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dimanche 19 mars 2023

LES ALLEMANDS EN PAYS BASQUE SUD EN OCTOBRE 1916

LES ALLEMANDS EN PAYS BASQUE SUD EN OCTOBRE 1916.


Pendant la Première Guerre Mondiale, une colonie Allemande est implantée en Pays Basque Sud, et en particulier en Navarre, à quelques kilomètres de la frontière française.



pais vasco antes navarra
VUE GENERALE PAMPELUNE 1913
NAVARRE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Lanterne, le 21 octobre 1916 :



"Notes d'un voyageur anglais.


Les Allemands en Espagne.


Un arrêt à Pampelune. - Des chants dans la nuit. - Des Allemands internés. - Comment les Boches tuent le temps. Une soirée au Deutsches Club. - Une popularité éphémère.


— Pampelune, octobre 1916,


Une véritable basse teutonne chantait à pleine voix un air se terminant par ces mots :


"Alle Deutschland muss marcherein !"



Et ce chant troublait le minuit silencieux de Pampelune.



Je m'étais arrêté, non sans intérêt, sortant à peine d'une de ces voitures que l'on nomme en Espagne correo. J'avais pris à Saint-Sébastien un billet pour Barcelone, soit plus de 550 kilomètres à parcourir ; mais lorsque le sus-nommé correo eut fait trente arrêts en 90 kilomètres, ma patience fut mise à une telle épreuve que je décidai de m'arrêter à Pampelune, au risque de laisser périmer mon billet, et c'est en me rendant à l'hôtel que j'entendis le chant des Boches, dont le refrain était repris en chœur : Maintenant, toute l'Allemagne doit marcher !



Immédiatement je me souvins que j'étais dans une ville où quelques centaines de Boche, prisonniers de guerre, étaient internés ; ces individus, poursuivis par les troupes alliées , s'étaient enfuis du Cameroun dans la Guinée espagnole, Transportés à Cadix, ils furent disséminés dans diverses villes et notamment à Pampelune où il me fut donné de les entendre.



Prisonniers boches.



Je comptai mettre à profit mon arrêt imprévu à Pampelune et la chance me servit à souhait.



J'avais justement rencontré a mon départ de St-Sébastien un Américain qui avait quelques relations parmi les Allemands internés et je m'avisai de profiter des indications qu'il m'avait données. J'appris par le portier de l'hôtel que la maison où l'on chantait n'était autre que le club allemand, mais je ne me targuai de mes relations que le lendemain matin, lorsque l'on m'apprit que les internés étaient les plus aimables et les plus joyeux qu'il fut possible d'imaginer. Ils passaient une partie des nuits à manger, à chanter et à boire et sortaient dans un tel état que leurs jambes avaient quelque peine à les porter.



Je les ai vus le lendemain passer dans les rues de la ville et je me suis rendu jusqu'à l'endroit où ils ont leur cantonnement. Tout d'abord, les autorités leur avait assigné des baraquements militaires, mais ils s'y trouvèrent mal et beaucoup d'entre eux se choisirent de plus agréables résidences en ville ; ils ne sont d'ailleurs soumis à aucune discipline.



La vie au café.



Ce n'est pas dans les baraques qu'il faut aller voir les prisonniers boches, c'est au café Putz, dont les larges fenêtres donnent sous l'ombre des arcades. Devant l'établissement sont disposés de confortables fauteuils et de petites tables ; c'est là que ces messieurs les internés fument des pipes, boivent de la bière et passent agréablement leur temps de captivité. En me recommandant de l'Américain mon ami, je fus immédiatement en relations avec ces Allemands, qui s'exprimaient tant bien que mal en anglais. 



