De sa terrasse, on voit s’étendre la verte beauté du pays basque les eaux calmes de la Nive, et, à l’horizon, s’élever la silhouette du mont Ursouia. Invitation au voyage ou du moins à la promenade ? Cette Université, fondée sous les auspices de l’Institut catholique de Toulouse, n'avait rien d'un camp de vacances. Sur quatre semaines de leur séjour, dans un cadre aussi attrayant et à 15 kilomètres des séductions de Biarritz et Saint-Jean de Luz, ses membres ont donné vingt jours pleins à un travail intellectuel exceptionnellement intense. Quatre heures de cours par jour, plus les cours de de langue, les carrefours, les réunions du soir. Or, jusqu’à la fin, la régularité de la participation n'a pas connu de fléchissement. Il n'y a pas de meilleur éloge que l'on puisse faire à la fois aux auditeurs et aux professeurs réunis à Ustaritz.
VUE AERIENNE DU COLLEGE ST FRANCOIS-XAVIER USTARITZ 1964 PAYS BASQUE D'ANTAN
Des maîtres éminents.
La grand variété des cours groupés autour du thème général "Civilisation française et problèmes du monde contemporain" comportait, il est vrai, en elle-même. des possibilités de diversion. Successivement, plus de quarante conférenciers ont pris la parole, parmi desquels voisinaient le professeur de Faculté et le militant ouvrier, l’économiste et le philosophe, le géographe et le littéraire, le biologiste et l’assistante sociale. Jour par jour, le tableau d'affichage annonçait les "arrivés" et les "attendus" d'un corps enseignant sans cesse en transformation.
On vit ainsi apparaître et disparaître les noms de S. Exc. Mgr Mathieu, évêque d'Aire et Dax ; S. Exc. Mgr Saint-Pierre, évêque de Gordus ; Mgr Jobit, professeur à l'institut catholique de Paris et ami agissant de la jeune Université, du R. P. Dubarie, de Jacques Madaule... On résiste difficilement au désir d’énumérer les noms de tous les maîtres venus de quatre instituts catholiques de France, de Facultés belges de l'Université de Fribourg, de plusieurs Universités officielles françaises (Paris, Bordeaux, Toulouse), de l'institut français de Barcelone et même du Collège de France.
Qu’il nous suffise cependant d'évoquer la richesse d'un programme qui trairait de questions économiques et politiques, des problèmes humains de la science moderne, des civilisations étrangères en dialogue avec la civilisation française, de psychologie et pédagogie, de la philosophie contemporaine, et bien sûr aussi, des œuvres littéraires, théâtrales et cinématographiques de notre époque. Il va de soi enfin qu’une Université installée à Ustaritz, capitale du Labourd, ne pouvait négliger les études basques.
SEMINAIRE DE ST FRANCOIS-XAVIER USTARITZ PAYS BASQUE D'ANTAN
Les "Entretiens du soir".
De la vie à Ustaritz, l’ensemble des cours et conférences donne cependant une vue encore incomplète puisqu’il s’y ajoutait, non seulement de nombreux colloques avec les professeurs, mais aussi plusieurs excursions (côte et pays basques, Pyrénées, Espagne, lacs des Landes) et quatre "Entretiens du soir". Ces entretiens, dont trois ont eu lieu en dehors de l’Université, établissaient un contact particulièrement étroit avec un public qui venait d’ailleurs tous les jours prendre place parmi les étudiants.
L’entretien de Bayonne avec Mgr de Solages, le R. P. Queguiner, des Missions-Etrangères, M. P.-H. Simon, professeur à l'Université de Fribourg, et M. Pierre Deffontaines, directeur de l’institut français de Barcelone, portait sur "Le conflit des humanismes" ; celui de Saint-Jean-de-Luz, avec M. Alain Barrèrere, de la Faculté de droit de Toulouse, M. l'abbé Garail, M. André Garrigou-Lagrange, de la Faculté de droit de Bordeaux, et M. Rent Théry, de la Faculté libre de droit de Lille, avait pour objet "L’avenir social de la France" ; celui du Casino de Biarritz, particulièrement mouvementé, avec M Henri Gouhier, professeur à la Sorbonne, le R. P. Etcheverry, doyen de la Faculté de philosophie de l'institut catholique de Toulouse, Mme Gabrièle Dorziat, M. Gaétan Bernoville et M. le président Lepointe, concernait le théâtre existentialiste.
