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jeudi 16 novembre 2023

UN REPAS DE DEUIL À IRISSARRY EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1842

UN REPAS DE DEUIL À IRISSARRY EN 1842.


De nombreuses traditions concernant les rites funéraires ont été conservées, en Pays Basque Nord, en particulier en Basse-Navarre.  



pays basque autrefois mort funérailles traditions repas
DEPART POUR L'ENTERREMENT DE JACQUES LE TANNEUR
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Patrie, le 5 septembre 1842 :



"Variétés. 



Sous le titre de Moeurs Basques, le journal le Phare des Pyrénées nous transmet les détails suivants qu’il extrait d’une de ses correspondances :



"Les usages et les mœurs du pays basque ont un caractère particulier, comme la langue, comme les sites de cette province ; c’est un peuple à part qui conserve habitudes sociales dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Notre civilisation ne s’infiltre que goutte à goutte et par les extrémités dans cette race à part, qui a conservé l’énergie, les vices et les vertus d’une époque qui n’est plus. Je veux vous donner un exemple d’une des coutumes étranges qui le distinguent, et dont j’ai été en quelque sorte le témoin il y a quelque temps ; tous les détails sont d’une exactitude rigoureuse.



pays basque autrefois mort funérailles traditions repas
DEUIL AU PAYS BASQUE AUTREFOIS


"J’herborisais le long de la chaîne des Pyrénées. Lorsque je parvins au village d’Irisarry (village situé sur la route de Bayonne à St-Jean-Pied-de Port, à dix-huit kilomètres de ce dernier), une jeune femme de cette localité, appartenant à une des meilleures maisons de l’endroit, venait de mourir ; il s’agissait de la cérémonie des funérailles. Comme elle devait se faire d’une manière proportionnée à l’importance de la famille de la défunte, trois cents personnes furent conviées. Vous eussiez vu arriver tout ce monde au jour fixé, par tous les sentiers qui aboutissent à Irisarry ; les femmes, la tête ensevelie sous d’épaisses mantes noires, et les hommes enveloppés de leurs sombres manteaux. Cependant la maison mortuaire était livrée à la plus grande activité ; il s’agissait du festin qui suit l’enterrement. Tout le voisinage avait été mis à contribution pour se procurer les tables, les chaises, les couverts, les plats, enfin tout l’attirail nécessaire à un immense repas.


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DEUIL
PAYS BASQUE D'ANTAN

A peine le corps enlevé, tout prit un aspect nouveau pour recevoir dignement les assistants ; la chambre même où était morte la jeune femme fut transformée en lieu de festin,, car il faut que tout le monde s’asseye. Vingt serviteurs, guidés par le mari, ont fait les honneurs du repas. Voici littéralement ce qui a été consommé à cette occasion :

1 Veau,

4 Moutons, 

50 Kilog. de viande de boucherie, 

80 Poulets, 

12 Conques de froment (à 2 conques et demi par hectolitre.)

2 Barriques de vin de 280 litres chacune. 



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DEUIL A GUETHARY
PAYS BASQUE AUTREFOIS


Enfin les choses se passèrent comme il arrive ordinairement en pareille circonstance.



Aux pleurs, aux lamentations, au recueillement, succédèrent le tumulte et les accents de la joie. Souvent plus d’un convive s’enivre. La tristesse fuit en toute hâte un logis où l’on sait si bien s’arranger de la vie. Il advient parfois que, la gaîté s’animant, on arrange, le verre à la main, un prochain et un nouveau mariage. Le soir, chacun regagne son toit en éveillant les échos voisins par le cri basque, heureux quand le bâton conserve ce jour une modération inaccoutumée.



pays basque autrefois mort funérailles traditions repas
CAPE DE DEUIL
PAYS BASQUE D'ANTAN



Assez souvent les curés invités à ces repas de funérailles s’y rendent dans l’espoir de commander par leur présence une certaine réserve ; d’autres tonnent contre cet usage sans pouvoir l'empêcher ; car lorsque certaines coutumes sont attachées aux mœurs d’un peuple par la rouille des siècles, la raison seule est impuissante pour les faire disparaître, il lui faut l’aide des lumières et de la civilisation."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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lundi 1 mars 2021

CAMBO-LES-BAINS ET LE PAS-DE-ROLAND À ITXASSOU EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1882

CAMBO ET LE PAS-DE-ROLAND À ITXASSOU EN 1882.


Selon une légende, le sabot du cheval de Roland, neveu de Charlemagne, aurait brisé en deux un rocher dans un défilé d'où débouche la Nive, à une endroit appelé aujourd'hui Le Pas de Roland. En Basque, cet endroit s'appelle Atekagaitz, ce qui signifie "mauvais passage".




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PAS DE ROLAND ITXASSOU - ITSASU
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le journal La Patrie, le 3 septembre 1882, sous la plume de Paul 

Perret :



"Le Pas de Roland



Cambo est un des lieux de villégiature recherchés par les Bordelais, comme Saint-Jean-de-Luz. Seulement, ils viennent à Saint-Jean chercher la mer ; à Cambo ils vont se refaire après la fièvre. Il paraît que la langueur qui succède aux maladies ne résiste pas à l’action des sources ferrugineuses ou sulfureuses de Cambo ; on y arrive sur des matelas et des oreillers, porté sur un brancard ; on prend ses jambes à son cou pour s’en aller. — Quand je songe qu’il y a des sceptiques pour prétendre que nous ne sommes plus au temps des miracles !...



On ne peut nier qu’il ne s’en fasse à Cambo — miracles tout humains, des cures nombreuses et vraiment extraordinaires. Je reparlerai de ces eaux tout à l'heure. La situation de la petite ville n'éveille point d’abord l'attention du voyageur ; le lieu est charmant, mais c'est déjà un charme usé, surtout si l’on vient d'Ustaritz. Les deux bourgades se ressemblent. Cambo est, comme Ustaritz, divisé en deux villages ; seulement ici le niveau des deux est différent. Le bas Cambo est sur la Nive, qui décrit un demi-cercle enserrant une plaine très riche, bornée par des coteaux. Le haut Cambo est joliment planté en terrasse, à quelque deux ou trois cents pieds au-dessus de la rivière, sur l’un des contreforts de l’Ursouya.


