CYCLOTOURISME AU PAYS BASQUE EN 1932.
Dès 1885, la revue Le Véloce-sport publie des circuits de randonnées à vélo.
Voici ce que rapporta à ce sujet, Henry Lacoste dans le Bulletin officiel de la Fédération française
des sociétés de cyclotourisme, en date du 1er décembre 1932 :
"... Le village d’Irissarry nous étant recommandé comme pittoresque, nous poursuivons dans cette vallée jusqu’à lui.
| VUE GENERALE D'IRISSARRY PAYS BASQUE D'ANTAN |
Nous sommes récompensés de notre peine par la vue d’un joli village au milieu duquel s’élève l’antique maison Ospitalia, véritable donjon, siège d’une Commanderie fondée au douzième siècle, et qui appartint plus tard aux Chevaliers de Malte. Ceci fait, nous revenons sur Ossès. A 1 500 mètres plus loin, deux vallées se présentent à nous, séparées par la montagne "La Jarra" (on peut y monter par une ancienne route militaire : belles vues sur le pays de Cizes et les Pyrénées).
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| 64 PIC DU JARRA 1908 |
Donc, partant de Eyharce, nous choisissons la vallée du Baïgorry, qui tire son nom du torrent qui l’arrose et du gai village étalé gracieusement au pied du vieux château féodal d’Echauz. Construit à une époque inconnue, il a été complètement remanié en 1555 et il présente encore des traces des moyens de défense de cette époque. Saint-Etienne-de-Baïgorry est relié à la vallée espagnole de la Bidassoa par une route qui, après avoir traversé une région pittoresque et sauvage, franchit la frontière au col d’Ispéguy (8 kilomètres). Une autre route pénètre au fond de la vallée en traversant les jolis villages de Banca, les Aldudes et Urepel. De ce dernier village, un sentier nous mène en Espagne par le col de Burdincuruch (1 029 mètres). Mais nous délaissons ces deux routes pour arriver à Saint-Jean-Pied-de-Port qui est le point terminus de cette randonnée.
Nous voici dans la capitale de la Basse-Navarre, ancienne place forte construite sous les ordres de Vauban.
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| PORTE DE FRANCE SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT PAYS BASQUE D'ANTAN |
Dès la Porte de France nous accueille un étalage de cuivres du pays, sonnailles de troupeaux, ferretas ou seaux de bois coniques, cerclés de métal, que nous avons déjà vus, chemin faisant, sur la tête de belles filles du pays, nobles et sculpturales comme des canéphores antiques, makilas ou bâtons basques à pointes, curieusement bagués de cuivre. A notre gauche, une enseigne de posada marque le souvenir et le voisinage de l’Espagne. La rue en pente raide est faite de maisons lourdes et massives, aux façades de grès rouge, sur les linteaux des portes desquelles se lisent de belles inscriptions en relief, aux lettres larges et nettes comme des rubriques de missel et qui associent encore, au seuil de la demeure familiale, le nom du mari et de la femme qui la firent construire.
Un petit pont sur la Nive de Béhérobie, qui traverse la ville comme un canal étroit et intime, et voici l’église du XVe siècle, dont l’intérieur sombre et nu respire déjà le mysticisme espagnol.
La Grande-Rue Centrale, sur la droite, se glisse silencieusement entre de belles maisons des XVIe et XVIIe siècles, aux balcons délicats, ornés de boules de cuivre, éclairés de plantes grimpantes, pour aboutir aux remparts signés de Vauban. En remontant, au contraire, sur la gauche, c’est une succession de maisons plus anciennes et plus rudes, aux moellons énormes, aux toits à larges auvents et à deux rangs de poutres, surplombant une rue au sol rugueux, infiniment solitaire et mélancolique sous le soleil de midi. Nulle boutique, nulle devanture moderne : fenêtres, portes, pas d’escaliers et ferrures sont là tels encore que purent les voir les patrouilles du XVIIe siècle, et il semble qu’en haut de cette rue, sous la porte fortifiée qui la termine et qui s’ouvre sur la campagne, on va trouver quelque corps de garde de soldats de Mazarin ou de grenadiers du Premier Empire, alors que Saint-Jean-Pied-de-Port pouvait se faire gloire de surveiller et de défendre notre frontière du côté de l’Espagne. Rien n’est plus touchant que la décrépitude de cette petite place forte, jadis redoutable, mais en des siècles où les nécessités militaires s’accommodaient avec le style des belles maisons bourgeoises et où les fortifications elles-mêmes se piquaient de grâce et d’élégance. Aussi a-t-on pu écrire fort justement, de la jolie citadelle navarraise qu’elle est devenue "plus charmante encore d’être inutile".
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| LE CHEMIN DE LA CITADELLE SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT PAYS BASQUE D'ANTAN |
Tel est le lieu choisi par le Comité Midi-Pyrénées pour le Rallye Pyrénéen de 1933, qui s’est assuré de la collaboration de l'Association Sportive et Touristique de Bayonne, avec MM. Laroche et Galam.
