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mercredi 20 décembre 2023

LE DÉCÈS D'HENRY O'SHEA UN IRLANDAIS AMOUREUX DU PAYS BASQUE EN SEPTEMBRE 1905

LE DÉCÈS D'HENRY O'SHEA EN SEPTEMBRE 1905.


En septembre 1905, meurt Henri O'Shea, amoureux de longue date du Pays Basque Nord et de Biarritz, en particulier.



pays basque autrefois écrivain irlande tombe
LIVRE LA TOMBE BASQUE D'HENRY O'SHEA




Voici ce que rapporta à son sujet le Journal des débats politiques et littéraires, en date du 24 

septembre 1905 :



"M. Henri O'Shea.



La ville de Biarritz vient de perdre un des hommes qui l'aimaient le mieux et qui lui ont rendu le plus de services, M. Henri O'Shea. 



D'origine irlandaise, la famille O'Shea s'était établie en Espagne. M. Henri O'Shea y est né ; il a même servi dans la diplomatie espagnole pendant quelques années. Mais il a passé sa première jeunesse à Biarritz, et il n'a pas cessé, pendant toute sa vie, d'avoir une préférence marquée pour cet admirable coin de la France auquel tous ses goûts l'attachaient. 



Il était devenu citoyen de Biarritz en fait, avant de devenir citoyen français en droit, ce qui était d'ailleurs un de ses plus chers désirs. Son mariage, qui l'avait introduit-dans la famille de Montebello, l'avait déjà rendu à demi notre compatriote. Il ne le devint définitivement que dans ses dernières années et fut nommé aussitôt conseiller municipal. 



Ce titre lui était bien du, car nul n'avait contribué plus que lui au développement de Biarritz. Il y avait fondé le British Club, la Biarritz-Association, la Société d'acclimatation du golfe de Gascogne, la Société des amis des arts de Bayonne-Biarritz, sans parler des nombreux congrès dont il avait pris l'initiative. 



Cependant, aux dernières élections, il ne fut pas réélu conseiller municipal. Ce titre, auquel se bornait son ambition, lui a été enlevé parce qu'il était libéral et qu'il avait désapprouvé les excès de la politique jacobine, notamment les atteintes portées à la liberté de l'enseignement par l'expulsion des congrégations enseignantes. M. O'Shea avait une âme religieuse : il a trouvé dans sa conscience de faciles consolations. 



Mais son dévouement aux intérêts de Biarritz n'a rempli qu'une partie de son activité. Il avait un esprit naturellement distingué, auquel une grande culture avait encore beaucoup ajouté ! Il était érudit, artiste, critique pénétrant, écrivain délicat. 



Il a quelquefois collaboré à notre journal, dont il partageait les sentiments et les idées, et auquel il est toujours resté fidèle. Son œuvre ne laisse pas d'être considérable. 



Nous rappellerons la Tombe basque, la Maison basque, son Traité sur la couleur, de nombreux Guides à Pau, à Biarritz, en Espagne, en Suisse, qui ont été traduits en espagnol et en anglais, enfin son Guide du musée du Louvre, si justement apprécié des connaisseurs. 



pays basque autrefois écrivain irlande tombe maison
LIVRE LA MAISON BASQUE et LA TOMBE BASQUE
D'HENRY O'SHEA


pays basque autrefois écrivain irlande maison
LIVRE LA MAISON BASQUE D'HENRY O'SHEA



Il a écrit en outre de nombreux articles dans des journaux et dans des revues. 



C'était un de ces hommes laborieux et modestes qui n'arrivent pas à toute la réputation qu'ils méritent parce qu'ils habitent la province, mais qui honorent la province qu'ils habitent par leurs travaux et leur caractère. 



Son souvenir vivra à Biarritz ; ils s'étaient adoptés mutuellement. M. O'Shea avait fait plus, il s'était donné à Biarritz et par lui à la France, qu'il admirait et qu'il aimait passionnément. Nous n'avons pas voulu laisser disparaître cette figure originale et attachante sans lui rendre un témoignage de haute estime et de sympathie."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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mardi 25 juillet 2023

LA MORT AU PAYS BASQUE EN 1895 (deuxième et dernière partie)

 

LA MORT AU PAYS BASQUE EN 1895.


