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mercredi 2 novembre 2022

L'AFFAIRE DES AVORTEMENTS DE BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1911 (cinquième et dernière partie)

 

L'AFFAIRE DES AVORTEMENTS DE BIARRITZ EN 1911.


Avant le 17 janvier 1975 et depuis 1810, l'avortement en France était criminalisé et défini selon les époques de délit ou de crime. Sous le régime de Vichy, en 1942, l'avortement était considéré comme un crime contre l'Etat français et passible de la peine de mort.




pays basque autrefois gare labourd
GARE DU MIDI BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Petit Parisien,


  •  le 30 mai 1911 :



"Les avortements de Biarritz. 



Le Juge d'Instruction appelé à la barre.



Pau, 29 mai.



Au début de la quatrième audience, le président Correch liquide l'incident assez vif qui avait marqué la fin de la précédente. On a vu que plusieurs témoins Mmes Lamothe, Yvonne Faure et Laguens avaient, dans leurs dépositions à la barre, déclaré que le juge d'instruction de Bayonne, M. Lauger, avait exercé sur elles une certaine pression, les avait même menacées d'une arrestation si elles ne parlaient pas, et, qu'enfin, redoutant des mesures de sévérité, elles avaient signé le procès-verbal relatant des déclarations qu'elles n'avaient pas faites.



De telles allégations méritaient d'être contrôlées c'est pourquoi M. le conseiller Correch avait décidé de citer, en vertu de son pouvoir discrétionnaire, M. le juge d'instruction Lauger.



Appelées successivement à la barre, Mmes Lamothe et Yvonne Faure ont maintenu leurs déclarations. Ni Lauger, confronté avec elles, leur a opposé le plus formel démenti.


Je n'ai, dans ma carrière, jamais usé de pareils moyens, a-t-il dit. Ce n'est pas dans une semblable affaire que j'aurais commencé. D'ailleurs, Mmes Lamothe et Yvonne Faure ont subi une confrontation générale avec le docteur Long-Savigny et la veuve Lassibille, en présence de leurs avocats, ainsi que doivent le mentionner mes procès-verbaux. Je les ai exhortées, étant donnée la gravité des faits, à se bien souvenir et à ne pas dire des choses qui seraient inexactes et de nature à compromettre l'honneur d'un homme jouissant jusqu'alors de la considération générale. M. l'avocat général Sens-Olive donne lecture du procès-verbal de cette confrontation, procès-verbal qui consigne les exhortations en question. Le greffier de M. Lauger donné à son tour un démenti à Mmes Lamothe et Faure.

C'est faux, s'exclame.t-il. Vous mentez. 



Mmes Lamothe et Faure maintiennent néanmoins ce que précédemment elles avaient déclaré, et M. Correch clôt l'incident en disant :


Messieurs les jurés, vous êtes en présence de deux affirmations contraires à vous de choisir entre les deux versions.



Me Ritou, avocat de Marguerite Callou, croit cependant devoir formuler une opinion assez grave.



M. Lauger aurait eu, dit-il, pour principaux auxiliaires dans son information, deux journalistes et la fille Plassaud.



De nouveau, M. le juge d'instruction de Bayonne est appelé à la barre et proteste avec indignation.



,le n'ai jamais donné, déclare-t-il. pendant les cinq mois qu'a duré mon information, le moindre renseignement à la presse. Les journalistes faisaient des enquêtes parallèles, ce que je ne pouvais empêcher. Si le fait est exact, comment la défense ne l'a-t-elle pas fait mentionner sur mes procès-verbaux ?


Me Ritou. Je reviendrai sur ce sujet dans ma plaidoirie.


pays basque autrefois bains plage labourd
BAINS PORT-VIEUX BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN

Après ces très vifs incidents nous abordons le dernier des faits retenus par l'accusation et le plus récent, celui concernant Marguerite Callou.



Plus de vingt témoins sont appelés à déposer dans cette affaire. Celui qui débute est M. Bisson, propriétaire de café, chez lequel Marguerite Callou était descendue accompagnée par M. Holloway, sous le faux nom de veuve Bernard. Le docteur Long-Savigny vint la visiter le 22 novembre, il demeura dans sa chambre une demi-heure environ hors la présence de M. John Holloway.



Dans la nuit qui suivit, ayant perçu de longs gémissements, M. Bisson, qui se doutait de quelque chose d'anormal d'autant qu'il avait aperçu sur la malle de Mlle Callou une ordonnance significative, prit la détermination de congédier sa locataire, craignant pour la bonne renommée de sa maison. Quand Mlle Callou partit, elle paraissait beaucoup souffrir.



Un nouvel incident violent surgit. L'avocat de M. John Holloway contestant la légalité des circonstances dans lesquelles fut opérée l'arrestation de son client c'est-à-dire sans mandat préalable de dépôt ou d'arrêt, M. Lauger, juge d'instruction, est de nouveau appelé a la barre et fournit des explications tendant à établir qu'il n'a pas outrepassé ses droits et qu'il a même apporté beaucoup de bienveillance dans l'accomplissement de sa mission. Il pouvait faire appréhender Holloway plus tôt qu'il ne l'a fait. Une longue et vive discussion s'engage à ce sujet.



Mlle Marthe Norin, lingère à l'hôtel où Mlle Callou s'était réfugiée, dit avoir remarqué chez la nouvelle locataire des serviettes tachées de sang. Jamais elle ne donnait de linge à laver.


- Vous mentez clame Marguerite Callou : non seulement je vous ai donné du linge, mais c'est vous qui m'en avez demandé, me disant "Donnez-le moi, la propriétaire vous prendrait trop cher !".



La dernière partie de l'audience a été consacrée à l'audition des témoins à décharge. Demain, M. Sens-Olive, avocat général, prononcera son réquisitoire."



pays basque autrefois eglise labourd
EGLISE ST CHARLES BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN

  • le 31 mai 1911 :

'Les avortements de Biarritz.



M. Sens-Olive prononce un sévère réquisitoire.


(De notre envoyé spécial)

Pau, 30 mai.



A l'ouverture de cette cinquième audience, la parole est donnée. à M. Sens-Olive, avocat général.



"Cette affaire, dit-il, a soulevé, en effet, des polémiques ardentes, provoqué des attaques violentes, non seulement contre les accusés, mais aussi contre ceux qui avaient été désignés pour mener à bonne fin cette délicate information.

