CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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samedi 2 avril 2022
mercredi 2 février 2022
LA SOULE AU PAYS BASQUE EN 1881 (cinquième partie)
LA SOULE EN 1881.
La Soule est la plus petite des 7 provinces du Pays Basque. Située dans les Pyrénées-Atlantiques, elle est peuplée d'environ 15 000 habitants et a pour capitale Mauléon-Licharre (Maule).
Voici ce que rapporta Paul Perret dans son livre "les Pyrénées françaises" en 1881 :
"Le pays de la Soule.
... Quand je disais que cette vieille race basque était encore toute pleine de la peur des maléfices de des sortilèges ! De son berceau mystérieux au fond de l'Orient, elle a rapporté ces superstitions avec sa langue. Beaux, vigoureux, braves, alertes, laborieux, souvent artistes, ces Basques passent devant devant nos yeux comme des livres fermés. C'est leur langue qu'il faudrait étudier pour les bien connaître. Quelques vrais curieux en ont eu le loisir et la patience : un prince, et naguère un simple garde général des forêts, sans parler de M. Francisque Michel. Ce garde général est devenu, me dit-on, professeur à l'Ecole des Langues orientales.
Une nuit réparatrice dans la bonne auberge de Tardets, et nous voilà dispos. La voiture nous attend ; nous allons courir vers Larrau, laissant à gauche la route d'Oloron. A droite, s'ouvre celle de Lannes, qui conduit au pic d'Anie, touchant au premier village béarnais, assis sur des contreforts de la montagne ; nous sommes à la frontière du pays basque, mais ne nous proposons point d'en sortir. La route court au-dessus du Saison, traverse un village qui fait face à un autre placé sur le bord opposé : c'est Laguinge et Lichans. Le Gave, assez large, encaissé entre deux hautes berges vertes, entre bientôt dans un défilé, où il reçoit l'Uhaixta, un orageux petit tributaire. Nous suivons la rive gauche, logeant des escarpements encore verdoyants à plaisir. Des bandes de prés s'allongent sur les pentes ; dans les parties les plus basses, et par conséquent les plus humides, des mauves gigantesques bercent leurs fleurs roses. La rive droite n'est pas moins abrupte, mais très boisée ; des saules énormes, aux feuilles longues et menues comme celles de l'olivier, se penchent sur l'eau. Parfois, le mont s'entr'ouvre, et dans d'étroits vallons sont nichées des cabanes de bûcherons ; des feux y sont allumés pour la préparation d'un repas sans doute assez maigre, la fumée bleue monte sur ce fond sombre des rochers et des feuillages. Le chemin, cependant, surplombe le torrent, il décrit d'effrayants détours à pic au-dessus d'une chute d'eau bruyante et profonde. Le cocher se retourne et nous fait des signes que nous ne comprenons point. Enfin le fracas s'apaise, et ce bon compagnon peut se faire entendre. Il avait hâte de nous apprendre que, l'année précédente, à cet endroit-là, le conducteur d'une voiture - en tout semblable à la nôtre — il précisait — l'avait culbutée dans le Gave. — Il y avait deux voyageurs, ajouta-t-il. Deux et lui ça fit trois morts. — Tout comme nous aujourd'hui, si vous nous versiez, lui dis-je en riant. — Mon Dieu, oui ! là, tout comme nous. — Merci, mon ami.
La gorge s'écarte, la vallée s'élargit. Au-devant nous, un petit pic qui ne porte pas un nom basque : c'est Bimbalette. Le chemin s'élève sur des pentes si raides qu'assis au fond de la voiture nous voyons la croupe des chevaux en ligne verticale au-dessus de nos têtes. On nous avait juré à Tardets que le chemin était "carrossable". Il l'est à la condition que le carrosse monte de son côté et les touristes du leur sur leurs propres jambes. Mettre pied à terre est le meilleur parti à prendre, et nous le prenons. Ce sentier — ce n'est plus autre chose — est très ombreux ; sur l'autre bord du Gave, les montagnes n'offrent guère que de maigres tapis d'herbe rase, et le plus souvent la roche est nue. Pourtant, dans les plis verts, je découvre des habitations humaines. La neige, l'hiver, ne demeure point sur ces versants rapides. La chair de l'isard et du lièvre défraie la table ; les peaux de renards fournissent de quoi y mettre le pain et le vin.
