LES ALLÉES BOUFFLERS À BAYONNE.
C'est en 1946 qu'est créée, à Bayonne, la voie urbaine dite Allées Boufflers.
Voici ce que rapporta à ce sujet A. Tournier dans le Bulletin de janvier 1951 de la Société des
sciences, lettres & arts de Bayonne :
"Un coin de Bayonne. Les Allées Boufflers.
L’idée d'écrire un petit historique familier sur les Allées qui bordent l’Adour et où j'ai vécu mes premières années m'était venue à la lecture du Journal Officiel, du J. O. comme l'on dit dans nos bureaux.
Ceux qui ne sont pas appelés à consulter cette feuille d'aspect sévère et peu engageant ignorent les joies que l'on peut éprouver à cette lecture ni quels enseignements on peut en tirer.
Je ne veux pas parler des sentiments que l’on peut éprouver à la découverte de son nom sur une liste de nouveaux décorés ou de promus à un grade supérieur, ou à la lecture tragi-comique des débats parlementaires. Je veux parler de trouvailles parfois invraisemblables, de mots, de phrases ou l’œil reste accroché sans les avoir cherchés.
C’est ainsi que mon œil fut arrêté un jour au passage par ces mots que je m’attendais certes pas à trouver là et ainsi associés :
Allées Boufflers... Léon Blum... Jules Moch.
Mon dieu quoi les Allées Boufflers pouvaient-elles intéresser si fort, au milieu des problèmes si graves de l'heure, ces importants politiciens ?
Cette heure, grave comme le sont depuis, hélas ! bien longtemps toutes les heures de nos gouvernements, se plaçait au 13 janvier 1917, et le texte signé par le Président du Conseil d’alors, contresigné par son ministre disait ceci (que j'abrège un peu) :
Vu le rapport... Vu la Loi... Vu le décret-loi du...
Vu les délibérations en date du 13 décembre 1946 et du 14 avril 1946 du Conseil Municipal de Bayonne (pourquoi cette interversion chronologique ?)
Vu le plan annexé... Vu les rapports des Ingénieurs des Ponts et Chaussées, etc., etc.
Article Premier. — Est classée dans la voirie nationale (quel honneur) la voie urbaine dite Allées Boufflers.
Art. 2. — La section délaissée de la route nationale N° 636 comprise entre le P. K. 132.403 et la place du Réduit (rue Bourgneuf et prolongement) est déclassée, et reclassée dans la voirie urbaine de la Ville de Bayonne.
Art. 3. — Les terrains dépendant du domaine public national (service de la Navigation) indiqués en vert sur le plan susvisé, sont déclassés et reclassés dans le domaine public communal de la Ville de Bayonne, en vue de leur aménagement en promenade publique.
C'était une grande date dans l'histoire des Allées, et je suis sûr que le Maréchal de Boufflers aurait été très flatté de voir ses allées classées, enfin ! dans la Voirie Nationale par MM. Léon Blum et Jules Moch.
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| PORTRAIT DU DUC DE BOUFFLERS Par Benjamin Gavaudo — https://regards.monuments-nationaux.fr/fr/asset-86330, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=84450051 |
Je dis "enfin" parce que ce n'est pas la première fois que ces terrains sont l’objet de discussions entre la Ville de Bayonne, l'Etat, le Génie Militaire, car dès juillet 1698 un différend s’était élevé à leur sujet.
Quoi qu'il en soit, le décret susvisé eut pour effet de transformer une fois de plus les Allées Boufflers en chantier : on commence à en voir l'habitude sur les bords de l’Adour.
Depuis la construction des fortifications au temps de Vauban et du Maréchal de Boufflers, on n’a guère cesser de construire, de combler, d’aménager, de débarquer des matériaux et même de démolir avant d’avoir enfin la jolie promenade plantée de petits chênes d’Amérique due à notre municipalité actuelle.
Et quand on ne remuait pas de la terre ou des pierres, on y réparait et matait des navires, et, tout au bout, depuis avant la Révolution, la forge Lebas faisait retentir ses coups de marteaux, bien bruyants au dire des voisins.
Remarquons en passant que les Ponts et Chaussées, vieille administration traditionnaliste, datant de Colbert, dont les ingénieurs ont de toute évidence établi le texte du décret du 13 janvier 1947, ont considéré comme nulles et inexistantes les appellations officielles d’alors : place Lavigerie et avenue du Maréchal Joffre ?... d'accord en cela avec le traditionalisme des Bayonnais et des habitants du quartier (lesquels ont tout de même un peu le droit d’intervenir dans la discussion).
Au moment en effet où je venais de rassembler quelques renseignements et quelques souvenirs dans l’intention de mettre sur pied une petite histoire de mon quartier natal, une polémique s’est élevée, en fin de 1949, au sujet de la nouvelle appellation du Général Leclerq que la Municipalité se proposait de donner aux Allées Boufflers.
Il semble que l'on n'a pas assez dit alors que les Allées Boufflers étaient déjà débaptisées, et qu’elles avaient porté, comme cela est tout au moins prouvé par les quittances du Gaz, le nom d’Avenue du Maréchal Joffre.
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| ALLEES BOUFFLERS BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Du point de vue hiérarchique, c'était à tout prendre une déchéance : un simple général prenant la succession de deux maréchaux de France, et non des moindres, semble-t-il.
Maintenant que le différend paraît avoir été réglé, et que, d’autre part personne ne se soucie plus du vainqueur de la Marne, ("Autant en emporte l’Histoire", tel est le titre d'un film qui a passé à l’écran), il nous est permis de continuer à employer une dénomination déjà consacrée par un usage de près de trois siècles.
Je regrette seulement qu’à cette occasion l’on m’ait quelque peu coupé l'herbe sous le pied en parlant beaucoup du Marquis de Boufflers, Maréchal de France, Gouverneur de la Province, militaire brave et consciencieux qui prit Lille et qui sut plus tard faire replier l'armée française en bon ordre après la défaite de Malplaquet, manœuvre qui, on le sait, est souvent plus difficile à exécuter qu'une offensive victorieuse. Je ne m’étendrai donc pas sur sa biographie, ni sur ses mérites, ni sur ceux de son illustre famille, voulant éviter le reproche de la répétition comme celui du plagiat.
C'est en faisant largement appel de souvenirs familiaux et personnels que j’essaierai de situer dans le temps les transformations successives de ce quartier où j'ai passé mon enfance et où je suis revenu, je l’espère, pour ne plus le quitter.
Le tracé de ce qu'on appela des "allées", comme les Allées Marines et les Allées Paulmy, existait déjà depuis longtemps lorsqu'après 1685, le Conseil de la Ville décida de leur donner le nom qu'elles portent encore en souvenir de la venue du Maréchal et de la part qu’il prit à la transformation de ce quartier. En quoi, par parenthèses, y voit-on maintenant une avenue ? un quai peut-être ? ou un cours, comme le Cours La Reine qui, à Paris, a pu conserver son nom jusque sous la IVe République ?
On peut voir au Musée Basque un plan de Bayonne en 1900 montrant l'enceinte des fortifications construites en 1598 par Erard de Bar-le-Duc. Le constructeur ne se risqua certes pas à implanter ses remparts dans les marécages. Il prolongea ceux du Château-Neuf sur un sol solide, à la base du coteau de Mousseroles et de Cam-de-Prats."
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| PLAN DE BAYONNE 1880 PAYS BASQUE D'ANTAN |

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