La mort est un événement important dans les rituels du Pays Basque d'Antan.


pays basque autrefois mort deuil
DEUIL
PAYS BASQUE D'ANTAN




Après nous avoir parlé des enfants, des animaux domestiques et des mariages, voici ce que 

rapporta au sujet de la mort au Pays Basque, Mme d'Abbadie d'Arrast, épouse d'Antoine 

d'Abbadie d'Arrast, dans la revue bimensuelle La Femme, le 1er février 1895 :




"La mort en Pays Basque.



... Selon le voeu qu'elle avait exprimé, Gachina fut revêtue de sa robe de noce et enveloppée dans sa grande mante dont les dentelles du capuchon lui couvraient le front. Avec les rubans noirs on lia ses mains dans l'attitude de la prière, on réunit ses pieds qui ne devaient plus marcher et on fixa son menton. Les cierges allumés furent disposés autour d'elle, puis voisins et amis vinrent, selon l'usage, faire la veillée de la mort.



En général, au bout de 24 heures, l'enterrement a lieu ; le cortège se forme pour descendre à l'église. En tète marche le premier voisin chargé de la croix de bois. Douze hommes, voisins aussi du mort, le suivent ; chacun d'eux tient à la main un cierge allumé ; après vient le cercueil que huit porteurs qui se relayent chargent sur leurs épaules. Immédiatement après le cercueil prend place le clergé et le chantre. Tout le long du chemin les psalmodies de l'office des morts se mêlent au carillon des cloches dont le son, répété par les échos, monte de la vallée. Les proches parents s'avancent ensuite. Les hommes ont revêtu de longs manteaux à grands collets de velours, les femmes se sont enveloppées dans leurs mantalettas, dont les capuchons rabattus sur les visages se terminent par des voiles noirs. On arrive à l'église. Les femmes prennent place en bas sur les dalles usées, les hommes montent dans les galeries de bois, galeries qui s'étagent jusqu'à la voûte sombre. La cérémonie a lieu au milieu d'un profond recueillement. Le cimetière entoure l'église : une fosse vient d'y être creusée par le fossoyeur. C'est là qu'on porte le cercueil ; mais aucun des amis ni des membres de la famille n'assiste à cet angoissant épilogue de toute destinée humaine. Ce n'est que lorsque tout est terminé que les assistants entourent la famille et se rendent sur la tombe qu'on vient de fermer !



pays basque autrefois mort deuil
MANTEAU DE DEUIL
PAYS BASQUE D'ANTAN


M. Henri O Shea, dans le volume qu'il a consacré à l'histoire de la tombe basque (Pau, veuve Lescudé, 1889), raconte qu'autrefois, dans le pays basque, les parents et les voisins du mort poussaient des cris d'alarme et parcouraient les rues pour rassembler le monde. Ceci avait probablement pour objet soit de venger le mort s'il y avait eu violence, soit à l'origine de le défendre contre la malignité du mauvais oeil, et non moins de venir en aide à son âme en faisant dire le plus de prières. On avait des pleureuses qui poussaient de grands cris de détresse et déchiraient leurs voiles. Dans quelques endroits, d'après M. O Shea, les amis intimes de la veuve, dès que son mari était enterré, la frappaient violemment dans le dos et sur les épaules en lui criant d'une voix frénétique : "Sois perdue, tu as tout perdu !" Pendant les enterrements, les femmes interpellaient le mort, le plaignaient, se plaignaient elles-mêmes. "Est-ce bien à toi de t'en aller, de nous quitter ainsi ? Lâche qui t'enfuis, qui nous abandonne. — Que deviendra ta pauvre mère, ta Magnigno ? La vieille femme, sans toi, que deviendra-t-elle ?" Ou encore : "Donne ce baiser à grand-père. — Dis à ma tante qu'elle prie pour moi, qu'elle prie pour que Petit-Pierre guérisse. — Dis à saint Martin que la pauvre vache est morte et qu'il demande à Notre-Dame de nous en envoyer une autre plus jeune et moins lourde que celle-là. — Ah ! pauvre, que tu auras froid ! — Ah ! pauvre, que tu auras soif ! — Ah ! pauvre, que tu auras faim..."



