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jeudi 25 décembre 2025

UNE ENQUÊTE SUR LES CHUTES DE BANCA EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1929 (deuxième et dernière partie)

 

LES CHUTES DE BANCA EN 1929.


Le ruisseau Banca se jette dans la Nive des Aldudes.



pays basque autrefois barrages chutes saumon basse-navarre
PASSERELLE DE BIDARTIA
CHUTES DE BANCA BASSE-NAVARRE
BULLETIN SOCIETE PÊCHEURS DE LA NIVE N°12




Voici ce que rapporta à ce sujet M. Rocq dans le Bulletin N°12 de la Société des Pêcheurs de la 

Nive :


"L'enquête sur les chutes de Banca.


Nous sommes convaincus que, après cette inspection, il ne pourra que conclure à la nécessité de maintenir nos rivières "merveilleuses pour la truite", nous ajoutons "merveilleuses pour le saumon", et pour cela il faudra qu'on leur laisse leur débit naturel.



Un point intéressant fut enregistré ; devant toutes les personnalités officielles, le représentant de la Société des Chutes de Banca, dont l'avis fut corroboré par M. le professeur Roule, déclara que la Nive de Baïgorry produisait plus de cent kilos de truites par kilomètres et par an.



Nous avons énuméré tous les travaux de pisciculture effectués depuis cinq ans, principalement dans la Nive de Baïgorry. 



Chacun sait les dizaines de milliers d'alevins qui sortent chaque année de nos piscicultures pour cette seule rivière, nos comptes rendus sont publiés, et nous avons eu notamment pour Urepel, plusieurs articles de journaux très élogieux émanant de correspondants locaux. 



A la suite de cette enquête, je fus invité à fournir un rapport détaillé. 



Je l'ai fait aussi scrupuleusement que possible, le rapport lui-même a douze pages dactylographiées, mais avec les annexes il atteint 45 pages, plus les extraits de nos bulletins ; nos camarades peuvent en consulter un exemplaire au bureau de Bayonne



Je donne ici un résumé succinct des annexes. 



La première est une enquête faite auprès des inscrits maritimes de Bayonne, en présence de M. l'administrateur en chef de l'Inscription maritime. 



Cette enquête indique que les montées de saumon se capturaient non seulement dans la basse Nive, mais entre le confluent et la Barre et encore lors des crues de la Nive dans l'Adour entre le pont Saint-Esprit et le pont de Mousserolles ; c'est là que le saumon est refoulé. De plus, les inscrits signalaient que les montées en Nive vont en augmentant et que cette année en particulier il a été pris autant de saumons dans la seule basse Nive que dans tout l'Adour. 



C'est là un point capital. 



La deuxième annexe comprend les rapports de notre directeur des piscicultures, M. Antchartechahar, garde commissionné des Eaux et Forêts, sur les frayères de saumon relevées par lui chaque année sur mes ordres. 



Ces relevés faits depuis 1925-1926 ont une importance considérable. 



Au 21 janvier 1926 on relevait dans la Nive, d'Arrossa aux Trois-Eaux (pool. 1) : 32 grandes frayères ; sur la Nive d'Arnéguy, six frayères jusqu'au barrage Haramburu ; sur la Nive d'Esterençuby, trois frayères des Trois-Eaux au barrage Anxo ; sur le Laurhibar, trois frayères jusqu'au barrage Haramburu. 



Sur la Nive de Baïgorry : huit grandes frayères jusqu'à Eyhéralde. 



Pour la saison 1926-1927 on relevait au 3 janvier :



Trente grandes frayères d'Arrossa à la digue Inchauspé à Saint-Jean-Pied-de-Port ; sur la Nive d'Arnéguy, six frayères ; sur la Nive de Baïgorry, six grandes frayères.



Durant l'année 1927, le barrage d'Halsou opposa une barrière presque infranchissable au saumon. Résultat : 


Nive de Baïgorry : pas de frayères. 

Nive de Saint-Jean-Pied-de-Port : trois frayères. 

Même situation en 1928. Et en 1929-1930 : 

Nive de Baïgorry : trois frayères. 

Nive de Saint-Jean-Pied-de-Port : 7 frayères. 

Laurhibar : 1 frayère. 



La troisième annexe est un extrait du livre de M. J.M. Menzies, inspecteur adjoint des pêcheries de saumon pour l'Ecosse, relatant les statistiques qui établissent nettement l'existence d'une race séparée de saumon par district. 



