, le feu couvait dans le parti phalangiste : seule, l'extrême rigueur des mesures policières, si cruellement rigides qu'on se demande comment un peuple les peut endurer encore, et la force militaire s'exerçant, de plus en plus sans contrôle, avaient réussi jusqu'à ce jour à maintenir le mouvement de révolte en fermentation. Le discours prononcé quelques jours avant la rébellion de Pampelune par le général Yague fut le signal du mouvement. Les mesures répressives prises contre ce chef, qui ne cache pas sa sympathie en faveur du mouvement syndicaliste de droite, hâtèrent les choses. Cette précipitation devait au demeurant être fatale à la sédition ; alors que celle-ci était prévue pour l'ensemble du territoire soumis au joug de Franco, les ordres furent donnés de façon si précipitée et si confuse que ce n'est qu'à Tafalla et à Pampelune que leur exécution fut possible. Dans la première de ces cités la révolte fut, par suite de son organisation défectueuse, rapidement maîtrisée. Tout autrement en fut-il dans la capitale navarraise.


Il était près de 8 heures du soir quand furent perçus de la ville quelques coups de feu provenant du camp de concentration des phalangistes détenus au camp voisin de la forteresse de San Cristobal, qui domine la route de Saint-Sébastien à Saragosa. Tout d'abord, la population de la ville crut à une de ces exécutions sommaires comme il en est tant, hélas ! depuis quelques mois en territoire rebelle. Pourtant une nouvelle et brève fusillade ne tardait pas à éclater et l'alarme donnée dans la ville, le départ précipité des troupes de la garnison pour la région du fort, les mesures prises sans tarder contre la population civile, contrainte à s'enfermer immédiatement dans ses demeures, permirent d'apprécier dès ce moment la gravité de la chose.



Ce qui venait de se passer n'allait pas tarder d'ailleurs à être connu. Les faits, minutieusement préparés, s'étaient déroulés à une vitesse déconcertant le service de surveillance.



Profitant des amitiés qu'ils possédaient dans Pampelune, une vingtaine de phalangistes détenus, mais autorisés à se rendre dans la ville pour effectuer des achats destinés au camp, avaient réussi à se procurer des armes par complicité.



C'est grâce à cet armement que le dimanche 22 mai au soir les 500 phalangistes détenus dans le camp voisin de la citadelle ayant tué douze de leurs gardiens et blessé vingt-trois autres — et non huit, comme on l'a dit — se précipitaient dans le fort, où, après avoir facilement triomphé de la garde, ils arrivaient dans le bureau du commandant alors que celui-ci alerté téléphonait pour demander du renfort. C'est alors qu'il tenait en mains l'appareil qu'il fut abattu à coups de revolver.



pays basque autrefois navarre prison évasion guerre civile espagnole
PRISONNIERS A ESKABA EN NAVARRE


Avant délivré leurs camarades enfermés dans les casemates du fort, et au nombre d'un millier, les détenus phalangistes se dispersèrent alors en petites troupes.



Depuis, il est certain que plus de deux cents ont été repris. La raison en est simple : tandis qu'une minime partie des fugitifs s'efforçaient à gagner la frontière des Pyrénées, la plus grande partie, confiante dans la réussite de la révolte générale, se dirigeait au contraire sur Saragosse. L'alerte ayant été rapidement donnée, le premier groupe n'allait, pas dépasser Tudela, où se trouve justement au repos, actuellement, la division italienne du "23 mars", laquelle avait été alertée et tenait la route de l'Aragon et ses environs. Quant aux autres fugitifs, encore qu'en prétendent les commentaires factieux offerts en pâture à la presse internationale fasciste, il ne fait aucun doute qu'ils ont trouvé un abri chez des sympathisants ou se sont réfugiés dans la montagne pyrénéenne, actuellement sillonnée de toutes parts par les patrouilles franquistes.