pays basque autrefois feillet
CAMBO PAR SOEURS FEILLET
PAYS BASQUE D'ANTAN


Cette position paraît réellement belle quand on est arrivé sur cette terrasse, ouvrage des hommes et point de la nature, soutenue par une forte maçonnerie, bordée d une double rangée de platanes. Etes-vous amis du platane ? C’est un arbre opulent et gai, très coquet aussi, avec son tronc blanc, dont la première écorce se détache sous la main ou tombe d'elle-même, pour en laisser voir une autre fine et satinée, avec ses grandes feuilles dentelées, d’un vert tendre. Son ombrage est léger et n’intercepte point l'air, comme le feuillage épais et noir des marronniers, par exemple. — A Cambo, ils sont du plus aimable effet, ces platanes sous lesquels viennent s’abriter les baigneurs logés sur la terrasse même, bordée de l’autre côté de cinq ou six hôtels et d’une cinquantaine de maisons. Au-dessous du parapet qui règne au-devant des arbres, descendent des pentes gazonnées, parsemées de taillis, mais si escarpées qu’on ne saurait s’y promener qu'à "quatre pattes" — exercice sans noblesse. Et, d’ailleurs, jugez vous-même s il convient à des convalescents !



Pourtant, un moment vient dans l’année ou l’affluence à Cambo est si grande que les coteaux voisins, comme la plaine et les escarpements eux-mêmes, se couvrant de même. Et l'on s’y tient debout et pressé. La foi peut faire cela ; elle transporte bien des montagnes. Une croyance universellement répandue dans le pays, c’est que si l’on a bu de l’eau de Cambo le 23 juin, veille de la fête du grand saint Jean-Baptiste, on est à peu près assuré de n’avoir point de maladie pendant toute une année. Aussi, de toutes les campagnes et montagnes et de tous les bourgs et hameaux, on accourt par centaines, par milliers. Il faut bien camper sur les hauteurs, la vallée est trop étroite. L’établissement thermal est situé au bord de la rivière, et les sources, qui s’y perdraient si on ne les arrêtait au passage, coulent entre des rochers, sous des arbres énormes. Le lieu est médical et romantique ; mais, le 23 juin, il mérite surtout cette dernière épithète, car les Basques s’y rendent, flûtes et tambourins en tête, et il paraît qu’en effet ils commencent par danser.



De nouvelles troupes d’arrivants se succèdent sans cesse de minuit aux premières lueurs du matin. Ils poussent devant eux des mulets chargés de bouteilles et de jarres ; après avoir bu pour leur compte, ils les rempliront et porteront l’eau miraculeuse à leurs parents malades. L’efficacité n’est peut-être pas la même pour tous, puisque ceux-ci, enfin, ne la boiront que le 2i juin ; mais les porteurs obligeants n’ont pas autant de souci de cette différence que s’ils s’y exposaient eux-mêmes. On est toujours moins exigeant pour les autres que pour soi. — Après avoir bu, ils ne sont, au reste, qu’à demi rassurés. La libation du 23 juin à Cambo n'est qu’une des deux précautions à prendre, chaque année, contre le mal. La deuxième consiste à se baigner dans la mer, à Biarritz, le dimanche qui suit l'Assomption. Ces deux choses faites, un bon Basque dort dix mois durant sur ses deux oreilles ; il défie la fièvre et la peste.



Au mois d’août, les baigneurs et buveurs sont nombreux à Cambo ; mais ce n'est plus le peuple des malades, c’en est le choix et l’aristocratie. Il y a une source sulfureuse assez chaude et une source ferrugineuse froide. On y reçoit la médication en douches, en bains, en inhalations, et dans presque tous les traitements, l’action des deux sources est combinée. Les maladies des voies respiratoires, de la peau, de l’estomac, les rhumatismes et la chloras paraissent être combattus avec succès. On peut dire du nouvel établissement qu’il est tout luisant neuf ; il paraît bien ordonné. D’ailleurs, les malades y vivent dans un milieu salubre, suffisamment pourvu des distractions, qui ne sont point achetées par trop de fatigues. Excursions faciles, assez variées et peu lointaines.



Là-bas, une hauteur où l’on monte par des lacets très doux, et que de grands châtaigniers ombragent, s’appelle la Montagne-des-Dames. Très bien nommée. La vue en est agreste ; mais ce n’est pas une vue de montagnes, et les yeux se heurtent seulement à des coteaux, qui ne sont que les premiers faîtes de l’Ursouya et du Mondarrain. Au flanc de l’Ursouya sont campées d’agréables ruines, et voilà pour les baigneurs qui manient un peu le crayon.



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GARE ET MONTAGNE DES DAMES CAMBO
PAYS BASQUE D'ANTAN



Pour ceux que l’archéologie chatouille, il y a le camp de César au sud, avec une légère inclinaison vers l’est. Le général de Nansouty, qui fait autorité en toutes choses dans les Pyrénées, n’a point voulu voir un ouvrage romain dans ce retranchement, qui n’est pas, en effet, construit suivant les règles romaines. Ce n’est rien de plus, rien de moins qu’un énorme labyrinthe s’enroulant en vingt replis garnis de talus, défendu par des fossés ; l’enceinte est assez vaste pour recevoir tout un peuple. Dix mille personnes y tiendraient sans peine. Quelques savants étrangers ont insinué que le camp de César pourrait bien n’être qu’un campement ibère, remontant, par conséquent, à une antiquité considérable. Mais les savants du pays ont fait leur siège sur le labyrinthe : c’est un ouvrage de Légionnaires. Au reste, ces mêmes savants, étant en voie d’hypothèse, en ont formé de toutes sortes sur ce coin du pays ; et, par exemple, Cambo n’étant pas, en effet, un nom basque, ils veulent voir ici une colonie celtique. — quant à moi — s’il faut le dire — étant un pur, un vrai Celte, je ne voudrais point contredire une supposition qui me fait voir dans mes pères la même idée voyageuse que dans leurs fils.



Au sud-ouest, autre promenade — pour les dames encore, celle-ci, — c’est la montagne de la Bergerie, laquelle montagne est à peine une colline. La distance est de mille mètres jusqu’au sommet. Encore y avait-on monter par une pente insensible, sous des ombrages. Les habitants de Cambo prétendent qu’on y arrive "par enchantement". On trouve en haut une étable qui sert d’abri à de nombreux troupeaux de moutons, ou qui doit leur en servir. J’ai comme un vague sentiment que ces moutons sont imaginaires ; je ne les ai pas vus. On m’a dit qu’ils paissaient un peu partout dans les ravines ; je leur souhaite une herbe tendre. De la Bergerie, j’embrasse un joli panorama. Cambo est à mes pieds ; un peu plus loin, sur la même ligne, Itsatsou ; en face, Laressore, Ustaritz, des ruines, des châteaux ; à l’ouest, la mer toute illuminée des reflets rouges du couchant. Je n’ai pas perdu la journée qui va finir.



