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dimanche 7 avril 2024

DEUX ROMANCIERS ANGLAIS REPOSENT AU CIMETIÈRE DE SAINT-JEAN-DE-LUZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE

DEUX ROMANCIERS ANGLAIS AU CIMETIÈRE DE SAINT-JEAN-DE-LUZ.


De nombreuses personnalités, originaires du monde entier, sont décédées et enterrées au Pays Basque.




pays basque autrefois personnalités anglais cimetière labourd
PORTRAIT D'ERNEST WILLIAM HORNUNG



Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire La Côte basque : revue illustrée de l'Euzkalerria

le 13 juillet 1924, sous la plume de Paul Mieille :



"Deux Romanciers Anglais reposent au cimetière de Saint-Jean-de-Luz.



Dans l’ouvrage, déjà célèbre où il raconte "ses caravanes" d’apôtre du "spiritualisme nouveau", qui est, comme l’on sait, la doctrine de la survie, prouvée par les communications médiumniques avec les esprits des morts, l’écrivain anglais, Sir Conan Doyle, le génial créateur Sherlock Holmes, s’exprime ainsi :


"... Un intermède tragique vint interrompre nos expériences à Paris. J’appris soudainement que mon beau-frère, E. W. Hornung, l’auteur de "Raffles" et de tant d’autres beaux romans, était en train de mourir à Saint-Jean-de-Luz, dans les Pyrénées. Je partis à l’instant, mais ne pus arriver que pour assister à ses obsèques. Hornung repose là, à trois pas de George Gissing, un écrivain pour lequel, lui et moi, avions une commune affection. Il est doux de penser qu’un homme de sa race et de sa profession lui tient compagnie là-bas, dans sa tombe pyrénéenne..."



Les "Wandexings of a Spirilualist" d’où sont tirées ces lignes, ont paru en 1921, et cette date situe celle de la mort de Hornung. Quant à Gissing, obligé de chercher un climat plus doux à ses poumons malades que celui de l’Angleterre, il vint séjourner à St-Jean-de-Luz et y mourut d’une attaque de pneumonie, le 28 décembre 1903.



La "colonie anglaise" de Saint-Jean-de-Luz, toujours plus nombreuse, n’a peut-être pas besoin qu’on lui rappelle ce que furent dans le royaume des Lettres — qui est la véritable république mondiale — les auteurs de "Raffles" et de "Démos". La présence dans notre champ de repos de ces deux notables compatriotes, ne peut-elle, cependant, leur être signalée, comme une preuve de plus, non seulement de l’attraction qui attire sur la Côte Basque les villégiaturants et les touristes anglais, mais aussi de la sympathie naturelle que la Terre de l’Euskalerria, ses paysages, ses caractères et ses mœurs, exercent sur les lettrés et sur les écrivains Anglais contemporains ?



Car, depuis Sarah Grant, amoureuse du Pays Basque et habituée de Cambo, jusqu’au Conrad, du Gold-Arrow (le plus grand, peut-être, des romans carlistes) — combien, déjà, d’hommes de lettres anglais, vivants ou morts, ont ressenti à l’égard de la Côte Basque Pyrénéenne, l’attirance mystérieuse et forte, qui transformait en véritable maladie — en mal d’amour ! — le "désir de l’Italie" qui posséda, autrefois, le jeune Gœthe, Byron, Keats, Shelley, notre Lamartine, notre Stendhal, sans compter tant de nos grands artistes, peintres, sculpteurs, architectes ou graveurs, dont la devise de jeunesse eût pu tenir toute dans la phrase fameuse : "Vedere... Roma, poi morire ! ! !"



Je ne puis m’empêcher de voir une coïncidence remarquable — une sorte de parallélisme curieux, si j’ose dire — entre ces quatre tombes étrangères de ces quatre écrivains anglais, illustres à divers titres et à des degrés différents : Les poètes Shelley et Keats, dans leur cimetière romain, les prosateurs Hornung et Gissing dans leur cimetière Basque.



N’y a-t-il pas matière à réflexions philosophiques, historiques, économiques, touristiques... et autres, dans le site et dans le temps de ces quatre tombeaux illustres : 1821-1921 ?! Rome ?



Que de choses tiennent dans ces deux noms et ces deux dates ? Combien de pages d’histoire, histoire littéraire et histoire humaine, contenues dans ces quatre noms d’écrivains anglais endormis dans la paix sur la terre étrangère ! Ainsi leur tombe aura sa part de l’immortalité de leur nom et sur leur mémoire rejaillira un rayon éternel de la beauté des choses — joie perpétuelle ! — parmi lesquelles ils ont choisi de reposer.



Ayant rappelé le souvenir de ces deux romanciers anglais, devenus dans la paix du champ de repos nos compatriotes Luzéens, — ces notes seraient incomplètes, si quelques mots sur l'oeuvre de ces deux "novelists" de marque, n’y trouvait une place, petite ou modeste.



De E. W. Hormung, le "moins fameux", beau-frère de Sir Conan Doyle — le Roi du Roman policier, diraient les Américains ! — je me bornerai à citer trois ou quatre titres de romans a grands tirages, tels que la série des "Raffles" — "Under two Skies" — "Tiny Luttrell" — "The Shadow of the Rope" — "The Rogue’s March", etc., dont plusieurs, les "Rafles" en particulier, ont connu des succès de traduction et de Cinéma.



Créateur d’un type — qui fut, à son tour, peut-être, créateur de "types" — celui du "Gentleman cambrioleur". E. W. Hornung, s’accordent à dire ses biographes, fut un des hommes les plus spirituels de son temps. Ses traits d’humour, ses bons mots, dit Sir Conan Doyle, feraient la fortune d’un "échotier". Dans l’abondante, la surabondante production du roman anglais, E. W. Hornung, spirituel et lettré, gardera des lecteurs fidèles.



Je voudrais pouvoir m’étendre davantage sur l’œuvre de Gissing et sur Gissing lui-même, trop peu connu du public français.



Car, tel un arbre dans la futaie domine de sa haute cime et de ses branches noueuses, la verdure environnante, telle se présente l’œuvre de George Gissing dans les taillis et les sous-bois de la littérature contemporaine.



