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mercredi 1 septembre 2021

LES CRÂNES BASQUES DE ZARAUTZ ET DE SAINT-JEAN-DE-LUZ AU PAYS BASQUE EN 1958 (troisième et dernière partie)

 

LES CRÂNES BASQUES DE ZARAUTZ ET DE SAINT-JEAN-DE-LUZ EN 1958.


Depuis très longtemps, des chercheurs cherchent les origines du peuple Basque.




VIEILLE FEMME
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet Paulette Marquer, dans un Travail du Laboratoire 

d'Anthropologie du Musée de l'Homme :


Craniologie des Basques de Zaraus et de Saint-Jean-de-Luz.



Conclusions :



Les comparaisons précédentes se sont donc révélées assez décevantes. Dans l'état présent de nos connaissances cranio-métriques sur les Basques anciens et actuels, il ne semble pas que nous puissions relever avec exactitude un ensemble de caractères qui permettent de leur donner une place fixe dans la nomenclature raciale européenne. Aussi est-ce à bon droit que nous nous étonnons des conclusions de l'article de G. M. Morant, basées sur l'étude de 30 crânes masculins de la collection de Zaraus, conclusions qui affirment que les particularités relevées sur les crânes basques ne sont pas suffisantes pour justifier un isolement racial du type et qui présentent comme "extrêmement probable" le fait que les Basques "puissent être plus intimement rapprochés de l'une quelconque des races actuelles de l'Ouest de l'Europe que de n'importe quelle autre race". C'est là une évidence logique qui frise la vérité de La Palisse, sans apporter de réelle solution au problème.



Les hypothèses que l'on peut glaner, ici et là, dans les manuels d'Anthropologie générale ou dans les ouvrages spéciaux consacrés à l'Europe ne sont guère plus satisfaisantes. La plupart se bornent à voir dans la morpho-physiologie basque une combinaison plus ou moins complexe de quelques types raciaux européens, à l'intérieur de laquelle les éléments formateurs varient mais qui est régie par le même processus ethnogénique. Von Eickstedt par exemple (1934) invoque un croisement dinaro-méditerranéen sur lequel serait venu se greffer un apport alpin. Coon, à sa suite (1939), admet un fond méditerranéen ultérieurement modifié par une influence brachycéphale, en grande partie d'origine diharique, en petite partie d'origine alpine. Sauter (1952) fait sienne cette dernière opinion, mais en pensant que l'influence alpine a dû l'emporter sur l'influence dinarique. Ce sont là de simples indications d'orientation générale de la recherche qui relèvent de l'intuition plus que d'une solide documentation anthropologique. Si l'élément méditerranéen, bien que nous n'ayons pas pu le mettre en évidence ni à plus forte raison définir son rôle exact dans la formation du peuple basque, demeure encore un facteur possible sur le plan conceptuel, il n'en est pas de même pour l'élément alpin qui n'a très vraisemblablement eu aucune influence dans l'ethnogénèse basque. 


pays basque autrefois origines
EGON VON EICKSTEDT


Les Basques français, malgré leur brachycéphalie, se sont montrés très différents des vrais Alpins ; les Basques espagnols en sont encore plus éloignés. Rien, semble-t-il, ni dans la forme du crâne — nous avons insisté sur le caractère très particulier de la brachycéphalie des Basques français qui les apparentent plus à des dolichocéphales qu'à de vrais brachycéphales — , ni dans la morphologie faciale — si spéciale chez les Basques qu'elle suffit à les isoler en tant que type racial — ne justifie un rapprochement Basques et Alpins. 




Quant au facteur dinarique, bien qu'on en ait très souvent parlé, on se demande comment on a pu l'invoquer au sujet des Basques : les Dinariques ont un indice crânien élevé que n'atteignent jamais les plus brachycéphales des Basques ; l'occiput très aplati donne par ailleurs au crâne dinarique un aspect spécial qui le rend très différent de celui des Basques espagnols, qui possède presque toujours un chignon occipital et même de celui des Basques français, chez lesquels il n'existe jamais d'aplatissement marqué pouvant être considéré comme un caractère racial différentiel. 