L'annexe IV est une carte de la Nive au 1/50 000 où les zones de frayères à saumon sont indiquées, et classées en frayères principales et secondaires. 



L'annexe V comprend les bilans de notre Société pour 1924, 1925, 1926, 1927, 1928, afin de montrer l'effort financier. 



L'annexe VI est une suite de rapports : 

a) Sur la valeur économique du saumon en France et l'évaluation des montées dans l'Adour. 

b) Sur la valeur économique et touristique du saumon en Pays Basque. 

c) Sur les dommages à la valeur des propriétés par la suppression du saumon en Nive. 


J'attire particulièrement l'attention des propriétaires sur ce dernier point.


Depuis trois ans, donc bien après la revalorisation relative du banc, on assiste à une hausse considérable de toutes les propriétés situées le long du Gave d'Oloron, hausse uniquement due à l'attraction de la pêche du saumon. Dans une petite localité près de Navarrenx, telle propriété vendue 60 000 francs il y a deux ans, est vendue 300 000 francs. Le même mouvement va se produire le long de la Nive si le saumon est protégé comme il l'est actuellement, sa suppression priverait au contraire les riverains de cette plus-value, et par voie de conséquence le Trésor y perdrait les droits importants sur les mutations. Car lorsqu'une propriété se vend 300 000 francs, il ne faut pas oublier que l'Etat encaisse près de 75 000 francs, et cela grâce au saumon, le long du Gave d'Oloron. 

d) Sur la perte directe subie par l'Etat en cas de suppression du saumon, ceci concerne le régime d'exploitation des rivières à saumon. 

e) Sur l'organisation piscicole créée par la Société des Pêcheurs de la Nive. 



Enfin des extraits de nos bulletins sur le déversement d'alevins et nos travaux de pisciculture. 



Nous espérons que ce rapport suffira à montrer à la Commission que les barrages projetés sont contraires à l'intérêt public comme à tous les intérêts particuliers. 



Nous serons particulièrement heureux si nous avons pu convaincre toute la Commission et faire maintenir ainsi une des plus admirables richesses de notre région.




pays basque autrefois barrages chutes saumon basse-navarre
BULLETIN N°12
SOCIETE DES PÊCHEURS DE LA NIVE



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Nos camarades inscrits maritimes que notre enquête avait mis au courant des projets de barrage ont de leur côté adressé une pétition au ministre de la Marine marchande pour protester contre toute atteinte au principe de l'interdiction des barrages sur la Nive. Cette protestation était d'autant plus véhémente que cette année la montée en Nive est très belle et qu'il avait été formellement assuré l'an dernier que tout nouveau barrage serait refusé. 



M. Garat, député, maire de Bayonne, appuya cette requête et le ministre de l'Agriculture vient de donner l'assurance qu'il conclura au rejet des dits barrages. 



C'est le premier résultat de l'enquête du 24 janvier, puisque le ministre de l'Agriculture avait accepté le principe de la révision éventuelle de la limite amont de la zone réservée. 



Mais il faut encore savoir si la Commission interministérielle des barrages approuvera le rejet. 



Donc ne nous endormons pas !"




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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vendredi 5 décembre 2025

LE RÉGIME JURIDIQUE DE LA NIVE AU PAYS BASQUE EN 1927

LE RÉGIME JURIDIQUE DE LA NIVE EN 1927.


En 1927, la Société des Pêcheurs de la Nive rappelle les droits et devoirs des pêcheurs sur la Nive.



LA NIVE
CAMBO-LES-BAINS 1928
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta le Bulletin N°1 de la Société des Pêcheurs de la Nive :



"Le Régime Juridique de la Nive.



La rivière principale formée à Saint-Jean-Pied-de-Port de la réunion des Nives d'Arnéguy, d'Esterençuby, de Laurhibar, est classée sous trois régimes distincts.



Jusqu'à 1 500 mètres environ en aval du confluent des trois Nives, elle est rivière particulière.



De ce point au pont de la gare de Cambo, elle est flottable ; de là au barrage qui se trouve à 1 500 mètres en aval d'Ustaritz, elle est navigable ; de ce barrage à l'Adour, elle est soumise à la juridiction maritime.



Dans toute rivière navigable ou flottable le droit de pêche appartient à l'Etat en vertu de la loi de 1829 qui n'a d'ailleurs fait que préciser des états de fait et de droit antérieurs. Ce droit de pêche s'accompagne de l'usage des chemins de halage et des marchepieds le long des rives.



