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jeudi 11 juillet 2024

À BIDARRAY EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN OCTOBRE 1838

À BIDARRAY EN 1838.


En 1838, Bidarray, en Basse-Navarre compte environ 1 300 habitants et est administrée par le Maire Jean Ibar.




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EGLISE ET ARRIVEE A LA PLACE DE BIDARRAY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Constitutionnel, le 27 octobre 1838 :



"Nous empruntons au Phare de Bayonne les détails suivants sur l'entrée de la Princesse de Beira. 


Bidarray, 25 octobre.



Le 16, on remarqua ici un grand mouvement de contrebandiers, ainsi que la présence de leur chef G..., dont le domicile est à Macaye. Cet homme, qui est presque un personnage dans le pays, ne pouvait avoir pour but, en venant à Bidarray, qu'une affaire de laquelle il devait attendre un énorme bénéfice. Aussitôt la gendarmerie et la douane firent leurs dispositions de surveillance et préparèrent leurs embuscades.



La nuit se passa ainsi sur le qui vive, et le lendemain matin on acquit la certitude que le projet des contrebandiers était de faire passer en Espagne la Princesse de Beira et le fils aîné de don Carlos, et qu'à cet effet des provisions de bouche et sa suite avaient déjà franchi la frontière ; mais toutes les recherches n'ayant pu parvenir à obtenir des renseignement précis sur le point où ils avaient été dirigés, il fut dès lors reconnu comme fort difficile d'opérer les arrestations qu'on méditait. 



La Princesse, en effet, passa la frontière le 17 à midi, après avoir traversé Bidarray dans la matinée, déguisée en femme du pays qui semblait revenir de la messe. Sa marche était éclairée par des contrebandiers placés sur des hauteurs de distance en distance, depuis Bidarray jusqu'aux dernières limites du territoire français, et qui par des signes convenus se prévenaient avec la rapidité d'un signe télégraphique, dès qu'ils apercevaient un employé de la douane ou un gendarme. On faisait alors entrer la Princesse dans la première habitation qui se trouvait sur son trajet, et elle n'en sortait que lorsque le douanier ou le gendarme s'était éloigné. Une autre femme, vêtue comme elle, l'accompagnait ; c'était sa camériste ; et toutes deux avaient sur la tête un capulet que les femmes du pays mettent pour aller à l'église.




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PORTRAIT DE MARIE-THERESE DE BRAGANCE
PRINCESSE DE BEIRA 1817
PAR NICOLAS-ANTOINE TAUNAY



C'est ainsi que le passage s'est effectué. Plus d'une fois, dans le trajet, m'a-t-on dit depuis, le hasard a failli amener les douaniers sur la piste, et mettre en défaut les avertissements des contrebandiers. Je ne vous rapporterai pas tous les contes qui se débitent dans la contrée à ce sujet, parce que je les crois exagérés et imaginés par les contrebandiers eux-mêmes, pour se faire valoir auprès des carlistes à l'effet de tirer d'eux une somme plus considérable. 



Le fils de don Carlos n'a point franchi la frontière avec sa tante ; ce n'est que dans la soirée que son passage a eu lieu avec celui de deux autres Espagnols, dont l'un est, dit-on, un nonce du pape. Ce sont les trois frères Anc... de Bidarray, qui ont exécuté cette entreprise.




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CHARLES VI FILS DE DON CARLOS
VERS 1850



Trente carlistes, postés à l'extrémité du col d'Esteguy, ont reçu la Princesse de Beira et le jeune Infant. Les contrebandiers sont alors rentrés, à l'exception de G...... leur chef, et de l'un des Anc...., qui ont suivi les Infans jusqu'à Tolosa pour y recevoir la somme promise, qui s'élève, dit-on, à 5 000 fr. C'est 2 000 fr. de plus que pour le passage de M. de Erro, et 1 000 fr. seulement que pour celui de l'évêque de Léon ; mais aujourd'hui les contrebandiers ont baissé leurs tarifs, parce qu'ils espèrent encore être remboursés de l'arriéré qui leur est dû pour des fournitures faites aux carlistes."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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jeudi 24 juin 2021

L'EAU SULFUREUSE DE GARRIS EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1838 (troisième et dernière partie)

  

L'EAU DE GARRIS EN 1838.


Il a existé au 19ème siècle, à Garris, en Basse-Navarre, une source et un établissement thermal.



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VUE GENERALE DE GARRIS BASSE-NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce qu'écrivit à ce sujet J. P. Salaignac, pharmacien de Bayonne en 1838 :



"Essai d'analyse chimique de l'eau sulfureuse de Garris. 



...M. Longchamp a confirmé aussi un fait important, déjà signalé par d'autres chimistes, c'est que plusieurs eaux sulfureuses ont la propriété de conserver, après avoir été chauffées à un certain degré, la plus grande partie de leur acide hydrosulfurique, et de jouir de leurs vertus les plus essentielles. L'eau de Garris, comme on a pu le voir dans son analyse, est de cette espèce ; ce qui est d'ailleurs confirmé tous les jours, par les effets qu'elle produit sur le système tégumentaire, appliquée en bains, après qu'elle a été élevée à un degré de chaleur convenable.


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MARCHE AUX BESTIAUX GARRIS BASSE-NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN


C'est en partant de ces diverses considérations qu'on pourra mieux apprécier les propriétés médicinales de cette eau minérale. L'expérience a fait connaître, depuis longtemps, qu'elle peut être assimilée, par sa manière d'agir, à des eaux sulfureuses qui ont acquis le plus de réputation. Les guérisons qu'elle opère d'un grand nombre de maladies qui présentent quelquefois un caractère grave, lui ont attiré une renommée bien méritée que l'avenir doit nécessairement étendre. Les médecins de la contrée, MM. Cazalot, Bidégaray, Etcheparre et Roques, qui inspirent la plus entière confiance par des connaissances étendues dans leur art et une pratique éclairée, la regardent comme un puissant moyen de thérapeutique et la prescrivent très avantageusement à leurs malades. MM. Cazalot à Saint-Palais et Bidégaray à Garris, ont particulièrement recueilli des observations sur l'emploi de cette eau : elles sont relatives à des maladies qui doivent fixer l'attention du médecin, et dont quelques-unes résistent parfois aux moyens ordinairement employés. Les limites de ce simple aperçu ne me permettant pas de présenter la série de ces observations intéressantes, on en trouvera du moins ici le résumé qui prouve que l'eau de Garris a eu les plus grands succès dans les cas suivants :



Administrée en bains et en boisson.


