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samedi 7 décembre 2024

LES GOLFS AU PAYS BASQUE ET DANS LES LANDES EN OCTOBRE 1929 (deuxième partie)

 

GOLFS AU PAYS BASQUE ET DANS LES LANDES EN 1929.


Le Pays Basque Nord est une terre de golfs depuis le début du 20ème siècle.



pays basque autrefois labourd golf hôtel
PUBLICITE POUR HÔTEL ESKUALDUNA ET LE GOLF
HENDAYE NOVEMBRE 1929
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet la revue bimensuelle Le Golf : revue illustrée des golfs du 

continent, le 15 novembre 1929 :



""Les voyages de Mashieshot (suite).



... Dès le moment où on atteint la frontière espagnole, on comprend comment la propagande peut être organisée. A Béhobie, un homme charmant, personnalité connue dans la haute société de San Sébastien, préside l'office de Propagande Touristique. Face à la douane, dans un bureau provisoire, des centaines de brochures éditées par le Patronato de Turismo sont remises aux automobilistes ou voyageurs. Il y a des livrets et prospectus sur toutes les régions et principales localités. Inutile de rappeler qu'à cet endroit où il passe journellement 1 600 automobiles, la douane française accomplit méthodiquement son devoir, rien de plus. Les routes espagnoles très bien entretenues font un contraste avec la route cabossée quoique macadamisée de Biarritz à Béhobie.



pays basque autrefois labourd golf hôtel guipuscoa landes
A LA DOUANE
LE GOLF : REVUE ILLUSTREE DES GOLFS DU CONTINENT



Très bien signalées, ces voies automobiles préparent le grand tourisme en Espagne.



La côte basque espagnole, très sauvage, peu exploitée, possède des routes admirablement entretenues qui facilitent le tourisme dans cette région. Or, le même fait est à signaler dans toute l'Espagne, routes goudronnées, droites, à virages relevés quand on n'a pas pu les supprimer. A certains virages dangereux, un miroir met en garde l'automobiliste sur ce qui se passe dans la partie de la route qui lui échappe. Tout ceci est partie d'un plan d'ensemble qui va permettre à l'Espagne de prendre sa place dans les pays de grand tourisme. Après l'Italie, l'Allemagne et la Suisse, l'Espagne marche à grands pas vers l'accaparement de ce capital mobile qu'est le tourisme et que l'on doit conquérir. D'abord, des routes, ensuite des attractions et des sports. Citons seulement le golf parmi ces derniers.




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1929 PATRONATO DE TURISMO ESPAGNE


Le Patronato de Turismo a aidé et aidera financièrement les clubs en formation comme il participera à la création d'hôtels de grand confort. Pour ne citer qu'un exemple qui montre combien cet organisme d'Etat sait encourager les initiatives : Santander, ville curieuse sur une presqu'île, fréquentée par la famille royale et toute une aristocratie, n'ayant pas de golf. Le Patronato fit appel aux concours locaux qui constituèrent la moitié du capital nécessaire à la construction du parcours et il compléta la somme. Il ne crée pas, il aide les initiatives pour développer le tourisme. C'est le plus bel exemple qu'un exemple puisse donner pour son avenir.



Les Présidents du Patronato pour les grandes régions d'Espagne sont des personnalités de premier plan qui reçoivent les suggestions et les demandes et les transmettent avec avis motivé à l'organisme central. Le golf est un de leurs principaux sujets de préoccupation. C'est le sport d'une élite, un sport qui attire l'étranger, le fixe sur place, le retient et l'amène à mieux connaître une région et un pays.



San Sebastien sans son casino et avec son change élevé tente de remédier par une propagande intense à l'absence du public international. Les Espagnols y viennent en foule mais les millions que l'on dépense chaque année pour la propagande ne vont pas tarder à porter leurs fruits.



Le vieux golf est toujours là, quoique condamné par les exigences des lotisseurs, et le temps n'est pas éloigné où on parlera avec certitude d'un nouveau parcours.




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GOLF DE LASARTE
GUIPUSCOA D'ANTAN



Le club le plus proche de San Sebastien est Zarauz, à 25 km. On y accède par une route merveilleuse qui donne une idée du pays basque espagnol plus sauvage, plus accidenté que du côté français. Zarauz a un petit parcours que l'on songe à augmenter. C'est indispensable pour cette admirable plage de 3 km. de long et pour cette baie splendide qui fait le charme des touristes.



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GOLF DE ZARAUZ
GUIPUSCOA D'ANTAN



De Zarauz, une route accidentée et curieuse vous mène par des paysages variés à Bilbao, ville qui possède un très beau parcours, mais sur lequel il est assez difficile d'avoir des renseignements ou directives. Ce golf va bientôt disparaître pour être englobé dans une grande propriété. Il sera reconstruit dans un autre endroit car les golfeurs ne manquent pas à Bilbao.



De cette localité à Santander, la route dépasse en charme et en pittoresque ce que l'on peut imaginer : 100 kilomètres de montagnes et de bord de mer qui vous laissent une impression inoubliable.



Entouré d'un cirque de montagnes, établi sur une presqu'île, Santander est une ville et un port, qui a ses plages dans le quartier appelé Sardinero. Une station ainsi fréquentée se devait d'avoir un golf. Situé de l'autre côté de la baie, sur des terrains naturels, il promet d'être un excellent parcours. Un charmant club-house le complète et en fait le lieu de rendez-vous de toute la Société du fait que S. M. le Roi d'Espagne, Président d'honneur, s'est réservé quelques salles de réception qui prouvent tout l'intérêt qu'Elle accorde au noble jeu.




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SANTANDER : AFFICHE DU 
PATRONATO NACIONAL DEL TURISMO



Revenons maintenant en France et pénétrons dans cette région des Landes qui fut longtemps considérée comme la parente déshéritée du tourisme français. On ne la connaissait que par des descriptions qui pouvaient avoir leur part de vérité il y a cinquante ans, époque où le pays n'était composé que de maisons, de terrains sableux tachetés çà et là de massifs d'arbres rabougris et chétifs, le tout clairsemé de maigres pâturages où des bergers juchés sur des échasses surveillaient des troupeaux en harmonie avec les sites. Tout au plus savait-on que des efforts avaient été tentés avec un certain succès pour boiser, assécher, assainir ces lieux où régnaient la fièvre et la pelagre. L'isolement de ces régions mal dotées en voies de communication, routes et voies ferrées contribuait à accréditer une opinion aussi peu fondée.



