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samedi 16 septembre 2023

L'AFFAIRE STAVISKY ET BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1934 (vingt-cinquième et dernière partie)

 

L'AFFAIRE STAVISKY ET BAYONNE.


C'est une crise politico-économique qui secoue la France à la fin de décembre 1933, mettant en cause de nombreuses personnalités y compris en Pays Basque Nord.



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ALEXANDRE STAVISKY


Comme je vous l'ai indiqué précédemment, puisque nous sommes samedi, voici un dernier article 

sur le "feuilleton" de l'affaire Stavisky et ses répercussions au Pays Basque.



Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, le 18 janvier 

1936 :


Ce qu’a été, par le détail, la réponse du jury.


Voici en détail ce qu'ont été les réponses du jury : 


En ce qui concerne Tissier, les questions 1 à 686 (faux en écriture publique et complicité de détournement de gages par emprunteur), oui à la majorité. 


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MAÎTRE DELMAS ET TISSIER
EXCELSIOR 24 JANVIER 1934

En ce qui concerne Garat, des questions 687 à 1437 (complicité de faux en écriture publique), non. 

A la question 1439 et à la question 1449 (complicité de détournement de gages par emprunteur), non. 

A la question 1441 (faux en écriture publique), oui à la majorité. 


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JOSEPH GARAT MAIRE DE BAYONNE 

En ce qui concerne Cohen, des questions 1442 à 1511 (faux en écriture publique), oui à la majorité. 


En ce qui concerne Desbrosses, des questions 1512 à 1543 (faux en écriture publique), oui à la majorité. 


En ce qui concerne Guébin, des questions 1544 à 1868 (usage de faux en écriture publique), oui à la majorité. 


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M GUEBIN DIRECTEUR LA CONFIANCE
PHOTO AGENCE MEURISSE
AFFAIRE STAVISKY 1934

En ce qui concerne Hayotte, des questions 1869 à 1890 (complicité de faux en écriture publique), oui à la majorité. Des questions 1891 à 1897 (recel de fonds obtenus à l'aide d'un faux en écriture publique), oui à la majorité. 


En ce qui concerne Farault, des questions 1898 à 1908 (faux en écriture publique), non. 


En ce qui concerne Hattot, des questions 1909 à 1930 (complicité de faux en écriture publique), oui à la majorité. 


En ce qui concerne Bardi de Fourtou, des questions 1931 à 1934 (usage de faux en écriture publique), oui à la majorité. 


En ce qui concerne Gaulier, à la question 1935 (complicité de tentative d’escroquerie), oui à la majorité. 

Aux questions 1936 et 1937 (complicité de tentative d'escroquerie), non. 

Aux questions 1938 et 1948 (recel de fonds provenant d’une escroquerie), oui à la majorité. 


En ce qui concerne Tissier, à la question 1939 (recel d'escroquerie), oui à la majorité. 


En ce qui concerne Garat, à la question 1940 (recel d’escroquerie), non. 


En ce qui concerne Cohen, à la question 1941 (recel d’escroquerie), oui à la majorité. 


En ce qui concerne Desbrosses, à la question 1942 (recel d’escroquerie), oui à la majorité. 


En ce qui concerne Digoin, à la question 1943 (recel d'escroquerie) non. 


En ce qui concerne Guébin, à la question 1944 (recel d'escroquerie), oui à la majorité. 


En ce qui concerne Hatot, à la question 1945 (recel d'escroquerie), oui à la majorité. 


En ce qui concerne Dubarry, à la question 1946 (recel d'escroquerie), non. 


En ce qui concerne Bonnaure. à la question 1947 (recel d'escroquerie), oui à la majorité. 



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DEPUTE GASTON BONNAURE
PHOTO AGENCE MEURISSE


En ce qui concerne Gaulier, toutes les réponses sont négatives. 


En ce qui concerne Guiboud-Ribaud. à la question 1949 (recel d'escroquerie), non. 


En ce qui concerne Darius, à la question 1950 (recel d'escroquerie), non. 


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PIERRE DARIUS DIRECTEUR JOURNAL BEC ET ONGLES
AFFAIRE STAVISKY 1934


En ce qui concerne Depardon, à la question 1953 (recel d’escroquerie), non. 


En ce qui concerne Romagnino, à la question 1954 (recel d’escroquerie), non. 


En ce qui concerne Hayotte, à la question 1954 (recel d’escroquerie), oui à la majorité. 


En ce qui concerne Camille Aymard, à la question 1956, non. 


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CAMILLE AYMARD
PHOTO AGENCE MEURISSE


A la majorité, il y a des circonstances atténuantes en faveur de Garat, Cohen, Desbrosses, Guébin, Bardi de Fourtou, Hayotte et Hatot.



L'audience.

Les parties civiles.


Le président donne immédiatement la parole aux parties civile qui, après s’être désistées devant la Cour d'assises contre les inculpés acquittés et contre Bonnaure, demandent d’importants dommages et intérêts aux inculpés condamnés au nom des Sociétés mutuelles de prévoyance qu'ils représentent. 


Il n’y a pas de constitution de partie civile contre le général Bardi de Fourtou. 


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GENERAL JOSEPH MARIE ALBERT BARDI DE FOURTOU
AFFAIRE STAVISKY 1934


Les frais du procès.


Me Appleton souligne ensuite que, dans le cas d’une affaire criminelle, les frais du procès incombent à l'Etat. 


Me de Moro-Giafferi. — Mais je demande que les parties civiles qui se sont opposées aux mises en liberté provisoire soient condamnées à une partie des frais. 


