mercredi 7 mars 2018

LA VIE MUSICALE AU PAYS BASQUE NORD EN 1932

LA SAISON MUSICALE SUR LA CÔTE BASQUE EN 1932.

Après les années folles, la vie musicale reste importante dans les villes du Pays Basque Nord.

pays basque autrefois
MARQUIS PIERRE D'ARCANGUES
PAYS BASQUE D'ANTAN

Voici ce qu'en rapporta le journal Le Menestrel, dans son édition du 30 septembre 1932, sous la 

plume de Gustave Samazeuilh :

"Sur la Côte Basque. 

Grâce aux efforts conjugués du marquis d'Arcangues, directeur artistique, et de M. Gaston Poulet, la saison du Casino Municipal de Biarritz s'est brillamment terminée. Après une série de représentations de Don Pasquale, de Lucie, du Barbier, de la Traviata, confiée à une troupe italienne où les belles voix et les tempéraments ardents, me dit-on, ne manquaient pas; après des récitals de danse de la Teresina et de Mlle Alanova, une tournée de chanteurs russes, dirigée par M. Nelidoff, nous a fait connaître, dans des conditions de présentation malheurreusement sommaires à l'excès, avec un orchestre squelettique et des mutilations excessives (toute la partie chorale avait notamment disparu), la Foire de Sorotchinsky, l'opéra-comique inachevé de Moussorgski, complété par M. Tcherepnine. Malgré ces conditions défavorables, la partie populaire et pittoresque de l'oeuvre a paru d'une incontestable saveur et fait souhaiter qu'un de nos théâtres lyriques parisiens l'accueille à son répertoire. L'acte de l'auberge de Boris Godounow, inspiré du même esprit, complétait la représentation au cours de laquelle les généreux organes, l'intelligence scénique de Mmes Novikoff, Lucesarska, de MM. Karavia et Glébow auraient mérité d'être mieux secondés. Mais le "clou" de ces dernières semaines fut incontestablement le spectacle chorégraphique heureusement varié que nous ont offert M. Serge Lifar et une troupe de danseurs russes recrutée sous sa direction par M. Merkel, en deux galas de bienfaisance qui ont fait salle comble.

pays basque autrefois
SERGE LIFAR


Lors de ses débuts à l'Opéra, et tout en reconnaissant son impeccable académie, ses précieuses qualités athlétiques, il m'est arrivé de critiquer assez vivement l'application que M. Lifar faisait de ses théories sur la danse à des oeuvres d'inspiration classique ou antique. Mais cet artiste intelligent et avisé a su s'arrêter sur une pente fâcheuse, comprendre que le geste doit traduire la musique en son véritable caractère et, sans rien perdre de sa virtuosité bondissante, se plier aux nécessités des styles les plus divers. On l'a vu à Biarritz dans le Prométhée de Beethoven, habilement adapté aux possibilités d'un petit plateau, dans le célèbre Spectre de la Rose, dans l'Oiseau bleu de Tchaïkowsky, et dans le Prélude à l'Après-Midi d'un Faune de Debussy, qui ne nous a pas fait oublier pourtant la création de Nijinski. La grâce de Mlles Doubrowska, Baronova, la verve de M. Woizikowsky, qui entouraient M. Lifar, ont été non moins appréciées par l'élégante assistance que le fut par les musiciens la souplesse avec laquelle M. Poulet, au pupitre du chef, sut se plier aux exigences parfois troublantes des adaptations, dansées d'oeuvres illustres que leurs auteurs n'avaient évidemment jamais destinées à cet usage.