1° Dans diverses sortes d'affections cutanées rebelles (gale, dartres , etc.) — 2° Dans les rhumatismes. — 3° Dans les phlegmasies chroniques de la vessie (catarrhe vésical). — 4° Dans certaines affections nerveuses et hémorrhoïdales.



Administrée en boisson seulement.


1° Dans le catarrhe bronchique. — 2° Dans les névroses pulmonaires. — 3° Dans la gastralgie. — 4° Dans les phlegmasies chroniques des voies digestives (estomac).



Cette eau peut offrir aussi une grande ressource dans le traitement des affections scrofuleuses ; elle a la propriété d'augmenter la transpiration et de favoriser la sécrétion des urines. Prise à petites doses, elle peut être avantageuse dans la diarrhée rebelle qui a résisté à tous les traitements et même dans la dysenterie chronique. On l'emploie avec succès pour guérir la chlorose et rétablir les menstrues diminuées ou supprimées.



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PLACE DU MARCHE GARRIS BASSE-NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Lorsqu'on administre l'eau de Garris à l'intérieur, il convient, dans quelques cas, de la couper avec du lait, de l'eau d'orge ou une solution gommeuse. Ces mélanges peuvent être faits dans les proportions d'un tiers ou de la moitié du volume de l'eau minérale. On doit observer de ne les préparer qu'au moment de les boire, comme je l'ai déjà fait observer, afin de prévenir la décomposition qu'ils pourraient éprouver en les conservant. Le lait et les liquides mucilagineux ont, comme on le sait, la propriété de modifier avantageusement l'action des eaux sulfureuses chez certains individus qui sont disposés à des irritations ou qui ont l'estomac faible. On a remarqué que plusieurs sujets qui ne pouvaient pas supporter les eaux sulfureuses dans leur état naturel, en ont retiré, par ce moyen, les plus grands avantages. Il est donc important de ne pas négliger cette sorte de médication, lorsque les circonstances l'indiquent.



Il peut aussi se présenter des cas où il conviendra, pendant l'usage de l'eau de Garris, de tenir le ventre du malade un peu libre. On obtiendra cet effet au moyen de quelques légères doses d'un sel purgatif, tels que le sulfate de soude ou celui de magnésie, prises pendant deux ou trois jours consécutifs. Mais c'est aux médecins qu'il appartient de déterminer ces sortes de cas et principalement tous ceux où l'on peut recourir à l'emploi des eaux sulfureuses en général.



Il ne paraît pas qu'on ait fait encore usage de l'eau de Garris en douches ; mais, d'après sa nature, on doit penser qu'on pourra en faire des applications très utiles, sous cette forme, pour dissiper la roideur des membres, l'enflure oedémateuse, des tumeurs, des gonflements aux articulations et principalement pour guérir les ulcères calleux, fistuleux ou invétérés ; dans la paralysie et même quelquefois dans l'épilepsie, quoique plusieurs de ces affections cèdent aussi à l'usage des bains. Ce mode d'administration de l'eau de Garris pourra être employé d'autant plus utilement qu'il est des circonstances où la douche d'eau froide doit avoir la préférence. C'est là encore un avantage qu'offrent les eaux sulfureuses d'une basse température, telle que celle dont il est ici question : on peut, comme on l'a vu, leur communiquer de la chaleur à volonté, sans craindre de dissiper une trop grande quantité de leur principe sulfureux, tandis que si l'on voulait amener à un certain degré de refroidissement des eaux sulfureuses chaudes, ces dernières, dans l'espace de temps qu'exigerait leur exposition à l'air, pour en éliminer le calorique, perdraient presque entièrement l'acide hydrosulfurique qu'elles contiennent, principe auquel elles doivent toute leur énergie.



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PLACE DE LONGUE PAUME GARRIS BASSE-NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Maintenant que la composition chimique et les propriétés médicinales de l'eau sulfureuse de Garris sont mieux connues, on comprendra toute son importance dans le traitement de plusieurs maladies. Si, d'un autre côté, on considère la situation de cette source au milieu de contrées populeuses qui se trouvent assez éloignées des eaux de Barèges, Cauteretz, Bonne et Cambo, on sentira l'avantage qu'offre la source de Garris à de nombreux malades de pouvoir s'y transporter, sans un grand dérangement et à peu de frais. L'établissement que MM. Vivié frères viennent d'v élever, avec des soins tout particuliers, est donc sous plusieurs points de vue, un bienfait inappréciable. Il est juste de leur en témoigner de la reconnaissance, et c'est un sentiment public qui ne leur manquera point."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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lundi 24 mai 2021

L'EAU SULFUREUSE DE GARRIS EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1838 (deuxième partie)

 

L'EAU DE GARRIS EN 1838.


Il a existé au 19ème siècle, à Garris, en Basse-Navarre, une source et un établissement thermal.



VUE GENERALE DE GARRIS BASSE-NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce qu'écrivit à ce sujet J. P. Salaignac, pharmacien de Bayonne en 1838 :



"Essai d'analyse chimique de l'eau sulfureuse de Garris. 



...Limpidité


Cette eau est parfaitement claire et incolore. Mise dans des bouteilles qu'on remplit entièrement et qu'on a le soin de bien boucher, elle ne se trouble point. On peut la transporter et la conserver très longtemps, sans qu'elle perde ses propriétés. Administrée en bains, elle laisse sur la peau une sorte d'onctuosité qui lui donne de la douceur.



Saveur.



