CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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samedi 14 juin 2025
mercredi 14 mai 2025
DES RÉFUGIÉS ALSACIENS AU PAYS BASQUE EN OCTOBRE 1939 (première partie)
DES RÉFUGIÉS ALSACIENS AU PAYS BASQUE EN 1939.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses personnes du Nord de la France ont été déplacées de leur région d'origine vers le Sud de la France, et en particulier au Pays Basque.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque,
le 16 octobre 1939, sous la plume de Georges Baume :
"Le Haut-Rhin dans le Sud-Ouest.
70 000 Alsaciens évacués sont attendus sur la Côte Basque.
Dans notre Sud-Ouest, dans Mirande notamment, Mirande la joli, aux rues courtes et droites, à l'aristocratique place d'Astarac, où s'ouvrent sur deux côtés les fameux "couverts" que l'on fréquente volontiers à Montauban, à Agen, à Toulouse, c'est un peu la tour de Babel. Car voici l'Espagnol au verbe bruyant, l'Italien à la caressante voix, l'Alsacien à l'accent guttural, le Gascon au calme langage.
J'ai assisté, vers 7 heures du soir, à l'arrivée des "évacués" de l'Alsace, un millier environ, par un train lent qui avait mis trois jours à traverser tant de nos province. Pauvres gens, meurtris de fatigue ! La foule, tous les valides de Mirande qui les attendait dans la cour de la petite gare, se précipita sur les quais et, dans un élan de solidarité française, aida les femmes et les enfants à descendre de leurs voitures, leur offrit toute sorte de vivres et de vêtements chauds.
Ils n'allaient pas vite, étonnés peut-être par la bonne grâce très empressée du charmant peuple de la Gascogne, et chargés de paquets, de matelas, de couvertures. Quelques enfants geignaient timidement ; des vieux, appuyés sur leurs bâtons, semblaient interroger le ciel, tâter avec prudence la vieille terre, partout secourable. Chacun, pour dire merci, adressait de furtifs sourires ici et là, dans la foule.
Le maire, cousin de l'ambassadeur Noulens, qui défendit énergiquement en Russie, chez les cruels et fourbes bolchevistes, les intérêts et la dignité de la France, le maire de Mirande avait mis ses meilleurs soins à organiser l'hospitalisation difficile d'une telle multitude d'involontaires émigrés dans une cité aux dimensions et aux ressources réduites.
Multitude aussi sagement résignée que disciplinée. On la répartit par équipes dans les divers quartiers, sans accroc, sans protestation. Et chacun bientôt chercha le sommeil. Partout l'adaptation s'accomplit très vite. On couche sur un simple matelas, même sur la paille. Personne ne se plaint. Sous la halle, ainsi que dans une école, on sert depuis le matin à des heures fixes, de copieux repas qui satisfont les plus exigeants.
Chez une modiste, deux jeunes filles, de 16 et 17 ans, qui parlent le français à merveille, balaient, lavent l'escalier et la cour.
— Jamais, me dit la modiste, ma cour n'a été aussi propre.
Chez mon cousin, le docteur X..., sont établis une dame de 70 ans, son mari de 75. Ils sont si discrets que, pour ne pas salir l'escalier, ils ne le gravissent que pieds nus. Il a fallu leur reprocher amicalement un pareil scrupule.
En face de chez moi dans une antique maison assez bien restaurée, les jeunes garçons et filles de plusieurs familles qui y sont installées dansent en ce moment une ronde, en chantant.
Hier matin, j'étais assis sur le bord de la route, qui s'en va passer sous Castelmore, maison natale de d'Artagnan et je lisais un journal, lorsque dans la grande paix des champs une voix cordiale m'interpella soudain :
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| 32 LUPIAC CHÂTEAU DE CASTELMORE CHÂTEAU DE NAISSANCE DE D'ARTAGNAN |
— Guerre finie ? monsieur.
Je levai la tête et je vis à deux pas de moi un bonhomme trapu, l'air d'un contremaître, qui sous sa moustache grise me faisait un sourire :
— Moi, du Haut-Rhin, ajouta-t-il.
— Ah !... Mulhouse ? Thann ? Wesserling ?
A chacun de ces noms il haussait les épaules. Finalement, il me déclara :
Moi, école, pas parler français..."
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Les Alsaciens en Pays Basque.
