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mardi 30 avril 2024

L'ABDICATION DE BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN MAI 1808

L'ABDICATION DE BAYONNE EN 1808.


L'abdication de Bayonne ou entrevue de Bayonne a lieu le 30 avril 1808 entre Napoléon 1er, Charles IV d'Espagne, Ferdinand VII et Manuel Godoy.




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ENTREVUE DE BAYONNE MAI 1808
PAYS BASQUE D'ANTAN


L'empereur français a été sollicité par les deux prétendants légitimes au trône d'Espagne (Charles IV, roi couronné, et Ferdinand VII, son fils proclamé) pour trouver une issue profitable à tous concernant la querelle des 2 souverains, menaçant de tourner à la guerre civile. Napoléon décide de priver les 2 Espagnols de leurs espérances en obtenant de choisir son propre candidat, Joseph Bonaparte, son frère aîné pour le trône espagnol.



Le contexte :



Le traité de Fontainebleau signé en 1807 par l'empereur des Français Napoléon 1er et Manuel Godoy, chancelier du roi Charles IV d'Espagne (et amant de la reine Marie-Louise) dont la finalité est l'invasion et le démembrement du Portugal, permet aux troupes françaises de pénétrer en Espagne.




Celles-ci, outrepassant leurs droits, en viennent à investir un grand nombre de villes et à contrôler les routes et chemins espagnols. Craignant le mécontentement général, soumis à l'amant de sa femme, le roi (suivi de sa cour) se réfugie à Aranjuez tout en songeant à s'exiler dans leurs colonies d'Amérique du Sud.



Le 17 mars 1808, un soulèvement populaire fomenté par le jeune prince des Asturies les en empêche. Il prend le pouvoir sous le nom de Ferdinand VII et fait arrêter le premier ministre. Le roi abdique en faveur de son fils mais, une guerre civile menaçant, les 2 protagonistes demandent l'arbitrage de leur allié, l'empereur des Français, Napoléon invite la famille royale à Bayonne, au château de Marracq.



Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire Les Contemporains, le 30 mai 1897, sous la plume 

de P. Tranquille :



"Guet-apens de Bayonne. 



La révolution soudaine d Aranjuez avait surpris l’Empereur et dérangé son plan, qui était, ainsi que nous l’avons dit, d'effrayer la famille impériale et de ramener à s’enfuir  — ce qui aurait permis à Napoléon de déclarer le trône vacant et de s'en emparer.



Mais il eut vile compris, avant même de connaître la protestation de Charles IV, qu’une abdication obtenue et signée pendant une émeute lui fournissait un prétexte d’intervention. Le père avait donné son abdication et n était plus roi. L’Empereur ne reconnaîtrait pas le fils. — Ainsi le trône pouvait encore lui revenir, au moins il le pensait.



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PORTRAIT DU ROI CHARLES IV



Le 27 mars, à la première nouvelle des événements d’Aranjuez, Napoléon écrivit a son frère Louis pour lui offrir la couronne d’Espagne. Il envoya en même temps à Madrid un de ses agents préférés, le général Savary, avec mission d’amener à tout prix Ferdinand à Bayonne, où l’Empereur se rendait lui-même. On annonça alors le prochain voyage de Napoléon à Madrid. Il était en route, il avait passé la frontière, il approchait de la capitale, disait-on. Murat et Savary se mirent alors à presser Ferdinand de témoigner sa déférence à Napoléon en se portant à sa rencontre. — C’était le moyen infaillible de se concilier ses bonnes grâces ; s'il tardait, il serait devancé auprès de Napoléon par Charles IV, qui avait déjà annoncé son départ pour aller au-devant de son bon ami. — Ferdinand et ses conseillers ne crurent pas pouvoir s’empêcher de se porter à la rencontre de l'empereur des Français. — Le 10 avril, le prince espagnol quitta Madrid après avoir constitué un Conseil de régence. — Son voyage fut triomphal et comme la répétition des scènes enthousiastes d’Aranjuez et de Madrid. — Le 12, Ferdinand arriva à Burgos.



