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samedi 21 janvier 2023

L'HYGIÈNE À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1908

L'HYGIÈNE À BIARRITZ EN 1908.


En 1908, la commune de Biarritz compte un peu plus de 16 000 habitants et est administrée par le Maire Pierre Forsans.



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BIARRITZ 1908
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 8 août 

1908, sous la plume du Dr Long-Savigny :



"L’Hygiène à Biarritz.


L'eau à Biarritz. — Arrosage et Balayage. Rues Publiques et Rues Privées. Le nettoiement. — Les Moustiques.


Si la partie essentielle de l’œuvre générale d’assainissement consiste dans l'évacuation des eaux usées, son complément indispensable est le nettoyage des maisons (avec enlèvement des ordures ménagères), et le nettoyage de la voie publique. 



Pour faciliter le nettoyage des maisons, le Règlement Sanitaire a prévu l’obligation d’un poste d’eau par dix pièces habitables (art. 35), ainsi que l’établissement dans chaque maison de canalisations d'eau potable desservant les différents étages, ou assurant tout au moins l’usage de cette eau à tous les locataires (art. 22). 



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BOUVIER BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



El la question se pose ici, à propos de l’alimentation d’eau, et de ses divers emplois : convient-il de desservir la ville par deux canalisations distinctes, l’une d’eau potable servant à la boisson, à la cuisine, à la toilette, etc., l’autre d’eau non potable, réservée aux gros nettoyages et arrosages, aux cabinets d’aisance, ainsi qu’aux divers usages industriels, ascenseurs, etc. ? 



Ce serait évidemment s’éloigner beaucoup du sujet d’hygiène qui nous occupe ici que de discuter cette importante question sous ses divers points de vue. Je me bornerai à en dire deux mots. 



La concession de l’exploitation du service d’eau potable date de 1890. Le cahier des charges établissant les conditions de ce contrat, attribue à la Ville, pour les besoins publics, une fourniture gratuite de 400 mètres cubes d'eau par 24 heures — 500 mètres cubes depuis que le produit brut des abonnements particuliers dépasse 25 000 fr. par an, — sans compter l'eau nécessaire à l'extinction des incendies, fournie, gratuitement, par des bouches d'incendie que l'Administration Municipale, d'accord avec la Compagnie des Eaux, a réparties en nombre très suffisant dans les divers quartiers. L'eau employée pour les services publics, en sus de la quantité fixée pour les 24 heures, est payable à raison de dix centimes pur mètre cube. Pour les particuliers, elle est fixée au prix maximum de quarante centimes. 



Or, il faut prévoir, qu’une fois exécuté le projet général d'assainissement, voté par le Conseil Municipal, toutes les maisons dans le périmètre de l'octroi, et, on peut le dire, tous les ménages, auront à user largement de chasses d'eau pour l'évacuation des matières usées. 







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BOUVIER BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



D'autre part, la Ville ne pourra se dispenser de réaliser une amélioration qui s'impose chaque jour davantage, en disposant à son gré, non seulement d'une quantité d'eau nécessaire à des arrosages quotidiens répétés des rues, promenades et jardins publics, mais encore à des irrigations fréquentes des caniveaux et égouts, de façon à empêcher la stagnation d’eaux croupissantes, à obvier à la pullulation des moustiques, à prévenir toutes mauvaises odeurs. 



Dans ces conditions, est-il préférable qu'en dehors du réseau concédé pour les eaux potables, la Ville exploite elle-même — ou admette le concessionnaire à exploiter — un réseau spécial d’eaux non potables, mais saines, destinées aux usages que je viens d'indiquer, ainsi qu'à l'arrosage des jardins, au travail des usines, au fonctionnement des ascenseurs ? 



Ou bien se bornera-t-on à demander au concessionnaire des eaux, sauf à en débattre les conditions, une quantité d’eau potable suffisante pour satisfaire à tous les besoins, ce qui, en tout état de cause, assurerait une sécurité encore plus absolue, en empêchant radicalement toute fraude ou toute confusion. 



Il est, je crois, nécessaire de poser la question. En discuter les côtés financiers ne rentre pas dans le cadre de cette étude ; l'essentiel est que soit universellement admise et reconnue cette vérité : c’est que nous n’aurons jamais trop d’eau à Biarritz, et que, tant que nous puissions en avoir, nous aurons de quoi l’employer utilement.



L’eau de source distribuée à Biarritz est de bonne qualité, et, aux diverses analyses qui en ont été faites, a toujours été reconnue exempte de tout élément pathogène. J’ai eu moi-même l’occasion d’assister, comme représentant de la Ville, au prélèvement pour l’analyse des échantillons des nouvelles nappes d’eau utilisées par le concessionnaire à l’est de la gare de la Négresse. Cette eau, isolée du sol par de nombreuses couches alternatives de gravier et d’argiles diverses, est fraîche, claire, d’un goût agréable ; l’analyse l’indiqua comme ayant un degré hydrotimétrique très faible, sans traces de matières organiques. Après avoir passé au filtre Chamberland, qui retient les parcelles argileuses qu’elle a pu entraîner, elle est d’une limpidité absolue et d’une digestibilité parfaite pour tous les estomacs. 



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BOUVIER LAC MARION BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



Il serait d’ailleurs à souhaiter que, par un excès de vigilance bien comprise, toutes les familles, même les plus modestes — surtout les plus modestes, car celles-là se montrent souvent moins soucieuses de la provenance de l’eau — se pourvoient d’un filtre de modèle simple et peu coûteux, suffisant pour retenir les infimes corps étrangers auxquels l’eau peut servir accidentellement de véhicule. Cette précaution serait toujours utile, surtout aux jeunes enfants qu’elle contribuerait à préserver des ascarides, assez fréquents chez les négligents qui boivent indistinctement l’eau de toutes les provenances.