La première impression qu'on éprouve en goûtant l'eau de Garris est une saveur d'oeufs couvés ou altérés qui parait se porter plutôt sur le sens de l'odorat que sur celui du goût, comme cela a lieu pour toutes les eaux sulfureuses ; mais la véritable saveur de cette eau est très légèrement fade. Elle n'excite aucun dégoût en la buvant.



Température.



Sa température, prise à différentes époques, au moyen d'un thermomètre à mercure, s'est trouvée constamment de 11 à 13 degrés centigrades ; ce qui classe cette eau parmi les eaux sulfureuses froides.


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PLACE DE LONGUE PAUME GARRIS BASSE-NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Pesanteur spécifique.


La pesanteur spécifique de l'eau de Garris, comparée à celle de l'eau distillée, est comme 10 000 à 10 003 ; l'eau distillée bouillie et refroidie étant 10 000, et ces deux liquides pris à la température de 12 degrés 5 centigrades.



Action de la lumière et de l'air sur l'eau de Garris.



Cette eau n'éprouve aucune altération de la part de la lumière.


Lorsqu'on l'expose au contact de l'air, elle subit une décomposition qui la trouble légèrement ; mais ces effets ne s'opèrent qu'avec beaucoup de lenteur. J'ai exposé à l'air deux kilogrammes d'eau de Garris dans un vase où elle présentait une grande surface. Ce n'est qu'après vingt-quatre heures et sous l'influence d'une température de 16 à 18 degrés centigrades, qu'elle a été entièrement décomposée. Sa transparence était alors un peu troublée par la séparation d'une petite quantité de soufre et de carbonates insolubles, dont une partie s'était précipitée. La connaissance de ces faits peut être utile aux médecins, pour qu'ils recommandent à leurs malades de ne point abandonner à l'air l'eau sulfureuse qu'ils leur prescrivent de boire. Cette décomposition de l'eau de Garris s'opère également lorsqu'elle est conservée dans des bouteilles en vidange. La théorie de la décomposition des eaux sulfureuses, par l'action de l'air, est connue depuis longtemps. On sait que l'oxygène de l'atmosphère agit sur l'acide hydrosulfurique contenu dans l'eau, et en sépare le soufre dont une partie se précipite, tandis qu'une autre passe à l'état d'acide hyposulfureux. Pendant cette réaction les carbonates insolubles perdent l'acide carbonique qui les tenait en dissolution et se précipitent de leur côté, comme on l'a déjà vu. Lorsque les eaux contiennent des hydrosulfates, ces sels se convertissent en hyposulfites, par suite de cette décomposition.


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PLACE DU MARCHE GARRIS BASSE-NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Action de la chaleur sur l'eau de Garris.



J'ai examiné avec beaucoup d'attention les effets de la chaleur sur l'eau de Garris, d'autant plus qu'il était important de s'assurer, d'une manière positive, si cette eau chauffée au degré convenable, pour être administrée en bains ou en douches, pouvait conserver encore des propriétés sulfureuses et agir efficacement sur le système tégumentaire ; les expériences que j'ai faites dans cet objet ont démontré, de la manière la plus complète, que l'eau de Garris peut être élevée à une température qui la rend propre au service d'un établissement thermal.



... Ces expériences sont décisives et ne laissent, par conséquent, aucun doute sur la propriété qu'a l'eau de Garris de supporter une chaleur assez grande, sans se décomposer entièrement : ce n'est qu'au terme de 90 à 100 degrés, toujours centigrades, que le nitrate d'argent cesse d'y produire un précipité noir ou brun.



Action des réactifs sur l'eau de Garris.


L'usage des réactifs, dans l'examen des eaux minérales, sert à se procurer des indications sur la nature des principes qu'elles contiennent : c'est ce qu'on appelle l'analyse qualitative de ces eaux. Ces essais sont suivis d'autres expériences qui ont pour objet de déterminer l'état de combinaison de ces mêmes principes et leurs quantités respectives. Cette partie constitue l'analyse quantitative. Pour suivre cette marche, qui est tout à fait méthodique, j'ai examiné, sur l'eau dont je m'occupe, les effets des réactifs dont il va être question.


Effet du mercure.


L'eau de Garris, agitée avec un globule de mercure, dans un flacon de cristal plein et bien bouché, agit sur ce métal en lui donnant une couleur noire.


Effets de l'argent et de l'or.


Une pièce d'argent, mise sous le jet de cette eau, lorsqu'elle sort de la source, y prend d'abord les couleurs de l'iris et passe bientôt après au noir ; l'or est aussi altéré à la longue. Les personnes qui prennent des bains doivent donc se prémunir contre ces effets, en se défaisant d'avance de leurs bijoux.


Effets produits par le lait de vache et d'autres liquides mucilagineux.


L'usage où l'on est d'administrer les eaux sulfureuses, dans certains cas, coupées avec du lait de vache, ou d'autres liquides mucilagineux, devait me porter à examiner de tels mélanges avec l'eau de Garris. Je l'ai donc mêlée à du lait, de la solution de gomme arabique et de la décoction d'orge perlé.



Ces mélanges, dans les proportions d'un tiers ou de la moitié du volume de l'eau minérale, n'ont donné lieu à aucune décomposition pour le moment ; mais comme ils peuvent s'altérer, en les conservant quelque temps, il convient d'en user au moment où l'on vient de les préparer. Le seul effet qu'opèrent immédiatement ces liquides mucilagineux sur l'eau de Garris, est de diminuer plus ou moins sa saveur, en raison de la densité de chacun d'eux et de leurs proportions : d'où il résulte naturellement que les mélanges opérés ont un goût mixte qui participe de celui de l'eau minérale et du liquide employé...


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MARCHE AUX BESTIAUX GARRIS BASSE-NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN

... Propriétés médicinales de l'eau de Garris. 



