CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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jeudi 24 avril 2025
lundi 24 mars 2025
LA CONTREBANDE AU PAYS BASQUE EN 1932 (septième partie)
LA CONTREBANDE AU PAYS BASQUE EN 1932.
En 1932, le journaliste Arthur Hérisson-Laroche fait un reportage sur la contrebande au Pays Basque.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, le
28/07/1932, sous la plume de Arthur Hérisson-Laroche :
"La vie audacieuse et périlleuse des contrebandiers Basques.
Grand reportage par A. Hérisson-Laroche.
... Mon compagnon, à qui j'avais livré toute ma pensée, m'expliqua :
"Il existait autrefois à Olhette — je te parle de très longtemps — des forges importantes. Aujourd'hui pour une raison ou pour une autre, tout cela a disparu. Ainsi privé de son industrie, le village ne tarda pas à se dépeupler. J'en ai connu beaucoup qui, à l'époque, sont partis aux Amériques. Actuellement, l'unique ressource des habitants, d'origine espagnole pour la plupart, est la contrebande. En réalité, ils bricolent et vivotent. Il n'y a, ici, aucune organisation sérieuse, comparable à la nôtre. Les hommes sont obligés de se louer à droite ou à gauche, suivant le travail. Un seul tenait bien le coup et c'était Mourguy qui avait réussi à constituer et à entretenir une équipe de 4 hommes.
"Tiens, nous approchons précisément de l'endroit où s'est déroulé le drame. Hâtons-nous, car le temps se gâte du côté de la montagne et je parierais qu'il pleuvra avant la nuit."
Peu après, Cochequin s'arrêtait devant un gros chêne, adossé à un ponceau de pierres qui traversait le ruisseau.
"Nous y sommes. C'est ici même que Mourguy reçut en pleine poitrine la décharge fatale. Quelle pitié ! Mourir, dans la force de l'âge à 33 ans, et laisser, derrière soi, une femme et 3 gosses !
Mais je vais tout te raconter par le menu, car cette affaire est certainement l'une des plus tristes que j'ai connues dans ma carrière. Cela est d'autant plus malheureux que, d'habitude, comme je te l'ai expliqué, le gros danger pour nous n'est pas de ce côté-ci de la frontière. Les bagarres entre contrebandiers et douaniers sont, chez nous, extrêmement rares, pour ne pas dire inexistantes. Il n'en est certes pas de même sur le versant espagnol où, tout carabinier qui n'est pas à nous, constitue un péril permanent. C'est à croire, que, là-bas, les fusils partent tout seuls.
Bref, le soir de sa mort, Mourguy était allé prendre livraison, avec ses 4 hommes, de plusieurs bidons d'alcool à la "bente" d'Insola qui se trouve au fond d'une gorge, à la borne 18 exactement. Leur plan était de se rendre directement à Saint-Jean-de-Luz par la lande, en ayant soin, bien entendu, d'éviter tous les chemins et les carrefours.
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| VENTA INTZOLA URRUGNE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Mourguy, qui était natif de Ciboure, et qui connaissait des pistes étonnantes, était seul capable de réaliser un semblable tour de force. C'est assurément un exploit peu banal que de franchir de nuit une telle distance, à travers le terrain le plus accidenté qui soit, les reins écrasés par un bidon contenant 35 litres d'alcool.
La traversée de la frontière s'était faite sans accroc, et, déjà la petite troupe s'engageait, en courant, sur ce pont que tu as devant toi.
— En courant ?
— Oui, car ils savaient que les gabelous devaient sortir, cette nuit-là, à minuit, et il leur importait de les devancer, coûte que coûte, en effectuant le plus rapidement possible la traversée du ruisseau.
De son côté, la douane, qui avait eu vent de quelque chose, n'avait pas perdu de son temps à battre inutilement les environs. Elle s'était embusquée, derrière ces buissons que tu aperçois de l'autre côté de la route.
