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vendredi 30 septembre 2022

L'ARRESTATION DE LA COMTESSE MARGA D'ANDURAIN "LA MATA-HARI" BASQUE EN 1946 (troisième partie)

 

L'ARRESTATION DE MARGA D'ANDURAIN EN 1946.


Marga d'Andurain, née Jeanne Amélie Marguerite Clérisse le 29 mai 1893 à Bayonne (Basses-Pyrénées) et morte le 5 novembre 1948 dans la baie de Tanger (Maroc), est une aventurière française.


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MARGA D'ANDURAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN

Source de nombreux fantasmes, elle fut tour accusée d'espionnage, de meurtres, de trafic de drogue, de perles ou de diamants, mais elle a surtout marqué son temps pour avoir tenté d'être la première européenne à pénétrer dans la cité sainte de la Mecque. Elle fut assassinée à bord de son yacht, le Djéïlan, à 55 ans.



Voici ce que rapporta au sujet de son arrestation la presse dans plusieurs éditions :



  • France-Soir, le 31 décembre 1946 :

"Un document humain. La plus mystérieuse aventurière de ce temps peinte par elle-même.



"J'avais le diable au corps : le chanoine d'Ascain m'a exorcisée... Un jour, déguisée en homme, je suis partie en manoeuvres avec un lieutenant de hussards" par Marga d'Andurain.



Qui est Marga d’Andurain ? On a raconté au sujet de la grande aventurière bien des choses depuis, qu’une nouvelle fois, on l’accuse de meurtre et que, passant elle-même à la contre-offensive, elle annonce qu’elle confondra une fois encore ses accusateurs.



Marga d’Andurain, dont le personnage servit de modèle à tant de romanciers — de Pierre Benoit à Roland Dorgelès — outre ses souvenirs d’Arabie (publiés jadis par un journal du soir parisien et par le Courrier de Bayonne), avait commencé à écrire le roman de sa vie en collaboration avec une journaliste connue, Christiane Fournier. Ce sont des passages de ce livre inédit, véritable confession, dont le récit fut interrompu par les événements, que nous publions à partir d’aujourd’hui à titre documentaire pour éclairer un des plus curieux et mystérieux drame de ce temps. 



C'est à l’âge de trois ans que je résolus pour la première fois de briser mes chaînes. J’en avais assez de la famille, de la maison, des grandes personnes. J’en avais assez d’obéir ou de désobéir. Je voulais être libre.




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MARGA D'ANDURAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN

C’était, je me le rappelle, un matin d’été. La bonne venait de boutonner ma petite robe de bretonne fleurie. Elle avait, comme d'habitude, tiré ma tête en arrière pour brosser mes longs cheveux roux.


— Clodion le Chevelu ! bougonnait-elle en me martyrisant, quelle peine tu me donnes tous les matins. Est-ce qu’on ne devrait pas couper tout cela ?



J’étais insensible à ces sortes d’offenses. Et la bonne n’avait pas fini de ronchonner que je m’étais déjà glissée dans la rue, plus vaste que la mer. Jamais je n’avais traversé cette rue toute seule.



Je me mis à courir jusqu’à en perdre le souffle. Je traversai la rue Thiers, la Poudrière sous les remparts. Quatre heures plus tard, on retrouvait sous le Pont de Bayonne, à un kilomètre de la maison, une petite bonne femme toute rouge et révoltée, et qui refusait de donner la main pour rentrer à la maison.



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MARGA D'ANDURAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN


Ma mère priait les bras en croix.



Reproches, remontrances, punitions. Tout cela n’était pour moi qu'un bruit lancinant et vain. Le soir ma mère se mit à prier les bras en croix. Elle m’expliqua :


— Je demande à Dieu de te changer, Marga, de faire de toi une enfant raisonnable.



Autour de moi, on chuchotait :


 — Cette enfant est endiablée ! 



J’aurais dû en être consternée. Mais je m’entendais très bien avec le diable.



Au cours de mon enfance interrompue par mon mariage à l’âge de quinze ans, je fus successivement reçue par les cinq couvents les plus sélects du pays, et successivement renvoyée pour mon "inqualifiable conduite". C’est ainsi que je fus pensionnaire chez les Religieuses de Sion à la Villa Pia de Bayonne, chez les Ursulines de Pau, au Sacré-Cœur de Pau, chez les Ursulines de Miramar, à Fontarabie, les Religieuses de Sainte-Quitterie, à Aire-sur-Adour...



Brunehaut.



Mon père était un homme de cheval. Je passais mes vacances à Ascain dans le pays basque. A cinq ans, je montais à cheval. Les courses au galop, les obstacles, tout ne m’était qu’un jeu. Le nombre de mes chutes fut incalculable.