M. le sous-préfet nous faisait part hier matin de la prochaine arrivée dans les Basses-Pyrénées de 70 000 Alsaciens mis dans l'obligation d'abandonner leurs domiciles et leurs biens en raison des méfaits escomptés des opérations de guerre. Ces malheureux exilés par force, seront répartis dans plusieurs communes du département.
L'organisation de leur accueil et de leur installation a fait l'objet hier après-midi à la sous-préfecture de Bayonne, des préoccupations de M. Pierre Daguerre, ainsi que de son personnel dévoué. Aux entretiens qui eurent lieu à ce sujet assistaient un adjoint au maire de Mulhouse et un délégué à la préfecture du Haut-Rhin, arrivés dans la journée à Bayonne.
Nous ne doutons pas de l'accueil cordial qui sera réservé à nos frères d'Alsace, chassés de leurs foyers dans les douloureuses circonstances que l'on sait. C'est plus qu'un devoir patriotique pour nos populations d'adoucir dans la mesure du possible les heures cruelles de l'exil qu'ils vivront ici. Elles n'y failliront pas. Ainsi elles feront la plus haute et la plus noble démonstration de solidarité humaine.
La population bourgeoise de Mulhouse sera dirigée sur Biarritz.
Le plus gros du contingent de réfugiés sera réparti à Anglet, Bidart, Guéthary, Saint-Jean-de-Luz, Hendaye, etc... Les orphelinats seront reçus à Armendaritz."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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lundi 29 juillet 2024
LES ENFANTS BASQUES REFUGIÉS À LA PALLICE EN CHARENTE-MARITIME EN MAI 1937
LES ENFANTS BASQUES À LA PALLICE EN 1937.
Pendant la Guerre civile d'Espagne, des milliers d'enfants ont dû s'exiler et ont été accueillis dans de nombreux pays, dont la France.
Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire Regards, le 13 mai 1937, sous la plume de René
Méry :
"A La Palisse où 2 000 enfants débarquaient loin du cauchemar.
(par notre envoyé spécial René Méry)
Le tranquille courage des équipages de commerce anglais qui voici environ trois semaines forcèrent le blocus de la flotte insurgée et vinrent apporter des vivres aux non-combattants de Bilbao a enfin donné conscience au monde civilisé de ses devoirs et de ses droits.
Franco peut bien s'insurger, une fois de plus contre l'humaine et commune décision de Londres et de Paris d'arracher des enfants innocents aux horreurs des bombardements et de la famine, trouver des raisons faussement juridiques pour s'opposer à l'intervention des navires de guerre anglais et français chargés d'assurer la sécurité des convois de secours battant pavillon de la Croix-Rouge, la partie est moralement et matériellement perdue pour lui : Bilbao sera ravitaillé et évacué.
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| ARTICLE DANS REGARDS 13 MAI 1937 AU SECOURS DU PEUPLE BASQUE MEURTRI ! |
La fameuse flotte rebelle a, paraît-il, reçu l'ordre formel de s'opposer au passage des convois de ravitaillement et d'évacuation. Mais d'authentiques bateaux de guerre font bonne garde, et on peut croire que "l'Almirante Cervera", le "Belasco", et les quelques chalutiers armés qui constituent le plus clair de la flotte de Mola, s'en iront rechercher du côté de Santander, partout ailleurs que dans les eaux du Golfe de Biscaye, des exploits plus faciles.
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| CROISEUR RAPIDE ALMIRANTE CERVERA |
Le paquebot espagnol "Habana", le yacht "Izarra" ont déjà débarqué en France près de 4 000 réfugiés, dont 2 300 enfants isolés. L'élan est donné et rien ne saurait l'arrêter.
J'ai assisté à La Palisse au débarquement des petits réfugiés de Bilbao. Convoyé par les destroyers britanniques "Fortune" et "Royal Oak", le "Habana" naviguant de concert avec le yacht "Izarra" avait quitté jeudi matin à l'aube la baie de Portugalete. Vendredi matin, à 7 heures, il pénétrait en rade de La Palisse.
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| REGARDS 13 MAI 1937 A BORD DU HABANA |
La visite sanitaire terminée je monte à bord.
Le paquebot, qui peut normalement transporter 1 000 passagers, en transporte cette fois trois fois plus.
Dans les coursives, dans les salons, des dortoirs de fortune ont été aménagés et le sol est jonché de matelas et de couvertures.