Les rivières ont été divisées en lots. Sur la : 8, de longueurs inégales. Pour ces lots, les droits de pêche au filet, aux cordeaux, à la ligne plombée, sont mis en adjudication tous les cinq ans.



L'Etat a rigoureusement limité le nombre des permis à distribuer dans chaque lot ; ainsi pour le lot n° 6 à Cambo, un adjudicataire aurait le droit de délivrer 8 permis de pêche aux lignes, donnant droit chacun à pêcher avec deux lignes à cannes et six cordeaux de six hameçons chacun, trois permis de petite pêche donnant droit d'utiliser en plus des engins ci-dessus : un échiquier, un épervier ou trois verveux.



Dans le lot N° 7, à Ustaritz, les nombres de permis sont les mêmes, ils confèrent à onze personnes le droit de pêche au cordeau.



Une disposition nouvelle introduite dans le cahier des charges de 1924 permet au concessionnaire de délivrer en outre, sur le lot 7 par exemple, 15 permis de pêche à la ligne plombée à une ou deux cannes, ces permis ne donnant aucun droit au cordeau. Sur les lots 7 et 8, les seuls que la Société des Pêcheurs de la Nive ne possède pas, ces permis de pêche à deux lignes sont cédés, paraît-il, à 50 francs par an.



Lorsque la rivière est louée à une Société de pêche, celle-ci peut louer soit sous le régime ordinaire, c'est-à-dire, le régime des permis aux lignes, cordeaux et filets en nombre limité, soit sous le régime spécial de la loi de Janvier 1902.



Cette loi accorde à "tous" les membres d'une Société de pêche, sur les lots loués par elle, le droit de pêche à trois lignes flottantes ou plombées ; ce droit leur conférant en même temps l'usage des chemins de halage et de marchepied. (Les propriétaires peuvent en effet interdire le passage le long de la rivière à toute personne non munie d'un permis de pêche signé de l'Administration des Eaux et Forêts).



Par contre la Société doit interdire sur ces lots l'usage de tous autres engins, c'est-à-dire filets et cordeaux.



Telle est la loi, et l'Assemblée générale de mai 1924 décida à l'unanimité que pour tous les lots que la Société pourrait acquérir à l'adjudication publique elle demanderait le régime de la loi de 1902 pour faire profiter tous ses sociétaires des droits de pêche aux lignes plombées et du droit de passage sur toute la rivière.



Mais, tout en s'inclinant devant la loi, la Société a toujours affirmé son intention d'obtenir l'autorisation d'accorder dans chaque lot des permis de pêche au cordeau, estimant d'une part que l'espèce dominante étant la truite, il est peu fait usage du droit de pêcher à deux ou trois lignes plombées, que, d'autre part, l'anguille étant grande destructrice d'alevins, et très abondante en Nive, le seul moyen pratique de la prendre est le cordeau, vu les habitudes nocturnes de ce poisson.


Cette revendication a reçu l'appui de la Fédération du Sud-Ouest-Midi, et est actuellement soumise au Ministère de l'agriculture par le Syndicat Central de toutes les Fédérations de Sociétés de Pêcheurs.



BULLETIN N°1
SOCIETE DES PÊCHEURS DE LA NIVE



Nous avons grand espoir d'aboutir, car cette demande est absolument justifiée, mais comme elle est non du ressort des autorités locales, mais de celui du ministère, elle ne peut être résolue en quelques mois, ce qui peut faire croire à ceux qui ont intérêt à créer des difficultés à la Société ou qui ne réfléchissent pas aux difficultés d'une telle dérogation, que s'il n'y a aucun changement, c'est parce qu'"on ne fait rien".



La Société a mis deux ans à faire cesser le déversement du sable dans la Nive par la carrière d'Ossès, elle en mettra peut-être trois à quelques cordeaux. Le jour où elle aura ce droit, elle pourra, dans chaque section, l'attribuer aux sociétaires particulièrement intéressants et dans l'ordre d'ancienneté.



PÊCHEUR DANS LA NIVE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Dès maintenant, la Société serait en droit de faire dresser procès-verbal à toute personne qui, sur les six premiers lots de la Nive, pêche à la ligne plombée, sans être de la Société, mais n'ayant pour but que d'aider les pêcheurs à la ligne, sociétaires ou non, elle n'a jamais contrôlé ce droit. Elle pourra cependant rappeler, s'il le faut, au respect de ses privilèges, ceux qui l'attaqueraient."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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lundi 1 décembre 2025

LE BARRAGE D'HALSOU EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1931

LE BARRAGE D'HALSOU EN 1931.