La plupart des "internados" comme l'on dit en Espagne, sont d'ailleurs au-dessus du commun des soldats : c'était, dans l'Afrique occidentale, des gens d'affaires, qui menaient une vie très active, lorsqu'ils furent, quand la guerre éclata, obligés de prendre du service comme médecins, vétérinaires, techniciens et même officiers commissionnés. Ils furent placés dans les troupes noires et firent la guerre avec elles. En ce moment, j'avais quelque plaisir à voir ces larges faces au-dessus des pots de bière, dans les nuages de la tabagie ; dès que les bocks étaient vides, on commandait un "kapitaine-lieutnant", mixture composée d'un tiers de cognac et d'un tiers de chartreuse. L'après-midi des internés se passait donc au café Putz et la soirée au "Deutsches-Club".



Le cercle allemand.



Le cercle est placé dans le premier étage très spacieux d'une fort agréable maison ; j'y fus invité et par curiosité je consentis à être le témoin de la beuverie allemande. A la vérité, le club est vaste, mais d'une simplicité sordide ; le bar seul est convenable et tient la place d'honneur ; les chaises sont vulgaires et sales, les tables mal essuyées comme dans quelque bouge d'outre-Rhin. On voit au mur les portraits du roi Alphonse, du kaiser, de François-Joseph, d'Hindenburg et du kronprinz.



Vers minuit, ce fut le moment des chants et le chœur habituel commença. A deux heures du matin, à trois reprises différentes, un alguazil vint réclamer le silence. Mais les joyeux membres de la société décidèrent que l'on boirait avant tout un schnaps copieux, auquel on invita le policier. Cette précaution prise, on recommença les chants de guerre.



Ce fut en vérité une nuit tourmentée pour un homme paisible. Les heureux prisonniers sont très libres dans leurs discours et se comportent exactement comme s'ils étaient chez eux ; en général, leurs conversations sont plutôt plaisantes que sérieuses ; toutefois, ils parlent volontiers de leur pays dont la dernière moisson, fut, paraît-il, très abondante et qui peut encore mettre trois ou quatre millions d'hommes en ligne. Personne ne fait plus allusion maintenant à la victoire allemande, mais tous déclarent que l'Allemagne ne peut pas être détruite ; leurs propos sont inspirés par les nouvelles qu'ils reçoivent de leurs familles ; ils se gardent d'ailleurs de rien dire qui soit contraire à la cause germanique et ils ont remporté du Cameroun une bonne dose d'optimisme.



première guerre mondiale allemands drapeau
HUIT PREMIERS DRAPEAUX PRIS AUX ALLEMANDS
PREMIERE GUERRE MONDIALE 1914



Leurs ressources.



Tous les Allemands internés m'ont exprimé leur grand, désir de retourner au Cameroun ; plusieurs font le rêve ce retrouver là-bas un Cameroun agrandi du Congo belge ! Ces Boches ne montrent pas une haine particulière contre les Anglais, avec lesquels ils avaient en Afrique des relations de bon voisinage. Il paraît que la vie sous les tropiques engendre assez facilement la camaraderie... Ils ont beaucoup d'argent qu'ils dépensent libéralement et ils s'assurent par leur générosité. la bienveillance des Espagnols. Lorsqu'ils débarquèrent à Cadix, chacun d'eux avait environ vingt mois de solde à toucher, leur pécule avait grossi tandis qu'ils se battaient en Afrique et pendant qu'ils étaient retenus à Fernando-Po après leur fuite sur le territoire espagnol devant les troupes alliées.



afrique cameroun allemands guerre
ALLEMANDS AU CAMEROUN 1914



Je me suis laissé dire que les moins payés d'entre ces coloniaux avait en arrivant à Pampelune plus de 6 000 pesetas. Leur capital a diminué peu à peu, mais la plupart touchait environ 125 francs par mois du gouvernement ; à mesure que leur richesse déclinait, leur popularité faisait de même.



Ce serait un tort de croire que la présence de ces gens en Espagne nuise à la cause des Alliés ; il m'a été possible de constater exactement le contraire pendant le cours de mon voyage."





Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

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