Le matin, je quitte Cambo. La route suit d’abord la rive gauche de la Nive, puis s’élève, et tout à coup une magnifique échappée s’ouvre sur les monts. L’Ursouya, le Mondarrain, la Rhune tiennent et ferment l’horizon. J’entre dans Itsatsou, village singulier, placé au seuil d’un rude passage, et lui-même riant, paisible et comme endormi sous de gros bouquets de cerisiers. Le guide me rejoint, il amène les chevaux. Quant à moi, j'aurais bien préféré enfourcher un de ces petits ânes, à la jambe fine et nerveuse, que j’ai vus dans le bourg... Mais, que voulez-vous ?... Le respect humain !...



pays basque autrefois pas roland
PONT MEUNIER ATTELAGE ITXASSOU
PAYS BASQUE D'ANTAN



Nous allons faire l’ascension du Mondarrain. Ce n’est pas le pic du Midi ! Moins de huit cents mètres. Encore cette pyramide — car le petit mont est conique — a-t-il la courtoisie de se laisser aborder à cheval. En tout, c’est une montagne civilisée. Et d’abord, c’est peut-être la seule au monde dont le pied soit tapissé de cerisiers, et je sais bien que les Parisiens ne me croiront pas, ce qui ne m’empêchera pas de le dire : ce "pain de sucre" produit des cerises plus savoureuses que celles de Montmorency. A la cerisaie, des noyers succèdent. Le Basque fait grand état de leurs fruits ; il dit : Quand on a des noix, on trouve toujours assez de pierres pour les casser, on ne meurt pas de faim. — Sur le versant du Mondarrain, après les noyers, les chênes ; ils couvrent les lacets du chemin, que des sources traversent. Presque toutes sont ferrugineuses. On ne se lasse pas aisément de cheminer sous la chênaie à la voûte fraîche, et l’on regrette d’arriver sitôt au faîte. L’ascension n’a pas demandé plus d’une heure. Les ruines d’une forteresse couronnent le mont. Les savants du pays, obéissant à leur idée fixe, ont vu dans ces énormes murailles "un poste d’observation" établi par les Cantabres. Pour le coup, cela est un peu fort ! D’ailleurs, l’observatoire eût été bon, car de la cime du Mondarrain on embrasse la vallée de la Nive, la côte et la mer, de l’embouchure de l’Adour à celle de la Bidassoa. Cette vue, le vrai touriste, qui doit participer du naturel des grimpeurs, l’a goûtée déjà bien des fois dans le pays Labourdin ; n’importe ! — elle paraît à chaque épreuve plus radieuse et plus belle.



A la descente, le plus commode et le plus sage est de déjeuner à Itsatsou. Ce village sert encore de point de départ pour l’excursion vraiment célèbre, consacrée, obligatoire des environs de Cambo — le Pas-de-Roland. — Le guide a placé devant lui, sur son cheval, un panier de provisions ; la salle à manger, fournie par la nature, s’ouvre sous les cerisiers. Itsatsou est décidément un délicieux village, avec ses maisonnettes entourées de vergers ; l’herbe y est aussi épaisse que dans les herbages normands, et ce paysage vert forme un très vif contraste avec l'aridité des grandes roches que l’on aperçoit se dressant là-bas, à l’issue de la bourgade. Elles forment un long couloir, en avant de la ligne des monts ; les yeux s’arrêtent à celte muraille ; tout à coup on se soulève de son lit d’herbe, malgré soi, pris d’inquiétude. Où donc est la Nive ?



La rivière a tout simplement disparu dans la gorge, et l’on va curieusement la chercher. Dans les Pyrénées mêmes, il y a peu de tableaux d’une beauté si rude. De vieux châtaigniers, allongeant d’énormes bras morts à travers leurs parties feuillues, gardent l’accès du défilé ; leurs racines sont à nu dans ce chaos de pierres, et on ne comprend pas bien de quoi ils se nourrissent depuis des siècles qu’ils sont debout. La gorge se ferme derrière eux ; pourtant les roches, en haut, ne se rejoignent pas tout à fait ; un filet de lumière glisse du côté gauche, éclairant vivement un seul point au milieu de ces ténèbres ; du côté droit, elles s’épaississent encore : c’est la pleine nuit. La rivière bat ces deux terribles bords ; elle a détaché des blocs, qui obstruent son lit, et contre lesquels l’eau se brise avec un redoublement de colère. Ce trou noir s’emplit d’écume blanche.


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PAS DE ROLAND ITXASSOU
PAYS BASQUE D'ANTAN


Puis les deux murailles s’écartent, la Nive roule une eau d’une pureté de cristal et d’un vert d’émeraude, parmi d’autres blocs grisâtres ; en quelques endroits, elle disparaît encore en partie sous le rocher qui se rejette en avant, et qui surplombe. Un peu plus loin, une roche isolée se dresse au milieu même du lit, formant une arcade assez basse, ouverte en ogive ; la rivière s’y précipite et passe avec un bruit sourd.



Voilà le Pas-de-Roland. On ne sait comment, après la bataille de Roncevaux, le paladin, en héroïque déroute, a pu se trouver dans tant d’endroits à la fois. Pourquoi s’était-il engagé dans cette gorge sauvage ? Arrivait-il en barque ou monté sur un cheval marin ? Le fait est que cette roche insolente lui barrait le chemin. Il la frappa de son pied furieux, la roche s’ouvrit.



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ROLAND A RONCEVAUX
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voilà quelle était la puissance de ce pied d’airain. Si la Providence nous envoyait, au moment prosaïque où nous sommes, des héros comme Roland, ils embelliraient assez notre prose. Roland, fais briller ta Durandal, et mène-nous contre de nouveaux Sarrasins, qui ne te prendront point par surprise, et que tu vaincras !...



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ROLAND A RONCEVAUX
PAYS BASQUE D'ANTAN



Quant à nous, sortons de cette gorge héroïque. Aussi bien, nous voilà tout trempés par la poussière d’écume et d’eau qui la remplit. Ce n’est pas tout : il y règne un terrible courant d’air. Le guide sourit quand je me plains d’être glacé ; cette pitié ironique ne me réchauffe point ; je retrouve avec plaisir l’air libre et le soleil.



