LE DÉPOT MONÉTAIRE D'URIO BEHEREA À SARE AUTREFOIS.
En 1965, des pièces romaines sont découvertes lors de fouilles à Sare.
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GROTTES DE SARE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Voici ce que rapporta à ce sujet Jean-Luc Tobie dans le Bulletin de La Société des Sciences, Arts
& Lettres de Bayonne, en janvier 1973 :
"Le dépôt monétaire d'Urio Beherea à Sare.
Apport à l'étude de la circulation du bronze avant Gallien dans l'Aquitaine Méridionale.
Au début du mois de février 1965 explorant la petite grotte de Urio-Behera située dans la commune de Sare (Pyrénées-Atlantiques) nous découvrîmes, à proximité de l’entrée supérieure, dans un horizon stratigraphique superficiel, une monnaie dans un état d’oxydation avancé qui se révéla au nettoyage être un grand bronze à l’effigie d’Antonin le Pieux. Avec cette monnaie, avaient été trouvés divers fragments de céramique protohistorique très fragmentés.
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| SESTERCE ANTONIN LE PIEUX |
Une autorisation de sondage fut accordée par la Direction des Antiquités Historiques d’Aquitaine et nous pûmes, dans les mois qui suivirent, et au hasard des week-ends dont nous disposions, effectuer une fouille convenable du sol de cette petite caverne.
La grotte d’Urio Beherea est située dans le massif calcaire de Lekugaixto. Sur le versant oriental de ce massif, surplombant le ruisseau Urio, s’élève une falaise rocheuse tranchée par une profonde entaille déterminant deux promontoires rocheux ; le méridional renferme la grotte d’Urio-Gaina, l’autre qui se relève nettement vers le Nord domine les faibles collines entourant Sare. C’est dans ce dernier promontoire rocheux que s’ouvre la grotte où fut trouvé le dépôt monétaire, Urio Beherea. Celle-ci traverse de part en part l’extrémité du promontoire dans la direction N.N.W.-S.S.È. et comporte une entrée à chacune de ses extrémités. L’accès de l’entrée méridionale est le plus malaisé : un étroit passage à flanc de falaise mène à une petite plate-forme de 3,20 m sur 3 m d’où l’on domine un très ancien chemin, lequel, sur la rive droite de l’Urio, s’accroche au flanc de la Peña Plata et aboutit en direction de l’Espagne à la ligne de crêtes qu’il utilise jusqu’au-delà du col de Navalas, et de là poursuit vers l’ouest jusqu’à la vallée de la Bidassoa et Vera. Une deuxième branche, par le col des Trois Bornes, en direction de Gorea, rejoint la vallée de la Bidassoa par Echalar. C’est donc là une route aisée vers cette vallée, certainement en tout cas plus aisée que par le col de Lizarrieta aujourd’hui emprunté. Au reste, son antiquité n’est plus à démontrer, car elle est jalonnée tout au moins dans sa montée septentrionale par bon nombre de traces de sépultures protohistoriques et sa configuration (doublement et parfois triplement de son assiette par endroits, son encaissement, des restes de pavage) ne fait que conforter d’aussi patentes preuves archéologiques.
Sur cette plate-forme étroite s’ouvre une galerie de 2,60 m de large à son départ, allant se rétrécissant jusqu’à 2 m, pour s’élargir ensuite jusqu’à dépasser 6 m. C’est cet élargissement qui constitue la grotte proprement dite. L’ensemble a une vingtaine de mètres de long et débouche vers le Nord par une chatière (la deuxième entrée) dans un abri assez imposant et visible d’assez loin.
Voici donc plutôt un large boyau assez inconfortable car très fortement incliné et dont le sol marque une pente constante s’abaissant vers le Nord, la dénivellation entre les deux accès étant très forte. En outre, cette dénivellation entraîne un appel d’air continuel (l’entrée la plus basse étant située aux vents dominants) qui ajoute à cet inconfort mais s’avère par contre excellent pour le tirage de foyers et l’évacuation de la fumée par l’entrée supérieure.
Mais nous ne traiterons pas ici du site dans la mesure où il a servi d’habitat provisoire ou d’éphémère refuge à l’époque protohistorique ou historique, nous ne considérons ce lieu que comme le cadre discret d’une cachette monétaire dont nous entreprenons l’étude, et peut-être même comme le théâtre d’un petit drame d’il y a seize siècles...
