Avant la Poterie de Ciboure, société officiellement fondée en 1922, il a existé, au 18ème siècle, dans cette commune du Labourd une fabrique de porcelaine.
PLAN RADE ST-JEAN-DE-LUZ CIBOURE 1795 PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici ce que rapporta à ce sujet Ernest Labadie, dans Notes et documents sur quelques
faïenceries et porcelaineries de la Gascogne au XVIIIe siècle :
Je n'ai différé, Monsieur, de répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 11 novembre au sujet de la découverte qu'a faite dans ses terres le sieur de Soubelette, gentilhomme du pays de Labour, d'une quantité de kaolin et de petunzé suffisante, dit-il, pour approvisionner toutes les fabriques de porcelaine du Royaume, que parce que je désirerois être plus particulièrement instruit de l'utilité dont cette découverte pourrait être à la Manufacture de porcelaine de France. Il n'est pas douteux que cette espèce de terre et de pierre connue sous le nom de kaolin et du pétunzé, constitue une des matières premières de la fabrication de la véritable porcelaine dure.
Je suis informé aussi qu'après plusieurs recherches pour s'en procurer dans l'intérieur du Royaume, on y est enfin parvenu ; les essais et les expériences qui s'en sont suivis ayant eu le succès désiré. Sa Majesté s'est déterminée à faire acquisition pour son compte dans le Limousin, d'un terrain qui en fournit abondamment pour les travaux de sa Manufacture.
A l'égard de la qualité du ce kaolin et pétuntzé, proposes par le sieur do Soubelette, je ne puis qu'en référer à ce qui a été mande par M. Bertin, sur les résultats des essais qu'il avoit fait faire. Mais pour ce qui le concerne les instructions demandées ultérieurement, je ne suis pas surpris du silence de ce Ministre, il n'auroit pu répondre d'une manière satisfaisante sans compromettre les secrets de la fabrication de la porcelaine de France et à son détriment, ce qui ne peut se faire dans aucun cas sous quelques considérations et spéculations que ce puisse être.
Si le sieur de Soubelette avoit sa manufacture montée et en activité d'après des procédés certains et invariables il n'en aideroit sûrement pas d'autres entrepreneurs qui seroient dans l'intention d'en élever de pareilles à la sienne. Il ne le feroit même probablement pas pour la Manufacture du Roi sans rétribution ou indemnité quelconque.
Cette dernière, d'ailleurs, a un privilège exclusif pour les décorations, richesses et peintures en or de la porcelaine, les autres sont limitées dans leur fabrication. Depuis quelques années cependant elles sont sorties de leurs limites, c'est pourquoi le gouvernement s'occupe dans ce moment-ci de nouveaux arrangements convenables aux circonstances, et, à mon égard, en pareille position, le moment n'en seroit pas favorable pour me prêter à des établissements de nouvelles Manufactures de porcelaines que je ne puis envisager que comme ruineux pour tous propriétaires, entrepreneurs ou intéressés.
Comme cependant, Monsieur, rien n'est à négliger pour la progression d'une branche de commerce que Sa Majesté a eu en vue lors de l'établissement de la Manufacture de ses porcelaines, et comme je désire d'ailleurs opérer d'après ses vues dans la Régie et Administration qui m'en est confiée, j'ai cru sur votre observation apercevoir qu'il pourroit être intéressant, vu les facilités pour les communications de la ville de Bordeaux avec l'Espagne, d'y établir un dépôt de porcelaines de la fabrication de celle de France, qui en faciliteroit l'exportation dans cette cour étrangère. Si, après avoir examiné plus particulièrement ce que l'on en doit espérer, vous y trouviés effectivement un avantage réel pour les débouchés et pour augmenter d'autant plus cette branche de commerce, je vous serais sensiblement obligé de concourir avec moi pour établir ce dépôt avec solidité et œconomie.
J'ai l'honneur d'être avec un très sincère attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
M. Dangevilles, Directeur des bâtiments du Roy, à Paris.
J'ai reçu, M..., la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 20 du mois dernier au sujet des matières de kaolin et de petuntzé dont le sieur de Soubelette, gentilhomme du pays de Labour a fait la découverte dans ses terres et qui lui ont inspiré le projet d'y établir une manufacture de porcelaine, J'aurois principalement désiré, M..., de connoitre avec un détail suffisant le résultat de l'essai qui a été fait à la Manufacture Royale sur des échantillons que j'avois adressés à M. Bertin ; cette connoissance auroit régie le degré de confiance que le sieur de Soubelette peut donner à son entreprise. Il est certain que si elle réussissoit, cela feroit naître une branche de commerce avec l'Espagne en se bornant aux ouvrages communs qui sont à la portée de la multitude des consommateurs, autrement les ouvrages précieux tels que ceux de la Manufacture Royale ne trouveroient pour ainsi dire point d'acheteurs, et c'est la raison pour laquelle je crois qu'il seroit inutile et même dispendieux d'en former un magasin à Bordeaux.