Me Appleton. — Guébin a été condamné. Ses mandants, les sociétés "La Confiance" auxquelles il appartenait, sont-ils responsables des frais ? La question peut se poser, mais cela ne peut exercer aucune influence sur les dommages et intérêts. 


Dans le procès civil qui prolonge le procès criminel, le procureur général annonce que le ministère public demande que les condamnés et les personnes civilement responsables payent les frais du procès. 


Il apporte des arguments juridiques à sa thèse et rappelle les articles du Code civil sur lesquels elle s’appuie. 


Le Procureur Général demande à la Cour de se montrer humaine.


Personne ne prenant la parole sur la question des frais, après Me Desforges, le procureur général se félicitant de l’exemple donné par le jury, parle sur l’application des peines.


Le procureur général. — Pas de cruauté inutile. Pour Tissier, le magistrat demande de la sévérité, pour les autres, il n’est pas opposé à la mansuétude. Il demande de ne pas oublier l’état de santé de Garat. Pour Guébin, il rappelle son passé de labeur. 


La parole est aux accusés les derniers


Le Président donne la parole aux accusés. 


Garat a une suprême déclaration ù faire : "Je ne suis pas coupable", dit-il avec émotion. 


Guébin jure "devant Dieu" qu’il n'a pas été le complice de Stavisky. Hayotte demande la possibilité de se relever. 


Bardi de Fourtou, sur son honneur de soldat, affirme qu’il n'a pas connu les faux bons et il demande pitié d’une voix coupée de larmes. 


Bonnaure proclame à nouveau son innocence et s’en remet aux jurés. 


Desbrosses pleure. Hatot, Tissier, Cohen ne disent mot. 


Cette fois les débats sont clos. Les jurés sont conduits dans la chambre du Conseil où la Cour les rejoint pour les délibérations dernières.


Il est 16 h. 15. 



La reprise de l'audience.


Durant cette transformation du verdict en arrêt. M. Albert Dubarry est la véritable vedette de ce salon animé et bruyant qu'est devenue la salle d’audience. On se le dispute de groupe à groupe et, avec une verve inépuisable, il expose déjà ses projets en vue de la sauvegarde de la liberté individuelle. 


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ALBERT DUBARRY
EXCELSIOR 11 JANVIER 1934



L’arrêt.


La suspension se prolonge pendant plus de deux heures. Enfin, à 18 h. 20, les magistrats et les jurés reviennent. Le président fait connaître les condamnations suivantes : 


Tissier, ex-Directeur du Crédit Municipal de Bayonne à 7 ans de Travaux Forcés. 100 Francs d'amende. 


Joseph Garat, Député, ex-Maire de Bayonne, à 2 ans de prison, 100 Francs d'amende.


Hatot, à 2 ans de prison, 100 fr. d’amende. 


Hardi de Fourtou, à 2 ans de prison. 100 francs d’amende. 


Bonnaure, député, à un an de prison avec sursis. 


Guébin, ex-directeur de la Compagnie "La Confiance", à 5 ans de réclusion, 100 francs d’amende. 


Ce lien, ex-appréciateur du Crédit municipal de Bayonne, à 5 ans de réclusion. 100 francs d’amende. 


Desbrosse, à 5 ans de réclusion, et 100 francs d’amende. 


Hayotte, à 7 ans de réclusion et 100 francs d’amende. 


Les Sociétés "La Confiance-Vie", "La Confiance Foncière" et la "Confiance Capitalisation", sont déclarées civilement responsables de leur représentant, M. Guébin, et condamnées aux frais du procès. 



Une protestation de Garat.


La lecture de ces condamnations provoque une vive émotion et même quelques murmures de protestation dans la salle. Au moment où le président va lever l’audience, Garat s’écrie : "Monsieur le président, je proteste. On n’a pas fait la lecture de certaines lois pénales. C’est un cas de cassation." 


Le président : "Ces lectures ne sont pas prévues par les règles juridiques. Cela n'a d’ailleurs aucune importance." 



Les dommages et intérêts demandés par les Sociétés Mutualistes. 


La Cour siégeant en audience civile, aura maintenant à examiner les demandes de dommages et intérêts présentées par les Sociétés mutualistes qui avaient acquis des bons de Bayonne."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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samedi 9 septembre 2023

L'AFFAIRE STAVISKY ET BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1934 (vingt-quatrième partie)

 

L'AFFAIRE STAVISKY ET BAYONNE.


C'est une crise politico-économique qui secoue la France à la fin de décembre 1933, mettant en cause de nombreuses personnalités y compris en Pays Basque Nord.



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ALEXANDRE STAVISKY


Comme je vous l'ai indiqué précédemment, puisque nous sommes samedi, voici un autre article 

sur le "feuilleton" de l'affaire Stavisky et ses répercussions au Pays Basque.

Le procès de l'Affaire Stavisky va durer du 4 novembre 1935 au 17 janvier 1936 :



Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, dans 

plusieurs éditions :


  • le 4 novembre 1935, sous la plume de Paul Belon : (début du procès)



"Au moment où commence la première audience du procès Stavisky ...Qui ne sera occupée sans doute que par des formalités.



Beaucoup d’appelés, peu d’élus. La formule est vieille. Mais jamais, sans doute, elle n’aura trouvé meilleure application qu’à propos du procès Stavisky dont la première audience a lieu aujourd’hui, aux assises de la Seine, dans une salle ornée, pour la circonstance, de bancs et de tables supplémentaires, de trois "diffuseurs" de lumière à vrai dire assez peu décoratifs, et d'un énorme coffre-fort, veillé par un garde, où repose le dossier de cette immense affaire. 