Dès qu'ils entendirent les pas des contrebandiers, les douaniers sortirent de leur vachette et firent la sommation habituelle. Mourguy, qui était en position de guide et qui, par conséquent, précédait ses hommes de quelques mètres, s'arrêta net. Un "irrintzina" lancé à pleins poumons par le chef traqué, déchira l'air, donnant simultanément l'alarme à ses compagnons et l'éveil aux habitants du hameau.
Les contrebandiers se délivrant de leurs lourdes charges, se débandèrent aussitôt et s'enfuirent à travers champs. Que se passa--il exactement ensuite ? Il est bien difficile de l'affirmer.
Les gabelous ont prétendu, lors de l'enquête, que Mourguy et ses hommes étaient brusquement revenus sur leurs pas pour essayer de s'emparer, de gré ou de force, des bidons qu'ils avaient saisis. Mourguy, vrai type du Basque, trapu et doué d'une force herculéenne, a-t-il voulu jouer avec eux au plus rusé et simuler une attaque pour les contraindre à s'éloigner, en abandonnant leur prise. Peut-être.
Une chose est certaine, c'est que ni lui ni ses compagnons n'étaient armés. Un contrebandier, digne de ce nom, a toujours répugné à verser le sang de ses semblables, quel qu'il soit.
Le malheur a voulu que, effrayés ou non, les douaniers aient, à un moment donné, tiré dans le tas. Mortellement atteint. Mourguy se plaignit et ses hommes l'entendirent exhaler, dans la nuit, cet appel déchirant :
Aie, Ama ! Ah ! Maman.
Mais le pauvre garçon ne voulut pas donner à ceux qui l'avaient tué et vaincu le spectacle de sa fin. Rassemblant pour un suprême effort toute l'énergie qui pouvait subsister en lui, il s'engagea, en chancelant, sur le sentier où nous sommes, et, de là, il réussit à gagner le ruisseau. Ayant de l'eau jusqu'à mi-jambe, il put franchir la distance qui le séparait de l'humble masure où je vais te conduire, 250 mètres environ."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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lundi 24 février 2025
LA CONTREBANDE AU PAYS BASQUE EN 1932 (sixième partie)
LA CONTREBANDE AU PAYS BASQUE EN 1932.
En 1932, le journaliste Arthur Hérisson-Laroche fait un reportage sur la contrebande au Pays Basque.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, le
26/07/1932, sous la plume de Arthur Hérisson-Laroche :
"La vie audacieuse et périlleuse des contrebandiers Basques.
Grand reportage par A. Hérisson-Laroche.
... — Que vont devenir ces quatre chevaux saisis par la douane ?
— Pour cela, c'est simple. Les gabelous vont être obligés de les placer en fourrière chez des particuliers. Coût : 12 francs par jour et par cheval. Et je te certifie que les petiots ne vont pas prendre de la graisse.
— Que veux-tu dire ?
— Nous nous tenons tous, au pays basque, et tu devines que l'administration des douanes, comme ils disent, n'y est pas en odeur de sainteté.
— Alors, c'est l'estomac de l'innocent qui paie ?
— Ne t'énerve pas à ce sujet. Le carême de la bête ne dure pas longtemps. Dès le surlendemain de la saisie, les gabelous mettent les chevaux aux enchères, obligés qu'ils sont de s'en débarrasser coûte que coûte. Naturellement, aucun enchérisseur ne se présente.
| CONTREBANDIERS PAYS BASQUE D'ANTAN |
— Alors ?
— Seul, au jour dit, paraît le contrebandier qui se porte acheteur. Alors, suis-moi bien : les chevaux que tu as vus, me reviennent à un peu plus de deux cents francs par tête, car j'ai des frais. La douane me revendra l'animal une moyenne de trois cents francs.
— En gros, la bête coûtera donc cinq cents francs ?
— Oui, mettons cinq cents. Je liquiderai, à mon tour, ce même cheval pour six cents francs environ.
— Bénéfice net : cent francs.
— Oui, mais n'oublie pas que si j'avais dû acquitter les droits d'entrée, qui se montent à trois cent soixante-quinze francs par animal, je l'eusse payé la somme rondelette de cinq cent soixante-quinze francs.