A l'est, voici les Cinq-Monts ; les cinq doigts de Roland ont l'air de nous menacer d'un effroyable soufflet. Nous ne sommes pas Sarrasins ; mais Dieu nous garde ! Dans la même direction, en inclinant vers le sud, un groupe de montagnes ferme l'horizon. C'est le massif de Sainte-Engrace, dominé par le pic d'Anie. On ne découvre que Larrau à l'ouest, le pic d'Orrhy et les monts d'Ahusquy au nord. Nous gravissons le flanc méridional de l'Arpune, d'où sort un Gave du même nom ; nous venons de le traverser à son confluent avec l'Olhadu, qui descend au pied d'un autre mont . C'est l'Arpune que nous allons remonter jusqu'à Larrau, vrai village de montagne. Point de courrier, et, quoi qu'en disent les gens du pays, pas de chemin. — En débarquant à l'hôtellerie, j'y trouve des habitants de Pau en villégiature. Ceux-ci sont endurcis à la montagne ; mais pour des Parisiens, c'est un lieu de plaisance que je ne saurais leur recommander honnêtement ; il est très différent d'Enghien.
Larrau est juché sur une sorte de plateau, entre la forêt des pics. Toutes sortes de projets ont été conçus et même présentés au Conseil général du département pour mettre ce nid d'aigle en communication avec le monde ; mais voilà ! le climat à Larrau est intermittent. Après trois hivers sans frimas, les habitants ont cessé de considérer la nécessité d'un chemin, et ne réclament plus ; le quatrième hiver, ils demeurent trois mois sous la neige, car cette haute terrasse la retient ; alors ils gémissent. Mais bast ! les choses recommenceront d'aller comme elles vont depuis un siècle. Larrau n'a pas de chemin, c'est entendu ; Larrau n'en est pas moins un lieu de passage, puisque tout près est le "port", qui a le même nom que la bourgade — à moins qu'on n'y préfère le nom basque, — Marinalichona ; — il n'a que quatre syllabes de plus. C'est là qu'on entre en Espagne. - La rue principale de Larrau est précisément encombrée par plus de cent mules que mènent vingt muletiers ; — bêtes et gens, tous espagnols.
Il n'est pas aisé de se frayer la route à travers cette cohue de quadripèdes et de bipèdes ; cependant il le faut pour arriver à l'église. Un ruisseau traverse le village ; sur le petit pont à franchir, voici un nouvel encombrement ; tous les porcs de Larrau s'y seraient-ils donné rendez-vous ? Il sont propres et souvent coquets, les villages basques, même à cette hauteur dans la montagne, et on n'y laisse pas moins vaguer les pourceaux. Chose horrible à dire ! on a été obligé cependant de prendre des précautions contre eux pour les morts. La faible barrière qui défend l'entrée du cimetière est précédée d'une grille posée à plat sur un fossé. Si la bête immonde approche, elle s'engage les pieds entre les barreaux ; la voilà prise. Ne dites point que les petits enfants peuvent aussi bien s'y casser les jambes ! On n'a pas songé aux enfants.
Il est fort curieux ce cimetière ; la terre au-dessus des tombes y est relevée et disposée en éminences et en sillons, comme un champ de labour. Presque point de pierres funéraires ; à la tête de ces petits timuli, les disques ou des croix de fer peintes en blanc. La visite de ce champ de repos si correct ne peut causer de tristesse qu'aux étrangers ; quant aux gens du village, ils y puisent de flatteuses espérances. Je lis les courtes inscriptions attachées aux croix, et qui donnent l'âge des défunts. — Mes amis, allons tous à Larrau, si nous voulons durer, ce qui paraît à beaucoup plus précieux que de vivre.
Elles sont éloquentes, ces inscriptions de tombes : quatre octogénaires. Le plus jeune de ces respectables défunts au moment du grand, de son unique voyage peut-être, avait soixante et treize ans. Outre les sépultures de petits enfants presque mort-nés, je n'en découvre qu'une renfermant les restes d'un jeune homme. Il n'était point de Larrau : c'était le curé.
L'église est neuve et pourtant vieille. La paroisse de Larrau paraît remonter au XIème siècle. Le premier édifice religieux ne fut qu'une chapelle, succursale apparemment de cette grande abbaye de Sauvelade ont été seigneurs de tout ce pays jusqu'à la Révolution. L'église du village fut agrandie au XVIIème siècle par l'abbé Boyer, ainsi qu'en fait foi une curieuse inscription gravée sur la muraille.
En 1854, l'église a été restaurée sous la direction de M. l'abbé Onnaïnty, curé actuel de la paroisse. On n'a conservé de l'ancien édifice qu'une voûte assez belle, et l'on a ajouté au monument rajeuni deux élégantes chapelles latérales. Un joli clocher monté sur un porche a été construit en 1873. L'intérieur de l'église, bien que Larrau soit en pleine Soule, n'offre point la disposition des sanctuaires basques. Pas de tribunes ; et dans la nef, une centaine de prie-Dieu rangés. Si l'on juge de la piété des paroissiens par le curieux état d'usure où sont ces prie-Dieu, il faut qu'elle soit vive.