J’indiquais plus haut la nécessité où se trouvera Biarritz d’user pour la voirie de plus en plus grandes quantités d'eau.



C’est que, en dehors même des périodes de sécheresse et de canicule, où l’on cherche, en entretenant une fraîche humidité, à venir à bout de la poussière et de la chaleur, la question de l’arrosage est intimement soudée à celle du balayage, — cette dernière étant d’une importance capitale pour une station comme Biarritz



Le développement chaque jour plus important de la circulation automobile rendra assurément dans l’avenir l'entretien des routes de plus en plus dispendieux aux Municipalités et à l’Etat. Pour y obvier dans une certaine mesure, la Municipalité de Biarritz, après plusieurs essais concluants pendant ces dernières années, vient de procéder au, goudronnage de toutes ses voies importantes. Ce travail, qui a été vraiment considérable, en même temps qu'il protège la chaussée contre l’usure et empêche les promeneurs d'être aveuglés, à chaque auto qui passe, par des flots de poussière, assure aussi un balayage beaucoup plus aisé. Mais ce balayage, pour être réellement efficace et hygiénique, demande absolument à être précédé d’un arrosage préalable. Sinon, nos braves balayeurs, consciencieux mais mal exercés, soulèveront à chaque coup un nuage poudreux, moins abondant peut-être, mais plus spécialement composé de débris animaux et végétaux, tels qu’on en rencontre sur le pavé de bois de Paris, et qui, tout autant que la poussière terreuse de jadis, doit être tenu à l’écart de nos bronches, de nos yeux, de notre figure, — les détritus de la chaussée n’étant pas faits pour voltiger autour des passants, et se déposer un peu plus loin, mais bien pour être ramassés en tas compacts, et brouettés à un dépôt ad hoc. Seul, un arrosage léger, agglomérant et alourdissant ces poussières, souvent semées de germes dangereux, permet de faire une besogne efficace et salubre. On ne peut s’en passer. 



Ce balayage, dont la Ville de Biarritz a jugé préférable, à juste raison, de faire un service public dans les rues qu'elle a mission d’entretenir, doit néanmoins être exécuté aussi complètement dans toutes les voies livrées à la circulation, quels qu’en soient les propriétaires. La Ville, tout en n'étant pas astreinte à se charger des voies privées, possède un droit de police incontestable sur tous les endroits où l’on est admis à pénétrer librement sans avoir à franchir de clôture. Or, le balayage est une charge qui, en principe, incombe à chaque propriétaire, au droit de son immeuble, jusqu’au milieu de la chaussée ; et il se pratique ainsi dans beaucoup de communes. Pour la facilité d'une exécution eu commun, les villes se substituent souvent aux propriétaires, mais à leurs frais (abonnement facultatif, ou abonnement d’office des propriétaires à une taxe de balayage). Quelquefois enfin, comme à Biarritz, les communes assurent aux frais du budget communal le nettoiement des voies publiques, et pour celles-là seulement elles ont le droit de le faire. Mais les voies privées, — et l’on sait combien cette question pèse sur Biarritz, — n’en restent pas moins astreintes à l’obligation du balayage, et cela, au nom de la salubrité publique.



Pour faciliter le nettoiement des rues, pour prévenir, comme nous voyons malheureusement encore dans trop de villes en France, le dépôt, le long des trottoirs, des tas d’ordures de cuisine, il faut assurer, chaque matin, l’enlèvement de ces résidus ménagers. 



Actuellement, à Biarritz, le service de nettoiement est fait par des tombereaux traînés par des bœufs, où est vidé le contenu des "poubelles", apportées de chaque maison au passage du bouvier. La dernière Municipalité avait étudié une amélioration à ce système, et il est permis d’en espérer la prochaine réalisation. Elle consiste à remplacer les tombereaux actuels, où les caisses sont déversées en plein air, pouvant semer au vent des débris de toute sorte, par des voitures à fermetures automatiques, dans les glissières desquelles s’engageraient des caisses également autoclaves, ne laissant pas communiquer leur contenu avec l’extérieur. 



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BOUVIER ET ATTELAGE BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



En tenant compte de la nécessité où serait la Ville, si elle exécutait elle-même ce travail, de se débarrasser de ses gadoues, vraisemblablement en les incinérant, il reste à examiner quel système lui serait plus profitable, de la régie ou de l’entreprise.



Je tiens enfin à dire un mot des moustiques, auxquels j’ai eu l’occasion de faire allusion en parlant des chasses d’eau nécessaires dans les égouts. Il faut bien reconnaître que les égouts ne constituent pas le principal lieu d’origine de ces insectes désagréables — mais heureuse ment ici sans danger pour la propagation des fièvres intermittentes. En l’absence de bassins, d’étangs, de mares, les endroits où ces hôtes fâcheux pondent leurs oeufs et développent leurs larves, sont les fosses d’aisance, où ils ont, pour s’introduire, les tuyaux d’aération, dits d’évent, Par le même chemin, l’insecte, une fois développé, se mêle à notre vie, en pénétrant dans les chambres, où la lumière l’attire, toutes fenêtres ouvertes. 



Le procédé de destruction est donc bien simple : épandre à la surface des fosses, par le tuyau de descente, une couche d’un millimètre de pétrole (un litre par mètre carré), qui engluera les moustiques à leur sortie de la larve ; grillager de toile métallique d’un millimètre le dessus des tuyaux d’évent pour fermer l’accès de ces mêmes fosses. 



