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vendredi 9 février 2024

L'ARMÉE FRANÇAISE À LA FRONTIÈRE DES PYRÉNÉES AU PAYS BASQUE À LA FIN DU 18EME SIÈCLE (première partie)

L'ARMÉE FRANÇAISE AU PAYS BASQUE À LA FIN DU 18ÈME SIÈCLE.


La frontière, au Pays Basque, a, souvent, été le théâtre de manoeuvres militaires.



pays basque autrefois histoire frontière révolution napoléon
CHASSEURS A PIED BASQUES 1794-1815
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet Le Spectateur Militaire, le 1er mars 1909, sous la plume du 

Lieutenant-Colonel J.-B. Dumas :



"Couverture de la zone-frontière des Pyrénées. 



Le versant nord des Pyrénées-Orientales présente un caractère particulier et très frappant ; tous les cours d’eau rayonnent autour des plateaux de Lourdes et de Lannemezan ; ils forment une série de lignes s’enveloppant l’une l’autre et dont la concavité, à l’ouest de Lannemezan, est tournée vers l’occident.



Ils ont rongé à la base les roches élevées, dont la résistance a ployé et recourbé leurs cours vers l’ouest ; leurs rives droites commandent donc le plus souvent et brusquement leurs rives gauches. Celles-ci, constituées par les alluvions, forment de longues pentes douces d’un accès facile.



La disposition des lieux favorise donc la défense de l’est contre l’ouest, au point de vue tactique, par le commandement des rives droites ; et, au point de vue de la manoeuvre, en raison de la concavité enveloppant des lignes de défense ; cette forme facilite les mouvements d’aile et les retours offensifs.



Tout au contraire, les lignes de la Bidassoa et de la Nivelle sont moins favorables, parce que la rive droite est dominée presque partout par la rive gauche.




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PORTRAIT DU MARECHAL AUGUSTIN-JOSEPH DE MAILLY



Au XVIIIe siècle, le maréchal de Mailly concevait la couverture de cette zone-frontière comme il suit :


"Il conviendrait de porter sous Bayonne un corps de 50 000 hommes, dont 20 000 seraient détachés sur la gauche ainsi qu’on va le présenter, et les 30 000 hommes, formant l’armée, prendraient, en avant de Bayonne et en deçà de la Bidassoa, qui par elle-même ne vaut rien à défendre, la position de Bordagain (sud de Saint-Jean-de-Luz) occupant en force Hendaye et couvrant Saint-Jean-de-Luz. Elle occuperait la rive droite de la Bidassoa par plusieurs postes détachés, dont un à l’hôpital de Saint-Jacques, vis-à-vis du village de Irun, qui est au delà ; un au pas de Béhobie, vis-à-vis de l'Île des Faisans ; un au-dessus, au gué de Biriatou, près de l’église dudit lieu ; et enfin un au pas de Véra, au pied de la montagne de la Rhune.


Cette première position étant prise, il faudrait pourvoir à celle de la gauche qui intéresse les débouchés de Pampelune sur Saint-Jean-Pied-de-Port et celui de Jacca sur Navarrenx.


Pour occuper le premier point, la première position doit être celle qui se présente sous la place de Saint-Jean-Pied-de-Port, c’est-à-dire un peu en arrière du fort, la gauche au-dessus du bois de futaie, ayant la rivière de la Nive devant soi. L’on occuperait en avant Orisson, à la crête de la montagne d’Altobiscar, ainsi que les deux sommets des débouchés de droite et de gauche sur Roncevaux. Cette position exigerait un corps d’environ 6 000 hommes.


Quant au défilé de Jaca sur Navarrenx, quoiqu’il soit bien moins praticable à l’ennemi que celui-ci, cependant il exigerait qu'on y tînt un corps de troupe d’environ 4 000 hommes, dont la position la meilleure serait à Oloron, en avant et un peu sur la gauche de Navarrenx, occupant les deux débouchés d’Urdos et de Laruns tombant de Jaca et la hauteur de la rive gauche du gave de Mauléon pour en défendre le passage et arrêter l’ennemi qui pourrait prendre à revers la position du corps campé sous Saint-Jean-Pied-de-Port.


Ces deux corps formant 10 000 hommes seraient unis à l’armée par des postes de communication le long et derrière les gaves d’Oloron et de Pau, qui couvriraient les dépôts de subsistance que l’on peut tirer dans la plus grande abondance des parties de Navarrenx.


Enfin, on établirait un corps intermédiaire entre celui de Saint-Jean-Pied-de-Port et Bayonne, les ennemis pouvant déboucher de Pampelune par les vallées de Lanz et de Bastan sur Ainhoué et Espelette (vers Cambo), laissant à leur gauche la Bidassoa et à leur droite Saint-Jean-Pied-de-Port, mouvement qui déposterait nécessairement la gauche de l’armée et le corps de Saint-Jean-Pied-de-Port et ouvrirait conséquemment aux Espagnols le passage de la Bidassoa.