On a vu, d'après les résultats de l'analyse chimique de l'eau de Garris, qu'elle contient un principe très actif : l'acide hydro-sulfurique dont une partie s'y trouve à l'état libre, et l'autre à celui de combinaison. Ce principe doit nécessairement lui communiquer des propriétés énergiques, et la rendre très utile dans le traitement d'un grand nombre de maladies. Des substances salines s'y associent secondairement ; mais ce qui est remarquable dans cette eau, c'est que la matière organique que les chimistes ont désignée sous le nom de glairine, s'y trouve en très grande quantité, comparativement à d'autres eaux minérales de la même espèce. On sait que cette matière organisée qui est d'une consistance épaisse et comme gélatineuse, modifie avantageusement l'action de l'acide hydrosulfurique, et celle des hydrosulfates, notamment dans l'emploi des eaux sulfureuses à l'extérieur. 



Sous ce rapport, et en considérant, par ailleurs, la présence du chlorure de sodium dans l'eau de Garris, on trouvera qu'elle a beaucoup d'analogie avec les eaux de Barèges, de Cauteretz et plusieurs eaux minérales des Pyrénées Orientales dont la renommée est des plus étendues. Il faut cependant observer à cet égard, qu'indépendamment d'une composition qui n'est pas absolument la même, cette eau diffère de celles qui viennent d'être citées, par la température de ces dernières qui est assez élevée pour quelques-unes, tandis que l'eau de Garris est naturellement froide. On est donc obligé de la chauffer pour l'amener à la température qui est nécessaire aux bains ou aux douches, et qui s'élève le plus ordinairement de 30 à 32 degrés de Réaumur ou 37 1/2 à 40 degrés centigrades. Cette élévation de température qu'on donne aujourd'hui à plusieurs eaux sulfureuses froides, a provoqué une objection relative à la nature de la chaleur que quelques eaux minérales apportent avec elles du sein de leurs sources. Il s'agissait de déterminer si cette chaleur était pourvue de quelque propriété particulière, de quelque chose de sui generis, ou bien si elle était absolument identique avec celle de nos foyers. Un grand nombre d'expériences qui ont été faites dans cet objet, sur plusieurs eaux minérales naturelles ou factices, par M. Longchamp, chimiste qui s'est beaucoup occupé de l'analyse des eaux, ont résolu cette question de la manière la plus satisfaisante : elles ont prouvé clairement que la chaleur artificielle, ou, en d'autres termes, celle qui peut être communiquée, ne diffère en rien de la chaleur naturelle."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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samedi 24 avril 2021

L'EAU SULFUREUSE DE GARRIS EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1838 (première partie)

L'EAU DE GARRIS EN 1838.


Il a existé au 19ème siècle, à Garris, en Basse-Navarre, une source et un établissement thermal.



pays basque basse navarre thermes autrefois
VUE GENERALE DE GARRIS BASSE-NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce qu'écrivit à ce sujet J. P. Salaignac, pharmacien de Bayonne en 1838 :



"Essai d'analyse chimique de l'eau sulfureuse de Garris. 



Aperçu de la topographie du lieu et situation de la source.



C'est auprès de la chaîne des Pyrénées, au Nord-Ouest et à une petite demi-lieue de Saint-Palais, qu'on trouve la commune de Garris : elle est située sur un terrain élevé et très accidenté d'où l'on découvre un magnifique paysage. Ses nombreux coteaux plantés de vignes, ses champs fertiles, ses prairies riantes , ses bois de haute futaie sur le penchant des monts et ses jolis bosquets où règnent l'ombrage et la fraîcheur, en font une campagne délicieuse. On y respire l'air pur et salutaire des montagnes, qui donne tant de vitalité et de ressort à nos organes. Aucune eau stagnante, aucune mare insalubre n'existent dans cette agréable localité. Les eaux potables y sont excellentes et en abondance : leur écoulement donne lieu à deux ruisseaux qui traversent la commune dans la direction du Sud au Nord et de l'Ouest à l'Est, servant à d'utiles irrigations. Les vents qui règnent le plus souvent à Garris, viennent de la partie du Nord ; ce qui tempère la chaleur pendant l'été, qui d'ailleurs ne se fait assez fortement sentir, pour l'ordinaire, que dans la première quinzaine du mois d'août. Les habitants de ce lieu sont, en général bien constitués, d'une santé robuste, et, comme tous les Basques, polis, affables et prévenants.



Le bourg comprend un assez grand nombre de maisons dont la majeure partie sont bien bâties. On y remarque, vers le centre, les restes d'un antique château-fort qui était anciennement le siège de la juridiction de Mixe, vallée de la ci-devant Basse-Navarre.



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QUARTIER DE L'EGLISE GARRIS BASSE-NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Ce vieil édifice dont l'aspect a été changé dans ces derniers temps, par une nouvelle couverture qu'on lui a donnée, est aujourd'hui le lieu de la mairie de Garris. Sa vétusté a exigé qu'on l'appuyât par deux éperons, vers la partie du Nord ; mais il est néanmoins à croire que ce reste d'antiquité du pays n'aura pas une longue existence.



Cette commune a une population d'environ 640 personnes. Son revenu principal consiste en vins excellents qui sont très renommés et recherchés. On y tient tous les quinze jours, en vendredi, un marché considérable qui donne lieu à un mouvement de numéraire assez grand ; toutes sortes de denrées abondent à Garris particulièrement dans la saison des eaux. Les étrangers qui s'y rendent à cette époque y trouvent des logements très propres et commodes.



