"M. A. de Barthélémy garde la lettre de M. Paul Raymond. On lit sur la chemise de F-17, 3304, I : "le Dictionnaire se composera de 29 feuilles". Il avisera à préparer soit une préface soit à insérer des notes explicatives."
Barthélémy ayant laissé paraître l'ouvrage sans y rien ajouter, il est fort regrettable de n'avoir pas cette lettre de Paul-Raymond ; peut-être donnait-elle quelque clarté sur la façon dont ce travail avait pu être mené à bonne fin en si peu de temps. Le 8 novembre 1862 Raymond renvoyait au Ministère "la 2e épreuve des placards Nos 1 à 5 du Dictionnaire. J'ai corrigé avec le plus grand soin ces épreuves".
Ce même jour le Ministère propose au Préfet des
Basses-Pyrénées l'acquisition d'un certain nombre d'exemplaires de l'ouvrage :
"M. le Préfet, Le "Dictionnaire Topographique des
Basses-Pyrénées", publié sous les auspices et aux frais de mon Ministère, par M. Paul Raymond, archiviste de votre Département, est en ce moment sous presse à l'Imprimerie Impériale. Avant de faire décomposer les feuilles déjà imprimées, je crois devoir vous demander, M. le Préfet, si vous ne jugeriez pas utile de prélever, sur les fonds du Département, la somme nécessaire à l'acquisition d'un certain nombre d'exemplaires du "Dictionnaire des
Basses-Pyrénées". Les frais de composition étant supportés par mon Ministère, vous comprenez que la dépense serait peu élevée puisqu'elle se bornerait au prix du papier et du tirage à part. Cent exemplaires, par exemple, ne coûteraient au plus que 205 francs. Cette considération de l'extrême modicité de la dépense, et surtout de l'intérêt qui s'attache pour chaque Département à posséder son Dictionnaire Topographique, m'ont déterminé, M. le Préfet, à vous soumettre cette proposition. Précédemment vos collègues d'Eure-et-Loir et de
l'Yonne m'ont demandé de réserver pour le compte de leur Département, le premier 600 exemplaires, le second 200 exemplaires du dit "Dictionnaire, afin d'en faire placer un dans
chaque Commune, dans les Tribunaux Civils et de Commerce, dans les Justices de Paix, et pour en faire don à MM. les Membres du Conseil Général, des Conseils d'Arrondissement, et aux
différents Chefs de leur Administration. Je ne doute pas que le Conseil Général des
Basses-Pyrénées ne s'empresse de ratifier ce que vous aurez jugé convenable de décider à ce sujet."
Le 15 novembre, le Préfet G. d'Auribeau répondait :
"J'ai l'honneur de faire connaître à V.E. que je ne dispose d'aucun crédit pour cette nature de dépenses, celui affecté à la Bibliothèque Administrative étant à peine suffisant pour solder les abonnements aux publications périodiques, et celui réservé pour dépenses imprévues se trouvant entièrement épuisé. "
Arrivons au 2e semestre 1863. Une lettre de Paul Raymond du 15 juillet nous révèle ceux qui lui ont facilité sa tâche :
"Monsieur le Ministre, l'impression du "Dictionnaire Topographique des
Basses-Pyrénées" venant d'être entièrement terminée, j'ai l'honneur de prier V.E. de vouloir bien porter sur la liste des personnes qui auront part à la distribution des exemplaires de cet ouvrage, celles dont les noms suivent ; elles m'ont fourni d'utiles renseignements pour la rédaction du "Dictionnaire". MM. Lemoine, Professeur agrégé d'histoire au Lycée de Pau ; Hatoulet, Bibliothécaire-Archiviste de la ville de Pau ; l'abbé Menjoulet, Archiprêtre d'Oloron ; Balasque, Juge au Tribunal Civil de Bayonne ; Dulaurens, Bibliothécaire-Archiviste de la Ville de Bayonne ; Campardon, Archiviste aux Archives de l'Empire, à Paris ; Croset, correspondant du Ministère, Archiviste à Agen ; Montigny, Professeur de rhétorique au Lycée de Sens, qui a bien voulu se charger de recherches spéciales à Paris."
Ainsi, Raymond rendait hommage dans le Département à Hatoulet, bien connu pour son édition des "Fors du Béarn", à l'abbé Menjoulet, auteur d'une précieuse chronique du Diocèse d'Oloron, à deux bayonnais, Balasque et Dulaurens, qui tiennent une place importante parmi les historiens de cette cité.
Le 18 août 1863, le Ministre prenait l'arrêté suivant :
"Quinze exemplaires du "Dictionnaire Topographique des
Basses-Pyrénées" sont mis à la disposition de M. Paul Raymond, Archiviste du Département, correspondant à Pau, en considération des soins qu'il a donnés à cette publication."
Le lendemain, lettre à Raymond :
"Monsieur, en vous réitérant l'expression de ma gratitude pour les soins que vous avez donnés à la publication du "Dictionnaire Topographique des
Basses-Pyrénées", j'ai l'honneur de vous informer que je viens de mettre à votre disposition 15 exemplaires de cet ouvrage. Vous pourrez ainsi, Monsieur, offrir votre travail aux diverses personnes que vous m'indiquez dans votre lettre du 15 de ce mois, comme vous ayant fourni d'utiles renseignements."
Dès le 5 juillet, un article d'E. Vignancour dans le "Mémorial des Pyrénées", attirait l'attention sur ce travail de "bénédictin" et reproduisait l'article relatif à "Lescar" pour donner une idée de l'ouvrage.