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PORTRAIT DE FERDINAND VII D'ESPAGNE
PAR VICENTE LOPEZ



Là, on n'avait aucune nouvelle du voyage de Napoléon. Ferdinand s’en montra fort surpris et assez inquiet. Savary, qui ne le quittait pas, parvint à le rassurer de nouveau et à le décider à s’avancer jusqu’à Vittoria. Napoléon s’y trouverait certainement. — Le 13, Ferdinand arriva à Vittoria. Il apprit que Napoléon était encore à Bordeaux ! — Il résolut de ne pas aller plus loin. — Savary, voyant le prince inébranlable, courut à Bayonne, où l’empereur arrivait enfin ; il était de retour, le 17, porteur d’une lettre perfide de son maître, pleine de protestations vagues d’intérêt à la cause de Ferdinand. —Napoléon se prononcerait pour le prince, s’il était reconnu que l’abdication de Charles IV avait été spontanée et volontaire. Savary devait "ajouter les paroles captieuses dont il était prodigue". — Mais il fallait prévoir le cas où Ferdinand VII résisterait à toutes ces embûches.



Ce cas survenant, dit Thiers, Napoléon, n’entendait pas s’arrêter à mi-chemin. Il décida donc que la force serait employée. Il ordonna sur-le-champ à Murat et au maréchal Bessières de ne pas hésiter, et, sur un simple avis de Savary, de faire arrêter Ferdinand VII en publiant en même temps la protestation de Charles IV, en déclarant que celui-ci régnait seul, et que son fils n’était qu'un usurpateur qui avait provoqué la révolution d’Aranjuez pour s’emparer du trône.



Il ne fut pas nécessaire d’en venir à la violence. Ferdinand se laissa séduire par Savary, et le 19, au matin, les voilures royales furent attelées pour se rendre à Bayonne.



Une foule de paysans armés, qui, depuis plusieurs jours, couchaient à terre, soit devant la porte, soit dans l’intérieur de la demeure royale, manifestèrent l'intention de s’opposer au voyage. L’un d'eux, armé d’une faucille, coupa les traits des voitures et détela les mules qui furent ramenées aux écuries.


Il fallut que le duc de l’Infantado, qui jouissait d’une grande considération, haranguât la foule pour la décider à respecter les volontés royales. Le peuple s'apaisa plus par respect que par conviction. Ferdinand VII monta en voiture en saluant la foule qui lui rendit son salut par des acclamations à travers lesquelles perçaient quelques cris de colère et de pitié. Les superbes escadrons de la garde impériale, s’ébranlant au galop, entourèrent aussitôt les voitures royales, comme pour rendre hommage à celui qu’elles emmenaient prisonnier.



Le lendemain, 20 avril, Ferdinand et son cortège traversèrent la Bidassoa ; à 10 heures, ils arrivèrent à Bayonne. Ils étaient désormais aux mains de leur ennemi. Napoléon accourut, à cheval, faire à Ferdinand la première visite. Pour le soir, l'Empereur l'engagea à dîner chez lui. Tout s’y passa avec politesse, mais avec une réserve extrême quant à ce qui touchait à la politique, Ferdinand était à peine rentré dans sa demeure, que Savary s’y présenta. Il venait signifier au prince la volonté de son maître : La famille de Bourbon avait cessé de régner en Espagne !



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ENTREVUE DE BAYONNE MAI 1808
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le 30 avril, Charles IV et la reine arrivaient, à leur tour, à Bayonne. Napoléon les traitait en souverains ; toutes les troupes étaient sous les armes. Murat avait communiqué à la régence de Madrid la protestation de Charles IV. Le plan de l’Empereur se révélait avec évidence. Il voulait remettre un instant la couronne sur la tète de Charles IV pour se la faire donner à lui-même. — Ferdinand, craignant de perdre même ses droits d’héritier présomptif, vint s'humilier devant son père et baiser sa main. Mais quand il voulut suivre son père dans ses appartements, le vieux roi l’arrêta : Malheureux ! n'as-tu pas assez déshonoré mes cheveux blancs ? respecte au moins mon repos.