Dans le village d’Itsatsou, je rencontre un vieux Basque, au chef branlant sous son ferret ; il m’invite à visiter la croix d’or de l’église, et j’y vais sans me faire prier. Cette croix n’est que d’argent doré enrichi de pierres à la manière espagnole : c’est le présent d’un habitant du village, qui avait fait fortune en Amérique. — Un aventurier basque la ferait plus aisément de nos jours, et la déferait de même à Paris, dans le triangle compris entre l’avenue de l’Opéra, la rue Laffitte et la Bourse."



(Source : Wikipédia et https://feillet.bilketa.eus/fr/paysages/searchs et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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lundi 22 février 2021

LE MAIRE DE BIRIATOU ET LE CURÉ SANTA CRUZ AU PAYS BASQUE EN 1873 (troisième et dernière partie)

 

SANTA-CRUZ ET LE MAIRE DE BIRIATOU.


Le curé Santa Cruz , guérillero carliste, était un personnage hors du commun, considéré en Navarre comme un héros populaire, alors que ces adversaires le surnommait "le curé cabecilla" (le curé meneur ou leader), bandit en soutane ou encore "saint cabecilla" ou "saint homme qui s'approprie charitablement le produit de ses rapines".





guerres carlistes curé
CURE SANTA CRUZ 1872


Voici ce que rapporta à ce sujet le journal La Patrie, le 1er août 1873, sous la plume d'H. 

Castillon :


"Huit jours de séquestration par ordre de Santa-Cruz.



II. 

Béhobie (France), juillet 1873. 



Nous arrivâmes enfin au nouveau poste-caserne, où on nous mena dans un sous-sol creusé dans le roc, une véritable caverne, où nous passâmes la nuit sous les regards de quatre factionnaires. Il nous fut impossible de dormir en ce lieu humide où tout contribuait à rendre le sommeil impossible. La fougère qui nous servait de lit était remplie de vermine, une chandelle de résine qui éclairait ce souterrain répandait dans cet espace étroit une fumée et une odeur nauséabondes ; enfin, le plancher qui se trouvait sur nos têtes retentissait, pendant toute la nuit, du piétinement des soldats de Santa-Cruz, qui dansaient, chantaient ou se disposaient à partir pour leurs expéditions nocturnes.



Mais ce qui contribua à nous rendre ce séjour très suspect, c’était les récits que les gardiens se faisaient entre eux. A vingt pas de ce poste-caserne se trouve l’endroit affectionné par Santa-Cruz pour ses exécutions sommaires. Deux mois auparavant, une jeune femme de Renteria, accusée d’espionnage y avait été fusillée ; le mécanicien français qui fut enlevé par les carlistes au déraillements du train, à Béasain, dont on n’a plus entendu parler, y avait été passé par les armes ; deux prisonniers sur trois avaient été tués en ce lieu néfaste, huit jours auparavant ; enfin, la veille de notre arrivée, une jeune fille de seize ans, sur laquelle on avait trouvé une lettre que Santa-Cruz avait déclarée suspecte, venait de recevoir, la veille, 60 coups de palos (bâtons) ; elle succomba à cet horrible traitement, le jour même de notre arrivée à ce poste-caserne, qu’entourent les tombes de tant de personnes assassinées.


pays basque autrefois carlistes santa-cruz
CURE SANTA CRUZ ET SES GUERILLEROS

Le lendemain, nouveau voyage. Cette fois au lieu de monter, nous descendîmes.



Nous étions trempés, et nos habits ruisselaient d’eau. Ce fut dans cet état affreux et exténués de fatigue que le commandant de ce poste, au lieu de nous conduire dans l’intérieur du bâtiment, nous fit assister à la revue qu’il passa d’environ cent hommes, dont vingt, tout au plus, étaient armés de mauvais fusils ; les autres n’avaient que des bâtons. Comme nous paraissions étonnés de ce singulier armement, le commandant, jeune homme d’une vingtaine d’années, eut la gracieuseté de nous dire :



—- Ce sont des volontaires arrivés depuis hier ; j’attends des fusils pour les armer !



Parmi ces volontaires, j’en remarquai une trentaine, au moins, qui n’avaient que quatorze ou quinze ans ; six ou sept avaient dépassé la cinquantaine ; les autres étaient dans la force de l’âge. La revue terminée, on nous introduisit dans l’intérieur du bâtiment, où notre condition de prisonniers ne changea point ; elle y fut ce qu’elle était depuis six jours.



pays basque autrefois carlistes santa-cruz
LIVRE LA CROIX DE SANG
DE GAËTAN BERNOVILLE


Nous étions gardés à vue. Le jour, un balcon en forme de cage nous servait de lieu de promenade ; la nuit, nous couchions dans des souterrains, sur des fougères desséchées, en compagnie des volontaires, qui chantaient, dansaient, se battaient ou faisaient jouer les batteries de leurs fusils.



Comparativement à notre situation, Gil-Blas, dans la caverne de Rolando, était dans un lieu de délices. Quant à notre nourriture, elle était à l’avenant, c’est-à-dire soumise aux éventualités toujours incertaines de l’approvisionnement du cantinier.



Le lendemain de notre arrivée, le jeune commandant, qui parlait quelque peu le français, et qui en tirait vanité vis-à-vis de ses subordonnés, voulut bien nous apprendre que ce poste-caserne, perdu dans les montagnes, était le plus éloigné de tous ceux qui composaient le camp d’Achulégui et le plus rapproché d’Oyarzun, que Santa-Cruz devait attaquer la nuit même.



En nous transférant en cet endroit, Santa-Cruz avait projeté de se débarrasser de nous de la manière suivante : si la bande était repoussée par les troupes régulières jusqu’au seul poste où elles pouvaient avancer, nous étions tués ou par elles ou par ses hommes qui en avaient reçu l’ordre, et dans l’un et l’autre cas, la responsabilité de notre mort devait être attribuée aux troupes. Telle était la combinaison diabolique qu’il avait méditée. Heureusement pour nous, l’attaque d’Oyarzun n’eut lieu que le lendemain de notre mise en liberté. La cause qui l’avait fait différer m’est inconnue.



Ce ne fut que le surlendemain, vendredi, et après un nouveau voyage bien plus pénible que les précédents, que nous fûmes mis en liberté.



