Dimanche dernier a eu lieu à Bidart l'inauguration du Monument aux Morts de la guerre. Dès 9 heures du matin, les cloches de la vieille église sonnaient à toute volée pour annoncer à toute la population que l'heure de rendre un hommage solennel à nos compatriotes tombés là-bas sur les champs de bataille était venue. On accourt de tous les côtés ; des quartiers les plus éloignés, des communes voisines, on vient très nombreux. Dix heures sonnent ; en une minute, la belle et antique église se remplit. M. Légasse, maire en tête, son dévoué adjoint M. Durquety, le Conseil Municipal, les députés, le conseiller général, les maires du canton, les invités de marque occupent les places qui leur sont réservées ; et la messe solennelle commence, chantée par M. le Chanoine Asconéguy, supérieur au Collège Saint-Louis de Gonzague de Bayonne.
Les chants sont magnifiquement exécutés par un groupe de jeunes filles et la masse des hommes qui remplit les tribunes. Après l'évangile, M. l'Abbé Doyhenard, vicaire de Biarritz et ancien capitaine, parle en basque de nos grands morts. En des accents émus, il dit de prêter l'oreille au son de la voix de ceux qui sont tombés là-bas. Au récit des derniers moments de ces héros, plus d'une larme coule dans l'assistance.
Au sortir de l'église, les clairons et tambours de la Société la "Jeanne-d'Arc" de Biarritz ouvrant la marche, on se rend à l'emplacement du monument. Le spectacle est ravissant : la place de Bidart est baignée de la lumière éclatante que prodigue en son midi un soleil magnifique. Le monument est là, voilé d'un drapeau tricolore, au milieu d'une terrasse dominant toute la place et entouré de verdures et de guirlandes que la main habile de notre compatriote M. Pierre Gélos a artistiquement disposées. Les diverses notabilités, le Conseil municipal, les membres des familles qui ont eu des morts à la guerre, les enfants des écoles montent près du monument.
Nous remarquons au premier rang : MM. Ybarnégaray, Castagnet, députés ; Général Lacrambe ; Barnetche, conseiller général ; Rev Mac Wiliams, consul des Etats-Unis ; Petit, Pinatel, Dufau, Doyhénard, Housset, maires du Canton ; Hieulle, Sérieyx, Ramond, Willems, Rateau, Dr Peyret, Barreau, Berckmans, etc...
En bas s'arrêtent la musique, les anciens Combattants, une foule immense. Tout à coup le voile tombe et le monument apparaît, oeuvre artistique de M. Paul Gomez, de Biarritz. C'est une pyramide sortie des carrières de Chauvigny et portant gravées sur ses faces une croix enguirlandée, un fantassin, un marin, un croiseur-cuirassé, le tout entouré d'un faisceau de drapeaux aux numéros des régiments des Basques.
Le Conseil municipal, M. et Mme Mac Williams, Mme Benoist, les Anciens combattants italo-belges des entreprises Berckmans, les Combattants, la Congrégation des Enfants de Marie, les diverses Sociétés de la Commune et les enfants des écoles font déposer leurs gerbes en couronnes. M. le Curé bénit le monument.
Et aussitôt, au milieu d'un profond silence, le Président de l'Union des Combattants de Bidart fait l'appel des 68 braves tombés au champ d'honneur. Long et émouvant moment où soixante-huit fois nous avons entendu les enfants crier : "Tombé au champ d'honneur !"
Aujourd'hui la commune de Bidart leur montre sa reconnaissance, ce monument est à eux. M. Sérieyx, au nom du Comité, le présente à M. le Maire. Dans un langage, très élevé, très digne et noble, M. Sérieyx raconta comment se forma le Comité du Monument ; il en fait la description et explique les divers symboles en des idées magnifique, sous une forme classique.
M. le Maire le remercie vivement ; voici d'ailleurs le texte entier du discours de M. le Maire :
"La voilà enfin réalisée, l'oeuvre simple et belle due au ciseau de l'artiste et compatriote M. Paul Gomez.
Je remercie M. Sérieyx qui, au nom du Comité, vient de remettre le monument à la commune. Je l'accepte avec reconnaissance, puisqu'il est destiné à perpétuer le souvenir de nos morts glorieux.