Des gardes, il y en a, d’ailleurs beaucoup, et davantage encore à toutes les issues, dans tous les corridors du Palais. N’entre point qui veut. Bien mieux : en pratique, personne n’entre, sauf les deux cents personnes du public debout et, naturellement, les ayants-droit. 



Dans le box des accusés.



Les "ayants droit", ce sont les accusés d'abord. Dans la stalle d’ordinairement qualifiée de "box d’infamie", prendront place ceux d’entre eux qui sont poursuivis pour des crimes comme la complicité de détournement de gages, le faux et l’usage de faux et qui, par suite, peuvent encourir une peine de travaux forcés. Ceux qui, prévenus de simples délits et qui pourtant n'ont pas été mis en liberté provisoire y figurent également. C’est ainsi que M. Albert Dubarry s’y trouve, bien que n’encourant que cinq ans de prison au maximum, pour recel simple. Les autres accusés laissés en liberté, MM. Camille Aymard, Paul Lévy, Pierre Darius, Guiboud-Ribaud, Bardi de Fourtou, Georges Gaulier, Henri Depardon, Gaston Bonnaure, Georges Hatot et Mme Stavisky sont installés dans le prétoire à la gauche des défenseurs qui sont on le sait, au nombre d’une trentaine. 


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ALBERT DUBARRY SORTANT DU CABINET DU JUGE
PHOTO AGENCE MEURISSE



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DEPUTE GASTON BONNAURE
PHOTO AGENCE MEURISSE


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PIERRE DARIUS DIRECTEUR JOURNAL BEC ET ONGLES
AFFAIRE STAVISKY 1934


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CAMILLE AYMARD DIRECTEUR LA LIBERTE
PHOTO DE L'AGENCE MEURISSE



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PHOTO MME STAVISKY
AGENCE MEURISSE


Signalons, à ce propos que Me Delmas, bâtonnier de Bayonne, défend Tissier, aux côtés de Me Jean-Charles Legrand. 



La première audience.



La première audience parait de voir être occupée uniquement par des formalités : constitution de la Cour, composée de MM. Barnaud, président ; Peyre, président-adjoint ; Giacometti, Durnes et Duval, ainsi que de trois représentants du ministère public, le procureur Fernand Roux ; l’avocat général Gardel et l’avocat général Cassagnau ; nomination des dix-huit jurés, dont six suppléants ; prestation de serment enfin, interrogatoire d’identité, lecture de l'acte d’accusation et appel des témoins. 



Il est à prévoir que la lecture de l’acte d’accusation, faite par M. Wilmès, greffier en chef, et son adjoint, M. de Peyrot, sera quelque peu abrégée, n’étant point prescrite par la loi "à peine de nullité". "



  • le 18 janvier 1936 :

"Les derniers instants du procès Stavisky et les condamnations.

Tissier a été condamné à 7 ans de travaux forcés ; 

Garat à 2 ans de prison ; 

Bonnaure à 1 an de prison avec sursis. 

Guébin, Cohen, Desbrosse à 5 ans de réclusion ; Hayotte à 7 ans de la même peine ; Bardi de Fortou et Hatot à 2 ans de prison.

Les 11 autres accusés ont été acquittés.


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MAÎTRE DELMAS ET TISSIER
EXCELSIOR 24 JANVIER 1934


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M GUEBIN DIRECTEUR LA CONFIANCE
PHOTO AGENCE MEURISSE
AFFAIRE STAVISKY 1934


Quand on lut le verdict.


Voici donc terminé un des plus grands procès qu’on ait connu. 


Rentrons dans la salle des audiences au moment où les jurés reprennent place à leurs bancs, pour la lecture du verdict. 


L'audience ouverte, le président pria l’assistance de maîtriser ses nerfs et invita les prévenus libres à sortir. 


On sait que la lecture du verdict doit se faire en l’absence des inculpés. 


On remarqua que le jury avait changé de président. C’est le pharmacien qui, promu à cette dignité, la main sur le cœur, donna lecture de l’important document dont on a déjà lu plus haut le résumé. 


Le "carré" des Bayonnais installés dans la salle depuis cinquante-cinq jours, connut une grande flambée de joie lorsqu’en réponse au premier bloc des questions concernant Garat, le chef des jurés répondit non. 



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MAIRE DE BAYONNE JOSEPH GARAT
PAYS BASQUE D'ANTAN

Mais quelques minutes après, on apprenait que sur l’un des chefs d’inculpation, l'ancien maire de Bayonne était condamné. 


Aussitôt le verdict rendu, la Cour se retira pour l’examen de la feuille. Et ce fut une bousculade effrénée, une ruée homérique vers la sortie, pour aller avertir ceux qui allaient être libérés. 


Une heure se passa au milieu de la plus totale incohérence. Enfin, la cour revint avec des félicitations : le verdict était d’une technicité parfaite. On fit alors entrer les onze. Pour la dernière fois, Dubarry, Romagnino, Digoin et Hatot se groupèrent dans le box, serrés l'un contre l’autre de la plus curieuse façon. Lecture du verdict libérateur leur fut faite et le contentement prit brusquement possession de tous les traits des onze visages. 