Mort relativement jeune, — à 46 ans — George Gissing laisse une œuvre considérable — 28 romans —, marquée d’une des individualités les plus vigoureuses de son temps et de son pays. N’ayant connu le succès que tardivement, succès relatif, d’ailleurs, et qui ne le mena jamais aux grands tirages — réservés aux gloires commerciales ! — Il n’eut pas à se plier au goût du public, ce dont il faut nous féliciter avec lui.




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ECRIVAIN GEORGE GISSING



Travailleur acharné, liseur infatigable quoique délicat, érudit comme on ne l'est plus guère de nos jours, Georges Gissing a vécu volontairement, par choix délibéré, une vie "d’indépendant". Ni clan, ni chapelle ! ni parti, ni coterie !!



Aussi, fut-il, pour les uns "égoïste" et presqu’"anti-social", pour les autres "misanthrope" ou "révolté ". Tout cela, fait de timidités, de tendresses comprimées, de délicatesses blessées. Un tendre, au fond, quoique sa satire soit amère et son indignation cuisante.



L'œuvre de George Gissing est vraiment balzacienne, et par sa puissance et par son objet : la vie sociale de son temps. Elle mérite d'être connue ; elle le sera. Voici quelques titres, retenez-les, lecteurs : The unclassed, Demos, New-Grub Street, The Odd Women, Eve’s Ransom, The Crown of Life, Our friend the Charlatan, Will Warburton, Vcranilda, etc., etc.



Parmi toutes ces pages, écrites avec la chair et le sang d’une vie et d'un cœur, je n’en mets aucune au-dessus des "Papers of Henry Ryecroft", cette confession d’un solitaire, ce cri de bonheur du rescapé de l’enfer social, cet hymne mineur de franciscain qui s’ignore, à la nature, à ses joies paisibles, à sa divine maternité.



Si la joie m'est donnée, encore, de séjourner à Saint-Jean-de-Luz, j'irai souvent m'asseoir non loin de la tombe de Gissing, pour y relire "The Ryecroft Papers".




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LIVRE THE PRIVATE PAPERS OF HENRY RYECROFT
DE GEORGE GISSING



Avec les "Promenades d’un Rêveur solitaire", de notre Jean-Jacques, je ne sais pas de livre plus propre, non seulement à nous consoler des hommes, mais, encore, à nous réconcilier avec eux."


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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lundi 11 octobre 2021

UN ENTERREMENT AU PAYS BASQUE AU 17ÈME SIÈCLE

 

UN ENTERREMENT AU 17ÈME SIÈCLE.


Les rites funéraires ont toujours été importants au Pays Basque.




AU CIMETIERE 
PAR LE TANNEUR



Voici ce que rapporta à ce sujet La Côte basque : revue illustrée de l'Euzkalerria, le 25 mai 1924, 

sous la plume d'Henry O'Shea : 



"Une vision du passé. Un enterrement au 17ème siècle.



Sur le flanc de la colline couronné par l’église, s’étend le vieux cimetière : campement des morts qui veillent couchés sous leurs tentes de pierre, — qui veillent sur les vivants et par les vivants à leur tour sont veillés !...



Point triste mais profondément chrétien le sentiment qui s’en dégage : empreint non de défaite ni de païenne fatalité ; mais d’espérances chaudes et éclatantes comme des soleils. La virile mélancolie et la joie pacifiante et recueillie d’un automnal triomphe ; comme si les anges, en volant au-dessus, secouaient sur toutes les choses des gerbes de chrysanthèmes.




pays basque autrefois caradoc chrysantheme
LE CHRYSANTHEME


Entrons. Les murs bas et crépis, par places émeraudes de pariétaires ou de valérianes rougis, comme un serpent de pierre serti de gemmes l’entourent de tous côtés ; figure circulaire des cimetières basques et qui dans l’esprit symbolique de ce peuple, probablement rappelle l’éternité.



Au pied du mur, du côté de la mer, dont le tonnerre monte en grondant sourdement, des touffes de tamaris aux grêles baguettes piquées de vertes houppes qu’attiédit le vent — un souffle chaud qui vient du Sud et apporte l’âcre senteur des algues et les parfums des fleurs qui attendrissent la dune rugueuse et sèche ; l’œillet, le thym, la sauge et le romarin.



Çi et là, d’épais buissons de ronces matelassés contre le vieux mur qu’ils dépassent. Dans leurs bruns treillissements, comme en des cadres minuscules, des paysages et des marines délicieusement liliputiens.



Vers l’est à perte de vue, une suite de petites criques frangées de sable d’or, avec des maisonnettes sur la plage. A voir leurs murs blancs et les hauts peupliers contre lesquels elles s’appuient, on dirait des barques à l’ancre, qui sèchent leurs voiles.



COSTUME DE DEUIL SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Vers le couchant, au-dessus de la mer et penché sur l’horizon, le soleil s’épanouit comme une fleur de lumière et ses pétales enflammés tombent un à un dans les plis moirés des vagues.



Le cimetière foisonne de fleurs et de verdure. C’est un jardin, mais un peu sauvage et silencieux, comme on en voit dans les rêves : un grand tapis de velours brodé de glaïeuls el de scabieuses, troué par places, usé par le temps et la brûlure des étés et qui aurait envie de s’en aller tomber droit sur la grand’route s’il n’était tenu par ces longues épingles vertes, les ifs et les cyprès.



Dispersées un peu partout, émergeant de l’herbe haute, des stèles en pierre, au sommet arrondi. On dirait des têtes qui sortent de dessous terre et fixent curieusement le soleil couchant qui rougit leurs fronts plats et glacés....



Au pied des stèles, sont des dalles ou, plus fréquemment des tertres coniques peu élevés et qui pèsent légèrement sur les pauvres morts ; qui pèsent si légèrement qu'à travers les mottes disjointes ils entendent les pas amis et les voix familières d’autrefois. Et ils reconnaissent comme ils peuvent les pieux devoirs et les tendresses des cœurs fidèles, en rendant plus bleu le bleu des jacinthes, plus doré l’or des narcisses, plus doux le parfum des œillets : en mettant leurs muettes prières dans l’ombre mouvante des ormeaux et des hauts buis.