A qui devions-nous notre délivrance ? On m’assure que le gouvernement français, cédant à la demande de Santa-Cruz, lui aurait accordé la liberté des internés, pour lesquels il nous retenait comme otages. Je ne puis le croire. Pour ma part, j’eusse préféré être fusillé que de consentir à ce que le gouvernement de mon pays acceptât les conditions d’un chef de bande.



Je ne ferai pas l’injure au parti carliste honnête, celui que représentent Dorregarai, Ellio, Lizarraga, Ollo et les autres braves cabecillas, de croire qu’ils pactisent avec Santa-Cruz et qu’ils le comptent dans leurs rangs. S’il en était ainsi, leur cause serait perdue d’avance. Ils doivent se séparer ouvertement de ce fanatique, qui, sous le prétexte de l’insurrection carliste, ne cherche qu’à assouvir son ambition, ses passions cachées et ses appétits sanguinaires. Pour eux comme pour les honnêtes gens de tous les partis, Santa-Cruz n’est qu’un chef de brigands et de bandits."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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vendredi 22 janvier 2021

LE MAIRE DE BIRIATOU ET LE CURÉ SANTA CRUZ AU PAYS BASQUE EN 1873 (deuxième partie)

SANTA-CRUZ ET LE MAIRE DE BIRIATOU.


Le curé Santa Cruz , guérillero carliste, était un personnage hors du commun, considéré en Navarre comme un héros populaire, alors que ces adversaires le surnommait "le curé cabecilla" (le curé meneur ou leader), bandit en soutane ou encore "saint cabecilla" ou "saint homme qui s'approprie charitablement le produit de ses rapines".




guerres carlistes curé santa-cruz
CURE SANTA CRUZ 1872

Voici ce que rapporta à ce sujet le journal La Patrie, le 1er août 1873, sous la plume d'H. 

Castillon :


"Huit jours de séquestration par ordre de Santa-Cruz.



II. 

Béhobie (France), juillet 1873. 



... Le caballo promis par Santa-Cruz était un mulet. Il devait servir alternativement de monture à M. Balthazar et à moi. M. le le maire de Véra fournit à ses frais un cheval à M. Iray, ami de sa famille.



Le 28 juin, à une heure après-midi, par une chaleur de 36 degrés, nous sortions tous trois de Véra au milieu d’une escorte de dix hommes armés jusqu’aux dents. Les ponts jetés sur la Bidassoa, qui baigne les murs de la petite ville, ayant été coupés, les uns par ordre de Nouvillas, les autres par ceux de Santa-Cruz, il nous fallut traverser à gué le fleuve, qui forme deux branches en cet endroit. Les hommes de l'escorte, et c’est là ce qui peut donner une idée du dévouement aveugle des séides de Santa-Cruz, entrèrent résolument dans la rivière, ayant de l’eau jusqu’à la ceinture, tandis que nos deux montures, presque submergées, pouvaient à peine résister au courant, et tous ensemble luttant contre la rapidité de l’eau, nous abordâmes sur la rive opposée.



pays basque autrefois carlistes santa-cruz
LIVRE LA CROIX DE SANG
DE GAËTAN BERNOVILLE


Malgré une chaleur torride, la raideur des pentes et l'absence de toute brise dans l’air, après une heure et demie de marche, hommes chevaux avaient atteint les trois quarts de la hauteur de la montagne, c’est-à-dire la région où commencent les fougères, lorsque le maire de Biriatou tomba évanoui de fatigue. Prisonniers et hommes de l’escorte, nous fîmes aussitôt une halte forcée. Pas un arbre en cet endroit, où nous étions brûlés par un soleil ardent !



Enfin, nous parvenons à monter tant bien que mal le maire sur mon mulet, et je poursuivis à pied la pénible ascension, qui ne se termina qu’au sommet de la montagne de Lesocca.



Au bas de la seconde montagne, à l’endroit appelé l’ermitage de San-Antonio, l’on renvoya le cheval et le mulet à Véra, sous prétexte que d’autres montures devaient être expédiées à notre rencontre du camp d’Achulégui. C’était un mensonge des gens de l’escorte.



Quand il nous fut donné l’ordre de reprendre la marche et que je demandai où étaient les montures promises,

pays basque autrefois carlistes santa-cruz
CURE SANTA CRUZ ET SES GUERILLEROS


— Plus loin, me répondit le chef de l’escorte en riant, plus loin, en indiquant avec son fusil la cime du fort, qui se perdait dans l’espace.



— Eh bien ! moi, je ne quitte pas ce lieu ; Santa-Cruz nous a promis une monture pour arriver à notre destination, je l’exige comme un droit et comme une nécessité !



Mes compagnons firent la même déclaration.



— Tu ne veux pas marcher ! me dit en mauvais espagnol le chef de l’escorte ; je vais bien t’y forcer !



Et il me mit en joue. A cette menace, je me relevai de terre et me redressant sur mes jambes, je découvris ma poitrine.



— Tire ! lui dis-je avec la détermination d’un homme obsédé par tant d’atrocités ; j’aime mieux périr ici que là-haut !



Je ne sais si ma résolution, parfaitement arrêtée, en imposa au chef de l’escorte ; toujours est-il que deux hommes se détachèrent pour aller chercher dans la montagne un âne, qui nous servit à tous les trois prisonniers à gravir les pentes raides de la montagne des Trois-Couronnes. Je renonce à décrire cette horrible ascension à travers des sentiers creusés dans le roc, des torrents servant de chemins et des parapets bordant des précipices. Nous fûmes obligés de laisser à moitié chemin la pauvre bête, qui ne put aller plus loin.



A huit heures du soir, nous avions atteint le pic des Trois-Couronnes, où commence la limite de ce qu’on appelle le Camp d’Achulégui, la forteresse des carlistes insurgés, sous le commandement immédiat de Santa-Cruz.



Mais nous étions encore loin de notre destination. Il fallut redescendre à pied à travers des sentiers impossibles jusqu’au premier poste-caserne, distant d’une heure environ du sommet où nous accueillirent par leurs cris les aigles et les vautours qui en font leur demeure. 


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CURE SANTA CRUZ ET SES GUERILLEROS


Le commandant de ce poste, créature de Santa-Cruz, est un nommé Francisco, célèbre contrebandier, natif d’Oyarzun, et qui a été longtemps la terreur des douaniers espagnols. Il ne sait ni lire, ni écrire. 