Mais la période de la guerre et de l'après-guerre qui eurent comme conséquence de mieux faire connaître les hommes et les choses dissipa beaucoup d'erreurs, de préjugés par suite des voyages et des déplacements fréquents qui sont une nécessité de la vie moderne. On finit par rendre justice aux Landes. On connut leur prospérité économique et en même temps on découvrit la beauté sauvage de ses solitudes forestières. La région prit alors sa place dans l'industrie touristique et draina une grande partie des villégiatures du Sud-Ouest.



Hossegor, station de la grande lande qui réunit dans un même cadre, la forêt, la dune, un lac, un canal, deux rivières, immense domaine terminé par deux plages en fut une des principales révélations. Depuis une vingtaine d'années, elle était connue et appréciée à sa juste valeur par un petit cénacle d'artistes et d'hommes de lettres qui venaient y séjourner. Ils trouvaient l'inspiration, le recueillement dans la magnificence de ses pignadas mouchetées d'arbousiers et de chênes-lièges où se jouent les effets les plus variés de la lumière éclatante du ciel de Gascogne. Les lignes harmonieuses et souples de son lac étaient un émerveillement pour leurs yeux. Cette oeuvre de la nature et des hommes, protégée par la dune contre la fureur des vents de l'Atlantique serait restée longtemps l'apanage de quelques rares contemplateurs si un projet de déboisement n'avait été décidé. L'alarme était donnée et les fidèles d'Hossegor, pour conjurer le danger, et mettre le site à l'abri de la ruine et de la destruction totale, arrivèrent à constituer une Société immobilière dont le programme utilitaire et artistique comprenait la création d'une station estivale et hivernale dans ce cadre sans en détruire le caractère et en sauvegardant la forêt.





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AFFICHE D'HOSSEGOR
LANDES D'ANTAN

Sans nul doute, les vrais et sincères amis d'Hossegor, ses dévots, ont souffert de cette mise en valeur, de voir leurs coins préférés livrés aux arpenteurs, aux paysagistes, aux architectes mais de deux maux il fallait savoir choisir le moindre et sauver le décor. L'Hossegor de la seconde heure, celui du tourisme et de l'hostellerie, n'avait-il pas mis en exergue dans sa profession de foi qu'il sauvegarderait, conserverait, protégerait."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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lundi 13 juin 2022

UN GUIDE POUR LE VOYAGEUR EN GUIPUSCOA AU PAYS BASQUE EN 1877 (treizième partie)

 


UN GUIDE DE VOYAGE EN 1877.


Vers la fin du 19ème siècle, apparaissent des guides de voyage pour les voyageurs désirant se rendre en Hego-Alde, dans les  provinces Basques du Sud.







TABLEAU DE GUETARIA
PAR FRANCOIS MAURICE ROGANEAU





Voici ce que rapporta à ce sujet, M. L. Capistou, en 1877 :



"Province du Guipuzcoa.



... Itinéraire.



Lasarte. — Usurbil. — Orio. — Zaraus. — Aya. — Guetaria.— Cestona. — Azpeitia. — Zumaya. — Deva. — Motrico.



Orio : Orio est située à quelques centaines de mètres de l'embouchure de l'Oria. Le roi D. Jaime Ier concéda à cette localité le titre de ville en 1379 et ses successeurs lui donnèrent une grande importance commerciale qu'elle n'a pas conservée, puisqu'elle n'est aujourd'hui habitée que par des familles de pêcheurs. Elle ne possède aucun monument curieux et son aspect, bien que très pittoresque, est néanmoins des plus pauvres.




ORIO GUIPUSCOA 1960




Sa population est de 1 200 habitants. Orio est la patrie de quelques marins illustres.



La route traversait la rivière sur un pont en bois reposant sur cinq piles de pierre ; mais durant la dernière guerre civile, ce pont fut détruit par les carlistes et maintenant les diligences sont passées d'une rive à l'autre au moyen d'un bac. Les piétons profitent d'une passerelle de construction provisoire.



Après la traversée de l'Oria, la route suit une rampe en zigzags de cinq kilomètres environ, passant au pied du mont Zudugarray, et débouche ensuite par une pente rapide dans la plaine de Zaraus, laissant à gauche un chemin vicinal qui conduit au bourg de Aya.



Zaraus.



Zaraus est une jolie petite ville de 2 000 habitants, située au fond d'une spacieuse baie et possédant l'une des plus belles plages de la côte cantabrique. Elle est percée de rues larges et régulières, bordées de maisons bien construites. Ses environs sont peuplés de coquettes villas appartenant à de grandes familles madrilènes qui viennent chaque année dans les provinces du Nord passer la saison des chaleurs.




PLACE PRINCIPALE ET MAIRIE ZARAUTZ
GUIPUSCOA D'ANTAN



L'église paroissiale de Zaraus, placée sous le vocable de N.-D. de l'Assomption, a été restaurée le siècle dernier. Sa construction primitive remontait au 15e siècle. Les autres monuments principaux de la petite ville sont le couvent des Franciscains, celui des religieuses de Santa Clara, le palais de Narros, construit en 1536 et qui est, au point de vue architectural, l'un des plus beaux édifices de la province ; le palais de Madoz, de construction moderne, et celui du Dr Velasco, dans lequel existait, avant la dernière guerre, un riche musée scientifique ainsi que le plus bel aquarium de ces contrées.



Les alentours de Zaraus sont sillonnés de délicieuses promenades.



Cette ville est l'une des plus anciennes du Guipuzcoa. Les rois catholiques lui donnèrent le fuero de Saint-Sébastien en 1237. Son port pouvait, autrefois, recevoir des navires de fort tonnage, et c'est dans son arsenal que fut armé le célèbre navire Victoria, à bord duquel Juan Sebastian El Cano fit le tour du monde (1519-1522). Le port actuel ne sert de refuge qu'à de pauvres barques de pêcheurs.