Par ailleurs on ne voit pas très bien d'où serait venu cet élément dinarique ni comment il aurait pu se trouver en contact avec l'élément basque, les deux populations ayant des aires d'habitat fort éloignées l'une de l'autre. Nous aurions aimé trouver une série de crânes dinariques susceptible d'être comparée à notre série basque pour montrer avec des chiffres à l'appui les différences qui séparent ces deux types physiques ; en l'absence de cette preuve métrique, il nous faut nous contenter des oppositions que nous venons de signaler et qui nous semblent suffisamment parlantes pour éliminer le rôle du facteur dinarique. 



Pour tous ces auteurs, il n'existe donc pas à proprement parler une race basque mais simplement une variété régionale qui emprunte l'essentiel de ses caractères au peuple méditerranéen. Deniker (1926) et Montandon (1935) n'exprimaient pas une idée différente quand ils considéraient les Basques comme une variante du type atlanto-méditerranéen. H. V. Vallois (1943) parle également d'un "type secondaire" possédant quelques caractères qui le rapprochent des Alpins, et d'autres, plus nombreux, qui l'apparentent aux Méditerranéens ; il suggère l'idée de "Méditerranéens brachycéphalisés". Mais dans un travail plus récent sur les groupes sanguins (1951), cet auteur signale la formule sanguine très particulière des Basques : abaissement de B, élévation de O, fréquence du phénotype Rh qui, jointe à leurs autres particularités anthropologiques, leur donne une place à part parmi les populations pyrénéennes .



La thèse d'une race particulière semble par contre l'emporter chez les auteurs espagnols. C'est la conclusion provisoire à laquelle nous nous arrêterons nous-même. Par leur morphologie très spéciale autant que par leur langue et leur ethnie, les Basques sont nettement individualisés parmi les races du Sud-Ouest de l'Europe. L'étude statistique de leurs caractères crâniens met nettement en évidence leurs particularités mais ne nous a pas permis de dégager un ensemble de relations nettes avec l'une quelconque des grandes races qui entourent les Basques. Mais nous ne nous dissimulons pas l'insuffisance d'un examen reposant uniquement sur deux séries de crânes qui proviennent chacune d'une seule localité, pour établir une diagnose sérieuse de la race basque. 



Comme nous l'avons déjà dit au début de cette étude, nous ne considérons ce travail qu'au titre d'une enquête préliminaire que nous comptons bien poursuivre sur des sujets vivants, dans le Pays basque lui-même, et qui nous permettra, nous l'espérons, d'apporter une contribution plus vaste à la solution de ce problème si troublant pour l'anthropologiste."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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dimanche 1 août 2021

LES CRÂNES BASQUES DE ZARAUTZ ET DE SAINT-JEAN-DE-LUZ AU PAYS BASQUE EN 1958 (deuxième partie)

 

LES CRÂNES BASQUES DE ZARAUTZ ET DE SAINT-JEAN-DE-LUZ EN 1958.


Depuis très longtemps, des chercheurs cherchent les origines du peuple Basque.




pays basque autrefois femmes
VIEILLE FEMME
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet Paulette Marquer, dans un Travail du Laboratoire 

d'Anthropologie du Musée de l'Homme :


Craniologie des Basques de Zaraus et de Saint-Jean-de-Luz.




Les deux séries de crânes qui font l'objet du présent travail appartiennent à la collection Broca. Ce sont celles-là même qui ont servi à l'éminent anthropologiste du siècle dernier à étayer ses principales conclusions sur la race basque.



I. Le matériel :




Origine et état de conservation.