— Ce qui veut dire que, à condition de n'être pas pris sur le fait, chacune de tes expéditions constitue pour toi une affaire de tout premier ordre, car il faut se garder de perdre de vue que les chevaux, qui restent entre tes mains — et ce sont de beaucoup les plus nombreux — te rapportent quatre cents francs pièce.
— C'est vrai. Cependant, tu l'as constaté toi-même, le métier s'avère dur et n'est pas à la portée du premier venu. Vois-tu, si les droits d'entrée étaient raisonnables, mettons une centaine de francs par tête d'animal, nous préférerions renoncer à l'existence dangereuse que nous menons et verser aux guichets de l'Etat notre petite contribution. Mais...
— Voici l'ennemi, Quin-Quin. Là, devant nous, avant d'arriver au croisement.
— Nous sommes à Herboure. Bravo, tu as fort bien repéré le bureau de la douane. Nous allons stopper une seconde, car il faut, chaque fois que cela est possible, être poli envers ces gens-là."
Un douanier fit mine de s'avancer vers nous, mais n'insista pas. Un rapide coup d'oeil lui avait suffi pour se convaincre de notre parfaite innocence.
Tandis que nous repartions, mon compagnon me montra une route étroite, qui montait en lacets et que nous laissions sur notre droite.
"C'est la route de Vera et de Pampelune, par le col d'Ibardin qui délimite la frontière. Le poste de carabiniers est là-haut. Dans quelques minutes nous serons au hameau d'Olhette où nous descendrons. En attendant, si tu consens à te lever un instant, je te montrerai autre chose."
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| CARABINIERS IBARDIN PAYS BASQUE D'ANTAN |
A peine étais-je debout, que Cochequin déplaçait rapidement le coussin sur lequel nous étions assis, le décousait à une extrémité, en s'aidant de la pointe de son couteau, et en extrayait fièrement un béret basque magnifique, de fabrication espagnole.
"Il te plaît ? Vraiment ? Eh bien ! garde-le. Je te l'offre. Seulement, permets-moi d'ajouter que je suis très mécontent de mon élève, qui, tel un simple douanier, ne s'était aperçu de rien.
— Et de quoi ?...
— Misérable, depuis notre départ de Biriatou, tu es assis sur plus de dix douzaines de bérets et tu ne m'as pas encore félicité de ce mode de rembourrage que j'ai inventé. Economique, pratique, que sais-je ?
— Et fort confortable, le tout, bien entendu, sans garantie du gouvernement. Mon cher Quin-Quin, tu es un grand "as".
— Bah ! bah ! Tout ça, c'est des mots et des mots de la grande ville par-dessus le marché. Au lieu de parler dans le vague, examine et rends-toi compte comment cela est fait. La méthode peut toujours servir."
Les bérets, qui étaient troussés en forme de cône, paraissaient soudés les uns aux autres, tellement leur ordonnance, qui ne laissait subsister entre eux aucun espace libre, avait été réalisée par une main experte. Il y en avait ainsi trois rangées superposées qui remplissaient exactement l'épaisseur du coussin.
Le contrebandier qui me rivant d'un oeil amusé, poursuivait maintenant ses explications :
"En France, un béret, de bonne qualité, est cher. De l'autre côté, tu achètes, pour 5 ou 6 pesetas, un article d'usage et fort soigné. Pour le reste, c'est toujours la même histoire. La douane prétend prélever un droit de 8 fr. 50 sur chaque béret importé. Alors..."
Nous étions arrivés à Olhette. Ce hameau, composé de quelque fermes isolées, occupe le fond d'une vallée que traverse un ruisseau, petit affluent de la Nivelle.
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| CONTREBANDIERS A OLHETTE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Cochequi, plus habitué aux courses en montagne qu'aux joies reposantes du tourisme assis, paraissait tout heureux de se dégourdir les jambes. Nous longions, d'un pas rapide, le cours d'eau mince mais tumultueux comme un gave.
