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lundi 26 janvier 2026

LE CONCOURS AGRICOLE À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE (septième partie)

   

LE CONCOURS AGRICOLE DE BAYONNE.


Ce concours agricole, organisé par la Société d'Encouragement à l'Agriculture du canton de Biarritz, existe depuis juin 1898.



pays basque économie agriculture labourd concours
SUR LA ROUTE DE LA NEGRESSE BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la presse locale, dans diverses éditions :



  • La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 19 juillet 1934 :


"Le Concours Agricole de Biarritz-Bayonne.


Dans son discours, M. Jean Laborde a parlé "de la crise du lait".



Ainsi que nous l'avons dit hier, la Société d'encouragement à l'Agriculture de Biarritz-Bayonne, avait organisé à la Négresse, son concours traditionnel.



On a beaucoup admiré la qualité du bétail présenté.



Avant la distribution des récompenses sur les lieux mêmes du concours, M. Jean Laborde et M. Raulet, adjoint au Maire de Biarritz, ont prononcé des allocutions.



Après avoir remercié les autorités et les assistants, puis félicité les exposants, M. Laborde a parlé de la crise du lait :


"J'adresse mes plus vives félicitations à tous nos éleveurs qui, malgré la crise qui sévit en ce moment, malgré les difficultés de l'heure, n'ont pas hésité à nous amener leurs plus beaux animaux. S'il n'y a pas le nombre, il y a la qualité : ce qui prouve que dans notre coin du Labourd, notre élevage bovin est toujours en honneur.




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MEDAILLE CONCOURS AGRICOLES

Oui, messieurs, j'ai parlé de crise. Elle existe pour toutes les catégories de citoyens. Tous subissent les mêmes difficultés : perte d'argent, baisse sur les produits, marchandises invendues, impôts et autres charges accablantes. L'agriculteur n'est pas épargné, il souffre d'une crise plus sensible, car il voit ses produits baisser dans des proportions effrayantes et leur écoulement impossible à réaliser.


C'est dans ces circonstances critique qu'une décision inattendue de la préfecture et de la sous-commission des produits laitiers, au Comité d'action économique, présidée par M. le Maire de Pau, est venue fixer à 1 fr. 10 le prix de vente du lait à domicile, décision que MM. les Maires de Bayonne et de Biarritz ont cru devoir divulguer et faire leur, en quelque sorte.


Je ne vous cacherai pas l'émotion ressentie par les agriculteurs producteurs de lait de la région.


Aussitôt, notre Société d'encouragement à l'agriculture s'est réunie avec les Syndicats agricoles les plus voisins, représentant les producteurs laitiers, pour protester énergiquement et rappeler que le prix de vente du lait est libre et doit rester libre.


Le Syndicat des agriculteurs des Basses-Pyrénées nous a fait appeler et nous avons été entendus à cette sous-commission des produits laitiers, à la mairie de Pau.


Personne n'a pu discuter les calculs que nous avons établis sur le prix du lait à la production ; nous avons pu, au contraire, signaler à la sous-commission, une erreur capitale de base ayant amené le prix de 1 fr. 10. Cette sous-commission nous a, d'ailleurs, fait remarquer que ce prix ne pouvait pas s'appliquer dans les régions touristiques et climatiques telles que notre Côte Basque.


Nous avons calculé très soigneusement et très sévèrement le prix de revient du lait à la production dans notre région. Nous arrivions au chiffre de 1 fr. 15. Je le répète, pris à la ferme.




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MEDAILLE CONCOURS AGRICOLES

Peut-être des consommateurs viendront-ils déclarer qu'ils payent le lait moins cher. C'est fort possible.


Un vin "Château Margaux" est plus cher qu'un "Picpoule" ; le prix de la laine est moins élevé que celui de la soie ; il y a des autos de dix mille francs, d'autres dépassent la centaine de mille.



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VENDANGES DU PICPOUL
LANDES D'ANTAN



Eh bien, messieurs, il y lait et lait, et il y a des cultivateurs qui vendent leur lait à perte.