Charles IV et la reine avaient retrouvé leur cher Emmanuel auprès de Napoléon. Un seul désir semblait les animer, celui de voir finir le règne de Ferdinand. Dès le lendemain de son arrivée, Charles IV écrivit à son fils pour lui demander son abdication. Ferdinand déploya dans ces pénibles circonstances un courage malheureusement trop rare dans sa vie. Il offrit de faire son abdication, à Madrid, devant les Cortès assemblées. Donnée à Bayonne, disait-il avec raison, elle paraitrait imposée par la violence, et dès lors, serait considérée comme nulle et sans valeur. Ni Napoléon ni Charles IV ne parvenaient à triompher de l’obstination du prince ; ils ne savaient à quel moyen recourir pour en avoir raison, lorsque, le 5 mai, vers les 5 heures du soir, arrivèrent des lettres de Murat annonçant l’insurrection du 2 mai, à Madrid, contre les Français. Napoléon y vit sur-le-champ le moyen de produire la secousse dont il avait besoin pour emporter l'abdication. Il courut auprès de Charles IV, la dépêche de Murat à la main, et se livra à un de ses accès de colère habituels dans les grandes circonstances. Le vieux roi, épouvanté, manda son fils.



Voilà donc ton ouvrage ! lui dit-il, le sang de mes sujets a coulé ; celui des soldats de mon allié, de mon ami, le grand Napoléon, a coulé aussi... Tu as déchaîné le peuple, et personne n’en est plus maître aujourd’hui. Rends, rends cette couronne trop pesante pour toi.




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ENTREVUE DE BAYONNE MAI 1808
PAYS BASQUE D'ANTAN



La reine fut plus violente encore. Ferdinand se tenait immobile, sans proférer une parole.



Te voilà bien tel que tu as toujours été ! lui criait sa mère. Lorsque ton père ou moi voulions t'adresser quelques exhortations dans ton intérêt même, tu te taisais, en ne répondant à nos conseils que par le silence et la haine... Mais réponds donc à ton père, à ta mère, à notre ami, à notre protecteur, le grand Napoléon.



Ferdinand se contenta de protester que, étant réellement prisonnier à Bayonne et sans communication avec l’Espagne, il n’était pour rien dans les événements du 2 mai. Napoléon, en se retirant, déclara froidement que si, le soir même, le prince n’avait pas résigné la couronne à son père, il serait traité en fils rebelle. C’était l’abdication ou la mort.


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ENTREVUE DE BAYONNE MAI 1808
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le lendemain, 6 mai, Ferdinand signa l’acte d’abdication suivant en faveur de son père.


Mon père vénéré et sire, 


Le 1er courant, je remis dans les mains royales de Votre Majesté la renonciation de ma couronne en votre faveur. J’ai cru de mon devoir de la rédiger avec les réserves convenables à l’honneur de Votre Majesté, à la tranquillité de mes royaumes et à la conservation de ma propre considération.


Je n’ai pas vu sans une extrême surprise l’indignation qu’ont produite dans le royal esprit de Votre Majesté quelques modifications dictées par la prudence et exigées par l’amour que je dois à mes sujets. Sans autre motif cependant, Votre Majesté a cru pouvoir m’outrager en présence de ma mère vénérée et de l’Empereur dans les termes les plus humiliants ; en outre, vous exigez de moi que je rédige ma renonciation sans réserves ni conditions, sous peine, pour moi et pour ceux de ma suite, d’être traités comme coupables de conspiration. Dans un tel état de choses, je fais la renonciation que Votre Majesté m’ordonne, afin que le gouvernement d’Espagne soit rétabli dans l’état où il était le 19 mars, quand Votre Majesté fit l'abdication spontanée de sa couronne en ma faveur. Dieu garde la précieuse vie de Votre Majesté les nombreuses années que le désire, prosterné aux pieds royaux de Votre Majesté, son très aimant et soumis fils.