Je le remets à mon tour entre les mains de la population de Bidart qui en aura la garde et le transmettra aux générations futures, auxquelles il dira l'héroïsme des enfants de Bidart qui ont contribué à la défense de la Patrie, menacée par un barbare envahisseur.
Et vous, maîtres de l'enseignement, vous apprendrez à vos jeunes écoliers à le respecter et les accoutumerez à écouter les leçons qui s'en dégagent.
Ce monument, qui représente la tombe d'un poilu, avec la croix des tranchées, nous le devons d'ailleurs à vos généreuses offrandes, mes chers concitoyens, et si nous avons pu l'élever ainsi, c'est grâce au geste vraiment généreux d'une Reine, qui n'a cessé de nous combler de ses bienfaits. Toujours prête à secourir les infortunes, Sa Majesté la Reine Nathalie de Serbie et sa soeur, Mme la Princesse Ghyka, ouvrirent, durant la guerre, un hôpital dans leur résidence de Sachino.
REINE NATHALIE DE SERBIE PAYS BASQUE D'ANTAN
CHÂTEAU SACHINO BIDART PAYS BASQUE D'ANTAN
Mais non contentes d'avoir secouru les souffrances physiques, elles ont voulu, en contribuant pour une si large part à cette oeuvre de reconnaissance, que le monument destiné à conserver la mémoire de nos héros soit digne de leur sacrifice.
Daignent sa Majesté et sa soeur agréer l'hommage de notre gratitude.
Je ne puis passer sous silence le don si généreux de M. Hieulle, le propriétaire d'Ilbarritz, qui nous a permis de continuer l'oeuvre commencée.
Merci enfin à tous ceux qui ont contribué par leurs offrandes ou leurs travaux à ce témoignage de reconnaissance.
Et vous, nos Grands Morts ! dont l'ombre semble planer au-dessus de nos têtes, en cet instant solennel, permettez que je m'adresse à vous.
Vous avez vaillamment défendu notre sol sacré ; nous nous inclinons bien bas devant votre mémoire, vous confondant dans une même admiration et entourant d'un même respect vos familles éplorées.
Hélas ! qu'ils furent chèrement payés les lauriers de la Victoire : quinze cent mille des nôtres tombés au Champ d'Honneur !
Notre village a été lui aussi cruellement frappé, puis soixante-huit Bidartars, dont les noms sont gravés sur cette pierre, ont été tués face à l'ennemi.
MONUMENT AUX MORTS DE BIDART PAYS BASQUE D'ANTAN
Et en écoutant tout à l'heure la lecture de cette trop longue liste, il me semblait les voir réapparaître. Je retrouvais leur physionomie, je revoyais leurs traits depuis si longtemps effacés. Ils étaient là, au milieu de nous, vacant à leur besogne, vivant de notre vie, lorsqu'un jour, tels de gros nuages, dans le ciel, des bruits de guerre amèneront l'anxiété aux foyers.
Il n'était, hélas ! que trop vrai : l'ordre de mobilisation ne tarda pas à arriver et chacun de rejoindre son poste.
Ce fut l'enthousiasme du départ, chacun refoulant dans le plus profond de son coeur les secrètes angoisses.
Puis la frontière envahie, la guerre là-bas, en Belgique... Charleroi !... nos premiers désastres, le repli sur Paris et, tout à coup, ô miracle ! comme un sursaut d'énergie, la Victoire de la Marne.
Mais l'ennemi s'est terré et c'est alors quatre années de luttes sanglantes, chaque mètre du sol français disputé au prix de tant de vies.
Mêlés aux noms sublimes de Dixmude, de Craonne, de Verdun et de tant d'autres, nous arrivaient des nouvelles de nos chers poilus qui se distinguaient sur ces champs de bataille.
C'était, parfois, des lettres simples et admirables qui auraient mérité d'être recueillies et insérées dans un livre d'or réservé à nos chers soldats de la grande guerre.
Mais, hélas ! c'était souvent aussi la triste lettre officielle qui venait confirmer les cruelles angoisses.
