L'ÉLECTION DE MAULÉON DE SEPTEMBRE 1889.
En 1889, les 22 septembre et 6 octobre, ont lieu, en France, des élections législatives, et au Pays Basque, la lutte est acharnée entre les Républicains et les Conservateurs.
Voici ce que rapporta à ce sujet le Journal Officiel, le 22 décembre 1889 :
"Chambre des Députés.
Extrait du Journal Officiel du 22 Décembre 1889.
Rapport par M. Goirand au nom du 8e Bureau sur l'élection de l'Arrondissement de Mauléon (Basses-Pyrénées).
Séance du 21 Décembre 1889.
... M. Etcheverry-Aïnchart proteste énergiquement contre les actes de pression qui lui sont reprochés à Baïgorry. Les quatre électeurs sur lesquels il aurait agi ont également signé une protestation.
Le desservant Agorreca (celui même qui a été condamné en police correctionnelle) n’a pas critiqué le Gouvernement dans ses sermons ; jamais il n’a parlé du Gouvernement ni en bien ni en mal ; il est faux qu’il ait attaqué les lois sur les écoles, sur le service militaire, le divorce (commune d’Ossès).
Il est faux que le clergé ait combattu le Gouvernement (commune de Bidarrey).
M. le curé d’Irouleguy n’a point, du haut de la chaire, lancé d'attaques directes ni indirectes contre les hommes du Gouvernement.
Le sieur Garat proteste qu’il ait jamais été l’objet de l'acte d'intimidation attribué à l’abbé Eyherabide. — 8 signataires des protestations affirment n'avoir pas connu le sens de la protestation qu’ils avaient signée et n’avoir agi que sur la demande de l'instituteur.
Enfin des électeurs d’Urepel dénoncent l’acte du sieur Refel qui aurait fait publier à son de caisse, à l'issue des deux messes, la suppression possible des crédits alloués à la commune en compensation des montagnes cédées à l'Espagne si le candidat réactionnaire était nommé.
Il est à remarquer que dans cette commune d’Urepel le candidat républicain a perdu 64 voix sur l’élection de 1887 et que le conservateur en a gagné 71.
Dans tout le canton de Baïgorry, sur la même élection la perte du candidat républicain est de 333 voix et le gain du conservateur de 542.
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| EGLISE ET CHÂTEAU ELISABELLAR IHOLDY PAYS BASQUE D'ANTAN |
Canton d'Iholdy.
Dans le canton d’Iholdy de nombreuses protestations ayant le même caractère que celles citées ci-dessus ont été signées dans diverses communes.
5 électeurs (signatures légalisées) de la commune de Hosta affirment que le desservant de leur paroisse a fait distribuer à chaque électeur deux brochures, tissu l’une et l'autre de mensonges et de calomnies contre le gouvernement républicain.
Il a été lui-même de maison en maison pour indisposer les électeurs contre le candidat républicain, en répandant sur son compte les plus vilains propos, les plus honteuses calomnies.
Le jour des élections, il a fait aux deux messes un sermon qui a terrifié toute la population. Jamais à Hosta on n'a entendu rien de pareil. Il nous est impossible de rappeler tout ce qui est sorti de sa bouche pendant plus d'une heure. Tenant une liasse de paperasses entre ses mains, il a lu et commenté des passages de certains évêques, disait-il, et recommandant à ses ouailles de voter, sous peine de péché mortel, pour l'homme qui aime et pratique la religion, qui ne veut pas de service militaire pour les prêtres, qui veut le rétablissement du catéchisme dans les écoles, etc., etc.
Les protestataires de la commune d’Iholdy résument ainsi le sermon et les faits et gestes du desservant Berho :
"Le desservant d'Iholdy a traité à plusieurs reprises les membres du Gouvernement de juifs, de francs-maçons, de voleurs .
Le dimanche 1er septembre, il a dit en chaire que s’il ne parlait pas des élections, il ressemblerait à un chien chargé de garder une maison et qui n’aboierait pas à l'approche des voleurs. Il ne saurait mieux comparer les élections qu’au jugement dernier : Le 22 septembre, comme dans ce jugement, les uns se placeront à droite, les autres à gauche. Que tous se préparent à passer le dimanche 22, jour dangereux, entre la confession et la communion, de manière à ne pas être tentés de commettre un sacrilège en votant pour le candidat hostile à la religion."