Mais, pour que cela réussît, il faudrait comprendre la solidarité, penser que chacun doit travailler dans l’intérêt commun. C'est ce que l’on répète chaque année au public, qui n’y prend pas garde, sauf à jurer ensuite contre les piqûres. Or, qu’il en soit bien sûr : le jour où tout Biarritz ferait, ensemble, dans chacune de ses fosses, la dépense d’un ou deux litres de pétrole, nous n’aurions, plus, au bout de huit jours, à enregistrer les doléances de nos hôtes et de nos concitoyens contre l’insaisissable fléau. 



Cela vaut bien la peine d’essayer !"



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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mercredi 2 novembre 2022

L'AFFAIRE DES AVORTEMENTS DE BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1911 (cinquième et dernière partie)

 

L'AFFAIRE DES AVORTEMENTS DE BIARRITZ EN 1911.


Avant le 17 janvier 1975 et depuis 1810, l'avortement en France était criminalisé et défini selon les époques de délit ou de crime. Sous le régime de Vichy, en 1942, l'avortement était considéré comme un crime contre l'Etat français et passible de la peine de mort.




pays basque autrefois gare labourd
GARE DU MIDI BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Petit Parisien,


  •  le 30 mai 1911 :



"Les avortements de Biarritz. 



Le Juge d'Instruction appelé à la barre.



Pau, 29 mai.



Au début de la quatrième audience, le président Correch liquide l'incident assez vif qui avait marqué la fin de la précédente. On a vu que plusieurs témoins Mmes Lamothe, Yvonne Faure et Laguens avaient, dans leurs dépositions à la barre, déclaré que le juge d'instruction de Bayonne, M. Lauger, avait exercé sur elles une certaine pression, les avait même menacées d'une arrestation si elles ne parlaient pas, et, qu'enfin, redoutant des mesures de sévérité, elles avaient signé le procès-verbal relatant des déclarations qu'elles n'avaient pas faites.



De telles allégations méritaient d'être contrôlées c'est pourquoi M. le conseiller Correch avait décidé de citer, en vertu de son pouvoir discrétionnaire, M. le juge d'instruction Lauger.



Appelées successivement à la barre, Mmes Lamothe et Yvonne Faure ont maintenu leurs déclarations. Ni Lauger, confronté avec elles, leur a opposé le plus formel démenti.


Je n'ai, dans ma carrière, jamais usé de pareils moyens, a-t-il dit. Ce n'est pas dans une semblable affaire que j'aurais commencé. D'ailleurs, Mmes Lamothe et Yvonne Faure ont subi une confrontation générale avec le docteur Long-Savigny et la veuve Lassibille, en présence de leurs avocats, ainsi que doivent le mentionner mes procès-verbaux. Je les ai exhortées, étant donnée la gravité des faits, à se bien souvenir et à ne pas dire des choses qui seraient inexactes et de nature à compromettre l'honneur d'un homme jouissant jusqu'alors de la considération générale. M. l'avocat général Sens-Olive donne lecture du procès-verbal de cette confrontation, procès-verbal qui consigne les exhortations en question. Le greffier de M. Lauger donné à son tour un démenti à Mmes Lamothe et Faure.

C'est faux, s'exclame.t-il. Vous mentez. 



Mmes Lamothe et Faure maintiennent néanmoins ce que précédemment elles avaient déclaré, et M. Correch clôt l'incident en disant :


Messieurs les jurés, vous êtes en présence de deux affirmations contraires à vous de choisir entre les deux versions.



Me Ritou, avocat de Marguerite Callou, croit cependant devoir formuler une opinion assez grave.



M. Lauger aurait eu, dit-il, pour principaux auxiliaires dans son information, deux journalistes et la fille Plassaud.



De nouveau, M. le juge d'instruction de Bayonne est appelé à la barre et proteste avec indignation.



,le n'ai jamais donné, déclare-t-il. pendant les cinq mois qu'a duré mon information, le moindre renseignement à la presse. Les journalistes faisaient des enquêtes parallèles, ce que je ne pouvais empêcher. Si le fait est exact, comment la défense ne l'a-t-elle pas fait mentionner sur mes procès-verbaux ?


Me Ritou. Je reviendrai sur ce sujet dans ma plaidoirie.


pays basque autrefois bains plage labourd
BAINS PORT-VIEUX BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN

Après ces très vifs incidents nous abordons le dernier des faits retenus par l'accusation et le plus récent, celui concernant Marguerite Callou.



Plus de vingt témoins sont appelés à déposer dans cette affaire. Celui qui débute est M. Bisson, propriétaire de café, chez lequel Marguerite Callou était descendue accompagnée par M. Holloway, sous le faux nom de veuve Bernard. Le docteur Long-Savigny vint la visiter le 22 novembre, il demeura dans sa chambre une demi-heure environ hors la présence de M. John Holloway.



Dans la nuit qui suivit, ayant perçu de longs gémissements, M. Bisson, qui se doutait de quelque chose d'anormal d'autant qu'il avait aperçu sur la malle de Mlle Callou une ordonnance significative, prit la détermination de congédier sa locataire, craignant pour la bonne renommée de sa maison. Quand Mlle Callou partit, elle paraissait beaucoup souffrir.



Un nouvel incident violent surgit. L'avocat de M. John Holloway contestant la légalité des circonstances dans lesquelles fut opérée l'arrestation de son client c'est-à-dire sans mandat préalable de dépôt ou d'arrêt, M. Lauger, juge d'instruction, est de nouveau appelé a la barre et fournit des explications tendant à établir qu'il n'a pas outrepassé ses droits et qu'il a même apporté beaucoup de bienveillance dans l'accomplissement de sa mission. Il pouvait faire appréhender Holloway plus tôt qu'il ne l'a fait. Une longue et vive discussion s'engage à ce sujet.