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LIVRE LOS FUGADOS DEL FUERTE DE EZKABA


Quoi qu'il en soit, l'alerte a été chaude chez Franco et elle permet de percevoir sous son véritable jour l'esprit général de la population dans la zone fasciste, Celui-ci est jugé si grave, si périlleux pour le nouveau régime fragilement instauré, que des mesures réellement draconiennes ont été prises récemment. L'une de celles, et pour cause, qui frappe le plus rudement la population civile est l'interdiction presque absolue de sortir de la ville, voire du village où l'on habite. Tel cultivateur obligé de se rendre de son village dans le bourg voisin parce qu'il y a des intérêts, ou de se rendre dans la ville la plus proche comme le forcent à le faire les besoins du ravitaillement usuel doit être muni d'un "salvoconducto" qui n'est délivré à présent que pour une période de cinq jours bien que sa délivrance nécessite au moins une semaine de démarches et de formalités. Mais celles-ci seraient peu de chose pour le malheureux peuple espagnol, habitué depuis des siècles à un régime de contrainte et de vexations administratives devant quoi s'est formée une sorte d'état d'esprit de résignation passive. Une mesure plus grave vient donner toute sa portée féodale à cet état de chose : le sauf-conduit ne peut être délivré sans une attestation écrite de deux officiers, reconnaissants que le postulant est favorablement connu d'eux, Et c'est alors que la chose devient particulièrement odieuse. Outrageusement favorisés par un régime qui leur laisse tout pouvoir, les militaires qui délivrent ces certificats n'hésitent pas à s'en faire grassement rémunérer, voire sous une forme particulièrement indigne lorsqu'il s'agit d'une femme qui leur paraît désirable ; ainsi, bien des familles préfèrent-elles abandonner leurs intérêts que de solliciter l'obtention du sauf-conduit.



De telles mesures donnent une idée de ce qu'est à présent la liberté individuelle sous la domination conjuguée des militaires espagnols imbus depuis des siècles d'un esprit de féodalité et d'un clergé qui semble avoir à cœur pour prendre sa revanche d'instaurer une nouvelle Inquisition qui ne le cède à celle des temps passés ni en rigueur ni en intensité.



Contraint, en effet, de s'appuyer sur ces deux bases, armée et clergé, Franco doit laisser à l'une et à l'autre une liberté d'action si étendue qu'elle confine à l'autoritarisme quasi-absolu. Fort de ces prérogatives, l'outrecuidance des officiers, leurs exigences de toutes natures, la contrainte du clergé semblent à présent méconnaître toutes limites. Et, comme il advient chaque fois que les libertés individuelles cessent d'être respectées, ne peuvent trouver une défense dans la légalité, la délation et la calomnie ont beau jeu. Quiconque est dénoncé par un voisin avec qui il vivait en mauvaise entente ou vient d'avoir un différend est le plus souvent arrêté sans enquête préalable. Celle-ci aura lieu par la suite, quand seront vérifiés les faits, lorsqu'on se donne la peine de faire une enquête, et n'en subira pas moins une détention sans raison et parfois longue de plusieurs semaines. Malheur à l'infortuné assez téméraire pour avoir omis d'assister à un exercice cultuel ! S'il est dénoncé, les pires vexations l'atteindront. Quant à la façon de se conduire, de maints officiers, elle est telle que bien des hôteliers en arrivent à redouter chez eux leur présence, certains qu'ils n'ont aucun recours s'il plaît, à ces messieurs de ne pas solder leur note.




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PRISONNIERS AU FORT SAN CRISTOBAL 
EZKABA NAVARRE

Devant un tel état de choses, que faire ? Quel recours à la population civile ? Aucun. II lui faut se soumettre ou encourir les rigueurs d'une police toute puissante, placée depuis quelques mois sous l'autorité absolue d'un homme connu par sa rigueur impitoyable : Martinez Anido, ancien colonel placé jadis dans la police sur sa demande et ancien gouverneur de Barcelone où son nom demeure encore le synonyme d'un Torquemada.



Ainsi se trouve aujourd'hui réduit le prétendu régime totalitaire de Franco, obligé à composer avec des partis politiques animés l'un vers l'autre de sentiments hostiles, avec un clergé — jésuites en particulier — bien décidé à reconquérir toute leur autorité passée, un corps d'officiers imbu des pires idées féodales et, bien décidé, lui aussi, sauf en quelques cas comme celui de Yagüe, à les faire prévaloir par tous les moyens, une police qui tourne aux bourreaux de torture et cela sans le moindre contrôle effectif, un corps de mercenaires italiens dont les excès ont fini par révolter les Espagnols déjà enclins à la xénophobie et l'occupation allemande qui ne tend rien moins que transformer la péninsule ibérique en véritable colonie saxonne, au mépris souvent de la propriété individuelle.