Mais on voulait surtout surveiller l'attitude des condamnés. L'un après l'autre, ils s'encadrèrent dans la porte étroite. Hatot, le gros Hatot, avec son masque épais de comique douloureux s’effondra et se cacha la figure dans ses mains puissantes. Guébin, accolé à la barrière du box, les yeux fermés, la barbe triste, ressembla instantanément à ces martyrs qu’on voit dans les scènes de vitraux. Le pauvre général, la lèvre tombante et sa moustachette redevenue grise depuis deux mois qu’il a négligé de la peindre, agitée d’un tremblement, ouvrit ses deux mains et les tendit vers la salle comme pour lui offrir sa douleur. Hayotte apparut tout à coup semblable à la plus sauvage des caricatures. 


Quant à Garat. son premier regard lancé telle une flèche, fut pour ses juges. Son expression était indescriptible et toute sa personne était comme chargée d’un incroyable potentiel de haine. La mâchoire serrée, les ongles incrustés dans les paumes, pour la première fois il se redressa et se révéla ce qu’il a toujours été : "un lutteur magnifique mais audacieux et cruel..." note "Paris-Soir". 


La bonne voix du président dissipa le maléfice : 


— Je vais faire immédiatement signer les levées d’écrou afin de permettre aux inculpés reconnus non coupables, de déjeuner ailleurs qu'hier... Nous reprendrons l’audience à 13 heures. 


Les groupes subirent de nouvelles cristallisations dans la débandade qui suivit. On vit Albert Dubarry, très entouré, embrassé, on l’entendit dire avec son accent qui donne aux "r" d'amusantes roulettes : 


"Merci ! Merci ! J'aime tant tous mes confrères, même mes adversaires " 


Et, dans un coin, Bonnaure se forçait à sourire et tapotait affectueusement l’épaule de Me Flasch et de Me Saillard, ses deux avocats, en larmes..."



A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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samedi 2 septembre 2023

L'AFFAIRE STAVISKY ET BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1934 (vingt-troisième partie)


L'AFFAIRE STAVISKY ET BAYONNE.


C'est une crise politico-économique qui secoue la France à la fin de décembre 1933, mettant en cause de nombreuses personnalités y compris en Pays Basque Nord.



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ALEXANDRE STAVISKY


Comme je vous l'ai indiqué précédemment, puisque nous sommes samedi, voici un autre article 

sur le "feuilleton" de l'affaire Stavisky et ses répercussions au Pays Basque.



Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, le 30 janvier 

1934 :



"Où l'on vit hier soir à Bayonne la foule assiéger le député Bonnaure.

Après avoir été interrogé, M. Bonnaure est sorti prévenu libre encore une fois. 

Mais la foule mécontente manifeste avec violence. 

On se demande à présent si Stavisky n’a pas été assassiné par les voleurs des bijoux.



... Deux arrestations.


La garde et la police entreprirent un mouvement pour dégager la rue, mais cela ne se fit pas sans accrochages ; des coups furent donnés de part et d’autre et deux manifestants furent arrêtés ; l’un d’eux fut délivré par la foule, mais l’autre, menottes aux poignets, fut emmené et hissé dans la camionnette.


Celle-ci qui stationnait rue d’Espagne put pénétrer dans la rue enfin dégagée et tandis qu'agents, gendarmes et gardes faisaient la chaîne pour maintenir le public, M. Bonnaure suivi de Me Saillard s’introduisit dans la camionnette qui démarra et retourna se ranger dans la rue d’Espagne d’où elle repartit quelques minutes après, quand tous les gardes y furent remontés, non sans avoir été copieusement hués par la foule. On entendit les cris de "A bas la police ! La police protège les escrocs et arrête les honnêtes Bayonnais !" 


Les rassemblements ne se dispersèrent pas immédiatement. On commentait avec vivacité les événements de la dernière minute. Un groupe de très jeunes gens rassemblés au coin de la rue d’Espagne et de la rue Poissonnerie chantaient l'Internationale, tandis que d’authentiques communistes distribuaient tracts et journaux et que des militants d’action française commentaient l’arrestation de l’un des leurs qui, conduit au poste, devait être relâché quelques minutes plus tard. 



Jusqu’à neuf heures du soir... 


Mais revenons au malheureux M. Bonnaure. Après que la camionnette l’eut déposé en lieu sûr, il prit place dans l’automobile du capitaine Robert qui le conduisit au Château-Vieux. M. Bonnaure ayant décidé d’aller passer la nuit à Biarritz. Me Saillard alla rejoindre Mme Bonnaure au Grand Hôtel. 


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GRAND-HÔTEL BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Un attroupement s'était déjà formé devant la porte de la rue Thiers. Aussi Me Saillard accompagna-t-il Mme Bonnaure au Château-Vieux en passant par la porte de service de l'hôtel. 


A neuf heures du soir toute manifestation semblait terminée. A peine entendait-on encore résonner sous la voûte des Arceaux, une Internationale attardée et voyait-on quelques groupes d'agents deviser fort calmement. 


Et sur la route n° 10 roulait, sans heurts, l'automobile qui emmenait loin de la ville M. Bonnaure bien revenu de ses idées sur le calme et la sérénité de l'atmosphère de Bayonne



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DEPUTE GASTON BONNAURE
PHOTO AGENCE MEURISSE


Hayotte a été entendu ce matin par M. d’Uhalt.


Ce matin, M. d'Uhalt a procédé à l'interrogatoire de Hayotte qui n’avait pas encore été entendu sur le fond. 


