lundi 12 mars 2018

SAINT-SÉBASTIEN (DONOSTIA) EN GUIPUSCOA AU PAYS BASQUE EN AVRIL 1908


SAINT-SÉBASTIEN EN 1908.


Saint-Sébastien a été pendant de longues  années la résidence d'été des Rois d'Espagne. La capitale du Guipuzcoa a, depuis longtemps,  attiré des touristes venant du monde entier, au fur et à mesure du développement des transports.

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VUE GENERALE DE SAINT SEBASTIEN - DONOSTIA 1908
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que racontait le journal Le Figaro, dans son édition du 10 avril 1908 :

"L'Espagne a de tout temps exercé sur les fervents de couleur locale, sur les esprits artistes et curieux, un invincible attrait. On a pu visiter la Grèce, évoquer devant les ruines grandioses du forum la gloire prestigieuse des siècles passés, rêver, à Pompéi, devant la maison de Jucundius, que vient de mettre si heureusement à jour les habiles travaux de M. Fiorelli, considérer les quatre masures qui forment l'Ostie moderne où se pressaient autrefois les flottes de l'Afrique et de l'Egypte, - les impressions ressenties par le voyageur en face de ces derniers vestiges des siècles abolis n'enfanteront jamais pour lui que mélancolie et tristesse. On peut dire de l'ltalie ce que disait un poète de la Nuit de Michel Ange. C'est par sa mort même qu'elle est vivante. Perch e morta ha vita.


L'Espagne, au contraire, est restée la terre bénie de tous les enthousiasmes et de toutes les folies. Conquise par les Maures, elle a su garder sur son sol les vestiges précieux d'une domination qui lui a valu la richesse de ses curiosités historiques. A chaque pas, on se heurte à l'activité d'une grande nation moderne, vivant au milieu des ruines d'un passé lointain. Grenade, Séville, Burgos sont autant de cités précieuses qui laissent au voyageur un impérissable souvenir, une impression vivace d'enchantement féerique. L'Espagne, enfin, c'est la vie intense de la plazza de toros, le sourire de ses jolies filles, l'envol d'une mantille, une œillade derrière l'éventail, l'âme mystique de tout un peuple, de vieilles pierres et de grands souvenirs. Et c'est ce qui explique pourquoi les étrangers se sentent de plus en plus attirés par un pays qui leur offre à la fois d'admirables buts d'excursions et toutes les ressources des cités modernes.


A ce point de vue, Saint-Sébastien, qui se dispute les faveurs du monde élégant, occupe un rang privilégié parmi les grandes stations balnéaires. A quelques kilomètres de la frontière française, facilement accessible de Biarritz et des villes du littoral, visitée chaque année par S.M. le roi d'Espagne, les souverains étrangers et les plus grands noms de la société espagnole, la jolie plage est devenue le rendez-vous attitré de tout ce qui porte un titre dans le monde et les arts. Un climat merveilleux, une température toujours égale, une situation privilégiée à l'abri des sautes de vent et des brusques changements atmosphériques, en ont fait, de plus, la station idéale pour les anémiés et les délicats. Et toutes les sommités médicales, ces dernières années, ont tenu a classer Saint-Sébastien au premier rang des villes d'eaux recommandées dans de nombreux cas relevant de la cure d'air, de soleil et de lumière.


Le voyageur qui entre en Espagne par la frontière française et par Irun, franchira, avec le rapide, le superbe pont moitié français, moitié espagnol, qui saute la Bidassoa toute blonde, encerclée dans un triple étau de montagnes. Quelques minutes de trajet dans une voie encaissée et ce sera, tout à coup, pour la joie des yeux, la plus féerique des surprises. Une brusque déchirure sur la droite et les yeux se reposent sur une rade rose, dorée de soleil, hantée de barques somnolentes, de quelques navires de guerre empanachés de fumée. Voici Passage, pittoresque et joli, qui sera plus tard pour le baigneur un curieux but de promenade, et conserve une maisonnette où Victor Hugo abrita de mystérieuses amours.


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PASAJES - PASAIA 1908
PAYS BASQUE D'ANTAN

Saint-Sébastien n'est pas une grande ville. Mais elle a gardé un cachet espagnol certain, et elle est pleine de charme.


Elle est joliment bâtie, avec de vastes boulevards, un beau jardin qui enserre le palais de la Députation, un immense parc au bord de la mer qui est tout un éden, et une plage d'une courbe admirable, cintrée en forme de coquille, célèbre - aux quatre coins du monde- sous le nom de la Concha. Dès l'arrivée, le voyageur sera conquis et attiré par la coquette cité, qui lui apportera comme un bouquet de bienvenu - tout le parfum précieux de la vieille Espagne...