Quelques années après la Grande Guerre, un industriel édifie à Halsou une usine hydro-électrique, avec un barrage en ciment.



halsou autrefois pays basque nive pêcheurs
SAUMON AU BARRAGE D'HALSOU
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin N°14 de la Société des Pêcheurs de la Nive :



"Chronique du barrage d'Halsou.



Nous avions eu l'espoir de mettre un point final à cette chronique commencée dès notre premier bulletin en 1927 pour les faits qui ont débuté en 1924.



J'ai dit souvent qu'il était en général mauvais de mettre à la tête d'une Société de pêche le meilleur pêcheur de la confrérie, car il pouvait être mauvais administrateur.



Néanmoins, il est indispensable que le président soit un vieux pêcheur.



Voilà trente-quatre ans que je pêche, ayant commencé à 8 ans, et j'ai consacré à ce sport tous mes loisirs, sauf durant la guerre, et depuis deux ans, devant consacrer ces loisirs à mes fonctions de président de Sociétés, Fédération, Syndicats etc., cela m'a donné une bonne qualité de pêcheur : la patience, la ténacité.



halsou autrefois pays basque nive pêcheurs
BULLETIN N14
SOCIETE DES PÊCHEURS DE LA NIVE




Aussi, dans cette affaire d'Halsou, tous nos camarades peuvent être tranquilles, nous aurons le dernier mot, parce que jamais on ne nous lassera.



Il y a des poissons qui se débattent, mais des engins de bonne marque, de la patience et du temps ont fini par les mettre au panier.



Le barrage d'Halsou aura en 1931 une échelle efficace ; il aurait dû l'avoir en 1930, mais l'étude du projet d'échelle a été remise au concessionnaire du barrage par les services des Forces Hydrauliques et des Eaux et Forêts en août ; quelques lettres ont permis de faire traîner le sujet jusqu'au moment où l'on pouvait dire qu'il n'était pas prudent, vu le risque des crues, d'engager des travaux.



Force est donc d'attendre l'été, mais le service du contrôle des Forces Hydrauliques et le conservateur des Eaux et Forêts, chargés des barrages, prendront leurs précautions pour que cette fois-ci le cahier des charges soit observé.



On doit bien répéter qu'actuellement la concession est violée dans une de ses clauses essentielles. L'article 9 prévoyait que dans un délai de deux ans, soit en juin 1929 au plus tard, le barrage actuel devait être remplacé par le barrage neuf prévu sur les devis descriptifs de la concession, barrage situé en aval et beaucoup plus favorable au passage du poisson comme à l'écoulement des crues.



On ne peut pas dire que le barrage soit un article secondaire de la concession, et si l'on avait dit en 1924 que le barrage actuel serait conservé, la concession n'eût pas été donnée, et pour notre part, au nom de la pêche, nos réserves eussent été différentes.



Comme l'a fait observer M. Crescent ingénieur en chef des Forces Hydrauliques, le barrage actuel est illégal.



En attendant que la saison permette la construction de la nouvelle passe à saumons, les vannes seront ouvertes durant une nuit chaque semaine pour éviter l'accumulation du poisson en aval du barrage."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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mardi 25 novembre 2025

UNE ENQUÊTE SUR LES CHUTES DE BANCA EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1929 (première partie)

LES CHUTES DE BANCA EN 1929.


En janvier 1929, a lieu une enquête officielle, en Basse-Navarre, concernant l'impact de barrages sur la Nive pour la reproduction du saumon.



pays basque autrefois barrages chutes saumon basse-navarre
PASSERELLE DE BIDARTIA
CHUTES DE BANCA BASSE-NAVARRE
BULLETIN SOCIETE PÊCHEURS DE LA NIVE N°12




Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin N°12 de la Société des Pêcheurs de la Nive, sous la 

plume de M. Rocq :


"L'enquête sur les chutes de Banca.



Comme nous l'avions annoncé, une commission interministérielle est venue le 24 janvier enquêter sur la répercussion que pourrait avoir pour la reproduction du saumon en Nive, le report de Saint-Jean-Pied-de-Port à Saint-Martin d'Arrossa de la limite amont de la zone où tous barrages sont interdits.



