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vendredi 6 octobre 2023

LE CHÂTEAU DE JAUREGUIA À ARMENDARITS EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (deuxième et dernière partie)

 

LE CHÂTEAU DE JAUREGUIA À ARMENDARITS.


Cela fait plusieurs mois que je vous présente divers châteaux du Pays Basque.

Aujourd'hui, c'est celui d'Armendarits, en Basse-Navarre.



pays basque autrefois château basse-navarre
CHÂTEAU D'ARMENDARITS BASSE-NAVARRE
BMB N°12 1930


Je vous ai déjà présenté les châteaux suivants : Urtubie (Urrugne), ArcanguesMaytie (Mauléon), 

BidacheHaïtze (Ustaritz), Beraün (Saint-Jean-de-Luz), Artigaux (Moncayolle), Lacarre

Irumberry (Saint-Jean-le-Vieux), Ahetzia (Ordiarp), Ruthie (Aussurucq), CherauteAhaxe

CharritteMenditte, Eliçabia (Trois-Villes), Elhorriaga (Ciboure), Larrea (Ispoure) Saint-Pée-

sur-NivelleMouguerre,  Mauléon et Sault (Hasparren).




Voici ce que rapporta au sujet du château d'ArmendaritsJ. Nogaret, dans le Bulletin du Musée 

Basque N°12 de 1930 :


"Château de Jauréguia.

... Si les Armendaritz de Saint-Pée et ceux d'Arberatz ont fait peu parler d'eux, il n'en est pas de même de ceux d'Espagne qui eurent de brillantes carrières. Joseph, jeune encore, devint capitaine-général des armées du roi, chevalier de la Toison d'Or et de Santiago, vice-roi du Pérou et enfin, en 1711, marquis de Castelfuente. Il mourut sans enfants et eut pour héritier son neveu, Firmin-Joaquin, qui épousa Claude de Mont-Réal, fille et héritière de Ignace de Mont-Réal-Monein, baron d'Armendaritz. C'est ainsi qu'un Armendaritz redevint, après un siècle et demi, chef de la branche aînée de la famille.



De ce mariage naquirent cinq enfants dont l'aîné, Arnaud-Jean-Baptiste-Firmin, en 1757. Il servit en Espagne comme son père, devint lieutenant-général des armées du roi, gentilhomme de la chambre et titulaire de plusieurs titres honorifiques. Après une carrière bien remplie, il se retira à Armendaritz où il mourut, en 1733, sans laisser de postérité. il fut le dernier du nom qui ait fait sa résidence du domaine ancestral. Une de ses soeurs, Marie-Josèphe-Claude, héritière des biens, épousa, en 1778, Henry Bachoué, comte de Barraute.



Les Bachoué appartenaient à une ancienne famille du Béarn qui comptait plusieurs branches. Deux frères servirent sous Henry de Navarre, en 1569, et l'un d'eux, l'ancêtre du nouveau seigneur d'Armendaritz, acquit en février 1699, pour 20 076 livres, la seigneurie de Barraute. Cette terre étant noble, lui donna le droit de siéger aux Etats de Béarn où il entra, pour la première fois, en Avril 1609.



C'est le petit-fils de ce dernier, Henry, comte de Barraute, capitaine au Régiment des Bandes Béarnaises et chevalier de Saint-Louis, qui épousa l'héritière de la seigneurie d'Armendaritz. Il s'y fixa et y vécut jusqu'à la Révolution. Arrêté comme suspect, sous la terreur, il resta deux ans et demi en prison et mourut peu après sa libération. Son petit-fils hérita des biens qui furent transmis à sa fille mariée à M. d'Antillon et, après diverses combinaisons qui ne présentent aucun intérêt, le domaine sortit de la famille pour passer à M. Illareborde, un enfant du pays, qui en est le propriétaire actuel.



Il ne reste des Barraute que leur tombeau dans l'église du village. On peut lire sur les pierres tombales les noms de Arnaud-Jean-Baptiste-Firmin, celui de sa femme, Whilelmine Alavoine de Bergue, ceux de Claude de Barraute et de son mari, François d'Antillon. Dans quatre reliquaires on remarque des cheveux de femme, une ceinture avec boucle dorée et deux décorations dont l'une la croix de Saint-Louis et l'autre la croix du Lys.