Quoique j'aye eu, Monsieur, par ma dernière lettre, l'honneur de vous marquer que je ne croyois pas pouvoir, sans préjudice pour les intérêts de la Manufacture de porcelaine de France, donner les instructions demandées par M. de Soubelette, je ne me crois point tenu à la même réserve relativement aux essays de la terre qu'il a découverte et qui fut envoyée à M. Bertin, au commencement de 1780. Par les renseignements que j'ai pris sur cet objet, je crois qu'il en fut fait des essays qui furent envoyés à M. le Ministre avec une note d'observation qui marquoit l'avantage qu'on pouvoit retirer d'une pareille terre, et en même temps le doute où l'on étoit qu'on put en trouver d'absolument pareille on grande quantité dans la minière. Elle paroissoit avoir été triée et choisie exprès. Je suis étonné que ces essays et ces observations ne vous soyent pas parvenus par l'entremise de M. Bertin, Au reste, comme le Directeur de la Manufacture de Sèvres s'est trouvé avoir encore de cette terre en quelque quantité, il est occupé en ce moment à en faire faire une tasse et une soucoupe qu'il me remettra avec ses observations, que je me ferai un plaisir de vous adresser.
J'ai l'honneur d'être très respectueusement et très véritablement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
J'ai reçu Monsieur, en dernier lieu une lettre par laquelle M. Dangivillers, Directeur général des bâtiments du Roi, me marque qu'on doit lui remettre incessamment un nouvel essai des échantillons de vos terres que j'avais fait passer à M. Bertin et qu'il me communiquera les observations que le Directeur de la Manufacture de Sèvres doit lui soumettre à ce sujet, mais on désire de sçavoir si on en trouveroit dans la minière une grande quantité qui fut absolument semblable à celle de ces échantillons qui ont paru triés et choisis avec soin. Je vous prie de me donner à cet égard des éclaircissements précis, ainsi que sur le prix auquel ces terres choisies et lavées pourroient être vendues à Paris. Celles de Saint-Yrieix employées à la manufacture du Roy n'y reviennent qu'à deux ou trois sols la livre, Je ne laisse pas de penser qu'il vous seroit plus avantageux de les mettre en œuvre sur les lieux en prenant les précautions nécessaires pour le succès.
Nous croyons qu'il eut été dommage de tronquer cette correspondance ou de n'en donner qu'une analyse. Les documents de ce genre sont excessivement rares, on n'en trouve que très peu dans nos archives publiques, même aux Archives nationales ou aux archives de la Haute-Vienne à Limoges. Les porcelainiers du XVIIIe siècle entouraient leur fabrication du plus grand mystère, ils avaient tous des secrets de métier et on vient de voir que la Manufacture de Sèvres ne communiquait à personne ses procédés. La plupart des papiers de nos porcelainiers ont été sans doute détruits, dans tous les cas ils n'ont pas été versés dans les dépôts publics.
C'est donc pour nous et pour nos lecteurs une bonne fortune d'avoir mis la main sur cette correspondance relative à la fabrique de Ciboure. Nous nous étonnons même qu'elle n'ait pas été publiée ou signalée plutôt, les écrivains céramistes en eussent certainement fait leur profit. Il est vrai qu'il n'est pas toujours facile de savoir ce que contiennent nos archives publiques. Beaucoup de fonds ne sont ni inventoriés ni même classés et, quant aux Inventaires sommaires publiés de certaines séries, ils ont été souvent dressés et rédigés d'une manière arbitraire et parfois même fantaisiste. Le rédacteur de ces inventaires a donné, plus ou moins d'étendue à l'analyse de certains cartons ou de certains portefeuilles, selon que le sujet l'intéressait ; plus ou moins. Ainsi, les vingt-quatre lettres que nous venons de publier et qui se trouvent dans le carton n° 1766 de la série C des archives départementales de la Gironde, ne sont même pas signalées dans l'Inventaire sommaire de cette série. C'est par hasard et en cherchant tout antre chose que nous les avons rencontrées. L'archiviste qui a inventorié ce carton ne s'intéressait pas tout simplement aux choses de la céramique. D'antres fois l'archiviste, selon ses opinions politiques et religieuses, mangera un peu de moine et de curé quand il en trouvera sous sa dent, mais aura bien soin de passer sous silence tout ce qu'il pourrait y avoir de fâcheux pour les protestants ou les israélites. Tous ces inventaires de nos archives publiques ne sont pas rédigés sur un programme uniforme et après un demi-siècle de travail et de dépenses et la publication de plusieurs centaines de gros volumes in-quarto à deux colonnes qui rendent, tels qu'ils sont, de très grands services, on vient de s'apercevoir, paraît-il, en haut lieu qu'on avait fait fausse route.