Les crânes de Basques espagnols ont été recueillis dans un cimetière de la province de Guipuzcoa, à Zaraus, petite localité typiquement basque, mais dont la population côtière est considérée par certains comme assez mélangée. Ils étaient à l'origine au nombre de 78, mais les tribulations nombreuses subies par les collections de Broca, après la mort de leur possesseur, n'en ont laissé parvenir jusqu'à nous que 75 qui sont à l'heure actuelle déposés au Laboratoire d'Anthropologie du Musée de l'Homme. La même remarque s'impose pour les crânes de Basques français, qui, au nombre de 58 d'après l'article de Broca, ne sont plus aujourd'hui que 56. Ils proviennent de l'ancien cimetière qui entourait la vieille église de Saint-Jean-de-Luz, cimetière qui fut désaffecté en 1532 et dont les ossements furent ultérieurement réenterrés dans un emplacement réservé du cimetière actuel. Il convient de faire remarquer que la pureté raciale de ces derniers n'est peut-être pas aussi certaine que l'affirmait Broca. Collignon, en particulier, souligne le fait que la population de cette ville, comme celle de tous les ports, a subi de nombreux apports étrangers et ne peut être choisie comme un exemple-test du groupe basque français.




professeur ethnologue origines pays basque
PROFESSEUR MAXIME COLLIGNON



Ces crânes ont été étudiés par Broca dans un article de synthèse des Bulletins de la Société d'Anthropologie (1868), tandis qu'une partie des crânes masculins (30) fournissait à G. M. Morant le sujet d'un article paru dans Biometrika (1929). Il nous a paru néanmoins intéressant de reprendre l'étude détaillée de ces crânes, en dépit de la suspicion qui pèse sur la pureté de leur origine, pour leur appliquer les méthodes actuelles de mensuration et les soumettre aux procédés modernes de la statistique. 




Nous ne prétendons pas en tirer des conclusions définitives sur le peuple basque, mais éclaircir — si faire se peut — les données anthropologiques de la question, tout en en donnant un aperçu d'ensemble. Ce travail n'a pour but que de préparer une enquête ultérieure que nous voudrions mener au Pays Basque même, sur des sujets vivants, et qui, seule, pourrait fournir une contribution valable au problème des origines basques.


Le matériel osseux, se compose uniquement de calvariums, la plupart en assez bon état de conservation, mais dont les mandibules sont systématiquement absentes.




Sexe.




Les sujets ont été séparés en hommes et femmes d'après les critères courants de différenciation, ce qui nous donne 43 hommes et 32 femmes pour la série de Zaraus, 33 hommes et 23 femmes pour la série de Saint-Jean-de-Luz. Quelques crânes présentaient des caractères mixtes qui rendaient leur détermination sexuelle incertaine ; nous les avons classés en suivant les présomptions plus ou moins fortes qui faisaient pencher la balance d'un côté ou de l'autre. Ce sont ces crânes de sexe douteux qui expliquent — avec la différence dans le nombre total de sujets, ainsi que le fait que la série de Zaraus a été étudiée en deux fois par Broca, 60 crânes d'abord, 18 autres ensuite — le léger écart qui existe entre l'estimation de Broca et la nôtre. Broca trouve, sur 57 sujets de Saint-Jean-de-Luz, 32 hommes et 25 femmes, sur 60 sujets de Zaraus, 32 hommes et 27 femmes. Les proportions entre hommes et femmes, avec une légère prédominance du côté féminin, n'en demeurent pas moins sensiblement les mêmes.




professeur ethnologue france
PAUL BROCA



Age.




La détermination de l'âge à partir du degré de synostose des principales sutures et de l'état d'abrasion des dents nous a semblé, dans d'assez nombreux cas, sujette à caution. En effet les Basques de Zaraus comme ceux de Saint-Jean-de-Luz possèdent une dentition très défectueuse. La série des molaires manque le plus souvent et fréquents sont les sujets qui, paraissant tout jeunes vu l'aspect de leurs sutures, révèlent par ailleurs une dentition de vieillards. Nous nous sommes donc trouvée dans l'obligation d'évaluer l'âge à l'aide du seul critère de l'oblitération des sutures, et ceci sur la majorité des cas. 



Taux de mortalité assez fort parmi les adultes jeunes. Pourcentage faible de vieillards.




II. La boîte cranienne.




Caractères descriptifs.




En norma verticalis, les crânes de Zaraus sont, dans une grande majorité, ovoïdes tandis que ceux de Saint-Jean-de-Luz se distinguent par une tendance pentagonoïde atteignant pour un bon nombre de cas la forme franchement pentagonoïde, avec quelques sujets plus ou moins isolés et aberrants se répartissant entré les formes sphéroïde, rhomboïde, sphénoïde, auxquelles nous joindrons deux crânes très légèrement plagiocéphales.