A vous, pères, mères, épouses et parents qui avez vécu ces heures tragiques et qui, après avoir longtemps tremblé pour ces êtres chers, les avez vus enlevés à votre affection, j'adresse l'hommage ému et reconnaissant de tous vos concitoyens.
Ayez-en la certitude, aucune d'entre nous n'oubliera jamais ceux qui ont fait si vaillamment le sacrifice de leur vie pour le salut de la Patrie, vous qui les pleurez, séchez vos larmes. S'ils ont disparu de cette terre, ils vivent dans un monde meilleur, car après être morts en Martyrs, Dieu leur a certainement accordé la récompense éternelle.
Un souvenir ému, je l'adresse aussi à vous, soldats étrangers à notre commune qui avez été atteints par la maladie dans les froides tranchées et qui, après être venus mourir au milieu de nous, reposez tout à côté dans le cimetière militaire.
Je vous salue, mutilés et combattants de la grande guerre ; pour nous, vous avez lutté ; pour nous, vous avez souffert. Soyez-en remerciés. Nous ne l'oublierons jamais.
Et vous, malades de la guerre qui êtes venus chercher un climat plus doux, je vous dis notre gratitude et nos yeux de complète guérison.
Je saisis cette occasion de saluer le docteur qui vous traite, M. Peyret qui continue l'oeuvre d'Ilbarritz, où M. Charles Willems, le dévoué administrateur, il a fait tant de bien à de si nombreux malades.
Les Bidartars contribuèrent à la formation de cet hôpital, puis ce fut la Croix-Rouge Américaine qui en assuma les frais d'entretien. Et je tiens à exprimer ici nos sentiments de gratitude pour tous ceux qui ont ainsi contribué à soigner et à guérir nos chers soldats.
M. le Sous-Préfet de Bayonne, invité par nous à assister à cette inauguration, m'a fait parvenir ses vifs regrets de ne pouvoir être aujourd'hui au milieu de nous pour rendre hommage à nos morts.
Je remercie notre vaillant et sympathique député basque M. Ybarnégaray, qui a si aimablement répondu à notre invitation. Il vous décrira les horreurs de la guerre avec son habituelle éloquence.
Merci au député-maire de Bayonne, M. Castagnet, au général Lacrambe et à tous ces messieurs qui, par leur présence ont rehaussé l'éclat de cette cérémonie. Et je dis un dernier adieu à nos chers morts. Eux qui ont vécu en frères sur les champs de bataille, qu'ils nous apprennent à aimer, pour que la France soit grande et unie, comme ils l'avaient rêvé.
PLACE ET MONUMENT AUX MORTS DE BIDART PAYS BASQUE D'ANTAN
La cérémonie s'achève.
M. le Président des Combattants de Bidart parle à son tour et avec force il recommande à ses camarades de rester unis comme au front, des hommes francs, de n'oublier jamais leurs compagnons morts ; il conjure les jeunes d'être les imitateurs de leurs aînés tombés en faisant leur devoir.
M. le député Ybarnégaray clôt la série des discours. D'abord en basque, puis en français, il glorifie les Bidartars morts à la guerre. Son éloquence est superbe, on l'écoute avec avidité ; des applaudissements éclatent quand il parle du soldat basque, de la grandeur de la France, de ses destinées éternelles. Déchirant les voiles de l'éternité, il nous montre nos morts dans la gloire de Dieu et intercédant la France que quelques-uns voudraient encore nous ravir. Il finit son magnifique discours en acclamant la France et le Pays Basque.
La récitation d'une poésie par l'élève Achoaréna et un hymne à la France par les enfants de la commune clôture cette belle fête.
Vraiment belle fête où nos morts ont été glorifiés, nos coeurs fortifiés, l'union sacrée consolidée au pied du monument.
M. Légasse, maire, a retenu à déjeuner à l'hôtel Bidartenia toutes les notabilités et le Conseil municipal."
INAUGURATION DU MONUMENT AUX MORTS DE BOUCAU EN 1922.
Dès avril 1919, l'Amicale Boucalaise (Boucau-Stade) demande à la Mairie du Boucau l'autorisation d'organiser des souscriptions, fêtes sportives, concerts etc. dont le produit sera exclusivement destiné à l'élévation d'un Monument aux Morts.
