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vendredi 24 septembre 2021

AU PAYS DES BASQUES EN 1893

LES BASQUES EN 1893.


De nombreuses personnes, écrivains et journalistes, ont écrit, au cours de l'Histoire, sur le peuple Basque et ses origines.




pays basque autrefois marchandes sardines
MARCHANDES DE POISSONS BAYONNE 1900
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet le journal L'Autorité, dans son édition du 28 juillet 1893, sous la 

plume de Jean Balva :



"Les Basques.



En ce moment tout le monde va aux eaux, aux bains de mer, aux Pyrénées, à Biarritz ; aussi nous désirons attirer l'attention de nos lecteurs, sur ce pays si charmant et si gai dont Saint-Jean-de-Luz est la capitale. Ici les gais baigneurs ont les courses de Saint-Sébastien, où se trouvera réunie toute la grande noblesse espagnole avec la Cour, le jeune Roi et la Régente, là, les fêtes joyeuses dans tout le pays, les fêtes basques surtout de Saint-Jean-de-Luz, les plus curieuses qui puissent se voir en Europe. Le peuple basque est le seul qui ait gardé ses fêtes, ses amusements, ses vieux et antiques usages. Comme il est le peuple primitif par excellence, il n’a rien perdu de son sang et de sa vieille race.



Bien avant l’aube des temps historiques, les textes anciens montrent les habitants de l'ouest de l'Europe vivant dans des cavernes, se plongeant sous la terre ou se cachant dans des autres sans lumière, ainsi que le disait Eschyle ; d'autres vivaient sur des plateaux découverts, résistant aux intempéries de l'air et des saisons, se défendant des attaques des fauves avec des armes en pierre, ou se servant comme outils d'objets taillés dans les os de leurs victimes et n'ayant pour ornements que des coquillages ou des dents d’animaux. Ils ne connaissaient ni l’art de cultiver la terre, ni celui de la fabrication des navires, les riverains des golfes et des fleuves se servaient de canots primitifs. C'étaient, en un mot, des sauvages dans toute la force du terme.



Les crânes de ces tribus primitives, dans la Provence et l’Aquitaine, appartenaient à la race ibérienne. On les retrouve encore chez les habitants du sud-ouest de la France et du nord-ouest de l'Espagne, surtout chez les Basques. Aussi, les chroniqueurs n’hésitent-ils pas à considérer ce peuple comme un peuple primitif, qui a conservé sa race pure et intacte depuis le déluge et même depuis le commencement du monde, suivant certaines légendes.



Au déluge, disant certaines vieilles chroniques, échappèrent quelques hommes, rares comme les olives, qui restent sur l'arbre après la récolte ; comme les grappes qui pendent aux pampres après la vendange, et de ce nombre fut Aïtor, ancêtre des Basques.



Une légende, conservée dans la famille de Noé, raconte que l’arche, s’arrêtant un instant sur un des pics pyrénéens, permit à un couple d’enfants du grand patriarche de sortir un instant et de s’ébattre sur la terre ferme ; mais un coup de vent emporta le vaisseau et les deux enfants restèrent sur la terre de Gascogne pour la peupler à nouveau ; c’est cette légende qui inspira à un fils de cette famille, désapprouvé dans sa vocation par son père, l’idée de prendre le nom de Cham, fils irrespectueux de Noé.



Y a-t-il une corrélation entre les fils de Noé et ceux d’Aïtor ? Nul ne le sait. Quoi qu'il en soit, le peuple basque a la conformation de la tète et du corps des habitants trouvés dans toute cette contrée et qui les montre absolument dolicéphales, c’est-à-dire à tète allongée ; on l’appelle en anthropologie la race de Cro-Magnon, et elle appartient à la race ibérique. Et pour les savants, cette race dénote une culture intellectuelle bien supérieure à celle qu’avaient atteinte les premiers habitants de l’Europe centrale. Ce qu'il y a de curieux, c’est que ce même crâne se retrouve chez les Lapons actuels. D'où venaient les Ibères ? Le comte Garat, qui était Basque lui-même, a cru reconnaître dans les Escualdunacs (nom que les Basques se donnent eux-mêmes et composé de trois mots basques : escu (main), alde (adroit) et dunac (qui ont), c’est-à-dire qui ont la main adroite), — M. Garat a cru reconnaître, donc, dans les Basques ou Escualdunacs, des Phéniciens venus dans ces montagnes, il y a plus de cinq mille ans, pour en exploiter des mines. Cette hypothèse toute gratuite n’est pas étayée sur des preuves plus solides que celles qui soutiennent l’opinion de Lucien Bonaparte.