Cette différence de forme crânienne entre les deux séries est en partie liée aux fluctuations de leurs indices céphaliques, la dolichocranie l'emportant à Zaraus, tandis qu'une brachycranie modérée domine à Saint-Jean-de-Luz. Les Basques français, plus brachycéphales, ont un crâne qui se renfle dans la région pariétale ; les Basques espagnols, plus dolichocéphales, présentent une courbe pariétale qui s'arrondit plus souplement du front à l'occipital.




Chez les uns comme chez les autres, les sutures tracent un dessin simple, aux sinuosités larges et peu nombreuses. Les os supplémentaires sont rares, localisés sur la suture lambdoïde et toujours de très petite taille à Zaraus, plus fréquents, plus conséquents et apparaissant parfois sur la sagittale dans la série française. On remarque sur deux sujets de Zaraus et un de Saint-Jean-de-Luz la présence d'un os épactal. Un crâne de Saint-Jean-de-Luz se distingue par un volumineux os bregmatique. 




La forme de la glabelle et des arcades sourcilières traduit normalement l'appartenance sexuelle des crânes : glabelle faible et arcades estompées chez les femmes, glabelle plus saillante et arcades plus nettes chez les hommes. Les caractères féminins paraissent plus accentués à Zaraus qu'à Saint-Jean-de-Luz. On constate parfois un désaccord entre les deux caractères, mais il s'agit toujours dans ce cas de crânes au sexe douteux, comme il en existe dans toutes les séries crâniennes un peu importantes.




Les crânes de Zaraus ont un front généralement droit, normalement un peu plus fuyant chez les hommes que chez les femmes. Sa hauteur est peu élevée. Les crânes de Saint-Jean-de-Luz possèdent un front très légèrement plus fuyant et plus haut que les précédents.



Vue en norma occipitalis, la courbe de la voûte crânienne se caractérise par un aplatissement assez sensible dans la région pariéto-sagittale chez les Basques espagnols (sur 75 crânes des deux sexes : 40 voûtes nettement basses, 8 hautes dont 2 très légèrement carénées, les autres se situant dans une moyenne plus ou moins variable). La courbe descend ensuite harmonieusement, sans saillie marquée, jusqu'aux mastoïdes qui regardent toujours vers l'intérieur. A Saint-Jean-de-Luz, le tracé de la voûte semble nettement moins homogène ; on y rencontre des voûtes hautes avec tendance à la carène mais aussi un certain nombre de voûtes plates et moyennes (sur 56 crânes des deux sexes : 18 hauts et légèrement carénés, 16 plats, le reste étant de hauteur moyenne). Ensuite, la courbe n'est plus aussi harmonieuse qu'à Zaraus, en raison de l'exigence nette et assez constante du renflement des pariétaux, mais elle aboutit à des mastoïdes également tournées vers l'intérieur.





L'occipital du crâne basque espagnol se prolonge en un chignon qui est parfois nettement dessiné, parfois simplement esquissé, mais néanmoins presque toujours présent. Le chignon est plus rare sur le crâne basque français mais, les quelques fois où on peut le signaler, il forme une saillie caractéristique, plus importante qu'à Zaraus. Dans les deux séries, l'existence du chignon est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes.




Caractères métriques.




Capacité crânienne.




Broca ayant mesuré suivant sa méthode, encore couramment employée aujourd'hui, les capacités crâniennes des deux séries, il nous a semblé inutile de reprendre ces mesures. Nous donnerons donc les chiffres de Broca, qui trouve une moyenne de 1 486,88 cm3 à Zaraus (femmes : 1 395,52) contre seulement 1 414,17 cm3 à Saint-Jean-de-Luz (femmes : 1 298,13). Cette différence assez forte avait surpris Broca qui n'hésite pas à la mettre sur le compte de facteurs raciaux différents ; il indique nettement, dans son étude, "qu'elle n'est pas la conséquence de l'inégale proportion des deux sexes dans les deux séries, qu'elle est plus prononcée chez les femmes, mais qu'elle est encore très forte chez les hommes, qu'enfin elle ne peut être attribuée qu'à une influence ethnique".