MONUMENT AUX MORTS DE BOUCAU PAYS BASQUE D'ANTAN
En juin 1920, la souscription publique pour l'érection de ce monument s'élève à 23 000 francs (+1
000 francs de la Mairie) et il est décidé que le monument sera érigé sur la place Jean Bourgeois.
Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette de Biarritz, de Bayonne et du Pays Basque, le 8 mai
1922, sous la plume de Georges Blançon :
"Aux Morts pour la Patrie.
La Cérémonie d'Inauguration.
Hier après-midi, a eu lieu, par un temps radieux, devant une foule considérable non seulement de Boucalais, mais encore d'habitants de Bayonne et de communes voisines, l'inauguration du Monument aux Morts de la guerre.
C'est une très belle oeuvre qui fait honneur au sculpteur Julien, enfant du Boucau. Le poilu fièrement campé, adossé à des blés en épis, dans un geste résolu, s'apprête à lancer la grenade sur l'ennemi qui menace le sol de la Patrie et les moissons nouvelles. Ce monument s'élève sur un terrain acquis par le Comité, près de la gare.
A trois heures, les autorités se sont rendues au pied de la statue encore couverte d'un voile, mais qui tomba sur une sonnerie de clairon à laquelle succéda la "Marseillaise", chantée par les garçons de l'école communale. Après eux, les fillettes chantèrent avec un ensemble parfait et un grand sentiment un très bel hymne de Rameau : "Sur les chemins conduisant à la gloire..."
Puis M. Ribes, secrétaire du Comité, fit, d'une voix forte, l'appel de 138 enfants du Boucau morts pour le pays.
Autour du Monument, on remarquait la présence de MM. Fauconnier, sous-préfet ; Henri Dordezon, conseiller général ; Celhay, conseiller d'arrondissement ; Sabatier, procureur de la République ; le capitaine de gendarmerie Tisnès ; Duhourcau, président des Anciens Combattants ; les membres du Comité, etc...
Discours de M. Dordezon.
Après cet appel, que les enfants couronnèrent d'un émouvant "Morts au Champ d'Honneur !", M. Dordezon prit la parole en ces termes :
"Camarades, Mesdames, Messieurs,
Au nom de mes amis du Comité du Monument, je remercie les patriotes qui nous ont permis, grâce à leur générosité, d'honorer dignement les braves dont nous célébrons en ce jour la mémoire glorieuse.
Meri à vous tous qui êtes venu leur apporter votre tribut d'admiration et de reconnaissance.
Ils sont 138 qui payèrent de leur vie la défense de ce deux mots symboliques : "Honneur-Patrie", gravés dans le socle de la statue, mots qui ne peuvent être dissociés.
Aussi, est-ce avec le plus grand respect que je salue les familles de nos chers morts dont ce Monument perpétuera le souvenir. "La guerre défensive que ces Français héroïques ont soutenue, était la guerre de la Liberté contre les Empires militaristes, belliqueux et autoritaires.
La victoire de nos soldats fut la victoire du Droit sur l'Arbitraire, la victoire de la Justice démocratique sur les Dictatures sanglantes, la victoire de l'Avenir radieux et pacifique dont la vision a tant de fois hanté les rêves de ceux qui se sont battus et de ceux qui sont tombés.
C'est ce qu'il ne faut jamais oublier, à travers les trop longues discussions d'une paix trop souvent débattue.
La France ne réclame rien, en vertu de sa victoire, qu'elle ne soit fondée à revendiquer en vertu de son droit.
C'est par le sacrifice de nos morts que se justifient des prétentions qu'une politique de courte vue taxe parfois d'impérialisme.
C'est pour garantir à jamais la paix du monde que nous devons exiger que réparation et justice soient faites aux victimes de l'agression.
Le plus grand scandale de la raison humaine, la plus amère dérision de la morale démocratique, ce serait que dans le Conseil des peuples, ceux qui ont voulu la guerre fussent admis de plein droit et sans conditions, au même traitement que ceux qui l'ont subie.