Hayotte est arrivé à 10 heures au Palais, en taxi, escorté de deux inspecteurs de la Sûreté. Ses avocats Me Gabriel et Me Moreau l’attendaient chez le juge. 


L'interrogatoire qui promet d’être fort long s’est poursuivi jusqu’à midi et reprendra cet après-midi à deux heures. 


Le juge a posé à Hayotte plusieurs questions concernant les relations qu’il a entretenues avec Stavisky


Hayotte a déclaré qu’il avait connu Stavisky en 1924. Un de ses amis l'avait mis en relation avec lui pour traiter une affaire qui ne fut, d'ailleurs, jamais conclue. Plus tard, Hayotte noua avec Stavisky des relations très amicales et il fut amené à s’intéresser à plusieurs de ses affaires, entre autres celle des établissements de bijouterie "Alex" et du Crédit municipal d'Orléans. 


Les relations que Hayotte a entretenues avec Stavisky furent ainsi étudiées jusqu’en 1930. 


L’inculpé est retourné à la prison pour y déjeuner et il reviendra à deux heures. 


Les abords du Palais de justice étaient absolument déserts, l’arrivée et le départ de l’inculpé sont passés inaperçus. 


D’après une information qui nous est parvenue ce matin, la confrontation qui devait avoir lieu le premier février, entre Tissier et M. Garat, serait reportée au 8 février, Me Campinchi et Me Jean-Charles Legrand ne pouvant venir à Bayonne à la date qui avait été primitivement retenue. 



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JOSEPH GARAT MAIRE DE BAYONNE 


L’enquête administrative à Bayonne.


Après avoir enquêté samedi à la sous-préfecture de Bayonne, M. Rouvier, inspecteur général au ministère des finances, s’est rendu hier matin dans le cabinet du juge d’instruction chargé de l’affaire du Crédit municipal. 


L’inspecteur général poursuit son enquête dans une discrétion absolue. M. Rouvier repartira pour Paris demain soir. 


Il aurait déclaré qu’il a fait dans certains dossiers des découvertes intéressantes.



300 millions d’escroqueries.


A la Sûreté générale, à Paris, le commissaire, M. Peudepièce, chef de la section financière, poursuit ses investigations, qui consistent principalement à l’audition des directeurs de Compagnies d’assurances ayant encore en leur possession des faux bons du Crédit Municipal de Bayonne


Le montant total des faux bons déjà recueillis, saisis et placés sous scellés par le commissaire Peudepièce, s’élève à 25 millions 800 000. Aucun de ces bons n’est inférieur à 500 000 francs. 


D’autre part, les différentes investigations policières et judiciaires feraient ressortir que le chiffre total des escroqueries de Stavisky n’excéderait pas 300 millions. 



M. Gibert nommé à Caen.


M Gibert, commissaire de police hors classe de Bayonne, est nommé à Caen (Calvados), en remplacement de M. Bertrand, qui est nommé à Bayonne



L’Instruction dans son ensemble.


Notre confrère "Le Jour" publie les réflexions qu’on lira ci-dessous : 


C’est aujourd’hui à 14 h. 30 que M Gaston Bonnaure, qui est depuis deux jours à Bayonne avec son paquet de couvertures, sera interrogé par M. d’Uhalt.



pays basque autrefois justice stavisky 1934
JUGE D'INSTRUCTION M D'UHALT
PARIS-SOIR 16 JANVIER 1934

Une autre question vise l'extravagante audition de Mme Stavisky par l’inspecteur Bonny. 


Et, au fait, pourquoi M. d’Uhalt n’entend-il pas Mme Stavisky ? 


— Tissier me dira, quand je voudrai, l’histoire des bijoux qu’il envoya à Stavisky avant sa fuite, a déclaré M. d’Uhalt. 


Il n’entendra Tissier que jeudi prochain. 


Et cette promesse date de deux semaines... 


Hayotte, lui, était le bras droit, l’alter ego de Stavisky. Son premier complice.


Quand a-t-il été interrogé sur le fond ? 


Jamais. 


Il ne sera entendu pour la première fois que demain. 


Voix, peut-être, en pourrait dire long sur la question des bijoux. 


Mais Voix est à Bonneville — une voie de garage. Et Bonneville n’instruit contre Voix que pour recel de malfaiteur. 


La mort de Stavisky ? Oubliée. La contre-expertise des empreintes digitales ? Evanouie. La balle dans le mur ? Mastiquée. 


Pourquoi interrogerait-ou Voix sur ces détails, qui n’intéressent plus la justice, et dont l’opinion est seule à se préoccuper ? 


I)u revolver fatal, nul ne saurait non plus parler : il est dans un des tiroirs de M. d'Uhalt, qui ne pense qu’aux bons de Bayonne


On aimerait savoir quelles réponses vont être faites aux nombreuses questions posées au juge par Me J.-C. Legrand. ...


A celle, notamment, qui concerne la confrontation demandée entre M. Georges Bonnet, ancien ministre des Finances, et M. Guiboud-Ribaud, ancien attaché au cabinet dudit ministre et qu’il faudra bien qu’on accomplisse. 



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GEORGES BONNET
MINISTRE DES FINANCES 1934

A cette question, nous en ajouterons une autre : de quelle valeur peuvent être les procès-verbaux établis par MM. Hennett et Bonny, aujourd’hui suspendus de leurs fonctions ? 


Par M. Bonny, surtout, à qui Mme Stavisky prit si joliment le pied dans la porte, quand il alla perquisitionner chez elle. 