Si cette commission estimait que la limite amont pouvait être ainsi reportée, les projets de la Société des Chutes de Banca seraient pris en considération et soumis à l'enquête légale de commodo et incommodo, enquête qui n'aurait guère pour objet que d'évaluer les indemnités pour l'assèchement à peu près total de la Nive de Baïgorry, de Banca à Arrossa, et de la Nive de Saint-Jean-Pied-de-Port, d'Ascarat à Arrossa.



Je tiens bien à préciser ce point.



Sans le saumon, sans la réserve que j'ai pu en juillet 1927 faire reconnaître comme justifiée par MM. les directeurs généraux des Eaux et Forêts et des Forces Hydrauliques, les projets de la Société des chutes de Banca auraient presque 99 chances sur 100 d'être acceptés.



Devant l'insistance de la dite Société, la Direction générale des Forces Hydrauliques accepta de faire examiner si, sans porter atteinte au principe de "la Nive, rivière réservée en France à la reproduction du saumon", on pouvait reporter à Saint-Martin d'Arrossa, la limite amont de la zone où tous barrages seraient interdits.



Une commission interministérielle fut désignée, comprenant M. le conservateur des Eaux et Forêts de Lachadenède, pour le ministère de l'Agriculture, M. l'ingénieur en chef Crescent, chef des Forces Hydrauliques du Sud-Ouest à Toulouse pour le ministre des Travaux Publics.



La Société des Chutes de Banca avait demandé à M. le professeur Roule, directeur de l'Aquarium de la ville de Paris et professeur au Muséum, de lui servir d'expert, M. le conservateur de Lachadenède me demanda de représenter les intérêts locaux, tant de la Nive que de l'estuaire. Ce fut une enquête imposante, car les services locaux intéressés y assistaient : M. Lesbre, ingénieur des Ponts et Chaussées, M. Barrère ingénieur des Travaux publics, M. Claverie inspecteur principal des Eaux et Forêts, M. Renoux, garde général ; M. Lagasse et des ingénieurs représentaient les Chutes de Banca.



M. le professeur Roule avait parcouru les bords de la Nive la veille avec M. Lagasse et visité notre pisciculture Chambeau. 



Les représentants des Chutes de Banca pour démontrer "l'absence du saumon" en Nive demandèrent, paraît-il dans les boutiques de Saint-Jean-Pied-de-Port à acheter du saumon !!! Le 24 janvier ! Ils ignoraient d'abord que la pêche n'ouvrait que le 1er février ; ensuite que le saumon pris en Nive est vendu à Bayonne.



Le 24 janvier, notre directeur des piscicultures, M. Antchartechahar, montra aux enquêteurs deux frayères de saumon dans la Nive de Baïgorry, car on dirait que le saumon a tenu cette année à faire tout son possible pour contrecarrer les projets destinés à l'évincer de ses frayères.



En effet, par suite du barrage d'Halsou, les frayères de saumon furent très rares cette année comme l'an passé, mais il y en eut une de plus dans la Nive de Baïgorry que dans la Nive principale pour leur démontrer sans doute l'importance de l'Ibaïgorry !



pays basque autrefois barrages chutes saumon basse-navarre
BULLETIN N°12
SOCIETE DES PÊCHEURS DE LA NIVE



Au point de vue du saumon, je me suis attaché à mettre en lumière les faits suivants que tous les gens du pays connaissent :


Toutes les frayères de saumon efficaces sont celles qui se trouvent en amont du confluent des deux Nives, soit sur la Nive principale, soit sur la Nive de Baïgorry, c'est d'ailleurs là où la truite domine nettement.



La théorie de M. le professeur Roule sur les besoins du saumon en oxygène dissous est tout à fait juste dans chaque rivière, c'est-à-dire que dans toute rivière où le saumon s'engage, d'après les théories généralement admises, parce qu'il y est né, le saumon remonte pour frayer vers les zones où l'oxygénation de l'eau est maximum.



Or, ces zones sont vers Saint-Jean-Pied-de-Port et dans la Nive de Baïgorry (ce sont en même temps les meilleures eaux pour la truite) et plus les frayères à saumon sont situées en amont, ou ce qui revient au même en des eaux très oxygénées, plus elles sont efficaces, donc essentielles à maintenir.



Tous les pêcheurs savent que les meilleures eaux pour les frayères du saumon commencent dans la Nive de Baïgorry au confluent pour aller jusqu'au barrage d'Eyhéralde, et dans la Nive depuis le "Chalet Double" jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port.