langue basque linguiste
PRINCE LOUIS LUCIEN BONAPARTE

Ce prince, qui a préféré les douceurs de l’étude aux agitations de la vie publique, frappé d’un certain nombre d’analogies grammaticales entre quelques dialectes finnois et le basque, en a conclu hardiment comme M. de Charancey, du reste, que le basque est un rameau du tronc finnois, et que, par conséquent, il se rattache à la famille touranienne du nord-est de l’Asie. Le docteur Retzius, savant anthropologie suédois, avait déjà formulé cette assertion. Mais cela est fondé sur des assertions peu solides.




langue basque linguiste
CHARLES FELIX HYACINTHE DE CHARANCEY



M. de Humboldt, le savant qui a jeté les lueurs les plus vives sur la langue basque et l'origine de ce peuple, dans un ouvrage publié à Berlin, en 1821, nous dit à ce sujet :


"Je considère la langue basque comme une langue purement européenne, une des plus anciennes et, si j’ose m’exprimer ainsi, la plus ancienne de la partie du monde que nous habitons. C’est bien la langue d'un peuple antique, répandu sur un immense espace et dont la destinée est étroitement liée à l’histoire de l'Europe occidentale."


pays basque autrefois linguiste
WILHELM VON HUMBOLDT


La construction de la langue basque nous indique ses degrés de formation, l’époque où ils se sont opérés, et nous permet d’avancer que, de toutes les langues européennes, c'est celle qui a subi le moins de changements et qui est restée le plus conforme à sa structure originelle. J’y vois une preuve de plus de la haute antiquité du peuple ibère. Les Grecs et les Romains n’ont certainement apparu que plus tard ; et, de tous les peuples européens, les Pelasges antihelleniques peuvent seuls être comparés aux Ibères.



La surface occupée par la population purement basque n'est point connue d'une manière tout à fait précise. La langue euskarienne est parlée dans les trois districts du Labourd, de la Soule et de la Basse Navarre, c’est-à-dire dans les vallées des arrondissements de Bayonne et de Mauléon qu’arrosent la Nivelle, la Nive, la Bidouze, le Saison et ses affluents ; mais quand il s’agit de tracer avec rigueur la frontière entre le basque et les patois béarnais ou gascon, les renseignements nécessaires font défaut. En Espagne, les limites précises de la langue euskarienne sont encore moins connues que du côté de la France, ne correspondent pas davantage aux circonscriptions géographiques. L'ancien royaume de Navarre, de Guipuzcoa et de Bilbao, est en général indiqué comme domaine d’Euskariens, parlant toujours la langue de leurs pères.



Ce peuple a occupé une place distinguée dans les fastes de l’antiquité, et fut même redouté des Romains lorsque ceux-ci se trouvaient au plus haut degré de leur puissance.



Annibal rechercha son alliance. L’amour de ce peuple pour l’indépendance était invincible ; il montra surtout un enthousiasme héroïque pour la liberté dans la guerre cruelle qu'Auguste lui fit. Ennemi de la contrainte, le Basque se raidit par les menaces et les peines. Mais on peut beaucoup sur lui par la douceur et la persuasion.



Prompt à s’enflammer, facile à s’apaiser ; ami fidèle et infiniment porté à obliger lorsqu'on sait flatter son amour-propre, ennemi du repos, laborieux, habituellement sobre et chaste, attaché singulièrement à sa religion et à ses prêtres, voilà les principaux traits qui le distinguent.



D'une agilité extrême, tout son corps est en mouvement perpétuel. Strabon et les autres auteurs le représentent comme supérieur à toutes les nations, lorsqu’il s’agit d'activité et d’un coup de main.



Lorsqu'il a lutté pendant les jours de travail contre une terre ingrate, il se livre, dans ceux de la fête, à la gaieté, aux plaisirs les plus fatigants. La danse, le jeu de paume sont ses exercices favoris, et il y excelle. Il tient singulièrement aux fêtes locales ; il s’y rend de cinq à six lieues et c’est pour lui un supplice difficile à imaginer que d'en être privé. Un ancien auteur a dit, en parlant du pays basque : Un enfant y sçait danser avant que de savoir appeler son papa et sa nourrice. Voltaire définissait le peuple basque : Un petit peuple qui danse au haut des Pyrénées. — Malgré tout, les filles qui se livrent habituellement à cet amusement frivole sont peu considérées, quelques lignes d'une chanson basque le prouvent : 


Peu de femmes bonnes sont bonnes danseuses ; 

Bonne danseuse, mauvaise fileuse, 

Mauvaise fileuse, bonne buveuse.