Dans cette position générale, si l’ennemi est en forces, il cherchera à pénétrer sur trois points à la fois : Saint-Jean-Pied-de-Port, Cambo, Hendaye et comme il ne peut avoir d’autre objet que le siège de Bayonne, pour prendre une sorte d’établissement, l’on doit envisager tous ses mouvements comme y étant relatifs et diriger conséquemment sa défensive."




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PORTRAIT DE JACQUES FITZ-JAMES
DUC DE BERWICK



Le maréchal de Berwick, dans une lettre adressée de Bordeaux au Régent le 18 février 1719, exposait les grandes lignes d’un système de couverture conçu de façon différente :


... Il serait nécessaire de laisser 15 bataillons et 20 escadrons pour la défense de cette frontière pendant que le gros de l’armée sera occupé en Catalogne... Depuis Bayonne jusqu’à Oloron, le pays est si stérile qu’il est impossible qu’un gros corps puisse y subsister sans magasins faits à l’avance ; de plus, nous avons des places : Bayonne, Saint-Jean-Pied-de-Port et Navarrenx, outre l’Adour et les gaves dont les passages ne sont pas faciles...


... Pour mieux exécuter mon système (de navettes), je ne prétends nullement disputer le passage des montagnes ni l’entrée des vallées ; je répands mes troupes dans la plaine afin que, par la droite et par la gauche, elles puissent se mouvoir plus facilement.


... Il y a, par notre droite, deux grands débouchés pour venir d’Espagne en France, celui d’Irun à Saint-Jean-de-Luz et celui de Pampelune à Saint-Jean-Pied-de-Port... Comme nous voyons venir l’ennemi de loin, le corps séparé aura tout le loisir convenable pour se mettre derrière le gave d’Oloron et empêcher qu’il ne puisse passer cette rivière, ni l’Adour.


Si l’ennemi vient de Jaca à Oloron, comme, en ce cas, il peut prendre le gave d’Oloron par ses sources, nos troupes se mettront derrière le gave de Pau qu’elles défendront depuis Lourdes jusqu’à l’Adour ; les bords de cette rivière en sont bons et il y a très peu de gués...



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GENERAL JOSEPH MARIE SERVAN DE GERBEY



Le général Servan, commandant l’armée des Pyrénées en 1793, proposait les mesures suivantes pour la couverture.


Il faut environ 14 000 hommes dont 8 000 hommes de troupes de ligne et 6 000 de gardes nationales pour la garde de Bayonne, Saint-Jean-de-Luz, le fort de Socoa, celui d'Hendaye, Saint-Jean-Pied-de-Port, Oloron, Mauléon et Navarrenx. Nous proposerons trois camps retranchés, l’un à Oloron pour la gauche, celui du centre à Saint-Palais, le troisième à Bordagain (sud de Saint-Jean-de-Luz) ou à la Croix-des-Bouquets, à l’ouest d’Urrugne.


Le camp d’Oloron, chargé de veiller sur les vallées d’Ossau, d'Aspe, d'Aramitz, le serait aussi de porter des secours dans la vallée de Soule ; ainsi, sa ligne de défense s’étendrait du port de Peyrelue à celui de Larrau.


Le camp de Saint-Palais porterait toute son attention et ses forces sur une ligne de dépense qui s’étendrait du col de Béhorléguy (entre Saint-Jean-Pied-de-Port et Tardets) jusqu’à Saint-Etienne-de-Baigorry.


Le camp de la Croix-des-Bouquets veillerait sur la ligne depuis Osses et Bidarray jusqu’à Hendaye...



"Au début de la guerre en 1793 et en 1794", écrit le citoyen Beaulac, de l’état-major de l’armée, "le cordon français, faible et rompu par le saillant de Vera aux mains des Espagnols, présentait à l’ennemi de trop grandes chances de succès pour qu’il conservât longtemps une situation immobile. On ne sentait point alors assez l'avantage de former des masses, et la manie de vouloir conserver jusqu’aux plus insoutenables positions mettait en un péril imminent tout le pays et toute l’armée. Les généraux étaient gênés dans leurs dispositions par l’intérêt individuel des habitants des frontières, dont il fallait couvrir, pour ainsi dire, chaque grange, sous peine de passer pour traître à la patrie; ce qui obligeait les généraux à disperser les troupes, au lieu de les réunir sur les principaux points de défense. On n’a osé se mettre au-dessus des clameurs individuelles que lorsque nos revers eurent prouvé à tout le monde qu’en affaires de guerre, il faut sacrifier l’intérêt particulier à l’intérêt général."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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dimanche 15 octobre 2023

LES BOHÉMIENS AU PAYS BASQUE AU DÉBUT DU 19ÈME SIÈCLE (troisième et dernière partie)

  

LES BOHÉMIENS AU PAYS BASQUE AU DÉBUT DU 19ÈME SIÈCLE.