Ce "Dictionnaire", établi en 2 ans, est donc un véritable tour de force. Il contient XX-208 pages. Les XX pages d'introduction comportent :
1. — La description physique, pp. I-II.
2. — La géographie historique, pp. III-XVI :
a) époque gauloise : pp. III-IV,
b) domination romaine : pp. IV-V,
c) divisions ecclésiastiques : pp. V-VII,
d) organisation civile et judiciaire jusqu'en 1789 : pp. VII-X,
e) organisation en 1790 : p. X,
f) organisation civile en 1863 : pp. XI-XVI.
3. — Liste alphabétique des sources où l'on a puisé les renseignements contenus dans ce Dictionnaire : pp. XVI-XX, à trois colonnes.
Comme sources extérieures au Département, Raymond signale le fonds de l'Ordre de Malte aux Archives de la Haute-Garonne, les Aveux de Languedoc aux Archives de l'Empire (Nationales), la collection Duchesne (volumes 99 à 114, renfermant les papiers d'Oïhenart), et des Registres d'aliénations du Diocèse de Dax, à la Bibliothèque Impériale (Nationale).
Comme sources imprimées : La très précieuse "Histoire de Béarn" de Pierre Marca (1640), qui contient la mention de maints documents disparus, comme le "Cartulaire de l'Evêché de Lescar" et celui de l'Abbaye de Sauvelade. Pour la Navarre : Martin Biscay, "Derecho de naturaleza que la Merindad de San Juan del Pie del Puerto, una de las seis de Navarra, tiene en Castilla" (1622, petit in-4°) ; Camara de Comptos, titres publiés par José Yanguas Miranda, "Diccionario de Antiguedades del Reino de Navarra" (1840, 4 vols. in-4°, Pamplona).
A noter que les seules cotes précises données dans le "Dictionnaire" correspondent au Tome I des Inventaires-Sommaires paru presque simultanément. Par contre, les renvois cotés "E" doivent être cherchés dans le 2e inventaire de la série B.
IV. — Pertes et préservation de documents :
L'incendie des Archives Départementales en novembre 1908 a détruit 400 liasses et registres de la Série B, principalement du XVIe siècle inventoriés par Raymond, tout le fonds administratif de la Révolution et du XIXe siècle.
Les 40 dernières années ont vu des dons et dépôts importants pour le Béarn et le Pays Basque.
Les dons Batcave, Bauby, Chanoine Dubarat, Schloesing et Chanoine Laborde, ont apporté des compléments à l'histoire du Béarn. — Qu'il me soit permis ici de saluer la mémoire du Chanoine Laborde, cet incomparable connaisseur de l'histoire béarnaise, qui lisait encore sans lunettes des textes du Moyen Age et du XVIe siècle, le 6 août dernier, à près de 85 ans, et qu'un infarctus terrassait le 18. — La plupart des minutiers béarnais sont aussi déposés aux Archives Départementales jusqu'au milieu du XIXe siècle et même un peu au delà.
Pour le Pays Basque, représenté autrefois par les seuls Notaires souletins Ohix, Johanne et Bérétérèche, il y a maintenant des fonds notariaux importants ; ils datent du début
du XVIIe s. pour Bayonne et Saint-Jean-de-Luz. Une étude bayonnaise a versé le XIXe siècle entier. Raymond est complété sur ce point par deux répertoires numériques imprimés et un
répertoire dactylographié.
On doit à feus le Dr Constantin et Etchats (de Beyrie-sur-Joyeuse) quelques documents intéressants sur les provinces basques. Mais le fonds privé le plus intéressant est celui qui
a été déposé le 20 février 1959 par Me Clérisse, celui d'
Urtubie, y compris les Lalande d'Urtubie, qui va de 1493 à 1841 ; beaucoup de pièces concernent Urrugne, Saint-Jean-de-Luz et Ciboure, quelques-unes la première guerre carliste ; un répertoire numérique de la Série J fera connaître ces dons. — Les Archives détiennent aussi 2 importants registres du Bilçar (Assemblée Générale du Labourd) pour le XVIIIe siècle.
En matière d'Histoire rien n'est inutile : Les documents venant de familles de hauts personnages comme celles de notabilités locales, peuvent tous avoir beaucoup d'intérêt. Qu'il me soit permis d'insister auprès des détenteurs de pièces d'histoire générale, régionale ou locale, pour qu'ils les signalent à des Organismes Publics comme, en me plaçant dans le cadre de notre Département, les Archives Départementales, le
Musée Basque, la Bibliothèque de
Bayonne, etc. Sans doute aimerait-on qu'ils en fassent le dépôt ; mais certains, peut-être beaucoup, tiennent à conserver les archives dont ils ont hérité ou les collections qu'ils ont réunies à grand-peine. C'est là un sentiment très légitime. Mais qu'ils ne gardent pas ces documents sous le boisseau, si je puis m'exprimer ainsi, qu'ils en permettent l'examen, que des microfilms soient établis de toutes les pièces intéressantes afin que les travailleurs puissent en tirer parti, en tenant compte des réserves que peuvent faire les propriétaires.
Il ne faudrait pas qu'à l'avenir on voit des disparitions ou des destructions infiniment regrettables comme celles des Archives du
château d'Uhart, qui étaient déposées en 1892 au presbytère de
Garris, ou des 15 000 lettres qui se trouvaient en 1868 au château de Cabidos, près d'Arzacq, appartenant au baron de Trubessé."