Mlle Marthe Norin, lingère à l'hôtel où Mlle Callou s'était réfugiée, dit avoir remarqué chez la nouvelle locataire des serviettes tachées de sang. Jamais elle ne donnait de linge à laver.


- Vous mentez clame Marguerite Callou : non seulement je vous ai donné du linge, mais c'est vous qui m'en avez demandé, me disant "Donnez-le moi, la propriétaire vous prendrait trop cher !".



La dernière partie de l'audience a été consacrée à l'audition des témoins à décharge. Demain, M. Sens-Olive, avocat général, prononcera son réquisitoire."



pays basque autrefois eglise labourd
EGLISE ST CHARLES BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN

  • le 31 mai 1911 :

'Les avortements de Biarritz.



M. Sens-Olive prononce un sévère réquisitoire.


(De notre envoyé spécial)

Pau, 30 mai.



A l'ouverture de cette cinquième audience, la parole est donnée. à M. Sens-Olive, avocat général.



"Cette affaire, dit-il, a soulevé, en effet, des polémiques ardentes, provoqué des attaques violentes, non seulement contre les accusés, mais aussi contre ceux qui avaient été désignés pour mener à bonne fin cette délicate information.

Ceux-ci, il ne craint pas de l'affirmer, ont, non seulement fait leur devoir, mais encore apporté dans l'accomplissement de leur mission la plus parfaite prudence.


Aucune irrégularité, s'écrie M. Sens-Olive, n'a été commise. Je mets la défense au défi de dire et prouver le contraire.


La situation même du principal accusé était, ajoute M. Sens Olive, de nature à donner à réfléchir, mais, après un examen consciencieux, en dépit des avis donnés par certains hommes de science, en consultant les pièces du dossier, j'ai acquis une conviction tellement inébranlable de la culpabilité de ceux qui sont sur ces bancs que c'est sans la moindre appréhension que je viens requérir contre eux."



Avant d'entrer dans l'examen de chacun des faits retenus par l'accusation, l'organe du ministère public croit devoir fixer les jurés sur ce qu'il pense de chacun des accusés. Il ne demande que pour la jeune Fabre la plus large part d'indulgence, mais ne se montre pas tendre envers l'Américain Holloway qui, bien que marié et père de famille, avait des maîtresses mineures et vivait presque publiquement avec Marguerite Callou. Il examine ensuite le cas du principal accusé Long-Savigny.



Il retrace son passé d'honneur et de travail. rend hommage à son intelligence et à son courage et se demande, avec angoisse, à la suite de quelles malheureuse circonstances cet homme haut placé par ses concitoyens, ce père de famille, a pu dégringoler dans le gouffre ou il est tombé ? Quel mobile a pu le pousser à commettre les avortements qui lui sont reprochés ? "Un seul, dit l'avocat général, quelque invraisemblable qu'il puisse paraître : la cupidité. On en doutera. quand on saura que le docteur Long-Savigny gagnait de quinze à seize mille francs. Cependant là est la vérité, et on en voit la preuve dans tous les avortements reprochés. Dans chacun d'eux, la question argent est en jeu. Si certaines personnes qui eurent recours à la science du docteur Long-Savigny ne purent verser que cent cinquante ou deux cents francs, il en est d'autres qui, comme Marguerite Callou, durent payer bien davantage".



L'organe du ministère public voit dans les aveux spontanés faits par quelques-unes des accusées, la femme Rouanet et la femme Labegueyrie, par exemple, la preuve de la culpabilité du docteur Long-Savigny. Il abandonne l'accusation à l'égard de la veuve Dain, contre laquelle il n'existe pas, dit-il, de preuves matérielles suffisantes maintient l'accusation contre le docteur Long-Savigny sur les faits Rouanet et Pepita Pilar admet les explications fournies par lui sur les faits Etcheverry et Poyet comme paraissant plausibles, malgré les charges relevées, et laisse aux jurés le soin d'apprécier. M. Sens-Olive, par contre, maintient ses réquisitions dans l'affaire Meynard, qui lui parait une des plus graves et des mieux établies parmi celles qui nous occupent et il réclame une condamnation contre Meynard et contre le docteur Long-Savigny.



En ce qui concerne Marie Fabre, l'avocat général indique aux jurés qu'ils peuvent estimer qu'elle a agi sans discernement. Elle avait seize ans, en effet, quand elle se fit avorter.



Et l'avocat général termine ainsi :

Il faut rendre à ce pays un peu de la moralité qu'il a perdu. A vous messieurs les jurés, de m'aider dans cette tâche.



Ensuite Me Pinatel a présenté la défense de Mme veuve Dain, pour laquelle l'accusation a été abandonnée, et le procès a été renvoyé au lendemain."



pays basque autrefois plage labourd
PLAGE BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN


  • le 1er juin 1911 :


"Les avortements de Biarritz.



Le Docteur est acquitté.



Le verdict est négatif, également, en ce qui concerne ses coaccusés.

Pau, 31 mai.



Le procès s'est terminé plus tôt qu'on ne l'avait pensé. Me Ardisson, avocat du docteur Long-Savigny, qui ne devait parler que demain, a pu prendre la parole. Son plaidoyer, très chaleureux pour son client, a duré deux heures. Avec habileté et une grande conscience, l'honorable défenseur s'est efforcé de combattre l'argumentation de M. l'avocat général Sens-Olive. Il a réclamé hautement un acquittement général. A sept heures précises, il avait terminé sa tâche. L'organe du ministère public n'a pas cru devoir répliquer. Les accusés, consultés, ayant déclaré n'avoir rien à ajouter à leur défense, M. le conseiller Correch, qui a présidé les débats, a levé seulement le huis-clos pour donner lecture des quarante-trois questions posées au jury.