Cette minorité présente au Pays Basque a été longtemps victime de persécutions et de mépris.



pays basque autrefois gitans bohémiens cagots agots
GITANS REMPAILLEURS A HENDAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet F. Lomet dans le Bulletin du Musée Basque N° 7 en 1934 :



"Un document inédit sur les Bohémiens du Pays Basque au début du XIXème siècle.



... Il n'est pas de voyageur passant de France en Espagne de ce côté, qui n'ait rencontré sur sa route une ou plusieurs bandes, souvent très nombreuses, de ces porteuses de poisson.



Le vêtement des Bohémiennes consiste en une chemise à manches courtes, et en une seule jupe d'une mauvaise étoffe de laine et de couleur brune, qui descend à peine à deux ou trois pouces du genou. Elles n'ont ni corset, ni bas, ni souliers. Rarement elles se mettent un mouchoir sur le col ; mais elles s'entourent le haut de la tête avec un chiffon de toile de coton qui maintient leurs cheveux retroussés, et sert en même temps, de point d'appui pour les fardeaux qu'elles portent.



pays basque autrefois cascarottes
LES KASCAROTS
PAYS BASQUE D'ANTAN


C'était un spectacle neuf et singulier, en 1788, pour un étranger qui arrivait à Saint-Jean-de-Luz, que d'assister à l'achat et au partage du poisson que les Bohémiennes se distribuaient entre elles, au moment où les chaloupes de pêcheurs abordent à l'un des points de la rade. Ces chaloupes arrivent ensemble du large ; une d'elles se détache en avant et se dirige sur le point où les Bohémiennes l'attendent. Dès que le bateau arrive à une centaine de toises du rivage, ces femmes se déshabillent toutes nues ; elles dansent et folâtrent entre elles en cet état pendant quelques instants, puis elles se jettent toutes ensemble à la nage pour aller à la rencontre du bateau. Celle qui devance les autres et qui a la première atteint le bateau, s'y élance, s'assied sur le banc d'avant, et fait prix avec le patron de la barque pour toute la pêche de ce jour-là. Les autres femmes retournent sur le champ vers le rivage pour y attendre les résultats de la négociation de celle qui a ainsi acquis le droit d'en être chargée et qui, par cette raison, prélève ensuite une sorte de prime sur le partage.



pays basque autrefois cascarottes
KASCAROTS
PAYS BASQUE D'ANTAN


Dès que le marché est conclu, les barques abordent ; celle des femmes qui a fait prix avec le patron fait aussi parmi ses compagnes la collecte des fonds nécessaires pour acquitter le montant de la pêche ; alors seulement toutes ces femmes commencent à se couvrir de leurs haillons ; le poisson est débarqué, partagé, distribué en un clin d'oeil ; les barques vides revirent de bord, pour rentrer dans les ports, et déjà les marchandes de poisson sont à la course pour le porter vers les lieux où elles savent en faire le débit le plus avantageux.



pays basque autrefois cascarottes
KASCAROTS
PAYS BASQUE D'ANTAN


A l'époque de la Révolution, la proscription des Bohémiens des Basses-Pyrénées s'était ralentie ; on commençait à concevoir que l'état d'avilissement où ils étaient plongés n'était que le résultat de l'injuste mépris dont ils étaient les victimes. On sentit mieux le prix de leur industrie ; et comme il est constant qu'on n'avait alors aucun meurtre, aucun vol, aucune infidélité à leur reprocher, ils furent admis à être citoyens actifs. Il y eut ainsi une sorte de réconciliation entre eux et les habitants, en sorte que, dès 1790, ils furent traités avec plus de douceur ; ils votèrent même dans les assemblées primaires, sans qu'il s'élevât de réclamation. Les prêtres assermentés prêchèrent la tolérance à leur égard ; ils furent admis dans les églises ; et quelques communes abattirent de leur propre mouvement les hangars extérieurs où, naguère, on permettait à peine à ces malheureux de se réunir pour assister au service divin.



Pendant tout le temps où l'armée des Pyrénées Occidentales était réunie sur les bords de la Nive et de la Bidassoa, il n'existait plus aucune différence entre les Bohémiens et les autres habitants des campagnes voisines. Mais ce changement avait été apparemment trop rapide pour que ses heureux résultats pussent être de longue durée et en effet, à mesure que l'effervescence révolutionnaire s'est apaisée, les haines contre les Bohémiens se sont rallumées, les préventions à leur égard ont reparu ; il es probable que ces haines et ces préventions ne se sont réveillées que par esprit de jalousie ou de concurrence d'industrie de la part des autres habitants. En effet, tant que l'industrie réunie des Basques et des Bohémiens avait de quoi s'exercer dans le temps de ce concours général qu'excite toujours la présence d'une grande armée, les uns et les autres trouvaient également des bénéfices à faire ; mais il est difficile de s'empêcher de penser qu'au moment où l'ordre a été rétabli, les habitants du pays n'ont vu dans le commerce que faisaient les Bohémiens que des profits dont ils pourraient tirer eux-mêmes parti, s'ils parvenaient à s'en emparer ; et le moyen le plus court et le plus sûr d'arriver à ce but, était évidemment celui de renouveler à l'égard des Bohémiens les persécutions qu'il était si facile d'exciter contre eux sous une foule de prétextes.