Du pied de l'église, la vue est fort belle. Le pic d'Anie, qui porte encore quelques neiges au mois d'août, se dresse au-dessus d'une chaîne aux croupes puissantes. Le mont Orhy dépasse deux mille mètres. Nos yeux, fatigués d'un spectacle si vaste, reviennent comme naturellement le long du Gave, jusqu'à la ravine profonde que domine la terrasse du bourg. Sur la rive droite de l'Arpune, un joli village est assis au bord des eaux, tout paré de verdure fraiche, à l'ombre de rampes formidables. On le découvre sous un autre aspect du coude que forme le chemin à l'entrée de Larrau. Mon compagnon dessine ; je tire de son étui ma lorgnette de voyage. A l'instant, une nuée de fillettes qui se tenaient curieusement posées au bord du chemin, comme des pies, prennent leur vol ; et c'est pour s'abattre tout autour de moi, curieuses et bavardes comme les emplumées, leur image. — Elles sont une douzaine pour le moins ; une seule parle français ; et ce n'est pas le bon. Je lui demande pourquoi elle nous regardait si attentivement tout à l'heure en tête de son escadron. Elle me répond : Je regarde toujours ceusses qui passent. — Bon ! lui dis-je ; passe-t-il donc beaucoup de monde ? — Pas du monde comme vous. — Elle ne m'apprenait rien. Je savais déjà que les touristes à Larrau sont plus rares que les muletiers.
Pendant ce temps, une autre fillette vient effrontément poser sa main sur ma jumelle et me supplie en espagnol de la laisser voir dans ma lunette. Je la lui donne, elle la prend à l'envers, regarde par le petit bout et me la rend toute penaude. Il fallut lui apprendre à s'en servir ; les autres, jalouses, essayaient de la lui arracher, se suspendant à ses bras ; elle en portait ainsi toute une grappe, qui pépiait en basque, et cria bientôt de m'abasourdir. Je continuais pourtant d'interroger ma savante, celle qui baragouinait un français tout à fait digne de la banlieue parisienne. Elle me conta l'histoire de ses parents : son père était allé en France, et il en avait ramené au pays une femme qui était morte. Pour elle, jamais elle n'en était sortie qu'aux dernières Pâques ; le père l'avait alors conduite à Tardets. — Et lui, demandai-je, descend-il souvent en vallée ? — Elle leva les épaules : Pas seulement une fois l'an. — Et les autres gens du pays ? — Les autres non plus. — Je bornai là mon interrogatoire, qui causait une vive impatience à la petite commère. Elle voulait à son tour avoir la lorgnette."
A suivre...
(Source : Bimbaleta - Txardeka (jpdugene.com et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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dimanche 2 janvier 2022
LA SOULE AU PAYS BASQUE EN 1881 (quatrième partie)
LA SOULE EN 1881.
La Soule est la plus petite des 7 provinces du Pays Basque. Située dans les Pyrénées-Atlantiques, elle est peuplée d'environ 15 000 habitants et a pour capitale Mauléon-Licharre (Maule).
Voici ce que rapporta Paul Perret dans son livre "les Pyrénées françaises" en 1881 :
"Le pays de la Soule.
...Nous avons un bon guide ; nous aurions pu nous en passer, car toute une compagnie nous précède. C'est un étrange et mystérieux équipage. D'abord un mulet, portant une sorte de cacolet recouvert d'un pavillon de toile blanche ; derrière, un homme en blouse courte et en béret, une femme coiffée du capulet noir. Un autre homme est à la tête de l'animal ; un chien énorme le suit. Le chemin s'engage entre deux escarpements boisés. Machinalement je regarde cette troupe muette qui grimpe devant nous ; est-ce une fantaisie de mes yeux ?...
Il me semble que dans les paniers du cacolet j'ai vu flotter un bout de jupe et remuer des jambes. J'interroge le guide. Au même instant, deux ou trois cris rauques sortent de dessous la toile. Le brave homme fait un geste pour se signer. Nous nous étions arrêtés tout court : - Qu'est cela ? - Bon ! dit-il à voix basse ; "ça c'est une possédée"... Les cris recommencent, le chien y répond par un hurlement. A Tardets, sous les grands arbres, j'avais entendu les possédés de l'amour ; sur la route de la montagne, je me heurtais à une possédée du diable, car la prisonnière du pavillon de toile est une femme. On dit qu'une possession mène à l'autre. N'importe ! diabolique ou non, la rencontre est sinistre.