Ceux-ci, il ne craint pas de l'affirmer, ont, non seulement fait leur devoir, mais encore apporté dans l'accomplissement de leur mission la plus parfaite prudence.


Aucune irrégularité, s'écrie M. Sens-Olive, n'a été commise. Je mets la défense au défi de dire et prouver le contraire.


La situation même du principal accusé était, ajoute M. Sens Olive, de nature à donner à réfléchir, mais, après un examen consciencieux, en dépit des avis donnés par certains hommes de science, en consultant les pièces du dossier, j'ai acquis une conviction tellement inébranlable de la culpabilité de ceux qui sont sur ces bancs que c'est sans la moindre appréhension que je viens requérir contre eux."



Avant d'entrer dans l'examen de chacun des faits retenus par l'accusation, l'organe du ministère public croit devoir fixer les jurés sur ce qu'il pense de chacun des accusés. Il ne demande que pour la jeune Fabre la plus large part d'indulgence, mais ne se montre pas tendre envers l'Américain Holloway qui, bien que marié et père de famille, avait des maîtresses mineures et vivait presque publiquement avec Marguerite Callou. Il examine ensuite le cas du principal accusé Long-Savigny.



Il retrace son passé d'honneur et de travail. rend hommage à son intelligence et à son courage et se demande, avec angoisse, à la suite de quelles malheureuse circonstances cet homme haut placé par ses concitoyens, ce père de famille, a pu dégringoler dans le gouffre ou il est tombé ? Quel mobile a pu le pousser à commettre les avortements qui lui sont reprochés ? "Un seul, dit l'avocat général, quelque invraisemblable qu'il puisse paraître : la cupidité. On en doutera. quand on saura que le docteur Long-Savigny gagnait de quinze à seize mille francs. Cependant là est la vérité, et on en voit la preuve dans tous les avortements reprochés. Dans chacun d'eux, la question argent est en jeu. Si certaines personnes qui eurent recours à la science du docteur Long-Savigny ne purent verser que cent cinquante ou deux cents francs, il en est d'autres qui, comme Marguerite Callou, durent payer bien davantage".



L'organe du ministère public voit dans les aveux spontanés faits par quelques-unes des accusées, la femme Rouanet et la femme Labegueyrie, par exemple, la preuve de la culpabilité du docteur Long-Savigny. Il abandonne l'accusation à l'égard de la veuve Dain, contre laquelle il n'existe pas, dit-il, de preuves matérielles suffisantes maintient l'accusation contre le docteur Long-Savigny sur les faits Rouanet et Pepita Pilar admet les explications fournies par lui sur les faits Etcheverry et Poyet comme paraissant plausibles, malgré les charges relevées, et laisse aux jurés le soin d'apprécier. M. Sens-Olive, par contre, maintient ses réquisitions dans l'affaire Meynard, qui lui parait une des plus graves et des mieux établies parmi celles qui nous occupent et il réclame une condamnation contre Meynard et contre le docteur Long-Savigny.



En ce qui concerne Marie Fabre, l'avocat général indique aux jurés qu'ils peuvent estimer qu'elle a agi sans discernement. Elle avait seize ans, en effet, quand elle se fit avorter.



Et l'avocat général termine ainsi :

Il faut rendre à ce pays un peu de la moralité qu'il a perdu. A vous messieurs les jurés, de m'aider dans cette tâche.



Ensuite Me Pinatel a présenté la défense de Mme veuve Dain, pour laquelle l'accusation a été abandonnée, et le procès a été renvoyé au lendemain."



pays basque autrefois plage labourd
PLAGE BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN


  • le 1er juin 1911 :


"Les avortements de Biarritz.



Le Docteur est acquitté.



Le verdict est négatif, également, en ce qui concerne ses coaccusés.

Pau, 31 mai.



Le procès s'est terminé plus tôt qu'on ne l'avait pensé. Me Ardisson, avocat du docteur Long-Savigny, qui ne devait parler que demain, a pu prendre la parole. Son plaidoyer, très chaleureux pour son client, a duré deux heures. Avec habileté et une grande conscience, l'honorable défenseur s'est efforcé de combattre l'argumentation de M. l'avocat général Sens-Olive. Il a réclamé hautement un acquittement général. A sept heures précises, il avait terminé sa tâche. L'organe du ministère public n'a pas cru devoir répliquer. Les accusés, consultés, ayant déclaré n'avoir rien à ajouter à leur défense, M. le conseiller Correch, qui a présidé les débats, a levé seulement le huis-clos pour donner lecture des quarante-trois questions posées au jury.



Le public, qui depuis plusieurs jours attendait avec impatience l'instant de pouvoir entrer, a envahi la salle d'audience dès que les portes ont été ouvertes.



C'est, pendant la suspension d'audience, une véritable cohue dans la salle. Les gens s'y pressent et s'y bousculent. On se demande ce qui serait advenu si le huis-clos n'avait pas été prononcé. Ce procès passionne énormément l'opinion publique. Le docteur Long-Savigny a ici d'ardents défenseurs. Un long silence se fait quand, à 8 h. 1/2, les jurés reviennent. Quelle va être leur réponse ? Beaucoup de curieux attendent visiblement anxieux.



La décision est favorable aux accusés. Le verdict est négatif sur toutes les questions. Le président fait introduire les inculpés et le greffier leur donne connaissance de l'heureux dénouement.



Quand l'acquittement est prononcé, des bravos nourris éclatent. Le docteur Long-Savîgny est félicité par ses amis, qui viennent lui serrer les mains.



Aucun incident ne s'est produit."



(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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samedi 1 octobre 2022

L'AFFAIRE DES AVORTEMENTS DE BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1911 (quatrième partie)

  

L'AFFAIRE DES AVORTEMENTS DE BIARRITZ EN 1911.


Avant le 17 janvier 1975 et depuis 1810, l'avortement en France était criminalisé et défini selon les époques de délit ou de crime. Sous le régime de Vichy, en 1942, l'avortement était considéré comme un crime contre l'Etat français et passible de la peine de mort.




pays basque autrefois gare labourd
GARE DU MIDI BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Petit Parisien, le 29 mai 1911 :



"Les avortements de Biarritz. 


Le défilé des témoins. 

Pau. 28 mai.