COSTUME DE DEUIL SARE 1927
PAYS BASQUE D'ANTAN 


Jeunes et vieilles les tombes se pressent, se pressent à mesure que l’on gravit la funèbre colline, se pressent, se serrent les unes contre les autres, se blottissent le plus possible sous les grandes ailes rouges de l’église. Du vieux clocher branlant, partent à des intervalles réguliers, des vols d’hirondelles qui rasent la terre, s’enlèvent, décrivent des cercles et des crochets et, comme des oiseaux noirs, avec un bruit strident, coupent la toile bleue de l’air ambiant.



Vision étrange !... voilà qu’à cette heure la vieille cloche se met à sonner le glas funèbre. Un enterrement va avoir lieu. Des bruits confus montent de la grand’route dont la blancheur se tâche d’une traînée d’ombres. Lentement, solennellement se déroule le cortège, entre des champs de blé doré et des champs aux fleurs d’azur. Croix et bannières, costumes, visages et chants rappellent un temps depuis des siècles évanoui...



Au glas qui sonne se mêle le bruit de la clochette qu’agite un enfant dans les sentiers des champs et les rues des villages ; que suivent des hommes et des femmes de la famille, poussant de grands cris de détresse et de rassemblement : "Sortez et accourez au secours du Syndic des pêcheurs ! au secours ! au secours !" et tous de se hâter et de grossir la procession.   



Le crépuscule verdit le bleu des pins sur les hauteurs ; répand des ombres violâtres autour des troncs roux des genévriers du cimetière. Dans le silencieux infini du firmament, de froides étoiles, comme de petites roses d’argent, s’entrouvrent mystérieusement.



Par longues files ils montent la côte, hommes et femmes, prêtres et enfants de chœur, pâtres à cheval armés de lances : à pas lents se meuvent parmi les froments d’or et les fleurs d’azur, avec des psalmodies qui appellent la miséricorde de Dieu sur les morts.



PROCESSION BIDART 
PAYS BASQUE D'ANTAN



Profond est le recueillement : si profond que dans les silences qui succèdent aux chants, on entend, sans perdre une note, le cri-cri des grillons et là-haut, autour de l’église blanche, le bruit strident des hirondelles qui coupent comme de noirs ciseaux la toile bleue de l’air ambiant. 



Le premier voisin marche en tête et porte la lourde croix d’argent. Sous la couleur rose du soir brille le grand crucifix, joyau de la paroisse. Des bras ouverts du Divin supplicié tombent des rayons blancs.



Suivent les prêtres qu’enveloppent d’une atmosphère d’or et d’argent les bannières des confréries. Puis vient la bière que soulèvent dans l’air les robustes épaules des pêcheurs, les camarades du défunt. Elle est découverte. Le mort, revêtu de la bure des moines, tient solidement attaché entre ses mains un grand cierge allumé. Sa longue chevelure noire retombe sur les épaules, encadrant d’une sombre auréole la tête toute pâle, si jeune encore. Sur la figure, la lumière tremblotante promène des lueurs dorées. Les yeux ouverts, fixes et terribles, semblent suivre son propre esprit qui l’accompagne dans l’espace au-dessus...



Les femmes suivent le corps, précédées par la Sérora qui en règle la marche et les place à la file les unes des autres, deux par deux. Revêtues de longues mantes traînant à terre, que terminent des capuchons pointus aux houppes de velours, on dirait une allée mouvante de sombres cyprès.



Tout près de la bière et du cadavre qui branle dedans parmi des lueurs étranges et des odeurs de cire fondue, se pressent, anxieuses et navrées, les femmes de la famille. Des cris aigus, de bruyants sanglots, de longs gémissements. Elles tiennent des conversations à haute voix avec le mort, improvisent des couplets qu’elles chantent sur un ton lamentable.



L’un rappelle ses bonnes actions et l’autre ses mauvaises. Et c’est de la sorte la vie du mort qui se déroule derrière son cercueil, sa vie entière qui repasse devant chacun ; avec ses défaillances et ses enseignements. Et aux louanges se mêlent des imprécations sombres et redoutables !...



S’avance le chœur des jeunes filles de la paroisse, vêtues de blanc, de blanc voilées. Les unes s’agitent, vont et viennent, se frappent le sein, déchirent leurs voiles, poussent des cris discordants, de grands cris d’alarme et de rassemblement. Les autres dansent la danse des cierges d’un pas lent, cadencé ; chantant des psaumes, tranquilles et légères, comme les reines qui passent dans les rêves foulant les rayons de lune et dans leurs mains diaphanes écrasent des jasmins odorants.



Puis viennent les hommes, mais en foule et sans ordre, vêtus de longs manteaux aux longs collets de velours. Chacun porte une grande torche allumée, élevée au-dessus de la tête. Le vent les fait vaciller. Ainsi rejetées en arrière, on dirait des spectres aux chevelures de flammes.



Des psalmodies, reprises par d'innombrables voix, lentes, se mesurant, parfois soudainement dépassées par des notes trop vives, des voix qui veulent arriver plus vite à Dieu et lui parler du mort ; des voix de femmes, auxquelles se mêlent des voix d’hommes où roule la tonnerre des vagues ; des prières, qui sont presque des menaces et font sourire les anges et Saint-Pierre, patron des pêcheurs basques.



La vieille église étroite et haute, avec des airs de navire échoué et sans mâts, s’emplit des vivants et des esprits des morts. Les aïeux, les bisaïeulles, les aïeux des aïeux, et les aïeulles des aïeulles du mort ont quitté leurs tombes moussues et sont accourus.



Sous le porche bas et sombre, qu’ébranle le glas des cloches, se tient le vieux curé, comme au seuil de l’éternité ; et d’une voix solennelle et douce, il reçoit le mort au nom de Jésus.



Et l'on se place. Les femmes en bas, chacune sur la dalle usée qui recouvre le tombeau de sa famille. Quant aux hommes, ils montent dans les galeries de bois sombre, qui s’étagent jusqu’à la voûte et ils s’y perdent un peu comme ils font à bord, parmi les vergues et les haubans. Les parentes et les voisines gardent la bière, placée près du caveau ouvert, gardent et jalousement surveillent ce bien qu’elles ont encore ; que dans quelques moments, elles perdront à tout jamais... 