Cependant il est possible que les Bohémiens pendant le peu de temps qu'on a essayé de les civiliser ayant de leur côté perdu de vue les règlements qui les unissaient entre eux au temps où le sentiment de leur isolement et de leur faiblesse les forçait à une surveillance mutuelle et à maintenir parmi eux une police sévère et d'observer ainsi réciproquement, nous ne dirons pas un code d'honneur, mais un code de frayeur qui les portait à ne commettre aucun crime, aucun vol, aucune infidélité ; en sorte que, dès que cette garantie solidaire, quelle qu'elle fût, aura disparu, plusieurs d'entre eux auront pu se conduire d'une manière répréhensible.



Mais il est également difficile de penser qu'ils soient spontanément devenus tous criminels et que cette peuplade industrieuse ait pu tellement appeler sur elle toute la sévérité des lois, qu'on ait dû la poursuivre en masse, au point d'encombrer les cachots et jusques aux casemates de Bayonne et du fort de Socoa, de près de 300 individus, dont plus d'un tiers sont de très jeunes femmes, des enfants en bas âge et des enfants à la mamelle.



Toutes les questions qui peuvent s'élever à l'égard des Bohémiens des Pyrénées Occidentales mériteraient d'être soumises à un examen réfléchi et approfondi.



Il serait à désirer que cet examen fût confié à des hommes sages et surtout étrangers au pays de Labour et de Basse-Navarre. Car, du moment, où les préventions se sont relevées contre eux, elles seront revenues rapidement au point où elles étaient en 1788, et à cette époque les hommes de ce pays les plus renommés par leurs vertus, de graves magistrats, de savants administrateurs, franchissaient toutes les limites de la réflexion et de la raison, lorsqu'ils discutaient sur le compte des Bohémiens... ; tous convenaient alors qu'on n'avait rien à leur reprocher ; que même le commerce de Bayonne leur confiait des sommes considérables. Mais on n'obtenait généralement pour résultat, de ces sortes de discussions, que cet argument aveugle et terrible... C'est une race maudite. Une fois ce mot prononcé, il était impossible, il eut même été dangereux de continuer à plaider la cause des Bohémiens, car la colère et la fureur prenaient la place de tout espèce de raisonnement.



Il faut avoir été témoin de ces sortes de scènes, pour se persuader qu'elles aient pu exister. Mais il ne reste qu'à dire, à ce sujet, aux incrédules : Allez à Saint-Jean-de-Luz, et vous vous convaincrez par vous-mêmes de l'exactitude de cet exposé.



Il se peut que dans le moment présent, les administrateurs du pays, aient été trompés par les réclamations dont ils auront été assaillis au sujet de cette peuplade ; mais c'est à l'autorité supérieure qui a rétabli le bon ordre dans toute la France, qu'il appartient de faire cesser les injustices qui peuvent être la suite de toute persécution partielle, et à réparer des maux qui ne sont probablement que le résultat de quelqu'un de ces erreurs que les autorités locales les plus éclairées et les mieux intentionnés ne sont pas toujours à l'abri de commettre."








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jeudi 14 septembre 2023

LES BOHÉMIENS AU PAYS BASQUE AU DÉBUT DU 19ÈME SIÈCLE (deuxième partie)

 

LES BOHÉMIENS AU PAYS BASQUE AU DÉBUT DU 19ÈME SIÈCLE.



Cette minorité présente au Pays Basque a été longtemps victime de persécutions et de mépris.



pays basque autrefois gitans bohémiens cagots agots
GITANS REMPAILLEURS A HENDAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet F. Lomet dans le Bulletin du Musée Basque N° 7 en 1934 :



"Un document inédit sur les Bohémiens du Pays Basque au début du XIXème siècle.





... Ces marins formaient partie des équipages des bâtiments équipés à Saint-Jean-de-Luz et Bayonne pour la pêche à la morue ; ils étaient fort recherchés des Anglais pour les expéditions lointaines. Enfin, ils concouraient avec les Basques aux armements qui avaient pour but la pêche de la baleine, dans le temps où le commerce de Bayonne était en possession de ce genre d'industrie. Quelques-uns de ceux-là rapportaient de l'argent qu'ils employaient à acheter, des communes ou des particuliers, quelque coin de terre isolé, où ils élevaient eux-mêmes de mauvaises baraques et se formaient quelques clôtures. Ils les louaient ensuite à d'autres de leur secte, et comme d'une part, aucun habitant du pays n'aurait voulu tolérer l'habitation des familles bohémiennes sur son terrain, et que de l'autre, les propriétés bohémiennes se trouvaient être fort resserrées et en petit nombre, il en résultait que ces propriétés étaient encombrées de diverses familles qui s'y réunissaient en société et que le plus souvent 15 à 18 individus de tout âge et de tout sexe se trouvaient entassés dans une même chambre, sous un même appentis dénué de meubles et d'ustensiles, couchant sur la fougère sèche et vivant en commun.