VUE AERIENNE D'USTARITZ AVEC COLLEGE FRANCOIS-XAVIER
Souvenir de Louis Lavelle.
PHILOSOPHE ET METAPHYSICIEN LOUIS LAVELLE
Chacune de ces trois manifestations a eu un succès mérité. Mais le plus émouvant des entretiens fut celui tenu à Ustaritz même, autour du regretté M L. Lavelle sur la "Situation de la philosophie française contemporaine". Auparavant, une chance exceptionnelle avait apporté aux auditeurs de l'Université une belle conférence du R. P. Riquet. Et, à 17 heures, devant une salle non moins pleine, l’éminent professeur du Collège de France est venu donner, sans une note, un pénétrant exposé de trois quarts d'heure sur la philosophie de notre temps. Prenant ensuite la parole après chacune des interventions de M. le chanoine Verneaux, professeur à l'institut catholique de Paris, du R. P. Haven (S. J ), des Facultés d'Eegenhoven (Belgique), de M. Georges Vedel, professeur à la Faculté de droit de Paris et M. Georges Hahn, de l’institut catholique de Toulouse, M. Louis Lavelle n’a pas cessé d'animer ce débat du souffle puissant de sa pensée.
Comme l’a souligné le R. P- Etcheverry qui présidait, ce fut un des grands moments de ces quatre semaines de vie universitaire. Il constitue un souvenir inoubliable pour les auditeurs qui avaient déjà eu le privilège d’entendre M. Louis Lavelle dans une conférence sur "Essence et valeur". Combien ne furent-ils pas bouleversés en apprenant quelques semaines plus tard la douloureuse nouvelle de sa brusque disparition !
Etudiants de marque.
Il serait injuste, cependant, de considérer l'Université d’été d’Ustaritz comme le succès exclusif de ses grands maîtres. Elle fut au moins autant l'œuvre des "étudiants" et de leurs amis basques. Des "étudiants", il faut en parler entre guillemets. Car il y avait parmi eux un nombre considérable de professeurs (tels M. le chanoine Duarte de l'Université de Coïmbra ; Mlle Balzani, de Rome ; M. le professeur Cuvelier, de Gand) et même un recteur d’Université, M. O'Rahilly, forte personnalité d'un magnifique dynamisme, qui préside aux destins de l'University College de Cork (Irlande). Dans deux soirées consacrées aux "Témoignages de la jeunesse européenne", les représentants de dix nationalités (Belgique, Angleterre, Suisse, Italie, Allemagne, Portugal, Luxembourg, Irlande, Espagne, Autriche) ont pris la parole, ce qui a donné lieu à de franches et fécondes discussions. Que la vie commune d’auditeurs et d'auditrices aussi différents par leurs fonctions, leur âge (entre 17 et 70 ans) et leurs nationalités, ait pu les unir dans l'amitié d'un effort commun considérable. représente certainement le résultat le plus heureux de cette réunion.
ALFRED O'RAHILLY PRESIDENT UNIVERSITY COLLEGE CORK
Mais il vaut aussi comme le témoignage d’une magnifique générosité : celle du pays basque. Ce que l’Université internationale d'été d’Ustaritz doit à S. Exc. Mgr Terrier, à ses vicaires généraux, à son directeur des œuvres et à tant de prêtres et laïques du diocèse, on ne saurait le dire en quelques mots. Sans l’aide de Mgr Boyer-Mas, sans l'appui constant de la presse, sans la participation généreuse des militants d'Action catholique et des groupes d’art folklorique. en un mot sans les Basques, le projet de l'institut catholique de Toulouse n’aurait pu se réaliser. Ces concours ont conduit à l’heureux aboutissement de cette première tentative et permettent d’espérer pour l'été 1952 la réouverture d'une Université internationale qui aura su grandir pour mieux accomplir sa mission."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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L'EXPULSION DU GOUVERNEMENT BASQUE DE LEUR IMMEUBLE À PARIS EN 1951.
Le 28 juin 1951, le gouvernement Basque et la Ligue internationale des amis des Basques sont expulsés de leur domicile, situé 11 rue Marceau, à Paris, en application d'un jugement en faveur de Franco, rendu en 1943, sous l'occupation allemande.