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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jeudi 1 juillet 2021

LES CRÂNES BASQUES DE ZARAUTZ ET DE SAINT-JEAN-DE-LUZ AU PAYS BASQUE EN 1958 (première partie)

LES CRÂNES BASQUES DE ZARAUTZ ET DE SAINT-JEAN-DE-LUZ EN 1958.


Depuis très longtemps, des chercheurs cherchent les origines du peuple Basque.




pays basque autrefois femme personnage
VIEILLE FEMME
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet Paulette Marquer, dans un Travail du Laboratoire 

d'Anthropologie du Musée de l'Homme :



"... Retzius, en 1842, dans la grande euphorie qui succéda à la découverte de l'indice céphalique, et alors qu'il s'imaginait pouvoir, à l'aide de ce seul caractère crânien, déterminer toutes les races du monde, avait imaginé une séduisante théorie qui affirmait que, les populations primitives de l'Europe étaient brachycéphales, la dolichocéphalie ayant été importée dans nos contrées par les envahisseurs asiatiques, également porteurs de la civilisation du Bronze et des langues indo-européennes. Le savant suédois en concluait que les peuples, qui parlent encore actuellement des langues non apparentées à la famille indoeuropéenne, devaient être les descendants directs de ces races anciennes du Paléolithique et par conséquent brachycéphales. Tels étaient les Finnois et les Lapons, tels devaient être les Basques. Il est inutile d'insister sur l'erreur initiale d'une théorie qui a été complètement abandonnée à la suite des travaux de Broca prouvant en toute certitude l'antériorité, en Europe, des dolichocéphales sur les brachycéphales. Toujours est-il que Retzius, ayant examiné trois crânes prétendus basques et dont l'origine est aujourd'hui fortement contestée, reconnut la brachycéphalie comme le caractère essentiel de la race basque.



professeur anatomie suède
ANDERS RETZIUS



Pruner-Bey reprit à son compte les idées de Retzius et les défendit, avec une obstination que les faits les plus probants ne purent entamer, contre l'opinion de Broca. Celui-ci, dans le but de vérifier expérimentalement les déductions théoriques de Retzius, était parvenu à réunir une collection de 60 crânes basques provenant de la petite ville de Zaraus, Guipuzcoa espagnol (1862) ; sa surprise avait été grande en constatant que la plupart de ces crânes étaient dolichocéphales, les brachycéphales vrais étant au contraire en très petit nombre. Il admit donc jusqu'à plus ample informé que la race primitive basque devait être dolichocéphale. Ce que Pruner-Bey ne voulut jamais reconnaître, préférant mettre en doute l'origine réellement basque de la population de Zaraus et s'ingéniant à la rattacher à une colonie étrangère de Celtes que les hasards des migrations auraient amenée en Espagne.




anthropologue allemand
FRANZ PRUNER-BEY




Sur ces entrefaites, Broca, quelques années plus tard, enrichissait sa collection de 58 crânes basques français, provenant de Saint-Jean-de-Luz. Par l'étude comparative des deux séries, il mettait en évidence, à côté de la dolichocéphalie des Basques espagnols, la prédominance de la brachycéphalie du côté français. Mais il reconnaissait, dans les crânes dolichocéphales contenus dans la série de Saint-Jean-de-Luz, le même type que celui qu'il avait isolé dans les dolichocéphales de Zaraus. Il établissait enfin, en se référant aux données historiques, qu'une partie des Basques d'Espagne, connus sous le nom de Vascons par les historiens romains, avait franchi la frontière vers le milieu du Ve siècle de notre ère, sous la pression des Wisigoths qui s'étaient emparés de leur capitale, Pampelune. Ces émigrés basques s'installèrent dans les vallées du Labourd et de la Soule, territoire qui leur fut définitivement reconnu par Thierry II, roi de Bourgogne, vers l'an 602. Pour Broca, la situation était donc la suivante : les ancêtres des Basques espagnols étaient dolichocéphales, ceux des Basques français brachycéphales ; la dolichocéphalie observée chez les Basques français serait le résultat du mélange qui s'est effectué entre les deux branches au moment de l'émigration ; la différence de forme crânienne serait elle-même très ancienne et antérieure à l'invasion indoeuropéenne, sans qu'on puisse soutenir avec certitude la priorité d'un des types sur l'autre. Toutefois Broca, sans être très explicite à ce sujet, manifestait un certain penchant pour la thèse ibérique et voyait de préférence chez les Basques espagnols les éléments les moins mélangés et les plus proches de la souche primitive. Il soulignait, d'autre part, la ressemblance entre certains crânes de Zaraus et le type de Cro-Magnon et il pensait que les Basques, les Berbères, les Guanches et les troglodytes de la Vézère se rattachaient vraisemblablement à un même tronc racial.