"Si tu es amateur de truites, il te faudra revenir ici à la saison. Tu ne seras pas déçu."
Le soleil, qui nous avait inondés de gaîté depuis le début de notre randonnée, venait de disparaître brusquement derrière un gros nuage. A l'horizon, les contours des montagnes s'amenuisaient et se fondaient lentement dans un ciel d'orage. Du même coup, une bise âpre se leva, accentuant encore la tristesse dont le paysage était comme imprégné. Autant la campagne alentour m'était apparue vivante et colorée, autant cet îlot désert me sembla morne et disgracié. J'eus un instant l'impression d'avoir été transporté dans un tout autre pays."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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vendredi 24 janvier 2025
LA CONTREBANDE AU PAYS BASQUE EN 1932 (cinquième partie)
LA CONTREBANDE AU PAYS BASQUE EN 1932.
En 1932, le journaliste Arthur Hérisson-Laroche fait un reportage sur la contrebande au Pays Basque.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, dans
plusieurs éditions, sous la plume de Arthur Hérisson-Laroche :
- le 23/07/1932 :
"La vie audacieuse et périlleuse des contrebandiers Basques.
Grand reportage par A. Hérisson-Laroche.
... Le jour qui suivit notre expédition victorieuse, Cochequin, dont la résistance physique est légendaire dans le pays, s'était levé tôt, selon l'habitude des campagnes. Trois heures de sommeil lui avaient suffi pour récupérer toutes ses forces. Frais et dispos, il était allé soigner les bêtes, dès l'aurore.
Vers les neuf heures, il ouvrait doucement la porte de ma chambre.
"Bonjour, fils. Comment vont tes jambes ?
— La machine est en excellent état, Quin-Quin, et n'aspire qu'à tourner. Mon apprentissage m'a donné de l'appétit. Quand repartons-nous ?
— Tu es sincère ?
— Puisque je te...
— C'est bon. Tu vas être exaucé. Il faut que je sois à Sare dans l'après-midi pour voir Etchenik. Je t'emmène.
— Etchenik ?
— Oui, c'est le nom de notre trésorier. J'ai divers comptes à solder avec lui. Je vais t'expliquer. Sare est le siège de notre organisation centrale. Le métier comporte parfois de gros risques auxquels nous devons être en mesure de parer immédiatement, afin d'éviter la ruine. Il y a des coups durs et je n'ai pas besoin de t'apprendre que lorsque nous sommes pris sur le fait, les tribunaux nous salent. Nous avons donc créé, là-bas, une masse de manoeuvre et une caisse de secours que nous alimentons chaque fois que nous le pouvons.
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| SARE 1932 DESSIN DE PHILIPPE VEYRIN |
"Le meilleur moyen de se défendre contre la douane était de copier son organisation. De cette manière, nous sommes outillés pour lui rendre coup sur coup. A côté du trésorier, dont le rôle est capital, nous possédons, comme les autres, un capitaine et un lieutenant.
— Si j'étais un visiteur étranger, je ne maquerais pas de te demander la couleur de leur uniforme.
— Ils n'ont certes pas besoin de s'affubler d'une panoplie pour être repérés. Tout le monde, dans le pays, connaît ces trois hommes, qui ont pignon sur rue. Peu importe d'ailleurs. La vérité, c'est qu'ils ont un cran de tous les diables et cela, vois-tu, c'est l'essentiel. Pour le reste, à la grâce de Dieu.
En attendant mieux, habille-toi, car l'heure passe, et descends casser la croûte. Aussitôt après nous partirons. Le voisin, qui fait le commerce du vin, nous prendra dans son auto."
Une heure plus tard, Coquequin et moi étions confortablement installés au fond de la voiture.
Pendant la traversée du village d'Urrugne, mon compagnon, qui tenait à me signaler les moindres curiosités de son beau pays, pria notre conducteur de ralentir, dès qu'il aperçut le clocher de l'église.
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| CADRAN HORAIRE CLOCHER EGLISE URRUGNE PAYS BASQUE D'ANTAN |
"Tiens, penche-toi et regarde l'inscription que porte le cadran de l'horloge.
