MAURICE RAVEL MUSICIEN BASQUE.
Joseph Maurice Ravel est un compositeur Basque né à Ciboure (Basses-Pyrénées) le 7 mars 1875 et mort à Paris le 28 décembre 1937.
Je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises de la mort de Maurice Ravel, en 2017, en 2019, en
2020, en 2021, en 2022, en 2023 et en 2024.
Voici ce que rapporta Michel Guy à ce sujet l'hebdomadaire A la Page, le 21 janvier 1932 :
"En écoutant un grand musicien moderne : Maurice Ravel.
Les musiciens ne sont pas si loin de nous qu'on le croit. A côté des airs connus qui se sont échappés de la cage harmonique de l'Opéra, voici que des poètes construisent pour nous les plus délicieuses fantaisies.
Peu à peu, la musique, qui ne quittait pas les grandes villes et n'abordait nos sous-préfectures que sur les cuivres de la musique militaire, s'en est allé de par les villages sur les ondes des postes de T. S. F. et sur l'ébonite des roues enchanteresses que sont les disques.
Et c'est tant mieux, car la musique, comme le bon vin, réjouit le coeur de l'homme.
Or donc, pour être à la page, j'allai hier soir au festival que donnait Maurice Ravel lui-même dans la magnifique salle Pleyel.
Maurice Ravel ? Vous le connaissez... Un Basque né, le 7 mars 1875, à Ciboure, cette charmante petite cité des Basses-Pyrénées, toute proche de Saint-Jean-de-Luz. Tout jeune, il lui fallut quitter les sites enchanteurs des montagnes pour venir aux rives de l'Ile-de-France entendre d'autres mélodies que celles des vieilles chansons espagnoles qui avaient bercé son enfance.
Mais c'était un enfant précoce. A douze ans, le génie de la composition le tourmentait déjà, et alors que tant d'entre nous n'en sont encore qu'au stade des billes et du cerceau et ne mettent leur esprit critique qu'aux démêlés compliqués du jeu des gendarmes et des voleurs, lui recherchait déjà "le subtil frottement qui résulte de cet accord de septième majeure qu'il devait incomparablement magnifier dans la suite".
Doué incontestablement, Maurice Ravel apprit de bonne heure que seul l'amour du travail saurait lui dévoiler toutes les ressources d'un art dont la première écorce est particulièrement amère. Et hier, en mêlant mon enthousiasme à celui de cette salle où 3 000 personnes l'applaudissaient, je pensais aux longues séances d'études, aux efforts constants, aux sorties sacrifiées, aux amis éloignés, pour s'adonner entièrement aux leçons et aux exercices qui forment la sensibilité harmonique sans la flatter. Être un très bon élève en tout ce que l'on entreprend, telle est la grande leçon de jeunesse que nous donne cet élève du Conservatoire qui, en 1891, suivait les cours de piano et voyait ses efforts récompensés par la première médaille qu'il recevait.
Vers cette époque, Maurice Ravel fut présenté par son père à Erik Satie, un musicien dont le génie bizarre faisait alors fuir le public. Satie constata aussitôt l'étonnant talent du jeune homme, et, voyant qu'il pouvait comprendre ce que tant de musiciens ne voulaient même pas écouter, il lui révéla la dernière oeuvre qu'il venait de faire. On raconte que le jeune Ravel fut tellement émerveillé par ce monde harmonique inconnu de lui qu'il s'éprit de Satie au point de jouer dans les salles mêmes du Conservatoire, en attendant le professeur, des oeuvres alors considérée comme hérétiques par la docte Faculté. Et quand au loin se faisaient entendre les pas pressés du maître de piano, cette sarabande se terminait sur le plus classique des accords.
Mais déjà le jeune musicien, élève parfait et docile, se livrait à la composition et donnait la prodigieuse Habanera que j'eus la joie d'entendre hier soir, enveloppée de rêves dans la Rapsodie Espagnole.
Tout Paris était accouru, et aux portes du vestibule les imprévoyants se voyaient figés par ce petit carton qui dut en faire loucher plus d'un :
Aucune place de disponible...
Dans la salle, sous le plafond lumineux qui vous renvoie comme un tremplin la plus faible note, pas un bruit. Des dames ajustent leur face-à-main pour... mieux entendre. Avouons qu'il y en est de compétentes. Près de moi, deux (je cherche encore leur nationalité) sont venus avec partition et crayon en mains. Ils suivent, mesure par mesure, Daphnis et Cloé, qui s'en moquent bien dans leurs tournoiements amoureux.