Dans la plaine de Zaraus fut édifiée une grande fabrique de tissus par M. Madoz, et grâce au développement qui lui a été donné par l'honorable M. Vea-Murguia, actuel propriétaire, presque toute la population de la ville trouve là un travail constant et bien rétribué. Il y a dans Zaraus deux ou trois hôtels confortables.



Aya,



Aya dont on aperçoit le clocher dans un repli de la montagne de Pagoeta, qui sépare les vallées de l'Oria et de l'Urola, est à huit kilomètres de Zaraus. Cette localité est fort antique. Elle est peuplée d'environ 2 500 habitants, en comprenant dans ce chiffre les quartiers détachés de Alzola, Elcano, Laurgain et Urdaneta. C'est la patrie de Marcos de Gorostiola, régent de Naples au 16e siècle. Au début de la dernière guerre, Aya fut le quartier général des premiers cabecillas carlistes.



Guetaria.



Un chemin à moitié détruit par la mer longe la baie et conduit de Zaraus à Guetaria en passant au pied de l'ermitage de Santa Barbara.



Ce chemin, qui avait coûté de fortes sommes pour son établissement, fut laissé sans entretien durant la guerre carliste et même il dut être coupé en certains endroits par les soldats du prétendant. C'était autrefois une voie carrossable, formant corniche sur le flanc de la montagne, à huit ou dix mètres seulement au-dessus du niveau des hautes marées ; elle est aujourd'hui d'un accès impossible.



Au mois de mai dernier, trois excursionnistes français, au nombre desquels était un rédacteur du journal la Gironde, M. D... , s'y aventurèrent sous la conduite d'un guide, pour aller à Guetaria. Ils eurent à surmonter de grandes difficultés dans le trajet, et peu s'en fallut qu'ils ne payassent cher leur témérité : les rochers se dérobaient sous eux ou glissaient sur le plan incliné qui sert de talus à la gauche du chemin, menaçant de les écraser à chaque pas ; ils arrivèrent néanmoins au but de leur voyage, mais après de grands risques et pas mal de fatigue.



Un autre chemin, le seul praticable en ce moment, s'embranche sur la route d'Azpeitia, entre Zaraus et Oïquina, conduisant à Guetaria. Il y a aussi un sentier qui passe entre Santa Barbara et Garatamendi, allant au même point.



Guetaria est une ville forte très ancienne, dont la fondation remonte à l'époque de la domination romaine dans les ports cantabres. Les Basques l'établirent pour y réfugier leurs barques de pêche et les mettre à l'abri de la convoitise des conquérants du monde. Elle fut murée et garnie d'ouvrages de défense par ordre du roi Alphonse VIII de Castille, qui signa, en septembre 1209, une carta-pueblo concédant aux habitants de nombreux privilèges sur la pêche en haute mer et sur l'exploitation des montagnes voisines. La Cronica General, parlant du règne de Alphonse VIII, s'exprime ainsi : "Alors il peupla Castro-de-Urdiales, Guetaria, Laredo, Motrico, San Andres et San Vicente de la Barquera, tout cela sur la côte de la mer."



Le port de Guetaria est situé entre l'île de San Anton et la montagne de Garate. Il est abrité des vents du Nord-Ouest et offre par cela même un mouillage sûr aux navires de faible tonnage. Au sommet de l'île de San Anton existe une petite forteresse construite vers la fin du 16e siècle. Une jetée servant de digue relie cette île à la terre ferme.



L'église paroissiale, placée sous le vocable de San Salvador, est un des rares monuments gothiques des provinces basques. Elle est dans un état déplorable, ayant beaucoup souffert durant les divers bombardements que les carlistes ont infligé à la ville dans la dernière guerre, comme dans celle de sept ans.



pais vasco antes guipuzcoa ayuntamiento iglesia
MAIRIE ET EGLISE GUETARIA GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN



En 1638, la baie de Guetaria fut le théâtre d'un épisode maritime très important dans l'histoire. La flotte espagnole, sortie des ports de La Corogne et de Vigo, sous le commandement de l'amiral Lope de Hoce, allait au secours de Fontarabie assiégée par Condé et étroitement bloquée du côté de la mer par François de Sourdis, archevêque de Bordeaux et amiral des flottes françaises. Les vents contraires obligèrent Lope de Hoce à se réfugier dans la baie de Guetaria et à y séjourner assez de temps pour permettre à Sourdis de profiter de sa situation précaire. En effet, le 22 août 1638, l'archevêque, se portant vers les côtes de Biscaye avec 18 gros vaisseaux, plusieurs brûlots et des bâtiments légers, attaqua la flotte espagnole. Celle-ci, ne pouvant manœuvrer, fut entièrement détruite, coulée bas ou brûlée ; il ne se sauva qu'un seul navire, le Santiago, qui fut s'échouer dans le port, sous le canon du fort de San Anton. Ce désastre coûta à l'Espagne onze navires de haut bord, huit galions et quelques autres bâtiments de moindre importance.



Le célèbre marin Sébastien El Cano, qui le premier fit le tour du monde, naquit à Guetaria vers 1476. En 1519, lorsque Magellan et Falero préparaient à Séville leur expédition pour la recherche d'un détroit unissant l'Atlantique à la mer des Indes, El Cano se présenta à eux et fut nommé premier maître du navire Concepcion, commandé par le capitaine Gaspar de Quesada.



Le 27 septembre de la même année, la flottille de Magellan quitta le port de San-Lucar-de-Barrameda, se dirigeant vers les Canaries ; après avoir touché à Ténériffe, l'équipage du navire Concepcion se souleva et le commandement en fut confié à El Cano. La navigation continuait pénible et accidentée, lorsqu'en novembre 1521, après avoir découvert le chemin de l'Océan Pacifique, Magellan fut tué dans l'île de Zébu, qui fait partie du groupe des Philippines. Il fut remplacé par le capitaine Espinosa, qui commandait la Victoria, et ce dernier navire passa sous les ordres de El Cano. Après un court séjour aux îles Moluques, la Victoria fit route vers l'Europe, laissant les autres navires de l'expédition en assez mauvais état dans la mer des Indes.