Nous répondons sur le même ton à notre guide : - Allongez le pas, mon brave, nous vous suivrons. Ce grand garçon de vingt-cinq à vingt-six, taillé en force, tout droit comme un chêne, était devenu très pâle, et si vigoureux que fussent ses genoux à l'ordinaire, ils flageolaient sûrement un peu. Les gens de la troupe, heureusement, prirent le parti de faire halte et de nous laisser passer ; ils parurent se consulter rapidement, ils parlaient basque ; l'homme qui conduisait le mulet lui fit tourner la tête vers la paroi de rochers, l'autre saisit par son collier le chien qui grognait à notre approche. La toile du cacolet tremblait quand nous passâmes, mais la possédée se taisait. Mon compagnon, vrai modèle du bourru bienfaisant, levait les épaules, exhalant entre ses dents une impatience mêlée de plus de pitié qu'il n'aurait voulu le dire ; le guide avait la bouche clouée. Quant à moi...
... La diabolisée avait écarté la toile, je crois la voir encore : vingt ans. Peut-être cette guenon n'avait-elle pas été laide avant la "possession". Maintenant tous ses traits affreusement contournés étaient en danse convulsive ; les yeux seuls demeuraient fixes au milieu de ce visage terreux. Ce qui la rendait plus horrible, c'est qu'on la laissait coiffée, comme autrefois, du joli mouchoir de soie en usage dans toute la contrée. Cette coquetterie formait un contraste poignant avec cette misère. Tous ses mouvements étaient déréglés ; elle brandit vers moi ses deux longs bras décharnés, et par un miracle d'équilibre, le mouchoir pimpant ne se dérangeait pas. Elle-même aurait dû se jeter à bas du mulet ; je vis bien qu'elle devait y être attachée solidement. Son cri sauvage, ce cri sortant d'une gorge étranglée, se fit encore attendre, et encore une fois le chien se remit à gémir. Longtemps ces accents lamentables nous poursuivirent ; la montagne est sonore.
Le guide racontait que ce mal était fréquent dans le pays ; les jeunes garçons en sont rarement atteints : - Monsieur, dit le brave homme, c'est la misère des filles ; quelquefois ça leur passe, mais il ne leur en reste jamais un bon renom, voyez-vous. Elles ne trouvent guère à se marier ; un homme ne se soucie pas !... D'autres fois, elles s'en vont lentement dans l'autre monde, et si alors elles deviennent tranquilles, c'est mauvais signe ; la fin arrive, elles sont consumées. Celle-ci, je la connais bien. La rage la tient depuis l'hiver ; on la conduit là-haut, à la Sainte. Et peut-être la Sainte la guérira.
Nous contournions en ce moment le sommet du mont. La beauté de la vue nous fit oublier notre rencontre. Deux géants dominent la longueur de la chaîne : au sud est le pic du Midi d'Ossau ; à l'ouest, noyé dans des vapeurs brillantes qui, des teintes argentées, passent en un moment au lilas, au violet plus sombre, pour reprendre leur transparence un moment après, le pic du Midi de Bigorre ; la distance est de près de trente lieues. Les deux cimes les plus proches sont, dans les deux mêmes directions, celles d'Anie et d'Orrhy. La première, le pic d'Anie, une haute pyramide blanche, nous marquait de ce côté la limite extrême de l'excursion commencée. Perdus dans la contemplation de cet horizon vraiment sublime, nous ne songions plus à la chapelle, à la Sainte, et à ses étranges pèlerins.
La chapelle n'a point d'âge ; elle a été réparée, relevée sans cesse à travers les siècles ; on serait tenté de croire qu'elle a remplacé en cet endroit désigné un temple antique, n'eût-on pas sous les yeux une inscription romaine sur un marbre encastré dans le mur de la chapelle. L'inscription manque de clarté pour les demi-savants qui me ressemblent : - A quel dieu ce sanctuaire païen était-il dédié ?... Il paraît que les obscurités à ce sujet ne sont pas dissipées. Pas une image de la divinité, pas une pierre gravée, pas une médaille pour éclairer l'enquête. Il n'y a que ce marbre, ces caractères inexpliqués et la tradition. Et comme il arrive souvent, une légende en a ici appelé une autre bien différente. Après le dieu inconnu, l'homme du miracle. Le guide nous raconte que la montagne de la Madeleine qui nous porte a été autrement plus haute ; Roland l'a découronnée.
De sa forte main qui déplantait les chênes et dispersait les roches, il en a saisi toutes la crète, et ce bloc énorme, il l'a lancé là-bas à l'est, sur un autre mont qui s'en est haussé d'autant sans vergogne. Il y avait apparemment des Sarrasins de ce côté-là, le héros en aura fait une belle bouillie !
Nous sourions, nous avons tort. Le guide nous fait observer que la cime du mont rend témoignage. Roland y a mis son sceau ; elle porte distinctement l'empreinte de ses cinq doigts.