Bien que ce soit aujourd'hui dimanche, la cour d'assises siège. M. le conseiller Correch qui dirige les débats avec la plus haute impartialité, a, en effet, hâte d'en finir. Nombreux en effet sont les témoins à entendre, car la défense en a fait citer beaucoup.



Le président reprend, à l'ouverture des débats, l'audition des témoins. Ceux appelés à déposer sur le fait Mercedes Jimenes, dite "Pepita Pilar", sont entendus. On sait que cette jeune femme, qui avorta de deux jumeaux, n'a pas été retrouvée, en dépit de recherches faites par la police.



Mlle Plassaud, que nous avons déjà entendue plusieurs fois et qui parait avoir été une des chevilles ouvrières de l'information, affirme avoir reçu l'aveu de la faute de Mlle Pepita Pilar. Celle-ci lui aurait déclaré qu'elle avait eu recours aux soins du docteur Long-Savigny. Elle aurait même ajoute qu'elle avait été très satisfaite. Le docteur Long-Savigny proteste avec énergie contre cette déposition.




pays basque autrefois eglise labourd
EGLISE ST CHARLES BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN


Nous abordons maintenant le fait Gabrielle Rabauze, femme Poyet. Cette jeune personne aurait, en alors qu'elle était enceinte, reçu la visite, certain soir, vers cinq heures, du docteur Long-Savigny, qui serait demeuré une demi-heure environ auprès d'elle. Le lendemain une de ses voisines, Mme Pascual, qui avait remarqué sa grossesse, s'étonna de sa pâleur et la questionna à ce sujet. La jeune femme aurait alors avoué qu'elle s'était fait avorter, mais sans dire par qui l'opération fut faite. 



Mme Poyet protesta, disant qu'elle n'a jamais fait de confidence au témoin. 



A la demande d'un des avocats, Mme Pascual déclare qu'elle n'a pas été menacée d'une arrestation par le commissaire de police mais elle a rencontré au palais de justice de Bayonne plusieurs personnes qui lui auraient conseillé vivement de dire la vérité sous peine de se voir inquiétée.


 

L'avocat général : Etait-ce une des personnes qui avaient eu mission légale de vous interroger ? 

Le témoin : Non.

L'avocat général : C'est tout ce qu'il me faut. 



pays basque autrefois bains plage labourd
BAINS PORT-VIEUX BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN


La déposition actuelle de Mme Pascual est moins précise, car, à l'instruction, elle avait formellement reconnu M Long-Savigny pour être le médecin venu en 1903 au chevet de la femme Poyet.



Sur le fait Meynard, la cour entend Mme Miramon, la mère de Mme Meynard, qui, nous l'avons dit, succomba aux manœuvres abortives dont elle avait été l'objet et au sujet desquelles le mari est poursuivi comme complice.



Ce témoin déclare que sa fille, au chevet de laquelle elle était accourue dès le début de sa maladie, lui avait dit s'être fait avorter par le docteur Long-Savigny mais elle ne saurait précise si ce fut chez elle ou chez le docteur que l'opération eut lieu. Elle ajoute que c'était Meynard qui avait conseillé à sa femme de se faire avorter. 



Une vive discussion s'engage alors entre ta défense et l'organe du ministère public. 



Me Ardisson s'étonne de ce fait, Mme Miramon, entendue d'abord à Montauban, où elle habite, n'avait pas, dans sa déposition, prononcé le nom du docteur Long-Savigny ce fut seulement à Bayonne qu'elle tint un nouveau langage, et il observe qu'à ce nouveau questionnaire, le procureur de la République était ce qui est, déclare-t-il, contraire à la loi.



Tel n'est pas l'avis de M. Sens-Olive, avocat général, qui pense que le procureur de la République a usé de son droit absolu. 



La défense tend à insinuer par cette intervention que l'instruction n'aurait pas été dirigée en toute impartialité.



Des témoins, ajoute Me Ardisson, sont revenus complètement sur leurs premières dépositions. M. Correch clôt l'incident en disant que ce que les jurés doivent retenir c'est ce qui se dit à l'audience.



La déposition de Mlle Labegueyrie nous révèle un détail assez amusant. On a vu que son homonyme, la femme Labegueyrie, qui figure parmi les accusées, avait déclaré que si elle s'était fait avorter, c'était parce qu'elle craignait d'avoir des enfants difformes ou malades. Or, la sage-femme nous apprend que l'un des bébés de la femme Labegueyrie a obtenu un prix de beauté. 


pays basque autrefois plage labourd
PLAGE BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN



Entre experts.



Le docteur expert Garat, déjà entendu dans trois autres affaires, appelé à déposer sur le décès de la femme Meynard, croit pouvoir affirmer qu'il fut la suite d'un avortement. Le corps de la défunte ne fut pas soumis à l'autopsie, l'exhumation étant inutile, étant donné l'époque éloignée de la mort. Le docteur Patry, de Paris, cité par la défense, combat les conclusions du rapport du docteur Garat. Une longue discussion scientifique s'engage alors entre les deux praticiens, discussion à laquelle prend part le docteur Long-Savigny.



Sur le fait Hirigoyen, le livreur Lafont se défend d'avoir dit à l'accusée qu'il connaissait une femme qui faisait avorter et de l'avoir conduite chez la femme Lassibille. La femme Hirigoyen affirme, cependant, qu'il fut au courant de sa grossesse comme de son avortement. Le témoin reconnaît que le 18 mars, comme il se rendait à l'instruction à Bayonne, quelqu'un qu'il ne connaît pas l'aurait abordé et lui aurait dit : "Niez, niez, toujours."



Après une suspension d'audience, la femme Lamothe, qui fut au service de la veuve Lassibille, chez laquelle l'accusée Hirigoyen aurait été en traitement, revient sur les déclarations qu'elle avait faites à l'instruction.



- Si j'ai signé, dit-elle, le procès-verbal qu'on m'a présenté, c'est parce qu'on m'a menacée, mais je n'ai jamais dit avoir entendu des gémissements partant de la pièce où était Mme Hirigoyen.



Le témoin affirme n'avoir jamais entendu non plus les propos qu'on lui prête ni avoir vu pénétrer le docteur Long-Savigny dans la maison.



Incident sur incident.



En présence de l'attitude de Mme Lamothe, le président décide que le juge d'instruction de Bayonne sera entendu et confronté avec elle-même.