En m'appuyant sur les statistiques du ministère de l'Agriculture et en faisant état de ce que un Français consomme en moyenne un tiers de litre de lait par jour ou dix litres par mois, l'économie est de 50 centimes par mois pour une baisse de cinq centimes par litre. (Je le répète, je m'appuie sur les statistiques du ministère de l'agriculture.)


Eh bien. Messieurs, nous avons calculé ce que le producteur perd en moyenne pour une baisse de 5 centimes. Sa perte est de 35 francs par mois. D'un côté dix sous d'économie, de l'autre 35 francs de perte. Estimez-vous la proportion juste ?


La Société d'encouragement à l'agriculture tient ses calculs à la disposition des pouvoirs publics, des consommateurs, de toute la presse locale et régionale, et enfin des agriculteurs, car jusqu'ici ils n'ont sans doute jamais calculé ce que le lait leur coûte, et avec un beau dédain des usages du commerce, ils l'ont souvent vendu à perte, en rognant sans s'en apercevoir sur leurs salaires et en s'imposant des privations.


J'ajoute enfin qu'il est bien naturel que le lait transporté de X kilomètres doit subir une augmentation pour frais de transport et de manutention, mais il ne faut pas qu'il y ait exagération dans cette augmentation, et c'est ce que notre Société empêchera de toutes ses forces afin que le consommateur de lait, les enfants, les vieillards, les malades l'obtiennent à un prix raisonnable sans que le producteur le vende à perte.


En somme, Messieurs, cet incident sur la baisse du lait a permis aux agriculteurs de se "sentir les coudes". Il y a eu un mouvement dans notre région de la Côte Basque, mais nous avons pu nous rendre compte, de visu que celui de la région du Béarn a dépassé en violence ce que nous avons vu ici.


Nos agriculteurs ont eu immédiatement la pensée de s'unir, de se syndiquer. Nous espérons qu'au geste de Briscous, d'autres communes suivront, et que l'Union des Syndicats agricoles de la région de Bayonne (Côte Basque et Bas-Adour), nouvellement créée, deviendra de plus en plus forte et prospère pour la défense de nos intérêts agricoles.


La Société d'encouragement à l'agriculture se réjouit de ce mouvement de défense paysanne ; elle y adhère de grand coeur et compte très prochainement constituer dans son sein une section du lait et des produits laitiers, qui aura pour but de rendre service, à la fois aux producteurs et aux consommateurs, en améliorant la qualité et la présentation du lait vendu par ses membres, d'encourager ses adhérents pour la création de primes à la bonne tenue des étables, de compléter l'éducation du public consommateur de lait, et surtout de réaliser une union plus intime des familles paysannes.


Voilà. Messieurs les Agriculteurs, notre mouvement d'ensemble. Venez à nous, unissez-vous pour le plus grand bien des intérêts agricoles dans notre belle région de la Côte Basque et du Bas-Adour."



Un vin d'honneur a été ensuite servi au Trinquet Basco-Béarnais de La Négresse."




A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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lundi 22 juillet 2024

LE LAIT AU PAYS BASQUE EN 1918 (quatrième et dernière partie)

 


LE LAIT AU PAYS BASQUE EN 1918.


Pendant la première Guerre Mondiale, il y a un grand problème d'approvisionnement en laitage pour les habitants du Pays Basque.




pays basque autrefois laiterie labourd guerre agriculture
LAITERIE CHÂTEAU DE MONTDEVILLE ANGLET 1917
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, dans 

plusieurs éditions :



  • le 22/03/1918 :

"La question du lait.



Nous avons reçu la lettre suivante : 


Monsieur le Directeur, 

En vertu de mon droit de répondre, j’ai l’honneur de vous faire savoir que, non seulement je n’achète pas de lait dans les communes environnant Arcangues, mais que, pour ma consommation personnelle — 20 personnes — et pour ma fabrication de fromages et de beurre, j’emploie seulement 65 litres de lait, provenant de mes fermes. 