— "Vulnerant omnes, ultima necat", ce qui veut dire Quin-Quin...
— Le latin, mon petit, c'est l'affaire du curé.
— Je ne crois pas me tromper, en traduisant ainsi : "Toutes les heures blessent, la dernière tue."
Le vieux contrebandier me donna sur l'épaule une tape affectueuse qui en disait long sur son contentement. Il parut réfléchir un instant, puis reprit la conversation d'un ton plus grave.
"Belle devise assurément pour tous ceux qui pratiquent notre métier. Mon ami Mourguy qui, il y aura de cela deux ans en septembre prochain, fut tué par nos gabelou à quelques kilomètres d'ici, prononça, avant de mourir, une parole semblable. Nous nous arrêterons à Olhette, le temps de te montrer les lieux et de tout expliquer."
J'allais demander à Cochequin quelques précisions, lorsque mon attention fut soudain attirée par un petit cheval, attelé à une charrette qui me parut appartenir à l'espèce dont j'avais fait la connaissance, au cours de la nuit.
"Tu as parfaitement raison. C'est un Bastanais.
— Qui te doit, j'imagine, de fouler aujourd'hui cette route ?
— Oui, il appartient à un de mes clients de la région. Je le lui ai vendu, il y a quelques mois.
— A propos, Quin-Quin, as-tu des nouvelles du lot de la nuit dernière, et qu'est devenu Pétié ?
— Allons, puisque je vois que tu prends goût au métier, je vais tout te dire, tout ce que je sais, car...
— Comment ? Tu as des craintes...
— Des craintes, pardieu, on en a toujours avec ces sacrés douaniers. S'il en était autrement, le métier serait trop facile et pourrait être le fait de n'importe quelle "Gaichoua". Les chevaux que tu as vus, ont du arriver à Sare, ce matin, avant l'aube. Mais, en montagne, on ne sait jamais. Une fausse manoeuvre, un accident sont vite arrivés. Et puis, je le répète, il y a la douane qui ne reste pas inactive. Je ne serai définitivement fixé sur leur sort que tout à l'heure, chez Etchenik, malgré tout, j'ai bon espoir.
Pétié, lui, s'est bien débrouillé. Dès qu'il aperçut les gabelou, il abandonna ses trois bêtes et s'échappa. Lorsque nous sommes pris, c'est toujours ainsi que nous procédons, pour éviter procès et amendes. Nous laissons la cargaison sur le terrain et nous disparaissons. Evidemment, il faut avoir un bon oeil, bonnes jambes et connaître le pays. Ne t'en fais pas pour Pétié, c'est un de mes meilleurs renards, et, avec cela, il est aussi honnête que ma propre femme.
— Honnête ?
— Oui, honnête et franc, si tu préfères. Il arrive quelquefois que des traîtres ou des ambitieux se glissent dans nos équipes. Le fait est rare, pour sûr, car nous nous connaissons tous depuis l'enfance. Mais, enfin, les hommes ne sont pas parfaits et aucune bergerie n'est complètement à l'abri des loups."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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mercredi 25 décembre 2024
LA CONTREBANDE AU PAYS BASQUE EN 1932 (quatrième partie)
LA CONTREBANDE AU PAYS BASQUE EN 1932.
En 1932, le journaliste Arthur Hérisson-Laroche fait un reportage sur la contrebande au Pays Basque.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, dans
plusieurs éditions, sous la plume de Arthur Hérisson-Laroche :
- le 21/07/1932 :
"La vie audacieuse et périlleuse des contrebandiers Basques.
Grand reportage par A. Hérisson-Laroche.
... Cochequin ne tarda pas à déceler et à identifier un sentier minuscule qui épousait le flanc de la montagne et qui coupait à angle droit la piste que nous suivions.
— Stop. Cette fois, nous sommes arrivés. Dis la vérité, tu dois commencer à en avoir assez.
— Je n'ai certes pas ton entraînement. Mais l'air est si doux et cette nuit tellement belle que...