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PASEO DE LA CONCHA SAINT SEBASTIEN - DONOSTIA 1908
PAYS BASQUE D'ANTAN

Ici, la couleur locale éclate à chaque pas. Pourvu que vous vous éloigniez des boulevards et remontiez vers les quartiers du centre, votre soif d'inédit sera largement contentée. Il y a à Saint-Sébastien des voies qui rappellent celles de Gènes, et leur débauche de lumière des rues étroites, populeuses, bruyantes, qui évoquent à l'esprit une toile de Goya. De vieilles maisons aux balcons vermoulus, disparaissant sous des étoffes voyantes éclaboussées de soleil, qui flottent en pleine lumière et se raccrochent, au mur d'en face, dans un grand trou d'ombre. Des caves sombres, qu'éclaire un lumignon fumeux, d'où montent des éclats de voix, des jurons, des cris. C'est là que les gens du peuple boivent du cidre en mangeant des coquillages et en disputant sur les valeurs respectives des toreros en renom.


Le joyau de Saint-Sébastien, c'est la Concha. A peine débarqué, le voyageur voudra admirer cette plage féerique, le brise-lame naturel de Santa-Clara et le panorama unique que la nature a formé ici pour la joie des yeux. Sous le soleil étincelant qui la dore, sous le ciel d'émeraude qui met dans l'atmosphère fluide des reflets de pastel, la Concha étend sa large bande de sable fin, ses maisons neuves, ses collines étagées que surmontent les frondaisons du mont Urgull et les campaniles ajourés de la précieuse Santa-Maria. Plus haut, la magnifique promenade qui domine la plage serpente derrière un rideau de tamaris qui ménagent au repos des promeneurs de délicieux coins d'ombre.


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PASEO DE LA CONCHA SAINT SEBASTIEN - DONOSTIA 1908
PAYS BASQUE D'ANTAN

Pendant la saison, c'est à l'heure du bain qu'il faut voir la Concha. Toutes les élégances se donnent alors rendez-vous sur la grève. Dès le matin, les couples de bœufs qui traînent les cabines de bains remontent les boîtes rayées de noir, de rouge et de bleu. La plage s'emplit bientôt d'une animation extraordinaire, de rires, de cris, de toilettes claires, d'ombrelles voyantes. Les hommes se baignent a gauche, les femmes et les jeunes filles au milieu de la plage. Les jolies Espagnoles, en entrant dans l'eau tiède, font le signe de la croix. Sur la grève, les domestiques stylés attendent leurs maîtresses en tenant grands ouverts des peignoirs de couleurs vives...


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PLAGE SAINT SEBASTIEN - DONOSTIA 1908
PAYS BASQUE D'ANTAN

Depuis 1889, ou la reine Christine, séduite par le climat idéal de Saint-Sébastien, ordonna de construire pour le jeune roi le palais de Miramar, qui lui coûta trois millions de piécettes, toute la haute société espagnole a fait de cette station la plage à la mode. A la promenade de la Coucha, le soir, de cinq à sept, l'après-midi sur le boulevard, on croise les plus grands noms de la colonie étrangère et les plus illustres représentants des grandes familles castillanes.

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PALAIS DE MIRAMAR SAINT SEBASTIEN - DONOSTIA 1908
PAYS BASQUE D'ANTAN

Les élégants promeneurs se retrouvent aux concerts de la musique municipale, autour du brillant orchestre du grand Casino. La durée de cette promenade est, à elle seule, un acte de la vie sociale. On se salue de la main ou de l'éventail, les hommes seuls et les amoureux d'incognito dans la première allée, les gens du peuple, les employés derrière le kiosque de la musique. Le Paseo de la Concha, par sa foule bigarrée, grouillante animée, bruyante, est à lui seul une des principales curiosités de Saint-Sébastien et une des notes rares de cette délicieuse station.


Saint Sébastien, détruit complètement au commencement du dernier siècle et reconstruit sur un plan moderne, ne contient pas beaucoup d'antiques monuments. L'église de Santa-Maria, qui a échappé à l'incendie, possède une admirable façade chargée de bas-reliefs. San Vicente, beaucoup plus vieux, recèle des merveilles que le touriste pourra admirer tout à loisir. La place de la Constitution qui servait jadis d'arènes ̃a gardé ses anciennes fenêtres numérotées où se pressaient autrefois les jolies femmes en mantilles. Le musée, le vieux couvent de San Elmo, transformé en magasin d'artillerie, le palais de la Députation fourniront au baigneur des visites intéressantes. Mais l'excursion du Castillo est particulièrement recommandable.