Des femmes semblables 

Sont bonnes à traiter à grands coups de bâton.



Elisée Reclus a célébré avec une poésie pénétrante les jeux basques. Après la danse et le jeu de paume, les Basques ont conservé les jeux de théâtre, les mascarades muettes des quinzième et seizième siècles, qui sont des plus intéressantes à voir ; nous voudrions avoir la place pour en donner une idée au lecteur.



Les courses et le saut basque (mutchico) sont encore fort curieux.



pays basque autrefois danses mutchikoak
SAUT BASQUE 1907



Ils ont encore les pastorales. Ce sont des compositions bibliques, en général, qui pourraient être précieuses pour l’étude historique de l'Escuara, si elles s’étaient conservées autrement que par la simple tradition orale. Elles n’ont jamais été imprimées, et se transmettent de génération en générations par des copies manuscrites exécutées avec assez peu de soin ; les copies en sont rares et les détenteurs des manuscrits ne s’en défont pas volontiers.



La rédaction en est aussi simple que possible, les anachronismes les plus bizarres s'y accumulent dans la bouche des personnages les plus fantaisistes ; le souvenir des chansons de geste et des romans de chevalerie s’y montre fréquemment.



Chaque pastorale est précédée d’un long prologue qui résume tout le scénario et résumée par une moralité appropriée au sujet. L’action du sujet est toujours très vive ; les mouvements suivent le rythme du chant et, dans les scènes figurant les batailles, les combattants avancent et reculent régulièrement en disant les deux premiers et deux derniers vers ainsi que le faisaient les Grecs.



Certaines représentations durent de longues heures... la scène est gardée par des montagnards armés. L'orchestre est sur le théâtre construit d'habitude sur la principale place du village. Les costumes ne sont pas exclusivement de fantaisie.



Il y a des particularités obligatoires, pour ainsi dire réglementaires ; le bleu est, de temps immémorial, la couleur des bons, des Français, des chrétiens ; le rouge, celle des méchants, des Anglais, des Turcs, des démons ; les rois doivent porter de grandes couronnes qu’on a comparées à de grandes cages d’oiseaux, coniques, faites de bâtons de sucre de pomme, les Rois chrétiens ont deux montres, deux chaînes et chaussent de petits souliers à boucles, taudis que les rois turcs portent de grosses bottes éperonnées, à lourds talons, et ont sur la tête des bonnets et des panaches des plus extravagants. Les monarques ont toujours sur la poitrine la croix de la Légion d’honneur et leur sceptre est avantageusement remplacé par le matihila, la canne basque en néflier, aux brillantes armatures de cuivre, qui dissimulent un aiguillon destiné à piquer les bœufs.



Nous n’en finirions plus si nous voulions détailler tout ce que le caprice de chacun y met de naïveté.



Les diables sont vêtus d'une charmante façon. Nous avons assisté l’an dernier à une de ces fêtes, et nous n’avons pu nous empêcher d'en donner un avant-goût à nos lecteurs. Heureux ceux qui pourront cette année se procurer ce plaisir !"




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jeudi 14 janvier 2021

LES MINES DE BAÏGORRY EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN AOÛT 1894 (deuxième et dernière partie)

LES MINES DE BAÏGORRY EN 1894.


La vallée de Baïgorry possède des mines de fer sphatique, et une mine de cuivre dont l'exploitation remonte à une haute antiquité.



pays basque autrefois mines basse navarre
MINES DE BAÏGORRY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici  ce que rapporta à ce sujet le journal L'Autorité, le 30 août 1894, sous la plume de Paul 

Léoni  :



"Les mines de Baïgorry.



Nous recevons de M. Harispe, ancien député et conseiller général du département des Basses-Pyrénées, la lettre suivante :



Pau, le 23 août 1894. 

A Monsieur Paul de Cassagnac, directeur de l’Autorité, Paris. 



Monsieur, 



Un de mes amis a bien voulu me faire parvenir à Pau, où je me trouve en ce moment, pour assister à la session du conseil général, le numéro de votre journal du 20 du mois courant, en appelant mon attention sur un article que vous y avez publié, sous le titre de "Mines de Baïgorry".