Le public, qui depuis plusieurs jours attendait avec impatience l'instant de pouvoir entrer, a envahi la salle d'audience dès que les portes ont été ouvertes.



C'est, pendant la suspension d'audience, une véritable cohue dans la salle. Les gens s'y pressent et s'y bousculent. On se demande ce qui serait advenu si le huis-clos n'avait pas été prononcé. Ce procès passionne énormément l'opinion publique. Le docteur Long-Savigny a ici d'ardents défenseurs. Un long silence se fait quand, à 8 h. 1/2, les jurés reviennent. Quelle va être leur réponse ? Beaucoup de curieux attendent visiblement anxieux.



La décision est favorable aux accusés. Le verdict est négatif sur toutes les questions. Le président fait introduire les inculpés et le greffier leur donne connaissance de l'heureux dénouement.



Quand l'acquittement est prononcé, des bravos nourris éclatent. Le docteur Long-Savîgny est félicité par ses amis, qui viennent lui serrer les mains.



Aucun incident ne s'est produit."



(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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samedi 1 octobre 2022

L'AFFAIRE DES AVORTEMENTS DE BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1911 (quatrième partie)

  

L'AFFAIRE DES AVORTEMENTS DE BIARRITZ EN 1911.


Avant le 17 janvier 1975 et depuis 1810, l'avortement en France était criminalisé et défini selon les époques de délit ou de crime. Sous le régime de Vichy, en 1942, l'avortement était considéré comme un crime contre l'Etat français et passible de la peine de mort.




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GARE DU MIDI BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Petit Parisien, le 29 mai 1911 :



"Les avortements de Biarritz. 


Le défilé des témoins. 

Pau. 28 mai.



Bien que ce soit aujourd'hui dimanche, la cour d'assises siège. M. le conseiller Correch qui dirige les débats avec la plus haute impartialité, a, en effet, hâte d'en finir. Nombreux en effet sont les témoins à entendre, car la défense en a fait citer beaucoup.



Le président reprend, à l'ouverture des débats, l'audition des témoins. Ceux appelés à déposer sur le fait Mercedes Jimenes, dite "Pepita Pilar", sont entendus. On sait que cette jeune femme, qui avorta de deux jumeaux, n'a pas été retrouvée, en dépit de recherches faites par la police.



Mlle Plassaud, que nous avons déjà entendue plusieurs fois et qui parait avoir été une des chevilles ouvrières de l'information, affirme avoir reçu l'aveu de la faute de Mlle Pepita Pilar. Celle-ci lui aurait déclaré qu'elle avait eu recours aux soins du docteur Long-Savigny. Elle aurait même ajoute qu'elle avait été très satisfaite. Le docteur Long-Savigny proteste avec énergie contre cette déposition.




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EGLISE ST CHARLES BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN


Nous abordons maintenant le fait Gabrielle Rabauze, femme Poyet. Cette jeune personne aurait, en alors qu'elle était enceinte, reçu la visite, certain soir, vers cinq heures, du docteur Long-Savigny, qui serait demeuré une demi-heure environ auprès d'elle. Le lendemain une de ses voisines, Mme Pascual, qui avait remarqué sa grossesse, s'étonna de sa pâleur et la questionna à ce sujet. La jeune femme aurait alors avoué qu'elle s'était fait avorter, mais sans dire par qui l'opération fut faite. 



Mme Poyet protesta, disant qu'elle n'a jamais fait de confidence au témoin. 



A la demande d'un des avocats, Mme Pascual déclare qu'elle n'a pas été menacée d'une arrestation par le commissaire de police mais elle a rencontré au palais de justice de Bayonne plusieurs personnes qui lui auraient conseillé vivement de dire la vérité sous peine de se voir inquiétée.


 

L'avocat général : Etait-ce une des personnes qui avaient eu mission légale de vous interroger ? 

Le témoin : Non.

L'avocat général : C'est tout ce qu'il me faut. 



pays basque autrefois bains plage labourd
BAINS PORT-VIEUX BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN


La déposition actuelle de Mme Pascual est moins précise, car, à l'instruction, elle avait formellement reconnu M Long-Savigny pour être le médecin venu en 1903 au chevet de la femme Poyet.



Sur le fait Meynard, la cour entend Mme Miramon, la mère de Mme Meynard, qui, nous l'avons dit, succomba aux manœuvres abortives dont elle avait été l'objet et au sujet desquelles le mari est poursuivi comme complice.



Ce témoin déclare que sa fille, au chevet de laquelle elle était accourue dès le début de sa maladie, lui avait dit s'être fait avorter par le docteur Long-Savigny mais elle ne saurait précise si ce fut chez elle ou chez le docteur que l'opération eut lieu. Elle ajoute que c'était Meynard qui avait conseillé à sa femme de se faire avorter. 



Une vive discussion s'engage alors entre ta défense et l'organe du ministère public. 



Me Ardisson s'étonne de ce fait, Mme Miramon, entendue d'abord à Montauban, où elle habite, n'avait pas, dans sa déposition, prononcé le nom du docteur Long-Savigny ce fut seulement à Bayonne qu'elle tint un nouveau langage, et il observe qu'à ce nouveau questionnaire, le procureur de la République était ce qui est, déclare-t-il, contraire à la loi.



Tel n'est pas l'avis de M. Sens-Olive, avocat général, qui pense que le procureur de la République a usé de son droit absolu. 



La défense tend à insinuer par cette intervention que l'instruction n'aurait pas été dirigée en toute impartialité.