Mais voici, à ce sujet, une autre légende bien plus latine que basque, et qui doit avoir été créée par des gens d'Eglise. Il y en avait, et de très savants, là-bas, derrière Larrau : des moines de Sauvelade. Sur le mont Bostmendiette, les Parques avaient établi leur résidence. C'est là que les trois méchantes soeurs coupaient le fil des destinées humaines ; le généreux Roland se mit en colère à la pensée d'une si vilaine besogne, et résolut de l'empêcher, en écrasant les trois mégères. C'est pourquoi il lança contre elles ce projectile colossal. Malheureusement, il ne les atteignit pas ; la pierre tomba à six cents pieds d'un col, où elles se tenaient bien à l'abri entre les contreforts des monts, et qui a gardé leur nom maudit, le col des Parques. Elles ont continué de trancher nos jours.
| CHAPELLE DE LA MADELEINE BARCUS PAYS BASQUE D'ANTAN |
Nous disons adieu à la Madeleine, nous allons commencer notre descente. La troupe que nous avions dépassée sur le chemin arrive au faite. On va détacher et descendre la "possédée" de son mulet pour la transporter dans la chapelle, aux pieds de la Sainte. Le spectacle de cette cérémonie n'a rien qui nous tente, et nous pressons le pas. La pauvre fille ! Les pauvres gens qui la mènent !"
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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jeudi 2 décembre 2021
LA SOULE AU PAYS BASQUE EN 1881 (troisième partie)
LA SOULE EN 1881.
La Soule est la plus petite des 7 provinces du Pays Basque. Située dans les Pyrénées-Atlantiques, elle est peuplée d'environ 15 000 habitants et a pour capitale Mauléon-Licharre (Maule)
| CARTE FRONTIERE PAYS BASQUE NORD ET SUD |
Voici ce que rapporta Paul Perret dans son livre "les Pyrénées françaises" en 1881 :
"Le pays de la Soule.
Un moment après, nous roulons sur une belle route, qu'enserrent encore à gauche les montagnes v(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)ertes. Le chemin tourne ce haut rideau vert, qui, d'ailleurs, se déchire ; — la première chaîne des grands monts nous apparaît à l'est, au-devant d'un long chainon de collines arrondies ; à l'ouest s'ouvre une plaine d'une richesse peu commune, même dans les quartiers bas de cette terre fertile. Le Saison coule entre des cultures dont l'hectare, nous dit notre conducteur, ne se vend pas moins de vingt ou trente louis ; çà et là de grands bouquets de bois, puis des oseraies sur les bords du torrent, et de superbes prairies. — La première bourgade que nous rencontrons est Libarrenx. L'église au triple pignon est entourée de chênes gigantesques. Partout ces ombrages épais se répètent ; de vieux manoirs se nichent sous ces vieilles ramures ; à droite, voici le château de Trois-Villes, souvenir du Jaon Kunte de Mauléon.
| EGLISE DE GOTEIN-LIBARRENX SOULE PAYS BASQUE D'ANTAN |
| CHÂTEAU TROIS-VILLES SOULE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Les villages sont gais, les maisons portent des galeries de bois. Sous l'auvent, sur la porte basse des plus petites, sur la porte charretière des plus grandes, je retrouve la croix de papier attachée pendant la nuit de la Saint-Jean. Cette route très fréquentée se couvre de carrioles qui vont un train d'enfer ; le Basque aimera toujours le bruit et l'allure. Plus loin viennent de lourdes charrettes chargées de foin, trainées par des boeufs dont la tête est coiffée d'un singulier ornement de toile blanche brodée de rouge ou de bleu, garnie de glands de même couleur. Puis ce sont des troupeaux de vaches conduits par des pâtres à cheval, brandissant un long bâton qui a des airs de lance. On dirait Don Quichotte pasteur.
Tardets et Larrau.
Aux approches de Tardets, les montagnes ont reparu vers le sud. En avant, on aperçoit un ballon surmonté d'une chapelle ; dans la partie des Pyrénées que nous avons parcourue jusqu'à présent, nous voyons pour la première fois cette forme ronde des monts. Nous entrons dans Sorholus, le faubourg de Tardets : un nom basque, avec une désinence qui paraît latine. Sorholus est assis au bord de la route, presque au pied d'un coteau, ses jardins descendent vers le Gave. — Ce côté droit du chemin est donc bordé de maisons qui portent inscrite la date de leur fondation ; aucune n'a plus d'un siècle et demi ; quelques-unes sont ornées de galeries de bois. — A gauche, les habitations s'élèvent sur d'assez hautes terrasses, que dominent de beaux vergers disposés sur les pentes. L'église est là, entourée de son cimetière. — De ce côté, à l'horizon, vers l'ouest, quelques cimes bleuâtres ; de l'autre, à l'est et au midi, les ballons se succèdent, couverts d'herbe rase ou de bois ; bientôt ils se rapprochent, se croisent, se heurtent ; le Saison disparaît derrière ces murailles rondes, dans une gorge qui de toutes parts semble fermée.