Comme leur discrétion est extrême, et qu'ils persistent avec un fanatisme outré à cacher leurs habitudes intérieures, il est difficile de bien connaître les détails de leurs usages. On peut présumer, d'après l'état de nudité presque totale où ils se trouvent et leur entassement dans des baraques très resserrées, qu'ils ont des moeurs différentes de celles des autres habitants du pays. Presque toutes les plus jeunes filles ont des enfants qu'elles allaitent avec soin et qu'elles portent en toute occasion sous leurs bras, comme nous porterions un rouleau de papier. On peut présumer qu'ils ont une sorte de culte particulier. On a prétendu qu'ils étaient Ariens, et que la communauté de femmes était admise parmi eux.



Il est probable que si quelques-uns d'entre eux semblent avoir embrassé le christianisme, ce n'a été qu'à force de persécution qu'on a pu les y soumettre, sans cependant qu'on soit réellement parvenu à les convertir ; car ceux-là même demeurent avec les autres et professent en commun les habitudes de cette peuplade singulière, que jusqu'ici on a poursuivie, tourmentée, avilie de toutes les manières possible, au-delà même de tout ce qu'on pourrait imaginer, au lieu de s'occuper de les observer et de les instruire.



Les Bohémiens les plus forts et les plus adroits, s'adonnaient à faire la contrebande. Leur situation isolée sur l'extrême frontière de l'Espagne et de la France leur en fournissait le désir et l'occasion. Les employés aux Douanes les tuaient impitoyablement, quand ils les rencontraient sur leurs rondes, soit qu'ils fussent ou non chargés de marchandises. Il est notoire dans le pays, qu'avant 1788, on ne prenait pas même la peine de dresser des procès-verbaux de ces sortes d'assassinats ; il n'en était pas plus question que si l'on eut tué des bêtes fauves.



Cette sévérité extraordinaire peut être regardée comme une de ces erreurs politiques qui méritent de fixer aujourd'hui l'attention du Gouvernement ; car, en dernière analyse, ces contrebandiers occasionnaient annuellement une importation de plus d'un million de numéraire, d'Espagne en France, et ils n'exportaient à l'Espagne, que des produits de nos fabriques, des clincailleries françaises et une énorme quantité de tabac manufacturé en France dont l'importation est défendue en Espagne sous peine de mort ; enfin des moutons élevés dans les pâturages des Pyrénées Françaises destinés pour les boucheries espagnoles ; les Espagnols trouvant un grand intérêt à manger des moutons étrangers et à réserver les leurs pour la tonte dont ils tirent un si grand parti.



Les Bohémiens rapportaient en échange de belles laines d'Espagne au plus bas prix, des piastres, des lingots d'or et d'argent et quelque peu de ce tabac rouge terreux et pulvérulent connu sous le nom de tabac d'Espagne dont la consommation ne peut jamais faire un article remarquable dans la balance d'importation et d'exportation dont il s'agit et dont tous les avantages tournaient évidemment au bénéfice de la France.



En arrêtant cette contrebande, sous les prétextes spécieux qu'il est possible d'émettre en avant en pareil cas, et en donnant des ordres généraux dont l'application ne se réglait pas sur les circonstances particulières relatives aux intérêts respectifs de la France et de l'Espagne en cette partie, il en est résulté que les Français, faute de trouver les débouchés qu'ils avaient autrefois, pour la vente des moutons, qu'ils élevaient sur les magnifiques prairies qui couvrent les versants français, sont aujourd'hui réduits à louer les pâturages à vil prix aux Espagnols qui viennent eux-mêmes y nourrir et élever pendant l'été une quantité innombrable de moutons, qu'ils reconduisent ensuite, aux approches de l'hiver, dans les riches vallées de l'Ebre.



La nourriture des Bohémiens des Pyrénées, consiste en une sorte de bouillie fort épaisse, faite avec la farine de maïs ou de petit millet, à laquelle ils ajoutent quelque peu de sel ; ils versent cette bouillie dans des terrines où elle se fige, en se refroidissant ; ils la coupent ensuite en tranches épaisses d'un pouce et demi qu'ils font légèrement rôtir sur le gril ou se dessécher au four. Cette nourriture est connue dans le pays sous le nom de millassine.



Ils s'emparent avidement des chevaux ou des bestiaux morts dans les campagnes. Ils les dépècent, et se les partagent entre eux. Ils mangent aussi le poisson qui commence à se gâter et ne peut plus être vendu. Enfin ils recherchent et ramassent les harengs, les morues et tous les comestibles avariés qui sont rejetés hors des magasins et des vaisseaux de Bayonne et de Saint-Jean-de-Luz.