Le tamisage systématique de tout le sédiment composant le sol de la grotte livra donc treize autres sesterces, tous groupés en contrebas de l’entrée méridionale, épars, mais cependant concentrés sur une surface de 4 m 2 au maximum ; aucun débris de poterie nettement identifiable de l’époque romaine ne put être décelé. Il semble donc que ces pièces aient été jetées depuis l’ouverture méridionale et que la solifluxion très forte du fait de la pente et des infiltrations d’eau les aient entraînées, le temps aidant, jusqu’en bas où elles se sont trouvé arrêtées par un coude que fait le boyau et qui correspond très localement à une absence de pente. C’est contre la paroi de ce coude que les 80 % des monnaies ont été trouvées, le reste était encore plus haut vers l’entrée, en cours de cheminement. Il ne faut cependant pas qu’une telle constatation nous fasse repousser l’éventualité d’un dépôt moins précipité et il se peut aussi fort bien qu’un homme ait trouvé le temps de creuser, probablement à l’emplacement de la plus grande densité de trouvailles, un trou pour y enterrer à même le sol son pécule. Car les occupations postérieures dont nous avons retrouvé les traces évidentes ont pu bouleverser le sol meuble bien peu épais, les monnaies antiques ont pu même être mises au jour et la plus grande quantité emportée, soit pour la fonte, soit encore, et cela est vraisemblable, pour les remettre en circulation : l’on a vu, dans les campagnes et jusqu’au début de ce siècle, des bronzes antiques être utilisés sur le marché comme espèces divisionnaires (gros sous).
Nous n’aurions dans cette hypothèse que les restes d’un dépôt plus important, mais fort heureusement si tel est le cas, et nous ne pourrons jamais trancher, les espèces récupérées par nous paraîtraient bien représentatives de l’ensemble, si l’on en juge par des confrontations avec des trésors de bronzes d’époque sensiblement identique, trouvés particulièrement en Aquitaine, qui paraît se comporter en matière de durée de circulation du monnayage de bronze du Haut-Empire, différemment du reste de la Gaule. Mais nous reviendrons sur ce problème en gardant comme hypothèse de travail l’idée qu’il s’agit d’un ensemble homogène de 14 grands bronzes dissimulés pour une raison que nous tenterons d’éclairer et que leur dernier propriétaire n’a jamais pu venir récupérer.
Il s’agit de 14 sesterces (HS), dont nous répartissons ci-dessous les émissions par règnes :
Trajan (98-117) : 1 sesterce (fruste) à l’effigie de Trajan.
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| SESTERCE TRAJAN |
Hadrien (117-138) : 3 sesterces (dont un fruste) à l'effigie d’Hadrien.
Antonin (138-161) : 4 sesterces à l’effigie d’Antonin. 1 sesterce à l’effigie de Faustine Jeune.
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| SESTERCE FAUSTINE LA JEUNE |
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Marc-Aurèle (161-180) : 2 sesterces à l’effigie de Faustine Jeune.
Commode (180-192) : 1 sesterce de Consecratio à l’effigie de Marc Aurèle. 1 sesterce (fruste) à l’effigie de Commode.
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| CESTERCE CONSECRATION MARC-AURELE |
Sévère-Alexandre (222-235) : 1 sesterce à l’effigie de Sévère- Alexandre.
Ce qui donne le décompte chronologique suivant :
Trajan 1
Hadrien 3
Antonin 5
Marc-Aurèle 2
Commode 2
Sévère-Alexandre 1
Total : 14
Lorsque l’on examine ce lot, une première constatation s’impose, c’est que, à une exception près — la monnaie fruste de Commode — l’usure des pièces est plus accentuée quand on remonte dans le temps.
Ainsi la plus ancienne, le bronze de Trajan a son avers à peine lisible, le revers, lui, est totalement effacé ; cette monnaie a donc circulé jusqu’à sa limite, en tout cas elle eût pu dans cet état difficilement tenter un thésaurisateur. Il en est de même de deux sur trois des pièces du règne suivant, celui d’Hadrien. Dans l’ensemble d’ailleurs et compte tenu d’un milieu humide dans lequel ce dépôt a été conservé, à part une frappe d’Antonin et la monnaie de Consecratio émise sous Commode, toutes ces monnaies ont beaucoup circulé et nous ne nous trouvons pas semble-t-il en présence d'espèces choisies pour être thésaurisées."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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Par contre, la monnaie la plus récente, le sesterce à l’effigie de Sévère-Alexandre, est fleur de coin, en tout cas, il n’a guère circulé entre sa frappe et l’époque de sa cachette.