SIEGE DU GOUVERNEMENT BASQUE 1951 11 AVENUE MARCEAU PARIS
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien L'Aube, le 5 juillet 1951 :
"Après l'expulsion des Basques de leur immeuble de l'Avenue Marceau.
Le conseil de direction de la Ligue internationale des amis des Basques (section française) s'est réuni lundi, à Paris, sous la présidence de M. François Mauriac. Y assistaient : le président Francisque Gay, ambassadeur de France ; Mme Malaterre-Sellier ; M. Ernest Pezet, sénateur et secrétaire général de l'association ; M. Raymond Laurent, ancien ministre ; MM. Paul Rivet, Claude Bourdet, Raymond Vidal (S.F.I.O.), Maurice Lacroix ; Me Larrouyet, avocat à la Cour, le chef du cabinet de M. Guy Mollet, ainsi que M. Gamboa, venu spécialement d’Amérique pour représenter des collectivités basques d’outre-Amérique.
Mgr Mathieu, évêque d’Aire et de Dax, et M. Maurice Schumann, président d'honneur du M.R.P., s'étaient excusés en envoyant l'expression de leur sympathie.
Le secrétaire général, M. Ernest Pezet, a fait un exposé objectif et précis des faits et incidents ayant eu pour conséquence l'expulsion de l'association de son siège social, 11, avenue Marceau. La ligue a décidé de poursuivre tous les recours juridiques et autres lui permettant d’être réintégrée dans ses droits, ainsi que d'assurer la dévolution dudit immeuble à son propriétaire légitime ; cet édifice, malgré les versions tendancieuses ayant circulé ces jours derniers, n'a jamais été, jusqu’au jugement rendu sous l’occupation allemande, la propriété de l’Etat espagnol, ni, encore moins, du gouvernement qui le représente actuellement, ainsi que vient l’attester à Paris, M. Gamboa, au nom des donateurs basques d'Amérique.
Un Livre Blanc.
L'association a décidé de publier un Livre Blanc de cette grave affaire, avec les documents officiels.
Le secrétaire général a donné lecture des câblogrammes des colonies basques du Mexique et de Venezuela affirmant leur solidarité morale et annonçant leur aide matérielle pour la défense de la juste cause des Basques de Paris.
Le conseil a pris note des protestations concordantes, formulées par d’autres associations, notamment la Ligue des Droits de l'Homme et le bureau de la "Jeune République", auxquelles il adresse ses remerciements.
L’association a affirmé sa résolution de poursuivre son existence sociale, en continuant d’apporter son aide à la cause de la démocratie et de la justice symbolisée par les Basques, victimes en cette affaire de calomnies, de mensonges et d’une spoliation que seul a rendu possible un jugement rendu sans enquête contradictoire, sans preuves contraires, à la faveur de l’occupation allemande.
La lettre de Mgr Mathieu à M. Ernest Pezet.
ERNEST PEZET 1932
Monsieur le sénateur,
J'ai lu avec surprise et avec indignation les documents que vous avez bien voulu m’adresser au sujet de l'immeuble de l’avenue Marceau, dont les propriétaires légitimes sont menacés d'une expulsion où la brutalité de l'exécution rend plus odieuse l'iniquité de la sentence.
Ce qui m’indigne le plus dans cette affaire, c’est le soupçon de malhonnêteté qui est jeté sur des exilés qui ont tout perdu, sauf l’honneur.
Ils ont donné, notamment dans l’affaire des bijoux, les preuves d’une probité scrupuleuse.
Dans mes relations avec eux je ne me suis jamais placé sur le terrain politique. Mes relations n’ont pas abandonné le terrain de la charité et de l'amitié.
Elles m’ont donné l’occasion d’admirer la haute moralité des dirigeants, la correction constante de leur attitude.
C’est de cette moralité que je veux vous apporter aujourd'hui le témoignage écrit, tout en regrettant de ne pouvoir assister à votre réunion du lundi 2 juillet.
Quoi qu’en dise un jugement prononcé sous la pression allemande, les fonds qui ont permis d’acheter l'immeuble de l'avenue Marceau sont d'origine basque. Je connais suffisamment la puissante solidarité qui nous unit tous pour trouver cette affirmation vraisemblable et il me suffit de connaître la loyauté de mes amis pour rester persuadé que cette affirmation est vraie.