Les infirmières basques, en uniforme blanc, procèdent d'abord à l'appel du premier groupe de 500 isolés, qui dans l'après-midi rejoindront dans l'île d'Oléron le centre d'accueil de la "Maison Heureuse de Boyardville".
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| LA MAISON HEUREUSE 17 BOYARDVILLE ÎLE D'OLERON |
Mon coeur se serre à la vue de ces visages creusés, de ces yeux brillants de fièvre. Mais le moral est bon. Des rires éclatent de toutes ports.
Au hasard, j'interroge un petit garçon de 7 ans à peine :
— Où sont tes parents, muchacho ?
— Restés à Bilbao, mais ils partiront par le prochain bateau.
— Content de venir en France ?
— Mille fois, monsieur, et dans sa joie le muchacho entremêle le rire et les larmes.
Je réussis à joindre le commandant Ricardo Fernandez, chef de bord.
— Parlez-moi du voyage. Commandant.
— "Grâce aux fidèles "chiens de garde" qui nous accompagnaient, voyage à peu près sans histoire. Les navires de guerre basques "Biscaya", "Le Viscar" nous escortèrent d'abord à la limite des eaux territoriales. Ensuite le "Fortune" et le "Royal Oak" nous prirent en charge. Heureusement, du reste.
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| HMS ROYAL OAK 1937 |
Car, à soixante milles à peine de Bilbao, désagréable surprise, señor, deux croiseurs insurgés, "l'Almirante Cervera" et le "Belasco" apparaissent et coupant notre route foncent à toute vapeur vers le "Habana" et "l'Izarra" avec lequel nous naviguons.
"L'Almirante Cervera" s'approche à moins d'un mille, et nous distinguons déjà sur le pont des équipes qui manœuvrent les canons.
Mais le "Fortune" manœuvre aussi les siens et "l'Almirante Cervera" n'insiste pas. On est prudent ou on ne l'est pas. Et bien vite, il disparaît vers l'Ouest."
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| HMS FORTUNE |
Je retourne dans les coursives. Les enfants isolés sont au nombre de 1 500, et leur âge varie de 3 à 15 ans. Cinq cents iront à Oléron, cinq cents à Audierne, le reste à Biarritz.
Une petite fille m'attrape timidement par le bras : "J'ai faim!"
L'infirmière du groupe, Carmen Surato, intervient maternellement :
— Patience, petite. Tu vas bientôt manger une bonne soupe, avoir autant de pain que tu voudras..."
Ici, c'est la France, petite !
Dans un couloir des deuxièmes classes, un spectacle émouvant m'arrête. Deux enfants provisoirement oubliés, sanglotent bruyamment de désespoir.
Un garçon de bord passe, se penche vers eux, essaie de les réconforter, les embrasse.
— "Pauvres niños! me dit-il, le frère et la sœur. Mais ceux-là n'ont plus rien. Ni foyer ni parents. Le père a été fusillé par les rebelles, la mère est morte au cours du bombardement de Durango.
A bord, ils sont trois cents orphelins. Les seuls que vous verrez pleurer aujourd'hui. Certains n'ont pas dormi pendant les deux nuits qu'ils passèrent à bord du "Habana". Ils ont réclamé sans cesse leur "mamita"...
Dans le hall de la gare maritime transformé en réfectoire, les cinq cents évacués d'Oléron font honneur au menu.
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| REGARDS 13 MAI 1937 |
Et blasé cependant sur certains spectacles, je ne peux retenir mon émotion à la vue de ces pauvres gosses affamés qui se jettent littéralement sur leur assiette, se dépêchent vite de manger, réclament une autre portion.
Aux plus petits, on sert du lait. Des semaines qu'ils en avaient été privés !..
L'affreux cauchemar est terminé. Sous le ciel paisible de la France, les innocents de Bilbao oublieront bien vite les jours et les nuits atroces d'une guerre inhumaine, le tintamarre des bombes, le sinistre crépitement des mitrailleuses de Junkers.
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| JUNKER JU 52 |
Souhaitons seulement que cette arrivée soit rapidement suivie de beaucoup d'autres. Plus de 30 000 enfants vivent encore à Bilbao.
Il faut continuer d'agir, se hâter..."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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dimanche 16 juillet 2023
JEAN YBARNÉGARAY DÉPUTÉ DE MAULÉON ET LES RÉFUGIÉS AU PAYS BASQUE EN 1939
YBARNÉGARAY ET LES RÉFUGIÉS EN 1939.