Les Bohémiens sont désignés en Espagne sous le nom de Gijanos (il se prononce Chritanos). Ils exercent les professions de portefaix, de tondeur de mules et de messagers. Il s'en trouve un assez grand nombre dans les ports et plus particulièrement dans celui de Cadix.



A Saint-Jean-de-Luz et Bayonne, les femmes pêchent des homards et des crabes sur les roches qui bordent la côte ; elles y ramassent des goëmons et du varech dont elles font des tas qu'elles vendent aux cultivateurs qui les emploient comme engrais. Quelques-unes d'elles disent la bonne aventure, mais plus en Espagne qu'en France. D'autres accompagnent les hommes à la pêche et comme eux se livrent aux travaux les plus rudes.



Les barques passagères du port du Passage, celles de la Nive et de la Bidassoa sont presque toutes servies par de jeunes et jolies Bohémiennes.



Tous les jours, un grand nombre de ces femmes se réunissent à Saint-Jean-de-Luz, pour porter de là au marché de Bayonne, tout le poisson qui se pêche dans les environs, surtout le thon et les sardines. Elles font le trajet qui est de trois myriamètres (six lieues) en moins de deux heures. Elles courent avec une agilité incroyable, quoiqu'elles soient chargées d'un fardeau de 30 à 60 livres qu'elles portent sur la tête. Aussitôt que leur poisson est vendu, elles reviennent de Bayonne à Saint-Jean-de-Luz, et de là retournent à leur hutte souvent éloignée de deux à trois lieues en sorte que ces malheureuses font tous les jours et en toute saison un trajet de 15 à 18 lieues. Les enfants de cinq à six ans suivent le cortège et s'accoutument ainsi, dès l'âge le plus tendre, à courir longtemps et avec une extrême rapidité."



pays basque autrefois cascarots femmes
KASKAROTS
PAYS BASQUE D'ANTAN



A suivre...



(Source : Les Bohémiens de Basse-Navarre et Soule (Pays Basque) à travers les actes d’état civil, les registres paroissiaux, ou des documents administratifs du 19ème siècle - Gaiak - Euskonews et Bohémiens au Pays basque | IKERZALEAK et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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lundi 14 août 2023

LES BOHÉMIENS AU PAYS BASQUE AU DÉBUT DU 19ÈME SIÈCLE (première partie)

LES BOHÉMIENS AU PAYS BASQUE AU DÉBUT DU 19ÈME SIÈCLE.



Cette minorité présente au Pays Basque a été longtemps victime de persécutions et de mépris.




pays basque autrefois gitans bohémiens cagots agots
GITANS REMPAILLEURS A HENDAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet F. Lomet dans le Bulletin du Musée Basque N° 7 en 1934 :



"Un document inédit sur les Bohémiens du Pays Basque au début du XIXème siècle.


Le 1er frimaire an XI, écrit M. de Lagrèze dans La Navarre Française, le préfet des Basses-Pyrénées, considérant les assassinats, vols et désordres de toute espèce dont se rendent coupables les Bohémiens, considérant que des individus qui n'ont d'autre état que le brigandage ne peuvent être considérés comme citoyens ni jouir des droits attachés à ce titre, arrête que tous les Bohémiens du peuple basque seront saisis et mis en prison pour être ensuite transportés.



pays basque autrefois littérature navarre
LIVRE LA NAVARRE FRANCAISE 
DE M.G.B. DE LAGREZE



"Cette proscription en masse, par simple arrêté préfectoral, de toute une classe de citoyens, fut approuvée unanimement dans le pays, et la mesure reçut son entière exécution le 15 frimaire. Le Gouvernement espagnol s'entendit à cet effet avec le Gouvernement français. Les troupes du vice-roi de Pampelune marchèrent de concert avec celles du général commandant la division de Bayonne. Au rapport du Mémorial des Pyrénées, le nombre des Bohémiens arrêtés fut considérable."



Mention de cette opération est faite dans une notice manuscrite sur les Bohémiens rédigée par l'adjudant commandant Lomet chef de la 4e division du ministère de la Guerre et conservée dans les archives de ce ministère. Nous en devons la communication à Mlle H. Vanier. Ce document, fort intéressant à plusieurs titres, mérite d'être publié.