Mon vœu le plus ardent est que les autorités françaises reconnaissent la vérité.
Je ne suis pas surpris que les propriétaires de l'immeuble préfèrent l'expulsion par la force plutôt que de se reconnaître usurpateurs et voleurs en quittant la maison passivement et sans résistance.
Soyez félicité et remercié, Monsieur le sénateur, pour votre dévouement persévérant à une cause que vous défendez avec tant de compétence. Je vous prie de croire à mon amitié respectueuse et reconnaissante.
C. Mathieu, évêque d'Aire et de Dax.
Protestation de la Ligue des Droits de l’Homme.
La Ligue des Droits de l'Homme communique :
Le bureau de la Ligue des Droits de l’Homme ne peut laisser sans protestation la violence indignement faite aux Basques en exil.
Disposant à Paris, depuis 1937, d’un immeuble acquis par les Amis du peuple basque, le gouvernement basque en est expulsé par la police française au bénéfice de l’ambassade franquiste, en exécution d’un jugement rendu, à la faveur de l’occupation ennemie, en 1943.
Tel est l’un des premiers effets de la reprise des relations diplomatiques avec Franco. Pour l’honneur de la France, la Ligue des Droits de l’Homme le regrette.
Elle regrette qu’une police, trop souvent maintenue passive devant les provocations vichyssoises, soit employée à jeter scandaleusement sur le pavé des amis fidèles de la France, qui se sont crus en sûreté chez elle.
Elle déplore qu’à six ans de la Libération, l’esprit de la Résistance soit oublié au point que le gouvernement de la Quatrième République, cédant à la pression du dictateur prohitlérien, reprenne contre ses victimes les persécutions pétainistes."
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Le 10 juillet 1951, est parti de Bayonne, direction Lyon, puis Berlin, un des 13 Relais de la Paix.
CARTE DES 13 RELAIS DE LA PAIX JUILLET 1951 CE SOIR 3 JUILLET 1951
Après l'appel de Stockolm du 19 mars 1950 demandant l'interdiction des armes nucléaires, le Mouvement de la paix initie, début 1951, une campagne pour la signature d'un pacte garantissant la paix entre les "5 grands", c'est-à-dire les Etats-Unis, l'URSS, la Chine, le Royaume-Uni et la France.
En juillet 1951, sont organisés, en France, 13 Relais de la Paix convergeant vers Paris, pour un grand Rassemblement de la Paix le 15 juillet 1951, puis certains à destination de Berlin pour le Festival mondial de la jeunesse et des étudiants, à partir du 9 août 1951.
Voici ce que rapporta à ce sujet la presse dans diverses éditions :
Ce Soir, le 3 juillet 1951 :
"Le premier des 13 relais de la Paix qui couvriront la France entière partira de Brest où Mazé fut assassiné.
Du pavé de Brest où s’étala le sang d’Edmond Mazé, gars du bâtiment abattu par les C.R.S., partira dimanche prochain le premier relais de la Paix. Mazé réclamait du pain, il luttait pour la paix. Jules Moch a répondu par les grenades à gaz et les balles. Car le ministre de la Guerre a peur des gens comme Mazé. Mais le sang répandu est fertile.
La sœur d’Henri Martin et sa fiancée seront là auprès de ce pavé dont le temps a eu peine à laver la tache brune, et le relais passera devant la prison où est enfermé le jeune marin à la veille de son deuxième procès.
Après, il ira partout escorté de centaines de jeunes, accueilli dans chaque ville par des milliers d’hommes et de femmes, de Brest à Saint-Brieuc, à Rennes, au Mans, à Chartres, jusqu’à Paris où il sera reçu au matin du 14 juillet.
Des relais, il en viendra de tous les moins de France. En France il en viendra d’Angleterre, de Belgique, du Luxembourg. De France ils partiront ensuite pour Berlin où convergeront ceux venus de toute la terre.
Voyez la carte, la trame des relais couvre la France, bien plus compliquée que le Tour qu’on n’a pourtant pas prévu simple cette année. Vous distinguez tout de suite deux sortes de tracés : celui des relais qui passent par Paris, et celui des relais qui n’y passent pas. Ceux-là seront à Lyon le 20 juillet et prendront immédiatement le chemin de Berlin.