Michel Albert Jean Joseph Ybarnégaray, né le 16 octobre 1883 à Uhart-Cize (Basses-Pyrénées) et mort le 25 avril 1956 à Paris, est un homme politique français, personnage incontournable du Pays Basque Nord pendant une trentaine d'années.
Voici ce que rapporta au sujet de sa position par rapport aux réfugiés Républicains espagnols,
dans le quotidien L'Ouest Eclair, le 11 mars 1939 :
"La guerre d'Espagne et ses répercussions. Le débat de la Chambre française sur les réfugiés.
"Paris, 10 mars. -SI les tribunes du public sont combles lorsque, à 15 heures, M. Herriot donne le signal de l'ouverture du débat sur la présence, en France, des réfugiés espagnols, les travées présentent des vides nombreux. Il est vrai que la bataille — si bataille il y a — ne se livrera que mardi.
M. Sarraut occupe seul le banc du gouvernement. M. Rous, député socialiste des Pyrénées-Orientales monte à la tribune pour interpeller sur les mesures que le gouvernement compte prendre en présence de la retraite des combattants espagnols en territoire français, et sur le point de savoir s'il entend appliquer à leur égard les dispositions du droit commun international.
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| ALBERT SARRAUT MINISTRE DE L'INTERIEUR EN 1939 |
L'orateur proclame que la France ne pouvait faire autrement que d'accueillir les femmes et les enfants menacés par les bombardements aériens.
M. Rous. — En ouvrant également sa frontière aux Miliciens, elle a évité que des combats violents ne se livrent à quelques kilomètres de la frontière française. La Suisse avait agi de même en 1871, en donnant asile aux soldats de Bourbaki.
"— Aucun rapport s'écrie à droite M. Beaudoin. C'étaient des soldats ; ce n'étaient pas des fuyards !"
Premier incident.
Et le premier incident de la journée éclate. Il dure peu. Lorsqu'il s'est apaisé, M. Rous, devant une assemblée à chaque instant plus nombreuse, invoque les généreuses traditions latines et les règles du droit international.
MM. G. Bonnet, Rucart, de Chappedelaine sont venus rejoindre le ministre de l'Intérieur au banc du gouvernement.
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| LOUIS DE CHAPPEDELAINE MINISTRE DE LA MARINE MARCHANDE EN 1939 |
Le député de Prades évalue à 274 millions les sommes déjà dépensées pour les réfugiés et à un demi-milliard le total des crédits nécessaires ce qui est évidemment préoccupant.
"Mais la note, estime M. Rous, pourrait être présentée au général Franco. En attendant, la France serait bien inspirée de garder en gage le matériel militaire qui est en sa possession."
Le second interpellateur est M. Ybarnégaray. Le député des Basses-Pyrénées chiffre à 450 000 le nombre des réfugiés, dont 220 000 miliciens et 40 000 hommes valides. "Cette présence, dit-il, nécessite la mobilisation permanente de régiments et de gardes mobiles. La dépense totale est de 7 millions par jour".
L'orateur affirme que la résistance des Républicains sur le front de Catalogne a été inexistante.
M. Ybarnégaray. — Après 40 jours de campagne, l'armée franquiste, forte de 350 000 hommes, comptait, sur un front de 120 kilomètres, 320 tués. Barcelone ne s'est pas défendue. On a parlé d'une armée de héros qui lutterait jusqu'à la mort. La vérité c'est la trahison et la lâcheté des chefs. (Applaudissements à droite et au centre, vives protestations à gauche).
"15 jours avant la reddition de Barcelone, expose maintenant M. Ybarnégaray, M. Azana avait été prévenu par les généraux que toute résistance était inutile. Mais MM. Négrin et del Vayo avaient établi un barrage entre le président Azana et notre ambassadeur ".
M. Brun s'en prend alors à M. Ybarnégaray avec une telle véhémence que M. Herriot, son chapeau à la main, menace de suspendre la séance.
"Ces renseignements, tonne M. Ybarnegaray, ont été donnés par M. le ministre des Affaires Etrangères en commission".
M. Bonnet rectifie une assertion de M. Ybarnegaray
— "Vous faites une erreur de date, rectifie M. Bonnet. Les conversations auxquelles vous faites allusion se placent au début de février, quelques jours avant que M. Azana ne vienne à Paris.