franquiste militaire badajoz boucher espagne guerre civile
JUAN YAGÜE Y BLANCO
MINISTRE DE L'AIR AOÛT 1939



Si on ajoute à cela le coût de la vie qui a largement doublé depuis trois mois, le manque de fournitures premières pour ce qui n'est pas industries de guerre, les charges fiscales de plus en plus écrasantes qui pèsent sur la population civile, on comprend pourquoi la garde qui veille sur le repos du général factieux, réfugié en son château de Pedroilla, à quelques kilomètres de Saragosse, et où il se trouve plus en sûreté qu'à Burgos, a été doublée depuis quelque temps et renforcée par des troupes de cavalerie depuis trois jours.



CHÂTEAU DE PEDROLA ZARAGOZA ESPAGNE



On comprendra surtout le malaise qui pèse de plus en plus visiblement sur les cités et les campagnes ; les rancœurs et le mécontentement qui se font jour dans les conversations avec la population civile quand elles ont lieu librement, sans témoins.



On comprendra avant tout l'obstination magnifiquement farouche de la lutte des républicains, préférant la mort à un tel régime de contrainte et d'asservissement total, mais qui savent surtout que ce n'est pas avec les armes seules et l'appui de l'étranger que Franco peut totalement s'emparer du pouvoir, mais qu'il lui faut aussi l'assentiment d'un peuple, assentiment qui plus tôt que ne le croient nos fascistes aux superficielles visions de la chose espagnole, va lui faire défaut, car la lutte tragique qui se déroule depuis deux ans en Espagne nous réserve bien des surprises encore."



A suivre...




(Source : http://www.losfugadosdeezkaba1938.com/ et Ezkaba. 1938-2018 (navarra.es))




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jeudi 9 novembre 2023

LES RÉVOLTÉS DE LA PRISON D'EZKABA EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN MAI 1938 (deuxième partie)

LES RÉVOLTÉS DE LA PRISON D'EZKABA EN MAI 1938.


Pendant la Guerre Civile d'Espagne, le 22 mai 1938, 795 prisonniers s'évadent de la prison d'Ezkaba, en Navarre.


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PRISON D'EZKABA EN NAVARRE

Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Ce Soir, dans plusieurs éditions, sous la plume de 

Stéphane Manier :



  • le 28 mai 1938.

"Les révoltés de San Cristobal.

De notre envoyé spécial Stéphane Manier.

Hendaye, 27 mai (par téléphone). 



Les révoltés de San Cristobal seraient dans le col de Velate, versant espagnol des Pyrénées, au-delà de Sare (France).


Cernés par les troupes franquistes, mais organisés en formation de combat avec arrière-garde, ils livreraient bataille à ceux qui les traquent.


Leur nombre serait de 1 000 à 1 200, tous phalangistes. Ils ne se considéreraient pas comme des évadés, mais comme des combattante ayant participé à un coup de force encore inachevé.



La prison de San Cristobal est une énorme forteresse ceinte de murs épais qu'il n'est pas facile de franchir sans complicités extérieures.



Dimanche, 200 civils sont venus libérer les phalangistes prisonniers et leur apporter des armes, selon un plan concerté, de coup de force ou de coup d'Etat, organisé par la Phalange contre le "traître" Franco. C'est en effet par le mot traître que les phalangistes qualifient maintenant le chef de la rébellion. Le commandant du fort aurait été l'un des artisans de ce complot.



L'objectif assigné aux prisonniers de San Cristobal était la prise de Pampelune ; San Sébastian, Bilbao et Santander devaient également par surprise tomber entre les mains de la Phalange.



Un jeune Espagnol, vêtu avec distinction, l'air fiévreux, très exalté, avait demandé mon adresse et est venu me trouver hier. Je l'ai, paraît-il, profondément blessé et j'ai avec lui atteint l'honneur de la phalange en parlant de "fugitifs".



Cet étrange interlocuteur s'est écrié :


"Nous ne sommes pas des fugitifs. Jamais. Les phalangistes de San Cristobal sont des héros de la vraie Espagne. Ils portent des noms illustres : ce sont les fils des plus grandes familles de notre pays. Il y à avec eux les meilleurs officiers, un colonel au nom célèbre.