Pour mettre fin à des renseignements inexacts et calomnieux, je serais heureux qu’une enquête soit faite par des personnes autorisées. 


J’exige que vous fassiez insérer ceci à la même place que votre article du 21, afin que les lecteurs de la Gazette ainsi que toute la population de Biarritz sachent bien que je ne suis pas un affameur.  

Comte J. D’Arcangues. 



arcangues autrefois pays basque châteaux labourd
CHÂTEAU ARCANGUES - ARRANGOITZE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Nous sommes absolument du même avis que M. J. d’Arcangues, sur ce point qu’une enquête est nécessaire et doit être faite sur la destination donnée au lait produit par les communes de notre région, 



A l’heure et dans un pays où il y a insuffisance absolue de lait pour l’alimentation publique, à l’heure où l’arrivée de soldats américains convalescents va augmenter encore le déficit dont se plaignent médecins et mères de famille, la population — dont nous sommes l’interprète — ne peut admettre que le lait soit converti en fromages.  



Quelle que soit la quantité de lait ainsi détournée de son but, cette population a l’impression que ce changement de destination, même si on le considère comme légal, est une action déplorable, contraire aux nécessités créées par la guerre et peu conforme au devoir patriotique. 

"La Gazette".


pays basque autrefois laiterie labourd guerre agriculture
LAITIERES
PAYS BASQUE D'ANTAN


  • le 27/03/1918 :

"Le lait.



Les municipalités qui ont à résoudre les plus délicats problèmes de la vie chère et du ravitaillement sont en tutelle et ne peuvent pas grand'chose sans le concours des pouvoirs publics dont elles relèvent ; leurs moyens d’action sont limités et subordonnés à l’autorité ministérielle ou préfectorale qui seule peut seconder d’utiles initiatives ou les annihiler. 



Cette vérité, qui parfois échappe au public, se vérifie amplement dans de multiples questions d’actualité et en particulier dans celle du lait, qui prend un caractère d’acuité tout spécial. La pénurie de vient de plus en plus sensible, avec l’affluence de population qui nous arrive en ce moment.



Il y a bien longtemps que nos paysans pratiquent l'élevage et ont délaissé la culture des céréales pour transformer les terres en prairies. Aussi, jusqu’à ces derniers temps, les campagnes fournissaient du lait assez abondamment pour alimenter les agglomérations urbaines. En cette matière comme en tant d’autres, l’esprit de lucre a apporté une grave perturbation dans les nécessités économiques les plus pressantes.  



Des beurreries et des fromageries se sont installées aux portes de Bayonne et de Biarritz, à Saint-Barthélemy, à Urt, à Ustaritz, à Arcangues ; elles accaparent le lait dans les fermes et les villages, souvent au moyen de voitures automobiles pour lesquelles leurs propriétaires trouvent l’essence qui manque aux ménages modestes ! Les laitières consentent volontiers à vendre ainsi leur lait à un prix rémunérateur qui les dispense de le porter à la ville.



Cependant, les produits fabriqués par les beurreries et les fromageries sont des articles de luxe ; le beurre et le fromage se vendent très cher. Ces établissements industriels réalisent des bénéfices, pendant que beaucoup de gens manquent de lait. 



Depuis longtemps, la municipalité de Bayonne a voulu mettre un terme à ce fâcheux état de choses. Elle s’adressa au Préfet dès le mois de décembre, par l’organe de son maire. Dès ce moment, M. Garat signalait aux pouvoirs publics un abus dont il demandait la cessation dans les termes suivants : 


"Saisi de nombreuses plaintes émanant plus particulièrement de mères de famille qui éprouvent de grandes difficultés à trouver du lait pour leurs nourrissons, je crois devoir vous signaler qu’un certain nombre de beurreries et de fromageries emploient une grande quantité de cette denrée indispensable aux enfants, aux vieillards et aux personnes malades, pour la fabrication de fromages et de beurres qui sont, dans notre région, des produits de luxe. Il ne vous échappera pas que dans les temps de misères, de souffrances que nous traversons, l’accaparement du lait par des établissements industriels produit le plus mauvais effet sur l’esprit de la population que j’ai l’honneur d’administrer". 