Honorer nos morts et exalter leur sacrifice, ce n'est pas entretenir dans le monde des germes de haine inexplicables, c'est rester fidèle à la cause même de la Justice et de l'Humanité.
Et vous, chers enfants, rappelez-vous toute votre vie durant, ce que vous devez à ces braves Poilus ; lisez souvent leurs noms jusqu'à les connaître par coeur, car c'est grâce à leur sacrifice que vous pouvez encore vous dire : Français.
D'ailleurs, les maîtres et les maîtresses qui vous dirigent et qui jouissent de la confiance et de la sympathie de la population tout entière savent vous inculquer ces deux beaux principes : "L'Amour de la Patrie et la Reconnaissance à nos grands Morts".
Et puis plus tard, vous rappelant cette strophe de notre chant national : "Nous entrerons dans la carrière quand nos aînés n'y seront plus"... si la Patrie était en danger, vous puiseriez dans l'exemple de vos pères le courage nécessaire pour la défendre, et au besoin, comme eux, vous saurez mourir pour Elle !"
Ce discours fut très vivement applaudi.
MONUMENT AUX MORTS DE BOUCAU PAYS BASQUE D'ANTAN
Discours de M. Duhourcau.
M. Duhourcau prononça alors le beau discours suivant :
C'est avec raison que, dans la plupart des communes, les combattants ont voulu voir figurer dans le monument aux Morts un poilu. Parfois, il est seul, bien campé, et sa mâle attitude, sa robustesse disent ce qu'il a fallu virilité pour gagner la guerre ; parfois, il est gisant et la Patrie ou la Gloire le vient couronner, tandis que pleure autour de lui sa famille ; ainsi est exprimé que nous ne connaissons pas, comme d'autres, la victoire "fraiche et joyeuse" et que dans nos coeurs pleins d'humanité notre orgueil est tout voilé de larmes.
Pour ma part, je préfère le Poilu debout et en action, comme ici. Ainsi est mieux rendu sensible à tous qu'il demeure au milieu de nous toujours vivant, prêt à agir, qu'il est encore là, le vainqueur, et même "un peu là", comme il avait coutume de dire dans sa franche et gouailleuse familiarité. Il est heureux que, de la sorte, dans les villes et villages de France, sur la place publique ou, à défaut, sur le bord de la route, le coeur populaire dresse la figure héroïque et douloureuse du Poilu dont l'énergie sauva la Patrie. Posté, comme ici, à l'entrée de la commune, il semble le veilleur éternel prêt à crier "halte-là" à ceux qui voudraient passer leur chemin en oubliant les Morts de la guerre, ou pis encore en renonçant à leur victoire. Gloire à l'homme sublime qui a sacrifié sa vie pour nous conserver nos belles raisons de vivre. Honneur au représentant du peuple profond des Morts qui nous garde à jamais de l'oubli et des abdications insensées.
Il est beau que le sculpteur Julien, enfant du pays à l'âme brulante, ait appuyé son poilu à des gerbes de blé ; s'il paraît les défendre comme pour nous marquer que nous tenons beaucoup de lui notre pain quotidien, il rappelle aussi que, tel un épi humain, il a levé du sol de France, qu'il est le fils de nos campagnes qui lui transmirent leur grave allégresse et leur force. De cet endroit où vous l'avez placé, Boucalais, il atteste vos maisons, vos vergers, vos champs, vos usines, et sa rivière et ses montagnes qu'il leur fut jusqu'au bout fidèle et sur là-bas sur le front, donner son corps pour consolider le rempart qui arrêta l'envahisseur. C'est bien que son uniforme semble maculé de la boue des tranchées ; ce héros apparaît mieux ainsi ce qu'il fut : un homme façonné dans sa terre par le génie de la race et jeté tel quel à la bataille contre l'ennemi de tout ce que porte — richesses, idées, sentiments — notre généreuse patrie. Il est le citoyen militant, le travailleur conscient de sa dignité et de ses droits qui lutte pour cette vaste, bienfaisante et fraternelle association, voulue par la nature, acceptée de son coeur et de sa raison, la France.