En dehors de cette zone il reste entre le chalet double et le pont du chemin de fer numéro 3, près de l'auberge Mendiboure, une autre zone de frayère moins bonne puisque le poisson blanc s'y rencontre déjà.



Si l'on établissait les barrages projetés de Baïgorry à Arrossa et de Saint-Jean-Pied-de-Port à Arrossa : on supprimerait totalement le saumon dans la Nive.



En effet, il ne resterait plus que les quelques frayères que l'on voit en aval du barrage d'Ossès, frayères des saumons épuisés et incapables de ce fait de franchir ce barrage.



Ces frayères sont au milieu de bancs immenses de barbeaux et leur rendement est à peu près nul, ce serait donc vraiment la disparition du saumon en Nive.



M. le professeur Roule pensait que le saumon était détourné de la Nive par l'accroissement de la ville de Bayonne le long de cette rivière.



Or, il est facile de voir que le développement de Bayonne a été nul de ce côté, toutes les constructions nouvelles sont à Saint-Esprit, vers Anglet ou Blancpignon ; les égouts aboutissent dans l'Adour.



D'ailleurs, le saumon s'est chargé cette année de réduite à néant ce sombre pronostic.



Toute la montée de 1930 se fait dans la Nive, et argument plus important, cette montée avait été annoncée par notre cher collègue anglais M. Atwood Clark en janvier 1927 comme on peut le lire dans notre Bulletin n° 2, page 40.



pays basque autrefois barrages chutes saumon basse-navarre
BULLETIN N°2
SOCIETE DES PÊCHEURS DE LA NIVE



L'accroissement des saumons en Nive ne pouvait nettement se manifester que cinq ans après la première surveillance des frayères qui eut lieu en 1924-1925.



Il y a augmentation très nette des bancs de tocans, ce qui est normal.



On peut dire que pour que le saumon ait résisté dans notre région à tous ses ennemis, et à l'incurie de ceux qui étaient chargés de le protéger avant 1923, il faut que notre rivière soit particulièrement favorable à ce poisson.



L'enquête ne visait pas la truite, néanmoins je fis remarquer que l'établissement des trois barrages projetés et l'asséchement correspondant des rivières anéantirait toute l'oeuvre de notre Société et causerait un immense préjudice non seulement aux pêcheurs, mais aux riverains et à tout le commerce local.



M. le professeur Roule qui est un des maîtres indiscutés de la pisciculture de la truite, voulut bien louer chaleureusement toute notre organisation qui répond totalement à ses vues : captures de reproducteurs sauvages, station centrale d'embryonnages, stations diverses d'élevage. La station Chambeau est, d'après lui, unique au monde comme conception."



A suivre...

  

(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


 







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dimanche 23 novembre 2025

RECETTE DE CUISINE : BOUILLABAISE À LA BAYONNAISE EN 1930

RECETTE DE CUISINE BASQUE EN 1930.


Après ma série de recettes de cuisine Basque en 1958, des recettes de cuisine de 1903, et de 1937, voici aujourd'hui une recette de cuisine de 1930.




pays basque autrefois cuisine bouillabaisse
BOUILLABAISSE A LA BAYONNAISE


Après ma série de recettes de cuisine Basque de 1958 où je vous ai déjà proposé 46 recettes 

les 12/12/20166/01/20179/02/20177/03/20174/04/20179/05/201711/06/201711/07/2017,  

10/08/201711/09/20171/11/201727/12/201728/02/201829/03/201815/06/2018,  

12/09/01830/10/201819/01/201926/02/201901/04/20196/06/201915/08/2019 et 18/02/2020, je 

vous ai proposé ensuite des recettes de cuisine Basque de 1903 : le 26/02/2020, le 26/03/2020 et le 

01/05/2020, ainsi que des recettes de 1937.




Voici ce que rapporta, au sujet d'une recette de cuisine Basque de 1930, le numéro 14 du Bulletin 

de la Société des Pêcheurs de la Nive :


"Bouillabaisse à la Bayonnaise.

(Recette André Fernandez)



La bouillabaisse est un plat exquis, à condition de ne pas opérer comme dans certains grands 

restaurants de Marseille où ce plat fameux devient une confiture d'aromates. 



pays basque autrefois cuisine bouillabaisse
BOUILLABAISSE 13 MARSEILLE



Ma recette pour huit personnes comporte deux points nouveaux. Un convive, gourmet marseillais, 

déclara le jour de l'expérience, que la bouillabaisse à la Bayonnaise était une poésie...