M. Garat terminait en demandant l’énergique intervention de l’autorité préfectorale pour la suppression du racolage du fait dans les communes rurales et de la vente du beurre. 



Cette démarche fut renouvelée au début de janvier, lors du changement du titulaire de la Préfecture des Basses-Pyrénées. Mais aucune réponse ne fut faite pas plus à la seconde qu’à la première. 



Sur ce point comme sur beaucoup d’autres, la municipalité bayonnaise estimait que, pour faire face aux graves difficultés du moment, une méthode d’administration agissante était indispensable. Une situation exceptionnelle exige des mesures exceptionnelles, conformes aux nécessités brutales des faits comme au véritable esprit démocratique qui ne se contente pas de paroles, mais réclame des actes énergiques et des décisions promptes. Pour maintenir le moral à l’arrière, il faut lutter contre toutes les tentatives d’accaparement, quelles que soient les formes qu’elles revêtent, contre toutes les tendances injustifiées d’élévation des prix et de surenchérissement des conditions de l’existence, quelles que soient les formules et les formalités empruntées ; il faut aussi par tous les moyens possibles des intérêts particuliers dussent-ils en souffrir, assurer le ravitaillement de la population en matières de première nécessité. 

Un Bayonnais."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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samedi 22 juin 2024

LE LAIT AU PAYS BASQUE EN 1918 (troisième partie)

 

LE LAIT AU PAYS BASQUE EN 1918.


Pendant la première Guerre Mondiale, il y a un grand problème d'approvisionnement en laitage pour les habitants du Pays Basque.




pays basque autrefois laiterie labourd guerre agriculture
LAITERIE CHÂTEAU DE MONTDEVILLE ANGLET 1917
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, dans 

plusieurs éditions :


  • le 13 mars 1918, sous la plume de son Directeur, Louis-Etienne Seitz :

"Toujours à propos du lait.



Nous avons reçu de M. J. d’Arcangues la lettre suivante : 


Dans la "Gazette" du 10 mars, un article paraissait : "Laissez-nous le lait". 


Un groupe de personnes animées d’un affectueux intérêt a bien voulu y répondre en adressant une lettre à M. Seitz, lettre qui fut insérée et que le directeur du journal fit suivre d’un commentaire, cette fois, tout à notre éloge. 


Je tiens sans tarder à exprimer toute notre reconnaissance à celui ou à ceux qui prirent cette aimable initiative et à leur dire au nom de mon frère qui n’est pas ici, et au nom de toute ma famille, combien nous avons été touchés par ce témoignage d’une amitié que nous ne saurons oublier. 


J’ajouterai qu’il faut croire, en constatant la différence de ton des deux articles dont nous avons eu l’honneur de faire les frais, que M. le directeur de la "Gazette" a pris dans l’intervalle quelques renseignements supplémentaires, et je dois dire, très nécessaires au respect de la vérité. 

Comte J. D’Arcangues. 



Nous n’avons rien à modifier à nos conclusions. Il n’y a d’ailleurs pas à rechercher entre nos articles du 10 et du 12 mars une "différence de ton". La même courtoisie, le même parti-pris d’union sacrée et de recherche du bien public caractérisent l’un et l’autre ; si le second contient des passages qui ont été agréables à l’amour-propre de M. J. d’Arcangues et de sa famille, c’est que l’occasion nous avait été donnée de rendre justice à des mérites reconnus et que nous aimons infiniment mieux relater des faits louables que discuter sur d’autres : nous sommes heureux d’avoir été agréables en étant justes et impartiaux. 



Mais il faut revenir à la vraie question, celle du lait indispensable à la vie de la population et surtout des enfants et celle des fromages, dont on peut se passer, à la rigueur, en ces temps de restriction. 