Il ne voulut pas nous recevoir, protestant qu’il n’avait pas où nous mettre. Il fallut donc remonter et redescendre la montagne pour aller à d'autres postes-casernes, qui se trouvaient dans le même cas que le précédent. Ce ne fut qu’à dix heures de la nuit, brisés par la fatigue, nos pieds meurtris et nos habits déchirés que nous trouvâmes le poste-caserne appelé Achivaletta, où l’on put nous donner un abri. Nous fûmes accueillis par un éclat de rire général des soldats à la vue du délabrement de nos habits.



Mais lorsque les gens de l’escorte leur eurent dit que nous étions des Français "qui étions la cause de l'internement des carlistes en France," ce ne fut plus qu’un chœur d’imprécations à notre adresse. Puis l'on nous conduisit au galetas en nous montrant un tas de paille sur lequel nous nous jetâmes épuisés de fatigue. Deux factionnaires se placèrent devant nous et flous gardèrent pendant toute la nuit.



Je dois constater que dans ce poste-caserne, comme dans les deux autres où l’on nous a transportés pendant notre séquestration à Achulégui, nous n’avons jamais été présentés à aucun chef ; bien plus, nous n’en avons connu aucun.



Nous pûmes nous procurer, à nos frais, bien entendu, un peu de pain, du fromage et une bouteille de vin, que nous partageâmes avec les deux sentinelles afin d’acheter leur silence.



— Il paraît, dis-je à mes compagnons, que Santa-Cruz, qui fait des prisonniers, ne songe guère à les nourrir à ses dépens.



Le fait était vrai, et si nous n’avions pas eu quelque argent, il est probable que nous serions morts de faim.



Toutefois, une exception doit être faite pour le dernier jour de notre détention. Ce jour-là, nous eûmes notre part de vivres dans la distribution qui fut faite aux hommes du poste-caserne. Notre ration se composait d’une livre de pain, d’une demi-livre de viande crue, qu’il nous fallait accommoder nous-mêmes, et d’un demi-litre de vin. Ce même jour dimanche, huit hommes envoyés par le commandant du camp vinrent nous annoncer qu’il fallait changer de prison, pour aller où ? On ne nous le dit pas.



Je me rappellerai toute la vie cette date fatale du 29 juin. C’était le jour de la fête de saint Pierre. Les montagnes qui nous entouraient étaient couvertes d’épais nuages. Une pluie torrentielle s’abattit sur la terre. Quatre gardes ouvraient la marche et quatre autres la fermaient. M. le maire et moi, nous avions une difficulté inouïe pour gravir, au gré de nos insolents gardiens, les rochers humides sur lesquels nos pieds glissaient. Les mots : andar ! andar ! (marchez !) mêlés aux moqueries et aux propos les plus grossiers, accompagnaient ce mot andar ! Nous faisions tous nos efforts pour répondre à leurs désirs impérieux. Depuis trois quarts d’heure, inondés par la pluie, nous gravissions péniblement les rochers en nous accrochant à tout ce qui pouvait nous servir de point d’appui, lorsque, le pied posé sur un rocher humide. je tombai sur les genoux, brisés par la chute. Aussitôt les gardes qui nous talonnaient, éclatant de rire, me poussèrent, les uns avec le canon de leurs fusils, les autres avec la crosse, et un cinquième, voyant que je ne me relevais pas assez vite, me porta un coup de baïonnette à la cuisse. Epuisé de fatigue et désespéré, je ne pus m’empêcher de leur dire en espagnol : 



— Pour Dieu ! ayez égard à mon âge ; vous voyez que je fais tout mon possible pour marcher.



— Il n’y a pas de Dieu pour les Français ! me répondit celui qui m’avait porté un coup de baïonnette ; il faut les tuer et les fusiller ! Ces mots matar et fusillar, dont ils nous menaçaient, leur revenaient sans cesse à la bouche."



A suivre...




(Source : Wikipédia et gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France)




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mardi 22 décembre 2020

LE MAIRE DE BIRIATOU ET LE CURÉ SANTA-CRUZ AU PAYS BASQUE EN 1873 (première partie)

SANTA-CRUZ ET LE MAIRE DE BIRIATOU.


Le curé Santa Cruz , guérillero carliste, était un personnage hors du commun, considéré en Navarre comme un héros populaire, alors que ces adversaires le surnommait "le curé cabecilla" (le curé meneur ou leader), bandit en soutane ou encore "saint cabecilla" ou "saint homme qui s'approprie charitablement le produit de ses rapines".




guerres carlistes curé
CURE SANTA CRUZ 1872

Voici ce que rapporta à ce sujet le journal La Patrie, le 30 juillet 1873, sous la plume d'H. 

Castillon :



"Huit jours de séquestration par ordre de Santa-Cruz.



I. 

Béhobie (France), juillet 1873. 



Jeudi, 26 du mois de juin, je m'étais transporté à Vera afin de recueillir des renseignements sur la bataille d’Astiarragata, où Nouvilas, disait-on, avait été fait prisonnier deux jours auparavant. M. Bathasar Ilardoy, maire de Biriatou (commune française), qui exerce depuis vingt-huit ans les fonctions municipales, voulut bien m’accompagner dans cette excursion. Arrivés à dix heures et demie à Vera, chef-lieu du district où Santa-Cruz dominait toute la frontière, nous nous rendîmes ensemble au domicile du colonel carliste Martinez, que j'avais déjà vu plusieurs fois à Vera, et nous lui demandâmes les renseignements que j’étais venu chercher.



Après m’avoir répondu que rien d’officiel sur ce combat n’était encore parvenu à sa connaissance et que, d’ailleurs, il ne pourrait pas m’en donner, attendu que Santa-Cruz exerçant une autorité absolue, c’était à lui qu’il fallait s'adresser, nous rentrâmes à l’auberge où nous étions descendus. Il était évident pour moi, d'après cette réponse, que toute autorité militaire s’effaçait devant celle de Santa-Cruz.



Au milieu du repas, où assistait M. Michel, propriétaire à Martingaud, un des hommes les plus honorables et les plus estimés de la frontière française, deux hommes portant le costume des gardes du corps de Santa-Cruz, très reconnaissables au cœur brodé en rouge sur le côté gauche de leur tunique, entrèrent en armes dans la salle, où ils se mirent en sentinelle des deux côtés de la porte.


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CURE SANTA CRUZ ET SES GUERILLEROS

— Nous voilà prisonniers, dis-je aussitôt à mes deux compagnons ; c’est une gracieuseté du genre de celles qu'a l'habitude de faire le curé Santa-Cruz, à l’égard des Français.