Déjà, la veille au soir, Charles IV avait résigné tous ses droits à Napoléon. Celui-ci était parvenu à ses fins. Mais c'était le commencement de ses malheurs et le principe de sa ruine. L’Europe ne vit pas sans effroi le successeur de Charles-Quint détrôné et prisonnier. Tous les princes se mirent à trembler pour eux-mêmes. Quant à l'Espagne, dont Napoléon croyait pouvoir disposer à son gré et dont il faisait cadeau à son frère Joseph, elle se leva tout entière contre le dominateur de l’Europe. Napoléon sacrifiera inutilement cinq cent mille de ses soldats contre un peuple héroïque, résolu à défendre son indépendance."


(Source : Wikipédia et gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)










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samedi 17 avril 2021

LA TOUR D'AUVERGNE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE AU PAYS BASQUE EN 1793 (deuxième et dernière partie)

 

LA TOUR D'AUVERGNE AU PAYS BASQUE EN 1793.


Théophile Malo de La Tour d'Auvergne-Corret est un militaire français, né en 1743 à Carhaix, en Bretagne, à qui Napoléon donna le titre de "premier grenadier de la République".



pays basque autrefois revolution française
LA TOUR D'AUVERGNE





Voici ce que rapporta à son sujet le journal Les Contemporains, le 23 juin 1895 :  



"... Malgré ses éclatants services, La Tour avait été, en 1793, menacé d'arrestation et il ne dut qu’à l'affection de toute l'armée, et particulièrement de ses grenadiers, d’échapper à cette mesure qui n'était d'ordinaire que le premier pas vers l’échafaud. Son nom, ses antécédents, ses opinions l’avaient rendu suspect aux terribles représentants du peuple qui jouaient avec la tète des généraux. La Tour d’Auvergne dédaigna de se justifier et continua de traiter de haut les commissaires de la Convention.



"Que désires-tu ? lui disait un représentant. — Tu as donc bien du crédit ? répliqua La Tour d’Auvergne. Eh bien ! fais-moi donner, ainsi qu’à mes grenadiers, des souliers ; c’est tout ce dont j’ai besoin pour le moment, et je n’ai pu encore l’obtenir du fournisseur. "

Un autre de ces représentants lui faisait demander pourquoi il n’était pas venu le saluer. 

"Va dire a ton maître, répond La Tour d’Auvergne,  que je suis à mon poste, et que je ne fais ma cour à personne ; que je ne connais d'autre devoir que celui de combattre l'ennemi de mon pays et de le vaincre. Dis-lui, s’il est tout-puissant comme tu l'annonces, de mettre l’Espagnol en fuite. Je l’entends qui s’avance, je vais faire battre la charge."



Les biens du brave capitaine avaient été séquestrés. "Mon faible patrimoine, écrivait-il, a été séquestré, comme si j’avais émigré, et tandis que je combattais pour ma patrie... je me trouve dans la nécessité d’emprunter pour faire ma route. Les assignats ayant perdu, jusqu'à ce moment, cinquante pour cent à Bayonne, et ne recevant pas de secours de chez moi, je me suis vu réduit à faire à pied et sans domestique les trois campagnes que je viens d’accomplir... Souffrons de certaines privations, soyons pauvres, mais sachons apprécier aujourd’hui notre existence morale comme elle doit être sentie de tout être qui a de l’élévation dans l’âme, et tenons, jusqu'à la mort, à nos serments, à notre foi donnée a la patrie." Et il signait : "Votre parent et frère en Révolution, le républicain La Tour d’Auvergne-Corret."



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LA TOUR D'AUVERGNE


Cependant les généraux, qui ne pouvaient triompher de la volonté de La Tour d'Auvergne de refuser tout grade supérieur, avaient imaginé de lui confier des fonctions de vrai général. On réunissait ensemble les grenadiers de la demi-brigade pour une opération difficile et on les mettait aux ordres du plus ancien capitaine. C'était La Tour d’Auvergne (sa nomination datait de 1784). Le lendemain, on réunissait les grenadiers de deux demi-brigades, ou d’une division, ou de toute l’armée. La Tour d'Auvergne commandait encore et se trouvait ainsi à la tète d’une division formidable d’hommes d’élite. 