— Vous nous avez dit que, dès le 12 janvier, le général Miaja avait prévenu M. Azana de l'inutilité d'une résistance . que M. Azana avait appelé à trois reprises notre ambassadeur et que M. Négrin et M. del Vayo avaient négligé de faire tenir le message." (Sensation).
"Si les femmes, les enfants, les vieillards ont fui avec un tel ensemble, estime M Ybarnégaray, c'est qu'ils avaient été affolés, car, enfin, qu'est-ce qu'ils risquaient ? (Vives protestations à gauche, applaudissements à droite.)
Mais ce que l'orateur regrette surtout, c'est que l'on ait laissé passer avec eux, pêle-mêle avec les miliciens, les pillards, les incendiaires, les assassins.
M. Ybarnégaray. — "Ce sont ceux-là qui se sont implantés chez nous, ce sont ceux-là qui sont bien décidés à n'en pas sortir. (Applaudissements à droite et au centre.) Rien qu'à Argelès, 2 millions de dégâts ont été commis et à Port-Bou se sont produites de véritables scènes de pillage."
Les communistes ne cessent d'interrompre.
"J'en ai assez ! prévient M. Herriot. (Applaudissements à droite.)
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| EDOUARD HERRIOT PRESIDENT DE LA CHAMBRE DES DEPUTES 1939 |
"Les choses que j'ai à dire, s'écrie M. Ybarnégaray, quelle que soit l'obstruction, je les dirai (Applaudissements à droite et au centre.)
Des prodiges de dévouement, dit l'orateur, ont été accomplis en faveur des blessés espagnols abandonnés par leurs majors et leurs infirmiers. Ce qu'il faut qu'on sache, c'est que les voitures sanitaires payées par les cotisations ouvrières, au lieu de servir aux blessés, ont servi à ramener en France les officiers fuyards."
En terminant, M. Ybarnégaray demande au gouvernement ce qu'il compte faire.
"La France ne peut plus supporter le lourd fardeau que fait peser sur elle la présence de 450 000 réfugiés. Pourquoi sommes-nous d'ailleurs les seuls à accomplir ce devoir d'hospitalité dont on nous félicite ?"
L'orateur signale à cet égard le peu d'empressement de l'Angleterre, des Etats-Unis et de l'U.R.S.S., qui s'est bornée à offrir 5 millions.
"Si, en Espagne républicaine, on a mangé un peu, interrompt M. Brun, communiste, ce n'est pas grâce à la France, mais grâce à l'U.R.S.S. Pourquoi d'ailleurs, si l'on cherche de l'argent, ne pas retenir l'or et les armes que l'on veut rendre au générale Franco ?
— La Russie seule a aidé l'Espagne républicaine s'étonna M. Ybarnégaray. Alors les quêtes que l'on a faites chez nous inlassablement ?... (Applaudissements à droite et au centre.)
Cependant, M. Ybarnégaray insiste sur le danger que courraient les populations du Sud-Ouest si par malheur la situation internationale exigeait la présence de tous les hommes sous les drapeaux. Il veut croire que le premier acte du maréchal Pétain sera d'insister auprès du général Franco pour qu'il ouvre toute grande la frontière. Après sa victoire, le général accomplira sans doute un geste généreux d'amnistie politique.
"Mais, dit l'orateur, les malfaiteurs, les assassins, qu'en ferons-nous ? Et les réfugiés clandestins et les membres de la F. A. I. et les volontaires internationaux ?"
M. Ybarnégaray apostrophe M. Marty.
Tourné vers M. Marty. M. Ybarnégaray s'adresse à lui :
"Je ne vous ai jamais attaqué, dit-il, car je ne savais rien de précis sur votre action. Mais nous savons tous le rôle important que vous avez joué dans la constitution des brigades internationales. Or des soldats de ces brigades vous accusent, dans des lettres, des journaux et au prétoire. Ils portent contre vous la plus terrible des accusations. S'ils disent vrai, vous êtes un assassin. (Mouvements divers.) S'ils mentent, ce sont d'abominables calomniateurs. (Applaudissements à droite.) Ce que nous voulons savoir dans cette assemblée, c'est si vous êtes digne d'y siéger." (Applaudissements à droite et au centre.)
M. Marty lit une réponse tendant à le justifier.
M. Marty, de son banc, lit un papier expliquant le rôle et la composition des brigades internationales.
"Ce n'est pas la question" s'indigne M. Vallat.
Nouvel incident. Mais M. Marty finit par aborder le point délicat.