El Cano arriva à San-Lucar-de-Barrameda le 6 juillet 1522, après trois ans de navigation. Il alla d'abord accomplir un vœu à Séville, dans l'église de N.-D. de la Victoire, puis il se rendit à Valladolid, où l'attendait Charles-Quint. L'empereur le reçut bien, lui donna des lettres de noblesse et un écusson formé d'un globe terrestre avec cette devise : Primus circumdedistime.



En juillet 1525, une nouvelle expédition partit d'Espagne pour les Moluques, sous le commandement supérieur du général Loaisa ; El Cano fut choisi comme guide ou pilote de l'escadre. Dans les parages du détroit de Magellan, une violente tempête faillit détruire les navires espagnols, et Loaisa mourut par suite des fatigues, laissant à El Cano le soin de mener à bien l'entreprise. Cinq jours après, Sébastien El Cano succombait à son tour.



Ses compatriotes lui élevèrent une statue en 1800, qui fut détruite durant la première guerre carliste. En 1870, la province en fit édifier une autre, que l'on voit aujourd'hui sur un piédestal dominant les murailles du port.




GUETARIA ENTREE ET STATUE EL CANO
PAYS BASQUE D'ANTAN



Guetaria est aussi la patrie de Don Joaquin Barroeta Aldamar, qui fut diverses fois délégué du Guipuzcoa auprès du gouvernement de Madrid, durant la période de 1845 à 1866.



DON JOAQUIN BARROETA ALDAMAR 1796-1866
PREMIER ADJOINT GENERAL DU GUIPUSCOA
SENATEUR A VIE
MAIRE DE GUETARIA



Aldamar seconda au Sénat, en 1864, l'éminent jurisconsulte basque Don Pedro de Egaña, dans l'admirable défense que celui-ci fit des institutions forales, attaquées d'une façon si déloyale par le sénateur Sanchez Silva.



Barroeta Aldamar mourut à Madrid en octobre 1866.



Guetaria a énormément souffert durant la dernière guerre. Les carlistes l'ont bombardée à deux reprises et ont tenté divers assauts qui furent toujours repoussés par la garnison de la place et par les volontaires.



La population actuelle de cette petite ville ne s'élève pas au-dessus de 1 100 âmes.



Cestona.



Cestona est une petite ville située sur la rive droite de l'Urola, à environ moitié chemin de Zaraus à Azpeitia ; l'on y arrive par une belle route qui suit depuis Oiquina, où s'embranche le chemin de Deva, toutes les sinuosités et les caprices de la rivière. Cestona fait partie de la juridiction d'Azpeitia. C'est une localité de 2 300 habitants, bien bâtie, très propre, et entourée de belles fermes et d'antiques châteaux. Ses environs sont bien cultivés et d'un aspect pittoresque. Des montagnes qui l'avoisinent on tire du marbre, du jaspe et du cristal de roche. Son industrie consiste dans l'exploitation de fonderies et de moulins à farine.



Il existe près de Cestona un important établissement de bains d'eaux thermales placé entre deux montagnes sur la rive gauche de l'Urola. Diverses sources, habilement captées, donnent un débit d'environ cinquante litres d'eau par minute à la température de 33° centigrades. Ces eaux sont purgatives à la dose de trois ou quatre verres et rendent des services efficaces employées en bains, douches et lotions. Elles équivalent, pour leur effet, à celles de Bourbonne-les-Bains, de Saint-Sylvain et de Lucca, dans les affections chroniques.



L'établissement des bains de Cestona, où plus de 200 personnes peuvent être commodément logées, possède tous les agréments désirables. Le service y est fait avec beaucoup de goût et une grande propreté. Durant la saison d'été il vient beaucoup de baigneurs à Cestona, de tous les points de l'Espagne.



Les villages de Aizarna et de Arrona font partie du district de Cestona, ainsi que les quartiers de Lasao et de Alzolaras."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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mercredi 1 septembre 2021

LES CRÂNES BASQUES DE ZARAUTZ ET DE SAINT-JEAN-DE-LUZ AU PAYS BASQUE EN 1958 (troisième et dernière partie)

 

LES CRÂNES BASQUES DE ZARAUTZ ET DE SAINT-JEAN-DE-LUZ EN 1958.


Depuis très longtemps, des chercheurs cherchent les origines du peuple Basque.




VIEILLE FEMME
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet Paulette Marquer, dans un Travail du Laboratoire 

d'Anthropologie du Musée de l'Homme :


Craniologie des Basques de Zaraus et de Saint-Jean-de-Luz.



Conclusions :



Les comparaisons précédentes se sont donc révélées assez décevantes. Dans l'état présent de nos connaissances cranio-métriques sur les Basques anciens et actuels, il ne semble pas que nous puissions relever avec exactitude un ensemble de caractères qui permettent de leur donner une place fixe dans la nomenclature raciale européenne. Aussi est-ce à bon droit que nous nous étonnons des conclusions de l'article de G. M. Morant, basées sur l'étude de 30 crânes masculins de la collection de Zaraus, conclusions qui affirment que les particularités relevées sur les crânes basques ne sont pas suffisantes pour justifier un isolement racial du type et qui présentent comme "extrêmement probable" le fait que les Basques "puissent être plus intimement rapprochés de l'une quelconque des races actuelles de l'Ouest de l'Europe que de n'importe quelle autre race". C'est là une évidence logique qui frise la vérité de La Palisse, sans apporter de réelle solution au problème.