Derrière l’autel s’élèvent jusqu’à la voûte constellée, de lourdes boiseries en bois doré, que divisent d’énormes colonnes torses. Dans des niches profondes et sombres comme des buissons, sont embusqués les vieux saints basques, aux longues barbes, aux chevelures flottantes, avec de grands yeux fendus jusqu’aux oreilles, farouches et inquiétants...



Maître-autel, chapelles, colonnes, lustres et candélabres tout prend feu, brille et brûle d’une lumière rouge, un peu lourde. Des nuages d’encens tendent des voiles mystiques devant ces flamboiements éblouissants ; et au milieu des chants qui supplient et des lumières qui glorifient, le mort semble sourire et être content.



Lorsque les prêtres entonnent d’une voix vibrante le Requiescat, tous de se lever, car voici le moment de l’adieu suprême. Les femmes s’élancent en avant ; les hommes descendent précipitamment des galeries sombres ; chez tous, les yeux brillent et lancent des éclairs. On dirait qu’il s’agit de livrer bataille à la mort, aux fossoyeurs, à la terre, au ciel lui -même !...



Tous s'approchent de la bière, froissent le drap, se penchent sur le corps pour l’embrasser une dernière fois. Chez les hommes, une douleur sans larmes, comme les orages sans pluie des pays brûlants, mais dans la voix, des colères sourdes, des reproches aux saints, aux saintes, qui n'ont rien fait malgré les vœux insensés, malgré la promesse de montagnes de cierges et de pèlerinages nu-pieds. Aussi les regards sont agités de-ci et de-là comme des makilas...



Les femmes interpellent le mort, se jettent sur lui, l'embrassent, l'étreignent frénétiquement, le plaignent de tout leur cœur, se plaignent elles-mêmes, se frappant violemment la poitrine : "Est-ce bien à toi de t'en aller, de nous quitter ainsi ! Lâche, qui t’enfuis, qui nous abandonnes !" "Ah pauvret, mon petit gars, la perle de Bidartea !" et des cris et des sanglots et : "Ah chéri, mon premier né, le plus fort pilotari ! à la pêche le plus adroit !" "Que deviendra ta Mariette, ta Mariette, ta pauvre mère, la vieille, vieille femme, sans toi que deviendra ?"




EGLISE DE BIDART
PAYS BASQUE D'ANTAN



"Dis au bon Dieu que tu m’aimes ; dis à St-Jean que sans toi, Juanito, je vais mourir, qu’il prenne pitié de Johanna ! " "Donne un baiser à grand’père ; dis à ma tante qu’elle prie pour moi, pour que le mal qu’a petit Pierre, s'en aille et ne revienne pas. Fais que Françoise se marie. Dis à St-Martin, ami, que la pauvre vache est morte et qu’il demande à Notre-Dame, de nous en envoyer une autre plus jeune que celle-là !" "Ah ! pauvret, que tu auras froid ! Ah ! pauvret que tu auras soif ! Ah ! pauvret, que tu auras faim ! !... "



Et les cris perçants de l’immense douleur font trembler les vitraux peints et s’agiter de-ci de-là les longues barbes fausses des vieux saints enfumés et farouches au fond de leurs niches noires et profondes.



Et cela dure jusqu'à ce que le corps dans le caveau soit descendu ; que la lourde pierre, comme une porte, ne soit refermée sur ce rien qui a tant été. Là, il dormira solitaire et plus tard oublié, le pauvre gars basque, dans la nuit profonde, pendant que des milliers et des milliers de siècles rouleront comme des flots silencieux au-dessus de sa tête... jusqu’à ce que le premier rayon de l’aube sainte vienne filtrer à travers la dalle épaisse et l’inonder de Dieu."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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mardi 6 juillet 2021

LES TOMBES DISCOÏDALES AU PAYS BASQUE (huitième et dernière partie)


LES TOMBES DISCOÏDALES.


L'art funéraire Basque se caractérise par des sculptures sur pierres (stèles discoïdales ou tabulaires, ou pierres tombales), dont les plus anciennes datent de la fin du 16ème siècle.



religion mort cimetière tombes discoîdales
TOMBES DISCOÏDALES
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la presse, dans diverses éditions :






  • La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 15 avril 1930, sous la plume de 
Henri Godbarge :



"La conférence de M. Godbarge à Duconténia.



... En résumé, pour déchiffrer l'énigme de la décoration basque, il faut donc fouiller le problème qui s'est posé, et qui se pose encore, sur la genèse de la décoration pro-romane et sur la genèse de la décoration romane, en France, en Espagne, problème encore insuffisamment étudié. 



J'ai eu la témérité de l'examiner selon une méthode de professionnel, la méthode de l'étude directe du morceau archéologique. Et je n'ai voulu recourir aux documents écrits de l'érudit historien, qu'après cet examen. J'ai eu la témérité bien plus grande encore de formuler quelques hypothèses et même quelques conclusions qui s’appuient moins sur l’histoire de l'art et de l'art archéologique, que sur des analyses techniques professionnelles à mon sens beaucoup plus sûres, dans certains cas, et, notamment, dans le cas du problème euskarien, lequel est sans grandes données historiques. 



