UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE.
Depuis des siècles, il y a des pêcheurs au Pays Basque.
Voici ce que rapporta à ce sujet Madame Maxime Dégros dans le Bulletin de la Société des
sciences, lettres & arts de Bayonne, en juillet 1940 :
"La grande Pêche Basque des origines à la fin du XVIIIe siècle.
... Sous l’impulsion de Vrolicq, la compagnie havraise finit en 1635 par obtenir pour cinq ans le monopole de la pêche dans la région de Terre Verte et du Refuge français, créant ainsi au sud de l’archipel, une petite France arctique. Vrolicq y installa des fourneaux, des loges et des quais en bois. Mais deux ans plus tard, les Danois à qui il avait lui-même appris l’art de la pêche, prétendirent interdire l’accès de la côte aux pêcheurs français ; ils détruisirent les établissements de Vrolicq, rendirent sa pêche impossible et le roi Christian IV déclara à Louis XIII que l’Océan arctique lui appartenait.
La situation très critique des Français fut heureusement sauvée par l’ingéniosité du Luzien François Sopite, qui trouva une méthode pour fondre le lard à bord supprimant ainsi aux navires l’obligation d’accéder à la côte.
Ni les Hollandais, ni les Anglais, ne découvrirent le moyen employé par Sopite.
Ils devaient attendre d’être à terre pour fondre la graisse, aussi leur huile avait-elle une odeur qui la rendait très inférieure à l’huile basque.
La pêche aurait pu reprendre alors une nouvelle activité ; mais en 1636, les Espagnols ravagèrent St-Jean-de-Luz, Ciboure et Socoa. Ils s’emparèrent de quatorze navires revenant du nord, chargés de lard et de fanons, gardèrent la marchandise et brûlèrent les navires. Ce fut une perte irréparable pour les Basques qui durent, pendant le temps nécessaire à la construction d’une nouvelle flotte, se borner à quelques armements privés (on sait que quelques frégates continuèrent à faire relâche en Norvège) ou à louer leurs services.
Un autre coup leur fut porté quand, en septembre 1644, Mazarin laissa créer, sous la direction de Claude Rousseau, bourgeois de Rouen, une "Compagnie du Nord pour entreprendre le commerce, fonte et pêche des balaynes... es contrées du nord et autres lieux et faire le débit des huilles et fanons en provenant"...
Les Bayonnais firent connaître au gouvernement "que les Basques se trouvent privés de l’exercice de ladite chasse et pêche qui leur est si naturel que les estrangers mesmes sont contrainctz d’avouer qu’ilz le tiennent d’eux et qui, outre la ruine entière des dits habitants ... les réduirait à la nécessité de sortir hors du royaume ..."
Deux ans plus tard, les Basques réagissant à leur tour créent la "Compagnie de mer de St-Jean-de-Luz et de Siboure" et Mazarin partage entre les deux compagnies le monopole de la pêche. Toutes deux armeraient séparément mais le même nombre de navires, emportant des barriques de même jauge ; elles fourniraient tout le royaume d’huile et de fanons, devant pour cela se mettre d’accord pour établir le prix de vente.
La compagnie de St-Jean-de-Luz parvint à équiper vingt-cinq vaisseaux, qu’elle arma en guerre. Son privilège fut renouvelé en 1669.
Malgré cela, les baleiniers basques allèrent de moins en moins au Spitzberg, car les guerres franco-hollandaises les obligèrent, soit à munir de canons leurs bâtiments de pêche, ce qui les alourdissait, soit à les faire protéger par des navires de guerre, ce qui augmentait les frais.
Les grandes expéditions dans le Nord prirent fin et avec elles disparut la France arctique.
Tandis que se créait, puis se désorganisait la ligne commerciale vers l’océan glacial, les Basques continuèrent à prendre chaque année le chemin de Terre-Neuve. Les guerres incessantes du XVIIe siècle le leur rendirent périlleux, à cause des corsaires qui sillonnaient l’Atlantique. Dans l’île même, leurs pêcheries souffrirent de toutes les tracasseries imaginées par les Anglais.
Le gouvernement fit escorter les bateaux de pêche par des navires de guerre, ou armer en guerre les baleiniers eux-mêmes (en 1625 quatre baleiniers commandés par Lohobiague, Aretche, Hirigoyen et Haristéguy, de St-Jean-de-Luz, protégèrent la flotte basque) mais cela n’empêcha pas les captures. Dix navires de Capbreton revenant chargés de Terre-Neuve sont pris en 1648 ; deux autres qui viennent de quitter St-Jean-de-Luz le sont en 1653.
Le premier moyen, réellement efficace de protection, fut en 1660 la concession du port de Plaisance, faite par Louis XIV à Nicolas Cargot qui le fortifia en construisant le fort St-Louis, et en fut le premier gouverneur. D’autres lui succédèrent jusqu’en 1713.
Vers 1690, le gouvernement songea sérieusement à s’établir à Plaisance.
Il s’enquit avant tout de l’appui des pêcheurs basques "sans quoy il est inutile de songer à aucun établissement... tout le revenu qu’on a... consiste dans la pêche par le moyen des pêcheurs qui ont accoustumés jusqu’à présant de venir du pays basque". Les commissaires de marine de Bayonne et St-Jean-de-Luz promirent de ne pas empêcher les départs et en 1696, le chevalier d’Iberville prit officiellement possession de l’île qui fut déclarée colonie française ; ceci n’arrêta pas, au contraire, l’hostilité des autres nations.
En 1693, après avoir fait campagne contre les Hollandais dans les mers du nord, trois navires basques commandés par de célèbres corsaires : Croisic, Louis de Harismendy, Larreguy avaient dû partir en Amérique pour protéger le retour des tereneuviers français.
Deux navires de St-Jean-de-Luz sont pris par les Hollandais en 1706, deux de Ciboure par les Anglais en 1708.
Il faut dire que les Basques étaient un peu responsables de la capture de leurs propres vaisseaux, car ils refusaient, comme l’indiquait l’Ordonnance de la marine de 1681, d’armer une partie de leur équipage (le tiers au moins aurait été nécessaire). Ils prétendaient que, s’ils étaient pris sans armes, ils se libéraient à bien meilleur compte.
La guerre mit Louis XIV, en 1709, dans l’obligation d’interdire la pêche ailleurs que dans la baie de Plaisance ; mieux valaient des limites restreintes et plus facilement défendables ; et ce fut une frégate royale, uniquement montée par des Basques, qui protégea les pêcheurs cette année-là.
L’année suivante commencèrent les préliminaires de la paix. On parla de céder Terre-Neuve à l’Angleterre. Très inquiets, les Basques écrivirent lettre sur lettre au Contrôleur général ; il les assura que la pêche continuerait à être libre et que par conséquent, ne disparaîtrait pas leur principal moyen d’existence.
Après cet historique, les statistiques qui vont suivre permettront de se faire une idée de l’évolution des armements basques, entre le début du XVIIe siècle et le traité d'Utrecht.
Le XVIIe siècle, malgré les difficultés de ses dernières années, fut le beau moment de la pêche basque, dont l’apogée s’affirma nettement entre 1620 et 1680.
Dans cette période partirent, uniquement pour la grande pêche, 60 navires et 3 000 marins tous les ans. Ce fut le moment de la grande richesse du pays. La fortune acquise par la vente des produits de leur pêche, permit aux habitants d’embellir leurs villes, et leurs demeures. Bayonne et St-Jean de-Luz se développèrent beaucoup, St-Jean-de-Luz surtout, où chaque famille de pêcheurs posséda une maison confortable et où les armateurs jouirent alors d’une grosse fortune.