"Vous avez fait état, dit-il, de certaines accusations. Les accusateurs, ce sont des agents fascistes envoyés là-bas pour tâcher de démolir les brigades internationales. Ils n'y ont pas réussi : ils se vengent." (Hilarité à droite.)
"Assassin !" crient quelques députés de droite.
Les communistes font mine de s'élancer, puis renoncent.
M. Marty achève la lecture de son papier. On croit comprendre qu'il invoque certains témoignages ; mais sa voix se perd dans le tumulte. Les communistes sont seuls à applaudir.
M. Ybarnégaray assure que M. Max Dormoy a dit au congrès socialiste que M. Marty baignait dans une mare de sang.
"Non ! Non !" assurent les socialistes.
"Je demande qu'une enquête soit ouverte afin de savoir si M Marty est coupable des crimes dont on l'accuse lance M. Ybarnégaray en fermant son dossier. (Protestations à l'extrême-gauche.)
Les applaudissements de la droite et du centre crépitent, et la séance est suspendue.
A la reprise, on entend M. Tillon, député communiste de la Seine. Il s'efforce de démontrer que les soldats et réfugiés internés en France ont été l'objet de sévices nombreux et qu'ils n'ont pas toujours reçu les soins que nécessitait leur état.
"Puisque l'U.R.S.S., déclare M. Tillon, ne nous reproche pas de recevoir des Russes Blancs, nous ne saurions lui reprocher de ne pas recevoir les Rouges d'Espagne."
Lorsqu'il a quitté la tribune, M. Philippe Henriot le remplace. Comme l'avait fait M. Ybarnégaray, le député de la Gironde se plaint de l'invasion du Sud-Ouest par les réfugiés espagnols, car, avec de très braves gens, dit-il, il y a aussi une quantité de repris de justice.
A son tour M. Henriot signale les inquiétudes de M. Albertin, député-maire radical de Béziers, et celles de M. Félix, ancien député socialiste, maire d'Agen.
Les accusations de M. Henriot.
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| PHILIPPE HENRIOT DEPUTE DE LA GIRONDE EN 1939 |
Il énumère des actes de brigandage commis par des hôtes indésirables ; il rappelle qu'avant de franchir la frontière française, certains fuyards ont fusillé des otages, comme l'évêque de Terruel.
Quels sont les responsables de ces horreurs ? Ouvrant l'histoire officielle de la 14e Brigade Internationale éditée à Madrid en 1937, le député de la Gironde montre en quels termes élogieux M. Marty, revêtu de l'uniforme, fut présenté aux Brigades Internationales. A cette occasion, on rappela qu'il prit la tête de la rébellion des marins français dans la Mer Noire. Un peu plus loin, il est indiqué que M. Marty, inspecteur général, occupait avec M. Vital Gayman, conseiller municipal de Paris, le quartier général d'Albacète.
Poursuivant, M. Henriot indique que, d'après ce document, M. Marty a requis la peine de mort contre un Français, le commandant Delesalle, de la Brigade Internationale, accusé de trahison.
"C'est faux ! "crie le député communiste, soutenu par ses amis.
Mais M. Galandou Diouf, député du Sénégal, s'est dressé.
"Delesalle, lance-t-il, est un commerçant conseiller général de chez moi. Il a été fusillé, comme vous le dites." (Sensation).
"C'est faux !" répète M. Marty, tandis que résonne le mot : Assassin ! Assassin !
L'interpellateur ne croira au démenti de son collègue communiste que le jour où celui-ci intentera, des poursuites à l'éditeur.
Les clameurs redoublent. C'est en vain que le président, les bras au ciel, réclame un peu de calme. Mais une accalmie finit par se produire. L'interpellateur en profite pour exposer qu'en mars 1937, 34 responsables du parti communiste, conduite par M. Mauvais, ont pu passer en Espagne sans autre pièce officielle que la carte du parti.
M. Henriot conte maintenant comment 67 volontaires internationaux dont 12 français, revenant à Barcelone, ne furent pas remis à leur consul respectif, mais placés "en lieu sûr", sur les ordres de Marty.
Le 2 février, à 19 heures, ils étaient informés qu'ils étaient condamnés a rejoindre une compagnie de fortifications composée de Polonais. Quelques-uns s'enfuirent, mais on ne sait ce que sont devenus les autres.
