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lundi 18 septembre 2023

AU PAYS BASQUE EN SEPTEMBRE 1881

AU PAYS BASQUE EN 1881.


Dès la fin du 19ème siècle, de nombreux voyageurs se rendent au Pays Basque et racontent souvent leurs voyages.




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BIARRITZ 1890
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporte à ce sujet le quotidien Gil Blas, le 27 septembre 1881, sous la plume 

d'Ernest Lemouillé :


"Gil Blas à Biarritz.


Mon cher directeur,



Il y a huit jours que je suis à Biarritz, et je ne reviens pas encore de l'impression délicieuse de mon arrivée : quitter la pluie battante et se trouver dans un bain de soleil ; de canard devenir papillon ; jeter, triomphant, dans le coin de sa chambre, le parapluie qu'en a ouvert avec fureur un long mois, n'est-ce pas exquis ?



Ici c'est l'été avec l'air des montagnes et l'air de la mer : seul cas où il est agréable d'être, entre deux airs ! Les toilettes claires les ombrelles rouges, — joie des coloristes ! — les complets gris, les tyroliens chocolat, papillottent sur les promenades. Tout le monde est attifé selon la formule des pays chauds, et c'est merveille de voir cette foule bigarrée se ruer sur les plages pour regarder les baigneurs, vêtus de noir, s'agiter comme de simples raisins de Corinthe dans les flots bleus de l'océan, à la côte des Basques, au vieux port, à la côte des Fous.



Les Parisiens sont peu nombreux : Bordeaux, Bayonne, et les environs peuplent Biarritz, sans oublier l'Espagne, représentée par la fine flore rastaquouère.



On mange agréablement dans les hôtels, le poisson y est frais. On dévore des tourterelles. J'ai vu, l'autre soir, une jolie jeune fille au Helder en croquer une, et je pensais en regardant la jeune avaleuse : "Quel charmant tombeau ! Que ne suis-je tourterelle pour être enterré comme ça !" Les vins sont généreux, et les touristes davantage, car ils couvrent d'or une bande de musiciens ambulants, vilains gratteurs de guitares qui viennent assourdir les dîneurs de leurs zon-zon nasillards.


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HÔTES DE LA VILLE AU HELDER BIARRITZ MAI 1906
PAYS BASQUE D'ANTAN



Promenades très pittoresques, les chevaux grelottants sur de superbes routes qui filent vers les montagnes, les cochers habillés en postillons avec des pantalons d'hommes du monde font retentir gaiement des fouets interminables, et enlèvent leur attelage avec une verve qui ne rappelle en rien celle de nos Collignons parisiens.



Des villages accrochés sur les monts ou piqués aux bords du golfe de Gascogne vous tendent les bras : Voilà Guéthary avec sa vue immense sur la mer, son horizon sans voile donnant une idée réelle de l'infini ; le ciel et l'eau, plus bleus que deux mentons d'acteurs, offrent à l'œil un rude bain d'azur ! Des maisons blanches, éblouissantes, émergent d'une verdure d'un ton très intense. Bidart (où tout le monde doit l'être !). Plus loin, Saint-Jean-de-Luz ; j'y ai rencontré un frère Lyonnet. Hippolyte et Anatole sont nés dans cette petite ville sévère : les deux chanteurs, avec leurs cheveux longs roulés à l'extrémité, leurs aspirations lyriques, leur sourire onctueux, ne donnent-ils pas l'idée de deux Saint-Jean de Luth ! Oui, n'est-ce pas.



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PORT DE SAINT-JEAN-DE-LUZ 1898
PAYS BASQUE D'ANTAN



— Plus loin, Saint-Sébastien, célèbre par le séjour du "terrible dictateur" qui a pu respirer ici une autre odeur qu'à Charonne. Je me suis promené sous les fameux orangers. O miracle ! J'ai fait, sans me gêner, un discours à mon compagnon de voyage. Le souvenir du grand patriote m'a inspiré et les orangers ont eu la virginité de ma parole politique. Soyez tranquille, je n'en abuserai pas !