Un incident est provoqué par la présence, à la barre, d'une autre locataire de Mme Lassibille, Mlie Yvonne Faure. Cette jeune femme prétend qu'on l'aurait obligée à signer, sous menace d'arrestation, à l'instruction, les déclarations qui figurent au dossier. 



A ce moment, un troisième incident se produit. L'avocat général communique à la cour un télégramme venant de Bayonne et dans lequel il est écrit que le docteur Long-Savigny n'a jamais été tenu au secret. L'accusé avait dit y avoir été maintenu pendant soixante-dix jours.



L'affaire, on le voit, se complique. Un autre témoin, une femme Laguens, affirme, de son côté, avoir été l'objet de menaces de la part du commissaire de police de Biarritz. Ce magistrat confronté avec elle proteste avec énergie contre une pareille accusation. 



Mme Lamothe rappelée à la barre prétend que lors de sa comparution chez le commissaire de police, ce fut Mlle Plassaud, déjà entendue, qui répondait pour elle. Elle dit encore que la femme Plassaud lui aurait conseillé : "Il faut le dire, ça l'enfoncera davantage", et elle faisait allusion au docteur Long-Savigny. Mlle Plassaud conteste le fait, elle révèle les circonstances qui l'auraient poussée à dire tout ce qu'elle savait contre le docteur Long-Savigny et à informer complaisamment la police.



- J'ai simplement voulu me venger, dit-elle, de ce qu'il m'avait fait. C'est lui, qui m'a fait inscrire sur les livres de la police. 



Le docteur Long-Savigny s'élève avec indignation contre cette assertion. Il prétend, au contraire, que ce fut lui qui fit lever l'inscription infamante : "Et voilà de quelle façon vous me remerciez !"



Me Ardisson, avocat du docteur Long-Savigny, croit devoir rappeler que chaque témoin prête serment de parler sans haine. Or, Mlle Plassaud vient de déclarer qu'elle a obéi à un bas sentiment de vengeance. Son témoignage doit, donc être tenu pour suspect par la justice.


"Quant à moi, s'exclame-t-il, je le récuse complètement."



Le docteur Long-Savigny s'écrie alors : "C'est à cette femme, à qui je n'ai jamais fait aucun mal, que je dois d'avoir perdu ma liberté, ma situation, que je risque peut-être aujourd'hui le bagne. C'est déplorable."



Déposition élogieuse.



Cette partie du débat produit sur le public autorisé à assister à l'audience une grosse émotion.



M. le sénateur Forsans, maire de Biarritz, qui eut le docteur Long-Savigny comme premier adjoint, fait de ce dernier un grand éloge. Il le connaît depuis plus de vingt ans et rappelle son passé depuis le moment où il arriva à Biarritz. C'est, affirme-t-il, un travailleur, un homme profondément bon et honnête, ayant toujours rempli loyalement et avec dévouement les fonctions dont il avait été investi et qu'il croit incapable d'avoir commis les actes qu'on lui reproche. M. Forsans croit savoir que le docteur Long-Savigny est victime de jalousies, d'inimitiés que sa réussite à soulevées. Il dit encore que la situation de sa commune est des meilleures, au point de vue des naissances. Le dernier recensement l'a prouvé.



biarritz 1919 pays basque autrefois maire
PIERRE FORSANS MAIRE DE BIARRITZ - MIARRITZE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le cocher Plantin, qui fut l'amant de la veuve Lassibille, est à ce point atteint d'amnésie, que l'avocat général, en présence de son étrange attitude, croit devoir réclamer son arrestation. Le conseiller Correch ne croit pas cependant devoir user de rigueur et met une grande patience à arracher quelques paroles à ce témoin. Demain, la suite des débats."



A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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vendredi 2 septembre 2022

L'AFFAIRE DES AVORTEMENTS DE BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1911 (troisième partie)

 

L'AFFAIRE DES AVORTEMENTS DE BIARRITZ EN 1911.


Avant le 17 janvier 1975 et depuis 1810, l'avortement en France était criminalisé et défini selon les époques de délit ou de crime. Sous le régime de Vichy, en 1942, l'avortement était considéré comme un crime contre l'Etat français et passible de la peine de mort.




pays basque autrefois gare labourd
GARE DU MIDI BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Petit Parisien, le 29 mai 1911 :



"Les avortements de Biarritz. 



Le défilé des témoins.



Pau, 28 mai.



Bien que ce soit aujourd'hui dimanche, la cour d'assises siège. M. le conseiller Correch qui dirige les débats avec la plus haute impartialité, a, en effet, hâte d'en finir. 



Nombreux en effet sont les témoins à entendre, car la défense en a fait citer beaucoup



Le président reprend, à l'ouverture des débats, l'audition des témoins. Ceux appelés à déposer sur le fait Mercédès Jimenes, dite "Pepita Pilar", sont entendus. On sait que cette jeune femme, qui avorta de deux jumeaux, n'a pas été retrouvée, en dépit de recherches faites par la police.



Mlle Plassaud, que nous avons déjà entendue plusieurs fois et qui parait avoir été une des chevilles ouvrières de l'information, affirme avoir reçu l'aveu de la faute de Mlle Pepita Pilar. Celle-ci lui aurait déclaré qu'elle avait eu recours aux soins du docteur Long-Savigny. Elle aurait même ajouté qu'elle avait été très satisfaite. 



Le docteur Long-Savigny proteste avec énergie contre cette déposition.



Noua abordons maintenant le fait Gabrielle Rabauze, femme Poyet. Cette jeune personne aurait, en 1903, alors qu'elle était enceinte, reçu la visite, certain soir, vers cinq heures, du docteur Long-Savigny, qui serait demeuré une demi-heure environ auprès d'elle. Le lendemain une de ses voisines, Mme Pascual, qui avait remarqué sa grossesse, s'étonna de sa pâleur et la questionna à ce sujet. La jeune femme aurait alors avoué qu'elle s'était fait avorter, mais sans dire par qui l'opération fut faite. 



Mme Poyet protesta, disant qu'elle n'a jamais fait de confidence au témoin. 



A la demande d'un des avocats, Mme Pascual déclare qu'elle n'a pas été menacée d'une arrestation par le commissaire de police mais elle a rencontré au palais de justice de Bayonne plusieurs personnes qui lui auraient conseillé vivement de dire la vérité sous peine de se voir inquiétée.