M. Dalimier a donné des explications à la Chambre sur les conditions dans lesquelles fut rédigée la fameuse lettre "au directeur" qui servit d’amorce dans toute l'escroquerie de Bayonne. 



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ALBERT DALIMIER
MINISTRE DES COLONIES
DU 26 NOVEMBRE 1933 AU 9 JANVIER 1934

La Chambre, c’est une chose. Mais la Justice, c’en est une autre. 


Pourquoi M. d’Uhalt ne demanderait-il pas à son tour quelques explications ? 


M. Bonnaure, "moralement condamné" par les Jeunesses républicaines qui l'ont chassé, et exclu (après trois semaines de réflexion) par le parti radical, a laissé entendre qu’il pourrait être effectivement porteur des talons de six millions de chèques distribués à des parlementaires, et qu'il les remettrait peut-être à M. d’Uhalt. 


Parlera-t-il ? 


Mais n’en couchera-t-il pas moins ce soir à la prison de Bayonne


Bonnaure dirait-il les noms de ses chéquards que les autres noms inscrits sur les chèques détenus par M. d’Uhalt demeureraient toujours inconnus du public, qui ne devait rien savoir, du moins jusqu’à présent. 


Encore plus inconnus, les noms des chèques qui ont pu être "égarés" lors du minutieux examen qu'en fit la Sûreté générale. 


N’est-ce pas pour éviter des accidents de transmission du même genre que M. d’Uhalt est allé chercher lui-même son dossier à Pau ?"



A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)










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samedi 26 août 2023

L'AFFAIRE STAVISKY ET BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1934 (vingt-deuxième partie)

 


L'AFFAIRE STAVISKY ET BAYONNE.


C'est une crise politico-économique qui secoue la France à la fin de décembre 1933, mettant en cause de nombreuses personnalités y compris en Pays Basque Nord.



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ALEXANDRE STAVISKY


Comme je vous l'ai indiqué précédemment, puisque nous sommes samedi, voici un autre article 

sur le "feuilleton" de l'affaire Stavisky et ses répercussions au Pays Basque.



Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, le 30 janvier 

1934 :



"Où l'on vit hier soir à Bayonne la foule assiéger le député Bonnaure.

Après avoir été interrogé, M. Bonnaure est sorti prévenu libre encore une fois. 

Mais la foule mécontente manifeste avec violence. 

On se demande à présent si Stavisky n’a pas été assassiné par les voleurs des bijoux.


Lorsque M. Garat, député, maire de Bayonne, fut arrêté, ce fut de la stupeur. Ce fut aussi de la peine, même parmi ses adversaires politiques. A le soupçonner coupable de négligence ou d'autre chose, on n’en rappelait pas moins son activité, ses conceptions heureuses pour le développement de Bayonne



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JOSEPH GARAT MAIRE DE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN 

Cette impression de stupeur persista pendant plusieurs jours. Puis, sans qu'on se désintéressât de la marche de l’Affaire qui apportait, presque chaque jour des révélations nouvelles, les esprits témoignaient d'une sorte de torpeur. 


Mats voilà que, tout à coup, les passions se réveillent et s’excitent sous le coup de fouet de l’actualité. 


Un député mêlé à l’affaire, M. Bonnaure, revient, pour la deuxième fois à Bayonne, afin de faire au juge d’instruction des déclarations sur les faits qui ont motivé son inculpation. 



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DEPUTE GASTON BONNAURE
PHOTO AGENCE MEURISSE

Introduit une première fois comme inculpé libre, il en ressort comme inculpé libre. 


Revenu une deuxième fois, il va encore franchir la porte du Palais comme inculpé libre. 


Cela est affaire à la conscience et à l'opinion du juge. 


Mais le peuple est énervé par les révélations quotidiennes. Mais le peuple, aussi, est, au fond de soi, imprégné du sentiment d’une justice qui ne s‘embarrasse pas de scrupules. 


Il finit par en avoir assez de ces politiciens, de ces spéculateurs qui mettent leurs mandats, leur influence ou leur adresse au service de leurs intérêts propres, qu'il s'agisse de satisfaire leurs ambitions ou d'emplir leurs poches. 


Et voilà le peuple qui se fâche, qui conspue, qui injurie et qui tente de faire subir, à celui qu'il considère comme un de ces hommes qui ont péché, un traitement rigoureux. 


C’est le spectacle que nous ont donné, hier soir, les Bayonnais. 


Et c'est un signe des temps, qu'on les approuve, généralement, en dehors des limites de Bayonne. 


Quelle leçon, pour beaucoup ! 



L’Interrogatoire du député Bonnaure.


L’interrogatoire de M. Bonnaure a commencé hier après-midi vers deux heures quinze et ne s’est terminé qu’à sept heures moins vingt. On lira d'autre part le compte rendu des incidents violents et divers qui ont accompagné la sortie du député parisien. 


Nous n’avons pu voir M. d’Uhalt qui a consigné sa porte, mais, malgré la stricte discrétion du magistrat et de ses collaborateurs, nous avens pu nous procurer une physionomie de l’interrogatoire. 


Douze questions ont été posées à M. Bonnaure. Celui-ci a reconnu sans aucune difficulté avoir reçu de Stavisky plusieurs chèques et deux traites commerciales dont le montant s’élève à 40 000 francs. 


Il reconnaît également que Stavisky a contribué pour une part de 5 000 francs au règlement d’une note de tailleur de 15 000 francs. 