Je ne peux pas tout vous dire, mais dimanche, un homme nous a trahis. Les troupes du "traître Franco" sont arrivées quand les phalangistes sortaient du fort. Mais les révoltés se sont emparés à temps des camions qui se trouvaient là. Ceux qui n'ont pas pu prendre place dans ces camions ont été massacrés. Parmi ces derniers, les deux cents civils qui étaient arrivés de Pampelune.


Croyez bien que les phalangistes n'ont nulle envie d'être traités de fuyards, ni de venir en France et moins encore d'aller à Barcelone. Si deux ou trois passent la frontière, personne ne pourra les voir, ni les gendarmes français, ni les carabiniers franquistes.


D'abord ceux de San Cristobal n'ont pas l'intention de se faire protéger par les autorités de Barcelone. S'il en est qui passent, vous appelez cela, en France, des agents de liaison. La Phalange engage un combat pour l'Espagne.


Les révoltés de San Cristobal, selon ce jeune homme, tiennent dans la montagne et s'ils franchissaient la frontière, c'est qu'ils auraient été vaincus par leurs poursuivants. Ils se feront, paraît-il, plutôt tuer sur place."



Je vous transmets ces déclarations faites en France par un jeune homme, frémissant et exalté, et dont le regard me toisa avec quelque insolence parce que je représentais un journal qui ne lui plaît pas.



Mais ce qu'il dit explique peut-être la disparition des révoltés de San Cristobal et sans doute pourquoi ils n'ont pas franchi la frontière



L'enquête officieuse, menée ces jours-ci, confirme d'ailleurs ces explications sur un point. Des escarmouches ont mis aux prises, dit-elle, les troupes franquistes et les phalangistes de San Cristobal dans la région de Velate. Les phalangistes disposeraient d'environ huit cents fusils ; ils sont mystérieusement ravitaillés."




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LIVRE LOS FUGADOS DEL FUERTE DE EZKABA


  • le 29 mai 1938 :

"Les révoltés de San Cristobal demeurent dans la montagne où ils sont cernés.

De notre envoyé spécial Stéphane Manier.

Saint-Jean-de-Luz, 28 mai (par téléphone). 



— La révolte de San Cristobal date déjà d'une semaine et le versant espagnol des Pyrénées garde toujours son secret.



Le froid s'est emparé des cimes. Voici que la neige, depuis deux nuits, les blanchit. Sur les Aldudes, un orage de montagne a brisé les câbles du téléphone. Et la région des massifs sans route, à 1 500 mètres d'altitude, où l'on suppose que sont réfugiés les révoltés de San Cristobal, est en proie aux cruelles avalanches d'un hiver revenu.



Cependant, en dépit du silence inexpliqué sinon inexplicable, la police et l'administration françaises demeurent en état d'alerte.



Le sous-préfet de Bayonne, M. Daguerre, et M. Ceugnart, commissaire spécial d'Hendaye, restent de jour et de nuit à l'écoute.



Les services d'ordre qu'ils dirigent sont maintenus entre Saint-Jean-Pied-de-Port et Urepel.



Dans la nuit froide et ténébreuse, où l'on devine la présence menaçante des sommets, gardes mobiles, gendarmes et policiers continuent d'explorer la frontière, projecteurs au poing.


— Les révoltés de San Cristobal sont-ils encore dans cette région ?



Tout se passe comme s'ils espéraient ou attendaient des événements qui les délivreront de leurs souffrances.



Armés — et personne en Espagne rebelle ne nie qu'ils le soient — ils pourraient aisément surprendre les patrouilles franquistes qui les cernent ou croient les cerner dans le col de Velate.



Dix ou quinze kilomètres les séparent seulement de la France, et c'est une distance facilement franchie. Leur mutisme, évidemment, donne lieu à des méprises. Il suffit qu'un Basque de Sare dise par exemple : "On en attend 300" pour qu'à 80 kilomètres plus loin, à Saint-Jean-Pied-de-Port, par exemple, chacun répète "300 évadés ont franchi la frontière".



C'est ainsi qu'il se produisit, hier encore, une fausse alerte. L'un des révoltés de San Cristobal, affirmait-on, était interrogé depuis le matin par les gendarmes de Saint-Jean-Pied-de-Port. Emoi à la sous-préfecture ; émoi au commissariat spécial. Les ordres donnés : "Amener les évadés à Hendaye dans des cars, immédiatement" n'auraient-ils pas été respectés ?