Nous espérons que, très prochainement, M. le comte d’Arcangues et sa famille nous donneront l’occasion de les féliciter pour l'abandon momentané d’une industrie devenue inopportune et de rassurer une population inquiète. Ils auront ainsi calmé certaines appréhensions et quelques colères dont nous avons entendu les échos ; ils auront gagné des sympathies qui ne demandent qu’à rester fidèles ; ils auront accompli un acte de patriotisme d’autant plus méritant qu’il comportera quelques sacrifices."



  • le 21 mars 1918, sous la plume de son Directeur, Louis-Etienne Seitz :

"La question du lait.



Les lecteurs de la "Gazette" ont suivi avec une bienveillante faveur notre série d’articles sur le lait. Nous pouvons affirmer qu’il y a unanimité, parmi toutes les voix que nous avons entendues, pour approuver nos conclusions et réclamer la cessation, — au moins momentanée — des industries qui, dans notre région, provoquent la disette du lait en le récoltant pour la fabrication du beurre et du fromage. 



Nous avions espéré, sur la foi de renseignements qui nous étaient parvenus, que la dernière en date des fromageries récemment créées, celle d’Arcangues, cesserait son exploitation et que le patriotisme et le souci de l’intérêt public l’emporteraient sur toute autre question d’intérêt ou d’amour-propre. 



arcangues autrefois pays basque châteaux labourd
CHÂTEAU ARCANGUES - ARRANGOITZE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Nous devons reconnaître qu’il n'en est rien encore et que la situation, loin de s’améliorer, s’aggrave chaque jour. De toutes parts, on nous demande de persévérer dans notre campagne ; on réclame une sanction ; on se plaint de la raréfaction d’un produit essentiel à l’alimentation des enfants et des malades. 



Un pharmacien de Biarritz écrit : 


Ma laitière m’annonce qu’elle ne me portera plus le lait car M. le marquis d’Arcangues va monter une fabrique de fromages de Camembert. Il paraît que M. d’Arcangues achètera le lait à plusieurs laitières à un prix raisonnable et leur donnera, en plus, du terrain pour la culture des pommes de terre... 


Vous n’ignorez pas la difficulté que nous avons, nous autres ménagères, à nous procurer un peu de lait. Voilà pourquoi j’ai l'honneur de m’adresser à vous pour vous demander de juger s’il est rationnel que des enfants comme ma fillette d’environ 3 ans soient privés de lait tandis que tout celui de la région serait employé à fabriquer des fromages dont on peut très bien se passer. 

Recevez, etc.  



Un des médecins les plus distingués de notre station nous disait, il y a quelques jours, que des malades qu’il avait mis au régime lacté, et pour qui ce régime était peut-être une question de vie ou de mort, ne pouvaient se procurer du lait. 



Le propriétaire d’un des plus grands hôtels de Biarritz, vient de se voir tout à coup supprimer le lait parce que le fermier qui le fournissait écoule tout son lait à la fromagerie d’Arcangues



La laitière qui servait le directeur d’une très importante maison de commerce, directeur qui a plusieurs enfants en bas-âge, a cessé hier de fournir le lait habituel en invoquant la même raison. 



Sans avoir eu à faire aucune enquête et rien qu’en recueillant les doléances qui nous viennent spontanément, nous pourrions citer de nombreux autres cas et nous tenons les noms et les faits à la disposition des autorités. 



Les propriétaires de la fromagerie d’Arcangues ont beau prétendre qu’ils tiennent leur promesse de ne pas récolter de lait dans les villages immédiatement voisins de Biarritz ; Biarritz n’est pas tributaire seulement, pour le lait, de tel ou tel village plus proche, mais de toute la région circonvoisine et tant que les fermiers trouveront au domaine d’Arcangues un débouché très proche et très rémunérateur pour cette denrée d’alimentation, les laitières cesseront une à une de récolter et d’apporter ici le lait, et notre population, y compris enfants et malades, souffrira de plus en plus de la très pénible situation qui lui est faite. 