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MARCHE AUX BESTIAUX GARRIS BASSE-NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



La source minérale est située au Sud et à une petite distance du bourg. On y arrive, en descendant une colline, par un chemin qui suit une douce pente et qui donne un libre accès aux voitures. L'eau jaillit par plusieurs jets, au pied d'une petite montagne et à une assez grande profondeur d'une roche schisteuse micacée qui présente, dans sa cassure, quelques traces de soufre. On a trouvé que le volume de la source est de dix mille quatre-vingt litres d'eau dans les vingt-quatre heures. MM. Vivié frères, propriétaires de cette source, y ont élevé un établissement thermal. La plus grande partie de l'eau est reçue dans un bassin rectangulaire de quatre mètres de longueur, sur trois de largeur et six de profondeur. Ce vaste bassin est construit en forte maçonnerie et enduit intérieurement d'un ciment inattaquable par l'eau. On y a adapté un couvercle en bois, qui le ferme exactement et qui s'oppose à l'évaporation du gaz sulfureux, ainsi qu'à l'introduction de l'air extérieur ; de sorte que l'eau ne peut éprouver aucune déperdition, ni de décomposition. Au moyen d'un jeu de pompe qu'on a disposé dans ce bassin, l'eau minérale est portée dans une chaudière de cuivre fortement étamée où elle est chauffée à soixante-dix degrés centigrades, pour être employée ensuite en bains ou en douches, au degré de chaleur convenable. La pompe qui est aussi en cuivre a été également étamée. A côté de ce bassin on a mis à profit un jet d'eau sulfureuse, pour établir une buvette. Le trop-plein de cette fontaine, ou espèce de réservoir particulier qui a aussi son couvercle, se déverse par un canal supérieur dans le grand bassin dont il vient d'être parlé ; le fond et les parois intérieures de ces deux bassins sont enduits d'une matière jaunâtre que l'eau y dépose et qui est d'une consistance épaisse et comme gélatineuse. Le tout est renfermé dans un appentis construit en maçonnerie, qui communique à un bâtiment principal dans lequel sont établies les baignoires et les conduites de l'eau, fabriquées en planches de zinc d'une forte dimension, métal qui n'éprouve presque pas d'altération de la part des eaux sulfureuses.



pays basque basse navarre autrefois thermes
PLACE DU MARCHE GARRIS BASSE-NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le bâtiment principal est un parallélogramme rectangle de dix-neuf mètres et demi de longueur sur neuf mètres de largeur, qui est élevé d'un étage et d'un comble. Le rez-de-chaussée se divise, du côté de la façade, en deux pièces à peu près carrées et assez grandes, au milieu desquelles se trouve l'entrée du bâtiment ; la partie opposée présente dans toute son étendue neuf cabinets de bains, dont un est réservé pour la douche ; un corridor qui suit d'un bout à l'autre le front de ces cabinets, leur donne l'entrée. On a disposé dans les pièces supérieures des logements très agréables et très commodes pour les personnes qui veulent se trouver à la proximité de la source.



Les environs de cet établissement sont des plus pittoresques, par la variété de la culture et de récentes et nombreuses plantations qui bordent sur l'inclinaison des collines de beaux tapis de verdure. La petite montagne auprès de laquelle jaillit la source minérale, présente une végétation moins énergique ; mais ce lieu, un peu solitaire, n'est pas non plus sans intérêt. Ce sont des charmilles naturelles qui conduisent, par une douce pente, sur le sommet de ce mont d'où l'on découvre, mieux que partout ailleurs, les beautés du paysage. On remarque de ce point, sur la crête d'une petite montagne voisine, une fortification élevée en terre et très bien conservée, dont la construction, dit-on, remonte à l'époque de l'invasion des Maures. Cette tradition a acquis quelque fondement, depuis que des fouilles pratiquées dans de semblables terrains, sur d'autres points de cette partie du pays basque, y ont fait découvrir d'anciennes armes. C'est de là aussi qu'on aperçoit la vignicole et jolie commune de Luxe, avec sa petite église où reposent, dans un modeste tombeau, les restes de la comtesse d'Olonne, originaire de ce lieu.



Les agréments de la campagne ne sont pas les seuls plaisirs que l'on goûte à Garris ; on en trouve d'autres bien propres à exercer une influence avantageuse dans certaines maladies ; surtout dans celles qui ont pour cause une sorte d'abattement moral, et où il est utile de joindre à l'usage tonique des eaux une diversion agréable de l'esprit, ou des exercices du corps qui puissent en rompre l'atonie : dans l'objet d'user de ces puissants moyens de l'hygiène, on a recouru au goût du pays pour le jeu de paume, et l'on a construit un trinquet devant l'établissement thermal ; à une petite distance de là, est une jolie rotonde qui invite à la danse.


basse navarre autrefois thermes
PLACE DE LONGUE PAUME GARRIS BASSE-NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN


L'établissement se trouvant par sa position assez rapproché de Saint-Palais, on peut s'y rendre de ce lieu par un chemin de traverse, où l'on a établi des voitures qui en font le trajet plusieurs fois par jour dans la saison des eaux. Ces circonstances permettent aux personnes qui ne seraient pas bien malades et qui préféreraient habiter St-Palais, d'user des eaux minérales en jouissant à la fois des agréments de la ville et de la campagne.



La source minérale de Garris est connue depuis un temps immémorial, sans qu'on sache l'époque de sa découverte. Son eau n'avait point encore été analysée, quoiqu'elle ait souvent fixé l'attention des médecins par les guérisons qu'elle opère d'un grand nombre de maladies. On l'employait non seulement en boisson, mais encore en bains, quoiqu'on éprouvât bien des difficultés pour l'administrer de cette dernière manière, faute d'un établissement thermal.



On arrive à Garris par des routes départementales très bien entretenues, sur lesquelles circulent, dans la belle saison, plusieurs voitures publiques qui offrent des moyens sûrs et commodes de transport ; une nouvelle route de Hasparren à Saint-Palais, passant par Garris, doit être bientôt  ouverte et donner lieu à d'utiles communications.



Expériences analytiques.


Propriétés physiques.



L'eau de Garris.



Odeur.



L'odeur qu'exhale l'eau de Garris est celle de l'acide hydrosulfurique. Cette odeur est très prononcée dans l'établissement et elle se fait même sentir quelquefois assez fortement au-dehors, lorsque certaines circonstances atmosphériques donnent lieu, dans la source, à un dégagement plus grand du gaz sulfureux que dans les temps ordinaires."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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mercredi 10 mars 2021

UN VOYAGE À HENDAYE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JUIN 1838 (deuxième partie)

HENDAYE EN 1838.