| TARDETS GAVE SAISON 1906 PAYS BASQUE D'ANTAN |
L'église de Sorholus n'a de remarquable que la riante propreté de son cimetière. J'y vois la tombe d'Augustin Chaho, un érudit qui vécut en homme de bien dans ce pays. Il a composé quelques ouvrages sur les usages et la langue basque ; l'inscription funéraire qui raconte sa vie et ses travaux est pourtant latine. Près de ce tombeau en est un autre, celui du capitaine Garat, parent des Garat d'Ustarits, qui servit dans les armées de la République et de l'Empire, et vint, comme dit le peuple, "manger sa retraite" dans cette tranquille vallée. C'est à peine du pain blanc que ce pain de la gloire, et l'envie populaire s'attaque à peu de chose. Il suivait la musique du canon, le capitaine, tandis que son cousin Pierre-Jean, le rossignol à deux pieds, faisait entendre celle de l'amour et chantait à l'Opéra. Il a laissé de bons souvenirs à Sorholus et à Tardets, car sa tombe est entourée de fleurs. Tout le cimetière, au reste, en est rempli ; elles ont des parfums plus pénétrants en cet arrière-été qui est déjà presque l'automne ; leur haleine se rafraichit aux nuits plus longues ; la route, au loin, en est embaumée.
Nous montons à pied vers Tardets, nom français de la bourgade ; le nom basque est Atharratz. Un chemin s'ouvre à droite, il conduit au Gave. Nous le prenons et nous arrivons à un pont de bois du haut duquel il nous est aisé de suivre, sur un espace de trois ou quatre kilomètres en amont, le cours du torrent jusqu'au moment où il se perd derrière les remplis croisés des monts. Sur la rive gauche, les maisons de Tardets le dominent du haut de leurs terrasses et de leurs galeries. Sur la rive droite des prairies s'étendent au pied des ballons, verts comme elles. Le Saison, en cet endroit, est large et ne roule d'eau que dans une partie de son lit ; de longs bancs de cailloux blancs en émergent. Des rideaux de trembles et de peupliers courent sur ces bandes étroites de pré ; la vue est fraiche et tranquille. Tardets est un lieu de plaisance ; aussi de toutes parts voit-on des castels dans la vallée.
La villette a pour vestibule une grande place carrée, formée de maisons bâties sur un plan uniforme, et reposant sur des arcades cintrées en portique. Excellent promenoir, bien qu'un peu sombre les jours de pluie. Or on peut aimer passionnément les Pyrénées, qui le méritent par ce mélange attachant qu'elles offrent sans cesse de la nature du nord et de celle du midi ; mais on ne doit pas nier que le nord y a quelquefois le dessus, et que, ne pouvant envoyer de vraie froidure, il se venge en faisant tomber ses pluies. Au reste, il pleut aussi par le vent d'Espagne ; mais alors la pluie est chaude. — Une maîtresse ondée signale notre entrée dans le vieil Atharratz, et nous voici bienheureux de nous réfugier dans l'auberge. Elle est excellente, cette auberge de montagne : bonne table, avec des sauces fines à faire rougir les traiteurs parisiens, si leurs fronts n'étaient point de pierre. Et la jolie situation pour une hôtellerie ! Du côté de la ville, sur l'autre bord de la rue, de vieux murs, restes d'un manoir disparu, couronnés d'arbres superbes formant une allée qui sert de promenade publique ; du côté de la campagne, le Gave, les prés, les bois, les monts. Le château d'autrefois, c'était celui des barons, puis comtes de Luxe...
La chambre où l'on me conduit, après le repas, est immense et s'ouvre sur les deux faces. Au-dessus du Saison, règne la galerie, où je m'oublie à considérer les derniers reflets du jour. Le fond est encore assez lumineux pour que les montagnes les plus proches s'y découpent en silhouettes énormes, qui peu à peu perdent leurs reliefs ; ce ne sont plus que des masses d'ombres. La pluie a cessé ; le grand tapis bleu, là-haut, se pique d'étoiles...