Les concerts symphoniques du lundi, toujours très fréquentés et très accueillants aux oeuvres modernes, nous ont fait entendre un Poème Basque inédit pour orchestre, un peu inexpérimenté encore mais de noble ambition, de Mme Iriatborde, et la Suite si savoureuse, extraite de l'Amour des Trois Oranges, de M. Prokofieff. Le Festival de musique française donné le 12 septembre a été un vif succès. Interprétés dans le sentiment le plus conforme à leur esprit, le Camp de Wallenstein de Vincent d'Indy, les Nocturnes de Debussy, l'Apprenti Sorcier de Paul Dukas, Nuit du signataire de ces lignes, l'évocatrice Shéhérazade de Maurice Ravel, et les deux admirables mélodies de Duparc, Phydilé et l'Invitation au voyage, que le généreux soprano de Mme Martinelli mit en pleine lumière, parurent satisfaire pleinement les désirs d'une assistance particulièrement nombreuse et enthousiaste.


A Saint-Jean-de-Luz, la Schola paroissiale a donné sa séance annuelle, dans la nouvelle salle bien aménagée et heureusement sonore de Gurea-Etchea. Mlle Madeleine Grey, dûment accompagnée au piano par M. Lebout, y a triomphé dans deux numéros de folklore dont elle s'est fait une spécialité. Oserai-je dire, cependant, que les dits numéros forment un disparate souvent gênant avec la tenue du style des chansons du XVIe siècle, des pièces chorales de Ravizé et des chansons populaires françaises où la Schola, sous la direction si sérieuse de son chef, M. Lebout, témoigna, en guise d'intermède, de ses précieuses qualités de cohésion sonore, de pénétrante musicalité? N'y aurait-il pas, dès lors, tout intérêt à les répartir en deux séances, ou au moins deux parties tout à fait distinctes? Quelques jours après, un récital de violon donné par Paul Makanowitsky, âgé de dix ans, "protégé de M. Jacques Thibaud", disait l'affiche — et paraît-il, fort bien doué — a constitué l'event mondain de la saison luzienne, avec un beau concert de piano de M. Arthur Rubinstein.


pays basque autrefois
ARTHUR RUBINSTEIN

A Bayonne enfin, en ce musée basque où des soins éclairés ont su faire revivre avec tant de bonheur l'ambiance à la fois ancestrale et familiale des provinces euskariennes, ont eu lieu en septembre deux intéressantes auditions musicales. A la première, qui constituait un Hommage à la Mémoire de Charles Bordes, précédé d'une causerie de l'auteur de cet article, Mme Malnory-Marseillac, M. Lazare Lévy et le groupe choral de la Société Charles Bordes de Mme Ducoureau-Petit ont fait chaleureusement applaudir un choix des exquises mélodies que vous savez, le Caprice à cinq temps pour piano, la Suite basque, la Rhapsodie basque, les Chansons amoureuses : musiques expressives, spontanées, pleines de saveur de terroir "dont les défauts mêmes, suivant le mot d'un de nos grands musiciens qui fut l'ami du fondateur des Chanteurs de Saint-Gervais, sont plus sympathiques que les qualités de tant d'ouvrages d'aujourd'hui " La deuxième séance comprenait des oeuvres d'inspiration basque de Mme A.-B. Iriatborde, dont des Pastorales, intelligemment chantées par Mle Babaïan, et une Suite pour violon et piano, Andorre, où Mlle Jeanne Zimmermann fit preuve de musicale autorité, m'ont paru les plus réussies et les plus significatives de sa jeune personnalité, — puis des Chants basques, des Préludes basques pour piano, chant et piano, violon et piano, des harmonisations de chants euskariens où le R. P. Donostia témoigna d'un juste et fin sentiment du caractère de l'ambiance, sinon d'une grande variété dans ses moyens musicaux de réalisation. Les 70 exécutants (hommes et enfants) de la Schola Cantorum de Pasajes, aux voix sonores, délicieusement nuancées, à l'impeccable discipline, ont excellemment défendu la cause du P. Donostia, ainsi que celles d'autres Chansons populaires basques de divers auteurs, qui terminèrent à une heure avancée ce programme chargé, lequel eût gagné à ne pas être alourdi de bis toujours superflus."


Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 981ème article.


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