CARTE DE TERRE-NEUVE 1783

4 500 matelots sont recensés en Labourd en 1635. En 1660 on en compte 3 000 au moins pour 80 navires. En 1664, il y a 16 baleiniers et 9 morutiers à Bayonne ; 18 baleiniers et 18 morutiers à St-Jean-de-Luz ; à cette date Bayonne possède 19 bâtiments de plus de 100 tx (sur 200 dans toute la France). En tout elle a 39 navires ; son amirauté occupe en France le treizième rang, mais comme elle est la plus petite au point de vue territoire elle arrive proportionnellement avant celle de Marseille.
En 1667, un tarif douanier très protecteur arrive à point, car à partir de ce moment les Basques se trouvent aux prises avec de grosses difficultés ; ils souffrent de la guerre, les ravages que la mer occasionne dans leurs ports commencent à leur coûter fort cher. Anglais et Hollandais leur font alors une dangereuse concurrence ; les pêcheurs établis à Terre-Neuve sont maltraités sans cesse par des émigrants anglais qui se fixent dans l’île ; en France, le nombre des marins diminue ; certains, séduits par une importante rémunération, partent servir des armateurs de Nantes, La Rochelle, ou Bordeaux ; d’autres surtout sont enlevés aux armateurs par l’introduction du système des classes.
Malgré toutes ces raisons, la prospérité du pays ne déclina pas grâce au tarif douanier de 1667.
En 1672, à eux seuls, St-Jean-de-Luz et Ciboure envoyèrent à Terre- Neuve 39 baleiniers de deux et trois ponts, jaugeant 300 tx et 19 morutiers.
Vingt six ans plus tard, ils n’avaient en tout que 34 navires.

CARTE TERRE-NEUVE 1807

4 000 marins partent pêcher la baleine en 1675.
A Bayonne en 1679, sur un total de 2 736 matelots, 960 partent pour la pêche de la morue et 768 pour celle de la baleine.
De 1680 à 1687, on arma annuellement dans la région 40 baleiniers de 200 à 250 tx presque tous à trois ponts.
En 1694 St-Jean-de-Luz et Ciboure signalent 15 à 20 vaisseaux.
Un recensement du Labourd en 1695 n’indique que 982 marins ; beaucoup sont alors employés sur des navires de guerre ; d’autres ont passé à l’étranger, dépités par quelques années de mauvaise pêche, de sorte que "quoiqu’il ne reste que 22 vaisseaux dans le pays, quy ne font pas l’amoytié de ceux qu’il y avoit autrefois, on n’a pu envoyer à la pêche l’année dernière que 9 vaisseaux seullement ...". Les deux communes de St-Jean-de-Luz et Ciboure "sont réduites à un accablement et à une dernière misère et ensuite tout le dedans du pays. Cette navigation n'estait pas seulement avantageuse pour les Basques elle l’était pour tout le royaume qui tirait des proffits considérables par la vente des huiles, fanons de baleines, des morues et par l’achapt du sel et diverses denrées pour l’avituaillement de leurs vaisseaux dont les droits se payaient au roi".
Au début du XVIIIe siècle, Bayonne et St-Jean-de-Luz n’envoyèrent chaque année que 12 à 15 baleiniers. 1707 fut une année de très mauvaise pêche pour tout le monde ; aussi en 1708, ni Bayonne ni St-Jean-de-Luz n’armèrent de baleinier, seule Ciboure en équipa trois.

CARTE DE L'ÎLE DE CAP BRETON VERS 1750