Cependant, le député du IIIe arrondissement a déclaré ne jamais avoir pénétré dans l’intimité de Stavisky. Il n’a eu avec lui que les relations cordiales qu’un avocat entretient avec un gros client. 


Il a déclaré ne jamais avoir eu de rapports d’affaires avec Alexandre, et n’avoir jamais connu son passé mouvementé, étant donné qu’il n’a jamais défendu Stavisky devant une juridiction pénale. 


En 1931, Stavisky parla à M. Bonnaure de l’achat des bons de dommages de guerre hongrois non encore réglés et il manifesta alors son intention d’en acheter en grand nombre. 


Pour l’aider dans cette opération, M. Bonnaure lui expliqua le mécanisme du Traité de Trianon et de ses accords subséquents. 


Toujours au sujet de cette affaire, M. Bonnaure fit plusieurs voyages à Budapest, soit seul, soit en compagnie de Stavisky


Il a déclaré à ce moment que les porteurs de bons du Crédit municipal pouvaient se rassurer car Stavisky a acheté pour plusieurs millions de Bons Hongrois, et qu’il était créancier pour plus de cent millions. 




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CREDIT MUNICIPAL BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


M. Bonnaure estime que c’est là une garantie susceptible de rassurer les victimes de l’escroquerie de Bayonne qui pourront être dédommagées. 


En résumé, M. Bonnaure n’aurait touché de grosses sommes qu’à titre d’honoraires, sommes dont l’importance serait en rapport avec celle des affaires dont il s’est occupé en qualité d’avocat. 


L’inculpation de recel qui pèse sur M. Bonnaure est maintenue, mais le député est toujours en liberté, et il regagnera Paris très prochainement. 


Hier soir s’est terminée l’expertise des bijoux de Stavisky engagés par Digoin au Crédit Municipal. Les experts n’ont évidemment pas encore pu rédiger un rapport complet sur le résultat de leur travail, mais nous connaissons approximativement les chiffres. 


Sur le contenu des quarante boîtes de Stavisky, Cohen avait prêté environ 15 millions de francs. En réalité la valeur des bijoux ne dépasserait par 500 000 francs. Certains bijoux montés présentent, en effet quelque valeur, mais les pierres et les perles n’en ont aucune. En bien des cas, il ne s’agit même plus "de bouchons de carafe ou de culs de bouteilles taillés", mais de simples morceaux de verre grossière ment collés. 


Lundi prochain, M. Ferrié reprendra l’expertise ; il s’agira tout d’abord des bijoux déposés au Crédit par des clients dont la bonne foi ne sera certainement pas contestée, et ensuite des meubles, des tapis, et du linge conservés dans les magasins. 


Le nombre des boîtes de bijoux qui restant à expertiser est de mille dix. 


M. Bonnaure hué et assiégé.


Il y a vraiment de cruelles ironies ! Samedi dernier M. Bonnaure nous disait avoir quitté l’atmosphère furieuse et trouble de Paris pour goûter, à Bayonne, le calme et la sérénité... le pauvre homme ! On lui a fait, hier soir, une conduite épique. On ne dira plus désormais "conduite de Grenoble" mais "conduite de Bayonne" ! 


Quand M. Bonnaure est arrivé au Palais de Justice, sont entrée ne fut remarquée que par un petit nombre de curieux parfaitement inoffensifs. Pendant le long interrogatoire qu’il subit dans le cabinet du juge d’instruction, une foule plus considérable s’amassait aux abords du Palais, nullement violente d’ailleurs, bien qu’on y discutât de l’affaire avec une certaine passion. Les facéties du commissionnaire Beugnat, le titi bayonnais, amusèrent la foule pendant un moment et malgré l’excitation assez compréhensible de la part de gens qui attendent, rien ne faisait prévoir les événements tragi-comiques qui allaient se dérouler quelques heures plus tard. 


A sept heures moins vingt M. Bonnaure sortait du cabinet du juge, toujours libre ; il dit aux journalistes qui le questionnaient que sa journée avait été bien fatigante mais qu’il était heureux d’avoir pu se justifier devant le juge d’instruction. Il descendit calmement l’escalier de bois jusqu’au premier étage où il se prêta aimablement aux exigences des photographes. Puis toujours accompagné de ses avocats Mes de Poorter, Flach et Saillard, il descendit au rez-de-chaussée par le grand escalier de pierre. 


Une cinquantaine de personnes avaient pénétré à l’intérieur du Palais de Justice probablement pour être les premières à recueillir les nouvelles et l’opinion ou "l’espoir" de tous ces gens était de voir descendre M. Bonnaure escorté de gendarmes. 


Lorsqu'il apparut à la foule, encadré seulement par deux avocats en robe, un murmure de surprise s’éleva et l'on entendit même la vieille expression bayonnaise répétée à plusieurs reprises : "Loupp ! Loupp !"



La question du "vieux radical"


M. Bonnaure n’eut pas l’air de s'émouvoir autrement de ces cris, mais un vieux monsieur l'aborda d’une façon inattendue : 

— Pourquoi vous a-t-on f... à la porte du Parti Radical ? lui demanda-t -il. Je suis un vieux radical et je vous pose la question. 

— Mais, répondit M. Bonnaure quelque peu interloqué, je ne sais pas, je n’y étais pas.

 — On ne l’a d’ailleurs pas mis à la porte, ajouta Me de Poorter, avocat de Bonnaure. 


Cette algarade fut cause de quelques réactions dans l'assistance et afin d’éviter de nouveaux incidents M. Bonnaure et ses avocats suivis de quelques journalistes parisiens se réfugièrent dans la loge du concierge d’où ils gagnèrent la rue de la Salie par une porte de derrière. 