— Tu dois certainement crever de faim. Tiens : la femme a pensé à toi. Grignote, en attendant mieux, ce quinon de pain dont l'intérieur est tapissé de "chichons d'oie".
— Cher Quin-Quin, tu avais tout prévu...
— Tout ! Hum !
— Où sommes-nous ici ?
— A cheval sur la frontière, exactement. Tu as un pied en France et l'autre en Espagne."
Cochequin répondait à mes questions, mais son attention était ailleurs. Sans arrêt, ses yeux fouillaient l'horizon de droite et de gauche. Le signal, qu'ils guettaient anxieusement, ne se fit pas attendre. Du côté espagnol, à quatre ou cinq mètres de nous, une lampe électrique de poche projetait dans notre direction de rapides éclairs.
— "Tu as vu ? Ce sont les guides qui m'avertissent. Le convoi n'est pas loin."
A son tour, et de la même manière, le contrebandier révéla sa présence aux nouveaux arrivants, puis se porta à leur rencontre. Il y avait 3 hommes, dont 2 convoyeurs navarrais appartenant à l'associé de Cochequin. L'autre, qui relevait de l'équipe française, les avait rejoints à deux kilomètres environ de la frontière.
Mon compagnon, donna en basque, quelques ordres très brefs. Les deux Espagnols revinrent sur leurs pas et s'en furent rapidement alerter la caravane qui s'était immobilisée, en attendant les instructions.
— Quant à toi, me lança Quin-Quin, en étouffant un éclat de rire, tu va savoir une surprise."
Je n'eus pas longtemps à patienter. Une troupe importante s'avançait vers nous dans un silence impressionnant. Dès qu'il aperçut Cochequin, le guide de tête fit un signe de la main. L'ordre d'arrêt, transmis aussitôt de proche en proche, fut rapidement exécuté, toujours sans bruit et sans le moindre heurt. J'avais hâte maintenant de m'approcher et de me rendre compte.
La colonne était composée de 20 chevaux répartis en 5 groupes de 4, séparés les uns des autres par un conducteur. Les groupes suivaient la piste unique, à la file indienne. Le museau entravé d'un fort licol, qui mettait ainsi l'animal dans l'impossibilité de hennir, chaque cheval était solidement relié au précédent, tête contre queue. Je remarquai également que les sabots des bêtes étaient recouverts d'une garniture de feutre, destinée à assourdir leurs pas.
Ces chevaux, de taille uniforme, ressemblaient de façon étonnante à ces poneys anglais de Shetland qui triomphent au cirque. Même crinière abondante et soyeuse, même allure gracieuse.
Je ne pus m'empêcher d'enfreindre la consigne du silence et de manifester à Cochequin, qui examinait attentivement la condition de chacune de ces bêtes, mon étonnement et mon admiration.
— Cette espèce, me répondit-il à voix basse, sans pour cela interrompre son travail, nous vient du fond de l'Espagne où elle vit à l'état sauvage. Je les achète là-bas à bon compte, je les passe en fraude, comme tu vois, et je les revends à un intermédiaire qui les dirige ensuite sur divers départements, selon les besoins. La plupart de ces chevaux, qui rendent de grands services, sont ainsi acheminés un peu partout. Mais on les utilise surtout dans les mines et les marais salants.
Le chef contrebandier venait d'achever son inspection. Il était en train d'apposer sa signature sur le livre de prise en charge que lui tendait un des Espagnols du convoi, lorsque des bruits de pas se firent entendre. Sans aucun doute, quelqu'un gravissait le flanc de la montagne et venait à notre rencontre. Cochequin, que j'observais avec inquiétude, blêmit légèrement mais se ressaisit aussitôt.
Il ordonna à ses hommes de ne pas faire un mouvement et se mit à ramper avec prudence dans la direction du bruit.