Nous n'en continuâmes pas moins notre repas silencieusement, les sentinelles restant muettes. Cependant, vers la fin de notre déjeuner, je leur demandai quel était le motif de leur présence et si nous étions prisonniers. L’un d’eux me répondit alors qu'ils étaient venus seulement chercher l’alcade (maire) de Biriatou pour le conduire en prison. Sur ce, ils l’emmenèrent.



Immédiatement M. Michel et moi, indignés de cette arrestation que rien ne motivait, nous nous rendîmes au domicile de Santa-Cruz pour demander la mise en liberté de notre vénérable compagnon.



Santa-Cruz rentrait avec son escorte, composée de cinq ou six officiers qui étaient son état-major et de huit hommes sa garde, le fusil au bras.



Santa-Cruz est âgé d’une trentaine d’année, de taille moyenne ; sa physionomie, fort commune, se distingue par les traits d’une rudesse sauvage ; ses yeux, recouverts par d’épais sourcils noirs, jettent de temps en temps des regards fauves ; il parle très peu. Il portait son costume habituel : un béret de couleur sombre qui recouvrait ses cheveux coupés en brosse ; une veste qu’il avait jetée sur son épaule gauche, à la façon des Basques, de sorte qu’il était en manches de chemise ; un pantalon gris, et des espargatas aux pieds.



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MANUEL SANTA CRUZ LOIDI



Je l'abordai au milieu de son entourage, et tout en marchant je lui exposai brièvement l’objet de ma visite, en lui disant que j’étais correspondant d'un journal de Paris qui n'était pas hostile à la cause carliste ; que j’étais porteur d’un passeport et d’autres pièces qui pouvaient établir la sincérité de mes dires, et qu’enfin, je lui demandais la liberté de M. le maire de Biriatou, qu’on venait d’arrêter par son ordre.



Santa-Cruz m’écouta sans me répondre un mot ; puis se tourna vers un de ses officiers en prononçant un mot basque ; ce mot est immédiatement transmis au chef de l’escorte, qui, détachant quatre hommes, nous arrêta, M. Michel et moi, et nous conduisit a la prison, où se trouvait déjà M. le maire.



Cette arrestation imprévue et accomplie dans les conditions que je viens de décrire, peuvent donner une idée du despotisme de ce prêtre-soldat qui répandait la terreur parmi les populations de la Navarre, et surtout des frontières de la France.



L’endroit où nous fûmes enfermés était une salle étroite au second étage d’une vaste maison que Santa-Cruz a réquisitionnée pour servir de lieu de détention provisoire aux prisonniers. Elle servait aussi de poste à huit ou dix de ses gardes-du-corps, de véritables hercules par la taille, des brutes accomplies sous le rapport de l’intelligence. Deux de ces janissaires de Santa-Cruz se mirent en faction sur la porte d’entrée de cette singulière prison, tandis que les autres passaient leur temps à vider des outres pleines de vin, à nous insulter et menacer avec leurs fusils comme étant des Français qu'il fallait matar et et fusillar (tuer et fusiller) ; enfin, à s’endormir sur des tas de paille qui remplissaient la moitié du réduit où nous nous trouvions.



Voici un trait du caractère de ces bandits constitués nos gardiens.



Ne voyant arriver personne pour nous interroger, depuis deux heures que nous étions debout dans une anxieuse attente, je me permis de demander à l’un d’eux ce qu'on voulait faire de nous.



— Parbleu ! me répondit-il en mauvais espagnol, car ces gens-là ne parlent que le basque, vous fusiller dans un instant.



— Pourquoi nous fusiller ? dis-je à mon tour ; vous n’êtes donc pas carlistes ? car si vous l'étiez, vous ne parleriez pas de fusiller des carlistes.



A ces mots, dont il ne comprit pas sans doute le sens, il répliqua avec fureur :



— Ah ! nous ne sommes pas carlistes ! nous ne sommes pas carlistes !



Il se rua aussitôt sur moi et me terrassa d’un coup de poing. Comme je me redressais tout meurtri pour lui reprocher sa brutalité, il s’élance de nouveau sur moi avec la baïonnette de son fusil, et il allait me transpercer lorsque M. Michel détourna son arme, tout en m’engageant à garder le silence et à patienter.



A sept heures du soir, deux officiers de l’état-major de Santa-Cruz arrivèrent dans la salle, escortés de quatre nouveaux gardes, l’arme au bras ; ceux du poste ayant pris également les armes, ils formèrent un cercle autour de nous. L’un des deux officiers me demanda d’abord mes papiers, les examina avec soin ; puis mon porte-monnaie, dont il fit l’inspection. Après quelques explications insignifiantes, je lui demandai le motif de notre arrestation.



— Santa-Cruz vous fait ses prisonniers, me répondit-il, parce que le gouvernement français a interné et interne tous les jours des carlistes. Il vous retiendra en son pouvoir comme otages jusqu'à ce que plusieurs internés nous soient rendus. Tel est le motif de votre arrestation.



Toutes les observations que je pus lui faire au sujet de cette mesure inique furent inutiles.



Il s’adressa ensuite à M. le maire de Biriatou et lui reprocha, avec l'accent d’une fureur concentrée, d'avoir dressé un procès-verbal, deux mois auparavant, au sujet de la violation du territoire que s’étaient permise six carlistes armés en venant arrêter, dans le domicile même du maire, deux déserteurs de la bande de Santa-Cruz. M. le maire, mis en cause, s’efforça en vain de lui faire comprendre que l’autorité supérieure avait exigé cette constatation que son devoir et les lois de la France lui commandaient. L’officier instructeur lui déclara que pour le même motif, il partagerait avec moi la même captivité. Deux questions adressées ensuite à M. Michel sur sa présence à Vera ayant terminé ce triple interrogatoire, les deux officiers quittèrent la salle, nous laissant aux mains des gardes, sans autre espoir que de rester prisonniers indéfiniment.



M. Michel ayant été mis en liberté à huit heures du soir, M. le maire et moi nous passâmes une nuit affreuse, une de ces nuits dont le récit peut paraître tout d'abord emprunté à un chapitre de quelque roman de Cooper. Nous étions couchés sur la paille dans un des coins de cette salle infecte, occupée en entier par les séides de Santa-Cruz. En outre des deux factionnaires qui gardaient la porte d’entrée, un troisième était assis à côté de moi, le fusil sur ses genoux et la pointe de sa baïonnette dirigée vers ma poitrine, à la distance de cinquante centimètres. Les autres gardes buvaient, dansaient, chantaient autour de nous, nous menaçant de leurs fusils et criant de temps en temps : Muerta à los Franceses !