Le domaine de Jaureguia se trouve dans une des parties du pays basque les plus reculées et les moins fréquentées. En outre il est sur un plateau élevé, loin de la route conduisant de Hasparren à Iholdy par Saint-Esteben, et peu visible de loin. On s'explique dès lors qu'il soit inconnu à beaucoup de personnes qui passent près de lui sans se douter de son existence, ce qui est regrettable. Tant comme édifice qu'à cause de sa situation des plus pittoresques, il mérite une visite de tous ceux qui s'intéressent au passé de notre pays.



Ce château occupe un des plus vastes domaines du pays d'Arberoue. Du plateau découvert sur lequel il se trouve, il domine la région jusqu'aux hauteurs de Méharin, de Luxe et les montagnes du Lantabat, tandis que, à ses pieds, s'étend la pittoresque vallée dont le village d'Armendarits occupe le centre et qu'au loin, se détachent les crètes de l'Iparla et la chaîne bordant à l'Ouest la vallée de Baïgorry.



Cette vue magnifique suffirait pour faire de cette belle propriété une résidence de choix. Mais ce qui ajoute à son agrément, c'est le château lui-même et ses alentours immédiats.



Il se trouve au milieu d'une vaste terrasse d'où un bel escalier de pierre, fort bien conservé, conduisait à un jardin aujourd'hui disparu. Une eau abondante, amenée par une canalisation souterraine d'une source peu éloignée, alimentait un bassin et une fontaine en pierre de taille dont les motifs de décoration n'existent plus. Des étables, des granges, de greniers, formant une installation agricole vaste et bien comprise font suite au château. Quant à celui-ci, inhabité depuis longtemps, en partie démeublé, il ne donne plus qu'une vague idée de ce qu'il a été autrefois, bien que plusieurs de ses parties soient encore en excellent état.



C'est un bâtiment rectangulaire à deux étages comprenant un grand nombre de pièces et flanqué de quatre tours d'angle carrées. Au rez-de-chaussée, on remarque une immense cuisine avec une cheminée faite pour recevoir des arbres entiers, un fourneau potager sur lequel une douzaine de casseroles pouvaient prendre place à la fois, deux fours, des éviers et de nombreuses dépendances. Au même étage, sont de vastes pièces ayant servi de salon et de salle à manger et, dans une tour, une chapelle avec son autel, ses images de piété et les objets servant au culte.



pays basque autrefois basse-navarre château
CHÂTEAU JAUREGUIA ARMENDARITS
BASSE-NAVARRE


Le premier étage, auquel conduit un double escalier de bois, possède de beaux restes d'une luxueuse habitation avec planchers marquetés, encadrements de portes ouvragés et dorés, plafonds décorés avec goût, etc... Une des chambres qui fixe le plus l'attention est celle où fut logé Don Carlos, lorsque vaincu et obligé de quitter l'Espagne, après la seconde guerre civile, il accepta l'hospitalité du comte de Barraute, au château d'Armendaritz. La tapisserie représente les grandes scènes de la conquête de l'Amérique rendue dans un style naïf et pittoresque. Dans une chambre voisine ce sont les Muses dont on distingue fort bien conservées : Melpomène, muse de la tragédie, Calliope celle de la poésie, Polymnie celle de l'éloquence, Thalie pour la comédie et Uranie pour l'astronomie.



muses grèce antiquité
TROIS MUSES



Mais ce qu'on ne saurait décrire, c'est la multiplicité des alcôves, des passages, tout un monde de coins et de recoins ainsi que de vieux meubles archaïques de tous genres épars çà et là et qui sont bien en harmonie avec le milieu environnant. Aussi en sort-on imprégné du passé, évoquant les scènes dont toutes ces vieilles choses ont été les témoins, regrettant de voir ces vastes pièces inhabitées mais avec l'espoir que ce ne sera pas pour toujours.