L'avocat général : - Etait-ce une des personnes qui avaient eu mission légale de vous interroger? 


Le témoin. - Non.


L'avocat général. - C'est tout ce qu'il me faut. 



La déposition actuelle de Mme Pascual est moins précise, car, à l'instruction, elle avait formellement reconnu M Long-Savigny pour être le médecin venu en 1903 au chevet de la femme Poyet.



Sur le fait Meynard, la cour entend Mme Miramon, la mère de Mme Meynard, qui, nous l'avons dit, succomba aux manœuvres abortives dont elle avait été l'objet et au sujet desquelles le mari est poursuivi comme complice.



Ce témoin déclare que sa fille, au chevet de laquelle elle était accourue dès le début de sa maladie, lui avait dit s'être fait avorter par le docteur Long-Savigny ; mais elle ne saurait préciser si ce fut cher elle ou chez le docteur que l'opération eut lieu. Elle ajoute que c'était Meynard qui avait conseillé à sa femme de se faire avorter. 



Une vive discussion s'engage alors entre la défense et l'organe du ministère publie. 



Me Ardisson s'étonne de ce fait, Mme Miramon, entendue d'abord à Montauban, où elle habite, n'avait pas, dans sa déposition, prononcé le nom du docteur Long-Savigny ; ce fut seulement à Bayonne qu'elle tint un nouveau langage, et il observe qu'à ce nouveau questionnaire, le procureur de la République était présent, ce qui est, déclare-t-il, contraire à la loi.


pays basque autrefois labourd plage
PORT DES PÊCHEURS BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN



Tel n'est pas l'avis de M. Sens-Olive, avocat général, qui pense que le procureur de la République a usé de son droit absolu. 



La défense tend à insinuer par cette intervention que l'instruction n'aurait pas été dirigée en toute impartialité.



Des témoins, ajoute Me Ardisson, sont revenus complètement sur leurs premières dépositions. 



M. Correch clôt l'incident en disant que ce que les jurés doivent retenir c'est ce qui se dit à l'audience.



La déposition de Mlle Labegueyrie nous révèle un détail assez amusant. On a vu que son homonyme, la femme Labegueyrie, qui figure parmi les accusées, avait déclaré que si elle s'était fait avorteur, c'était parce qu'elle craignait d'avoir des enfants difformes ou malades. Or, la sage-femme nous apprend que l'un des bébés de la femme Labegueyrie a obtenu un prix de beauté. 


pays basque autrefois plage labourd
PLAGE BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN


Entre experts.



Le docteur expert Garat, déjà entendu dans trois autres affaires, appelé à déposer sur le décès de la femme Meynard, croit pouvoir affirmer qu'il fut la suite d'un avortement. Le corps de la défunte ne fut pas soumis à l'autopsie, l'exhumation étant inutile, étant donné l'époque éloignée de la mort. Le docteur Patry, de Paris, cité par la défense, combat les conclusions du rapport du docteur Garat. Une longue discussion scientifique s'engage alors entre les deux praticiens, discussion à laquelle prend part le docteur Long-Savigny.



Sur le fait Hirigoyen, le livreur Lafont se défend d'avoir dit à l'accusée qu'il connaissait une femme qui faisait avorter et de l'avoir conduite chez la femme Lassibille. La femme Hirigoyen affirme, cependant, qu'il fut au courant de sa grossesse comme de son avortement. Le témoin reconnaît que le 18 mars, comme il se rendait à l'instruction à Bayonne, quelqu'un qu'il ne connaît pas l'aurait abordé et lui aurait dit : "Niez, niez, toujours."



Après une suspension d'audience, la femme Lamothe, qui fut au service de la veuve Lassibille, chez laquelle l'accusée Hirigoyen aurait été en traitement, revient sur les déclarations qu'elle avait faites à l'instruction.



- Si j'ai signé, dit-elle, le procès-verbal qu'on m'a présenté, c'est parce qu'on m'a menacée, mais je n'ai jamais dit avoir entendu des gémissements partant de la pièce où était Mine Hirigoyen.



Le témoin affirme n'avoir jamais entendu non plus les propos qu'on lui prête ni avoir vu pénétrer le docteur Long-Savigny dans la maison.



pays basque autrefois eglise labourd
EGLISE ST CHARLES BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN


Incident sur incident.



En présence de l'attitude de Mme Lamothe, le président décide que le juge d'instruction de Bayonne sera entendu et confronté avec elle-même.



Un incident est provoqué par la présence, à la barre, d'une autre locataire de Mme Lassibille, Mlle Yvonne Faure. Cette jeune femme prétend qu'on l'aurait obligée à signer, sous menace d'arrestation, à l'instruction, les déclarations qui figurent au dossier. 



A ce moment, un troisième incident se produit. L'avocat général communique à la cour un télégramme venant de Bayonne et dans lequel il est écrit que le docteur Long-Savigny n'a jamais été tenu au secret. L'accusé avait dit y avoir été maintenu pendant soixante-dix jours.



L'affaire, on le voit, se complique. Un autre témoin, une femme Laguens, affirme, de son côté, avoir été l'objet de menaces de la part du commissaire de police de Biarritz. Ce magistrat confronté avec elle proteste avec énergie contre une pareille accusation. 



Mme Lamothe rappelée à la barre prétend que lors de sa comparution chez le commissaire de police, ce fut Mlle Plassaud, déjà entendue, qui répondait pour elle. Elle dit encore que la femme Plassaud lui aurait conseillé : "Il faut le dire, ça l'enfoncera davantage", et elle faisait allusion au docteur Long-Savigny. Mlle Plassaud conteste le fait, elle révèle les circonstances qui l'auraient poussée à dire tout ce qu'elle savait contre le docteur Long-Savigny et à informer complaisamment la police.



- J'ai simplement voulu me venger, dit-elle, de ce qu'il m avait fait. C'est lui, qui m'a fait inscrire sur les livres de la police. 



Le docteur Long-Savigny s'élève avec indignation contre cette assertion. Il prétend, au contraire, que ce fut lui qui fit lever l'inscription infamante : "Et voilà de quelle façon vous me remerciez !"



Me Ardisson, avocat du docteur Long-Savigny, croit devoir rappeler que chaque témoin prête serment de parler sans haine. Er, Mlle Plassaud vient de déclarer qu'elle a obéi à un bas sentiment de vengeance. Son témoignage doit, donc être tenu pour suspect par la justice.