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RUE DE LA SALIE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



La manifestation devient violente.


Devinant le stratagème la foule se précipita vers la seconde sortie, entraînant les curieux restés dehors et c’est plus de cent cinquante personnes qui rejoignirent le petit groupe formé par l’inculpé et ses gardes du corps improvisés, dans la rue de la Salie. 


— Conduisez-nous au Grand Hôtel, dit Me de Poorter aux journalistes. 



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FACADE GRAND HÔTEL BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Mais ceux-ci qui ne connaissent de Bayonne que les grandes artères se trouvèrent perdus dans le dédale de petites rues de ce vieux quartier. 


Les vociférations de la foule : "Salaud, voleur, en prison !" et le voisinage de la Nive aperçue au bout de la rue Guillamin incitèrent les malheureux errants à chercher un refuge dans un grand magasin de la rue des Halles. 


Mais le gérant de cet établissement effrayé par la foule et craignant sans doute pour l’existence de ses vitrines refusa de leur donner asile. 


M. Bonnaure et son escorte, harcelés par la foule de plus en plus nombreuse et vociférante repartirent à la recherche du Grand Hôtel en remontant par la rue Poissonnerie. 


Les manifestants se montrant de plus en plus excités et devenant de plus en plus nombreux, un de nos confrères entraîna d'autorité M. Bonnaure et ses fidèles dans un couloir. 


Un locataire de l'immeuble voulut bien recevoir le malheureux député dans son appartement. 


M. Bonnaure fut introduit dans un boudoir rose et bleu d'un modernisme charmant dont le calme et l'harmonie contrastaient singulièrement avec l’agitation de ses occupants. 


Pendant ce temps, la foule s’amassait devant la maison qui porte le n° 34 de la rue Poissonnerie et dont le rez-de-chaussée est occupé par le magasin de mercerie de M. Barneix. 



L'appel à la police


Constatant la gravité de la situation, Me de Poorter, sa robe roulée sous le bras, sortit dans la rue. 


Il fendit la foule sans difficulté et s'en alla téléphoner au commissariat de police pour demander du secours. "Mais lui répondit-on, il y a déjà quatre agents !" 


Ce à quoi Me de Poorter répondit qu’il y avait "plus de cinq cents manifestants et que leur nombre augmentait de minute en minute". 


Le Commissaire de police expédia immédiatement des renfort importants : inspecteurs de la Sûreté, agents de police et gendarmes. 



Et la garde va donner.


Quelques instants après il alertait lui-même la garde mobile casernée à Marracq


Tandis que le secours s’organisait devant la maison assiégée, et qu'un commerçant prudent se hâtait de mettre les volets, Me Saillard et M. Bonnaure étudiaient les possibilités de fuite. 


Leur hôtesse leur indiqua qu’un immeuble voisin, portant le n° 32 possédait une double sortie et qu’en y parvenant par les toits M. Bonnaure pourrait sans doute échapper à la foule dont les cris et les menaces parvenaient jusqu’au boudoir bleu et rose. 



La lucarne trop étroite.


Me Saillard svelte et sportif passant par la lucarne du grenier se hissa facilement sur le toit qu’il explora et revint chercher M. Bonnaure, mais celui-ci, dont on connaît la corpulence et dont l'état de santé est précaire, refusa d’essayer d’utiliser ce moyen de retraite, évaluant d’un coup d'œil l’exiguïté de la lucarne et ses rapports incompatibles avec son tour de taille. 


Tandis que les assiégés se résignaient à l’attente et que la foule, maintenant grosse de mille à douze cents personnes scandait sous les fenêtres les refrains : "En prison ! A bas les voleurs ! A bas les escrocs ! A la Villa Chagrin ! A la Mimi !" Me de Poorter s'en était allé au Grand Hôtel prévenir Mme Bonnaure de la fâcheuse posture dans laquelle se trouvait son mari.


Mme Bonnaure ne parut pas se rendre compte tout d’abord du tragique de la situation, mais Me de Poorter l’ayant accompagnée jusqu’à l’entrée de la rue Poissonnerie, elle se convainquit de l’impossibilité matérielle qui empêchait son mari de la rejoindre. 


Dans la rue en effervescence le chahut continuait. Les photographes juchés sur des chaises ou penchés aux fenêtres étaient acclamés à chaque éclair de magnésium, par la foule qui mêlait à sa colère, la gaité qui a toujours sa place à Bayonne, même aux heures les plus graves. 



"Voilà la garde". 


A ce moment les casques bleus des gardes mobiles apparurent à chacune des extrémités de la rue qui furent barrées pour endiguer le flot envahissant des manifestants et des simples curieux. Quelques bousculades se produisirent qui n’eurent pas de gravité pendant que le capitaine Robert et M. Gibert étudiaient la tactique à suivre pour dégager M. Bonnaure. 


On pensa d’abord que la force publique attendrait que les manifestants lassés, se retirassent ; mais comme ceux-ci paraissaient armés d’une patience qui, en d’autres circonstances, pourrait être qualifiée d’exemplaire, le capitaine des gardes et le commissaire de police décidèrent d’employer un autre moyen. 


Il s’agissait de conduire jusqu’à la porte de l’immeuble assiégé la camionnette des gardes pour y recueillir le pauvre M. Bonnaure et son avocat Me Saillard qui, seul, était encore avec lui."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

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