Il ne tarda pas à revenir, suivi d'un homme dont le visage ruisselait de sueur. C'était Pétié, que mon ami avait chargé, avant notre départ de Biriatou, de surveiller la sortie de la deuxième patrouille de douaniers. En quelques mots heurtés mais clairs, Pétié, qui avait dû employer mille ruses pour surprendre l'itinéraire des gabelous et qui avait réussi à les devancer, avertissait son chef de l'imminence du péril. La douane était à nos trousses, et nous risquions d'être rejoints dans un quart d'heure au plus tard.
Cochequin n'hésita pas. Se précipitant à l'extrémité du convoi, il détacha lui-même le dernier groupe de 4 chevaux qu'il confia à Pétié. En même temps, il donnait l'ordre de départ au gros de la caravane.
Et, tandis que les 16 chevaux, flanqués de leurs guides et de leurs éclaireurs, reprenaient tranquillement la piste jusqu'au prochain relais, Pétié, partant pour une destination inconnue, gagnait rapidement le pied de la montagne avec ses 4 isolés.
Je dois avouer que je ne compris pas grand-chose à cette manoeuvre inattendue. Très calme, Cochequin prit congé des Espagnols qui s'apprêtaient à rentrer chez eux.
Il revint ensuite vers moi et m'explique :
— Dans la vie, vois-tu, mon vieux, on ne peut pas tout avoir. Il faut, parfois, savoir abandonner quelque chose pour conserver le principal. La douane sera très heureuse, dans un instant, de saisir les 4 chevaux, les moins beaux du lot, bien entendu, que Pétié va, en quelque sorte, lui offrir de ma part. Tout cela, tu le devines, demandera du temps et obligera les gabelous à reprendre avec leur capture le chemin de Biriatou. Pendant ce temps, mon convoi avancera et s'éloignera de la zone dangereuse. Mes 15 chevaux sont sauvés. Comprends-tu, maintenant ?
Je venais de féliciter mon ami de son habile stratégie, lorsque nous perçûmes un brouhaha, accompagné de clameurs, qui montait vers nous du bas de la montagne :
— Halte à la douane ! Halte à la douane !
Une fois de plus, le tour avait pleinement réussi. Cochequin, le béret sur l'oreille, riait maintenant à pleines dents.
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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jeudi 12 décembre 2024
IMPRESSIONS D'UN DÉBUTANT SUR LES PLAGES BASQUES EN SEPTEMBRE 1930 (première partie)
IMPRESSIONS D'UN DÉBUTANT SUR LES PLAGES BASQUES EN 1930.
Dans les années 1930, la Côte Basque est à la mode, pour la "jet set", au même titre que Deauville ou Cannes.
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| PLAGE DU PORT-VIEUX BIARRITZ 1930 PAYS BASQUE D'ANTAN |
Voici ce que rapporta A. Hérisson-Laroche, dans le quotidien Comoedia, le 9 septembre 1930 :
"Impressions d'un débutant sur les plages basques.
J'en suis encore tout étourdi, chante-t-on au féminin dans la Manon de Massenet. Les causes sont différentes, mais, en ce qui me concerne, le résultat reste le même.
On m'avait dit, au départ de Deauville : "Ici, c'est très bien, peut-être un peu trop parisien. Là-bas, vous verrez combien l'atmosphère change. Vous allez être pris, saisi et retourné, dès votre arrivée. Seulement, gardez-vous de freiner en quoi que ce soit. Du courage, jeune homme. Imitez l'apprenti nageur : plongez sans réfléchir, d'un seul coup. Vous avez l'autorisation de serrer un brin les mâchoires, mais c'est tout. Deux jours après, si vous suivez mes conseils, vous m'en direz des nouvelles."
J'ai suivi, j'ai plongé, j'ai bu et rebu. Et maintenant que, le stylo à la main, je désire vous confier mes impressions, il me semble que, dans ma pauvre tête, pensées, vocables et ponctuation, en un mot tout le stock de l'homme honnête, titubent affreusement. Il faudrait avoir à sa portée la lyre d'un Ponchon pour traduire parfaitement l'état exceptionnel de mon cerveau.