Présentons d'abord aux lecteurs du Bulletin, d'après les renseignements recueillis par Mlle Vanier, Antoine François Lomet, baron de Foncaux. Il naquit à Château-Thierry le 6 novembre 1759, entra en 1777 à l'Ecole des Ponts et Chaussées et en sortit ingénieur breveté. Marié à Agen, acquéreur d'un "bien national" considérable, il exerçait depuis douze ans ses fonctions dans des conditions fort agréables, lorsqu'il fut subitement invité par le Ministre de la Guerre à prendre du service dans l'armée et à se rendre sans délai à Bayonne, pour se mettre à la disposition des citoyens Carnot, Lamarque, Garreau et Lacuée, commissaires de la Convention, chargés de la reconnaissance générale des frontières vers l'Espagne. C'était en 1792. Bientôt affecté à l'état-major de l'Armée des Pyrénées, il devint aide-de-camp du général en chef. Nommé capitaine à la Légion des Montagnes, puis adjudant-chef de bataillon, le citoyen Lomet fit campagne dans le Pays Basque, "toujours aux avant-gardes". Il fut ensuite "instituteur" à l'Ecole Polytechnique et passa de là, en 1798, au Dépôt de la Guerre, avec le grade d'adjudant-général chef de brigade. En 1801, on le trouve "chef de la division du mouvement" au ministère de la Guerre. Pendant les campagnes de 1805, 1806 et 1807, il fait partie du grand Etat-Major de l'Armée d'Allemagne. Il sert en Espagne en 1808 et 1809 et prend sa retraite en 1810, commandeur de la Légion d'honneur. Sa mort survint en 1826. A côté de ses divers titres, civils et militaires, il comptait celui de "coopérateur" de la partie de l'encyclopédie méthodique qui traite des connaissances de l'ingénieur.



Voici ce qu'écrivait, le 12 mai 1803, l'adjudant-commandant Lomet :


Notice sur les Cagots dits Bohémiens du Département des Basses-Pyrénées.

22 Floréal, An XI.



pays basque autrefois bohémiens cagots agots
BOHEMIENS EN VOYAGE 1861
TABLEAU D'ACHILLE ZO



On considère généralement les gens connus sous le nom des Bohémiens en Biscaye, dans la ci-devant Basse-Navarre et Pays de Labour, comme des hordes errantes, reste des Maures expulsés de l'Espagne.



Leur taille est avantageuse, leur teint est basané, la coupe de leur figure est africaine ; ou plutôt asiatique. On y reconnaît encore les traces d'un beau sang, mais dégénéré par l'excès de misère et l'état d'abjection auxquels ils sont réduits.



Cette peuplade ressemble à celles du même genre qui rôdent sur les confins de la Westphalie et de la Transylvanie. On en retrouve encore dans diverses parties de la France, dans le Valais et dans les Alpes. Ils sont connus sous le nom de Cagots, de Cacoux, de Gahets, de Coliberts, etc... ; enfin, il en existe en Corse, dans les Apennins, et dans les pays circonvoisins du Frioul.



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BENITIER DES CAGOTS
EGLISE DE SAINT-SAVIN HAUTES-PYRENEES



On est frappé de l'analogie des habitudes et de la ressemblance du langage de ces sortes de gens, en quelque lieu qu'ils ses soyent fixés, et à des distances telles qu'ils n'ont et ne peuvent que très difficilement communiquer entre eux. Partout ils sont méprisés, rejetés, hors de la société, et forcés de se soustraire à ses regards dans des huttes ou des huttes qu'ils se forment aux lieux les plus isolés.



Quelques personnes ont prétendu que le dialecte qu'ils parlent entre eux est absolument le même que celui que parlent encore aujourd'hui quelques castes inférieures des Hindous, et ont essayé de prouver qu'ils pourraient être les débris d'une colonie asiatique jetés en Europe dans la plus haute antiquité (histoire du Tribunal Secret de Westphalie).



Quoiqu'il en soit, plusieurs passages des anciens historiens semblent indiquer l'existence de peuplades absolument analogues à celles-ci, aux époques les plus reculées de l'établissement des Romains dans les Gaules et dans la Celtique.




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LES BOHEMIENS EN VOYAGE DE CHARLES BAUDELAIRE
TABLEAU D'ALFRED DEHODENCQ 1852



Ces races proscrites pourraient être en France les restes des Maures qui, après avoir renversé les Goths d'Espagne, retombèrent de tout leur poids sur l'Europe des Francs, qui sut leur résister, et couvrit en 451 de trois cent mille de leurs morts, les plaines de Merry sur Seine et d'Orléans ; ils pourraient encore appartenir aux Visigoths de Théodoric, défaits en 463 à Orléans, par Aëtius et Childeric, ou à ceux que dispersa en 507 la mémorable bataille donnée à Vouglé, près de Poitiers, et qui affermit sur ses fondements le trône de Clovis.



Enfin ces races seraient-elles les déplorables restes de cette multitude de Sarrazins que Charles Martel tailla en pièces, dans le voisinage de Tours ou de Poitiers ?



Le théâtre de ces grandes défaites toujours voisin du centre de la France, est, dans tous les cas, propre à rendre raison des différentes directions que les vaincus ont pris dans leur fuite (Ramond, observations sur les Pyrénées).



Je n'envisagerai point les Bohémiens des Basses-Pyrénées sous le rapport de leur origine ; mais je viens à ce que l'on connait d'eux aujourd'hui. Cependant, j'observerai qu'ayant essayé d'étudier leur langage, j'ai vu avec étonnement que plusieurs mots familiers de la langue française, auxquels il serait impossible d'assigner une étymologie, y sont évidemment transportés de leur vocabulaire ; telles sont, par exemple, les exclamations Fi ! Pouhah ! Salope !... termes de dégoût et Balisque, mot du patois gascon, qui, assurément n'est dérivé ni du Latin, ni de l'Italien, ni de la langue celtique.