Je me suis empressé de lire cet article, et je m’empresse tout autant de vous répondre, en vous disant, sans aucune hésitation, que vous avez parlé des mines de Baïgorry sans vous être suffisamment renseigné sur leur compte, ou bien encore que votre religion a été surprise.


pays basque autrefois mines basse navarre
MINES DE BAÏGORRY
PAYS BASQUE D'ANTAN


La vérité vraie, c’est que, de l'avis de quelques-uns de nos ingénieurs des mines, des plus distingués, le minerai des mines de fer de la vallée de Baïgorry est comparable, sinon même un peu supérieur au Campanil, qui est le meilleur minerai de Bilbao ; que, malgré cette supériorité, l'exploitation de ces mines est arrêtée depuis 1838 par le manque de moyens de transports économiques ; que, à leur défaut, nos usines métallurgiques sont forcées de recourir à Bilbao, d'où elles importent annuellement des quantités considérables de minerai, dont le coût se chiffre par millions ; que, désireux de s’affranchir de ce lourd tribut, et comptant sur les promesses réitérées des concessionnaires d'exploiter leurs mines sur une grande échelle, si des facilités de transports à bon marche leur étaient assurées, l'Etat et le département ont consenti a faire de gros sacrifices d’argent pour construire le chemin de fer de Bayonne à Saint-Etienne-de-Baïgorry ; que, depuis plusieurs années déjà, ce chemin de fer est terminé et livre à la circulation jusqu’à Ossès, où se trouve la première mine, située de 500 à 600 mètres de la gare, et que des travaux d’infrastructure de la section d'Ossès à Saint-Etienne-de-Baïgorry sont a peu près terminés ; enfin, que, bien que satisfaction ait ainsi été donnée aux désirs des concessionnaires, ceux-ci n’ont pas pu livrer encore et ne livreront probablement pas de longtemps une tonne de minerai au commerce.



C’est dans ces circonstances que, trompé par les concessionnaires, le conseil général des Basses-Pyrénées a été, sur ma proposition, unanime à protester, avec la plus grande énergie, contre leur manquement aux engagements pris, et à solliciter l'intervention du gouvernement.



L’honorable M. Louis Barthou, ministre des travaux publics, a, comme ses prédécesseurs, entendu et compris nos doléances, et dans un intérêt national plus encore que départemental, il n'a pas hésité à prendre les mesures nécessaires pour, une bonne fois, mettre les concessionnaires en demeure de s’exécuter, sous peine de déchéance.



Je l’en félicite et l’en remercie sincèrement.



Vous avez terminé votre article par cette phrase :



"C'est ainsi qu’on a lieu de s’étonner de voir un conservateur comme le comte Harispe s’associer à une campagne que des socialistes comme Basly ne désavoueraient pas."



A une injure aussi grossière que gratuite, je réponds par le plus profond dédain.



Je n'ai jamais pris le bien d'autrui, mais il m’est arrivé quelquefois de donner du mien.



Je pourrais, si vous le désiriez, vous en donner les preuves.



En attendant, je vous prie, et, au besoin, je vous requiers de publier cette lettre dans le plus prochain numéro de votre journal, à la place même où a passé l'article auquel elle répond.



Agréez, monsieur, mes civilités.

Harispe, Ancien député, conseiller général des Basses-Pyrénées, à Baïgorry



pays basque autrefois mines basse navarre
MINES DE BAÏGORRY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Nous commencerons par faire remarquer à ce grincheux correspondant que, si nous cédons à sa réquisition, c’est uniquement dans la pensée d’élucider ce débat et non en vertu du droit qu’il invoque, car lui ayant consacré deux lignes, sa revendication, d’ailleurs fort contestable, ne lui assurait que quatre lignes de publicité.



M. Harispe, si généreux envers les autres, ne pourra donc pas se plaindre que nous ne lui ayons pas fait la part prodiguement large.



La question qui se pose est d’ailleurs des moins compliquées.



Il s’agit de savoir si l'Etat a tenu ses engagements vis-à-vis des concessionnaires des mines de Baïgorry.



Nous répondons non. M. Harispe le constate, d’ailleurs, ingénument lui-même, en rappelant que la ligne ne va que jusqu’à Ossès, où se trouve seulement la première mine.