Les généraux confiaient au capitaine l’exécution des coups de main audacieux, de toutes les entreprises difficiles. Ils l'appelaient souvent dans leurs conseils, le traitant comme un égal. Le vieux capitaine était le plus écouté et ses conseils étaient généralement suivis. Lorsqu’on hésitait à adopter un plan qui semblait trop hardi, et il l’aurait été sans doute pour tout autre troupe que celle de La Tour d'Auvergne, il s’écriait : "res non verba. Ce que je propose, je me charge de l’exécuter avec mes grenadiers." La colonne de La Tour d’Auvergne inspira une telle terreur aux Espagnols qu’ils l’appelèrent la colonne infernale. En plus d’une occasion, elle gagna la victoire, avant même que le Corps d’armée eût le temps d’entrer en ligne...



... "La colonne infernale, écrit le général Foy, ambitionnait, sous le commandement de La Tour d’Auvergne, tous les titres de gloire militaire, d’intrépidité, d’humanité : elle observait une discipline qui rappelle la conduite des armées romaines dans les beaux temps de la République ; elle campait une fois en Biscaye, dans des vergers plantés de cerisiers, et les soldats n’osèrent pas cueillir les fruits qui pendaient aux arbres... Paix aux chaumières ; telle était la devise qu’ils avaient reçue de leur chef, et leur respect pour les propriétés s’étendait à la demeure du riche comme à celle du pauvre. Durant le combat, le capitaine se battait comme un lion ; la bataille finie, il redevenait le plus doux des hommes.



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LA TOUR D'AUVERGNE


Cependant, avant la fin de la guerre, on avait dissous le corps des grenadiers réunis qui reparaîtront plus tard, avec Oudinot, dans les immortelles campagnes d’Austerlitz, d’Iéna et de Friedland, contre les Autrichiens, les Russes et les Prussiens. La compagnie de grenadiers de La Jour d’Auvergne fut versée dans la demi-brigade.



Quand les pourparlers pour la paix avec l’Espagne furent sérieusement engagés, La Tour d’Auvergne, malade et atteint du scorbut, sollicita sa retraite et rédigea lui-même le mémoire à l’appui. 



"Il a, disait-il, trente-trois ans de service accomplis sous les mêmes drapeaux, en y comprenant cinq campagnes, dont une à Mahon, une en Savoie, et trois dans les Pyrénées-Occidentales. Son corps usé, sa santé épuisée par les années, les veilles, les fatigues ; réduit par la privation des dents supérieures, à ne vivre, à bien dire, que de lait et d’aliments légers, attaqué d’un vice dans les organes de la vue ; parvenu, enfin, à l’extinction de ses moyens physiques, il vient solliciter de la justice de la Convention de vouloir bien lui accorder sa retraite à l’expiration de cette campagne : à l’égard, de son traitement, il demande qu'il soit appliqué aux citoyens nécessiteux de la ville où il est né. Il ne fera ici aucun exposé de sa conduite militaire, ni de ses sentiments civiques ; ses frères d'armes peuvent attester s’il s’est jamais écarté de la ligne des principes et. si quelqu’un l'a emporté sur lui par son dévouement à la patrie..."



Généraux, représentants du peuple à l’armée des Pyrénées-Occidentales annotèrent le mémoire de La Tour d’Auvergne. "Sa retraite est une perte pour l’armée, mais elle est fondée sur de longs et importants services et par l’impossibilité de les continuer," déclaraient les représentants, et ils invitaient toutes les autorités civiles et militaires à l’accueillir comme un défenseur éprouvé de la cause publique.  Le général en chef Moncey disait de son côté :



"La haute réputation du brave La Tour d’Auvergne, connu par ses talents militaires et par son courage héroïque, me dispense de lui donner des attestations qui seront toujours bien au-dessous de celles que la renommée lui a prodiguées à si juste titre."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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mercredi 17 mars 2021

LA TOUR D'AUVERGNE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE AU PAYS BASQUE EN 1793 (première partie)

LA TOUR D'AUVERGNE AU PAYS BASQUE EN 1793.