Le domaine de Jauréguia en effet est actuellement la propriété d'un homme qui connaît la valeur des choses, père de nombreux et beaux enfants et qui aime son pays. Il convient de lui faire crédit et peut-être reverrons-nous l'ancien manoir d'Armendaritz renaissant à la vie, devenir le séjour d'une nombreuse famille de vrais Basques dans cette partie du pays qui n'a pas été et ne sera sans doute pas de longtemps envahie par les étrangers."




(Source : Manoir Jauregia, actuellement ferme (culture.gouv.fr) et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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mercredi 6 septembre 2023

LE CHÂTEAU DE JAUREGUIA À ARMENDARITS EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (première partie)

LE CHÂTEAU DE JAUREGUIA À ARMENDARITS.


Cela fait plusieurs mois que je vous présente divers châteaux du Pays Basque.

Aujourd'hui, c'est celui d'Armendarits, en Basse-Navarre.



pays basque autrefois château basse-navarre
CHÂTEAU D'ARMENDARITS BASSE-NAVARRE
BMB N°12 1930


Je vous ai déjà présenté les châteaux suivants : Urtubie (Urrugne), ArcanguesMaytie (Mauléon), 

BidacheHaïtze (Ustaritz), Beraün (Saint-Jean-de-Luz), Artigaux (Moncayolle), Lacarre

Irumberry (Saint-Jean-le-Vieux), Ahetzia (Ordiarp), Ruthie (Aussurucq), CherauteAhaxe

CharritteMenditte, Eliçabia (Trois-Villes), Elhorriaga (Ciboure), Larrea (Ispoure) Saint-Pée-

sur-NivelleMouguerre,  Mauléon et Sault (Hasparren).




Voici ce que rapporta au sujet du château d'Armendarits, J. Nogaret, dans le Bulletin du Musée 

Basque N°12 de 1930 :


"Château de Jauréguia.



Le château de Jauréguia, demeure des anciens seigneurs d'Armendaritz, occupe un plateau élevé à quinze cent mètres environ du village de ce nom, en Arberoue. Les premiers possesseurs de ce domaine apparaissent dans l'histoire au XIIe siècle. Leur nom figure, pour la première fois, en 1170, dans une charte accordée par le roi d'Angleterre à la ville de Bayonne. Il y est cité par un des témoins de cet acte.



Quelques mois plus tard, lorsque Richard Coeur-de-Lion, fils du roi Henri II, fut apanagé de la Guienne, il vint à Bayonne où les seigneurs labourdins lui prêtèrent hommage. Garcia d'Armendaritz fut du nombre et il se trouvait parmi ceux qui assistèrent comme témoins de la cession aux Bayonnais, par le roi, des droits de la Coutume qui se percevaient, jusqu'alors, à son bénéfice exclusif.



roi angleterre normandie aquitaine croisade
GISANT DE RICHARD COEUR DE LION CATHEDRALE DE ROUEN
Par RANDDY — photo n&b coloriée de l'auteur RANDDY, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3466050



On voit, par ces exemples, que les seigneurs d'Armendaritz occupaient déjà une situation en vue parmi les féodaux de cette époque ; mais comme beaucoup d'autres, ils ne se montrèrent pas toujours bien conciliants et, au siècle suivant, ils furent, pendant longtemps, en difficultés avec l'évêque de Bayonne au sujet des dîmes ecclésiastiques.



Sans qu'on puisse en préciser l'origine, ils avaient une part de la dîme de l'église paroissiale. En 1254, Gassiot laissa à la cathédrale de Bayonne la quarte portion qui lui revenait sur les trois quarts der la dîme de la paroisse, l'autre quart étant de droit, la propriété de la cathédrale. A sa mort, Garcias-Arnaud, son neveu et héritier, usurpa la quarte laissée à l'évêque et son frère, Sanche-Arnaud, qui lui succéda, continua cette oeuvre de violence et de spoliation. Cependant, à son lit de mort, il restitua la dîme qu'il avait usurpée et obtint de l'évêque qu'il levât l'excommunication lancée contre lui.