L'orateur conclut : "Si l'enquête vérifie ce qui vient d'être exposé, il faudra se souvenir que d'après la loi, tout Français qui prend du service dans une armée étrangère, est déchu de ses droits et de sa nationalité. Il s'agit de savoir si M. Marty a le droit de rester à la Chambre."
Il est 19 h. 30. La suite du débat est renvoyée à mardi, et la séance est levée."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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lundi 26 septembre 2022
UNE VISITE AUX PETITS RÉFUGIÉS BASQUES EN JUIN 1937
UNE VISITE AUX PETITS RÉFUGIÉS BASQUES EN 1937.
Pendant la Guerre civile d'Espagne, des milliers d'enfants ont dû s'exiler et ont été accueillis dans de nombreux pays, dont la France.
Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Regards, le 10 juin 1937 :
"Les enfants bombardés.
Visite aux petits réfugiés Basques.
Ils étaient cinq dans la famille de cet ouvrier de Valence. L'aîné venait de tomber. Les deux grands voulaient se battre à sa place. Les deux petits — un garçon de dix ans et une fillette de huit — refusaient, eux aussi, de partir. Mais le père avait décidé de les sauver. Tant bien que mal on réussit à les embarquer. Déjà en route, ils se révoltèrent. "On nous emmène dans un pays fasciste !". En vain le Français qui s'était chargé d'eux argumentait-il. La petite fille avait pris la tête de l'insurrection et son frère la suivait fidèlement. Arrivés à Paris, accueillis à bras ouverts par une famille où l'on parlait même l'espagnol, les deux enfants restèrent farouches, dressés : "Nous voulons retourner en Espagne !"
Une amie qui a assisté à l'entretien me dit : "Je ne comprends pas l'espagnol. Mais jamais je n'oublierai le ton, l'accent, le jeu de mains et de regards, de cette petite Espagnole de huit ans. Plus tard j'ai su qu'elle disait : "Je ne veux pas être une réfugiée ! Je ne vois pas pourquoi je serai sauvée, quand d'autres mourront ! Si on bombarde Valence, qu'on me bombarde aussi !"
Elle refusa de manger. Son frère l'imita. Epouvantés par cette grève de la faim, ne sachant comment agir en face d'une détermination aussi absolue, ceux qui avaient adopté les deux enfants consultèrent l'ambassadeur d'Espagne. On les conduisit à l'Ambassade. Et pendant près d'une heure l'homme qui représentait à Paris le gouvernement de son pays en guerre, discuta avec la petite fille de Valence, huit ans. Discuta comme avec une grande personne. Puis il sortit et dit à ceux qui attendaient :
"Rien à faire. Nous n'avons pas le droit de les retenir ici contre leur volonté. On les renverra à Valence. "
Alors seulement la petite fille consentit à manger. Et le peu de temps qu'elle resta à Paris jusqu'à son départ, elle joua, gambada, rit avec tout le monde. Elle était redevenue une enfant.
J'ai vu une autre petite fille espagnole, dans un joli jardin d'enfants près du Parc Montsouris. La famille qui l'a adoptée l'envoie là, et son frère, recueilli par une famille voisine, y vient aussi. Elle est entrée, toute froufroutante dans sa robe claire, un grand nœud de soie dans ses cheveux bouclés. Nous venions de voir les petits Basques, les cent derniers arrivants, entièrement rasés. Il a bien fallu, par mesure d'hygiène, s'y décider ! Mais ils ont l'air, avec leurs têtes tondues, de petits forçats. Echappés de ce bagne d'enfants d'un nouveau genre qu'est Bilbao !
Leurs grands yeux leur mangent tout le visage. C'est l'heure de la sieste; ils sont étendus sur leurs lits dans la pénombre de l'immense dortoir. La tête nue, les pieds nus, le petit bout de corps maigriot enveloppé dans le tricot ou le blouson qu'ils ont porté pendant tout le voyage. Ils ont grand besoin de vêtements. On leur en envoie, mais ce n'est jamais assez. L'Hôpital Espagnol au 53, rue de la Pompe, dès que ceux-là seront casés, en recevra une centaine d'autres. Ils arrivent tout juste avec ce qu'ils ont sur le dos ; l'Office de l'Enfance qui fonctionne à Bilbao les a recrutés à la hâte, tantôt amenés par leurs parents, qui veulent sauver au moins les plus petits, tantôt égarés sans qu'on sache où se trouve la famille, tantôt déjà orphelins.