Cette correspondance relative à la porcelainerie du pays de Labourd a une valeur documentaire à plusieurs points de vue. D'abord elle nous fait connaître d'une manière certaine un gisement important de kaolin de première qualité qui aurait été découvert vers 1779 aux environs de Ciboure sur le domaine de M. Soubelette. Si les essais de fabrication de ce gentilhomme n'ont pas réussi et si la porcelainerie qu'il avait construite a été démolie à la suite de ces insuccès, le gisement de kaolin, qui est le sol, n'a pu disparaître comme les constructions de la fabrique et alors on se demande ce qu'il est devenu. Or, il n'en reste aucune trace et les recherches que nous avons fait faire n'ont amené aucun résultat. Etait-ce bien dans son propre fonds c'est-à-dire dans son domaine de Soubelette à Ciboure, que ce gentilhomme avait découvert cette carrière de kaolin ? Ne serait-ce pas plutôt ailleurs dans la région, à Louhossoa par exemple où la Manufacture de Sèvres s'est longtemps approvisionnée, ou à Espelette dont le gisement de kaolin était encore exploité à la fin du XIXe siècle par MM. Vieillard frères, les grands faïenciers bordelais ? Ce n'est que sur les lieux qu'on pourrait se livrer à une enquête sérieuse à ce sujet. Mais il peut se faire que M. de Soubelette ait tenu à dissimuler l'endroit exact où se trouvait ce gisement pour plusieurs raisons et surtout pour que l'Etat ne s'en emparât pas sous prétexte d'intérêt public. On a vu, en effet, par les lettres adressées à l'Intendant de Bordeaux par le Ministre Bertin, que les fonctionnaires de Sèvres s'intéressaient fort peu à la fabrication de porcelaine de M. Soubelette ; ce qu'ils voulaient savoir avant tout c'est si le gisement de kaolin était abondant et si cette argile était de bonne qualité, afin de pouvoir en faire l'acquisition dans de bonnes conditions. On a déjà vu comment, dans une circonstance pareille, ces fonctionnaires Cil avaient agi avec Vilaris, le pharmacien bordelais, au sujet du kaolin de Saint-Yrieix en Limousin, qu'ils eurent pour une bouchée de pain.
De plus, ces lettres nous montrent M. de Soubelette aux prises avec toutes les difficultés de la fabrication de la porcelaine et nous initient à certains procédés propres à cette industrie très spéciale dont il ne connaissait pas très bien l'application. Les gazettes ou cylindres en terre réfractaire dans lesquelles on enferme certaines pièces, comme les assiettes et les plats, et qui jouent un si grand rôle dans la cuisson des produits céramiques, étaient de mauvaise qualité et fondaient au four. Nous savons encore par sa correspondance combien de temps duraient ces fournées et quelle quantité de bois on y brûlait.
Mais ce qu'il y a peut être de plus intéressant dans cette série de documents, c'est l'altitude de la Manufacture de Sèvres qui nous montre bien tout ce qu'a de néfaste le monopole d'Etat. Les fonctionnaires de cette manufacture savaient bien les causes des insuccès de M. de Soubelette et avec un seul mot, peut-être, ils auraient pu l'aider et favoriser l'installation d'une industrie qui dans ce pays surtout, aux portes de l'Espagne, eût eu toutes chances de prospérité. Mais la Manufacture de Sèvres craignait toute concurrence, elle ne livrait pas ses secrets, elle ne les livre pas encore, aussi reste-t-elle en dehors de tout progrès et ses produits n'occupent plus le premier rang dans les Expositions.
M. de Soubelette dut renoncer à créer une porcelainerie à Ciboure, ses insuccès le découragèrent. Les quelques pièces présentables qui sont sorties en très petit nombre de ses fours n'ont pas été conservées et c'est pour cela que les produits de cette fabrique éphémère sont absolument inconnus."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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Avant la Poterie de Ciboure, société officiellement fondée en 1922, il a existé, au 18ème siècle, dans cette commune du Labourd une fabrique de porcelaine.
PLAN RADE ST-JEAN-DE-LUZ CIBOURE 1795 PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici ce que rapporta à ce sujet Ernest Labadie, dans Notes et documents sur quelques
faïenceries et porcelaineries de la Gascogne au XVIIIe siècle :
J'ai l'honneur, Monsieur de vous envoyer copie d'une lettre adressée à M. l'Intendant par M. Bertin, Ministre et Secrétaire d'Etal, concernant la qualité des terres dont M. de Soubelette fils a fait la découverte dans son fonds et qui sont propres à la fabrication de la porcelaine. Vous voudrez bien lui donner communication de cette lettre et vous concerter avec lui pour fournir à M. l'Intendant les éclaircissements que le ministre désire.
Monsieur, j'ai reçu la lettre que vous m'avez faite l'honneur de m'écrire le 5 avril dernier dans laquelle est incluse copie de la lettre que vous avez bien voulu écrire à M. de Bertin au sujet de notre fabrique de porcelaine.
Quoiqu'on n'ait rien négligé pour avoir au plus tôt le résultat d'une quatrième tentative, nous n'avons pu défourner que le neuf de ce mois. Nos ouvriers ayant demandé d'une terre blanche qui se trouve près la ville de Dax pour composer en partie les gazettes, mon père eut égard à leur prière ; il en fit venir, quoiqu'elle lui coûtât très cher. Les gazettes qu'on a faites ont assez bien résisté au grand feu de porcelaine qui a duré dix huit heures ; on a brûlé six cordes de bois, les gazettes du bas du four ayant fléchi, les sillès ont penché les unes sur les autres ; sur neuf cent pièces qu'on avait enfournées, il s'en est trouvé environ deux cent de gauchies. Mais le principal accident de cette fournée est une boursouflure dans beaucoup des pièces.