Les hypothèses que l'on peut glaner, ici et là, dans les manuels d'Anthropologie générale ou dans les ouvrages spéciaux consacrés à l'Europe ne sont guère plus satisfaisantes. La plupart se bornent à voir dans la morpho-physiologie basque une combinaison plus ou moins complexe de quelques types raciaux européens, à l'intérieur de laquelle les éléments formateurs varient mais qui est régie par le même processus ethnogénique. Von Eickstedt par exemple (1934) invoque un croisement dinaro-méditerranéen sur lequel serait venu se greffer un apport alpin. Coon, à sa suite (1939), admet un fond méditerranéen ultérieurement modifié par une influence brachycéphale, en grande partie d'origine diharique, en petite partie d'origine alpine. Sauter (1952) fait sienne cette dernière opinion, mais en pensant que l'influence alpine a dû l'emporter sur l'influence dinarique. Ce sont là de simples indications d'orientation générale de la recherche qui relèvent de l'intuition plus que d'une solide documentation anthropologique. Si l'élément méditerranéen, bien que nous n'ayons pas pu le mettre en évidence ni à plus forte raison définir son rôle exact dans la formation du peuple basque, demeure encore un facteur possible sur le plan conceptuel, il n'en est pas de même pour l'élément alpin qui n'a très vraisemblablement eu aucune influence dans l'ethnogénèse basque. 


pays basque autrefois origines
EGON VON EICKSTEDT


Les Basques français, malgré leur brachycéphalie, se sont montrés très différents des vrais Alpins ; les Basques espagnols en sont encore plus éloignés. Rien, semble-t-il, ni dans la forme du crâne — nous avons insisté sur le caractère très particulier de la brachycéphalie des Basques français qui les apparentent plus à des dolichocéphales qu'à de vrais brachycéphales — , ni dans la morphologie faciale — si spéciale chez les Basques qu'elle suffit à les isoler en tant que type racial — ne justifie un rapprochement Basques et Alpins. 




Quant au facteur dinarique, bien qu'on en ait très souvent parlé, on se demande comment on a pu l'invoquer au sujet des Basques : les Dinariques ont un indice crânien élevé que n'atteignent jamais les plus brachycéphales des Basques ; l'occiput très aplati donne par ailleurs au crâne dinarique un aspect spécial qui le rend très différent de celui des Basques espagnols, qui possède presque toujours un chignon occipital et même de celui des Basques français, chez lesquels il n'existe jamais d'aplatissement marqué pouvant être considéré comme un caractère racial différentiel. 




Par ailleurs on ne voit pas très bien d'où serait venu cet élément dinarique ni comment il aurait pu se trouver en contact avec l'élément basque, les deux populations ayant des aires d'habitat fort éloignées l'une de l'autre. Nous aurions aimé trouver une série de crânes dinariques susceptible d'être comparée à notre série basque pour montrer avec des chiffres à l'appui les différences qui séparent ces deux types physiques ; en l'absence de cette preuve métrique, il nous faut nous contenter des oppositions que nous venons de signaler et qui nous semblent suffisamment parlantes pour éliminer le rôle du facteur dinarique. 



Pour tous ces auteurs, il n'existe donc pas à proprement parler une race basque mais simplement une variété régionale qui emprunte l'essentiel de ses caractères au peuple méditerranéen. Deniker (1926) et Montandon (1935) n'exprimaient pas une idée différente quand ils considéraient les Basques comme une variante du type atlanto-méditerranéen. H. V. Vallois (1943) parle également d'un "type secondaire" possédant quelques caractères qui le rapprochent des Alpins, et d'autres, plus nombreux, qui l'apparentent aux Méditerranéens ; il suggère l'idée de "Méditerranéens brachycéphalisés". Mais dans un travail plus récent sur les groupes sanguins (1951), cet auteur signale la formule sanguine très particulière des Basques : abaissement de B, élévation de O, fréquence du phénotype Rh qui, jointe à leurs autres particularités anthropologiques, leur donne une place à part parmi les populations pyrénéennes .



La thèse d'une race particulière semble par contre l'emporter chez les auteurs espagnols. C'est la conclusion provisoire à laquelle nous nous arrêterons nous-même. Par leur morphologie très spéciale autant que par leur langue et leur ethnie, les Basques sont nettement individualisés parmi les races du Sud-Ouest de l'Europe. L'étude statistique de leurs caractères crâniens met nettement en évidence leurs particularités mais ne nous a pas permis de dégager un ensemble de relations nettes avec l'une quelconque des grandes races qui entourent les Basques. Mais nous ne nous dissimulons pas l'insuffisance d'un examen reposant uniquement sur deux séries de crânes qui proviennent chacune d'une seule localité, pour établir une diagnose sérieuse de la race basque. 



Comme nous l'avons déjà dit au début de cette étude, nous ne considérons ce travail qu'au titre d'une enquête préliminaire que nous comptons bien poursuivre sur des sujets vivants, dans le Pays basque lui-même, et qui nous permettra, nous l'espérons, d'apporter une contribution plus vaste à la solution de ce problème si troublant pour l'anthropologiste."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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dimanche 1 août 2021

LES CRÂNES BASQUES DE ZARAUTZ ET DE SAINT-JEAN-DE-LUZ AU PAYS BASQUE EN 1958 (deuxième partie)

 

LES CRÂNES BASQUES DE ZARAUTZ ET DE SAINT-JEAN-DE-LUZ EN 1958.


Depuis très longtemps, des chercheurs cherchent les origines du peuple Basque.




pays basque autrefois femmes
VIEILLE FEMME
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet Paulette Marquer, dans un Travail du Laboratoire 

d'Anthropologie du Musée de l'Homme :


Craniologie des Basques de Zaraus et de Saint-Jean-de-Luz.




Les deux séries de crânes qui font l'objet du présent travail appartiennent à la collection Broca. Ce sont celles-là même qui ont servi à l'éminent anthropologiste du siècle dernier à étayer ses principales conclusions sur la race basque.



I. Le matériel :




Origine et état de conservation.