L'évadé était simplement un déserteur de l'armée franquiste, un Basque d'Espagne, mobilisé malgré lui, et utilisé à la garde de la frontière. Il grelottait de fièvre dans son uniforme kaki. La peur des hommes, des villes, des chefs, l'avait tenu caché dans les rochers au bord de la Nive, depuis plusieurs jours.



Mais la faim le tuait. En tremblant, il se livrait aux gendarmes français. Devant la miche de pain au pâté et le vin qu'on lui apportait il eut une crise de sanglots. Il avait, dans sa misère, désespéré de la bonté de ses semblables.



L'arrivée d'un déserteur franquiste est chose fréquente au pays basque. L'état-major général de Franco a dû, il y a quelques mois, supprimer des dépôts de troupes à moins de 100 kilomètres de la frontière française. Les déserteurs fuyaient par groupes de 5 ou 6 vers les douceurs du versant français. Le bataillon se démantelait. Au risque de leur vie, les hommes passaient, car en montagne, où la frontière est une ligne hypothétique, les douaniers rebelles ont l'ordre de tirer à vue même du côté de la France, sur tout soldat en fuite.



Le fugitif n'était donc pas l'un des révoltés de San Cristobal et le mystère se reformait. Le sort des évadés préoccupe la région de Biarritz, et plus particulièrement les colonies espagnoles qui ont pris résidence aux environs. Ce sont là, soit des familles d'officiers franquistes, soit des phalangistes plus ou moins exilés, soit des réfugiés civils ou militaires. Les langues se délient donc, ne serait-ce que pour tuer le temps ; on va aux nouvelles. La curiosité est à vif quand il s'agit de son pays. L'imagination est très grande aussi. D'où la nécessité d'éliminer bien des informations et de ne retenir que les plus persistantes, celles que la répétition en divers lieux finit par accréditer et confirmer.



De ce que j'ai pu entendre et recueillir, il reste ceci :

La révolte de San Cristobal n'est pas un fait isolé ; elle n'a pu se produire qu'en vertu d'une action concertée.



La censure italo-franquiste (les Italiens surveillent tout en Espagne rebelle) ne laisse plus passer de nouvelles sur Saragosse. Naturellement, des bruits courent, incontrôlés encore, d'une révolte à Saragosse, analogue à celle de Pampelune.



Ces bruits peuvent justifier l'attente, dans une retraite ignorée, des révoltés de San Cristobal.



Sous cet angle, leur évasion apparaît comme la préface tragique d'événements proches. Elle suffit à révéler la haine qui oppose les alliés d'hier, mais il est d'autres signes de ce désarroi. Le chef des phalangistes de Pampelune, M. Moreno, un hôtelier, a été, il y a deux mois, jeté dans une cellule de San Cristobal. Cette mesure ayant provoqué des troubles graves (on ne donne pas le nombre des morts dans les rues), M. Moreno a été remis en liberté. D'autres phalangistes, moins populaires, lui ont succédé dans le fort humide de San Cristobal, après le discours du général Yague qui dénonça l'insolence des intrus italiens et rendit hommage à l'héroïsme des soldats républicains."



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JUAN YAGUE Y BLANCO 1938



A suivre...




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lundi 9 octobre 2023

LES RÉVOLTÉS DE LA PRISON D'EZKABA EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN MAI 1938 (première partie)

LES RÉVOLTÉS DE LA PRISON D'EZKABA EN MAI 1938.


Pendant la Guerre Civile d'Espagne, le 22 mai 1938, 795 prisonniers s'évadent de la prison d'Ezkaba, en Navarre.



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PRISON D EZKABA EN NAVARRE

Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Ce Soir, dans plusieurs éditions, sous la plume de 

Stéphane Manier :



  • le 26 mai 1938 :



"Les révoltés de San Cristobal avancent vers la frontière.

De notre envoyé spécial Stéphane Manier.

Bayonne, 25 mai (par téléphone).


— Tous les échos qui franchissent la frontière ou descendent de la Bidassoa confirment la révolte déjà légendaire des prisonniers de San Cristobal.

— Combien-étaient-ils ?

— Quinze cents ! m'affirme ce matin un commerçant du pays basque qui, pour des raisons de négoce, franchit chaque jour la frontière par Hendaye.