LIVRE LA MAISON BASQUE ET LA TOMBE BASQUE
D'HENRY O'SHEA



Après la cérémonie religieuse et l'ensevelissement, la famille et les amis rentrent dans la maison vide ; un repas copieux les y attend. Dans les temps antiques, ces repas avaient lieu peut-être soit dans les églises elles-mêmes, auprès du tombeau, soit dans les cimetières. On parait y avoir sacrifié des animaux et, en 1766, d'après le Père Laramendy, il était encore d'usage, dans le Guipuscoa, en Espagne, d'amener à la porte de l'église, vers la fin d'un enterrement, soit un boeuf, soit un veau qu'on ramenait à l'abattoir après en avoir donné la valeur aux prêtres officiants. 



A la maison le repas se prolonge. Plus il est abondant, plus la mémoire du mort s'en trouve honorée.



A la fin du repas, avant de quitter la table, il est d'usage que l'homme le plus considéré de l'assistance se lève et dise le "De profundis". Les convives debout et bérets à la main le répètent avec lui. C'est l'acte qui clôt les funérailles après lequel on se sépare et on retourne à ses travaux.



A l'église, pendant une année entière, on allume, à la mémoire du défunt, à la messe du matin, ces longues bougies filées, sortes de gros rats-de-cave en cire, souples, enroulés dans une corbeille ronde que l'on laisse à l'église. La benoîte, c'est-à-dire la femme qui lave les linges du culte et range le sanctuaire, est chargée du soin d'allumer les bougies.



pays basque autrefois mort deuil
CAPE DE DEUIL
PAYS BASQUE D'ANTAN


Après un deuil, la famille reçoit de ses amis et de ses connaissances des dons en argent plus ou moins considérables. Cet argent sert à dire des messes et fournit au clergé des ressources qu'il ne dédaigne pas.


pays basque autrefois mort deuil
COSTUME DE DEUIL SARE
BMB N3 4  1927


Nous avons encore un mot à dire des cimetières basques. Ils sont généralement très négligés ; les mauvaises herbes y abondent, les tombes sont pressées les unes contre les autres, les nouveaux morts chassent de leur couche ceux qui les ont précédés dans le dernier sommeil. Ils ne ressemblent en rien à nos cimetières parisiens, si bien tenus, ou les tombes sont ornées, soignées et fleuries, ni aux jardins mortuaires des pays du Nord. Mais ce qui les rend très curieux pour les visiteurs, c'est leur ancienneté. On y voit de très vieilles tombes marquées par des stèles arrondies. Ces stèles dressées, à moitié enfouies sous l'herbe, portent des signes gravés sur la pierre ; ces signes rappellent diverses figures géométriques d'une antiquité incontestable que l'on retrouve en Orient, vestiges du culte du jeu, symboles par lesquels on est conduit à supposer, en la retrouvant chez les Basques, que l'origine du peuple dont nous nous occupons se perd dans la nuit des temps."



pays basque avant
LA TOMBE BASQUE LOUIS COLAS
PAYS BASQUE D'ANTAN


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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lundi 11 octobre 2021

UN ENTERREMENT AU PAYS BASQUE AU 17ÈME SIÈCLE

 

UN ENTERREMENT AU 17ÈME SIÈCLE.


Les rites funéraires ont toujours été importants au Pays Basque.




AU CIMETIERE 
PAR LE TANNEUR



Voici ce que rapporta à ce sujet La Côte basque : revue illustrée de l'Euzkalerria, le 25 mai 1924, 

sous la plume d'Henry O'Shea : 



"Une vision du passé. Un enterrement au 17ème siècle.