Le matin, à Tardets, on nous dit qu'une visite à la chapelle de la Madeleine nous servirait au moins à reconnaître la situation du pays. Un long débat s'engage entre mon compagnon et moi. Ferons-nous cette excursion topographique ? Nous apercevons maintenant au nord le petit mont qui porte la Madeleine ; il n'a guère que huit cents mètres ; mais ce ne sera pas une ascension de moins de deux heures."
| EGLISE DE LA MADELEINE BARCUS PAYS BASQUE D'ANTAN |
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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mercredi 3 novembre 2021
LA SOULE AU PAYS BASQUE EN 1881 (deuxième partie)
LA SOULE EN 1881.
La Soule est la plus petite des 7 provinces du Pays Basque. Située dans les Pyrénées-Atlantiques, elle est peuplée d'environ 15 000 habitants et a pour capitale Mauléon-Licharre (Maule).
Voici ce que rapporta Paul Perret dans son livre "les Pyrénées françaises" en 1881 :
"Le pays de la Soule.
... Vous lirez dans presque tous les guides que ce château du "Mauvais Lion" est une ruine. Ce n'est pas exact. Sur les anciennes assises, de nouveaux bâtiments paraissent s'être élevés sans cesse. Le dernier est encore debout, bien qu'abandonné ; c'est une construction Louis XIV. Mauléon fut une lieutenance du gouvernement de Guyenne et de Gascogne, et le lieutenant fit là sa demeure.
Cette lieutenance a été une charge vraiment héréditaire dans la famille de Trois-Villes. Un comte de Trois-Villes, amoureux de la belle Marguerite d'Espeldoy, fit mettre à mort le Basque Berterretch, son rival. Dans le beau recueil des Chants populaires du pays basque, par M. J.-D.-J. Sallabery de Mauléon, on trouve à ce sujet une chanson très dramatique, mais assez peu claire. On n'y voit pas bien si Berterretch avait commis quelque crime donnant prise au Jaon Kunte.
Dans l'époque moderne, le "Mauvais Lion" a reçu garnison plus d'une fois ; du côté qui regarde la ville, on voit encore sa vieille enceinte flanquée de maçonneries modernes qui s'appuient à des talus. Le château fut un poste de défense pendant la retraite fameuse que Soult conduisit pied à pied à travers la contrée pyrénéenne, suivi par les soldats de Wellington.
Mauléon a ce cadre sombre que lui font ses hautes montagnes vertes ; c'est une beauté âpre et assez triste, qui offre un grand charme. Sur la rive gauche du Saison courent les jardins de ces maisons à vieux toits que nous avons vues du lit du Gave, et dont la façade principale s'ouvre sur une rue bordée de l'autre côté par ces grands murs de l'hôtel d'Andurrain, décorés des masques comiques. Une route y fait suite et s'enfonce dans la vallée. Sur la rive droite, il faut suivre le pied même des escarpements boisés, marqué par une autre route. Un chemin s'ouvre entre les clôtures de deux prairies et conduit à l'église. Encore, pour y arriver, faut-il traverser un de ces prés verts, et ce n'est pas tout simple. Nous frappons à la barrière ; une vieille Basquaise se dirige vers nous en clopinant ; elle va nous ouvrir. Ah ! bien, oui ! elle a perdu la clef.
Il faut attendre — à moins, nous dit un homme qui se tenait dans le chemin — à moins que vous ne passiez par la cour aux porcs. Singulier vestibule pour une église ! Nous suivons l'homme. Entre des masures basses, s'ouvre un cloaque immonde, et là, dans la fange, huit ou dix pourceaux énormes sont couchés, qui se lèvent avec des grognements menaçants. L'homme avait son bâton. — Oh ! dit-il, n'ayez peur, cognez ferme ! — Il en parlait à l'aise !
Mon compagnon, pour toutes armes, portait son crayon et son album. Moi, comme dans la chanson de Marlborough, je ne portais rien. Le mieux était de faire diligence et de franchir un petit mur qui arrêterait l'ennemi. Nous sautons ; il était temps : l'escadron de gros porcs chargeait. - Une fois hors de ses atteintes, je me mis à pester et à prêcher : Eh ! bonhomme, vous avez donc à Mauléon un maire pour rire. — Pour rire ? Oh ! là, non ! Il est plutôt bien sérieux comme un mur. C'est riche, ça n'a plus besoin de faire la belle mine au monde, ça ne rit point. — Si c'est un maire pour tout de bon, comment souffre-t-il tant de saleté dans sa commune, et cette infection si près de l'église ? — Bon ! c'est pas à lui, ce coin-là. Il ne s'en soucie guère. — Sans compter que si un enfant s'avisait d'entrer dans cette cour, il serait dévoré par ces affreuses bêtes. — Ben sûr ! Aussi c'est pas fait pour qu'on y entre. Et puis, faut pas s'en prendre aux pourceaux. Il sont chez eux, ces animaux-là !...