professeur ethnologue france
PAUL BROCA



En 1892, de Quatrefages et Hamy abordent la question dans les Crania Ethnica. Ils sont frappés, plus que Broca, par la diversité des types qui existent chez les Basques, allant jusqu'à en trouver quatre parmi des sujets examinés à Cambo dans les Basses-Pyrénées. Ils retrouvent, eux aussi, dans l'un de ces types, quelques-uns des caractères de la race fossile de Cro-Magnon. Ce fut une opinion assez généralement admise à l'époque, soit qu'on l'attribuât à l'ensemble des Basques, soit qu'on la limitât à la fraction espagnole qui, dans ce cas, était considérée comme représentant l'élément primitif resté le plus pur de la race basque.




La thèse soutenue par Aranzadi, à la suite de nombreuses études à la fois sur des crânes et sur des sujets vivants appartenant à la branche espagnole, se présente comme un compromis entre celle de Retzius et la thèse ibérique, compromis qui est en même temps un aveu d'impuissance. Il admet en effet, à la base de l'ethnogénèse basque, "l'union d'un peuple ibère ou offrant des affinités avec les Berbères et d'un peuple boréal ayant quelque chose du Finnois et du Lapon avec mélange d'un peuple kimrique ou germain" (1886), phrase qui, d'après Collignon, "pourrait s'appliquer à toutes les populations du bassin occidental de la Méditerranée, depuis les Italiens du Sud et les Français méridionaux jusqu'aux indigènes de l'Afrique du Nord, en passant par l'ensemble de la péninsule ibérique". Vers la fin de sa vie, Aranzadi manifestait l'intention de se rallier à l'interprétation cromagnoïde : il pensait à une évolution sur place du type Cro-Magnon avec transformation progressive aboutissant au type basque actuel et il croyait saisir certaines étapes de cette transformation dans les restes osseux du Néolithique et de l'Énéolithique du Pays basque espagnol.



pais vasco antes aranzadi
TELESFORO ARANZADI Y UNAMUNO




En 1893, Collignon, à la faveur d'une vaste enquête entreprise dans le cadre du conseil de révision des Basses-Pyrénées, put examiner un grand nombre de sujets vivants appartenant aux principaux cantons basques. Il reconnut définitivement la disparité des deux grands types euskariens : les Basques espagnols sont plus petits, plus dolichocéphales, plus leptorhiniens que les Basques français ; mais il souligne en même temps des ressemblances non équivoques dans la couleur des yeux et des cheveux, la forme du visage, la conformation spéciale du tronc, qui révèlent leurs affinités et ne permettent pas d'accuser une dualité raciale primitive. Une de ses principales conclusions s'oppose à l'opinion prédominante du moment, à savoir la plus grande pureté des Basques d'Espagne qui auraient mieux conservé les traits essentiels de la race que leurs frères de l'autre côté de la frontière. En s'appuyant sur un examen anthropologique approfondi et de nombreuses mensurations, il aboutit exactement à la conclusion opposée : après avoir dressé le bilan des ressemblances et des différences qui existent entre les deux, il reconnaît que "les points par lesquels les deux peuples se séparent sont communs aux Espagnols proprement dits et aux Basques d'Espagne et peuvent être dus au croisement des deux races : ceux par lesquels tous les Basques se ressemblent leur sont propres et n'appartiennent qu'à eux". Autrement dit, les Basques français, venus d'Espagne, ont gardé leur type racial primitif plus pur parce qu'ils ont été mieux protégés des contacts avec d'autres peuples que les Basques espagnols, dont la région, n'ayant jamais été véritablement soumise ni aux Wisigoths ni aux Arabes a servi de refuge à un grand nombre d'émigrés venus de toute l'Espagne. Collignon semble donc ainsi avoir résolu l'anomalie dont s'était rendu compte Broca, lorsqu'il s'étonnait que les Basques de France aient mieux conservé leur langue et leurs mœurs que les Basques d'Espagne, mais qu'ils semblaient par contre avoir perdu en partie leur type physique.