Au 19ème siècle, le Pays Basque est à la mode pour les voyageurs, étant souvent une étape dans leur voyage vers l'Espagne.


pays basque autrefois voyage hendaye
HENDAYE VERS 1820
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta le journal Le Temps, le 27 juin 1838, sous la plume de M. Prosper de 

Lagarde :



"Hendaye



...La marée qui redescendait alors avec assez de force, en facilitant notre marche, imprimait à notre frêle embarcation un balancement tout fait agréable, mais qui de temps en temps devenait inquiétant. Il me sembla plusieurs fois que nous allions être engloutis dans les eaux de la Bidassoa. Enfin nous arrivons, la barque est amarrée au rivage et je mets pied en Espagne.



Nous montons à la ville à travers les décombres des fortifications. Il semble encore que Fontarabie vient d’être emportée d’assaut la veille, et pourtant quarante années tout juste et presque jour pour, se sont écoulées depuis la prise de cette place, brillante action qui commença la gloire du général Lamarque.



Dans la séance de la convention nationale du 21 thermidor (8 août 1794), Barrère, après avoir annoncé à la tribune que Fontarabie est tombée au pouvoir de l’armée française, ajoute : "Ce succès a des détails trop singuliers pour être omis dans ce récit."



"Le 14 thermidor (31 juillet 1794), Garreau, représentant du peuple, marcha vers Fontarabie avec trois cents hommes, braves soldats. Lamarque, adjoint à l’état major, capitaine de grenadiers, celui-là même qui est en ce moment à votre barre, porteur des drapeaux espagnols, commandait cette troupe républicaine. Ils prennent un poste au-dessus de Fontarabie, après avoir essayé une décharge à mitraille qui tua trois hommes à côté de Garreau. Celui-ci, maître de la hauteur, fait sommer Fontarabie de ce rendre. Lamarque entre dans la ville en qualité de parlementaire, et menace de l’assaut si elle ne se rend dans quelques heures.



Le conseil de guerre était assemblé. On y voyait deux capucins, un curé, le commandant, le major de la place, le chef de l’artillerie et quelques officiers.



Les capucins insistent d’abord pour se défendre. Ils invoquent Dieu et les saints de leur église, et demandent aux habitants s’ils consentiront jamais à abandonner tant de biens aux ennemis de la religion. Le temps s'écoule. Lamarque va trouver Garreau, leur rapporte une sommation qui ne leur accorde que six minutes, et fait observer que les lois de la guerre obligeront de passer aussi les capucins au fil de l’épée, si la place ne se rend pas dans le délai fixé.



Il y avait dans la place huit cents Espagnols défendus par cinquante bouches à feu. Mais la peur présidait le conseil de guerre. Les capucins n’ont pas jugé à propos d'essayer de l'exécution des lois de la guerre. Le commandant d'ailleurs, fatigué du bombardement qui avait détruit une partie de la ville, s'est rendu prisonnier de guerre, ainsi que la garnison, abandonnant drapeaux, armes, artillerie et munitions. On ne saurait peindre leur étonnement quand ils ont vu qu’ils s’étaient rendus à trois cents républicains. Ils croyaient avoir à faire à plus forte partie."



A côté de ce récit, fait par Barrère, il est curieux de voir dans quels termes Garreau rendait compte de l’événement dans une lettre adressée à Garrot, sou ami et son collègue :



"Quelle victoire, mon cher ami, que celle que nous venons de remporter sur les esclaves du tyran de Madrid !... Il m’est impossible de t’en donner les détails : je ne sais par où commencer ; ils sont tous des plus intéressants. Les soldats de cette armée ne sont pas des hommes, mais des démons ou des dieux. Moi, chétif personnage, j’ai aussi joué mon rôle, et j’ai eu part à l’action. Avec trois cents braves soldats, je me suis porte sous les murs de Fontarabie à portée du pistolet, et, au moment où je m’emparais de la porte, ces coquins d'Espagnols m’ont tiré à mitraille. J’ai eu trois hommes tués à mes côtés ; mais, ne perdant pas courage, je me suis emparé d'une hauteur à demi-portée de canon de la place, et de là j'ai sommé le commandant de se rendre de suite, sous peine d’être passé, lui et la garnison, au fil de l’épée, etc., etc."



La convention, après avoir entendu le rapport de son comité sur tout ce qui venait de se passer tant à Irun et à Fontarabie que dans le Bastan, rendit un décret portant que l'armée des Pyrénées avait bien mérité de la patrie. Lamarque fut promu au grade d'adjudant-général.



Je fis mon entrée à Fontarabie beaucoup plus pacifiquement que le représentant Garreau. En dix minutes, j’eus vu toute la ville, dont les maisons et les habitants ont l’air également misérables. Les rues étaient à peu près désertes. Je trouvai cependant, à l’entrée de la rue principale, un groupe de cinq ou six vieilles revendeuses de poisson, qui, dans un costume et dans un langage de sorcières, avec des éclats de voix sataniques, se disputaient les morceaux d’un énorme thon qu’un pêcheur venait d’apporter.



pais vasco antes fuenterrabia
GRAVURE DE FONTARRABIE 1838
PAYS BASQUE D'ANTAN



J’aperçus quelques petits détachements de soldats en uniformes blancs, assez bien équipés, qui parcouraient la ville d’un air affairé. J’appris que c’étaient des troupes de la reine qui, par l'ordre de Rodil, faisaient évacuer sur Irun tous les approvisionnements de vin des habitants, afin de couper les vivres aux troupes carlistes qui auraient pu venir pour s’en emparer.



général espagne carliste
GENERAL JOSE RAMON RODIL Y CAMPILLO



Fontarabie était d'autant plus triste et silencieuse à cette époque, que le peu de familles aisées qui l’habitent avaient émigré depuis peu, en crainte de l’invasion des troupes de don Carlos, les unes à Irun qui, entouré d'une assez bonne muraille, est au moins à l’abri d’un coup de main ; d'autres à Saint-Sébastien ; quelques-unes, pour ne pas perdre de vue leur clocher, étaient venues tout simplement se réfugier à Hendaye. Enfin il n’était guère resté que les gens qui n’avaient rien à perdre. Un tas de petits garçons et de petites filles en guenilles me formaient une insupportable escorte. Ils me suivaient pied à pied dans tous les détours que je faisais au milieu des sales rues de Fontarabie. Quand je me retournais comme pour essayer si mon regard d’indignation aurait la puissance de les faire fuir, ils me demandaient la charité d'un air piteux. Je me gardai bien de les satisfaire ; il m'en serait bientôt tombé le double sur les bras. Je m’en débarrassai en entrant dans l'église dont le sacristain leur ferma la porte au nez.