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PLACE DE LA CONSTITUTION SAINT SEBASTIEN - DONOSTIA 1908
PAYS BASQUE D'ANTAN

Près du port des Pécheurs, dans les ruelles de la vieille ville, le sentier grimpe sous des lacets d'arbres sur le flanc du mont Orgueil. De la forteresse, on jouit d'un admirable panorama. La baie entière, comme une coquille bleue, s'étend sous les yeux du promeneur extasié. La mer infinie, avec la Rhune, française, et la Haya, espagnole, comme cadre lointain. Au pied de la tour de La Motta, les casernes neuves et les canons qui défendent la baie. Sur la droite, un fronton qui offre aux soldats de la garnison tous les plaisirs de la pelote basque où beaucoup excellent... 


C'est au Castillo que fut enfermé, autrefois, François 1er. Le soleil joue joliment dans les dernières pierres de l'antique forteresse, qui domine la rade comme un ancien nid d'aigle déchiré par le vent.


Saint Sébastien ne serait pas espagnole si elle n'avait pas sa plazza de toros. Les courses, qui sont une des attractions les plus recherchées des étrangers de passage, restent - ici comme ailleurs - le divertissement national de la société espagnole. Depuis sa majorité, le Roi n'a pas laissé passer une seule année sans honorer de sa présence les arènes de Saint-Sébastien.


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PLAZA DE TOROS SAINT SEBASTIEN - DONOSTIA 1908
PAYS BASQUE D'ANTAN

Reconstruites en 1903, ces arènes sont un modèle du genre et peuvent rivaliser avec celles des plus grandes villes d'Espagne. Chaque saison, des épées célèbres y sont engagées. On y voit des espadas renommées comme Mazzantini, Fuentes, Chico, toréadors idolâtrés de la foule, dont certains gagnent jusqu'à trois cent mille francs par an. On y combat les taureaux des plus illustres ganaderias.


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CORRIDA SAINT SEBASTIEN - DONOSTIA 1908
PAYS BASQUE D'ANTAN

Celles de Ibarra, de Camara, de Muruve y envoient les grands taureaux de six ans qui ont été déclarés "bravos" après avoir reçu, dans leurs pâturages, jusqu'à trois fois la morsure de la lance. Chacune de ces bêtes est payée, par la municipalité, de 1500 à 2 000 francs. En ajoutant à cette somme les appointements de l'espada, on peut se douter du prix de revient d'une course espagnole.


Sous l'éblouissement du ciel bleu, la splendeur du soleil, le coup d'œil qu'offrent les arènes, un jour de corrida, est unique. L'or des costumes, la richesse des uniformes resplendit sous les rayons qui enflamment le sable de l'arène. Sur les gradins, une foule bigarrée, claire, passionnée et frémissante suit avec passion les phases de la lutte.


Des cris, des bravos retentissent. Des mantilles, des peignes, des fleurs, des pièces d'or volent sur l'arène. Il faut avoir vu une course de taureaux. C est un spectacle inoubliable... 


Après la corrida, le public se porte sur la vieille promenade de la Zurriola. C'est là que se donnent rendez-vous les plus jolies femmes d'Espagne. C'est là que des flirts s'ébauchent, que les éventails cachent des sourires, des promesses, que les novios échangent leurs rêves, leurs serments et leurs vœux.



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ZURIOLA SAINT SEBASTIEN - DONOSTIA 1908
PAYS BASQUE D'ANTAN


saint sebastien autrefois
QUARTIER DE GROS ET MONT ULIA SAINT SEBASTIEN 1908
PAYS BASQUE D'ANTAN

Saint-Sébastien n'est pas seulement intéressante par elle-même. Elle abonde en excursions, en sites admirables, en coins pittoresques et charmants. Les autos rallient facilement Hendaye, Biarritz et les stations du littoral français. Ulia est à quelques kilomètres de Saint-Sébastien et possède un restaurant renommé d'où la vue s'étend sur toute la baie. Hernani est plus qu'un faubourg de Saint-Sébastien et le trajet est délicieux. La route qui traverse la plaine de Loyola côtoie l'Uruméa et longe d'exquis paysages."




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