Aussi, voulez-vous me permettre de vous entretenir un instant des fouilles de Périgueux



Les fouilles de Périgueux sont suggestives à tous égards. Les photographies contenues dans la Tombe Basque de Colas m’avaient frappé. Il y avait analogies troublantes entre ces reproductions et certaines ornementations, tracées, gravées, aussi bien sur la pierre que sur le bois des coffres anciens, tant en Labourd, qu'en Navarre, qu'au Musée de Saint-Sébastien, qu'à Burgos. Mais la photographie ne rend qu'imparfaitement la physionomie sculpturale d'un bas-relief ou d’un haut-relief. Ma visite au Musée, grâce à l’obligeance du conservateur, M. de Fayolle, me fut très utile. Dans le préau couvert, où, judicieusement, sont réunies de riches collections archéologiques, côte à côte, sont exposés des morceaux vétustes et moussus ou des pierres médiévales, trouvés en cette antique cité, submergée par diverses civilisations. Là sont des ruines très bien conservées : chapiteaux romains, ou gallo-romains, chapiteaux pro-romans, byzantins et enfin romans ; avec cela, toutes les pierres tumulaires de ces diverses époques. Cet examen est, en vérité, très suggestif, comme je l'ai déjà dit, pour qui analyse les curieux tâtonnements qui précèdent et qui président aux débuts d'un style aussi bien qu'à l’évolution, qu’à la stylisation qui suivent les déformations premières. Notamment, les stylisations s'affirment et s'accentuent au fur et à mesure du développement de ce style. Comme pour les chapiteaux romains d'Espagne qui furent copiés, interprétés, par les Maures de Cordoue ou de Fez, on constate des imitations faites par les Gaulois, éduqués à la romaine ; puis, des stylisations de chapiteaux gallo-romains, quand les copies d'imitation succédèrent aux copies directes ; ensuite, une sorte de stylisation pro-romane, faite de survivances romaines qui précédèrent l’apport des motifs orientaux. Par la suite, on constate une ornementation mi-romaine, mi-byzantine ; enfin, les morceaux archéologiques romans du Xle et Xlle siècles parfaitement stylisés, mais dont l'air de parenté avec les morceaux gallo-ro mains est manifeste, malgré l’introduction d'éléments étrangers. Même processus, en définitive, que le processus architectural et ornemental d'Espagne et des provinces basques. D'ailleurs, il y a unanimité d’opinion entre critiques d’art sur ce sujet. C'est ainsi que se sont formés, c’est l’opinion unanime, tous les styles, surtout les styles de civilisation, à leurs débuts.




archéologie périgueux vésone
FOUILLES PERIGUEUX 1930





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LIVRE LA TOMBE BASQUE 
LOUIS COLAS



Mais examinons de plus près cette ornementation dont les apports orientaux, apports géométriques, surtout, sont évidents à Périgueux. Sont-ce des apports byzantins ou des apports islamiques ... Question troublante pour nous. 



Les érudits discutent encore. Je crois que le champ de la discussion pourrait être limité grâce à des constatations techniques professionnelles sur lesquelles on n'a pas assez insisté. Les procédés du tailleur de pierre ou du sculpteur byzantin sont-ils les mêmes que ceux des professionnels musulmans ?... 



Eh ! bien, non. L'un, le Byzantin, modèle à la manière du sculpteur grec, l’autre, le Maure, champlève à la manière de l’ouvrier décorateur, ou plutôt, à la manière du dessinateur persan. J'ai signalé ce procédé au début de ces études en citant, du reste, M. Malagarie, procédé de méplat qui fouille une surface plane sur laquelle le dessin de l’ornementation a été soigneusement tracé ; les parties en creux sont également en méplat horizontal. Il y a donc dans une œuvre mauresque ou mudéjare, deux ou trois plans horizontaux pour les jeux de lumière, deux ou trois "nus", comme il est dit en termes de métier, tandis que l'ornemaniste byzantin qui a reçu l'éducation artistique grecque obtient ses jeux de lumière et de plans à la manière du sculpteur latin, lequel recherche le modelé naturaliste imitant davantage la nature multipliant les creux, les vallonnements, les "gris" et les "noirs", autrement dit, il use de ce qu'il est convenu d'appeler la couleur sculpturale et cela en ayant, comme matière, aussi bien la pierre que le bois. Or les morceaux lapidaires romans de Périgueux qui ont des dessins analogues à ceux du Pays Basque, et qui se trouvent sur les stèles, linteaux ou coffres à bois, ont un modelé byzantin. Aussi, en professionnel, je déclare qu'il y a là influence purement byzantine comme du reste, on devait s'y attendre, en cet endroit ; car ces vétustes pierres sont des vestiges d'une vieille ville ou s'est édifiée la cathédrale Saint-Front, dont les éléments de construction sont à l'imitation de ceux de Sainte-Sophie chef-d’œuvre byzantin, comme chacun sait. Cette conclusion est corroborée car d’autres données historiques que je reprendrai en examinant les hypothèses de M. Dieulafoy, l'éminent maître archéologue bien connu.



religion tombe basque colas
LIVRE LA TOMBE BASQUE 
LOUIS COLAS



En revanche, la taille sculpturale, pour graver dans la pierre, les dessins euskariens, dessins géométriques, identiques de forme aux dessins byzantins comme je l'ai déjà dit, cette taille, dis-je, est faite, à la manière du champlevage, qui est la manière islamique de Cordoue, manière perpétuée et transmise par les Mudéjares en Castille et surtout en Catalogne, même après le départ des Maures vaincus et refoulés en Andalousie, province qui fut pendant longtemps le centre artistique, la grande école de tous les professionnels du bâtiment, car elle forma : maçons, tailleurs de pierre, charpentiers, ébénistes et surtout ornemanistes ou géomètres, tous imprégnés de la civilisation mauresque, laquelle était la plus avancée de l'époque. Je note que cette constatation professionnelle de la différence entre les dessins byzantins et les dessins décoratifs basques s'adapte étroitement à la thèse qui résulte de mes constatations faites au cours d'une enquête architecturale et que je résume en ces quelques mots. 



Les provinces d’Espagne ayant subi les fortes empreintes de la civilisation très florissante islamique, même après la reconquête, ont transmis ces survivances à la fois espagnoles et islamiques en Navarre et dans les Provinces Basques, à l’époque historique où celles-ci naissaient à la vie politique. 




religion tombe basque colas
LIVRE LA TOMBE BASQUE 
LOUIS COLAS



Et plus précisément encore, je résume et je précise ma pensée en disant que chez les Basques espagnols il y a eu, au début surtout, influence architecturale et survivances ornementales islamiques et non influence romane, surtout dans l'architecture civile, comme on s’est plu à le déclarer, car il y aurait dans la technique influence byzantine ; ce qui n'est pas. En effet, si certains dessins euskariens et byzantins sont identiques, du moins les procédés de sculpture sont complètement différents..."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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lundi 5 juillet 2021

LES CIMETIÈRES DES ANGLAIS À BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE (deuxième et dernière partie)

 LES CIMETIÈRES ANGLAIS À BAYONNE.