Sur le flanc de la colline couronné par l’église, s’étend le vieux cimetière : campement des morts qui veillent couchés sous leurs tentes de pierre, — qui veillent sur les vivants et par les vivants à leur tour sont veillés !...



Point triste mais profondément chrétien le sentiment qui s’en dégage : empreint non de défaite ni de païenne fatalité ; mais d’espérances chaudes et éclatantes comme des soleils. La virile mélancolie et la joie pacifiante et recueillie d’un automnal triomphe ; comme si les anges, en volant au-dessus, secouaient sur toutes les choses des gerbes de chrysanthèmes.




pays basque autrefois caradoc chrysantheme
LE CHRYSANTHEME


Entrons. Les murs bas et crépis, par places émeraudes de pariétaires ou de valérianes rougis, comme un serpent de pierre serti de gemmes l’entourent de tous côtés ; figure circulaire des cimetières basques et qui dans l’esprit symbolique de ce peuple, probablement rappelle l’éternité.



Au pied du mur, du côté de la mer, dont le tonnerre monte en grondant sourdement, des touffes de tamaris aux grêles baguettes piquées de vertes houppes qu’attiédit le vent — un souffle chaud qui vient du Sud et apporte l’âcre senteur des algues et les parfums des fleurs qui attendrissent la dune rugueuse et sèche ; l’œillet, le thym, la sauge et le romarin.



Çi et là, d’épais buissons de ronces matelassés contre le vieux mur qu’ils dépassent. Dans leurs bruns treillissements, comme en des cadres minuscules, des paysages et des marines délicieusement liliputiens.



Vers l’est à perte de vue, une suite de petites criques frangées de sable d’or, avec des maisonnettes sur la plage. A voir leurs murs blancs et les hauts peupliers contre lesquels elles s’appuient, on dirait des barques à l’ancre, qui sèchent leurs voiles.



COSTUME DE DEUIL SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Vers le couchant, au-dessus de la mer et penché sur l’horizon, le soleil s’épanouit comme une fleur de lumière et ses pétales enflammés tombent un à un dans les plis moirés des vagues.



Le cimetière foisonne de fleurs et de verdure. C’est un jardin, mais un peu sauvage et silencieux, comme on en voit dans les rêves : un grand tapis de velours brodé de glaïeuls el de scabieuses, troué par places, usé par le temps et la brûlure des étés et qui aurait envie de s’en aller tomber droit sur la grand’route s’il n’était tenu par ces longues épingles vertes, les ifs et les cyprès.



Dispersées un peu partout, émergeant de l’herbe haute, des stèles en pierre, au sommet arrondi. On dirait des têtes qui sortent de dessous terre et fixent curieusement le soleil couchant qui rougit leurs fronts plats et glacés....



Au pied des stèles, sont des dalles ou, plus fréquemment des tertres coniques peu élevés et qui pèsent légèrement sur les pauvres morts ; qui pèsent si légèrement qu'à travers les mottes disjointes ils entendent les pas amis et les voix familières d’autrefois. Et ils reconnaissent comme ils peuvent les pieux devoirs et les tendresses des cœurs fidèles, en rendant plus bleu le bleu des jacinthes, plus doré l’or des narcisses, plus doux le parfum des œillets : en mettant leurs muettes prières dans l’ombre mouvante des ormeaux et des hauts buis.




COSTUME DE DEUIL SARE 1927
PAYS BASQUE D'ANTAN 


Jeunes et vieilles les tombes se pressent, se pressent à mesure que l’on gravit la funèbre colline, se pressent, se serrent les unes contre les autres, se blottissent le plus possible sous les grandes ailes rouges de l’église. Du vieux clocher branlant, partent à des intervalles réguliers, des vols d’hirondelles qui rasent la terre, s’enlèvent, décrivent des cercles et des crochets et, comme des oiseaux noirs, avec un bruit strident, coupent la toile bleue de l’air ambiant.



Vision étrange !... voilà qu’à cette heure la vieille cloche se met à sonner le glas funèbre. Un enterrement va avoir lieu. Des bruits confus montent de la grand’route dont la blancheur se tâche d’une traînée d’ombres. Lentement, solennellement se déroule le cortège, entre des champs de blé doré et des champs aux fleurs d’azur. Croix et bannières, costumes, visages et chants rappellent un temps depuis des siècles évanoui...