M. Harispe assure, il est vrai, que les travaux d’infrastructure d’Ossès à Saint-Etienne de Baïgorry sont à peu près terminés et il augure que les concessionnaires ne livreront probablement pas de longtemps une tonne de minerai au commerce.



pays basque autrefois mines basse navarre
MINES DE BAÏGORRY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Avant d’émettre de tels pronostics, qui semblent inspirés par un inébranlable parti-pris, M. Harispe ferait beaucoup mieux d’employer son influence à faire terminer la ligne jusqu’à son point terminus. Alors seulement, il aura le droit de se plaindre. Les engagements n’étant pas remplis du côté de l’Etat, les concessionnaires ne peuvent se contenter de l'à peu près, dont M. Harispe ne se trouve probablement satisfait que parce qu’il n’est pas l’un des concessionnaires.



Ces derniers, d’après les amères critiques de M. Harispe, feraient donc tout leur possible pour s’abstenir de réaliser des bénéfices, en vue desquels ils ont pourtant, jusqu’ici, fait tant de sacrifices.



M. Harispe est un malin. Il aurait trouvé des truffes sur le radeau de la Méduse. C’est pourquoi il voudrait qu’on transportât du minerai sans chemins de fer. Il ne tient qu’à lui qu’on le puisse transporter en ballon. Il n’a pour cela qu’à découvrir le problème de la navigation aérienne.



Ce qu’il y a de certain, c’est que les concessionnaires des mines de Baïgorry ne demandent qu’à écouler leur minerai. Mais à une condition, c’est qu’on ne les condamne pas à manger, comme on dit, leur blé en herbe, c’est-à-dire à faire des frais qui, pour être couverts, donneraient au minerai de Baïgorry une surenchère qui l’exclurait de tous les marchés.


pays basque autrefois mines basse navarre
MINES DE BAÏGORRY
PAYS BASQUE D'ANTAN

Ce qui nous apparaît de plus clair dans tout cela, c'est que, soit au profit de l’Etat, soit au profit d’intérêts départementaux, soit dans un but de popularité politique ou de propagande électorale, et grâce à l’influence que peut avoir M. Barthou, député des Basses-Pyrénées, actuellement ministre des travaux publics, on est en train de chercher une mauvaise querelle aux concessionnaires de Baïgorry qui, peut-être pour leur malheur, ne professent pas à l’égard de la république — et il y a de quoi — un enthousiasme exagéré. Maintenant que leurs épreuves sont près de finir après des sacrifices énormes, on ne serait pas fâché de leur appliquer le sic vos non vobis de Virgile. Ils ont fait mûrir la poire : d'autres veulent la cueillir.



pays basque autrefois mines basse navarre
MINES DE BAÏGORRY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Nous avons dit que c'était là une œuvre inique et véritablement révolutionnaire que ne désavoueraient pas les théoriciens de l’école socialiste. M. Harispe s'irrite de ce que nous ayons manifesté notre étonnement de le voir s’associer à une semblable entreprise. S’il ne faut que cela pour lui faire plaisir et apaiser sa mauvaise humeur, nous retirons volontiers notre étonnement."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






 



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lundi 14 décembre 2020

LES MINES DE BAÏGORRY EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN AOÛT 1894 (première partie)

LES MINES DE BAÏGORRY EN 1894.


La vallée de Baïgorry possède des mines de fer sphatique, et une mine de cuivre dont l'exploitation remonte à une haute antiquité.


pays basque autrefois mines basse navarre
MINES DE BAÏGORRY
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le journal L'Autorité, le 8 août 1894, sous la plume de Paul de 

Cassagnac :



"La mine à l'Etat.



Nous venons de prendre connaissance d'une lettre de M. le ministre des travaux publics, qui nous paraît des plus graves, en ce sens qu'elle va donner aux socialistes une satisfaction malsaine, et porter un coup sérieux aux droits de propriété minière.



Cette lettre est adressée par M. Barthou à un de ses collègues des Basses-Pyrénées, et vise la mine de Baïgorry.



La mine de Baïgorry fonctionne dans les conditions normales. Son exploitation est régulière.



Seulement, elle a pour concessionnaire des conservateurs.




pays basque autrefois mines basse navarre
MINES DE BAÏGORRY
PAYS BASQUE D'ANTAN



Il n'en faut pas davantage pour que le gouvernement lui déclare une guerre à outrance.



Voici le prétexte qu’on a trouvé : 

L’Etat fait construire, à proximité de cette mine, le chemin de fer de Saint-Etienne à Bayonne.



Or, M. le ministre des travaux publics exige que l’extraction de la mine soit poussée en proportion des besoins de son chemin de fer.



Puis, quand celui-ci sera construit, la mine sera libre de reprendre son petit train-train.



En un mot, l'exploitation de la mine serait subordonnée aux caprices de l'Etat constructeur de chemins de fer.