Certains peut-être auraient préféré voir à ce héros une attitude plus sereine qui eût exprimé que ses compagnons et lui reposaient tranquilles en de mystérieux paradis, leur tâche terminée. Hélas ! messieurs, faut-il donc que les événement parlent plus haut encore ?... Ô morts, répondez à ceux qui vous croient satisfaits ! L'heure viendra-t-elle jamais que vos esprits puissent nous abandonner à nous-mêmes ? Soldat jailli du milieu de tous ces noms des victimes pour signifier que tu es leur porte-parole, soldat, n'es-tu pas dressé, grenade en main, pour entrer dans ces conférences honteuses où des alliés qui trahissent la sainte amitié des batailles tentent d'établir pour nous une paix sans victoire, comme si la guerre n'avait pas été bien close par ton triomphe ? Messieurs, ne l'entendez-vous pas qui vous parle au fond de l'âme, ce protestataire douloureux ? Il dit : "Frères, soyez comme moi-même. Veillez, les poings non encore desserrés. Notre victoire n'est pas sûre. Gardez-vous des gens sans âme de la mercante et de la finance internationales qui ne veulent pas tenir compte dans leurs sales calculs de la valeur de notre sang et du prix qui lui est dû. Ils provoquent ainsi la revanche de l'ennemi que nous avions abattu et rouvrent le cycle des combats. Ils font revenir sur vous et sur nos enfants dont nous avons voulu les écarter les malheurs de la détestable guerre. Nous ne le permettrons pas. Nous avons assez souffert, cela suffit ; que nos maux vous soient épargnés ! S'il faut sonner le réveil des âmes pour aider la réaliste et ferme politique d'un chef de gouvernement qui voit le péril, c'est nous, les Morts, qui, dans chaque village du pays, reviendrons rallier et rassurer les vivants. Nous voulons que tous vous puissiez vivre dans la paix que nous croyions vous avoir conquise. A cette heure, il suffit que vous ne vous trahissiez pas vous-mêmes et nous écoutiez, nous, vos exemples et vos souverains conseils. Mais pour que vous nous entendiez et soyez raffermis par nos appels, ne nous oubliez pas un seul jour. Je suis planté ici, homme-drapeau des Morts. Ne passez jamais indifférents devant moi qui ai l'honneur de figurer ceux auxquels les communes de France, unanimes, doivent le plus légitime des cultes.
C'est ce culte à rendre au Poilu par qui, dans toutes les localités, sera resserré le patriotisme, c'est ce culte qui n'aura pas de dissidents que Dordezon a voulu promouvoir, en faisant, à l'antique, graver ces deux mots au-dessus de l'inscription commémorative : Passants, saluez !
Ce salut dû aux 138 enfants du Boucau tombés là-bas pour nous tous, au nom des mutilés et combattants du pays je l'apporte aujourd'hui, de toute mon âme, à ce Poilu qui représente les Morts, à leurs familles qui les ont formés ou dont la pensée soutint leur constance dans la bataille, enfin à leurs camarades survivants qui continuent leur esprit, maintiennent ici leur souvenir et ne souffriront pas que soit annihilée leur victoire avec les promesses de bonheur qu'elle nous apportait."
Des applaudissements répétés saluèrent cette péroraison.
Le discours de M. Fauconnier.
M. Fauconnier, sous-préfet, prit la parole à son tour. Nous ne pouvons que résumer ici en quelques lignes son discours qui ne fut pas moins émouvant que ceux qui l'avaient précédé.
Il a remercié le comité de l'honneur qu'il lui avait fait en l'invitant à cette cérémonie et exprimé sa fierté de saluer ce monument aux morts du Boucau. Il a rappelé le magnifique élan de la nation entière pour la défense du sol sacré.
"A l'exemple de leurs ancêtres de la Révolution, ils ont répondu à l'appel de la Patrie en danger. Nous poursuivrons énergiquement la tâche qu'ils ont entreprise, à la lumière de la grande lueur qui les a éclairés et qui doit nous éclairer à notre tour. Nous ferons en sorte que ne soit pas mutilée la victoire qu'ils nous ont si bien gagnée !"
M. Fauconnier fut, lui aussi, l'objet d'une ovation, après quoi le cortège, drapeaux en tête, alla au cimetière saluer les tombes des héros.