Ils viendront de Tours, où Raymonde Dien s’est couchée sur les rails du train de matériel pour la guerre d’Indochine.
Ils viendront d’Oradour, imprégnés de la cendre du village martyr, passant par Tulle et Saint-Etienne où les C.R.S., comme à Brest, se sont "illustrés".
Ils viendront de La Rochelle. Là, c’est un vêtement de travail de docker qu’on se passera de main en main, un vêtement de docker qui refuse de décharger les armes américaines pour la Wehrmacht en formation. Le vêtement de docker, arme de paix, ira, lui, jusqu’à Berlin.
Ils viendront de Bayonne, tout près de l’Espagne où le peuple lutte contre son bourreau et ceux qui veulent utiliser la péninsule comme base pour bombardiers.
Ils viendront de Nice où a été jetée à l’eau la rampe de V2 et vers où l’an dernier convergeaient les caravanes ; de Quimper, passant par Saint-Nazaire et par Nantes."
Ce Soir, le 7 juillet 1951 :
"Le premier relais de la Paix prend le départ après-demain.
Après-demain, le premier Relais de la jeunesse pour la Paix prend le départ de Brest, suivi lundi par le Relais Bayonne-Lyon. Les jeunes de Bayonne emportent du Pays basque 10 000 signatures pour le Pacte entre les Cinq Grands et se préparent à en recueillir d’autres en chemin. Tout le long de la route de Bayonne à Pau, première étape du Relais, des assemblées populaires se tiendront sous les platanes.
Jeudi, le Relais traversera à la nage le canal du Midi, à Castelnaudary.
Des vedettes animeront les divers relais au long de leur parcours. Parmi elles, Fania Fénelon, Jo Tchad, l’accordéoniste Saraphian, et Jean Borreda, le meilleur guitariste."
CHANTEUR JO TCHAD
Ce Soir, le 11 juillet 1951 :
"Le Relais de Bayonne porte à Berlin un fanion remis clandestinement par les jeunes d'Espagne.
Le Relais de la Paix, qui a pris dimanche le départ de Bayonne et doit demain faire l’étape Pau-Saint-Gaudens, porte à Berlin un fanion rouge sur lequel a été peint, par un artiste espagnol, l'Espagne enchaînée. Le fanion a été remis aux jeunes Français par des jeunes Espagnols, à Hendaye.
Le préfet, qui avait disposé des forces de police tout au long du parcours du relais, avait tenté d’empêcher qu’on dépose des gerbes aux monuments aux morts. A Puyoo, le maire radical lui-même était présent devant le monument pour s’associer au geste des jeunes gens et des jeunes filles. A Lacq, c’est, un vieux militant socialiste, président de l’Amicale laïque, qui a accueilli la caravane. A Artix, un bal avait été Organisé en son honneur."
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LE FILM "L'ATHLÈTE AUX MAINS NUES" EN 1951 ET 1952.
Ce film, tourné au Pays Basque Nord et en Béarn, relatant la vie de Saint Michel Garicoïts, d'une durée de 1h 26mn, réalisé par Marcel Garand, sort en salle le 14 mai 1952.
AFFICHE FILM L'ATHLETE AUX MAINS NUES 1952
Voici ce que rapporta la presse nationale dans plusieurs éditions :
La Croix, le 15 septembre 1951 :
"L'athlète aux mains nues" va revivre.
Une nouvelle maison de production cinématographique vient de voir le jour à Pau, Vega Films, sur l’initiative du R. P. Oyhenart, de la Congrégation du Sacré-Cœur de Bétharram. Les fondateurs se sont placés sous la protection de la Vierge, car "Vega" est l'abréviation de "Virgini et Genitrici Amantissimae". Adresse symbolique, 5, rue de l'Enfant-Jésus.
Le premier film tourné est consacré à saint Michel Garicoïts, le fondateur de la Congrégation. Rappelons les principales dates de la vie de cet homme extraordinaire. Né à Ibarre. dans le diocèse de Bayonne, le 15 avril 1797, ce prêtre intrépide fut vicaire à Cambo, professeur au Grand Séminaire de Bétharram ; il fonda, en 1835, L’Institut des Prêtres du Sacré-Cœur, et dirigea pendant plus de trente ans le noviciat et la maison provinciale des Filles de la Croix d’Igon. Il mourut le 14 mai 1863, après avoir créé une multitude d’écoles, d'établissements toute sorte.