Au glas qui sonne se mêle le bruit de la clochette qu’agite un enfant dans les sentiers des champs et les rues des villages ; que suivent des hommes et des femmes de la famille, poussant de grands cris de détresse et de rassemblement : "Sortez et accourez au secours du Syndic des pêcheurs ! au secours ! au secours !" et tous de se hâter et de grossir la procession.   



Le crépuscule verdit le bleu des pins sur les hauteurs ; répand des ombres violâtres autour des troncs roux des genévriers du cimetière. Dans le silencieux infini du firmament, de froides étoiles, comme de petites roses d’argent, s’entrouvrent mystérieusement.



Par longues files ils montent la côte, hommes et femmes, prêtres et enfants de chœur, pâtres à cheval armés de lances : à pas lents se meuvent parmi les froments d’or et les fleurs d’azur, avec des psalmodies qui appellent la miséricorde de Dieu sur les morts.



PROCESSION BIDART 
PAYS BASQUE D'ANTAN



Profond est le recueillement : si profond que dans les silences qui succèdent aux chants, on entend, sans perdre une note, le cri-cri des grillons et là-haut, autour de l’église blanche, le bruit strident des hirondelles qui coupent comme de noirs ciseaux la toile bleue de l’air ambiant. 



Le premier voisin marche en tête et porte la lourde croix d’argent. Sous la couleur rose du soir brille le grand crucifix, joyau de la paroisse. Des bras ouverts du Divin supplicié tombent des rayons blancs.



Suivent les prêtres qu’enveloppent d’une atmosphère d’or et d’argent les bannières des confréries. Puis vient la bière que soulèvent dans l’air les robustes épaules des pêcheurs, les camarades du défunt. Elle est découverte. Le mort, revêtu de la bure des moines, tient solidement attaché entre ses mains un grand cierge allumé. Sa longue chevelure noire retombe sur les épaules, encadrant d’une sombre auréole la tête toute pâle, si jeune encore. Sur la figure, la lumière tremblotante promène des lueurs dorées. Les yeux ouverts, fixes et terribles, semblent suivre son propre esprit qui l’accompagne dans l’espace au-dessus...



Les femmes suivent le corps, précédées par la Sérora qui en règle la marche et les place à la file les unes des autres, deux par deux. Revêtues de longues mantes traînant à terre, que terminent des capuchons pointus aux houppes de velours, on dirait une allée mouvante de sombres cyprès.



Tout près de la bière et du cadavre qui branle dedans parmi des lueurs étranges et des odeurs de cire fondue, se pressent, anxieuses et navrées, les femmes de la famille. Des cris aigus, de bruyants sanglots, de longs gémissements. Elles tiennent des conversations à haute voix avec le mort, improvisent des couplets qu’elles chantent sur un ton lamentable.



L’un rappelle ses bonnes actions et l’autre ses mauvaises. Et c’est de la sorte la vie du mort qui se déroule derrière son cercueil, sa vie entière qui repasse devant chacun ; avec ses défaillances et ses enseignements. Et aux louanges se mêlent des imprécations sombres et redoutables !...



S’avance le chœur des jeunes filles de la paroisse, vêtues de blanc, de blanc voilées. Les unes s’agitent, vont et viennent, se frappent le sein, déchirent leurs voiles, poussent des cris discordants, de grands cris d’alarme et de rassemblement. Les autres dansent la danse des cierges d’un pas lent, cadencé ; chantant des psaumes, tranquilles et légères, comme les reines qui passent dans les rêves foulant les rayons de lune et dans leurs mains diaphanes écrasent des jasmins odorants.



Puis viennent les hommes, mais en foule et sans ordre, vêtus de longs manteaux aux longs collets de velours. Chacun porte une grande torche allumée, élevée au-dessus de la tête. Le vent les fait vaciller. Ainsi rejetées en arrière, on dirait des spectres aux chevelures de flammes.