A son tour, son fils Guillaume, non seulement n'exécuta pas l'engagement paternel, mais prit aussi la quarte de la dîme appartenant, de toute ancienneté, à la cathédrale. L'évêque Raymond de Donzac, outré de ce procédé, excommunia Guillaume qui ne tint aucun compte des foudres épiscopales ; mais, quelques années plus tard, en septembre 1256, il fit amende honorable, offrit de rendre les dîmes usurpées, promit de ne plus troubler l'église en la libre possession de ses dîmes et même de la défendre contre tous.



Cette proposition fut acceptée. L'évêque donna l'absolution, avec les formes de l'église, au baron repentant et, le mois suivant, le 9 octobre, le délégué de l'évêque arrivait à Armendaritz ; Guillaume l'accueillait sous le porche de l'église, entouré de ses fils et des notables de la paroisse et faisait remise officielle des dîmes en la forme accoutumée en semblables circonstances.



Les seigneurs d'Armendaritz continuèrent à faire souvent parler d'eux dans le pays. L'un était bailli d'Arberoue en 1307. Sa gestion ne dut pas être bien honnête, car on l'accusa de concussion et Louis le Hutin, alors roi de Navarre, lui adressa de vertes réprimandes à ce sujet.



roi navarre comte champagne hutin capétien
ROI LOUIS X DIT LE HUTIN



Un de ses successeurs accompagna le prince de Viane en Portugal. Il jouissait sans doute de la faveur royale car une de ses soeurs, nommée Alix, avait eu des relations avec ce prince et une fille en était née. Elevée à la cour d'Olite, elle épousa plus tard le comte de Medinacelli.



En 1424, Charles le Noble érigea les terres de Méharin en vicomté en faveur de Bertrand d'Armendaritz qui avait épousé Jeanne, dernière héritière des seigneurs de Méharin. Environ un siècle plus tard, en 1515, cette vicomté passa aux Belsunce par le mariage de Marie d'Armendaritz avec Jean de Belsunce.



Au cours de la rivalité de Jean d'Aragon et du prince de Viane, ce dernier fut fait prisonnier. Il obtint sa liberté, le 24 mars 1458, moyennant la remise de huit otages. Parmi eux on comptait un Armendaritz qui fut libéré après sept ans de détention.



Un peu plus tard, on trouve Pierre, sans doute le frère du précédent, parmi les gentilshommes basques au service du roi Louis XI ; il prit part aux campagnes contre Charles le Téméraire.



Enfin la même famille compta plusieurs membres à la solde du roi d'Aragon, défendant la ville de Perpignan contre les armées de Louis XI. Jean et Bertrand s'y distinguèrent par leur courage ; ils faisaient tous les jours des sorties à la tête de leur compagnie. Au cours de l'une d'elles, Jean ayant été tué contre toutes les lois de la guerre, il en résulta de cruelles représailles à l'égard des Français, jusqu'à ce que réparation eût été donnée.



... Les Armendaritz prirent part aux guerres de religion du XVIe siècle et furent les adversaires irréductibles de Jeanne d'Albret. Ils ne rentrèrent en grâce qu'après la mort de la reine de Navarre et l'avènement d'Henri IV. La famille comptait alors plusieurs branches : une fixée en Espagne, une autre, celle de Saint-Pée, en Pays de Cize, celle d'Arberatz qui s'est continuée jusqu'à nous et enfin la branche aînée représentée par Marie qui épousa, en 1583, François de Mont-Réal, capitaine-châtelain de Saint-Jean-Pied-de-Port. François était le fils de Jean III dont il a été question dans les articles sur les châteaux d'Urtubie et de Sault.



Du vivant de son fils Tristan, la seigneurie fut érigée en baronnie, en 1634, par Louis XIII, en récompense des services rendus par lui et ses ascendants en diverses circonstances et en particulier au siège de La Rochelle."



pays basque autrefois basse-navarre château
CHÂTEAU JAUREGUIA ARMENDARITS
BASSE-NAVARRE



A suivre...





(Source : Manoir Jauregia, actuellement ferme (culture.gouv.fr) et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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