Les crânes de Basques espagnols ont été recueillis dans un cimetière de la province de Guipuzcoa, à Zaraus, petite localité typiquement basque, mais dont la population côtière est considérée par certains comme assez mélangée. Ils étaient à l'origine au nombre de 78, mais les tribulations nombreuses subies par les collections de Broca, après la mort de leur possesseur, n'en ont laissé parvenir jusqu'à nous que 75 qui sont à l'heure actuelle déposés au Laboratoire d'Anthropologie du Musée de l'Homme. La même remarque s'impose pour les crânes de Basques français, qui, au nombre de 58 d'après l'article de Broca, ne sont plus aujourd'hui que 56. Ils proviennent de l'ancien cimetière qui entourait la vieille église de Saint-Jean-de-Luz, cimetière qui fut désaffecté en 1532 et dont les ossements furent ultérieurement réenterrés dans un emplacement réservé du cimetière actuel. Il convient de faire remarquer que la pureté raciale de ces derniers n'est peut-être pas aussi certaine que l'affirmait Broca. Collignon, en particulier, souligne le fait que la population de cette ville, comme celle de tous les ports, a subi de nombreux apports étrangers et ne peut être choisie comme un exemple-test du groupe basque français.




professeur ethnologue origines pays basque
PROFESSEUR MAXIME COLLIGNON



Ces crânes ont été étudiés par Broca dans un article de synthèse des Bulletins de la Société d'Anthropologie (1868), tandis qu'une partie des crânes masculins (30) fournissait à G. M. Morant le sujet d'un article paru dans Biometrika (1929). Il nous a paru néanmoins intéressant de reprendre l'étude détaillée de ces crânes, en dépit de la suspicion qui pèse sur la pureté de leur origine, pour leur appliquer les méthodes actuelles de mensuration et les soumettre aux procédés modernes de la statistique. 




Nous ne prétendons pas en tirer des conclusions définitives sur le peuple basque, mais éclaircir — si faire se peut — les données anthropologiques de la question, tout en en donnant un aperçu d'ensemble. Ce travail n'a pour but que de préparer une enquête ultérieure que nous voudrions mener au Pays Basque même, sur des sujets vivants, et qui, seule, pourrait fournir une contribution valable au problème des origines basques.


Le matériel osseux, se compose uniquement de calvariums, la plupart en assez bon état de conservation, mais dont les mandibules sont systématiquement absentes.




Sexe.




Les sujets ont été séparés en hommes et femmes d'après les critères courants de différenciation, ce qui nous donne 43 hommes et 32 femmes pour la série de Zaraus, 33 hommes et 23 femmes pour la série de Saint-Jean-de-Luz. Quelques crânes présentaient des caractères mixtes qui rendaient leur détermination sexuelle incertaine ; nous les avons classés en suivant les présomptions plus ou moins fortes qui faisaient pencher la balance d'un côté ou de l'autre. Ce sont ces crânes de sexe douteux qui expliquent — avec la différence dans le nombre total de sujets, ainsi que le fait que la série de Zaraus a été étudiée en deux fois par Broca, 60 crânes d'abord, 18 autres ensuite — le léger écart qui existe entre l'estimation de Broca et la nôtre. Broca trouve, sur 57 sujets de Saint-Jean-de-Luz, 32 hommes et 25 femmes, sur 60 sujets de Zaraus, 32 hommes et 27 femmes. Les proportions entre hommes et femmes, avec une légère prédominance du côté féminin, n'en demeurent pas moins sensiblement les mêmes.




professeur ethnologue france
PAUL BROCA



Age.




La détermination de l'âge à partir du degré de synostose des principales sutures et de l'état d'abrasion des dents nous a semblé, dans d'assez nombreux cas, sujette à caution. En effet les Basques de Zaraus comme ceux de Saint-Jean-de-Luz possèdent une dentition très défectueuse. La série des molaires manque le plus souvent et fréquents sont les sujets qui, paraissant tout jeunes vu l'aspect de leurs sutures, révèlent par ailleurs une dentition de vieillards. Nous nous sommes donc trouvée dans l'obligation d'évaluer l'âge à l'aide du seul critère de l'oblitération des sutures, et ceci sur la majorité des cas. 



Taux de mortalité assez fort parmi les adultes jeunes. Pourcentage faible de vieillards.




II. La boîte cranienne.




Caractères descriptifs.




En norma verticalis, les crânes de Zaraus sont, dans une grande majorité, ovoïdes tandis que ceux de Saint-Jean-de-Luz se distinguent par une tendance pentagonoïde atteignant pour un bon nombre de cas la forme franchement pentagonoïde, avec quelques sujets plus ou moins isolés et aberrants se répartissant entré les formes sphéroïde, rhomboïde, sphénoïde, auxquelles nous joindrons deux crânes très légèrement plagiocéphales.



Cette différence de forme crânienne entre les deux séries est en partie liée aux fluctuations de leurs indices céphaliques, la dolichocranie l'emportant à Zaraus, tandis qu'une brachycranie modérée domine à Saint-Jean-de-Luz. Les Basques français, plus brachycéphales, ont un crâne qui se renfle dans la région pariétale ; les Basques espagnols, plus dolichocéphales, présentent une courbe pariétale qui s'arrondit plus souplement du front à l'occipital.




Chez les uns comme chez les autres, les sutures tracent un dessin simple, aux sinuosités larges et peu nombreuses. Les os supplémentaires sont rares, localisés sur la suture lambdoïde et toujours de très petite taille à Zaraus, plus fréquents, plus conséquents et apparaissant parfois sur la sagittale dans la série française. On remarque sur deux sujets de Zaraus et un de Saint-Jean-de-Luz la présence d'un os épactal. Un crâne de Saint-Jean-de-Luz se distingue par un volumineux os bregmatique. 




La forme de la glabelle et des arcades sourcilières traduit normalement l'appartenance sexuelle des crânes : glabelle faible et arcades estompées chez les femmes, glabelle plus saillante et arcades plus nettes chez les hommes. Les caractères féminins paraissent plus accentués à Zaraus qu'à Saint-Jean-de-Luz. On constate parfois un désaccord entre les deux caractères, mais il s'agit toujours dans ce cas de crânes au sexe douteux, comme il en existe dans toutes les séries crâniennes un peu importantes.




Les crânes de Zaraus ont un front généralement droit, normalement un peu plus fuyant chez les hommes que chez les femmes. Sa hauteur est peu élevée. Les crânes de Saint-Jean-de-Luz possèdent un front très légèrement plus fuyant et plus haut que les précédents.