Une contre-manifestation tentée à l'issue de l'inauguration par la municipalité communiste du Boucau, a avorté. Elle n'a pu troubler l'ordre de cette cérémonie profondément émouvante."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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L'INAUGURATION DU MONUMENT AUX MORTS DE BAYONNE LE 11 NOVEMBRE 1924.
Dès 1920, est lancée, avec un grand succès, une souscription publique pour la construction du monument aux morts de Bayonne.
INAUGURATION MONUMENT AUX MORTS BAYONNE 11 NOVEMBRE 1924
23 dossiers furent présentés à la Mairie de Bayonne et c'est le projet des architectes Molinié-Nicod et Pouthier, associés au sculpteur Brasseur, qui fut choisi.
SCULPTEUR LUCIEN BRASSEUR
L'édifice fut construit en 1923 sur l'esplanade des Glacis, adossé aux remparts et inauguré le 11 novembre 1924.
Voici ce que rapporta au sujet de cette inauguration la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays
H DORDEZON 1924 PRESIDENT DE L'ASSOCIATION DES MUTILES DU PAYS BASQUE
M. Dordezon, conseiller général, président de l’Association des Mutilés du Pays Basque, dit que ceux-ci attendaient depuis longtemps ce moment solennel et il dit quel amour immense ceux qui sont morts professaient pour la France. Il espère une ère de Fraternité où de tels massacres auront cessé. Il salue les mutilés, frères d’armes éprouvés de ceux qui tombèrent pour ne plus se relever et il conclut :
Devant ce monument, symbole d’héroïsme et d’abnégation, où sont inscrits les noms de ces martyrs de la Patrie, nous tous camarades anciens combattants, dans la défense des droits que nous représentons, nous continuons de soutenir l’humanité dans la cause de la France et de faire respecter la justice dans sa victoire. Engageons-nous à demeurer dignes de leur sacrifice, à être forts pour notre union, à travailler dans la concorde à la prospérité et à la grandeur de notre Pays meurtri, qui fut sauvé par nous.
Nous ne redirons jamais assez ce que nous devons nous à ceux qui ont donné leur vie pour que la France vive.
Que leur mort soit pour nous un exemple, qu’ils vivent toujours dans nos pensées :
O Morts sublimes !
Nous nous souviendrons toujours de votre héroïsme et de votre vaillance, nous garderons au plus profond de nos cœurs l’amour passionné, le culte, la fierté de notre France, la foi dans son avenir et sa destinée.
MONUMENT AUX MORTS DE BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN
Discours de M. Ybarnégaray.
YBARNEGARAY EN 1932 PAYS BASQUE D'ANTAN
M. Ybarnégaray, député des Basses-Pyrénées, au nom du Pays Basque, vient saluer une dernière fois les héros et dire un adieu aux enfants de Bayonne morts pour la Patrie. Il veut s’incliner devant ce magnifique monument "auquel vous avez voulu donner les allures d’une apothéose, dit-il, et vous avez eu raison".
Ce monument est une œuvre superbe et symbolique. Quel magnifique et émouvant spectacle pour ceux qui pleurent les chers disparus.
M. Ybarnégaray salue surtout les femmes, les sœurs, les mères des Morts.
MONUMENT AUX MORTS DE BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN
Il rappelle la joie de celles-ci à chaque petite lettre quotidienne, écrite souvent au fracas de la bataille. Puis un jour cette petite lettre n’est pas venue. Des jours d’un silence lourd comme la dalle d'un sépulcre ont passé... Ils ont passé jusqu'à l’arrivée d'une autre lettre, celle-là d'un chef ou d'un ami qui annonçait que l'époux, que le frère, que le fils aimé avait disparu. Et les femmes douloureuses se sont traînées jusqu’à l'autel de la Patrie pour y faire don de leur sacrifice.
C'est ainsi que sont morts 780 enfants de Bayonne. Tel fut l’holocauste de cette ville sur l’autel de la Patrie.