Des témoins, ajoute Me Ardisson, sont revenus complètement sur leurs premières dépositions. M. Correch clôt l'incident en disant que ce que les jurés doivent retenir c'est ce qui se dit à l'audience.



La déposition de Mlle Labegueyrie nous révèle un détail assez amusant. On a vu que son homonyme, la femme Labegueyrie, qui figure parmi les accusées, avait déclaré que si elle s'était fait avorter, c'était parce qu'elle craignait d'avoir des enfants difformes ou malades. Or, la sage-femme nous apprend que l'un des bébés de la femme Labegueyrie a obtenu un prix de beauté. 


pays basque autrefois plage labourd
PLAGE BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN



Entre experts.



Le docteur expert Garat, déjà entendu dans trois autres affaires, appelé à déposer sur le décès de la femme Meynard, croit pouvoir affirmer qu'il fut la suite d'un avortement. Le corps de la défunte ne fut pas soumis à l'autopsie, l'exhumation étant inutile, étant donné l'époque éloignée de la mort. Le docteur Patry, de Paris, cité par la défense, combat les conclusions du rapport du docteur Garat. Une longue discussion scientifique s'engage alors entre les deux praticiens, discussion à laquelle prend part le docteur Long-Savigny.



Sur le fait Hirigoyen, le livreur Lafont se défend d'avoir dit à l'accusée qu'il connaissait une femme qui faisait avorter et de l'avoir conduite chez la femme Lassibille. La femme Hirigoyen affirme, cependant, qu'il fut au courant de sa grossesse comme de son avortement. Le témoin reconnaît que le 18 mars, comme il se rendait à l'instruction à Bayonne, quelqu'un qu'il ne connaît pas l'aurait abordé et lui aurait dit : "Niez, niez, toujours."



Après une suspension d'audience, la femme Lamothe, qui fut au service de la veuve Lassibille, chez laquelle l'accusée Hirigoyen aurait été en traitement, revient sur les déclarations qu'elle avait faites à l'instruction.



- Si j'ai signé, dit-elle, le procès-verbal qu'on m'a présenté, c'est parce qu'on m'a menacée, mais je n'ai jamais dit avoir entendu des gémissements partant de la pièce où était Mme Hirigoyen.



Le témoin affirme n'avoir jamais entendu non plus les propos qu'on lui prête ni avoir vu pénétrer le docteur Long-Savigny dans la maison.



Incident sur incident.



En présence de l'attitude de Mme Lamothe, le président décide que le juge d'instruction de Bayonne sera entendu et confronté avec elle-même.



Un incident est provoqué par la présence, à la barre, d'une autre locataire de Mme Lassibille, Mlie Yvonne Faure. Cette jeune femme prétend qu'on l'aurait obligée à signer, sous menace d'arrestation, à l'instruction, les déclarations qui figurent au dossier. 



A ce moment, un troisième incident se produit. L'avocat général communique à la cour un télégramme venant de Bayonne et dans lequel il est écrit que le docteur Long-Savigny n'a jamais été tenu au secret. L'accusé avait dit y avoir été maintenu pendant soixante-dix jours.



L'affaire, on le voit, se complique. Un autre témoin, une femme Laguens, affirme, de son côté, avoir été l'objet de menaces de la part du commissaire de police de Biarritz. Ce magistrat confronté avec elle proteste avec énergie contre une pareille accusation. 



Mme Lamothe rappelée à la barre prétend que lors de sa comparution chez le commissaire de police, ce fut Mlle Plassaud, déjà entendue, qui répondait pour elle. Elle dit encore que la femme Plassaud lui aurait conseillé : "Il faut le dire, ça l'enfoncera davantage", et elle faisait allusion au docteur Long-Savigny. Mlle Plassaud conteste le fait, elle révèle les circonstances qui l'auraient poussée à dire tout ce qu'elle savait contre le docteur Long-Savigny et à informer complaisamment la police.



- J'ai simplement voulu me venger, dit-elle, de ce qu'il m'avait fait. C'est lui, qui m'a fait inscrire sur les livres de la police. 



Le docteur Long-Savigny s'élève avec indignation contre cette assertion. Il prétend, au contraire, que ce fut lui qui fit lever l'inscription infamante : "Et voilà de quelle façon vous me remerciez !"



Me Ardisson, avocat du docteur Long-Savigny, croit devoir rappeler que chaque témoin prête serment de parler sans haine. Or, Mlle Plassaud vient de déclarer qu'elle a obéi à un bas sentiment de vengeance. Son témoignage doit, donc être tenu pour suspect par la justice.


"Quant à moi, s'exclame-t-il, je le récuse complètement."



Le docteur Long-Savigny s'écrie alors : "C'est à cette femme, à qui je n'ai jamais fait aucun mal, que je dois d'avoir perdu ma liberté, ma situation, que je risque peut-être aujourd'hui le bagne. C'est déplorable."



Déposition élogieuse.



Cette partie du débat produit sur le public autorisé à assister à l'audience une grosse émotion.



M. le sénateur Forsans, maire de Biarritz, qui eut le docteur Long-Savigny comme premier adjoint, fait de ce dernier un grand éloge. Il le connaît depuis plus de vingt ans et rappelle son passé depuis le moment où il arriva à Biarritz. C'est, affirme-t-il, un travailleur, un homme profondément bon et honnête, ayant toujours rempli loyalement et avec dévouement les fonctions dont il avait été investi et qu'il croit incapable d'avoir commis les actes qu'on lui reproche. M. Forsans croit savoir que le docteur Long-Savigny est victime de jalousies, d'inimitiés que sa réussite à soulevées. Il dit encore que la situation de sa commune est des meilleures, au point de vue des naissances. Le dernier recensement l'a prouvé.



biarritz 1919 pays basque autrefois maire
PIERRE FORSANS MAIRE DE BIARRITZ - MIARRITZE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le cocher Plantin, qui fut l'amant de la veuve Lassibille, est à ce point atteint d'amnésie, que l'avocat général, en présence de son étrange attitude, croit devoir réclamer son arrestation. Le conseiller Correch ne croit pas cependant devoir user de rigueur et met une grande patience à arracher quelques paroles à ce témoin. Demain, la suite des débats."