La révolte chez Franco.


Ce qui d'ailleurs certifie l'événement c'est qu'il est un événement attendu depuis des mois par les gens renseignés et qui met à jour, qui manifeste l'état d'esprit qui règne chez les rebelles. 


— A Saint-Sébastien, me dit le témoin, il ne se passe pas de jours où éclatent des rixes entre phalangistes et franquistes, entre patriotes espagnols de toutes couleurs et partisans de l'invasion étrangère.



Ce sont d'ailleurs des phalangistes, des nationalistes basques el des républicains espagnols détenus ensemble dans la prison de Pampelune qui se sont révoltés, aidés de l'extérieur, après une minutieuse préparation, par un assaut des montagnards basques. 



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PRISONNIERS AU FORT SAN CRISTOBAL 
EZKABA NAVARRE



Ces rixes, vues par les Français de passage à Saint-Sébastien, ville cosmopolite, n'expriment qu'un des aspects les moins développés, des colères qui s'organisent partout où le terrain le permet du côté des rebelles contre Franco. En pays basque particulièrement, les adversaires irréconciliables hier se retrouvent pour protester et même défendre l'Espagne contre l'invasion italienne et allemande. 



Tels sont les premiers renseignements que l'on recueille très vite à l'écoute de la frontière entre Saint-Jean-de-Pied-de-Port et Hendaye.



L'attente des évadés du côté français est anxieuse. L'un de ces derniers est passé à Urepel et non à Saint-Jean-de-Pied-de-Port comme on l'a dit tout d'abord. Puis il a disparu dans la montagne. Il a pu traverser la chaîne des Pyrénées et les forêts avant le resserrement du service d'ordre des gardes frontières franquistes. Depuis, tous les cinquante mètres, de Canfranc à Hendaye, un soldat rebelle veille l'arme au pied, mais les paysans casques connaissent mieux que les franquistes les secrets des Pyrénées et cela depuis des siècles. Aussi pense-t-on que s'ils le veulent, un certain nombre tout au moins de révoltés pourra rejoindre la France.



Policiers, gendarmes et gardes mobiles français sont, depuis cette nuit, alertés et une vaste enquête est lancée sous la direction du commissariat central d'Hendaye. Il semble, en outre, à peu près certain que sur 1 500 révoltés, 1 100 "tiennent" la montagne près de notre frontière, ce qui représente une certaine force armée difficile à atteindre dans la guérilla.



Ils sont ravitaillés en munitions par leurs compatriotes des montagnes. Leur entrée en France reste toujours possible d'un moment à l'autre par petits paquets. Mais il est évident que les franquistes vont s'efforcer d'encercler les prisonniers de San Cristobal pour les empêcher de venir en France où ils apporteraient la vérité sur le tragique climat qui amoncelle des orages au-dessus du camp des rebelles.


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LIVRE LOS FUGADOS DEL FUERTE DE EZKABA


  • le 27 mai 1938 :

"La tragique odyssée des révoltés de San Cristobal.

Jour et nuit, on épie les mystérieuses profondeurs de la forêt et de la montagne mais les fugitifs restent introuvables.

De notre envoyé spécial permanent Stéphane Manier.



Saint-Jean-Pied-de-Port, 26 mai (par téléphone). 


— Une fois encore les monts pyrénéens se sont dégagés des ombres nocturnes sans révéler la présence des révoltés de San Cristobal. Du moins sur le versant français. Gendarmes et gardes mobiles de France, à Saint-Jean-Pied-de-Port ou à Saint-Etienne-de-Baïgorry, ont dû modérer une activité qui s'avère pour l'instant épuisante et vaine.



Les révoltés de San Cristobal ne pourraient atteindre notre pays républicain, terre de salut, ni par une route, ni par un poste de douane, pas même par un sentier de mulets, sans risquer d'être vus, puis cernés et massacrés.



Sans doute s'efforcent-ils de tromper la surveillance pour passer par des issues imprévisibles, le long d'une frontière compliquée et pittoresque de montagnes.



La montagne, interrogée, ne répond pas à notre voix. La forêt, qui couvre gorges et ravins, garde son secret. Dans son silence insidieux, le chant des oiseaux perd son charme pour n'exprimer soudain que la cruelle ironie d'une paix perfide, d'une fausse paix.