"Quant à moi, s'exclame-t-il, je le récuse complètement."



Le docteur Long-Savigny s'écria alors : 

"C'est à cette femme, à qui je n'ai jamais fait aucun mal, que je dois d'avoir perdu ma liberté, ma situation, que je risque peut-être aujourd'hui le bagne. C'est déplorable."



pays basque autrefois bains plage labourd
BAINS PORT-VIEUX BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN


Déposition élogieuse.



Cette partie du débat produit sur le public autorisé à assister à l'audience une grosse émotion.



M. le sénateur Forsans, maire de Biarritz, qui eut le docteur Long-Savigny comme premier adjoint, fait de ce dernier un grand éloge. Il le connaît depuis plus de vingt ans et rappelle son passé depuis le moment où il arriva à Biarritz. C'est, affirme-t-il, un travailleur, un homme profondément bon et honnête, ayant toujours rempli loyalement et avec dévouement les fonctions dont il avait été investi et qu'il croit incapable d'avoir commis les actes qu'on lui reproche. M. Forsans croit savoir que le docteur Long-Savigny est victime de jalousies, d'inimitiés que sa réussite à soulevées. Il dit encore que la situation de sa commune est des meilleures, au point de vue des naissances. Le dernier recensement l'a prouvé.



Le cocher Plantin, qui fut l'amant de la veuve Lassibille, est à ce point atteint d'amnésie, que l'avocat général, en présence de son étrange attitude, croit devoir réclamer son arrestation. Le conseiller Correch ne croit pas cependant devoir user de rigueur et met une grande patience à arracher quelques paroles à ce témoin. 



Demain, la suite des débats."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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mardi 2 août 2022

L'AFFAIRE DES AVORTEMENTS DE BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1911 (deuxième partie)

 

L'AFFAIRE DES AVORTEMENTS DE BIARRITZ EN 1911.


Avant le 17 janvier 1975 et depuis 1810, l'avortement en France était criminalisé et défini selon les époques de délit ou de crime. Sous le régime de Vichy, en 1942, l'avortement était considéré comme un crime contre l'Etat français et passible de la peine de mort.



pays basque autrefois gare labourd
GARE DU MIDI BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Petit Parisien, le 28 mai 1911 :



"Les avortements de Biarritz



Audition des témoins.


Pau, 27 mai.



Aujourd'hui se sont poursuivis, devant la cour d'assises des Basses-Pyrénées, les débats de l'affaire des avortements de Biarritz.



Nous avons dit, hier, que, sur la proposition de l'avocat général, la cour d'assises avait prononcé le huis-clos, ce procès étant de nature, alléguait-elle, à être préjudiciable à l'ordre et aux bonnes mœurs.



Après l'interrogatoire des douze accusés, qui s'était terminé hier soir sans jeter un jour nouveau sur cette triste affaire, le président des assises, M. Correch, conseiller à la cour d'appel, a procédé à l'audition des témoins.



pays basque autrefois bains plage labourd
BAINS PORT-VIEUX BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le docteur Lavergne, entendu le premier, donna des soins parallèlement avec le docteur Long-Savigny, à Mme Ménard, à Biarritz. Comme aujourd'hui elle est décédée, il ne veut rien dire de ce qu'il a constaté et, malgré l'insistance de l'avocat général Sens-Olive, il se retranche derrière le secret professionnel.



Il est alors procédé à l'ouverture des caisses renfermant les pièces à conviction. Celles-ci se compostent d'une infinité d'instruments de chirurgie. Le docteur Long-Savigny croit devoir faire cette remarque aux jurés :

- Je tiens à faire observer, dit-il, que ces pièces sont d'ordre purement médical et non, comme on pourrait le croire, des instruments destinés à provoquer des avortements.



M. Averous, commissaire de police de Biarritz, vient ensuite faire part des résultats généraux de l'enquête à laquelle il fut chargé de procéder par le parquet de Bayonne. Puis on entend, par ordre chronologique, les personnes appelées à déposer sur chacun des faits retenus par l'accusation. Sur le fait Lucie Dabadie, veuve Dain, la cour recueille les témoignages de Mmes Joannoteguy, Goazir, et Plassous, qui tendent à démontrer que l'accusée était, en 1903, en état de grossesse et que cette grossesse disparut subitement. La veuve Dain aurait même fait l'aveu, à Mme Plassous. des manœuvres dont elle avait été l'objet. La veuve Dain accuse la femme Plassous d'exercer contre elle une vengeance. Celle-ci proteste. 



pays basque autrefois eglise labourd
EGLISE ST CHARLES BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN


M. Moussempes, tuilier, qui employait Dain, le mari de l'accusée, et considérait celui-ci comme un ami, émet cet avis que Dain était un homme droit, honnête, incapable de donner à sa femme un mauvais conseil. Le malheureux ne put d'ailleurs surmonter le désespoir que lui causa l'arrestation de sa femme. Il se suicida en absorbant du poison. La veuve Dain est prise, à ces souvenirs, d'une violente crise de larmes.



Sur le fait Marthe Labegueyrie, la cour entend d'abord, en vertu de son pouvoir discrétionnaire, le mari de cette accusée, qui fut un instant impliqué dans l'affaire, puis relaxé, son innocence étant manifeste. Sa femme prenait des médicaments et il ne sut que plus tard qu'elle était allée trouver le docteur Long-Savigny. Me Claverie a reçu les confidences de la femme Labegueyrie, au sujet de ses projets d'avortement. Elle lui a toujours déclaré qu'elle agissait à l'insu de son mari. Divers témoins déposent sur ce même sujet et dans le même sens. Elle était allée dans l'intervalle consulter le docteur Long-Savigny.



Le docteur Garat, qui eut mission d'examiner la plupart des accusées et sera appelé à déposer sur le cas particulier de chacune, est entendu sur le fait Labegueyrie. Sa conclusion est que cette femme avait avorté depuis peu quand il la vit et qu'elle n'avait pu se faire avorter elle-même, ce qui provoque une longue discussion scientifique.