Des psalmodies, reprises par d'innombrables voix, lentes, se mesurant, parfois soudainement dépassées par des notes trop vives, des voix qui veulent arriver plus vite à Dieu et lui parler du mort ; des voix de femmes, auxquelles se mêlent des voix d’hommes où roule la tonnerre des vagues ; des prières, qui sont presque des menaces et font sourire les anges et Saint-Pierre, patron des pêcheurs basques.



La vieille église étroite et haute, avec des airs de navire échoué et sans mâts, s’emplit des vivants et des esprits des morts. Les aïeux, les bisaïeulles, les aïeux des aïeux, et les aïeulles des aïeulles du mort ont quitté leurs tombes moussues et sont accourus.



Sous le porche bas et sombre, qu’ébranle le glas des cloches, se tient le vieux curé, comme au seuil de l’éternité ; et d’une voix solennelle et douce, il reçoit le mort au nom de Jésus.



Et l'on se place. Les femmes en bas, chacune sur la dalle usée qui recouvre le tombeau de sa famille. Quant aux hommes, ils montent dans les galeries de bois sombre, qui s’étagent jusqu’à la voûte et ils s’y perdent un peu comme ils font à bord, parmi les vergues et les haubans. Les parentes et les voisines gardent la bière, placée près du caveau ouvert, gardent et jalousement surveillent ce bien qu’elles ont encore ; que dans quelques moments, elles perdront à tout jamais... 



Derrière l’autel s’élèvent jusqu’à la voûte constellée, de lourdes boiseries en bois doré, que divisent d’énormes colonnes torses. Dans des niches profondes et sombres comme des buissons, sont embusqués les vieux saints basques, aux longues barbes, aux chevelures flottantes, avec de grands yeux fendus jusqu’aux oreilles, farouches et inquiétants...



Maître-autel, chapelles, colonnes, lustres et candélabres tout prend feu, brille et brûle d’une lumière rouge, un peu lourde. Des nuages d’encens tendent des voiles mystiques devant ces flamboiements éblouissants ; et au milieu des chants qui supplient et des lumières qui glorifient, le mort semble sourire et être content.



Lorsque les prêtres entonnent d’une voix vibrante le Requiescat, tous de se lever, car voici le moment de l’adieu suprême. Les femmes s’élancent en avant ; les hommes descendent précipitamment des galeries sombres ; chez tous, les yeux brillent et lancent des éclairs. On dirait qu’il s’agit de livrer bataille à la mort, aux fossoyeurs, à la terre, au ciel lui -même !...



Tous s'approchent de la bière, froissent le drap, se penchent sur le corps pour l’embrasser une dernière fois. Chez les hommes, une douleur sans larmes, comme les orages sans pluie des pays brûlants, mais dans la voix, des colères sourdes, des reproches aux saints, aux saintes, qui n'ont rien fait malgré les vœux insensés, malgré la promesse de montagnes de cierges et de pèlerinages nu-pieds. Aussi les regards sont agités de-ci et de-là comme des makilas...



Les femmes interpellent le mort, se jettent sur lui, l'embrassent, l'étreignent frénétiquement, le plaignent de tout leur cœur, se plaignent elles-mêmes, se frappant violemment la poitrine : "Est-ce bien à toi de t'en aller, de nous quitter ainsi ! Lâche, qui t’enfuis, qui nous abandonnes !" "Ah pauvret, mon petit gars, la perle de Bidartea !" et des cris et des sanglots et : "Ah chéri, mon premier né, le plus fort pilotari ! à la pêche le plus adroit !" "Que deviendra ta Mariette, ta Mariette, ta pauvre mère, la vieille, vieille femme, sans toi que deviendra ?"