professeur ethnologue origines pays basque
PROFESSEUR MAXIME COLLIGNON



En ce qui concerne la filiation des Basques, Collignon se montre très prudent, suggérant simplement qu'en dépit de nombreuses différences, ce sont les peuples de l'Afrique du Nord, Berbères et anciens Égyptiens, qui présentent le plus d'analogies avec les Basques.



L'état actuel de la question basque est donc le suivant :
La thèse mongoloïde de Retzius qui faisait des Basques des brachycéphales se rattachant aux Asiatiques est définitivement périmée.


La thèse ibérique, plus souple et apparemment plus logique, demeure aussi plus vivante et les anthropologistes espagnols se rallient encore volontiers à ses directives.

La thèse de Collignon apporte au problème basque l'appui d'une documentation de premier ordre jointe à une argumentation sérieuse ; elle met en évidence la singularité des Basques par rapport à toutes les autres populations de l'Europe, singularité qui a été encore renforcée par les études sanguines révélant des pourcentages des différents groupes absolument aberrants pour un peuple européen. Elle affirme la plus grande pureté des Basques français et les présente comme restés plus près du type ancestral, conclusion qui semble assez vraisemblable sans qu'on puisse en donner des preuves certaines. On peut regretter que l'étude de Collignon soit un peu unilatérale, son enquête sur les Basques espagnols n'ayant pu porter que sur un nombre très limité de sujets.



Tous ces auteurs demeurent vagues sur la question même de la filiation, l'hypothèse la plus vraisemblable admettant une parenté avec les Méditerranéens, spécialement avec les peuples de l'Afrique du Nord."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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mardi 18 février 2020

RECETTES CUISINE BASQUE 1958 : COUSINAT À LA BAYONNAISE ET COLIN À LA SAUCE VERTE


RECETTES CULINAIRES BASQUES EN 1958.


Dans ma série de recettes de cuisine trouvées dans un livre de 1958, en voici aujourd'hui deux autres.

jeudi 15 août 2019

RECETTES CUISINE BASQUE 1958 : LES POIVRONS FARCIS AU RIZ ET LA GALETTE BASQUE (ARROUCHQUILLA)


RECETTES CULINAIRES BASQUES EN 1958.


Dans ma série de recettes de cuisine trouvées dans un livre de 1958, en voici aujourd'hui deux autres.

jeudi 6 juin 2019

RECETTES CUISINE BASQUE 1958 : LES CHIPIRONES ET SAUMON BRAISÉ À L'IROULEGUY


RECETTES CULINAIRES BASQUES EN 1958.


Dans ma série de recettes de cuisine trouvées dans un livre de 1958, en voici aujourd'hui deux autres.

lundi 1 avril 2019

RECETTES CUISINE BASQUE 1958 : TRUITE AUX AMANDES ET PAËLLA


RECETTES CULINAIRES BASQUES EN 1958.


Dans ma série de recettes de cuisine trouvées dans un livre de 1958, en voici aujourd'hui deux autres.

mardi 26 février 2019

RECETTES CUISINE BASQUE 1958 : SOUPE AUX MOULES ET PÂTÉ DE SAUMON DE LA NIVE


RECETTES CULINAIRES BASQUES EN 1958.