Les trois premiers sont les jurements les plus exécrables que puisse proférer un Bohémien ; et le dernier, Balisque, est encore employé très fréquemment aujourd'hui par les peuples de l'Aquitaine, précisément dans le même sens que l'employent les Bohémiens eux-mêmes dans tous les pays où il se trouvent. Il signifie dans l'un et l'autre langage, Oh ! le vilain Cochon !



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BOHEMIENS SOULE 19EME SIECLE
PAYS BASQUE D'ANTAN



On estimait en 1788 qu'il existait environ 600 Bohémiens de tout âge et de tout sexe dans la Basse-Navarre et le pays de Labour. On présumait qu'il pouvait s'en trouver 7 à 800 en Biscaye.



On ne peut imaginer à quel point les Français et les Espagnols méprisaient ces sortes de gens, et à quel degré d'abandon et d'avilissement ils étaient réduits. On leur refusait, en quelque sorte, d'appartenir à l'espèce humaine. Aussi, n'avaient-ils aucun rapport direct avec la société. Des gens très instruits partageaient cette prévention à Saint-Jean-de-Luz et Bayonne. Les Bohémiens étaient repoussés avec horreur ; les gens du peuple n'auraient même pas voulu les toucher.



Un bohémien qui se serait blessé de manière à ne pouvoir se traîner jusqu'à son gîte, n'eût reçu aucun secours, s'il n'eût été ramassé par les siens. La foule inquiète et curieuse l'aurait regardé froidement se débattre et périr sur la place, et se serait ensuite servi de gaffes (crocs de fer), pour le traîner à la voirie où son cadavre restait exposé à l'air parmi les restes des chevaux morts ou autres animaux.



A la couleur près, les jeunes Bohémiennes présentent tous les agréments faits pour intéresser en leur faveur les hommes de tous les pays. Elles ne sont pas moins en horreur aux yeux des habitants du Pays de Labour, et nul n'oserait avoir aucun rapport intime avec elles.



En 1788 un des domestiques de l'Intendant de Bordeaux (cet Intendant se trouvait lui-même alors à Saint-Jean-de-Luz) ayant voulu prendre affectueusement la main à une jeune et jolie Bohémienne, le peuple s'ameuta. Il fut poursuivi à coups de pierres, jusqu'à la sortie de la ville, et il eut été infailliblement très maltraité, s'il eût osé y rentrer.




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BOHEMIENS SOULE 19EME SIECLE
PAYS BASQUE D'ANTAN



On avait amené quelques familles bohémiennes à faire baptiser leurs enfants, et à se marier suivant les lois du Christianisme ; mais pour cela il ne leur était pas permis de mettre les pieds dans les églises. Ces cérémonies se passaient en plein air, sous un petit hangar qu'on leur laissait à peine construire à leurs frais, et qui était adossé au dehors, contre les murs de l'église. C'est aussi sous ce hangar qu'on leur permettait de se réunir, pour assister au service divin. Le mur de l'église était percé, de ce côté, d'une petite fenêtre qui ne s'ouvrait que pendant la célébration de la Messe. Ces dispositions et ces constructions subsistent encore dans les paroisses du Pays de Labour. Mais en Espagne cette distinction singulière n'était point admise et les Bohémiens chrétiens y ont accès dans tous les temples.



Au mois d'Août 1788, le curé de la paroisse d'Urrugne, bourg situé sur la grande route, entre Saint-Jean-de-Luz et Bayonne, terminait ainsi un sermon qu'il adressait à ses paroissiens.


"Il serait inutile de vous recommander de nouveau, de n'avoir aucune correspondance avec les Bohémiens ; vous savez que c'est une race maudite que Dieu réprouve ; il n'est que trop connu parmi vous que la plupart d'entre eux sont possédés du démon, et que presque tous ont fait pacte avec le diable".



J'ignore si cette formule était en usage dans les autres paroisses de ces cantons.



Les hommes de cette peuplade se dévouaient presque tous à la marine. Il sont adroits, sobres, courageux et infatigables. Ils ne faisaient que de rares et courtes apparitions dans leur patrie, et poursuivaient le service de mer, jusque dans l'âge le plus avancé ou jusqu'à ce qu'ils y trouvâssent le terme de leur vie. Mais, après des absences de vingt ans et plus, après avoir parcouru l'univers, ils revenaient à leurs huttes ; ils y reprenaient les usages de la peuplade, et se soumettaient avec une singulière résignation aux avanies, aux humiliations qu'on déversait sur elle."



A suivre...



(Source : Les Bohémiens de Basse-Navarre et Soule (Pays Basque) à travers les actes d’état civil, les registres paroissiaux, ou des documents administratifs du 19ème siècle - Gaiak - Euskonews et Bohémiens au Pays basque | IKERZALEAK et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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