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| HÔPITAL ESPÄGNOL 53 RUE DE LA POMPE PARIS 16ème |
Des adolescentes, de quelques années à peine plus âgées qu'eux, les ont accompagnés sur le bateau, comme surveillantes improvisées. L'une était infirmière ; sa sœur n'a pas voulu partira elle est restée avec leur mère, dans la ville. Une autre faisait des cigarettes ; elle ne sait pas où sont les siens. "Quand nous partions, un avion allemand est apparu. Les enfants l'ont vu. Tous, nous pensions déjà que c'était fini. Mais après avoir tourné au-dessus de nous, il s'est éloigné. Nous ne savons pas sur qui il a jeté ses bombes."
Un tout jeune blessé de guerre, qui parle le français avec un accent parisien — il a fait son éducation dans un lycée de Paris, est reparti chez lui, s'est engagé, a reçu une balle dans le ventre, est ici en convalescence — nous sert d'interprète auprès des enfants. Les grands garçons de douze ans, l'œil intelligent, alerte, sont à l'affût des questions ; ils tâchent, prêtant l'oreille à la langue inconnue, d'en deviner le sens.
— Savez-vous quel est le gouvernement du pays où vous êtes ?
— Républicain !
— De gauche !
— Pas de roi !
Pour bien accentuer ce fait, tous les petits poings bronzés se lèvent à la fois.
— Où préférez-vous aller : dans une institution avec beaucoup d'enfants, ou dans une famille ?
— Une famille ! Une famille !
La réponse est unanime. Tous préfèrent une famille. Sans doute ont-ils en eux l'image de quelque orphelinat rigide, où l'on marche en silence deux par deux, un pion noir devant, un pion noir derrière. En tout cas, le vœu de ceux-ci sera exaucé : dans quelques jours, par les soins du Comité d'Accueil de la C. G. T., chacun d'eux sera placé dans un foyer. Familles ouvrières, dont beaucoup ont cinq, six, huit enfants : "Ça ne fait rien, on prendra encore ç'ui-là ! Quand y en a pour tant, y en aura pour ç'ui d' Bilbao ! Un d'plus, c'est pas une affaire !"
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| ENFANTS BASQUES REFUGIES JUIN 1937 |
La Maison Espagnole de la rue de la Pompe, non seulement reçoit jusqu'à leur adoption les petits arrivants basques, mais depuis quelques mois, héberge en permanence une centaine d'enfants. Une école franco-espagnole a été créée sous les arcades pleines de grâce de l'ancien couvent. Le Dr Guillermo Angulo la dirige, lui qui était professeur à l'Ecole de Puériculture de Madrid ; aujourd'hui, cette école est détruite.
Près de 4 000 enfants d'Espagne et du Pays Basque sont placés jusqu'à présent par le Comité d'Accueil dans des familles ou dans des colonies. Une quinzaine de centres, dans tous les coins de la France, les ont accueillis : il y en a maintenant, de ces petits visages mats et volontaires, dans le Camp de la Mauresque, à Port-Vendres ; dans le Camp des Ecureuils, à Cap-Breton ; à la Colonie de l'Enfance Heureuse, en l'Ile d'Oléron ; au Château des Halles, à Sainte-Foy-l'Argentière ; et dans dix autres encore, sans compter la Maison du Comité Français de Secours aux Enfants, à Compiègne, entretenue par les ouvriers suédois, et l'Ecole de plein air de Dabeaux, avec les cinquante-cinq enfants d'instituteurs espagnols que recueillent des familles d'instituteurs français.
Et les avions hitlériens continuent à bombarder...
Involontairement, devant les petites têtes rasées appuyées aux sveltes colonnettes de la cour de couvent, je me rappelle d'autres enfants réfugiés, ceux-là dans une cour de caserne. C'est le printemps 1933, le vent souffle, les vitres de la caserne désaffectée sont cassées, les paillasses sont à même le sol, il n'y a pas de lumière dans les escaliers, la zone de la Porte de Clignancourt empuantit la route, les enfants avec leurs mères sont là, — les enfants de socialistes, de communistes, de démocrates, de Juifs allemands chassés par Hitler.
Ce sont les mêmes enfants.
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| ENFANTS BASQUES REFUGIES JUIN 1937 |
C'est le même hitlérisme.
Seulement, depuis, il a forgé de nouvelles bombes.
On peut envoyer les dons en argent à : "Regards", ou au Comité d'Accueil de la C. G. T., 211, rue Lafayette."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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