Théophile Malo de La Tour d'Auvergne-Corret est un militaire français, né en 1743 à Carhaix, en Bretagne, à qui Napoléon donna le titre de "premier grenadier de la République".



pays basque autrefois revolution française
LA TOUR D'AUVERGNE




Voici ce que rapporta à son sujet le journal Les Contemporains, le 23 juin 1895 :



"... Au printemps de 1793, la guerre avec l’Espagne nécessita la présence de nos troupes sur cette frontière. La Tour d’Auvergne rejoignit le 80e avec son bataillon de grenadiers. Le 80e faisait partie de l’armée des Pyrénées-Occidentales. C’est là qu’il devait conquérir son incomparable renommée.



Armée des Pyrénées-Occidentales. La colonne infernale



L'armée des Pyrénées-Occidentales ne comptait d’abord qu’environ 8 000 hommes assez mal exercés. Heureusement, les Espagnols, plus nombreux, ne se montrèrent point trop entreprenants. Ils en étaient encore à cette vieille méthode de la guerre, qui consistait à procéder conformément à toutes les règles classiques, et où un ruisseau à passer, en face de l'ennemi, demandait souvent un mois d'efforts, de ruses et de combats.


L’hiver interrompait invariablement la lutte, et, dans la bonne saison, des trêves tacites mais réelles donnaient des jours, parfois des mois de repos, aux deux armées.



Vieille méthode qu’on ne saurait trop regretter, aujourd’hui que la guerre est devenue un système d’extermination et de ruine pour les pays les plus riches et les plus puissants.



Que de beaux coups d’épée cependant, que de prouesses des chefs, des soldats ou des régiments dans ces guerres de plusieurs années, où il coulait moins de sang qu'aujourd’hui dans un combat d’avant-garde. Parfois même, quelle politesse ! comme celle qui faillit être si funeste aux Français sur le champ de bataille de Fontenay : Tirez les premiers, Messieurs les Anglais. Peut-être, il est vrai, le général en chef de ces petites armées (3 à 20 000 hommes) avait moins de génie à déployer, mais, en revanche, l'officier avait plus d'initiative el de responsabilité, plus d'efforts personnels à faire et par suite plus de gloire.



pays basque autrefois revolution française
COMPAGNIE FRANCHE DE BAYONNE 1793
PAYS BASQUE D'ANTAN



Que de ruses et de stratagèmes à combiner dans son esprit, aussi bien que de coups d’épée à donner ! Ainsi s'explique le rôle brillant du simple capitaine de grenadiers, La Tour d’Auvergne.



Le général en chef, Servan, avait de nouveau proposé à La Tour d’Auvergne le grade de colonel. La Tour d’Auvergne refusa encore, comme il refusera toujours, car il mourra capitaine.



general revolution française
PORTRAIT DE JOSEPH SERVAN DE GERBEY
PAR LOUIS LAFITTE



"Je me suis toujours tenu a la place ou la Révolution m’a trouvé," écrira-t-il plus tard à un ami. Voici donc à quel sentiment il a obéi. Ayant refusé de suivre ses collègues et ses chefs dans l’émigration, il ne voulut pas que l’on pût attribuer ce refus au désir d’un avancement rapide..... La Révolution l'avait trouvé capitaine, il s’imposa à lui-même de ne point dépasser ce grade ; ses camarades avançaient, devenaient colonels, généraux, commandaient en chef des Corps d’armée, lui, demeurait à son poste subalterne, mettant toute sa gloire à bien servir. (Déroulède.)