Ce plat nécessite du poisson très frais et de l'huile d'olive pure.



La fameuse rascasse (poisson de rocher) est remplacée avantageusement par des langoustines, 

petites langoustes de 20 centimètres qu'on pêche en mer, devant Bayonne.



A défaut, on peut leur substituer sept ou huit beaux crabes vivants, que nous pêchons dans le 

fleuve Adour traversant notre ville où se jette la Nive, joli affluent qui achève ainsi de traverser le 

Pays Basque français.



Selon les convives, on retire ces crabes au moment de servir mais on laisse les langoustines 

entières qui doivent être fraiches. Leur saveur est légèrement supérieure à celle des crabes.



Mettez dans une casserole environ un kilogramme de poissons très frais coupé en morceaux et 

qu'il faudra au préalable faire "très légèrement" revenir dans un peu d'huile pure et non pas 

d'ail, qu'il ne faut pas brûler : en premier lieu le poisson ferme et les crustacés : grondin rouge ou 

gris, congre (de préférence un beau morceau de queue), un tronçon de baudroie, si on en trouve, 

une tête entière de saumon de la Nive (élément nouveau). Cette tête doit se terminer par une 

tranche d'un doigt au moins d'épaisseur. Cette tête de saumon n'est pas comprise dans le poids 

total du poisson.



pays basque autrefois cuisine bouillabaisse marseille
RECETTE DE BOUILLABAISSE DE MARSEILLE



Faire partir à ébullition avec deux oignons coupés en quatre, un huitième de feuille de laurier, une 

tranche de citron, deux gousses d'ail, un demi-clou de girofle, une bonne pincée de poivre, une 

forte quantité de persil haché et un brin de thym. Ajouter une cuillère à café de sel, un quart de 

litre de vin blanc, quatre cuillerées d'huile d'olive fine, du safran et autant d'eau pour faire 

baigner complètement le tout, compte tenu que les poissons tendres (merlan, etc.) y seront placés 

une fois que les poissons fermes auront déjà bouilli pendant cinq minutes.



Le safran, comme pour l'arroz à la Valenciana, doit être acheté chez le pharmacien ; 4 ou 5 pistils 

suffisent, selon le goût. Les torréfier au coin du fourneau, dans un paquet bien fermé de papier 

blanc, et une fois rôtis, les pulvériser avec les doigts et jeter aussitôt dans la casserole.



Celle-ci doit être mise sur feu vif, trente ou quarante minutes. Retirer le poisson, le tenir au 

chaud. Passer le bouillon au chinois. On pourra servir le saumon, dont la tête est très charnue, 

avec une mayonnaise, procédé non usité à Marseille qui n'emploie pas le saumon.



Vérifier assaisonnement du bouillon après (deuxième élément nouveau) l'avoir épaissi avec de la 

fécule de pomme de terre, ce qui lui donne un velouté parfait. Il peut donc être servi sans pain, 

comme potage, mais pour la bouillabaisse rituelle, verser le bouillon dans une soupière où se 

trouveront des tranches de pain d'un centimètre d'épaisseur. Servir le potage chaud à part, avec 

persil blanchi, haché, comme relevé de potage."



(Source : Recette de Bouillabaisse | Blogue par Voyages Lambert et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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samedi 1 novembre 2025

LE BARRAGE D'HALSOU EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1927

LE BARRAGE D'HALSOU EN 1927.


Quelques années après la Grande Guerre, un industriel édifie à Halsou une usine hydro-électrique, avec un barrage en ciment.



halsou autrefois pays basque nive pêcheurs
SAUMON AU BARRAGE D'HALSOU
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin N°12 de la Société des Pêcheurs de la Nive :



"Chronique du barrage d'Halsou.



Nous avions annoncé dans notre dernier bulletin que pour remédier provisoirement à l'obstacle apporté par le barrage à la migration du saumon, son propriétaire, M. Larroulet, avait spontanément offert d'ouvrir les vannes une fois par semaine. 



Le 24 janvier, M. l'Ingénieur en Chef du Contrôle des Forces hydrauliques du Sud-Ouest, M. Crescent, accompagné de M. Lachadenède, Conservateur des Eaux et Forêts, vint inspecter le barrage. 