Nous comptons y voir beaucoup de cyclotouristes, car le pays vaut d’être connu. Je serais heureux d’avoir convaincu quelques amis de la "petite reine", par ce passage que j’ai décrit de mon mieux pour leur donner une idée sur le pays qu’ils auront à excursionner.
Le vrai pays de Ramuntcho.
M. Armand Praviel, écrivain très connu et d’une réelle valeur, écrit ceci dans son magnifique ouvrage : Côte d’Argent, Côte et Pays Basque, Béarn.
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| LIVRE CÔTE D'ARGENT CÔTE ET PAYS BASQUES BEARN 1927 D'ARMAND PRAVIEL |
"Sare, me semble-t-il, a plus de caractère. C’est qu’un enchanteur est passé par là, qui nous a fait mieux sentir la beauté de son église lourde comme une forteresse, et de ses lourdes maisons divisées en deux groupes, les unes serrées étroitement, avec leurs auberges à cidre et leurs boutiques simplettes, les autres, plus nombreuses, disséminées aux environs, parmi les arbres, dans des ravins, sur des escarpements. C’est que Sare n’est autre que ce village d'Etchezar où Pierre Loti a fait vivre son Ramuntcho et sa Gracieuse, Vincent et Mireille basques... "Ce village d’Etchezar, solitaire et haut perché sur l’un des contreforts des Pyrénées, loin de tout, loin des lignes de communication qui ont bouleversé et perdu le bas pays des plages, et qui demeure à l’abri des profanations étrangères, vivant de sa vie d’autrefois." Nous le reconnaissons tel qu’il a été fixé pour jamais, autour de ces deux choses qui en sont le cœur et qui en symbolisent l’existence : l’église et le fronton.
Les maisons y sont très élevées, aux murs déjetés parfois, mais soigneusement blanchis à la chaux, avec des chevrons débordants, des auvents de châtaignier peints en vert, de très petites fenêtres encadrées de granit et munies de contrevents pleins, et surtout avec d’importants balcons de bois, où sèchent au dernier soleil des citrouilles jaunes d’or, des gerbes de haricots roses et des chapelets de piments rouges, "toutes choses de la terre encore féconde, toutes choses du vieux sol nourricier, amassées ainsi suivant l’usage millénaire, en prévision des mois assombris où la chaleur s’en va".
| MAISON BASQUE SARE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Ces demeures, solides comme des citadelles, attestent la force et la durée de la famille basque, de cette famille-souche qui a résisté à toutes les évolutions des siècles et même aux destructions du Code civil.
Des vergers et des jardins les entourent, fleuris de lauriers-roses en pleine terre, de yuccas, de palmiers, d’hortensias, et de platanes soigneusement taillés en voûte, formant devant chacune d’elles comme une sorte d’atrium.
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| EGLISE ET CIMETIERE SARE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Voici l’église, entourée du cimetière. Si nous y entrons un dimanche, nous y retrouverons toute la population : les hommes dans les hautes tribunes qui l’encerclent, les femmes au rez-de-chaussée, la tête et le costume dissimulés sous le cachemire de deuil. Graves, ils ne vivent alors que pour la prière, chantant avec ensemble et avec élan les chants liturgiques : devant eux, absorbant leurs regarde, l’autel scintille sur un fond de vieux ors étincelants, d'entablements compliqués, de statues aux contournements excessifs et aux draperies tourmentées, dans le goût de la Renaissance espagnole. Comme l’a noté Pierre Loti, la magnificence du tabernacle contraste avec la simplicité des murailles latérales peintes tout uniment à la chaux blanche ; mais un air de vieillesse extrême harmonise ces choses que l'on sent habituées depuis des siècles à durer en face les unes des autres.
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| INTERIEUR EGLISE DE SARE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Par la magie prodigieuse d’un grand artiste, il semble, quand nous circulons à Sare, que nous nous trouvons au milieu d’anciennes connaissances : ces jolies filles, élégamment coiffées en cheveux, un soupçon de foulard sur la nuque, ces jeunes gens, aux figures rasées et brunies, auxquels les travaux des champs, de la contrebande et de la mer ont donné une maigreur presque ascétique, nous les reconnaissons. Qu’ils s’agenouillent autour des tombes, où viennent les convois de deuil en longue cape noire, qu’ils bondissent sur leur fronton de pelote, qu’ils dansent le fandango, le soir, aux sons des cuivres, ils nous sont familiers ; même leur cri de guerre et de joie, l'irrintzina, ne nous étonne plus, ce grand cri basque qui s’est transmis avec fidélité du fond de l’abîme des âges jusqu’aux hommes de nos jours, ce cri qui part de notes très hautes, féminines, et se prolonge avec quelque chose de rauque et de puissant, de mâle et de sauvage.
| FRONTON SARE 1907 PAYS BASQUE D'ANTAN |