L'insécurité se fait épouvante et l'incertitude laisse toute la place à l'imagination vagabonde. Aussi, beaucoup de bruits difficiles à contrôler circulent-ils de bouche à oreille et, d'interprétation en interprétation, prennent finalement, dans les grands centres, un ton affirmatif qu'ils n'avaient pas au début.



On se prend donc à douter des témoignages les plus fervents, les plus convaincus.



La révolte de San Cristobal est évidemment plusieurs fois confirmée par des faits : renforcement des effectifs de carabiniers rebelles, battues, recherches du côté espagnol, état d'alerte de la police française après renseignements pris. Sur cet événement, pas de doute possible.



1 500 prisonniers se sont mutinés, ont emporté 300 fusils. 400 évadés ont été repris et 100 de ceux-ci ont été immédiatement fusillés. Révolte, poursuite, voilà où nous en sommes. Quant à la réapparition des fugitifs ou à leur salut, nous n'avons encore rien de précis.



L'un des révoltés a-t-il vraiment réussi à venir en France par Valcarlos et Saint-Jean-Pied-de-Port ? Son aspect, décrit par un pêcheur de la Nive, rivière qui prend sa source dans les monts proches, est-il celui d'un prisonnier ou d'un déserteur franquiste ? Nul ne le sait vraiment.



Le bruit selon lequel ce matin trois des fugitifs auraient été arrêtés dans un village espagnol près de Burguette, n'est pas non plus confirmé.



Des gardes rebelles sont interrogés par les gardes français d'un poste à l'autre sous la forme cocasse de gens exerçant le même métier :

— Alors, vous les avez trouvés ?

— Si.

— Sans blague. Et où ?

— On les cerne dans les massifs du mont Ahadi.



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ITINERAIRE DES FUGITIFS DE LA PRISON D EZKABA EN NAVARRE



C'est là la réponse qui pourrait paraître catégorique. En fait, les gardes de la frontière — je veux dire les gardes franquistes — ne sont pas forcément tous renseignés. Les évadés de la prison de Pampelune sont encore 1 100. Mille cent hommes sont cachés depuis trois jours. Ils vont peut-être surgir une nuit des collines vertes d'Urepel ou d'ailleurs.



Eux seuls connaissent le chemin qu'ils ont décidé de suivre.



Dans les dolents villages des frontières, rien depuis trois nuits n'a frappé les oreilles exercées à ausculter les grands silences. Rien, pas un coup de fusil. Les regards des montagnards, dressés par les siècles à percer l'ombre des futaies et la clarté verte des ravins, n'ont vu bouger aucune ombre vivante.



La tragique odyssée des prisonniers de San Cristobal les obsède. Le massif du mont Ahadi n'est coupé d'aucun chemin, certes. Mais les battues peuvent découvrir ceux qui fuient.



Auraient-ils été déjà massacrés ? Les journaux de l'Espagne rebelle n'ont publié aucun récit de la révolte. Par conséquent, pour ne pas avouer la décomposition intérieure du camp rebelle, ne publieront-ils pas non plus les détails d'un affreux massacre ?



L'attente se fait donc tourment. Si les révoltés de San Cristobal ont pris le chemin le plus court, ils devraient au plus tard passer la frontière dans la nuit prochaine. Mais s'ils sont parvenus à traverser dès le premier jour la route du col Ibañeta, peut-être se cachent-ils dans la grande forêt Iraty, qui a plus de 100 kilomètres. Dans ce cas, ils auraient décidé de rejoindre les grands sommets blancs et ils auront à vaincre la montagne, ses dangers, ses rafales de neige.



Leurs intentions, je l'ai dit, sont ignorées ici comme elles sont ignorées de l'autre côté de la frontière. S'il est vrai que les évadés ont été aidés et guidés par des paysans basques et que leur départ a été minutieusement préparé, il est possible qu'un refuge leur ait été ménagé en Espagne même.



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PRISONNIERS A ESKABA EN NAVARRE


Toutefois, à Saint-Jean-Pied-de-Port, comme à Saint-Etienne-de-Baïgorry, on attend encore, et des mesures sont prises pour emmener les évadés qui passeraient la frontière directement à Hendaye, où on leur demanderait de choisir, selon la formule habituelle, entre Franco et Barcelone."



A suivre...



(Source : Ezkaba. 1938-2018 (navarra.es))





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