EGLISE DE BIDART
PAYS BASQUE D'ANTAN



"Dis au bon Dieu que tu m’aimes ; dis à St-Jean que sans toi, Juanito, je vais mourir, qu’il prenne pitié de Johanna ! " "Donne un baiser à grand’père ; dis à ma tante qu’elle prie pour moi, pour que le mal qu’a petit Pierre, s'en aille et ne revienne pas. Fais que Françoise se marie. Dis à St-Martin, ami, que la pauvre vache est morte et qu’il demande à Notre-Dame, de nous en envoyer une autre plus jeune que celle-là !" "Ah ! pauvret, que tu auras froid ! Ah ! pauvret que tu auras soif ! Ah ! pauvret, que tu auras faim ! !... "



Et les cris perçants de l’immense douleur font trembler les vitraux peints et s’agiter de-ci de-là les longues barbes fausses des vieux saints enfumés et farouches au fond de leurs niches noires et profondes.



Et cela dure jusqu'à ce que le corps dans le caveau soit descendu ; que la lourde pierre, comme une porte, ne soit refermée sur ce rien qui a tant été. Là, il dormira solitaire et plus tard oublié, le pauvre gars basque, dans la nuit profonde, pendant que des milliers et des milliers de siècles rouleront comme des flots silencieux au-dessus de sa tête... jusqu’à ce que le premier rayon de l’aube sainte vienne filtrer à travers la dalle épaisse et l’inonder de Dieu."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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jeudi 22 avril 2021

PROVERBE BASQUE DU JOUR ET FÊTE DU 22 AVRIL 2021 SAINT ALEXANDRE ET SAINT ÉPIPODE - INTZA

PROVERBE DU 22 AVRIL 2021 (SAINT ALEXANDRE) (SAINT ÉPIPODE) (INTZA).


ALEXANDRE : Alexandre de Lyon figure parmi 34 martyrs chrétiens qui furent mis à mort à Lyon, en 178, au temps de l'empereur Marc Aurèle.



religion catholique saint sainte alexandre
22 AVRIL SAINT ALEXANDRE DE LYON



En compagnie d'Epipode, Alexandre échappe à la persécution de 177, pendant laquelle périssent sainte Blandine ou l'évêque Pothin, auxquels sont consacrés des églises lyonnaises.

Cachés dans le faubourg de Vaise, à Lyon, Alexandre et Epipode sont dénoncé, arrêtés et martyrisés, refusant d'abjurer leur foi.

Alexandre, d'origine grecque, est vénéré par l'Eglise catholique et par l'Eglise orthodoxe.



religion catholique saint sainte alexandre
22 AVRIL SAINT ALEXANDRE DE LYON



INTZA : Ihintza, rosée, rocio. Gaurdanik aurrera kaltegarria da. Zeren eta polen bihiak metatzen baititu eta haiek barreiatzera haizeari ez baitio uzten.

(...)Intza - Araizko (N) herria eta bertako Done Jakueren elizan dagoen Andre Mariaren adbokazioa. Egungo eraikuntza berria da, antzinakoa lurrikara batek hondatu baitzuen. 1715. urtean. Jaieguna irailaren 8an da. - - (...)



fleur rosée rose
ROSE ET ROSEE




Un décès du 22 avril : William Henry O'Shea.


capitaine irlande parnell
CAPITAINE WILLIAM O'SHEA


Né en 1840 à Dublin (Irlande) - Mort le 22 avril 1905.

C'est un soldat irlandais, capitaine dans le 18e Hussards et député.

Il est surtout connu pour être l'ex-mari de Katharine O'Shea, la maîtresse de longue date du leader nationaliste irlandais Charles Stewart Parnell, avec qui elle a eu trois enfants.

De 1880 à 1885, il est député de Clare (Irlande) et de Galway Borough (Irlande) en 1886.

En 1882, O'Shea sert d'intermédiaire entre Joseph Chamberlain et C S Parnell (alors emprisonné) lors de négociations pour la libération de ce dernier.

En 1886, à cause de ces négociations secrètes, il s'abstient de voter sur le projet de loi irlandais sur le Home Rule et il démissionne de son siège parlementaire le lendemain.

Il divorce en 1890 et il obtient la garde de ses deux enfants survivants.

O'Shea meurt le 22 avril 1905, à 65 ans.




capitaine irlande parnell
CAPITAINE WILLIAM O'SHEA