C’est peu de temps après une chute que mon père décida de me faire raser la tête. Imaginait-il que le démon de l’aventure résidait dans ma chevelure comme la force dans celle de Samson. Toutes les tentatives pour faire de moi une petite fille comme les autres échouaient piteusement.



Pénitences et supplices.



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MARGA D'ANDURAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN



Ma mère multipliait les pénitences, les sacrifices. Elle m’infligeait à mon tour le supplice des bras en croix.



Quand on a le diable au corps, il n’y a qu’une façon de vous en délivrer.


— Il faut faire exorciser cette malheureuse enfant, gémissait ma mère.



S’étant entendus sur cette question de principe, mes parents décidèrent de faire la chose pour le mieux. On s’adressa pour cette opération difficile au chanoine d’Ascain, à Aire-sur-Adour. La cérémonie se déroula selon les rites. Je me sentais très pénétrée d’une humilité nouvelle, et je participais au nouvel espoir de mes parents.


— Tu vois, tout n’est pas perdu. C’est par là que nous aurions dû commencer ! disait ma mère.



Je repartis en ligne droite vers les Ursulines de Pau. Mais le vent de douceur qui avait soufflé sur moi n’avait duré que quelques jours. Je fus bientôt soumise à un régime spécial. Au dortoir, je devais être couchée avant les autres et être déjà endormie quand mes compagnes entraient. Justice ou non, la révolte bouillait en moi. Un soir, je jetai la lampe sur la religieuse qui refermait derrière elle la porte du dortoir.



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MARGA D'ANDURAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN





Mes cheveux avaient repoussé. Le diable était revenu.


(Après avoir connu, sous les fenêtres du couvent, un premier roman d’amour avec un bohémien, Angel, Marga est de nouveau renvoyé à ses parents.)


— Examinez bien votre fille, avait dit à ma mère la supérieure. Elle ne reste jamais en place. C’est le signe des âmes en peine, des possédés.



Après comme avant l'exorcisme, le diable semblait se plaire en moi. On ne pouvait tout de même pas contracter un abonnement envers le chanoine Ascain. Maman multipliait les mortifications. Elle inventait des humiliations inédites qui devaient me délivrer du diable.



— Je ne pouvais m’expliquer comment me rendre la faveur du ciel. Un dimanche, je fus contrainte d’aller à la messe avec ma robe à l’envers. Les petites du catéchisme se poussaient du coude. Les garçons me montraient du doigt.



Mais, dans ma robe à l’envers, le diable se vengeait. Je me redressais de toute ma taille avec une incroyable sensation d’orgueil.



Bientôt, ce fut encore une fois l’époque des grandes vacances.



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MARGA D'ANDURAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN



Ce fut aussi celle des grandes manœuvres.



Ceci, pour n’importe qui n’aurait aucun rapport avec cela. Mais la loi de mon existence est précisément de faire exception à la loi commune. C'est ainsi que le diable s’amuse.



Un beau lieutenant.



Des officiers de hussards vinrent loger à la maison. Ils étaient grands, moustachus, remarquables. Ils portaient des dolmens bleus striés de brandebourgs noirs. L’un d’eux était superbe entre tous. C’était le lieutenant de la Mote. Ses yeux étaient plus bleus que le drap de son képi. Il portait des moustaches blondes très fines et fièrement relevées. Ah ! quel amoureux il devait être !... Je n’avais pas quinze ans et le lieutenant de la Mote me traitait en demoiselle.



Un jour, nous nous embrassâmes. Le lendemain soir, il me dit :


— Nous partons demain, Marga. 

— Vous partez... Mais où allez-vous ?



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Il se mit à rire et cela me vexa. Je tournais les talons et m’en fus me coucher.



Mais le lendemain matin — c’était presque encore la nuit — une ordonnance frappait à la porte de ma chambre. J'allai pousser un cri de joie quand l'ordonnance me fit "Chut" de la main. J’avais compris. Il me présenta les deux pièces d’un uniforme. Je revêtis l’une et l’autre en grande hâte. Evidemment l’ensemble était un peu vaste. Je réussis à réunir toutes les épingles de nourrice que ma chambre contenait. Et me voici !


— Mon lieutenant, fit l’ordonnance — le premier homme que Je rencontrai — en claquant des talons.



Je rendis le salut. Et je partis en manoeuvres. 



Toutes les aventures de ma vie n’effaceront pas cette merveilleuse impression de fruit défendu que m’apportèrent deux heures de galopade à travers des terrains variés. Le feu du bivouac, la tente et, par-dessus tout, l’odeur de la poudre ; tout me ravissait.



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Je sais bien que le colonel du régiment voulut mettre le lieutenant de la Mote aux arrêts. Mais le colonel eût-il, avant la fin des manoeuvres, un sursaut d’indulgence ou de fantaisie ? Toujours est-il qu’il se ravisa et me laissa manger en paix le fruit défendu. "



Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

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