Dans la commune d'Ibarolle, 5 électeurs (signatures non légalisées) affirment par leurs protestations que :
"La brochure en basque Aphezac soldado, "Curés soldats", qui a été distribuée à profusion dans la commune, est sortie du presbytère.
Les bulletins de vote que le père du desservant distribuait étaient pliés en triangle.
Il donnait aux électeurs, à la porte de la mairie, une tasse de café et les accompagnait jusqu'à l'urne nantis du billet qu’il leur avait donné.
Un pèlerinage à N.-D. de Lourdes a été organisé pour le 16 septembre, huit jours avant l'élection, pour les gens de la commune, par les soins du curé desservant.
Le desservant a menacé un métayer d'être renvoyé s’il votait pour le républicain, lui disant qu’il se chargeait de lui faire donner congé par son propriétaire, et le congé a été signifié.
"6 électeurs ( signatures non légalisées) de la commune de Lantabat dénoncent les paroles prononcées en chaire par le desservant de la paroisse, le matin des élections.
Il a fait un sermon exhortant les électeurs à voter contre les francs-maçons (par francs-maçons il voulait désigner les partisans du Gouvernement). "Je suis payé, a-t-il dit, pour défendre les intérêts de la religion, et, quoi qu'il advienne, je ne faillira pas à mon devoir.
"Que peut-on me faire ? ajoutait-il ; me mettre en prison ?... Cela m'est égal... Me guillotiner peut-être ?... Mon Dieu, peu m'importe.... Je suis payé pour défendre les intérêts de la religion. Je le ferai coûte que coûte." A la suite de ce sermon, tous les électeurs étaient terrorisés. Plusieurs personnes se sont retirées dans les larmes.
| ST JUST IBARRE BASSE-NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN |
L'action du desservant de Saint-Just-Ibarre se serait traduite, aussi par des paroles non moins violentes, ainsi que l'affirment 12 électeurs de cette commune (signatures non légalisées).
"Il a profité surtout du confessionnal pour menacer, intimider les électeurs, leurs femmes et leurs enfants : pêché mortel, peines éternelles de l’enfer, refus des sacrements pour ceux qui voteraient pour M. Berdoly, et refus de première communion pour leurs enfants. Une de ses comparaisons entre tant d'autres : Prenez un poignard d'une main, un pistolet de l'autre ; eh bien, tuer ou faire tuer votre mère avec l’une de ces armes, ou voter pour Berdoly, c’est également criminel. On me donnerait dix mille francs que je ne voterais pas pour un pareil homme.
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| MARTIAL BERDOLY REPUBLICAIN PAYS BASQUE D'ANTAN |
Le jour des élections, à la grand’messe, il recommande de prier chaudement pour la France et l’Église, sérieusement menacées (sic). Ne voulant pas attaquer trop ouvertement la République dans ses sermons, il se sert d’allégories, en veux-tu, en voilà.
"Depuis le dernier pèlerinage de Lourdes, une mère de famille de Saint-Just est devenue complètement folle ; son esprit a été au dernier degré effrayé d'une foule de statues paraissant vivantes et de cadavres et fosses qu’on lui a montrés là-bas dans un souterrain.
Une autre mère de famille, également au retour de Lourdes, a tenu toute sa famille dans la désolation, pendant une semaine ; sur les conseils pervers du curé, elle voulait amener son père et son mari à voter pour M. Etcheverry. Le mari, affligé de voir sa pauvre femme en cet état, à genoux, le jour, devant les siens, et le soir, en prières, au milieu de la chambre, tout en sanglotant, aurait été sur le point de saisir la justice."
Tous ces faits résultent non seulement des protestations ci-dessus analysées, mais encore de l'ensemble des 10 protestations de ce canton, revêtues de 82 signatures, dont 19 légalisées.
A ces imputations, M. Etcheverry oppose 7 contre-protestations revêtues de 229 signatures, toutes légalisées.
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| LOUIS ETCHEVERRY DEPUTE BASSES-PYRENEES 1890 |