Nous avons fait choisir, Monsieur, avec le plus grand soin une écuelle et une tasse parmi les plus belles pièces, elles sont faites avec de la pâte dont le kaolin et le petunset ont été triés à la main. Il y avoit aussi quelques assietes dont le kaolin avoit été lavé. Nous avons remarqué que les pièces dont le kaolin étoit trié ou lavé n'avoint point de tâches. Pour que vous puissiez voir ce qu'on a fait de mieux encore dans notre fabrique, je doute qu'il y ait dans toute la fournée quarante pièces de la beauté des pièces qu'on a remises à votre adresse au courrier ordinaire de Bayonne à Bordeaux.
Comme il nous reste encore assez de marchandises pour deux fournées nous nous proposons de faire cuire de suite. J'aurai l'honneur de vous en apprendre les suites.
Si l'enfourneur manque encore ces deux prochaines fournées, mon père est décidé à tout surseoir. J'ignore, Monsieur, si un porte-huiler et une téijère de la troisième fournée vous sont parvenus.
Veuillez agréer mes remerciements de la bonté que vous ayez eu de faire éprouver notre kaolin et notre petunset à Sèvres.
Je suis avec respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
La petite boëte dont M. de Soubelette annonce l'envoi est arrivée, on a du devoir la garder sans l'ouvrir pour la remettre à M. l'Intendant à son retour.
(Autre écriture) :
Je répondrai plus en connaissance de cause lorsque j'aurai vu l'envoi que M. de Soubelette m'annonce. Il paroit par sa lettre qu'il y en auroit en un précédent dont je n'avois pas à ce qu'il me semble entendu parler.
M. Bertin et Messieurs de la Manufacture de Sèvres m'ont dit qu'ils n'avoient point vu d'aussi beau kaolin que celui dont je leur ai fait passer un échantillon. L'on comptoit bientôt mettre au four quelques pièces faites avec cette terre et l'on m'a promis de m'instruire de ce qui en arriveroit.
A M. de Montigny, de l'Académie des Sciences, Paris.
Permettez-moi de vous rappeler les essais qui devoient être faits à Sèvres de la terre du pays de Labour que j'avois adressée à M. Bertin et dont vous aviez conçu les meilleures espérances. Il est bien intéressant pour le gentilhomme qui a découvert cette terre dans son fonds, que je puisse lui marquer quel a été le résultat des expériences que je lui ai annoncées et vous me feriez grand plaisir de me mettre à portée de lui faire connoitre avec quelque détail sur quoi il pourra compter à cet égard.
J'ai l'honneur d'être avec un respectable...
PORTRAIT PRESUME DE NICOLAS DUPRE DE ST MAUR Par Auteur inconnu — Couverture du livre de Julien Vasquez intitulé Nicolas Dupré de Saint-Maur ou le dernier grand intendant de Guyenne, Bordeaux, éd. Fédération historique du Sud-Ouest, 2008, 393 p., ill. (ISBN 9782854080667), Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=83272905
— Je n'ai pu voir, M., qu'à mon retour, les quatre pièces de porcelaine que vous avez bien voulu m'envoyer, elles m'ont confirmé dans l'opinion que le ministre avoit lui même conçue de votre terre en m'assurant que cette matière avoit paru d'une qualité supérieure, mais vous auriez du attendre le résultat des essais qu'on en fait à Sa Manufacture de Sèvres.
Je crains que vos ouvriers n'ayent pas observé les procédés nécessaires, en effet, ces quatre pièces sont trop vitrifiées et n'ont pas la netteté et le poli dont elles étoient susceptibles. J'ai surtout beaucoup de regrets de voir qu'ils en ayent chargé une de dessus qui ont dû leur coûter du travail et augmenter la difficulté du succès. Le moins de dépense que vous pourrez y mettre dans le commencement c'est le mieux, il n'est question que de trouver le point de mélange et de cuisson, ensuite, après avoir réussi pour des ouvrages de peu de conséquence, vous pourrez entreprendre avec sûreté les objets d'une plus grande importance.
J'écris par ce courrier à Paris pour recevoir des nouvelles de l'expérience qu'on avoit commencée sur les échantillons de terre que vous m'aviez envoyés et je ne manquerai pas de vous faire part aussitôt qu'elles me seront parvenues.
Monsieur, j'ai appris que vous partez samedy pour Paris, je crois devoir vous faire part de ce qui s'est passé dans notre fabrique de porcelaine depuis que M. Valsambert a bien voulu vous en parler. Nous avons cuit deux fois ces porcelaines ; les gazettes qui avoient résisté ont cassé sans qu'on ait brûlé plus de bois que dans la précédente fournée, de neuf cent pièces on en sortit d'entières quatre cent, le reste étoit comme en morceaux avec les morceaux des gazettes.
Dans la dernière fournée nous avons eu s'il est possible moins de succès : de mille cinquante pièces, cent cinquante ont été mises en pièces en les défournant, et quoiqu'on ait tâché d'amaigrir la terre des gazettes autant qu'il a été possible, les deux tiers des gazettes ne peuvent plus servir. Je doute que sur neuf cents pièces qu'on a emmagasinées, qu'il y ait douze belles pièces, dans le nombre dès dernières se trouvaient trois cafetières très bien réussies.
Il reste à mon père pour environ une fournée de marchandises à cuire, il a un tonneau rempli de pâte. Il a voulu faire peindre quelques pièces par un peintre qui lui a été envoyé de Pontens, on n'a pas été content de ses couleurs.