Durant toute l’année I793 et jusqu'au mois de juillet 1794, les Espagnols campèrent sur le territoire français et même, dans les premiers jours de la guerre, s'avancèrent jusque sous les murs de Bayonne. S’ils avaient profité de leurs succès pour attaquer hardiment notre petite armée, démoralisée par ses revers, elle eût été incapable de leur résister. Mais ils laissèrent aux Français tout le temps nécessaire pour recevoir des renforts considérables et acquérir ainsi la supériorité numérique, tandis que des chefs intrépides, comme La Tour d'Auvergne, comme Moncey, futur maréchal de France, alors simple capitaine de chasseurs, comme Harispe, encore un futur maréchal de France, formaient nos bataillons et les rendaient invincibles. 




pays basque autrefois revolution française
LA TOUR D'AUVERGNE



La Tour d’Auvergne avait électrisé ses grenadiers par cent traits d’une bravoure chevaleresque et tout ensemble d’une prudence consommée. Il les avait guidés à travers les sentiers glacés et les précipices effrayants des montagnes pour surprendre ou éviter l’ennemi, lancés ici à l’attaque des positions, maintenus là à l’arrière-garde dans les moments de déroute, se tenant de sa personne au poste le plus périlleux, souvent les habits criblés de projectiles, mais leur échappant si heureusement que les grenadiers disaient que leur capitaine charmait les balles.



Un soir, une avant-garde de grenadiers, venue camper sur le bord d'une rivière et loin de tout village, se trouva sans vivres. De l'autre côté de l’eau, des soldats espagnols allumaient leurs feux et apprêtaient leur repas. "Qui veut dîner me suive !" s’écrie La Tour d’Auvergne. Et il se jette à l’eau, traverse la rivière et court sur l'ennemi. Les Espagnols, surpris, s’enfuient en toute hâte, abandonnant leur repas à nos grenadiers. 



La Tour d’Auvergne, raconte un récit contemporain, est commandé pour aller, à la tête d’une petite troupe, à la découverte de l'ennemi. Après quelques heures de marche, il se trouve en face d’une armée nombreuse. Ni lui ni ses compagnons d’armes n’en sont déconcertés.



Leur bonne contenance et leur feu bien dirigé en imposent quelque temps à 8 ou 10 000 Espagnols ; mais les munitions étaient au moment de leur manquer. Leur chef, qui le sait, ordonne à ses soldats d’avoir leurs fusils bien chargés, et fait aussi charger à mitraille ses petites pièces de campagne, mais partout il défend de tirer. Alors s'annonçait déjà cette cruelle épidémie, je veux dire cet esprit de soupçon qu’un génie infernal souffla sur les diverses parties de la France, et auquel on immola tant de patriotes vertueux. La Tour d’Auvergne faillit, en ce moment, en être la victime. A l’ordre de ne pas tirer, il entendit quelques voix répondre : "C’est un ci-devant ; il veut nous trahir. — Soldats, crie l’intrépide chef à sa troupe, vous me connaissez, je suis votre camarade, votre ami ; méprisez ces discours de fous et exécutez mes ordres ; nous sortirons de ce pas avec gloire."



Cependant, au silence des Français, les Espagnols se persuadent qu’ils ne demandent qu’à se rendre, et ils approchent témérairement. Dès que La Tour d’Auvergne les voit bien à portée, il fait décharger sur eux sa mousqueterie et ses canons à mitraille. Les Espagnols, criblés, culbutés, épouvantés, sont dans le plus grand désordre. Le commandant français profite de ce moment, fait filer sa petite troupe dans le meilleur état, et se retire ainsi avec quelques prisonniers, et sans avoir perdu un seul homme.



pays basque autrefois revolution française
LA TOUR D'AUVERGNE



On le vit, dans un engagement où, à cause de la violence du feu, il n’avait pu se faire suivre de sa compagnie, s’avancer seul vers une maison crénelée d’où parlait la fusillade la plus nourrie, frapper la porte à grands coups d’épée et sommer les Espagnols de capituler immédiatement, s’ils ne voulaient être brûlés ! Les Espagnols déposèrent aussitôt les armes.



La capitulation de Saint-Sébastien mérite une mention spéciale. Le 1er août 1794, l’armée française repoussait enfin l’ennemi au delà de la Bidassoa et la passait à son tour, s’emparant sans coup férir d’Irun et de Fontarabie. Saint-Sébastien est à une journée de marche de la frontière. Nos soldats s’élancèrent dans cette direction, traînant avec eux une seule pièce de 8 de campagne. Or, la ville avait 2 000 hommes de garnison et une nombreuse artillerie. Un coup de main ne pouvait réussir. 