Une dispute étant survenue entre deux de ces bandits, ils en vinrent aux mains, et, s’armant de leurs carabines, ils allaient se fusiller, sans l’intervention de leurs compagnons, qui parvinrent à les désarmer. Si ce duel à coups de fusil s’était effectué dans une salle aussi étroite, il était impossible que nous n’en fussions pas nous-mêmes les victimes.



Le lendemain vendredi, le maire, accablé par les émotions qu’il avait ressenties la veille, tomba malade. La fièvre s’empara de lui ; tremblant et grelottant de froid, il restait en syncope des heures entières. Je demandai aux gardes d’aller chercher un médecin ou du moins d’aviser Santa-Cruz de l’état où se trouvait un de ses prisonniers, vieillard septuagénaire. A cette demande toute naturelle, les bandits se mirent à rire et à se moquer du malade. J’insistai pourtant auprès de l’un d’eux pour faire appeler la dame, propriétaire de la maison, qui se chargeait nous procurer notre nourriture ; car, quoique prisonniers, nous devions pourvoir nous-mêmes et de nos deniers, à nos modestes repas.



Cette dame respectable, dont je regrette de ne pas connaître le nom, fut, pendant les trois jours que nous restâmes séquestré à Vera notre providence. Elle pourvut à nos besoins et nous consola, tout en protestant par son silence contre les iniquités dont nous étions les victimes. Elle s’empressa de venir à mon appel, fit apporter des tisanes et promit, sous le sceau du secret, d’envoyer auprès du malade le médecin de la localité.



Il vint, en effet ; c’était un petit homme à la tournure d’un officier de santé ou barberio, tel que Lesage les dépeint dans son roman de Gil-Blas. Il examina consciencieusement le malade, lui ordonna une potion qu’il alla préparer lui-même et qu’il vint ponctuellement administrer ,en présence des gardiens qui l’entouraient.



Comme je lui demandai d’intercéder pour ce brave homme auprès de Santa-Cruz :



Per Dios ! s’écria-t-il effaré, qu’il ne sache pas, au moins, que je suis venu ici ; et il s'empressa de fuir à toutes jambes.



J’entre dans tous ces petits détails, afin de donner une idée en France de l’horrible despotisme qu'exerce Sinta-Cruz dans son district, alors surtout qu’il s’agit d’assouvir sa haine contre les Français.



L'arrivée d’un troisième prisonnier fit diversion aux souffrances de la troisième journée : c'était M. Irey d’Ostabat, canton d’Yholdy (Basses-Pyrénées). Arrivé depuis dix jours de Montevideo, où il était resté dix ans comme industriel, il était venu apporter à M. Apestégui, maire de Véra, des valeurs qui lui avaient été confiées. Avisé par ses espions de la présence de cet autre Français dans sa capitale, Santa-Cruz l'avait fait également arrêter malgré son passeport en règle et la mission de confiance qu’il venait accomplir auprès de l'alcade de Véra.



Enfin une quatrième séquestration, celle de M. Irey, jeune homme de trente ans, produisit une extrême irritation dans la localité. Nous pensâmes que cette irritation aiderait notre délivrance. Erreur.



Le samedi suivant, 28 juin, les janissaires de Santa-Cruz parurent vouloir s'humaniser ; ils se montrèrent moins féroces à mon égard et surtout à l’égard du maire de Biriatou. qui allait beaucoup mieux ; mais à midi, un des gardes vint nous annoncer de nous tenir prêts à partir.



— Pour quel endroit ? lui demandai-je. 



— Pour Achulégui ! 



Ace mot d’Achulégui, un frisson me parcourut tout le corps. Je savais par l’expérience que j’avais acquise par cinq mois de séjour dans les provinces insurgées en qualité de correspondant de journaux, que c'est dans les montagnes d’Achulégui que Santa-Cruz envoie les prisonniers dont il veut se débarrasser ; que c’est à Achulégui qu’il opère ses exécutions sommaires ; que c’est, enfin, du camp d’Achulégui, repaire de ses bandes, qu’il les fait partir pour exécuter les vols, les incendies, les réquisitions et le pillage dans tous les environs, depuis Tolosa jusqu’à Irun.



— Nous ne partirons pas, M. le maire et moi, pour Achulégui ! répondis-je à l’envoyé de Santa-Cruz. Allez dire à votre maître que ce n’est pas à notre âge qu’on fait gravir à pied des montagnes infranchissables. Nous aimons mieux être fusillés ici que dans les gorges d’Achulégui !



Me voyant très résolu à ne pas obéir à ses ordres, l’envoyé m’engagea de venir moi-même faire part de ma détermination à Santa-Cruz, me priant de ne pas lui dire le lieu où il nous envoyait, afin de ne pas le compromettre.



Je fus conduit entre quatre gardes dans la maison de Santa-Cruz et déposé dans un vestibule du rez-de-chaussée, où il vint me rejoindre quelques minutes après.


GUERRES CARLISTES CURE
LIVRE LA CROIX DE SANG CURE SANTA CRUZ


— Santa-Cruz, lui dis-je le regardant en face, vous nous retenez prisonniers arbitrairement ; vous nous envoyez je ne sais où, à pied, comme des malfaiteurs ; je vous déclare que nous ne marcherons pas. A défaut de justice, notre âge devrait vous inspirer au moins plus de respect et surtout plus d’humanité.



— Un caballo ! fut toute sa réponse, qu'il transmit encore au chef de l’escorte. Il me quitta ensuite en remontant les escaliers qui conduisent à son appartement.



Il fallut donc obéir quand même. Une escorte de dix hommes sous les ordres d’un chef nous conduisit tous les trois : M. Iray, le maire et moi, à la maison du maire, où un caballo (cheval) avait été réquisitionné et d’où nous devions partir pour notre nouvelle destination. Ici se passa une scène vraiment dramatique. L’alcade de Véra, M. Apestegui, qui avait espéré jusqu'au dernier moment que Santa-Cruz n’aurait pas osé nous transporter à Achulégui, refuse de fournir le cheval demandé, s’oppose à notre départ et va trouver Santa-Cruz, auprès de qui il proteste contre notre enlèvement, le déclarant une iniquité. Ce fut en vain. Il nous fallut partir, et le courageux alcade de Véra allait, le même jour, chercher un refuge en France pour lui et sa famille."



A suivre...


(Source : Wikipédia et gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France)



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