Béatifié le 10 mai 1923, Michel Garicoïts a été canonisé par S. S. Pie XII, le 6 juillet 1947. C’est un film d'amateur, réalisé à Saint-Pierre de Rome durant les fêtes de la canonisation, qui a incité le R. P. Bordachar, supérieur, à entreprendre une grande œuvre cinématographique sur le saint patron de la Congrégation qu'il dirigeait.
FILM L'ATHLETE AUX MAINS NUES 1952 LA CROIX 22 SEPTEMBRE 1952
Commencé le 1er septembre 1950, le film L'athlète aux mains nues, fut terminé deux mois plus tard, le jour d'une fête consacrée à Notre-Dame.
Tourné entièrement dans le pays basque, à Pau, à Bétharram même, à Saint-Palais, à Ibarre, à Bayonne, le film a été réalisé avec une technique qui n'est pas sans rappeler celle des metteurs en scène italiens. C'est-à-dire qu'on n'a utilisé, presque uniquement, que des acteurs improvisés, empruntés au cadre naturel même où se déroule l’action. Le P. Oyhenart, chargé de suivre la réalisation du film, eut bien du mal à trouver "son" saint. La ressemblance était, bien entendu, la condition primordiale, mais il s’agissait aussi de trouver un comédien capable d'incarner le Saint de l'âge de 16 ans à sa mort. Après de longues et laborieuses recherches, les cinéastes et le R. P. Oyhenart jetèrent leur dévolu sur un jeune acteur de 24 ans, Olivier Mathot, que l’on a vu dans fies J3 et dans le Jugement de Dieu, mais dont c’était le premier grand rôle. Il allait être le seul comédien du film, tous les autres personnages étant des religieux et des habitants du pays.
L’œuvre a été menée à bien par deux cinéastes qui ont, ici, donné toute leur mesure : Paul Vermeiren, qui a adapté le scénario fourni par le P. Bordachar, et Marcel Garand qui a été le réalisateur. On fait le grand éloge de la photographie.
Les autorités locales donnèrent toutes les facilités aux cinéastes. C’est ainsi que la scène de l'ordination du P. Garicoïts fut tournée dans la cathédrale de Bayonne. Ce film a été fait en équipe comme une cathédrale. Souhaitons-lui grand succès, car un tel effort le mérite."
AFFICHE FILM L'ATHLETE AUX MAINS NUES 1952
Ce Soir, le 18 novembre 1951 :
"Au Pays Basque sur les traces de "l'athlète aux mains nues".
(De notre envoyé spécial Pierre Barlatier)
Nous avons fait un beau voyage : nous avons parcouru, durant trois jours, dans un car super confortable et sous la conduite d’un prêtre sympathique et disert, le père Oyhenart, les trois provinces françaises du Pays Basque : le Labourd, la Navarre, la Soule et aussi une partie du Béarn.
Partout, nous avons été reçus par une population enthousiaste et cordiale. On nous a servi des repas pantagruéliques, arrosés des meilleurs crus régionaux ; on nous a montré des danses, des tournois de pelote, fait entendre des chants profanes et des chants sacrés et le fameux cri des montagnards qui semble retentir du fond des âges. Tels des ministres ou des évêques en tournée n’avons-nous pas obtenu même une amnistie générale pour les écoliers !...
FILM L'ATHLETE AUX MAINS NUES 1952 LA CROIX 22 SEPTEMBRE 1951
Nous avons fait un beau voyage : tantôt dans la salle commune d’une ferme, tantôt dans une mairie et tantôt dans un couvent a résonné à nos oreilles la charmante formule de bienvenue : Ongi ethorri, qu’aucun Basque ne prononce à la légère. Et des religieuses ont sorti pour nous, de derrière leurs bocaux à pharmacie, une liqueur... dont elles ont refusé, d’ailleurs, de nous révéler le secret.
Le ciel s’était mis de la partie, du moins dans les premiers jours. L’air était léger, immobile et très doux et c’était un enchantement de regarder défiler ces paysages dépouillés par l’arrière automne, où l’homme a su créer, comme nulle part ailleurs, une architecture et un art de vivre en harmonie avec la nature.
Nous avons fait un beau voyage en vérité !