Voila, Monsieur, où nous en sommes après plus d'un an de dépense. Quelle obligation ne vous aurois je pas si vous aviez la bonté de nous tracer la conduite que nous avons à suivre dans des circonstances aussi dispendieuses que rebutantes. Il seroit fâcheux de devoir abandonner un établissement naissant dans un pays où les ressources diminuent chaque jour.
Je suis avec respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
— Monsieur, j'avais informé M. Bertin par mes lettres du 15 janvier et du 15 avril dernier de la découverte que le sieur de Soubelette, gentilhomme du pays de Labour avoit faite dans son fonds d'une quantité si considérable de kaolin et de petuntzé qu'elle pourroit servir à alimenter toutes les fabriques de porcelaine du Royaume. En même temps j'avois fait remettre à son adresse deux boëtes de ces matières en lui rendant compte des mesures que le sieur Soubelette prenoit pour former lui-même à ses frais une manufacture ; mais ces mesures me paraissent imparfaites, c'est pourquoi je priois ce ministre de vouloir bien me procurer une instruction qui peut servir à assurer le succès d'une entreprise si utile pour le pays de Labour. M. Bertin me fit l'honneur de me marquer le 19 du même mois d'avril qu'il avoit fait examiner à la Manufacture du Roi les échantillons de kaolin et qu'ils avoient été trouvés d'excellente qualité, et quant à l'instruction que je désirois, qu'il l'avoit demandée au directeur de cette manufacture et qu'il me l'enverroit aussitôt qu'il l'auroit reçue.
Comme elle ne m'est pas encore parvenue, je crois devoir vous prier, Monsieur, de vouloir bien la faire demander de nouveau.
C'est véritablement intéressant d'éclairer et d'encourager le sieur de Soubelette. Sa fabrique naissante pourroit former dans la suite une branche d'industrie et de commerce d'autant plus importante, que le voisinage d'Espagne offre un débouché très facile et très avantageux de tous les ouvrages qu'on pourra y fabriquer avec quelque degré de perfection. Des essais ont été jusqu'à présent fort défectueux, et il est à craindre que le zèle de ce gentilhomme ne se ralentisse au point de tout abandonner, faute de pouvoir plus longtemps faire des dépenses considérables sans en retirer pour ainsi dire aucun fruit ; ces considérations m'ont engagé à vous prier de me mettre à portée de lui faire connaître les meilleurs procédés qu'il doit suivre pour réussir.
J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 11 de ce mois, au sujet d'une Manufacture de porcelaine que le sieur de la Soubelette, gentilhomme du Païs de Labourt, a établie dans ses terres, et pour la conduite de laquelle M. Bertin vous a annoncé une instruction rédigée par le Directeur de la Manufacture de Sèvres. L'administration de cette Manufacture a été réunie au département de M. le Comte d'Angevilles, et c'est à lui que vous devez vous adresser pour cet objet.
J'ai l'honneur d'être avec un très parfait attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
(Signé) : Necker.
JACQUES NECKER
A M. Dupré de St Maur, Intendant à Bordeaux."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
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Avant la Poterie de Ciboure, société officiellement fondée en 1922, il a existé, au 18ème siècle, dans cette commune du Labourd une fabrique de porcelaine.
PLAN RADE ST-JEAN-DE-LUZ CIBOURE 1795 PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici ce que rapporta à ce sujet Ernest Labadie, dans Notes et documents sur quelques
faïenceries et porcelaineries de la Gascogne au XVIIIe siècle :
Nous n'avons pas à apprendre aux lecteurs de la Revue de Gascogne ce qu'est la charmante petite ville de Ciboure assise aux pieds des Pyrénées, à l'embouchure de la Nivelle, en face de Saint-Jean-de-Luz qui est une des plus jolies plages de l'Océan et une des stations balnéaires du Sud-Ouest les plus fréquentées pendant la belle saison.
Ciboure faisait partie autrefois, avant la Révolution, du pays de Labourd dont Bayonne,Lapurdum, était la capitale. Cette petite ville appartient aujourd'hui au département, de Basses-Pyrénées, canton de Saint-Jean-de-Luz, et de capitale Bayonne est devenue un simple chef-lieu d'arrondissement, une sous-préfecture, par les hasards d'une nouvelle division territoriale arbitraire qui n'a pas toujours contribué à la prospérité ni au prestige de certaines de nos villes de France.
A la fin du XVIIIe siècle, un propriétaire des environs de Ciboure, M. de Soubelette, découvrit sur son domaine un gisement de kaolin. Il voulut installer une porcelainerie, fit construire des fours et procéda à des essais de fabrication. Mais ses débuts ne furent pas heureux. Lui ou les ouvriers qu'il employa ignoraient les procédés très délicats de ce genre de fabrication et il se mit en rapports avec l'Intendant de Bordeaux, auquel ressortissait alors le pays de Labourd, pour qu'il obtînt du Ministre que la Manufacture de Sèvres lui fît connaître les causes de ses insuccès. Il y eut à ce sujet un échange de correspondance de 1779 à 178I entre M. de Soubelette, l'Intendant de Bordeaux, Dupré de Saint-Maur et le ministre Bertin, dont les originaux ou les brouillons sont conservés dans l'ancien fonds de l'Intendance de Bordeaux. Cette correspondance est fort intéressante à plusieurs points de vue et nous croyons devoir la reproduire ici presque en entier.