Il décida, d'accord avec M. Larroulet, qu'étant donné le non fonctionnement de l'échelle et l'état du barrage, les vannes seraient ouvertes selon un règlement d'eau transmis par le service des Ponts et Chaussées de Bayonne, après essai fait en présence de ce service et de M. Claverie, Inspecteur Principal des Eaux et Forêts. 



Il convient ici de bien préciser. 



L'échelle est défectueuse pour deux raisons, dont chacune est essentielle et indépendante du type et des caractéristiques. 



 La première, c'est qu'à la demande expresse de M. Larroulet,  l'échelle fut placée près des vannes et que nous avons toujours soutenu, d'accord avec le Service forestier et les riverains, que sa place était au centre du barrage et que ce serait toujours là que viendrait le saumon. L'expérience nous a malheureusement donné raison. La seconde, c'est que le seuil de l'échelle est 25 centimètres plus haut que la côte qu'il devrait avoir, c'est-à-dire qu'au lieu d'une lame de 0 m. 60 d'épaisseur indispensable au fonctionnement de l'échelle Denil, la lame d'eau n'a que 0 m. 40 et qu'il est impossible que l'échelle fonctionne ainsi. 



Le relèvement du seuil de l'échelle avait été autorisé à tort en tenant compte du relèvement futur du barrage. 



Mais si l'on veut bien se reporter au compte rendu de la réunion du 4 décembre 1926, fait dans notre Bulletin N° 2, page 40, on verra que Chambeau, Conservateur des Eaux et Forêts, M. Roux, Inspecteur, et les représentants de la Société de la Nive, n'ont accepté l'emplacement près des vannes qu'à la prière instante du constructeur du barrage. 



BULLETIN N12
SOCIETE DES PÊCHEURS DE LA NIVE



Nous le regrettons pour nous et pour lui, car si nous avons perdu deux saisons de pêche et de frai, c'est-à-dire quatre années en fait, puisque les frayères presque nulles de 1929 et 1930 auront leur répercussion en 1934 et 1935, le propriétaire a, lui, dépensé inutilement des dizaines de mille francs. 



Son barrage est plus solide qu'il ne le croyait lui-même, Enfin, tout cela c'est du passé regrettable, et pour l'avenir tout ira bien. 



Le 22 février, le nouveau règlement d'eau ayant été établi, l'essai d'ouverture des vannes et de mise à sec du canal fut effectué devant MM. Lesbre et Claverie. 



Il fut décidé que les vannes seraient ouvertes une fois par semaine, de minuit à 6 heures, aux jours fixés par le service de la pêche. La première ouverture eut lieu dans la nuit du 24 au 25 février ; une seconde dans la nuit du 3 au 4 mars ; une troisième dans la nuit du 10 au 11 fut empêchée par l'annonce de la crue. 



Chaque fois, les opérations furent contrôlées par le garde domanial Bernard, avec de nombreux gardes de la Société, car il faut éviter tout braconnage dans le secteur. 



Une quantité inouïe de saumons était accumulée dans la réserve d'Halsou, quantité tout à fait anormale au début de la saison. 



Dès le 6 mars un groupe important de saumons était signalé dans le pool de l'église de Cambo. Le résultat était donc atteint. 



A la même réunion, M. Larroulet avait renouvelé son offre d'établir une échelle dans le centre du barrage ; M. Crescent en prit acte et il fut décidé que le plan en serait établi au plus tôt d'accord entre M. le Conservateur des Eaux et Forêts, chef de la Commission des Barrages, et l'ingénieur de M. Larroulet, M. Banet. 



Le plan vient d'être terminé, il nous donnera certainement toute satisfaction, les travaux seront entrepris dès que l'état de l'eau le permettra. 



En attendant, les vannes seront ouvertes 6 heures chaque semaine. 



Nous devons remercier M. Larroulet de sa bonne volonté présente, elle servira ses intérêts en même temps que l'intérêt général, mais nous devons surtout remercier le service des Forces Hydrauliques en la personne de M. Crescent ; son esprit de décision va faire merveille dans les régions inondées et il n'est pas étonnant qu'en plus de son service régulier, on l'ait chargé de cette reconstitution. 



M. l'Inspecteur Principal Claverie et M. l'Ingénieur Lesbre nous apportent en la circonstance, un concours sans réserve, nos sociétaires ne devront pas l'oublier. 



Espérons enfin que l'achèvement prochain de cette nouvelle échelle qui est du type fonctionnant sur le Rhin, mettra un point final à cette chronique du barrage d'Halsou, ouverte il y a trois ans et demi."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



  

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