LE DOMAINE ILBARRITZ DE BIDART EN 1914.
En 1893, le Baron Albert de l'Espée, héritier des fonderies de Wendel, en Moselle, immensément riche, découvrit ce site dominant l'océan et la ville, et décida d'acquérir soixante hectares de cette colline.
Voici ce que rapporta à ce sujet Henry Ternaux dans le mensuel Pyrénées-magazine, le 1er mars
1914 :
"Après quinze ans de mystère impénétrable, le légendaire château d'Ilbarritz a enfin ouvert ses portes au public. C'est en 1912 que, pour la première fois et par les soins de M. P. B. Gheusi, ce féérique voisin de Biarritz laissa pénétrer son mystère à l'occasion d'une fête musicale grandiose au profit de l'aviation militaire.
Jusque-là, il était demeuré solitaire, muet, érigeant fièrement sa silhouette sur le ciel, regardant la mer, les monts cantabriques, les longues falaises. Des légendes couraient sur son propriétaire "opulent artiste, d'un égoïsme hautain et raffiné" : le baron de l'Espée.
Passionné de ce qui est grand et beau, il fit construire voici quelques années ce château qui domine la mer et de la terrasse duquel le regard, embrassant, sur la droite et sur la gauche, le magnifique panorama de la Côte d'Argent, se heurte, en face, à la ligne d'horizon qui marque la jonction fictive de l'azur du firmament et du bleu vif des flots apaisés.
Selon les fantaisies de son imagination hardie, il avait créé une cité bizarre. "Partout, l'ingéniosité réfléchie de son invention instantanément exécutée par un architecte hardi, surpasse les légendes fondées sur l'extérieur barbare du domaine, hérissé d'un suzerain mépris du qu'en dira-t-on, au nom de "l'Art", devant l'aspect offensant de ses lignes dans le paysage. Pavillons chinois, tunnels, chemins couverts, interminable couleuvre des toits de tuile, tout surprenait dans cette mystérieuse cité. Que ne disait-on pas de ce fabuleux Baron que nul ne connaissait, qui ne voulait voir personne et qui gardait jalousement derrière ses fenêtres triples, ne laissant filtrer ni un son, ni une lueur, les chefs-d'oeuvre créés par son caprice : "portes burinées, serrures tout en ciselures, galeries ouvragées en plein chêne", murailles de marbres de tous pays et de toutes couleurs, "cheminées colossales de vieux rouvre sculpté et de marbre calabrais", et surtout l'orgue merveilleux dont il faisait, selon son inspiration, retentir les quatre-vingts jeux, "orgue sans rival, rempli de musique vivante comme une grenade de rubis mûrs".
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| VUE NORD DOMAINE ILBARRITZ BIDART (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel, (c) Commune de Bidart |
Et maintenant, de ces choses étranges, de cette solitude, il ne restera que le souvenir. Sur sa colline ardue, Ilbarritz va s'animer, dépouiller son mystérieux visage et offrir aux amoureux, toujours plus nombreux, de la côte Basque, l'attrait de sa situation unique, dominant l'Océan aux mille voix, et les maisons blanches de la côte qui "ouvrent sur le large les yeux songeurs de leurs fenêtres".
Ce domaine, vaste et grandiose, subit, en effet, actuellement, une série de transformations qui en fera un séjour de rêve dans une atmosphère de luxe, d'activité sportive et de manifestations artistiques. Et, qu'elle serait la surprise de l'hôte de jadis de percevoir à Ilbarritz cette rumeur cyclopéenne produite par une légion de terrassiers attaquant la brousse et fouillant le sol pour installer un golf, si, maintenant, il y revenait dans l'espoir de goûter le charme reposant de ce silence recueilli qui n'était troublé que par les voix mystiques de son orgue incomparable !
Depuis quelques mois, trois cents ouvriers environ s'acharnent à une terrible besogne ; des milliers de mètres cubes de terre ont été déplacés ; les landes, les ajoncs et les ronces ont été arrachés. Le terrain prend un autre aspect, un golf se dessine.
Sa superficie sera considérable. Il comprendra 18 "Greens" disposés d'après les indications précises d'un spécialiste anglais ; il renfermera, au surplus, de nombreux "Bunkeers" qui augmenteront les difficultés du jeu.
Outre la création future d'un splendide casino, les travaux de construction d'un Golf-House, entre le petit château féodal et la plage, avec tennis, commenceront incessamment. L'on affirme, même, qu'il sera terminé pour cet été, époque à laquelle le golf doit être inauguré.
Ce n'est pas tout, les propriétaires actuels du domaine ont songé à un Palace-Hôtel ; les architectes avaient l'intention de le situer à l'emplacement de la villa du baron de l'Espée qui aurait été rasée. Fort heureusement, il en a été décidé autrement ; la villa, le cas échéant, subira quelques modifications extérieures et l'intérieur sera transformé en salle de spectacles.
Des voies larges et unies seront percées et sillonneront, en tous sens, la nouvelle cité. Un funiculaire mettra en communication les deux versants de la colline.
Conception grandiose éclose de cerveaux judicieusement entreprenants ; travaux gigantesques qui donnent la mesure de l'effort humain lent et combiné : puissance du capital qui permet de réaliser, dans un temps relativement court, des projets plus surprenants les uns que les autres.
Et, autour de ce domaine, comme un écrin prêt à recevoir le futur joyau du littoral : la débauche verdoyante des collines de Bidart et de Guéthary où s'essaiement les maisons blanches, casquées de rouge, du pays basque ; la masse sereine des montagnes : la Rhune et les Trois Couronnes particulièrement, aux teintes si différentes suivant l'heure et la clarté.
Enfin, le légendaire lac de Mouriscot, près La Négresse, que le touriste, dans sa course rapide, entrevoit en même temps que le ciel changeant qui s'y contemple sous tous ses aspects."
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| LAC MOURISCOT BIARRITZ PAYS BASQUE D'ANTAN |