On m’avait recommandé de voir les ornements qui sont fort beaux, et de ne pas négliger le magnifique coup d’œil dont on jouit du balcon de la sacristie. Il n’y a rien en effet de plus admirable. L’église, étant située sur un des points les plus élevées de la ville, domine un horizon immense. La mer à l’infini., l'embouchure de la Bidassoa qui, en cet endroit, est fort large, les îles dont elle est parsemée, les montagnes, l’Espagne au loin, la France de l’autre côté du fleuve, le couvent des capucins à peu de distance de la ville, et dont les bâtiments blancs se dessinent harmonieusement sur un fond de verdure : c’est un ensemble réellement enchanteur. Je suppose que le prêtre, en se préparant à célébrer l’office divin, et pendant que les tintements de la cloche appellent les fidèles à la prière, passe chaque jour quelques moments sur ce balcon si heureusement placé. Il est certain qu'il y a bien là de quoi agrandir les idées, et élever l’âme vers l’auteur de toutes choses.



Mme de Staël, dans Corinne, nous dit qu'on trouva la statue de l’Apollon du Belvédère dans les bains de Néron, et elle s’étonne avec raison que ce monstre, en contemplant si souvent cette belle figure, n’ait pas eu des retours à la vertu. Il est des scènes de la nature qui ont pour inspirations comme les traits d'une noble figure : celle-ci est du nombre, et j’aurais bien mauvaise opinion du prêtre qui, après avoir contemplé ce tableau, que je ne crains pas d’appeler sublime, ne monterait pas à l’autel dans les plus saintes dispositions.



Quant aux ornement, ils sont en effet fort riches, et on les trouve d'autant plus beaux quand on a vu la ville à laquelle ils appartiennent. Il y a disparate complète. L’un de ces ornements a été acheté à Lyon ; il est en soie, tout brodé d'or, et le travail en est d'une grande beauté.



C’est dans cette même église, que le 3 juin 1660, l’évêque de Pampelune officiant, don Louis de Haro épousa pour Louis XIV, en grande cérémonie, en présence du roi d Espagne et de toute la cour, l'infante Marie-Thérèse. Il paraît qu’à cette époque la sacristie n’était pas aussi bien montée qu'aujourd’hui : car madame de Motteville, qui assistait à cette cérémonie, dit, dans ses mémoires, que les ornements ne lui ont pas paru beaux.



Les chapelles sont à l’espagnole, tout ornées de clinquant et de sculptures en bois doré. Je remarquai dans un coin enfoncé où le jour baissant n’arrivait qu’à peine, un portrait de moine qui me parut brodé en relief, en soie ou en chenille, sur un fond de soie blanc, et dont la belle barbe, qui ressortait très bien, me rappela l’histoire assez plaisante de la barbe de capucin qui manqua faire mettre Boursault à la Bastille. En sortant de l’église, je retrouvai mon escorte qui avait fait quelques recrues. Je m'esquivai comme je pus et je gagnai lestement mon bateau. Nous traversâmes de nouveau la Bidassoa."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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dimanche 24 janvier 2021

UN VOYAGE À HENDAYE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JUIN 1838 (première partie)

HENDAYE EN 1838.


Au 19ème siècle, le Pays Basque est à la mode pour les voyageurs, étant souvent une étape dans leur voyage vers l'Espagne.



pays basque autrefois voyage hendaye
HENDAYE VERS 1820
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta le journal Le Temps, le 27 juin 1838, sous la plume de M. Prosper de 

Lagarde :



"Hendaye. 



Une spirituelle relation de voyage dans le pays basque contient le récit suivant d'une excursion jusqu'à Hendaye, qui forme la frontière d’Espagne. Hendaye est célèbre par sa vieille eau-de-vie. M. de Lagarde a ranimé par des traits piquants et frais l’intérêt de ce tableau.


pays basque autrefois liqueur eau-de-vie hendaye
PUBLICITE  VERITABLE LIQUEUR DE HENDAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Hendaye est le dernier village français sur cette frontière. Il est situé sur la rive droite de la Bidassoa, dans l’angle quelle elle forme avec la mer, et tout à fait en face de Fontarabie, qui est à l'angle opposé. Vous savez qu’Hendaye doit une assez grande célébrité à ses eaux-de-vie. Qui n'a pas bu de l'eau-de-vie d'Hendaye ? II y a bien longtemps qu’on n’en fait plus dans ce malheureux village, mais enfin la célébrité lui reste.



Le 23 avril 1793, l'Espagne étant en guerre avec la convention, un détachement de l’armée française, dite des Pyrénées-Occidentales, était campé près d'Hendaye. Don Caro, général en chef de l’armée espagnole, fit bombarder ce village à l'improviste. Une grêle de boulets, de bombes et d’obus assaillit à la fois le camp des Français, le fort, le village et la redoute construite sur une élévation appelée alors Montagne de Louis XIV. Cette explosion soudaine jeta le désordre parmi les Français, et leur consternation fut au comble en voyant les habitants d’Hendaye fuyant éplorés, avec leurs femmes et leurs enfants, les terribles projectiles qui détruisaient leurs maisons. Les Espagnols, pour tirer un succès plus complet de ce désordre, franchissent la rivière, s’emparent de la montagne de Louis XIV, et détruisent la redoute. Bientôt, il est vrai, les Français, sous les ordres du général Regnier, se rallient, se précipitent avec fureur sur l’ennemi et le forcent de repasser la Bidassoa.