D'un autre côté, Ustaritz et Cambo — renommé pour ses truites, — Bayonne, remarquable par ses jambons, et l'embouchure de l'Adour, moins réputée que celle du piston Arban, mais un peu plus grande. A deux heures de chemin de fer, Pau, d'où les Anglais sont envolés ; à cette époque on trouve Pau morte.


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CHÂTEAU DE PAU 1880
BEARN D'ANTAN


De tous les côtés, des bœufs et leurs tou-heurs gravissent pesamment les collines en tirant des charrettes de foin.



Si vous voulez voir un tableau digne du pinceau de Cazin ou d'Ernest Duez, c'est celui d'un coucher de soleil sur le plateau du phare, près du palais à Biarritz. L'astre éclatant s'enfonce là-bas, là-bas dans une fournaise d'nr au milieu d'une apothéose de nuages éblouissants qui ressemblent à de formidables pierres précieuses ; sous le globe embrase, la mer, énorme tapis violet se déroulant majestueusement et les Pyrénées, enveloppées dans de grandes chemises de brumes bleuâtres du côté de l'Espagne. A cette heure divine, l'esprit construit des châteaux qui durent ce que dure un coucher de soleil.



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PHARE DE BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN


Au théâtre de Biarritz, les blanchisseuses y jouent tous les jours en réalité ; elles ont l'air de représenter l'Assommoir. Les troupes dramatiques ne pouvant s'acclimater ici, le théâtre est devenu une boutique de blanchisserie. Pauvre art !



Dimanche et mardi, courses très intéressantes. Vous parlerai-je des chevaux ? des jockeys, de Caratt, qu'a raté la seule course que son maître, le comte de Juigné, l'avait envoyé courir ? Non. L'hippodrome de la Barre est situé près de l'Adour, ce qui donne une fois de plus le spectacle du jeu de l'Adour et du hasard. Le panorama qu'on découvre du haut des tribunes est plus grand que celui de Longchamps : dans le lointain, les Basses-Pyrénées (qui sont joliment hautes). On a dû arroser cette partie de la France de lait Mamilla, si, comme nous le savons, les montagnes sont les mamelles de la terre. Le retour des courses au milieu des bois de sapins qui avoisinent la Barre, est aussi plus gai que celui de Boulogne ; de même la rentrée dans Biarritz que l'on traverse au milieu de la population assise sur des chaises de chaque côté de la route. Ah ! on est dévisagé ! La ville entière : petits bourgeois, rentiers, boutiquiers, vieilles manolas retraitées, soldats, manchots, tout cela vous regarde avec envie. On fait vraiment de l'effet !



Nous nous arrêtons au palais Biarritz. L'ex-villa Eugénie a été transformée en grand Casino. J'ai dîné dans la chambre à coucher de l'impératrice. Mon républicanisme a souffert ; pourtant j'ai apprécié une table excellente.



Le monde vient en masse au palais et l'année prochaine la prospérité de cet établissement sera assise sur des bases sérieuses et joyeuses. Songez, il y a tout : salles de jeux, théâtre en plein vent, crockett, salles de concert, de bal, artistes célèbres, orchestre Waldteufel, gymnase, tir aux pigeons, feux d'artifice tous les soirs, chambres spacieuses, vues impériales, non, républicaines maintenant, plus larges : donc tous les plaisirs. 




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SUITE DE VALSES PAR EMILE WALDTEUFEL



Je songe en rentrant à l'instabilité des choses humaines. Cette villa Eugénie remplie jadis de courtisans chamarrés, de dames dites d'honneur, aujourd'hui sillonnée, par les belles petites minces et pointues qu'on pourrait appeler des Bayonnettes, vu leur provenance de Bayonne ; où passait jadis l'impératrice des Français passe aujourd'hui la plus jolie fille d'ici, qu'on nomme Fleur de Bidet ! Oh ! malheur !



Quoi qu'en disent les grincheux, qui trouvent ce pays démodé, Biarritz est toujours la patrie du soleil, de la mode et du plaisir.



Agréez, mon cher directeur."






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