Lors du siège de Bayonne, du 27 février au 5 mai 1814, il y a eu de nombreux blessés et morts des deux côtés.



CIMETIERE DES ANGLAIS BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la revue La Côte basque : revue illustrée de l'Euzkalerria, le 19 

avril 1925, sous la plume de F. Morel :



"Le cimetière anglais.


Episode du blocus de 1814.



...Arrêté aussitôt et désarmé sans résistance, cet homme demanda à être conduit devant le général en chef ; sa prière était si insistante et les quelques mots qu'il adressa au commandant du poste si significatifs, qu'on n'hésita pas à le faire. Le général Hope avait établi son quartier général au Boucau, à portée du pont qui pouvait le ramener sur la Bidassoa et de la flotte nombreuse qui entretenait la sécurité et l'abondance de son armée. Le pauvre et chétif village de l'Adour était devenu une riche et populeuse résidence ; le luxe anglais avait déjà transporté sur ce terrain sableux et désert les pacotilles de fantaisie dans des magasins élégants et des tavernes confortables où pour le genièvre ou le champagne, soldats et officiers étaient les bienvenus.



Tout dormait, hommes, chevaux et navires, la flotte anglaise se pressait le long des jetées de pierre, le petit havre était encombré de chaloupes et d'embarcations et le fleuve noir et paisible réfléchissait seulement quelques feux éloignés. Le déserteur français fut conduit à travers les affûts, des canons, des voitures et des boutiques portatives, dans une maison d'assez belle apparence devant laquelle deux sentinelles se promenaient régulièrement.



Dans un salon du rez-de-chaussée, sur une table à jeu, une carte déployée laissait voir un plan de Bayonne, de la citadelle, des camps retranchés, etc...Des épingles noires et rouges, plantées dans la carte, déterminaient les positions occupées par l'armée assiégeante et les avant-postes de la garnison. Deux bougies consumées à moitié attestaient un travail récent, et, dans un coin obscur du salon, sur un canapé, dormait un officier d'ordonnance anglais tout armé et éperonné. C'est là que le déserteur français se trouva en présence du maréchal Hope que l'aide de camp avait fait prévenir et qui s'était levé à la hâte. C'est là que, moyennant un prix convenu, il révéla au général la sortie projetée de la garnison, le nombre d'hommes qui devaient composer les colonnes d'attaque et l'heure de la sortie ; le général donna aussitôt des ordres ; les officiers d'ordonnance coururent aux diverses positions occupées par les troupes anglaises, mais il n'était plus temps ; les tambours et le canon se faisaient entendre, et les troupes françaises se précipitaient au pas de charge.



En effet, on n'avait pas tardé à s'apercevoir à la citadelle de la disparition du déserteur, et la sortie, fixée à cinq heures, avait eu lieu immédiatement (trois heures du matin). Les postes avancés de l'ennemi étaient seuls sous les armes, et avant que les colonnes du Boucau et de Hayet eussent eu le temps de se rallier et de marcher sur le théâtre du combat, la garnison avait repris vaillamment, et au fil de la baïonnette, toutes les positions dont elle avait été maîtresse avant le 27 février. Sur le plateau de Montaigut avait eu lieu le combat le plus terrible et le plus longtemps disputé ; la maison Monet et les retranchements anglais, pris et repris quatre fois, se pavèrent de cadavres, enfin le terrain resta aux braves bataillons français des 32e, 26e et 76e de ligne. Les troupes anglaises culbutées dans les revers de Montaigut, se retirèrent alors dans le petit vallon dont nous avons parlé au commencement de cet épisode. Le déserteur qui venait de vendre lâchement la garnison servait de guide au général Hope, lorsque les balles des voltigeurs du 82e, abattirent le chef anglais et tuèrent le traître sur place.



Les batteries de la citadelle dirigeaient, en même temps, un feu terrible sur le petit vallon où les troupes des 1er, 2e et 3e régiments de la grade royale anglaise et du 66e de ligne se retiraient en désordre ; malgré les plis du terrain, les boulets creusaient les rangs et frappaient sans relâche les officiers, les soldats, les chevaux et les arbres qui se trouvaient sur le chemin de leurs terribles ricochets.



Un magnifique cerisier s'élevait à gauche du petit vallon, sur une pente couverte de hautes fougères foulées et déchirées. Le terrain fut rapidement couvert de cadavres et le tronc de l'arbre garda merveilleusement le boulet, comme pour y conserver la date d'un combat et d'une époque mémorables. Autour de cet arbre furent ensevelis les officiers tués à ses pieds dans la journée du 14 avril, et c'est là l'origine de ce modeste et historique cimetière, si paisiblement caché dans la commune de Saint-Etienne. Pendant seize années, quelques pierres grossièrement taillées signalèrent seules aux habitants et aux visiteurs la sépulture des officiers anglais. Les soldats avaient été enterrés pêle-mêle là où ils étaient tombés, et les paysans montrent encore sur toutes ces hauteurs, jusqu'au Boucau, de petits tertres protégés par une croix et abrités le plus souvent par des taillis ; c'est le dernier souvenir du blocus de 1814.



En 1830, une sorte de souscription fut ouverte dans le 2e régiment de la garde royale anglaise, appelée "Coldstream", et M. Harvey, consul à Bayonne et ancien capitaine dans ce même régiment, fut chargé d'acheter le terrain où reposaient ses compagnons d'armes et d'y faire construire un mur de clôture. Bientôt, en effet, le cimetière s'éleva ; quelques arbres y furent plantés, et une sorte de pierre tumulaire, placée debout à une des extrémités du monument, rappela le nom des morts et la date de la sortie de la garnison de Bayonne. On lit les noms suivants sur les tombes distribuées sans ordre dans le cimetière :

G. Callier et H. Sullivan, baronnet et membre du parlement, lieutenants-colonels du régiment de Coldstream, 2e de la garde.