On dit bien que si demain la fromagerie cessait son industrie, le lait serait perdu car les laitières ne trouveraient pas une rémunération suffisante pour la récolte du lait de ferme en ferme et pour son transport à Biarritz dans les familles. 



pays basque autrefois laiterie labourd guerre agriculture
LAITIERES
PAYS BASQUE D'ANTAN


Cela est-il bien démontré ? Et si même il en était ainsi ce serait la faute à ceux qui ont donné des habitudes nouvelles aux producteurs de lait ; mais la nécessité d’apporter cet aliment à notre population provoquerait alors une organisation reconnue indispensable. Si le village ne vient pas à nous, c’est nous qui irons au village et, à défaut de l’intervention de la municipalité, il ne serait pas difficile d’organiser un service spécial chargé de récolter le lait, tous les matins, dans les villages avoisinant Biarritz et de le mettre en vente ici à un prix suffisant pour rémunérer les producteurs et couvrir les frais exposés. 



Nous pouvons d’ailleurs rappeler que les pouvoirs locaux, qui ont charge de la santé et de l’alimentation publique, ne peuvent pas rester inertes et désarmés. Nous pourrions rappeler par exemple qu’à Toulon l’autorité a solutionné, il y a quelques mois, la crise du lait en réquisitionnant chez les fermiers toute la production. On sait aussi que les agents du ravitaillement réquisitionnent chez le paysan tout le blé, toutes les céréales nécessaires à l’alimentation du pays. 



Si nous devons nous trouver en présence de personnes assez peu soucieuses des souffrances d’une grande cité pour invoquer, contre l’intérêt public, un prétendu droit du "charbonnier maître chez soi" il y aura lieu de leur faire savoir qu’il y a droit supérieur au droit du charbonnier, c’est le droit à la vie d’une ville de 20 000 habitants."



A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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mercredi 22 mai 2024

LE LAIT AU PAYS BASQUE EN 1918 (deuxième partie)

LE LAIT AU PAYS BASQUE EN 1918.


Pendant la première Guerre Mondiale, il y a un grand problème d'approvisionnement en laitage pour les habitants du Pays Basque.




pays basque autrefois laiterie labourd guerre agriculture
LAITERIE CHÂTEAU DE MONTDEVILLE ANGLET 1917
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 12 mars 

1918, sous la plume de son Directeur, Louis-Etienne Seitz :



"A propos de la Question du Lait.



Nous avons reçu d’une personnalité de la colonie de Biarritz la communication suivante : 


"L’article que vous ayez publié dans votre journal de dimanche, a provoqué une pénible surprise parmi tous ceux qui connaissent la genèse de la fromagerie d’Arcangues. Elle est tout autre que celle que vous indiquez. 



Il y a environ un an, les journaux de Biarritz annonçaient qu’un cours d’agriculture pratique était fait chez M. Etchecopar et qu’il y avait intérêt pour les fermiers de ce pays à le suivre. Une fermière intelligente apprit spécialement la fabrication des fromages, et devant gagner sa vie et son pain entra au domaine d’Arcangues pour exploiter son savoir. 



arcangues autrefois pays basque châteaux labourd
CHÂTEAU ARCANGUES - ARRANGOITZE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Quand les pouvoirs publics le jugeront à propos, ils réquisitionneront le lait, mais jusqu’à présent, n’étant pas heureusement gouverné par "les Soviets", charbonnier est maître chez lui. En vertu de ce droit, les petits cultivateurs des domaines d’Arbonne et ailleurs ont préféré vendre leur lait où bon leur semblait, c’est encore leur droit. Je connais d’autres fermiers qui le gardent pour nourrir leurs ouvriers, trouvant cela plus avantageux que de le vendre à 0 fr. 55. C’est toujours leur droit. Lorsque les autorités décideront autre chose, on s’inclinera. En attendant, le fromage est une excellente nourriture.