Dans ma série de recettes de cuisine trouvées dans un livre de 1958, en voici aujourd'hui deux autres.

samedi 19 janvier 2019

RECETTES CUISINE BASQUE 1958 : MERLANS À LA BIARROTTE ET L'ARAIGNÉE DE MER À LA LABOURDINE

mardi 30 octobre 2018

RECETTES CUISINE BASQUE 1958 : PIPERADE ET OMELETTE GIPSY


RECETTES CULINAIRES BASQUES EN 1958.


Dans ma série de recettes de cuisine trouvées dans un livre de 1958, en voici aujourd'hui deux autres.

mercredi 12 septembre 2018

RECETTES CUISINE BASQUE 1958 : SALDA ET BOUILLON D'ÉTÉ

RECETTES CULINAIRES BASQUES EN 1958. 


Dans ma série de recettes de cuisine trouvées dans un livre de 1958, en voici aujourd'hui deux autres.

vendredi 15 juin 2018

RECETTES CUISINE BASQUE 1958 : L'ANCHOÏADE EUSKARIENNE ET OMELETTE AUX POIVRONS DOUX

RECETTES CULINAIRES BASQUES EN 1958.


Dans ma série de recettes de cuisine trouvées dans un livre de 1958, en voici aujourd'hui deux autres.

jeudi 29 mars 2018

RECETTES CUISINE BASQUE 1958 : PETITS OISEAUX ET RIZ À LA BASQUAISE

RECETTES CULINAIRES BASQUES EN 1958.


Dans ma série de recettes de cuisine trouvées dans un livre de 1958, en voici aujourd'hui deux autres.

mercredi 28 février 2018

RECETTES CUISINE BASQUE 1958 : ESCALOPE DE VEAU PANÉE DU LABOURD ET PÂTÉ DE GRIVES

RECETTES CULINAIRES BASQUES EN 1958.


Dans ma série de recettes de cuisine trouvées dans un livre de 1958, en voici aujourd'hui deux autres.

vendredi 19 janvier 2018

FÊTES DE LA BICHINCHO À HENDAYE - HENDAIA EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1958


FÊTES DE LA BICHINCHO 1958 À HENDAYE.



Tous les ans, depuis le début du vingtième siècle, la ville d'Hendaye célèbre la fête de son saint patron, au mois de janvier, le dimanche qui précède ou qui suit la date du 22 janvier (fête liturgique de Saint Vincent).

vendredi 22 décembre 2017

RECETTES CUISINE BASQUE 1958 : GRAS DOUBLE À LA MODE BASQUE ET LE "VÉRITABLE" GÂTEAU BASQUE

RECETTES CULINAIRES BASQUES EN 1958.


Dans ma série de recettes de cuisine trouvées dans un livre de 1958, en voici aujourd'hui deux autres.

mercredi 1 novembre 2017

RECETTES CUISINE BASQUE 1958 : SOUPE BASQUE ET LE FOIE DE CANARD "CHIBERTA"

RECETTES CULINAIRES BASQUES EN 1958.


Dans ma série de recettes de cuisine trouvées dans un livre de 1958, en voici aujourd'hui deux autres.

lundi 11 septembre 2017

RECETTES CUISINE BASQUE 1958 : ROGNONNADE BASQUAISE ET POULET SAUTÉ BASQUAISE

RECETTES CULINAIRES BASQUES EN 1958.


Dans ma série de recettes de cuisine trouvées dans un livre de 1958, en voici aujourd'hui deux autres.

samedi 2 septembre 2017

ALFRED HITCHCOCK AU PAYS BASQUE EN JUILLET 1958

LA VISITE D'ALFRED HITCHCOCK AU FESTIVAL DU FILM DE SAINT-SÉBASTIEN (DONOSTIA en Basque) EN 1958.


Le réalisateur britannique, accompagné de son épouse Alma Réville scénariste, vient assister à l'avant-première de son film Sueurs Froides lors de la 6ème édition du Festival du Film de Saint-Sébastien, qui s'est déroulé du 19 au 29 juillet 1958.

jeudi 10 août 2017

RECETTES CUISINE BASQUE 1958 : DORADE À LA BASQUE ET THON À LA BASQUE

RECETTES CULINAIRES BASQUES 1958.


Dans ma série de recettes de cuisine trouvées dans un livre de 1958, en voici aujourd'hui deux autres.