Une suspension est prononcée.


pays basque autrefois plage labourd
PLAGE BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN

A la reprise, la cour entend le docteur Vibert, médecin légiste à Paris. Il fut chargé de se prononcer sur les vraisemblances ou les invraisemblances du récrit produit par la femme Labegueyrie, concernant les manœuvres auxquelles elle affirme avoir été soumise par le docteur Long-Savigny. Sa conclusion est celle-ci : "La version donnée par l'accusée n'a rien d'inadmissible, mais elle peut avoir été inventée, les divers modes des manoeuvres semblables étant très répandue."



Le docteur Doleris, membre de l'Académie de médecine, cité par la défense, fait ensuite une très longue déposition, de laquelle nous retiendrons ceci : "Les explications fournies par la femme Labegueyrie sont invraisemblables." Et il estime que l'avortement en question a pu être naturel et non criminel.



L'examen du fait Labegueyrie ayant occupé la majeure partie de l'audience, on passe ensuite au fait Rouanet. Les témoins entendus sont Mlle Plassaud, puis la logeuse, Mme Biarracarry, chez laquelle la femme Rouanet, alors Catherine Bayle, habitait à Biarritz au moment de son avortement. 



La déposition du commissaire central Mas, de Bayonne, qui fut chargé d'enquérir sur le fait Marie Etcheverry, soulève des protestations très vives de la part de cette jeune femme, qui déclare n'avoir jamais été une fille galante, ainsi que les renseignements de police la représentent.



Quand, ensuite, la cour a examiné le fait Fabre, de nouveau le docteur Long-Savigny croit devoir faire entendre des protestations d'innocence. Il affirme ne pas avoir opéré cette jeune fille. Me Ardisson, son défenseur, se plaint de certaines incorrections qui auraient été commises pendant l'instruction. Ainsi, Mlle Plassaud, une des accusatrices, aurait assisté au questionnaire d'autres témoins et approuvé ou contredit leurs dépositions, ce qui est contraire à la loi, et il conclut que son client et les autres accusés auraient été emprisonnés dans des conditions illégales.



L'audience est levée à sept heures. Demain, suite des débats."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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samedi 2 juillet 2022

L'AFFAIRE DES AVORTEMENTS DE BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1911 (première partie)

L'AFFAIRE DES AVORTEMENTS DE BIARRITZ EN 1911.


Avant le 17 janvier 1975 et depuis 1810, l'avortement en France était criminalisé et défini selon les époques de délit ou de crime. Sous le régime de Vichy, en 1942, l'avortement était considéré comme un crime contre l'Etat français et passible de la peine de mort.




pays basque autrefois gare labourd
GARE DU MIDI BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Petit Parisien, dans plusieurs éditions, en premier 

lieu le 26 mai 1911 :



"Les avortements de Biarritz. 

Le Dr Long-Savigny et ses "clientes' devant le jury des Basses-Pyrénées.


Pau, 25 mai.



Le scandale qui éclata, l'hiver dernier, à Biarritz et causa dans tout le pays basque une véritable stupeur aura bientôt son épilogue en justice.



C'est demain vendredi, en effet, que le docteur Long-Savigny et la longue série de jeunes femmes sur lesquelles il aurait pratiqué des manœuvres abortives comparaitront devant la cour d'assises des Basses-Pyrénées, présidée par M. Correch, conseiller à la cour de Pau.



Les accusés seront au nombre de douze un treizième, Mlle Jimenez Mercédès Rodriguez dite "Pepita Pilar", originaire de Madrid, n'a pu être retrouvée.



Voici leurs noms :

En premier lieu, le docteur Georges Long dit Savigny, cinquante-trois ans, médecin à Biarritz ;

Puis :

Pauline Abadie, veuve Dain, trente-trois ans, ménagère à Laluque (Landes) ;

Victorine Rouanet, quarante et un ans, ménagère à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) ;

Gabrielle Poyet, vingt-neuf ans, sans profession, à Biarritz ;

Marie Etcheverry, vingt-six ans, sans profession, à Bayonne ;

Auguste Meynard, trente-trois ans, crémier à Biarritz ;

Marie Hirigoyen, trente-cinq ans, cuisinière à Bayonne ;

Marie Fabre, dix-neuf ans, artiste, à Paris ;

Marthe Labegueyrie, trente et un ans, ménagère, à Biarritz ;

Marguerite Calou, vingt-deux ans, sans profession, à Biarritz ;

La veuve Lassibille, trente-sept ans, logeuse, à Biarritz ;

Enfin, M. Edouard-John Holloway, originaire de Baltimore, cinquante-trois ans, provisoirement à Biarritz.




pays basque autrefois plage labourd
PLAGE BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN



Les dénonciations.

A la suite de quelles circonstances les crimes aujourd'hui reprochés à ce praticien furent-ils découverts ? C'est ce que nous allons exposer.



Pendant bien longtemps, le magistrat chargé de l'information se refusa à croire à la culpabilité du docteur Long-Savigny, dont la réputation à Biarritz était des plus solidement établies. Celui-ci était directeur du bureau d'hygiène et de salubrité, médecin de l'état-civil et de l'Assistance publique ; de plus, il avait été adjoint au maire et avait occupé d'autres fonctions.



Ce fut une lettre anonyme adressée au parquet de Bayonne dans les premiers jours du mois de janvier 1910 qui fit éclater le scandale.



Dans ce pli, dont la justice fut obligée de tenir compte, une ménagère de Biarritz, Marthe Farabus, épouse Labegueyrie, était dénoncée comme s'étant fait avorter, cela avec la complicité du docteur Long-Savigny. 



L'accusation était grave. Une enquête fut faite avec une extrême réserve. Mandée au parquet, Marthe Labegueyrie fut interrogée. Tout d'abord, elle opposa des dénégations, puis elle se décida à avouer. 



Atteinte d'une grossesse qu'elle voulait faire disparaître, elle était allée, déclara-t-elle, consulter le docteur Long-Savigny, qui lui avait été indiqué par plusieurs personnes. Le praticien ne fit aucune difficulté à l'opérer et réclama cinquante francs seulement pour prix de son intervention. 



Et elle fournit des détails si précis, si complets, qu'il fut impossible de douter un seul instant de sa sincérité. D'ailleurs, un expert, le docteur Garat, désigné pour l'examiner, confirma ses déclarations après avoir constaté qu'elle portait les signes caractéristiques d'un avortement récent correspondant à une grossesse de trois mois.