W. G. Grofton et W. Burroughs, capitaines dans le même régiment.

F. Vachell et J.-B. Shiffner, capitaines, et F. Halbourne lieutenant dans le 3e régiment de la garde.

J. Hamilton, lieutenant dans le 60e de ligne.



Voilà ceux qui ont obtenu les honneurs de l'épitaphe et qui dorment paisibles, à 300 lieues de leur patrie, sur quelques pieds de terre qui leur appartiennent et qu'ils ont achetée à un assez haut prix, pour que notre susceptibilité française ne puisse pas s'en offenser. Le monument du "Coldstream Guards" est devenu, depuis 1830, le but de pèlerinages d'une foule d'Anglais que leurs affaires ou leurs goûts cosmopolites ont amenés dans nos contrées.



On assure même que quelques-uns d'entr'eux, sous l'influence d'une pensée exclusive de pitié nationale, ont fait le voyage de Londres pour contempler un instant la tombe de leurs compatriotes et pour en emporter des feuilles ou des fleurs mémoratives qu'ils plieront précieusement dans leur album, et qu'ils classeront plus tard dans leur musée domestique, entre un fragment de lave que l'action du feu a capricieusement tordu et quelque onyx de Bengale. Il y a quelque chose, en effet, d'aventureux et de bizarre dans la destinée de ces hommes du Nord, que la fatalité a retenus pour toujours au fon de notre France méridionale, et les fleurs qui croissent sur leurs tombes valent bien la peine qu'on en enrichisse l'album d'un artiste ou d'un oisif."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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dimanche 6 juin 2021

LES TOMBES DISCOÏDALES AU PAYS BASQUE (septième partie)

 


LES TOMBES DISCOÏDALES.


L'art funéraire Basque se caractérise par des sculptures sur pierres (stèles discoïdales ou tabulaires, ou pierres tombales), dont les plus anciennes datent de la fin du 16ème siècle.



religion mort cimetière tombes discoîdales
TOMBES DISCOÏDALES
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la presse, dans diverses éditions :






  • La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 26 mars 1930, sous la plume 
d'Henri Godbarge :



"Suite à une causerie. 



Les Pierres discoïdales.



Une lettre de M. Le Bondidier. Les pierres discoïdales ailleurs que dans le Pays Basque. Celles du Musée Pyrénéen.


tombes musée pyrénéen
RECONSTITUTION CIMETIERE BASQUE
MUSEE PYRENEEN LOURDES


A la suite de la causerie faite récemment à la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne, sur "une pierre discoïdale au Mexique", Mme De La Rüe a reçu de M. Le Bondidier, l’érudit directeur du Musée Pyrénéen et le voyageur averti auquel le Tourisme doit tant, la lettre que nous reproduisons ci-dessous :


 Château fort de Lourdes, le 24 mars 1930. 


"Madame, 


Je vous remercie de l’aimable envoi de votre curieux article sur la tombe discoïdale du Mexique. Je l'ai lu avec un vif intérêt mais sans grand étonnement car c’est avec un état d’âme peut-être un peu trop subjectif et particulariste qu’on nomme tombe "basque" une forme de tombe qu’on retrouve dans les pays les plus divers.



Déjà, Colas, dans son magistral ouvrage, en avait signalé en Ariège et dans les Landes. Il en note une que je lui avais indiquée à Baudéan, dans les Hautes-Pyrénées. 



Bourilly et Laouste, dans leur livre sur les "Stèles funéraires marocaines" donnent la description et les photographies de très nombreuses discoïdales au Maroc. 



Frankowski, dans son Mémoire à la Commission d’études paléontologiques et préhistoriques de Madrid en indique de très nombreuses disséminées dans toute l’Espagne et le Portugal. Une photographie de son livre donne des reproductions de tombes du Chili nettement apparentée, dans le principe, aux discoïdales.



Moi-même, l’automne dernier, au cours d’un voyage en Afrique du Nord, j’en ai trouvé au cimetière d’El Kettar, à Alger, à Constantine (en bois, très curieuses), à Tunis (minuscules mais par centaines), à El Djem, à Djerba. 



Le champ de la discoïdale est donc beaucoup plus vaste qu’on ne le croit en Pays Basque.



Et maintenant, si cette question vous intéresse, me permettriez-vous de vous poser une question, une  "colle" ? Savez-vous où est la plus belle et la plus complète réunion de tombes discoïdales ? ... Au Château de Lourdes, tout simplement, où dans le cimetière pyrénéen il y a exécutées, d’après la documentation que j’avais recueillie, par Mme Le Bondidier, aidée de quelques ouvriers, une soixantaine de discoïdales parmi les plus curieuses, depuis la discoïdale que j’ai vue et notée à Tunis, qui a huit centimètres de diamètre qu'on mettrait dans sa poche et qui aurait fait un si joli presse-papier sur la table de ce pauvre Colas, jusqu’à celle signalée par Frankowski, dans la province de Santander, qui a 1 m. 66 de diamètre et dont la reproduction ici pèse deux tonnes et demie. 


château hautes pyrénées
LE CHÂTEAU FORT DE LOURDES
MUSEE PYRENEEN


Il faut savoir gré à M. Le Bondidier de son intéressante communication. 





musée lourdes directeur
MR ET MME LE BONDIDIER
CHÂTEAU DE LOURDES



Déjà, en effet, le regretté Louis Colas, dans une communication à la Société des Sciences de Bayonne, si nos souvenirs sont exacts, et dans un article paru dans la "Gazette" avait signalé la présence de pierres discoïdales au Maroc. Cette remarque fut d’ailleurs rappelée dans la causerie de ces jours derniers. 



Ces documents et les recherches et communications qui pourront être faites par la suite ne pourront que contribuer à l'histoire des tombes basques et, en élargissant le cercle du champ d’observation et des connaissances, du Pays Basque lui-même."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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samedi 5 juin 2021

LES CIMETIÈRES DES ANGLAIS À BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE (première partie)

LES CIMETIÈRES ANGLAIS À BAYONNE.