Tant pis ! Vous m'excuserez, n'est-ce pas, de me présenter à vous en un tel débraillé intellectuel. Je n'oserais jamais en temps normal. Mais, puisqu'il le fallait !
Remarquez avec moi que mon lucide (le veinard) conseiller n'avait pas tort. Il avait même raison. Décidément, je suis encore loin d'aller mieux. J'ai une envie folle d'arrêter ces divagations qui me font honte, et, cependant, quelque chose me pousse à aller de l'avant.
Ma lourde tête s'est affalée sur mon papier. J'ai dormi un peu, rêvé probablement. Le pouls paraît meilleur. Alors, allons-y.
Récapitulons. A ma descente du train, deux compagnons, qui étaient initiés eux, m'ont happé d'un mouvement énergique. Avant même de prononcer une parole, ils contemplèrent longuement mon veston, mes guêtres, mon teint de pierrot mal débarbouillé. Ils semblaient me considérer des pieds à la tête avec une stupeur ironique. J'étais atrocement gêné. C'est alors que mes yeux se portèrent d'instinct et à leur tour sur ceux qui avaient bien voulu consentir à se faire mes guides bénévoles. Portaient-ils des maillots, des pyjamas ou de simples culottes de sport ? Je ne peux pas le démêler exactement. Ils étaient fort peu vêtus et des échancrures, savamment ménagées, laissaient apparaître de vastes îlots d'une peau dont l'éclat mat rappelait étrangement le bronze des pendules et des vieilles statues.
Mais notre dialogue muet ne pouvait s'éterniser. Nous rompîmes enfin nos ahurissements mutuels. Et j'appris, alors que ce Biarritz, dont j'avais hâte de connaître tous les charmes, s'enrichissait de cinq plages, aux caractéristiques différentes. Je n'eus pas le loisir de demander de nouvelles précisions, car déjà la plus agile des torpédos nous emportait à vive allure pour nous déposer bientôt sur une plage immense, longue de plusieurs kilomètres. Des dunes et des pins à perte de vue. Une lumière éblouissante que je supportais avec peine.
— Demain, vous serez adapté, mon cher, reprirent alors les deux jeunes gens d'un commun accord et puis, après-demain, vous ne pourrez plus vous en passer. Voyez cette étendue qui se poursuit jusqu'à La Barre, c'est la Chambre d'Amour.
| CHAMBRE D'AMOUR ANGLET 1929 PAYS BASQUE D'ANTAN |
Vous souriez ? Vous avez raison d'ailleurs, car une jolie légende s'attache à ces paysages. Mais, actuellement, nous avons mieux à faire qu'à écouter des contes bleus. Il nous faut d'urgence poursuivre votre initiation.
Tout le monde tint parole, initiateurs et initié. Il est certain que je peux maintenant me parer de ce titre envié. Je suis un initié. En moins d'une journée, j'ai percé les mille mystères du bain de mer et du bain de soleil. Ma pauvre peau rebelle se hausse peu à peu à la gloire brune des résidents basques. Je sais aussi bien qu'un habitué chevronné de notre station que s'il convient, le matin, de confier ses pieds et son torse aux flots courroucés de la plage d'Amour, il est tout aussi nécessaire de jouir du soleil aux abords du Miramar pour plonger une heure après sous les vagues vibrantes qui se chevauchent devant les deux casinos. Mon expérience, qui fut complète, me conduisit, après un court repos à l'anglaise et une rapide digestion, sur cette plage grandiose de la Côte des Basques où, face aux monts espagnols, toutes les nations de la terre oublient leurs difficultés et leurs divergences dans un coin d'Océan particulièrement accueillant.
| CÔTE DES BASQUES BIARRITZ 1930 PAYS BASQUE D'ANTAN |
J'ai suivi, j'ai plongé, j'ai bu et rebu. Ma confession est terminée. J'ai enfin la sensation heureuse de respirer à mon aise. Mon être s'assoupit et s'assagit. Je me sens tout à fait confortable, comme disent les Américains, en avalant la dernière goutte de leur sixième cocktail."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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