En présence de ces faits, le juge d'instruction n'hésita pas à faire venir le docteur Long-Savigny à son cabinet. Le docteur protesta hautement de son innocence. Il reconnut avoir donné ses soins à la femme Labegueyrie, avoir reçu d'elle cinquante francs à titre d'honoraires mais c'était, affirma-t-il, pour toute autre cause que celle indiquée par sa cliente.



Malheureusement pour lui, une lettre bien compromettante avait été saisie au cours d'une perquisition chez Marthe Labegueyrie. Cet envoi, daté du 30 novembre c'est-à-dire antérieurement aux aveux de cette jeune femme, était adressé au docteur Long-Savigny, auquel elle demandait conseil sur l'attitude qu'elle devait prendre devant le magistrat enquêteur.



Cette lettre établissait nettement le lien de complicité entre le médecin et sa cliente. L'information qui se poursuivit sans relâche devait révéler bien d'autres faits à la charge du docteur. Celui-ci fut fréquemment appelé au Palais de justice, ce qui causa un gros émoi, pour y fournir des explications, des justifications. Celles qu'il donna parurent insuffisantes, faut-il croire, car, le 26 décembre dernier, il était définitivement inculpé et finalement mis sous mandat de dépôt.



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EGLISE ST CHARLES BIARRITZ 1911
PAYS BASQUE D'ANTAN



Tristes faits.



Cette mesure n'avait pas été prise, cependant, on va le voir, sans de sérieux motifs. L'instruction établit, en effet, que le docteur se livrait, depuis bien des années déjà, aux coupables pratiques qui lui sont reprochées. Il était connu dans le demi-monde comme médecin avorteur et sa réputation s'était étendue jusqu'à la classe ouvrière. 



Il est même inexplicable que la justice n'ait pas été mise plus tôt en mouvement.



Ainsi que nous le disons plus haut, une série d'autres faits furent révélés au parquet de Bayonne qui, le 1er janvier 1911, lançait à Saint-Sébastien deux mandats d'arrêt, l'un contre une demoiselle Marie Calou, âgée de vingt-deux ans, petite-fille d'un honorable commerçant, l'autre contre l'amant de cette dernière, un riche Américain, M. John Holloway, qui viendront s'asseoir aux côtés du docteur Long-Savigny, sur le banc des assises.



Marie Calou, enceinte de deux mois et désirant cacher son état, avait quitté le domicile de son grand-père pour venir se fixer d'abord dans la commune d'Anglet, puis à Biarritz, où son ami avait loué pour elle un logement sous le faux nom de Mme veuve Bernard.



La santé de Marie Calou avait été excellente jusqu'au 22 novembre, date à laquelle elle reçut, pour la première fois, la visite du docteur Long-Savigny mais, à partir de ce moment, et jusqu'à sa délivrance, qu'elle prit soin de dissimuler, vainement d'ailleurs, aux personnes qui l'approchèrent, elle éprouva les plus horribles souffrances criant la nuit au point que sa logeuse crut devoir lui donner congé.



Le 14 novembre, elle quittait précipitamment et mystérieusement Biarritz dans une automobile louée par son amant et gagnait Irun. C'est dans cette ville qu'elle résidait quand le scandale éclata. Mise au courant des événements, la jeune femme s'empressa de franchir la frontière et alla se fixer à Saint-Sébastien, où elle se croyait, bien à tort, à l'abri des poursuites. Elle fut en effet extradée et ramenée en France.



L'examen médical auquel elle fut soumise, après son incarcération, par les docteurs Vic et Garat, ne laisse aucun doute sur la nature des manœuvres exercées sur elle par le docteur Long-Savigny. Sa fuite précipitée, mystère dont sa courte maladie fut entourée, ses aveux à l'agent de police Jimenez, qui opéra son arrestation et l'offre qu'elle lui fit d'une somme de 5 000 francs pour la laisser fuir, suffisent amplement à démontrer sa culpabilité ainsi que la complicité de son amant, l'Américain Holloway et du docteur Long-Savigny qui, seul, lui donna des soins.



L'ancien adjoint se trouvait définitivement compromis. De nouvelles inculpations furent relevées contre lui.



En réalité, le docteur Long-Sarvigny pratiquait depuis de longues années l'avortement, ainsi qu'en témoigne cette rapide nomenclature.



En 1903, il exerce des manœuvres sur une demi-mondaine, Pauline Abadie, dite Lucie en septembre 1904, sur une femme Catherine Bayle, alors célibataire, aujourd'hui épouse Rouanet (celle-ci a fait des aveux complets), et reçoit 200 francs comme honoraires ; en 1905, au commencement de l'année, sur une jeune artiste d'origine espagnole, Mlle Jimenez Rodriguez, dite "Pepita Pilar", qu'on n'a pu retrouver ; également en 1905, sur Marie Etcheverry. Celle-ci, qui habite Bayonne, était venue, à cet effet, se fixer à Biarritz, villa des Tamaris. Elle fut délivrée, ce qui lui coûta 200 francs ; toujours à la même époque, sur une demoiselle Jane Rabouze, aujourd'hui épouse Poyet, qui, étant en état de grossesse et craignant d'être abandonnée par son amant, avait eu recours à ses soins ; en 1908, sur une dame Ménard, dont le mari tient une crémerie à Biarritz. Moins heureuse que les autres personnes que nous venons de nommer, celle-ci mourut à la suite de l'opération et du traitement que lui fit subir le docteur Long-Savigny. Le docteur Garat, qui eut mission d'instruire la justice sur ce cas particulier, affirme que le décès de la femme Meynard doit être attribué à l'avortement qui le précéda. Le mari de la morte, poursuivi pour complicité, a d'ailleurs reconnu avoir conduit sa femme chez le docteur Long-Savigny. Celle-ci lui aurait dit en sortant de chez le praticien où elle était demeurée assez longtemps "Je viens de faire passer ma grossesse."



En mars 1909, sur la femme Hirigoyen, alors domestique à Biarritz ; en mai 1909, sur Marie Fabre, alors âgée de dix-sept ans. Cette jeune fille fut très malade après l'opération et dut être transportée à l'hôpital ; sur la femme Labegueyrie en octobre 1910, crime qui amena la découverte de tous les autres. Enfin, en octobre 1910, sur Mile Marie Calou.



Ce procès sensationnel nécessitera de longues audiences, six au moins. Cinquante-six témoins ont été cités."





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BAINS PORT-VIEUX BIARRITZ 1911
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A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



 



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