Lors du siège de Bayonne, du 27 février au 5 mai 1814, il y a eu de nombreux blessés et morts des deux côtés.


pays basque autrefois cimetiere
CIMETIERE DES ANGLAIS BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Lors du siège de Bayonne, on déplore de nombreuses pertes de vies humaines, du côté des 

Français et aussi du côté des alliés, en particulier lors de la bataille du 14 avril 1814.

Des centaines de morts, parmi les forces alliées, sont enterrés sur place, autour de Bayonne.




Deux cimetières, dits "cimetière des anglais" seront créés par la suite.



Voici ce que rapporta à ce sujet la revue La Côte basque : revue illustrée de l'Euzkalerria, le 12 

avril 1925 :



"Le cimetière anglais.


Episode du blocus de 1814.



Sous le canon de la Citadelle, et au pied de ses hauteurs de Montaigu que le blocus de 1814 a rendues célèbres, connaissez-vous ce vallon resserré et couvert d'épaisses fougères, qu'il faut chercher péniblement à travers des sentiers glissants et pierreux ? Calme, solitaire et animé seulement par les cris bucoliques des troupeaux et des jeunes pâtres, le vallon s'ouvre, au nord-ouest, sur un admirable paysage : les maisons du Boucau, étagées au milieu des arbres et des taillis, l'Adour recourbant sa large et rapide nappe d'eau, les pignadas tachetant les dunes de sable de la rive gauche, les toits rouges du lazaret, la mer au loin comme une écharpe étincelante, et le phare de Biarritz, que les dentelures de la côte placent à l'oeil au milieu de la commune d'Anglet. L'ouverture du vallon est si étroite et si habilement ménagées, que le fleuve, le Boucau, les bois de pins et la mer s'alignent, se groupent et s'harmonisent : au premier plan, ce sont les bruyères épineuses qui déchirent vos pieds, des vaches qui paissent dans les ajoncs, et un enfant rose et brun, accroupi dans un champ ; puis les navires mouillés en rivière ou quelque voile que le soleil éclaire à l'horizon.



guerre napoleon bayonne 1814
BAYONNE EN 1814
PAYS BASQUE D'ANTAN



Ce vallon aujourd'hui si ignoré et qui semble raconter toute une vie bornée, saine et laborieuse, était rempli au mois d'Avril 1814, d'hommes, de chevaux et de bruit. Tous ces coteaux où croissent et s'étendent paisibles les fougères, les genêts épineux, et le thym des champs étaient occupés par une brigade anglaise, formée du 2e régiment de la garde royale, des détachements des 1er et 3e de cette même garde et du 60e régiment d'infanterie de ligne. Des postes avancés étaient placés sur toutes les hauteurs, dans tous les défilés, et, pendant ces nuits transparentes et fluides de notre Midi, on pouvait apercevoir du haut de la Citadelle, et à l'aide d'une bonne lunette, les baïonnettes des sentinelles anglaises brillant au milieu des arbres. De l'embouchure de l'Adour à la Haute-Nive, c'était un vaste camp au milieu duquel la ville et la citadelle, ceintes de murailles et de canons, semblaient défier les combinaisons stratégiques et patientes ou les attaques soudaines de l'ennemi.



Les guinées anglaises ont malheureusement une grande célébrité, même en France ; et en 1814, il faut le dire la rougeur au front, elles eurent la puissance de désarmer des bras vigoureux et des poitrines intrépides jusque-là. On cédait à cet attrait de l'or qui est un culte aujourd'hui ; les paysans vendaient et louaient chèrement leurs vivres et leurs fermes aux anglais ; on spéculait sur les approvisionnements et sur l'avenir de l'invasion ; on achetait quelques-uns de leurs chevaux pur sang pour en conserver le souvenir, et des écrivains vantaient leur modération, lorsqu'ils étaient les maîtres, sans doute, de nous rançonner plus durement. Ce n'étaient là pourtant que des détails du drame de 1814, et ces quelques pages ne suffiraient pas aux courages, aux sacrifices et aux dévouements que réveilla et provoqua le danger de la patrie.



pays basque autrefois adour
ADOUR 1814
PAYS BASQUE D'ANTAN



Bayonne, bloquée par une armée de quarante mille hommes, avait résolu de se défendre avec opiniâtreté, et sa garnison et ses habitants, inspirés par un courage et par un même enthousiasme, dévoués au service déjà fait, éprouver de cruelles pertes à l'ennemi. Chaque jour le canon de la citadelle détruisait les ouvrages des travailleurs anglais, et allait chercher jusque derrière leurs retranchements ces soldats insoucieux que leurs habits éclatants désignaient de si loin à l'habileté de nos pointeurs. La nuit seule interrompait cette canonnade impitoyable, et c'était alors un spectacle plus bizarre : les feux des bivouacs s'étendaient de toutes parts autour de la ville assiégée ; ils étincelaient au milieu des arbres, au pied de quelque ferme isolée, ou dans le pli protecteur d'un mamelon, et on voyait quelquefois sur le point éclairé se découper vivement la silhouette des soldats anglais, hanovriens et portugais. Rien n'est aussi imposant que ces longues nuits pleines de silence sur ces champs de bataille où des milliers d'hommes se reposent ou attendent ; on croit, à chaque instant, que mille cris vont éclater, que ces canons, qui semblent échanger un regard fixe et muet à travers les ténèbres, s'allument tout à coup dès que la bataille va recommencer avec fracas. Mais le repos et le silence continuent, les feux mêmes finissent par s'éteindre, et les sentinelles elles-mêmes, au pas d'abord impatient et pressé, s'arrêtent, écoutent et s'appuient sur leurs armes.




guerre napoleon 1814 bayonne
BATAILLE 1814
PAYS BASQUE D'ANTAN


Or, le 14 Avril 1814, à deux heures et demie du matin, un soldat de la garnison se glissa sans bruit sur les parapets de la citadelle, du côté où les murs offrent peu d'élévation. Le sabre entre les dents, il s'aida des pieds et des mains, et il parvint au talus rapide qui semble continuer le rempart ; il échappa par de merveilleuses précautions à la vigilance des postes avancés, et il arriva suivant le versant méridional des hauteurs de Montaigut, jusqu'auprès des sentinelles anglaises placées au pont du moulin sur le chemin du Boucau..."


A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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