Vue en norma occipitalis, la courbe de la voûte crânienne se caractérise par un aplatissement assez sensible dans la région pariéto-sagittale chez les Basques espagnols (sur 75 crânes des deux sexes : 40 voûtes nettement basses, 8 hautes dont 2 très légèrement carénées, les autres se situant dans une moyenne plus ou moins variable). La courbe descend ensuite harmonieusement, sans saillie marquée, jusqu'aux mastoïdes qui regardent toujours vers l'intérieur. A Saint-Jean-de-Luz, le tracé de la voûte semble nettement moins homogène ; on y rencontre des voûtes hautes avec tendance à la carène mais aussi un certain nombre de voûtes plates et moyennes (sur 56 crânes des deux sexes : 18 hauts et légèrement carénés, 16 plats, le reste étant de hauteur moyenne). Ensuite, la courbe n'est plus aussi harmonieuse qu'à Zaraus, en raison de l'exigence nette et assez constante du renflement des pariétaux, mais elle aboutit à des mastoïdes également tournées vers l'intérieur.





L'occipital du crâne basque espagnol se prolonge en un chignon qui est parfois nettement dessiné, parfois simplement esquissé, mais néanmoins presque toujours présent. Le chignon est plus rare sur le crâne basque français mais, les quelques fois où on peut le signaler, il forme une saillie caractéristique, plus importante qu'à Zaraus. Dans les deux séries, l'existence du chignon est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes.




Caractères métriques.




Capacité crânienne.




Broca ayant mesuré suivant sa méthode, encore couramment employée aujourd'hui, les capacités crâniennes des deux séries, il nous a semblé inutile de reprendre ces mesures. Nous donnerons donc les chiffres de Broca, qui trouve une moyenne de 1 486,88 cm3 à Zaraus (femmes : 1 395,52) contre seulement 1 414,17 cm3 à Saint-Jean-de-Luz (femmes : 1 298,13). Cette différence assez forte avait surpris Broca qui n'hésite pas à la mettre sur le compte de facteurs raciaux différents ; il indique nettement, dans son étude, "qu'elle n'est pas la conséquence de l'inégale proportion des deux sexes dans les deux séries, qu'elle est plus prononcée chez les femmes, mais qu'elle est encore très forte chez les hommes, qu'enfin elle ne peut être attribuée qu'à une influence ethnique".



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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jeudi 1 juillet 2021

LES CRÂNES BASQUES DE ZARAUTZ ET DE SAINT-JEAN-DE-LUZ AU PAYS BASQUE EN 1958 (première partie)

LES CRÂNES BASQUES DE ZARAUTZ ET DE SAINT-JEAN-DE-LUZ EN 1958.


Depuis très longtemps, des chercheurs cherchent les origines du peuple Basque.




pays basque autrefois femme personnage
VIEILLE FEMME
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet Paulette Marquer, dans un Travail du Laboratoire 

d'Anthropologie du Musée de l'Homme :



"... Retzius, en 1842, dans la grande euphorie qui succéda à la découverte de l'indice céphalique, et alors qu'il s'imaginait pouvoir, à l'aide de ce seul caractère crânien, déterminer toutes les races du monde, avait imaginé une séduisante théorie qui affirmait que, les populations primitives de l'Europe étaient brachycéphales, la dolichocéphalie ayant été importée dans nos contrées par les envahisseurs asiatiques, également porteurs de la civilisation du Bronze et des langues indo-européennes. Le savant suédois en concluait que les peuples, qui parlent encore actuellement des langues non apparentées à la famille indoeuropéenne, devaient être les descendants directs de ces races anciennes du Paléolithique et par conséquent brachycéphales. Tels étaient les Finnois et les Lapons, tels devaient être les Basques. Il est inutile d'insister sur l'erreur initiale d'une théorie qui a été complètement abandonnée à la suite des travaux de Broca prouvant en toute certitude l'antériorité, en Europe, des dolichocéphales sur les brachycéphales. Toujours est-il que Retzius, ayant examiné trois crânes prétendus basques et dont l'origine est aujourd'hui fortement contestée, reconnut la brachycéphalie comme le caractère essentiel de la race basque.



professeur anatomie suède
ANDERS RETZIUS



Pruner-Bey reprit à son compte les idées de Retzius et les défendit, avec une obstination que les faits les plus probants ne purent entamer, contre l'opinion de Broca. Celui-ci, dans le but de vérifier expérimentalement les déductions théoriques de Retzius, était parvenu à réunir une collection de 60 crânes basques provenant de la petite ville de Zaraus, Guipuzcoa espagnol (1862) ; sa surprise avait été grande en constatant que la plupart de ces crânes étaient dolichocéphales, les brachycéphales vrais étant au contraire en très petit nombre. Il admit donc jusqu'à plus ample informé que la race primitive basque devait être dolichocéphale. Ce que Pruner-Bey ne voulut jamais reconnaître, préférant mettre en doute l'origine réellement basque de la population de Zaraus et s'ingéniant à la rattacher à une colonie étrangère de Celtes que les hasards des migrations auraient amenée en Espagne.




anthropologue allemand
FRANZ PRUNER-BEY




Sur ces entrefaites, Broca, quelques années plus tard, enrichissait sa collection de 58 crânes basques français, provenant de Saint-Jean-de-Luz. Par l'étude comparative des deux séries, il mettait en évidence, à côté de la dolichocéphalie des Basques espagnols, la prédominance de la brachycéphalie du côté français. Mais il reconnaissait, dans les crânes dolichocéphales contenus dans la série de Saint-Jean-de-Luz, le même type que celui qu'il avait isolé dans les dolichocéphales de Zaraus. Il établissait enfin, en se référant aux données historiques, qu'une partie des Basques d'Espagne, connus sous le nom de Vascons par les historiens romains, avait franchi la frontière vers le milieu du Ve siècle de notre ère, sous la pression des Wisigoths qui s'étaient emparés de leur capitale, Pampelune. Ces émigrés basques s'installèrent dans les vallées du Labourd et de la Soule, territoire qui leur fut définitivement reconnu par Thierry II, roi de Bourgogne, vers l'an 602. Pour Broca, la situation était donc la suivante : les ancêtres des Basques espagnols étaient dolichocéphales, ceux des Basques français brachycéphales ; la dolichocéphalie observée chez les Basques français serait le résultat du mélange qui s'est effectué entre les deux branches au moment de l'émigration ; la différence de forme crânienne serait elle-même très ancienne et antérieure à l'invasion indoeuropéenne, sans qu'on puisse soutenir avec certitude la priorité d'un des types sur l'autre. Toutefois Broca, sans être très explicite à ce sujet, manifestait un certain penchant pour la thèse ibérique et voyait de préférence chez les Basques espagnols les éléments les moins mélangés et les plus proches de la souche primitive. Il soulignait, d'autre part, la ressemblance entre certains crânes de Zaraus et le type de Cro-Magnon et il pensait que les Basques, les Berbères, les Guanches et les troglodytes de la Vézère se rattachaient vraisemblablement à un même tronc racial.