Ce ne serait plus la mine des concessionnaires, ce serait la sienne.



pays basque autrefois mines basse navarre
MINES DE BAÏGORRY
PAYS BASQUE D'ANTAN



Et c'est lui qui serait maître d'accélérer ou de ralentir les travaux.



Cette théorie abusive et monstrueuse est formulée dans le passage suivant de la lettre ministérielle  : 



"Il résulte effectivement des constatations auxquelles j’ai fait procéder que les travaux actuellement entrepris ne sont pas convenablement coordonnés pour satisfaire aux conditions nouvelles résultant de l’exécution du chemin de fer de Bayonne à Saint-Etienne, dont l’achèvement est activement poussé. Je viens, en conséquence, d’inviter M. le préfet à mettre les concessionnaires de mines de Baïgorry en demeure de fournir, dans un délai de deux mois, le projet, avec mémoire justificatif à l'appui, des travaux qu’ils se proposent d’effectuer en vue de donner à l’extraction de ces mines tout le développement que comportent les circonstances où elles se trouvent. J’ai prié, en outre, M. le préfet d’avertir les concessionnaires que, faute par eux de présenter, dans les délais impartis, les projets qui leur sont demandés, et faute par eux d’en poursuivre ensuite l'exécution avec l’activité qu’on est en droit de réclamer, l’administration n’hésitera pas à recourir aux mesures de rigueur que la loi met à sa disposition en pareille occurrence."



Il y a dans ce langage de M. le ministre des travaux publics, des façons de satrape, intolérables.



On se croirait déjà arrivé au temps, peut-être prochain, où MM. les socialistes, maîtres du pouvoir, commenceraient à pratiquer le fameux principe de "la mine aux mineurs".



Ici, nous débutons par un autre principe, nouveau celui-là, et non moins odieux, non moins insupportable, de "la mine à l'Etat".


pays basque autrefois mines basse navarre
MINES DE BAÏGORRY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Et remarquez que la loi dont M. le ministre invoque la rigueur n’a aucun rapport avec les conditions dans lesquelles se trouve la mine de Baïgorry.



Les circonstances qui permettent à la loi d'intervenir, sont parfaitement prévues et délimitées par elle.



L’Etat n’a le droit d’exercer sa surveillance et la police sur les mines, que dans des cas déterminés soigneusement.



Il faut que les concessionnaires s’abstiennent de toute extraction, et laissent improductives les richesses dont ils ont obtenu l’exploitation.



Ils sont tenus à les faire valoir. 



Il faut qu’ils aient suspendu l’exploitation, de manière "à inquiéter la sûreté publique ou les besoins des consommateurs".



L’Etat doit également intervenir "si l’exploitation compromet la sûreté publique, la conservation des puits, la solidité des travaux, la sûreté des ouvriers".



Voilà les prescriptions de la loi. Elles ne vont pas et ne sauraient aller plus loin, sans tomber dans la confiscation ou l'expropriation.



Eh bien, M. le ministre des travaux publics entend abusivement dépasser les limites tracées par la loi.



Il prétend faire intervenir l'Etat, dans l'intérêt temporaire, éphémère, d'un travail de l'Etat.



La mine n’est plus exploitée, dans ce cas, pour les concessionnaires ; elle l’est au seul profit de l'Etat. Elle devient son matériel.




pays basque autrefois mines basse navarre
MINES DE BAÏGORRY
PAYS BASQUE D'ANTAN



Une telle prétention doit soulever l'indignation.



Mais elle doit également faire trembler.



Comment ! voilà un gouvernement qui a pour tâche de défendre la propriété contre les attaques furibondes du socialisme, il doit être la digue chargée de repousser l’inondation qui menace de tout submerger, la sentinelle qui a la mission de tirer sur les voleurs.



Et tranquillement, parce qu’il y trouve un avantage électoral et matériel, il se fait l’audacieux contempteur des droits les plus sacrés de la propriété individuelle, invoquant contre eux la rigueur des lois, faites pour les protéger !



Il fait une brèche à la défense sociale et ouvre la porte aux avides revendications des scélérats socialistes !



Il donne l’exemple du vol ; il nous mène tout droit à la "Nationalisation des mines" en attendant la nationalisation des maisons et des champs.



Il y a là une rare inconscience, un étrange oubli des devoirs, une véritable trahison envers la société.



pays basque autrefois mines basse navarre
MINES DE BAÏGORRY
PAYS BASQUE D'ANTAN



Il était bon de les dénoncer."




A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




 



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