La valse nous enlève dans son tourbillon et nous transporte à la cour impériale, vers 1855, au milieu des couples de danseurs immatériels, sous le cristal des lustres limpides.
Ces deux morceaux sont dirigés avec une fougue de conquistador par le directeur des concerts symphoniques de Lisbonne, M. Pedro de Freitas-Branco. Mais, quand apparaît le maître, petit et fluet, serré dans son habit, toute la salle se tait. Les oreilles, comme les notes, s'accrochent à la baguette magique qui pique de perles l'onde claire et arrache aux instruments étonnés des sonorités ignorées. Car Maurice Ravel n'est pas seulement un compositeur de génie : il est aussi un chef d'orchestre merveilleux qui vous fait sortir de derrière les fagots des bouteilles qu'on n'a jamais vues.
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| CHEF D'ORCHESTRE PEDRO DE FREITAS-BRANCO |
Espiègle et fin, il s'amuse à tourmenter le bourgeois tout en épatant le gogo ; et, tandis que, de sa main droite, sa baguette drape une phrase des plus classiques, sa main gauche, comme à la dérobée, fait signe à la batterie qui, en un charmant éclat de rire, coupe tous les effets.
Musique très jeune et très à la page. D'un dessin très pur, haute de couleur, nuancée et discrète, elle dénote une palette d'une richesse comparable à celle des musiciens russes, mais employée avec cette mesure caractéristique du génie latin.
Malgré tant de talent le jeune Ravel n'obtint pas le prix de Rome... Au-dessus de ces contingences, loin d'être ému par l'injustice dont il était victime, il en usa comme d'un stimulant et donnait, la même année, des oeuvres souriantes et fraîches : La Sonatine et le Noël des Jouets.
Depuis, son talent créateur ne s'est pas ralenti. Et parmi les plus belles oeuvres que vous pouvez entendre il faut compter Le Menuet antique, Pavane pour une infante défunte, Valse, etc.
Comment travaille Maurice Ravel ?
Qui s'en doutait hier dans la grande salle ? Pas ma voisine, certes, qui papotait, et était plus inquiète des regards portés sur sa robe d'un jaune épais que de la verve éblouissante de l'auteur.
Lui-même l'a dit à tous ses amis. Il vit dans la paisible cité de Montfort, îlot breton aux confins de l'Ile-de-France. Là, dans le silence, il médite. Toutes les fois qu'il veut faire une composition, il prend Saint-Saëns, mais aussi Reber et Dubois, qui sont aux musiciens ce que Brachet et Dussouchet seraient aux romanciers. C'est la grammaire. Maurice Ravel est classique, ne l'oublions pas.
Où trouve-t-il ses thèmes ? Celui de son concerto, que nous joua si brillamment Mme Marguerite Long, une pianiste des plus réputées, lui vint, il y a près de 4 ans, entre Londres et Douvres, à son retour d'Oxford.
— Le plus souvent, c'est à Montfort, dit-il, où je ne cesse de composer, que prennent naissance ces thèmes. Ils n'ont rien à voir avec le sentiment, mais avec l'idée. Car, pour moi, la musique est l'art le plus intellectuel qui soit.
Parfois, c'est au cours de ses promenades que surgissent en son esprit ces mélodies qui le hanteront fort tard dans la nuit, alors qu'il travaille encore.
Après la Pavane pour une infante défunte, ce fut le Boléro, écrit par Ravel pour se faire comprendre de tous et dont le plan consiste en la répétition inlassable d'une même phrase qui ensorcelle plus qu'elle ne séduit.
C'est là qu'il fallait voir le maître diriger avec cette sorte de sorcellerie qui lui permet de découvrir les meilleurs effets. Il semble que cette même phrase, répétée par les différents éléments de l'orchestre, quitte sa baguette magique ; que les notes fluettes et argentines courent comme des fées de cristal, prenant tantôt à la nuit les silences, tantôt au soleil la douce résonnance des grands rayons d'or. Roucoulement du rossignol comme dans les ballets de Daphnis et Cloe, perles de rosée, gouttelettes d'eau qui tombent d'une roche, tout chante pour la joie de l'auditeur.
Telles sont l'oeuvre et l'histoire d'un musicien qu'il ne faut pas méconnaître pour être à la page. Vous n'aurez peut-être pas la joie de l'entendre exécuter par un orchestre aussi choisi que celui des Concerts Lamoureux. Mais du moins aurez-vous la facilité de vous procurer les disques de ses morceaux et, pour les soirs d'hiver, de passer encore quelques bons moments dans la plus agréable compagnie."
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| DISQUE CONCERTS LAMOUREUX |







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