A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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vendredi 2 septembre 2022

L'AFFAIRE DES AVORTEMENTS DE BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1911 (troisième partie)

 

L'AFFAIRE DES AVORTEMENTS DE BIARRITZ EN 1911.


Avant le 17 janvier 1975 et depuis 1810, l'avortement en France était criminalisé et défini selon les époques de délit ou de crime. Sous le régime de Vichy, en 1942, l'avortement était considéré comme un crime contre l'Etat français et passible de la peine de mort.




pays basque autrefois gare labourd
GARE DU MIDI BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Petit Parisien, le 29 mai 1911 :



"Les avortements de Biarritz. 



Le défilé des témoins.



Pau, 28 mai.



Bien que ce soit aujourd'hui dimanche, la cour d'assises siège. M. le conseiller Correch qui dirige les débats avec la plus haute impartialité, a, en effet, hâte d'en finir. 



Nombreux en effet sont les témoins à entendre, car la défense en a fait citer beaucoup



Le président reprend, à l'ouverture des débats, l'audition des témoins. Ceux appelés à déposer sur le fait Mercédès Jimenes, dite "Pepita Pilar", sont entendus. On sait que cette jeune femme, qui avorta de deux jumeaux, n'a pas été retrouvée, en dépit de recherches faites par la police.



Mlle Plassaud, que nous avons déjà entendue plusieurs fois et qui parait avoir été une des chevilles ouvrières de l'information, affirme avoir reçu l'aveu de la faute de Mlle Pepita Pilar. Celle-ci lui aurait déclaré qu'elle avait eu recours aux soins du docteur Long-Savigny. Elle aurait même ajouté qu'elle avait été très satisfaite. 



Le docteur Long-Savigny proteste avec énergie contre cette déposition.



Noua abordons maintenant le fait Gabrielle Rabauze, femme Poyet. Cette jeune personne aurait, en 1903, alors qu'elle était enceinte, reçu la visite, certain soir, vers cinq heures, du docteur Long-Savigny, qui serait demeuré une demi-heure environ auprès d'elle. Le lendemain une de ses voisines, Mme Pascual, qui avait remarqué sa grossesse, s'étonna de sa pâleur et la questionna à ce sujet. La jeune femme aurait alors avoué qu'elle s'était fait avorter, mais sans dire par qui l'opération fut faite. 



Mme Poyet protesta, disant qu'elle n'a jamais fait de confidence au témoin. 



A la demande d'un des avocats, Mme Pascual déclare qu'elle n'a pas été menacée d'une arrestation par le commissaire de police mais elle a rencontré au palais de justice de Bayonne plusieurs personnes qui lui auraient conseillé vivement de dire la vérité sous peine de se voir inquiétée.



L'avocat général : - Etait-ce une des personnes qui avaient eu mission légale de vous interroger? 


Le témoin. - Non.


L'avocat général. - C'est tout ce qu'il me faut. 



La déposition actuelle de Mme Pascual est moins précise, car, à l'instruction, elle avait formellement reconnu M Long-Savigny pour être le médecin venu en 1903 au chevet de la femme Poyet.



Sur le fait Meynard, la cour entend Mme Miramon, la mère de Mme Meynard, qui, nous l'avons dit, succomba aux manœuvres abortives dont elle avait été l'objet et au sujet desquelles le mari est poursuivi comme complice.



Ce témoin déclare que sa fille, au chevet de laquelle elle était accourue dès le début de sa maladie, lui avait dit s'être fait avorter par le docteur Long-Savigny ; mais elle ne saurait préciser si ce fut cher elle ou chez le docteur que l'opération eut lieu. Elle ajoute que c'était Meynard qui avait conseillé à sa femme de se faire avorter. 



Une vive discussion s'engage alors entre la défense et l'organe du ministère publie. 



Me Ardisson s'étonne de ce fait, Mme Miramon, entendue d'abord à Montauban, où elle habite, n'avait pas, dans sa déposition, prononcé le nom du docteur Long-Savigny ; ce fut seulement à Bayonne qu'elle tint un nouveau langage, et il observe qu'à ce nouveau questionnaire, le procureur de la République était présent, ce qui est, déclare-t-il, contraire à la loi.


pays basque autrefois labourd plage
PORT DES PÊCHEURS BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN



Tel n'est pas l'avis de M. Sens-Olive, avocat général, qui pense que le procureur de la République a usé de son droit absolu. 



La défense tend à insinuer par cette intervention que l'instruction n'aurait pas été dirigée en toute impartialité.



Des témoins, ajoute Me Ardisson, sont revenus complètement sur leurs premières dépositions. 



M. Correch clôt l'incident en disant que ce que les jurés doivent retenir c'est ce qui se dit à l'audience.



La déposition de Mlle Labegueyrie nous révèle un détail assez amusant. On a vu que son homonyme, la femme Labegueyrie, qui figure parmi les accusées, avait déclaré que si elle s'était fait avorteur, c'était parce qu'elle craignait d'avoir des enfants difformes ou malades. Or, la sage-femme nous apprend que l'un des bébés de la femme Labegueyrie a obtenu un prix de beauté. 


pays basque autrefois plage labourd
PLAGE BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN


Entre experts.