professeur ethnologue france
PAUL BROCA



En 1892, de Quatrefages et Hamy abordent la question dans les Crania Ethnica. Ils sont frappés, plus que Broca, par la diversité des types qui existent chez les Basques, allant jusqu'à en trouver quatre parmi des sujets examinés à Cambo dans les Basses-Pyrénées. Ils retrouvent, eux aussi, dans l'un de ces types, quelques-uns des caractères de la race fossile de Cro-Magnon. Ce fut une opinion assez généralement admise à l'époque, soit qu'on l'attribuât à l'ensemble des Basques, soit qu'on la limitât à la fraction espagnole qui, dans ce cas, était considérée comme représentant l'élément primitif resté le plus pur de la race basque.




La thèse soutenue par Aranzadi, à la suite de nombreuses études à la fois sur des crânes et sur des sujets vivants appartenant à la branche espagnole, se présente comme un compromis entre celle de Retzius et la thèse ibérique, compromis qui est en même temps un aveu d'impuissance. Il admet en effet, à la base de l'ethnogénèse basque, "l'union d'un peuple ibère ou offrant des affinités avec les Berbères et d'un peuple boréal ayant quelque chose du Finnois et du Lapon avec mélange d'un peuple kimrique ou germain" (1886), phrase qui, d'après Collignon, "pourrait s'appliquer à toutes les populations du bassin occidental de la Méditerranée, depuis les Italiens du Sud et les Français méridionaux jusqu'aux indigènes de l'Afrique du Nord, en passant par l'ensemble de la péninsule ibérique". Vers la fin de sa vie, Aranzadi manifestait l'intention de se rallier à l'interprétation cromagnoïde : il pensait à une évolution sur place du type Cro-Magnon avec transformation progressive aboutissant au type basque actuel et il croyait saisir certaines étapes de cette transformation dans les restes osseux du Néolithique et de l'Énéolithique du Pays basque espagnol.



pais vasco antes aranzadi
TELESFORO ARANZADI Y UNAMUNO




En 1893, Collignon, à la faveur d'une vaste enquête entreprise dans le cadre du conseil de révision des Basses-Pyrénées, put examiner un grand nombre de sujets vivants appartenant aux principaux cantons basques. Il reconnut définitivement la disparité des deux grands types euskariens : les Basques espagnols sont plus petits, plus dolichocéphales, plus leptorhiniens que les Basques français ; mais il souligne en même temps des ressemblances non équivoques dans la couleur des yeux et des cheveux, la forme du visage, la conformation spéciale du tronc, qui révèlent leurs affinités et ne permettent pas d'accuser une dualité raciale primitive. Une de ses principales conclusions s'oppose à l'opinion prédominante du moment, à savoir la plus grande pureté des Basques d'Espagne qui auraient mieux conservé les traits essentiels de la race que leurs frères de l'autre côté de la frontière. En s'appuyant sur un examen anthropologique approfondi et de nombreuses mensurations, il aboutit exactement à la conclusion opposée : après avoir dressé le bilan des ressemblances et des différences qui existent entre les deux, il reconnaît que "les points par lesquels les deux peuples se séparent sont communs aux Espagnols proprement dits et aux Basques d'Espagne et peuvent être dus au croisement des deux races : ceux par lesquels tous les Basques se ressemblent leur sont propres et n'appartiennent qu'à eux". Autrement dit, les Basques français, venus d'Espagne, ont gardé leur type racial primitif plus pur parce qu'ils ont été mieux protégés des contacts avec d'autres peuples que les Basques espagnols, dont la région, n'ayant jamais été véritablement soumise ni aux Wisigoths ni aux Arabes a servi de refuge à un grand nombre d'émigrés venus de toute l'Espagne. Collignon semble donc ainsi avoir résolu l'anomalie dont s'était rendu compte Broca, lorsqu'il s'étonnait que les Basques de France aient mieux conservé leur langue et leurs mœurs que les Basques d'Espagne, mais qu'ils semblaient par contre avoir perdu en partie leur type physique.



professeur ethnologue origines pays basque
PROFESSEUR MAXIME COLLIGNON



En ce qui concerne la filiation des Basques, Collignon se montre très prudent, suggérant simplement qu'en dépit de nombreuses différences, ce sont les peuples de l'Afrique du Nord, Berbères et anciens Égyptiens, qui présentent le plus d'analogies avec les Basques.



L'état actuel de la question basque est donc le suivant :
La thèse mongoloïde de Retzius qui faisait des Basques des brachycéphales se rattachant aux Asiatiques est définitivement périmée.


La thèse ibérique, plus souple et apparemment plus logique, demeure aussi plus vivante et les anthropologistes espagnols se rallient encore volontiers à ses directives.

La thèse de Collignon apporte au problème basque l'appui d'une documentation de premier ordre jointe à une argumentation sérieuse ; elle met en évidence la singularité des Basques par rapport à toutes les autres populations de l'Europe, singularité qui a été encore renforcée par les études sanguines révélant des pourcentages des différents groupes absolument aberrants pour un peuple européen. Elle affirme la plus grande pureté des Basques français et les présente comme restés plus près du type ancestral, conclusion qui semble assez vraisemblable sans qu'on puisse en donner des preuves certaines. On peut regretter que l'étude de Collignon soit un peu unilatérale, son enquête sur les Basques espagnols n'ayant pu porter que sur un nombre très limité de sujets.



Tous ces auteurs demeurent vagues sur la question même de la filiation, l'hypothèse la plus vraisemblable admettant une parenté avec les Méditerranéens, spécialement avec les peuples de l'Afrique du Nord."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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