"Monsieur, j'aurois pu plustot qu'aujourd'hui avoir l'honneur de vous faire part du résultat de notre première fournée de porcelaine mais j'ai crû qu'il étoit de mon devoir d'attandre que nous eussions pris un parti ce concernant pour vous en instruire aussitot.
Notre enfourneur fut obligé, après quinze heures de feu continu de le cesser, attendu que le mortier qui lioit les briques de dedans le four étant entré en fusion lui boucha l'intervalle des gazettes. On défourna le surlendemain avec la persuasion que la marchandise ne seroit point bien cuite, nous ne fumes pas peu continués dans cette idée voyant que presque toutes les gazettes s'étoient réunies. Quand on en ouvrit la première pile, on remarqua que le sable qu'on avoit mis sous les pièces de porcelaine ayant fondu les avoit collé avec les gazettes. Malgré toutes les précautions qu'on avait prises, on n'a pû sauver que très peu de pièces ; elles sont toutes transparentes et la pâte en dedans est très blanche et d'un très beau grain. On a fait bouillir de l'eau dans un pot à lait qu'on a rempli dans le moment du bouillonnement d'eau froide, il ne s'est ni fendu ni cassé.
Après avoir préalablement éprouvé de l'argile au grand feu, on en fait les gazettes en y mêlant du ciment, des vieilles gazettes et beaucoup de qua...olin ; on se propose de remplacer le sable par une composition qui ne fond pas au grand feu de porcelaine. On n'épargne aucune précaution pour pouvoir réussir dans la cuisson de la seconde fournée ; on nous la fait espérer pour le quinze de janvier prochain au plus tard. J'aurai l'honneur de vous en écrire le résultat dans le temps.
Il ne m'a pas été possible de me procurer un dictionnaire basque et françois, il n'y en a point dans le pays de Labourt. On m'a dit qu'il seroit possible d'en avoir un en Espagne, je l'y ai déjà demandé. Veuillez être persuadé que je serai toujours flatté de pouvoir vous rendre quelque service.
Je suis avec respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
— J'ai reçu Monsieur la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 23 de ce mois an sujet des inconvénients qu'on a éprouvés lors de la première fournée dont on a fait l'essai dans votre manufacture de porcelaine. J'en ai conféré avec le sieur Vilaris qui a dans ce genre des connoissances particulières. Il est d'avis que vous commenciez par faire calculer avec la dernière exactitude les dimensions de votre four et qu'après en avoir formé le plan vous fassiez en sorte d'y adopter et mouler les briques de manière qu'elles puissent y être enchâssées pour ainsi dire à pierre sèche, et qu'une simple eau de lait, faite avec le kaolin, puisse suffire pour en former les liaisons. Il ajoute que les gazettes doivent être faites avec le kaolin en n'y mêlant que le moins qu'il sera possible de terre glaise. Il faut que la terre glaise ne fermente point avec l'eau-forte. La blanche est ordinairement la meilleure et la plus réfractaire. Quant, au sable dont, vous serez obligé de faire usage, il faut qu'il soit pur et qu'il ne contienne point de spath fusible. Il observe enfin que la transparence de votre porcelaine peut provenir de ce qu'on y a mis dans la proportion trop de petuntzé. Si vous pouviez vous transporter à Limoges où il y à une fabrique de porcelaine qui réussit au mieux, vous y acquéreriez par la seule inspection des connoissances que vous ne pouvez autrement vous procurer qu'après plusieurs essais peut-être infructueux. J'ai l'honneur d'être très parfaitement..."
— Le sieur de Soubelette a trouvé dans son fonds situé au pays de Labour les deux espèces de terre qui sont nécessaires pour la porcelaine. Son intention est d'en établir une fabrique. Bien ne seroit plus utile que cet établissement sur la frontière d'Espagne, attendu qu'il n'y en a point de semblable dans ce Royaume avec lequel on ouvrira par ce moyen un nouveau genre de commerce, mais ce gentilhomme désire, Monsieur, de scavoir s'il est nécessaire qu'il obtienne à cet effet un arrêt du Conseil ou même des lettres patentes. Je vous prie de vouloir bien me le faire connoître.
Je vous observerai que le kaolin qu'on est dans le cas d'employer à cette fabrique est au moins aussi beau que celui de St-Yrieix et dans une telle abondance que le propriétaire en pourroit fournir à toute la France ; le peu d'éloignement de la rivière d'Adour en faciliteroit au besoin le transport.
"Monsieur. Conformément, à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, j'ai fait remettre au courrier ordinaire de Bayonne pour Bordeaux, deux boëtes, une contenant du kaolin et l'autre du petunset. Les deux premières ont été extraites dans notre fonds de Soubelette situé en Labourt.
J'ai, Monsieur, à vous remercier très particulièrement de la bonté que vous avez eû d'écrire au ministre au sujet de notre essai de porcelaine ; on n'épargne aucune espèce de dépense pour pouvoir réussir ; dans toute la semaine prochaine on cuira au grand feu de porcelaine les gazettes dans la formation desquels il n'entre que la quantité nécessaire d'argile pour lier le ciment et le kaolin qui les composent. On prend ce parti pour s'assurer de leur entière retraite, nous n'espérons pouvoir faire la seconde fournée que pour le quinze janvier prochain au plutôt.