Le docteur expert Garat, déjà entendu dans trois autres affaires, appelé à déposer sur le décès de la femme Meynard, croit pouvoir affirmer qu'il fut la suite d'un avortement. Le corps de la défunte ne fut pas soumis à l'autopsie, l'exhumation étant inutile, étant donné l'époque éloignée de la mort. Le docteur Patry, de Paris, cité par la défense, combat les conclusions du rapport du docteur Garat. Une longue discussion scientifique s'engage alors entre les deux praticiens, discussion à laquelle prend part le docteur Long-Savigny.



Sur le fait Hirigoyen, le livreur Lafont se défend d'avoir dit à l'accusée qu'il connaissait une femme qui faisait avorter et de l'avoir conduite chez la femme Lassibille. La femme Hirigoyen affirme, cependant, qu'il fut au courant de sa grossesse comme de son avortement. Le témoin reconnaît que le 18 mars, comme il se rendait à l'instruction à Bayonne, quelqu'un qu'il ne connaît pas l'aurait abordé et lui aurait dit : "Niez, niez, toujours."



Après une suspension d'audience, la femme Lamothe, qui fut au service de la veuve Lassibille, chez laquelle l'accusée Hirigoyen aurait été en traitement, revient sur les déclarations qu'elle avait faites à l'instruction.



- Si j'ai signé, dit-elle, le procès-verbal qu'on m'a présenté, c'est parce qu'on m'a menacée, mais je n'ai jamais dit avoir entendu des gémissements partant de la pièce où était Mine Hirigoyen.



Le témoin affirme n'avoir jamais entendu non plus les propos qu'on lui prête ni avoir vu pénétrer le docteur Long-Savigny dans la maison.



pays basque autrefois eglise labourd
EGLISE ST CHARLES BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN


Incident sur incident.



En présence de l'attitude de Mme Lamothe, le président décide que le juge d'instruction de Bayonne sera entendu et confronté avec elle-même.



Un incident est provoqué par la présence, à la barre, d'une autre locataire de Mme Lassibille, Mlle Yvonne Faure. Cette jeune femme prétend qu'on l'aurait obligée à signer, sous menace d'arrestation, à l'instruction, les déclarations qui figurent au dossier. 



A ce moment, un troisième incident se produit. L'avocat général communique à la cour un télégramme venant de Bayonne et dans lequel il est écrit que le docteur Long-Savigny n'a jamais été tenu au secret. L'accusé avait dit y avoir été maintenu pendant soixante-dix jours.



L'affaire, on le voit, se complique. Un autre témoin, une femme Laguens, affirme, de son côté, avoir été l'objet de menaces de la part du commissaire de police de Biarritz. Ce magistrat confronté avec elle proteste avec énergie contre une pareille accusation. 



Mme Lamothe rappelée à la barre prétend que lors de sa comparution chez le commissaire de police, ce fut Mlle Plassaud, déjà entendue, qui répondait pour elle. Elle dit encore que la femme Plassaud lui aurait conseillé : "Il faut le dire, ça l'enfoncera davantage", et elle faisait allusion au docteur Long-Savigny. Mlle Plassaud conteste le fait, elle révèle les circonstances qui l'auraient poussée à dire tout ce qu'elle savait contre le docteur Long-Savigny et à informer complaisamment la police.



- J'ai simplement voulu me venger, dit-elle, de ce qu'il m avait fait. C'est lui, qui m'a fait inscrire sur les livres de la police. 



Le docteur Long-Savigny s'élève avec indignation contre cette assertion. Il prétend, au contraire, que ce fut lui qui fit lever l'inscription infamante : "Et voilà de quelle façon vous me remerciez !"



Me Ardisson, avocat du docteur Long-Savigny, croit devoir rappeler que chaque témoin prête serment de parler sans haine. Er, Mlle Plassaud vient de déclarer qu'elle a obéi à un bas sentiment de vengeance. Son témoignage doit, donc être tenu pour suspect par la justice.



"Quant à moi, s'exclame-t-il, je le récuse complètement."



Le docteur Long-Savigny s'écria alors : 

"C'est à cette femme, à qui je n'ai jamais fait aucun mal, que je dois d'avoir perdu ma liberté, ma situation, que je risque peut-être aujourd'hui le bagne. C'est déplorable."



pays basque autrefois bains plage labourd
BAINS PORT-VIEUX BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN


Déposition élogieuse.



Cette partie du débat produit sur le public autorisé à assister à l'audience une grosse émotion.



M. le sénateur Forsans, maire de Biarritz, qui eut le docteur Long-Savigny comme premier adjoint, fait de ce dernier un grand éloge. Il le connaît depuis plus de vingt ans et rappelle son passé depuis le moment où il arriva à Biarritz. C'est, affirme-t-il, un travailleur, un homme profondément bon et honnête, ayant toujours rempli loyalement et avec dévouement les fonctions dont il avait été investi et qu'il croit incapable d'avoir commis les actes qu'on lui reproche. M. Forsans croit savoir que le docteur Long-Savigny est victime de jalousies, d'inimitiés que sa réussite à soulevées. Il dit encore que la situation de sa commune est des meilleures, au point de vue des naissances. Le dernier recensement l'a prouvé.



Le cocher Plantin, qui fut l'amant de la veuve Lassibille, est à ce point atteint d'amnésie, que l'avocat général, en présence de son étrange attitude, croit devoir réclamer son arrestation. Le conseiller Correch ne croit pas cependant devoir user de rigueur et met une grande patience à arracher quelques paroles à ce témoin. 



Demain, la suite des débats."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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