Vous dites, Monsieur, que le but de cette fromagerie a été de "donner une occupation à des personnes ne voulant pas rester désœuvrées et qui croient peut-être se rendre utiles à la collectivité". Permettez-moi de vous dire que la famille qui a donné deux fils à l’armée, dont l'un fut réformé après 18 mois de campagne, dont l’autre a gagné son grade de lieutenant et sa croix de guerre avec une brillante citation, dont la mère est à la tête des œuvres de bienfaisance et travaille de ses mains pour alimenter la caisse des veuves de guerre du département, dont la tante se dévoue à des travaux pénibles dans une ambulance, cette famille, Monsieur, n’a pas à chercher une fromagerie pour occuper ses loisirs. 



C’est la protestation de tous ceux qui connaissent Arcangues et les propriétaires (que vous désignez trop clairement pour vous dispenser de les nommer) que je vous adresse. Nous avons tous été témoins du dévouement de cette famille envers les pauvres de Biarritz, envers les blessés, dans toutes les occasions enfin, qui se sont offertes à sa générosité, et c’est au nom de l’équité et de l’union sacrée qui doit tendre à rapprocher les classes, quand l’article de la Gazette peut au contraire les diviser, que je vous demande de publier cette réponse, à laquelle ont un droit incontestable ceux que vous visez."



C’est pour nous un devoir d’impartialité, de courtoisie de publier ces lignes. Il ne nous déplaît pas d’ailleurs, il nous est même infiniment agréable de rendre hommage au dévouement que Mme la marquise d’Arcangues et les membres de sa famille ainsi que tant d’autres personnes de leur monde apportent aux œuvres de guerre et de solidarité nationale. 



Et c’est précisément parce que nous connaissons et apprécions hautement les sentiments altruistes de Mme la marquise d’Arcangues que nous tenons à invoquer auprès d’elle, un grave et poignant intérêt social auquel les circonstances actuelles nous obligent à faire de nouveaux sacrifices. 



Quelqu’un disait hier, dans une société où nous nous trouvions : "Il faut choisir : ou l’autorité interdira la fabrication des fromages afin de laisser le lait aux enfants et à tous ceux qui en ont besoin ; ou bien elle conseillera aux habitants de ne plus avoir d’enfants". C’est une façon brutale, mais claire de poser le problème. 



pays basque autrefois laiterie labourd guerre agriculture
LAITIERES
PAYS BASQUE D'ANTAN


Il ne s’agit pas d’ailleurs de telle ou telle fromagerie ; mais la question est générale car la crise du lait est générale. Et nous sommes certains qu’obéissant à la voix de leur patriotisme, certaines maisons qui s’adonnaient à l’industrie fromagère, si intéressante en d’autres temps, abandonneront spontanément cette industrie sans attendre l’intervention des pouvoirs publics. Elles auront ainsi bien mérité de la population, des malades et surtout des mères."



A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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lundi 22 avril 2024

LE LAIT AU PAYS BASQUE EN 1918 (première partie)

LE LAIT AU PAYS BASQUE EN 1918.


Pendant la première Guerre Mondiale, il y a un grand problème d'approvisionnement en laitage pour les habitants du Pays Basque.




pays basque autrefois laiterie labourd guerre agriculture
LAITERIE CHÂTEAU DE MONTDEVILLE ANGLET 1917
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 10 mars 

1918, sous la plume de son Directeur, Louis-Etienne Seitz :



"Questions économiques et sociales.

Laissez-nous le lait.



Le lait est depuis longtemps tellement rare que beaucoup de ménages s'en passent et que, malgré la taxe de 35 centimes imposée, la cherté de cet aliment ne connaît plus de limites à Biarritz et à Bayonne.



La crise du lait est tellement générale qu’il a fallu, dans toute la France, interdire d’en servir sous quelque forme que ce soit dans les restaurants, crémeries ou cafés, à partir de 9 heures du matin et que, d’autre part, le ministre du ravitaillement a dû interdire dans une large mesure la consommation et par conséquent la fabrication des fromages. 



C’est en pleine crise, alors que des malades, des blessés militaires, alors que des bébés, espoir de la Patrie épuisée par la guerre, manquent parfois de ce lait, qui est pour eux la santé et la vie, qu’on a eu l’idée au moins malencontreuse de fonder une nouvelle fromagerie à nos portes, dans le plus riche domaine du village d'Arcangues.