Je suis avec respect, Monsieur, votre très humide et très obéissant serviteur.
J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez écrite au sujet de la découverte que le sieur de Soubelette a faite dans son terrein, d'un kaolin d'excellente qualité, et du projet qu'il a formé d'établir sur les lieux une manufacture de porcelaine qui auroit un débouché facile en Espagne. Vous pouvez, Monsieur, prévenir ce particulier qu'il n'a pas besoin d'arrêt ni de lettres patentes pour former cet établissement et que ce genre d'industrie est libre, en se conformant aux règlements et notamment à l'arrêt du Conseil du 15 février 1776, dont je vous envoye ci-joint un exemplaire. A t'égard du kaolin qu'ii a découvert, je vous prie de m'en adresser une boëte d'une vingtaine de livres pour que j'en fasse examiner la qualité afin de m'assurer des avantages que l'on pourroit tirer de cette découverte.
Je vous invite, Monsieur, à procurer à l'établissement projeté par le sieur de Soubelette les facilités qui dépendront de vous et de lui accorder tout l'appui que paroit mériter une entreprise qui procure à votre Généralité un nouveau genre d'industrie et de commerce avec l'étranger.
Je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
— Monsieur, En conséquence de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 6 de ce mois, j'ai informé le sieur de Soubelette qu'il n'a besoin ni d'arrêt du Conseil ni de lettres patentes pour la fabrique de porcelaine qu'il est dans l'intention de former dans le pays de Labour où il y aura l'avantage d'un débouché prompt et facile pour l'Espagne, et je ne négligerais rien pour contribuer en ce qui dépend de moi, au succès d'un établissement qui peut devenir très utile à cette partie de ma Généralité. Vous désirez, Monsieur, un échantillon de la terre qu'il a découverte dans son fonds et qu'il destine à cet usage ; j'en fais remettre au carrosse public deux boëtes à votre addresse, l'une contient le kaolin et l'autre le petuntzé. J'ai lieu de croire que ces terres vous paroitront d'une qualité supérieure et je crois devoir vous rappeler qu'elles sont très abondantes dans ce lieu.
Je suis avec respect."
PORTRAIT PRESUME DE NICOLAS DUPRE DE ST MAUR Par Auteur inconnu — Couverture du livre de Julien Vasquez intitulé Nicolas Dupré de Saint-Maur ou le dernier grand intendant de Guyenne, Bordeaux, éd. Fédération historique du Sud-Ouest, 2008, 393 p., ill. (ISBN 9782854080667), Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=83272905
— M. Bertin m'a marqué, Monsieur, par la lettre du 6 de ce mois, que vous n'avez besoin ni d'arrêt du Conseil, ni de lettres patentes pour l'établissement de votre fabrique de porcelaine et que ce genre d'industrie est libre à tous ceux qui veulent le faire valoir. Ce ministre témoigne en même temps un grand désir de voir réussir votre entreprise comme devant être très utile, attendu la facilité du débouché pour l'Espagne. Je lui fais passer les échantillons que vous m'aviez adressés du kaolin et du petuntzé, je ne doute pas qu'il n'en soit très satisfait.
J'ai l'honneur d'être avec un sincère attachement...
Monsieur, Vous avez sans doute trouvé que j'ai laissé écouler un temps considérable sans avoir l'honneur de vous informer du résultat de nos essais en porcelaine ; l'espoir d'une réussite toujours prochaine a seul causé mon silence.
Il y a deux mois qu'on a cuit la seconde fournée ; les gazettes avaient résisté presque toutes au grand feu de porcelaine, elles ne furent ni fondues, ni collées les unes avec les autres. On sépara la marchandise des rondeaux sans accident, on n'abandonna le feu qu'après 27 heures, on brulla une corde et demie de bois. En défournant, on remarqua trois choses, que le corps de la pâte avoit de petites tâches noires, que la porcelaine n'étoit pas bien cuite, et que la couverte ne s'étoit pas bien étendue ; l'enfourneur atribua ce triple accident au bois qui n'étoit pas assez sec.
Pour la troisième fournée, on a renouvellé les gazettes qui manquoient, qu'on a composées de ciment des vieilles gazettes et de kaolin, n'employant que la quantité nécessaire d'argile pour lier ces deux matières. On a employé le moyen aussi pénible que dispendieux de faire sceller le bois dans le four de porcelaine en le faisant rougir d'avance ; on a même trié le kaolin et le petuntsé d'une pièce seulement, pour voir s'il seroit possible d'avoir un corps de pâte molle. Cette pièce s'est trouvée sans tâche ; le feu de cette dernière fournée a duré 20 heures, on a brûlé 6 cordes de bois ; il en a résulté beaucoup de braise, le feu a beaucoup plus monté que dans les deux fournées précédentes et nous a paru beaucoup plus fort Malgré cela la porcelaine n'est pas plus cuite, elle a autant de taches qu'avant, la couverte est tout aussi peu étendue et une grande quantité des gazettes a cassé, ce qui a procuré un domage considérable, presque rebuté pour un dernier effort. On va faire trier tout le kaolin et tout le petunset de la couverte ; dans le temps j'aurai l'honneur de vous en écrire.