Dans l’esprit des directeurs de la V.E.G.A. films par lesquels nous avions été si aimablement invités, il s’agissait, sans aucun doute, de mettre en communication intime les Parisiens que nous sommes, avec la contrée, sauvage et pourtant accueillante, dans laquelle se déroule l’histoire de L’Athlète aux mains nues dont la première au Casino Municipal de Pau a clos le cycle des festivités qui nous étaient offertes. Et ceci n’était certainement pas une mauvaise idée.
Car "L’Athlète aux mains nues" n’est pas un film comme les autres : il a été tourné uniquement grâce à des capitaux recueillis de porte en porte, là même où se situe son action, réalisé dans des décors naturels, sans le moindre raccord en studio et avec comme interprètes — à l’exception d’un seul comédien professionnel — des paysans et des paysannes, des religieux et des religieuses que nous avons tous rencontrés et dont certains n’avaient, de leur vie, mis les pieds dans un cinéma.
On imagine si, dans ces conditions, la projection du film était attendue au Pays basque.
FILM L'ATHLETE AUX MAINS NUES 1952 LA CROIX 22 SEPTEMBRE 1951
Le résultat a-t-il répondu à l’espoir que tout un peuple avait mis dans la réalisation d’une œuvre destinée non seulement à célébrer un saint local, Michel Garicoïts, fondateur de l’ordre de Bétharram, mais encore à mieux faire connaître le pays qui lui a donné le jour, au petit hameau d’Ibarre ?
Je n’oserais l'affirmer. Ni la très belle — presque trop belle — photographie de Paul Vermeiren, en effet, ni la musique d’Olivier Alain ou la mise en scène de Marcel Garand — souvent fort adroite, dans les dernières séquences, en particulier : celles de la mort du saint — ni le talent du comédien Olivier Mathot qui, dans le rôle de Michel, supporte sur ses jeunes épaules tout le poids du film, ni celui des acteurs bénévoles aux admirables, aux authentiques têtes de paysans sculptées en plein bois et si joliment burinées que, seuls, les films soviétiques avaient su jusqu’ici nous montrer, ne m’ont paru sauver tout à fait de la monotonie cette succession d'images édifiantes et trop souvent bêtifiantes.
On m'assure que la V.E.G.A. Films, pour laquelle "L’Athlète aux main nues" ne constitue qu’un premier essai, doit produire bientôt d’autres films, dont un documentaire sur la Contrebande et les Contrebandiers. Peut-être, alors, retrouverons-nous grâce à l’écran ce charme particulier du Pays basque, à peine entrevu au cours d’une trop courte randonnée, ce mélange de mystère et de bonne santé sous un ciel clément qui, tandis que je trace ces lignes devant un Paris que la pluie griffe, m'étreint tout à coup de cœur d’une inexprimable nostalgie."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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Biarritz peut laisser à Capri le privilège des bains royaux. La piscine de la Chambre d'Amour, qui étire sa superstructure de ciment sur la plage la moins populeuse de la côte basque, est bien le lieu du monde où l'on voit autant d'altesses, de marquises et de milliardaires offrir ensemble leur nudité aux ardeurs du soleil et aux regards d'estivants moins bien nés.
Car, pour la modique somme de deux cents francs, n'importe qui peut s'acheter à la porte de la Chambre d’Amour, le droit de crawler dans la même eau d'émeraude que le marquis de Moretalla, le comte de Aguilar, M. Da Silva Ramos, le prince Troubetzkoï, les Windsor et l'infante d'Espagne. Pour deux cents francs, on peut compter les poils de la poitrine du grand industriel, découvrir qu'un arbitre de l'élégance a les genoux cagneux et qu'une héritière de Chicago a une coquetterie à l'omoplate. De ces points de vue, la Chambre d'Amour est un réconfortant sujet de méditation. Une jeune femme de ma connaissance dont le métier est de poser pour les magazines, sort chaque fois de la Chambre d'Amour plus gaie qu'elle n'y est entrée. En revanche. on peut acquérir ici, en un seul été ou en une seule saison, une réelle aisance mondaine et un sourire las tout à fait distingué.
La grande affaire quand on est ni titré ni richissime — mais simplement toléré en ce lieu somme toute public — c'est de se faire inviter à dîner dans une de ces magnifiques résidences basques qui se nomment Haïtzura, Peisteguy, Soriano. etc.