L’année suivante, les Français prirent bien leur revanche sur Fontarabie ; mais n'anticipons pas sur ma narration.


pays basque autrefois hendaye
HENDAYE 1840
PAYS BASQUE D'ANTAN



Je dis à mes deux compagnons de voyage que je ne serais pas fâché de voir Hendaye. Alors il fut convenu que mon batelier, après m’avoir débarqué à Fontarabie, m'attendrait aux pieds des murs de la ville ; que ma visite faite, je viendrais le reprendre, et que, traversant de nouveau la Bidassoa en ligne droite, j'irais aborder à Hendaye, d’où une demi-heure de promenade me ramènerait à Béhobie. Mais il fallait avant tout aller chercher nos fourrages dans l'île ; autrement les vaches du pêcheur auraient pu mourir de faim. Mon batelier était un garçon de vingt-cinq ans environ, de taille moyenne et de robuste encolure ; pour tout vêtement sa chemise et un pantalon de toile bleue qui, relevé jusqu'aux genoux, laissait voir deux jambes nerveuses. Il faisait avancer sa barque avec une vigueur étonnante. En peu d'instants nous arrivâmes à l'île qu'il m'avait désignée. Il ne pouvait pas débarquer, attendu qu'il n’y avait rien là pour attacher son bateau, que le courant et la marée tourmentaient singulièrement. Tout ce qu'il pouvait faire, aidé de mon guide, était de le maintenir le plus près possible de la terre. Il appela d’une voix de stentor, et nous vîmes bientôt arriver trois paysannes, jambes et pieds nus, portant lestement sur leur tète d’énormes bottes d'herbe fraîchement coupée et de tiges de mais.



La plus jeune avait de très beaux yeux et une taille d’une élégance remarquable. Elles parurent fort surprises à la vue d'un étranger. Elles vinrent porter leurs fourrages au batelier en se mettant dans l'eau jusqu'aux genoux ; la jeune fille échangea avec lui quelques mots basques d'un ton d'intimité, probablement pour lui demander ce que c'était que ce monsieur, et nous prîmes le large.



Or maintenant savez-vous quelle était cette île que nous venions de quitter ? Rien moins que l'île des Faisans où se tenaient, en 1660, les conférences entre la France et l'Espagne (ou plutôt entre don Louis de Haro et Mazarin ; car, suivant l'usage d'alors, les deux pays n'étaient pas consultés) pour la paix et le mariage de Louis XIV.



pays basque autrefois faisans louis 14
CONFERENCE ÎLE AUX FAISANS BEHOBIE 1660
PAYS BASQUE D'ANTAN



Dans ce lieu aujourd'hui hui si sauvage, si désert, où l'on ne voit que de l'herbe et quelques paysannes qui viennent la couper, étaient à cette époque de brillants pavillons où l'or et la soie éclataient de toutes parts, ou se rendaient en foule ce que les deux royaumes renfermaient de plus élégant et de plus distingué. Ecoutons encore ici, un instant, mademoiselle de Montpensier qui eut la curiosité d’aller voir toutes ces belles choses et qui raconte fidèlement ce qu’elle a vu.



"Monsieur eut envie d’aller au lieu où se tenaient les conférences. J’eus la même curiosité et j’y allai avec lui. C'était à deux lieues de Saint Jean de Luz, en un lieu qu'on appelle île du Faisan. L'on passait un pont qui était comme une galerie, qu’on avait tapissé. Il y avait au bout un salon qui avait une porte qui donnait sur un pareil pont bâti du côté de l'Espagne, de même que le nôtre du côté de la France. Il y avait une grande fenêtre qui donnait sur la rivière, du côté de Fontarabie qui était l’endroit par où on venait d’Espagne ; ils y arrivaient par eau. Puis il y avait deux portes, l’une du côté de la France et l’autre du côté de l'Espagne, pour entrer dans deux chambres magnifiquement meublées avec de très belles tapisseries. I1 y avait d'autres petites chambres, tout autour, avec des cabinets, et la salle de l’assemblée était au milieu à l’autre bout de l'île. Elle me parut fort grande. Il n'y avait de fenêtres qu'à l’endroit qui avait la vue sur la rivière, où l’on mettait deux sentinelles lorsque les rois y étaient. Le corps-de garde se tenait hors de l'île. Les gardes étaient dans deux salles auprès du vestibule. Chaque chambre n'avait qu'une porte, à la réserve de la salle de la conférence qui en avait deux, vis à vis l'une de l’autre, et qui était, comme j'ai déjà dit, fort grande. La tapisserie du côté de l'Espagne était admirable et du nôtre aussi. Les Espagnols avaient par terre, de leur côté, des tapis de Perse à fond d'or et d'argent qui étaient merveilleusement beaux. Les nôtres étaient d’un velours cramoisi, chamarrés d’un gros galon d’or et d'argent. Il me semble que les serrures étaient d'or, et, si je ne me trompe, il y avait deux horloges sur chaque table. tout y était égal et bien mesuré. Lorsque nous fûmes de retour, nous contâmes à la reine comme tout cela était fait, etc." 



Toutes ces magnificences ont disparu. Le silence, la solitude, l'aspect d'une nature sauvage ont succédé au faste des cours. Ces pensées qui s'étaient présentées à mon imagination, au seul nom de l’Île des Faisans, prononcé par mon guide, firent bientôt place aux sensations produites par la vaste et belle scène qui se déroulait à mes yeux. Les feux du soleil couchant, qui se reflétaient au loin dans les eaux, et les coloraient de mille nuances diverses ; ces monstrueuses montagnes entassées, pour ainsi dire, les unes sur les autres, et dont les accidents variés formaient une infinité de points de vue ; Fontarabie dont nous apercevions devant nous sur la rive gauche les tours démantelées ; Hendaye sur la rive droite, et ses maisons percées à jour, ces deux ruines qui se regardaient tristement d’un bord à l’autre ; les paysans espagnols qui travaillaient au maïs le long du rivage, et dont les chants arrivaient affaiblis jusqu’à nous, apportés par les brises embaumées de la Castille, tous ces tableaux pouvaient bien, vous en conviendrez, faire oublier Louis XIV et Mazarin."



A suivre...



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