J'ai remis, Monsieur, à votre adresse, au courrier ordinaire de Bayonne, un porte huilier et une téijère ; le porte huilier, pièce qu'on vous destinait, est la seule dont la pâte a été triée, elle avait été enfournée avec le plus grand soint, mais elle a gauchi et n'est pas cuite ainsi que la teijere ; elles ne méritent pas de vous être offertes. Je ne vous les envoie que (pour) vous mettre en même de pouvoir comparer la pâte triée d'avec celle qui ne l'a pas été.
Je suis avec respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
(Signé) : De Soubelette fils, Cibourre, 18 mars 1780.
Monsieur, Le sieur de Soubelette n'a pas été heureux dans les trois essais qu'il a faits pour la fabrication de la porcelaine à Ciboure en Labour. Quelques inconvénients n'ont pas permis de conduire le premier à son terme, à l'égard des deux derniers, vous verrez par la copie que j'ai l'honneur de vous envoïer et la lettre que ce gentilhomme m'a écrite, que quoique les matières aient été exposées à un feu violent et continu de 27 heures dans l'une de ces expériences et de 20 heures dans l'autre : on n'a pu néanmoins obtenir de la porcelaine bien cuite. La couverte ne s'est pas d'ailleurs suffisamment étendue et s'il s'est trouvé dans le corps de la pâte des petites tâches noires ; il ne faut pas chercher dans la nature du kaolin et du petuntzé le principe de de ces imperfections, puisqu'il est vrai qu'ils sont supérieurs à ceux qui ont paru jusqu'ici et que cela est constaté suivant ce que vous m'avez fait l'honneur de me dire, par l'épreuve à laquelle ils ont été soumis par vos ordres à la Manufacture de Sèvres, elles ne peuvent donc avoir d'autre cause que quelque vice qui se sera glissé soit dans la formation des gazettes ou dans la construction du four qui n'a peut être pas dans ses proportions toute l'exactitude nécessaire, soit dans les autres procédés que l'on a emploiés pour traiter ces matières, d'autant que les ouvriers qui ont opéré peuvent n'avoir pas toute la capacité et l'expérience requises. Comme il est question ici d'introduire dans un canton de ma Généralité une nouvelle branche de commerce très intéressante dont vous avez déjà reconnu l'avantage, je vous prierai, Monsieur, de donner des ordres pour vous faire remettre un mémoire explicatif et fidèle des divers détails que comprend la méthode qui se pratiquera la Manufacture du Sèvres. Je le communiquerai, si vous voulez bien me l'adresser, au sieur de Soubelette afin qu'il puisse en faire usage dans les nouveaux essais qu'il sera dans le cas de faire. Il n'est pas possible de douter qu'avec ce secours il ne parvienne à se procurer de très belle porcelaine.
— Je vois avec peine, Monsieur, par votre lettre du 18 du mois dernier, le peu de succès des deux dernières expériences que vous avez faites dans votre fabrique de porcelaine. Il ne faut sans doute en attribuer la cause qu'à quelque défaut dans les procédés qu'ont emploiés vos ouvriers pour traiter les matières, car il n'est pas possible d'en suspecter la qualité. M. Bertin à qui j'en avais fait passer les échantillons qu'il a communiqués au directeur de la manufacture de Sèvres m'a dit dernièrement qu'on en conçoit les plus belles espérances.
Je viens de lui demander tout à l'heure par lettre dont je fais joindre ici copie un mémoire détaillé sur la méthode qui se pratique dans cette fabrique. Je vous le communiquerai des que je l'aurai reçu pour que vous puissiez en tirer l'avantage qu'il pourra présenter ; ainsi je crois que vous ferez bien de suspendre jusque là le nouvel essai que vous vous proposez de faire.
J'ai fait examiner, Monsieur, à la Manufacture du Roi les échantillons de kaolin provenant des fonds du sieur de Soubelette que vous m'avez adressés. Ils ont été trouvés d'excellente qualité, il est seulement question de savoir...
1° Si les échantillons n'étoient pas de triage et si le kaolin trouvé sur le lieu est en général conforme aux échantillons qu'on a envoyés.
2° Si le terrain peut fournir une quantité de kaolin, trié et lavé, assez grande pour en faire un objet de commerce.
3° Si, rendu à Paris, il coûtera tout au plus le même prix que celui de Saint-Yrieix, qui y revient à deux ou trois sols la livre tout lavé. Ce qui est très essentiel à observer.
Je vous prie Monsieur, de vous faire assurer de ces faits ; alors on verra à faciliter la vente de kaolin, tant à la manufacture du Roi qu'aux autres manufactures à qui cette matière est nécessaire.
A l'égard des éclaircissements que vous me demandez par votre lettre du cinq de ce mois pour aider le sieur de Soubelette dans la fabrication de la porcelaine, des procédés employés à la manufacture du Roi, sitôt que le Directeur de cette manufacture à qui je les ai demandés, me les aura remis, je vous les enverrai.
Je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
(Signé) : Bertin.
A M. l'Intendant de Bordeaux."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
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