UNE EXCURSION À RONCEVAUX EN 1923.
Roncevaux (Orreaga en Basque) se situe en Navarre et fait partie de la commarque d'Aunamendi.
Voici ce que rapporta à ce sujet P. Etcheverry, dans le Bulletin trimestriel de la Société des
sciences, lettres & arts de Bayonne, en janvier 1926 :
"Pouillon (Landes) le 18 Septembre 1923.
Le Lieutenant P. Etcheverry au Commandant de Marien, Président de la S. S. L. A. E. R. de Bayonne.
Mon Commandant et Cher Président,
Voulez-vous permettre à un de vos modestes sociétaires de vous communiquer le compte rendu d’une excursion faite dans les hautes montagnes de la Navarre ? Je l’avais projetée en 1912 et l’ai exécutée, enfin, dernièrement, dans d’excellentes conditions.
Elle avait pour but :
1° de réchauffer l’amitié un peu refroidie de quelques parents Bas-Navarrais, éloignés, non vus depuis plusieurs années, pour cause de guerre ;
2° de repérer l’emplacement de dolmens, menhirs, tumulus, gîtes miniers, aperçus dans la montagne au cours d’excursions faites jadis ;
3° de voir encore de plus près et d’apprécier davantage les trésors accumulés au couvent de Roncevaux, admirés en 1886 et 1903, étudiés et commentés depuis, grâce à la lecture des ouvrages de sociétaires plus qualifiés que votre serviteur ;
4° enfin, de faire une bonne promenade hygiénique et salutaire, une véritable cure d’air et d’eau fraîche, à la forêt et à la montagne en souvenir des grandes manoeuvres d’autrefois.
Pour réaliser ce projet, j’ai profité de ce qu’un cousin de Lasse, maison Eluchanzenia haut, se rend une fois l’an à pareille époque à "Borthua" pour visiter le bétail au pacage. D’autres Bas- Navarrais choisissent aussi cette date, soit pour faire la même visite, soit pour assister le 8 septembre, à Roncevaux, à la fête de la Nativité de la Très Sainte Vierge Marie.
![]() |
| 8 SEPTEMBRE NATIVITE DE LA VIERGE |
Le 7 septembre, à la pointe du jour, nous avons pris à l’Ouest et au haut d’Arnéguy, la vieille route muletière de France en Espagne (voir sur la carte l’itinéraire). A 10 h. nous étions au sommet de Harri-Behaka (pierres qui regardent), d’où partent trois ravins rocheux vers Arnéguy. En effet, sur ce plateau, se trouvent réunis et debout plusieurs rochers, formant cercle autour d’un autre de forme rectangulaire, plus grand et plus large que les précédents. Ces pierres sont exposées de telle façon qu’elles semblent regarder, à l’Est, les villages d’Arnéguy, d’Ondarolle et de Val-Carlos, qu’elles dominent majestueusement. Tout donne à croire que cet endroit est bien l’emplacement d’un dolmen entouré de menhirs.
![]() |
| CARTE ITINERAIRE SOCIETE SCIENCES LETTRES & ARTS BAYONNE JANVIER 1926 |
Après une demi-heure de halte, nous reprenons le sentier, afin de nous trouver sur les hauts plateaux avant la grande chaleur. A midi (heure vieille) nous fîmes la 2e halte au col de Ahunz-aro (pacage de chèvres). De ce point le coup d’œil est charmant : on aperçoit vers l’Ouest, dans la vallée de la Nive les villages de Baïgorry, d’Eyharce, d’Anhaux, d’Irouléguy ; à l’Est, sur la Nive d’Arnéguy, ceux de Valcarlos, d’Ondarolle, d’Arnéguy. Deux carabineros (douaniers espagnols montent, en permanence, la garde sur ce col où aboutissent les sentiers qui communiquent entre les deux Nives. Des pèlerins arrivent de tous côtés ; ils sont joyeux, contents de se rencontrer, encore une fois, sur ces hauteurs, pour se rendre en groupe à la cérémonie traditionnelle.
Chemin faisant, bientôt, devant nous, face au sud, se dresse un grand pic. Nous sommes arrivés à la montée escarpée, la plus rude du voyage, qui va nous permettre d’atteindre "Harri Goyarak" (pierres hautes) 1 217 m . Le sentier est à flanc de coteau, tantôt en Espagne, tantôt en France. Pendant cinq kilomètres, nous grimpons, en longeant toujours la frontière.
A l’entrée de la grande forêt de Hayra, 3e halte. Au col de Mehatze, un pèlerin des Aldudes m’annonce qu’une grande coupe de hêtres est en train de s’exécuter, par une Compagnie anonyme. Je lui demande s’il ne connaît pas l’endroit où l’on a exploité, jadis, une mine de plomb. Il me répond, qu’en effet, dans un bas fond, non loin de notre direction, il existe des trous et des baraquements démolis d’anciens mineurs. Je me rends à l’endroit indiqué et prélève quelques échantillons de ce précieux minerai.
![]() |
| FORÊT DE HAYRA BANCA BASSE-NAVARRE |
Nous faisons la 4e halte, à 16 h., au col de Lindux. J’en profite pour monter sur la redoute abandonnée 1 207m.) qui se trouve entre ce col et Burdin-Kurutzetako lephoa, (col de la Croix de fer). Il n’existe pas de croix, mais on y rencontre un croisement de plusieurs sentiers et deux sources d’eau ferrugineuse. De la redoute le coup d’œil est encore plus beau que de partout ailleurs. L’horizon s’étend au loin : au N. O. vers Urepel, les Aldudes, Banca, la vallée du Bastan ; au sud vers la vallée d’Erro, Mesquiri, Espinal et Burguete.
![]() |
| COL DE LINDUS ARNEGUY BASSE-NAVARRE |
D’autres pèlerins nous croisent encore, toujours joyeux, chantant ; ils nous souhaitent la bienvenue. Ceux-ci arrivent d’Urephel (eau tiède), des Aldudes, Aldeat-uda (printemps perpétuel), d’Elizondo (près l’Eglise) et de la vallée du Bastan. Pendant que je cause avec les uns et les autres, tout en contemplant le beau panorama qui se déroule à mes pieds, le cousin fait la reconnaissance de son troupeau à Borthua (voir la carte). Là, se trouvent de vastes pâturages, que les communes espagnoles avoisinantes, peu délicates, se sont empressées de fermer pendant la guerre. Aussi manque-t-il des fourrages pour nos pauvres bêtes qui souffrent et s’anémient. Cependant leurs propriétaires payent fort cher au gouvernement espagnol le droit de pacage ! Ils sont très mécontents de ces abus et se demandent pourquoi l’on ne respecte plus les conventions du "Quintoa" des traités d’Utrecht et de Rastadt ( 1714).
De Lindux à Burguete, nous descendons sans cesse le long du Macharrua, qui coule dans un ravin bordé de hêtres. Nous avons rencontré plusieurs scieries abandonnées qui ont fourni aux alliés des milliers de traverses pendant la guerre. Au crépuscule, nous étions rendus à Burguete. Nous trouvons le village en fête, pavoisé, éclairé à l’électricité ; les maisons et les "posadas" (restaurants) regorgent de pèlerins. A l’hôtel "Armanda" on nous fit bon accueil ; seule la cuisine à l’huile ne fut guère appréciée ; nous lui fîmes tout de même honneur, car l’air vif de la montagne nous avait mis en bon appétit. Une excellente nuit, passée à quatre dans une chambre modeste, acheva de réparer nos forces (5e halte).
![]() |
| HÔTEL BURGUETE NAVARRE NAVARRE D'ANTAN |




