Là, des personnes que leur haute situation mondaine et leur fortune ne semblaient pas devoir désigner pour un tel commerce ont créé un établissement qui, actuellement, pour la fabrication des fromages, récolte chaque jour 200 litres de lait dans les fermes de Bassussarry, Arbonne, Ahetze. On va prendre ce lait à domicile ; on le paie 35 centimes et si le paysan qui le cédait jusqu’à présent à 15. 20 ou 25 centimes aux laitières de Biarritz ou de Bayonne, est heureux de l’aubaine, les laitières ne peuvent plus lutter contre la concurrence. Non seulement ces 200 litres — qui deviendront bientôt 300 ou 400 si l’on n’y veille — manquent déjà pour le ravitaillement de la population, mais l’on a mis le producteur laitier en appétit ; il augmente ses prix pour le lait fourni aux intermédiaires et il va devenir tout à fait impossible d’avoir au prix de la taxe ni même à un prix approchant, mais supérieur, le lait de nos ménages. 



pays basque autrefois laiterie labourd guerre agriculture
LAITIERES
PAYS BASQUE D'ANTAN


Sans doute, toutes ces conséquences n’ont-elles pas été envisagées par les personnes qui s’occupent de la transformation du lait en fromages et beurre. La genèse de cette affaire est facile à concevoir. Le domaine d’Arcangues avait une laiterie qui, dès avant la guerre, fournissait à un certain nombre de villas de Biarritz un lait de choix en bouteilles, à 50 centimes le litre. La quantité produite, jointe à ce prix rémunérateur permettait d’assurer le transport chez les clients de Biarritz. Vient l’époque critique de la guerre ; fourrages et tous autres frais augmentent ; la quantité de lait susceptible d’être vendue diminue très sensiblement ; la taxe intervient là-dessus, interdisant de vendre plus de 35 centimes le litre ; la livraison à domicile devient trop onéreuse ; l’exploitation est déficitaire et l’on cesse la livraison du lait du domaine. Mais que faire de ce lait ? On établit, pour l’utiliser, une beurrerie et une fromagerie ; la nouvelle affaire semble intéressante ; on la développe et cela fait une occupation à des personnes qui ne veulent pas rester désœuvrées et croient peut-être se rendre utiles à la collectivité. Et alors, non content de disposer du lait de son propre domaine pour le convertir en succédanés, on va plus loin, on achète le lait des voisins, de proche en proche et... l’on aggrave la pénible crise du lait. 



C’est comme ces fabricants qui employaient des tonnes de lait pour en extraire un produit solide appelé, dans le monde du commerce la galalithe, et dont on fait de menus objets et notamment des boutons. Quelque intéressante que soit leur industrie, elle a été récemment interdite à cause de la nécessité de conserver le lait à la consommation. 



Il suffira, sans doute, d’appeler l’attention des propriétaires du domaine d’Arcangues sur le grave préjudice qu’ils portent à l’alimentation publique pour qu’ils ne persévèrent pas dans leur exploitation tant que durera la crise du lait. Il ne sera alors nullement besoin d’appeler sur leur initiative la vigilance des autorités. 



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CHÂTEAU ARCANGUES - ARRANGOITZE
UNE ALLEE DE CHÊNES
PAYS BASQUE D'ANTAN


On peut tolérer à la rigueur l’industrie fromagère — en ces temps où le fourrage est hors de prix, le bétail raréfié, le lait en quantité insuffisante — dans des régions riches en pâturages, organisées antérieurement pour cette industrie et loin des agglomérations urbaines ; mais qu’on crée à proximité de Bayonne, Biarritz, Saint-Jean-de-Luz, au détriment d’une alimentation déjà insuffisamment assurée, des usines destinée à raréfier le lait : non, mille fois non. Et nous espérons que les autorités administratives et les intéressés eux-mêmes seront de cet avis."



A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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