Une querelle des anges.
On est loin, à Biarritz, du mélange des classes de la Côte d’Azur et des familiarités entre princes, starlets et commerçants aisés. Chacun à son rang. Il y a, ici, des gens fort bien élevés propres et correctement vêtus qui dépensent des trésors d'esprit à l'intention des marquises, sans jamais parvenir à se faire prier au château. Les grands d'Espagne ont implanté dans ce pays de traditions le sens de le caste et leurs commensaux, de noblesse plus récente, les imitent en tous points.
Midi à la Chambre d'Amour correspond à l'aube. Le matin, la piscine n'appartient guère qu'aux roturiers. C'est à partir de 13 heures qu'arrivent les personnalités. Au bar, le prince Troubetzkoï. en longue chemise flottante hawaïenne, à fleurs jaunes et vertes, s'entretient avec deux comtesses locales.
PRINCE IGOR TROUBETZKOY
L’infante d’Espagne, aux cheveux blond vénitien, est en short. Le marquis d'Arcangues, maire d'Arcangues et homme de lettres, conte, en termes choisis, la dernière histoire drôle du curé de sa paroisse, l'abbé Moulier, prêtre républicain, pelotari et fataliste. Un débat genre "sexe des anges", a failli animer, hier, le bar, à propos de la soirée "Bleu Biarritz", qui doit avoir lieu samedi prochain au Bellevue.
— Qu'est-ce, au juste, que le "Bleu Biarritz" ? On hésitait entre l'outremer et le bleu de Prusse. Or, d'après A.-M. Cassandre, qui brosse à l'hôtel du Palais le décor d'un ballet de Marie-Laure de Noaille, ce bleu, lancé par Lanvin en février dernier, ne serait ni plus ni moins que le vieux bleu de coeruleum, autrement dit le bleu de ciel. C'est exactement la couleur du sweater que le duc de Windsor a ramené de Cannes et qu'il arbore lorsqu'il met son pantalon de velours à cotes très fines, de couleur bleue également, mais bleu de roi.
Le duc essaie ses matelas.
Le duc de Windsor est venu reconnaître sa "cabana" à la piscine. Une "cabana" est une cabine de bois largement ouverte et large jusqu'aux dimensions d'un box pour voiture américaine. Toutes les neuf alignées parallèlement au bassin, séparées l'une de l'autre par un portique, les "cabana" sont meublées selon le goût de leur occupants : glaces, tableaux, tentures, mais surtout divans, fauteuils et matelas de plage. Il ne suffit pas de payer pour devenir le locataire d'une cabana. Il faut être agréé par les locataires voisins qui sont MM. Dubonnet, MM. Saint-Frères (bâches et ficelles), le marquis de Portago, les milliardaires internationaux Ortiz-Echague, O'Malley-Kevses, Hirschon et Heoton.
MARQUIS DE PORTAGO 1938
Les Windsor ont été agréés à l’unanimité, faut-il le dire. En visitant sa "cabana", le duc a trouvé peu confortables les fauteuils en osier noir recouverts de coussins grenats, qu'avait installés son secrétaire particulier. Après les avoir essayés, il a parcouru Biarritz à pied afin d'en acheter d’autres. Dans un magasin de la place Clemenceau. il s’est étendu de tout son long sur un matelas qui dut lui paraître d'un moelleux suffisant puisqu'il l’acheta sur l’heure.
Pour éviter les curieux et les photographes à la piscine de la Chambre d'Amour, où ils ont loué une "cabana" pour la saison, le duc et la duchesse ont demandé à pouvoir entrer par la porte de service. Le directeur de la piscine leur a remis une clef du cadenas qui ferme cette porte.
Le couple ducal ne s'est guère rendu, pourtant, jusqu'ici, à la Chambre d'Amour. La salle de jeu du Bellevue le retient tard dans la nuit. Devant le tapis vert, la duchesse retrouve chaque soir, l’ex-ministre de la guerre britannique Hore-Belisha, la reine de la tomate en sauce, Mrs Heintz (ketchup-tomato) et le matador Luiz Miguel Dominguin, qui risque à la roulette une fortune gagnée en défiant la mort."
MATADOR LUIS MIGUEL DOMINGUIN
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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