La Tour d’Auvergne se doutant, avec raison, que la marche rapide des Français et leurs récents succès auraient répandu l'effroi dans la population, se proposa pour aller sommer le gouverneur de capituler. (Il avait appris l’espagnol et le parlait correctement.) Arrivé sur la place publique, il se mit à haranguer le peuple d’une voix forte et menaça de tout réduire en cendres avec notre artillerie. Magistrats, populations, tout tremblait de frayeur ; mais le gouverneur hésitait ; il lui était surtout pénible de se rendre sans combattre : "Mais, capitaine, dit-il an parlementaire, vous n’avez pas tiré un seul coup de canon sur la citadelle ; faites-moi au moins l’honneur de la saluer, sans cela, vous sentez que je ne puis la rendre. — Qu'à cela ne tienne, reprit La Tour d’Auvergne." Il revint au camp, fit tirer la pièce de 8, à laquelle toute l'artillerie de la ville répondit, et retourna immédiatement chercher la capitulation.



Outre les vaisseaux réfugiés dans le port et leurs approvisionnements, Saint-Sébastien livrait 139 pièces d’artillerie ! Le désappointement et la confusion du gouverneur et des soldats espagnols, prisonniers de guerre, furent grands, lorsqu’après avoir défilé devant nos troupes, ils constatèrent l'absence de notre artillerie. Cette reddition et tout l’effet moral qui s'ensuivit, était le fruit de la hardiesse incroyable de La Tour d’Auvergne, digne compatriote, on le voit, du grand connétable Duguesclin."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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vendredi 19 février 2021

LA VIE D'ANTOINE D'ABBADIE D'ARRAST AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (septième et dernière partie)

 


ANTOINE D'ABBADIE.


Antoine Thomson d'Abbadie d'Arrast, né le 3 janvier 1810 à Dublin et mort le 19 mars 1897 à Paris, est un savant et voyageur français.

mardi 19 janvier 2021

LA VIE D'ANTOINE D'ABBADIE D'ARRAST AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (sixième partie)



ANTOINE D'ABBADIE.


Antoine Thomson d'Abbadie d'Arrast, né le 3 janvier 1810 à Dublin et mort le 19 mars 1897 à Paris, est un savant et voyageur français.

lundi 7 décembre 2020

LA VIE D'ANTOINE D'ABBADIE D'ARRAST AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (cinquième partie)


 

ANTOINE D'ABBADIE.


Antoine Thomson d'Abbadie d'Arrast, né le 3 janvier 1810 à Dublin et mort le 19 mars 1897 à Paris, est un savant et voyageur français.

samedi 7 novembre 2020

LA VIE D'ANTOINE D'ABBADIE D'ARRAST AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (quatrième partie)

 

ANTOINE D'ABBADIE.


Antoine Thomson d'Abbadie d'Arrast, né le 3 janvier 1810 à Dublin et mort le 19 mars 1897 à Paris, est un savant et voyageur français.

mercredi 7 octobre 2020

LA VIE D'ANTOINE D'ABBADIE D'ARRAST AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (troisième partie)

ANTOINE D'ABBADIE.


Antoine Thomson d'Abbadie d'Arrast, né le 3 janvier 1810 à Dublin et mort le 19 mars 1897 à Paris, est un savant et voyageur français.

lundi 7 septembre 2020

LA VIE D'ANTOINE D'ABBADIE D'ARRAST AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (deuxième partie)


ANTOINE D'ABBADIE.


Antoine Thomson d'Abbadie d'Arrast, né le 3 janvier 1810 à Dublin et mort le 19 mars 1897 à Paris, est un savant et voyageur français.

vendredi 7 août 2020

LA VIE D'ANTOINE D'ABBADIE D'ARRAST AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (première partie)


ANTOINE D'ABBADIE.


Antoine Thomson d'Abbadie d'Arrast, né le 3 janvier 1810 à Dublin et mort le 19 mars 1897 à Paris, est un savant et voyageur français.