... Nous étions donc dans le cimetière enveloppant l'église branlante. Un porche surmonté d'un toit en auvent la précède. Il est pavé de pierres tombales ; d'autres tombes sont appuyées au mur extérieur de la nef, y formant un rebord qui offre comme un banc où les hommes, qui se tiennent, le dimanche, sous cette voûte, pendant la messe, ne font pas difficulté de s'asseoir. J'examine les inscriptions des sépultures. Voilà celles de deux archiprêtres ; puis celle d'une fille d'Andurrain, tante ou grand'tante, apparemment du maître de l'hôtel seigneurial de la place ; puis encore la tombe d'un juge. Ce porche ruiné recouvre des morts qualifiés, mais il s'abattra sur leurs restes.
| CIMETIERE DE MAULEON SOULE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Nous pénétrons dans l'église ; même aspect caduque et tremblant. Les galeries de bois qui, dans les autres sanctuaires basques, entourent la nef, sont ici disposées contre le mur du fond regardant l'autel. On entre par une porte latérale, où l'on monte par des marches qui ne sont autre chose encore que des pierres funéraires. Elles sont brisées de toutes parts ; le sol de la nef s'enfonce sous les pieds. Quelle misère ! Et se peut-il qu'une ville très profondément catholique souffre que Dieu soit si mal logé ! — Eh ! me dit notre bonne femme, au moment où nous sortons, le bon Dieu a de la patience. — Je ne peux m'empêcher de rire : Parbleu ! la mère, vous en abusez ! Mais voulez-vous dire que l'on construira une autre église ? — Oui dà ! On y pense. — Celle-ci est pittoresque, mais elle est aussi trop pauvre. Et puis elle est bien à un quart de lieue des dernières maisons. — Ce n'est pas pour cela, me dit-elle ; le chemin, ce n'est rien pour les gens de la ville ; c'est Monsieur le curé qui demeure trop loin.
On a des raisonnements étourdissants en ce pays-là ; et c'est justement leur simplicité qui me donne envie de causer avec les indigènes. J'avise un homme dans le cimetière qui, armé d'une bêche faite d'un long manche et d'un tout petit fer, relève avec soin la terre autour d'une tombe. Je vais à lui ; mais, à mon premier mot, celui-là me regarde en hochant la tête ; il n'entend que le basque.
Un soleil ardent flamboie sur cet étrange lieu de repos, plein de fleurs, mais qui n'a d'autres arbres que de grands cyprès ne répandant point d'ombre. Un buisson de roses encadre une tombe toute neuve, surmontée de la croix dentelée. Qui repose là d'un sommeil encore si nouveau ? L'inscription est en langue basque. Un peu plus loin, dans une partie plus vieille du cimetière, je rencontre surtout cet inexplicable ornement funèbre, ces disques de granit où sont gravé des emblèmes inconnus ; la tradition en subsiste, les vieux Basques eux-mêmes en ont perdu le sens. Presque aucune tombe n'est négligée ; sur les plus anciennes mêmes je vois attachées des croix en papier peint de noir et de blanc qu'on y apporte dans la nuit du 23 au 24 juin, chaque année. Encore une coutume antique. — Ce sont toujours des croix dentelées — la croix sarrasine.
Le cimetière descend jusqu'au bord du Saison ; là les sépultures se pressent dans un pli assez profond du terrain ; la chaleur y est plus cuisante, les lézards courent effrontément sur ces pierres sacrées, les broussailles ondulent comme si elles abritaient un peuple de reptiles que ma présence inquiète.
Oui, vraiment, c'est un coin singulier que ce cimetière de Mauléon ; et de ce point où je suis, assez près de l'eau qui bruit derrière un rideau de saules jaunes, à la longue feuille lancéolée, je le vois se déployer devant moi sur cette pente aride et pourtant toute fleurie. L'arrangement de ces fleurs, les ornements des tombes, les tombes elles-mêmes, tout ce cadre qui entoure la vieille église et que domine ce clocher fantastique, avec son grand pignon aux trois arcades, a je ne sais quel caractère exotique, païen et barbare ; tout sent la vieille origine orientale, et je dirais volontiers que ce lieu saint fleure le diable - ou tout au moins le sarrasin.
Tandis que je rêve entre les saules jaunes et les broussailles grises, parmi le peuple des tombes, mon compagnon me hèle ; j'entends au loin sur la route un bruit de grelots et de sonnettes. C'est notre équipage, — une demi-calèche, ne vous en déplaise, — attelée de deux longues et vigoureuses haridelles, qui vient nous chercher pour nous emporter vers Tardets et Larrau, à travers la haute Soule, la partie assurément la plus inconnue du pays basque."
A suivre...
(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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