Le député des Basses-Pyrénées rappelle le jour du départ de cette jeunesse, auréolée et fière. Puis le choc initial et aussi les premiers échecs ; la retraite et la Marne, — la Marne où le miracle s'accomplit, ce miracle qui s’appelle : le Soldat français.
L'orateur fait, en un bref raccourci, l’historique du Soldat français pour achever par le plus beau de tous, celui de la dernière guerre, par qui furent sauvés la Liberté et l’Honneur.
SOLDAT FRANCAIS : HONNEUR ET PATRIE
Aujourd’hui ils revivent dans la gloire et le témoignage en est encore apporté par ce glorieux drapeau du 49e venu de son exil glacé des Invalides pour ce suprême hommage.
De tels hommes, dit-il en parlant des Poilus magnifiques qui tombèrent pour ne plus se relever, ne meurent pas tout entiers. Ils sont morts peur une France victorieuse, libre, grande et respectée.
Puis c'est l'évocation de l'Armistice, c’est l’Allemagne à genoux, c’est "la France trop généreuse, dit M. Ybarnégaray, qui permet de s’exercer le traditionnel égoïsme de l’Anglo-saxon", mais c’est aussi l’Alsace retrouvée et la rive gauche du Rhin occupée.
M. Ybarnégaray, après quelques appréciations sur la politique dit que certes on peut, on doit espérer en un avenir de fraternité entre les nations, de paix universelle. Mais le plus prudent encore c’est d’avoir une forte armée.
Le député des Basses-Pyrénées termine en disant : "Enfants de Bayonne, tombés au champ d’honneur, dormez en paix votre sommeil de gloire ! Nous garderons votre mémoire, vous qui êtes morts pour défendre le patrimoine que vous nous avez gardé : la France, terre généreuse et féconde. Nous verrons toujours grandir, grâce à vous cet idéal au-dessus duquel, il n’y rien : la Justice et la Bonté !"
INAUGURATION MONUMENT AUX MORTS BAYONNE 11 NOVEMBRE 1924
Discours de M. Garat.
JOSEPH GARAT DEPUTE DES BASSES-PYRENEES
"Devant les grands souvenirs que rappelle ce monument, dit M. Garat, député, en commençant, toutes les paroles paraissent banales et froides. Ce sont les plus simples qui rendent le mieux le sentiment d’admiration et de reconnaissance que nous devons avoir pour vous".
Puis ayant parlé du sacrifice immense des morts, il rappelle celui que s’imposa la population civile, même loin, à l'arrière du front. Il rappelle le magnifique élan des habitants de Bayonne, dans tous les rangs de la société, quelles que fussent les opinions et les confessions. Tous s'unirent dans un même sentiment de solidarité et de patriotisme pour les œuvres de guerre.
M. Garat rappelle ce que furent ces œuvres. Il glorifie aussi le fier passé historique de Bayonne. Enfin il termine en remerciant les héros dont on glorifie la mémoire d'avoir assuré la sécurité de la France et donné un si magnifique exemple. Par eux, nous apprendrons à être meilleurs. Quant à eux, ils sont passés de la Vie à la Gloire pour entrer dans l’immortalité.
MONUMENT AUX MORTS DE BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN
Discours de M. Catalogne.
DAMIEN CATALOGNE SENATEUR DES BASSES-PYRENEES
Profondément ému, M. Catalogne, sénateur des Basses-Pyrénées, excuse ses collègues retenus par d’autres devoirs. Il remercie la ville de Bayonne de l’avoir convié à cette cérémonie. Il y apporte le salut du Béarn. Il tient à s’incliner profondément devant ce monument où l'Art s’harmonise avec la beauté du souvenir.
Il apporte à son tour, son tribut de sympathies profondes aux familles des Morts : "C’était le sang le plus pur de la France que celui de vos enfants, leur dit-il".
Il rappelle la beauté du départ le jour de la déclaration de guerre et rappelle les étapes du formidable conflit jusqu’au jour où enfin le Poilu, aidé de ceux qui étaient joints à lui, tinrent l’Allemagne à merci. De tels hommes ont le droit d’être glorifiés éternellement.
MONUMENT AUX MORTS DE BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN
Discours de M. le Préfet.
M. le Préfet Mireur a prononcé un très beau discours dont nous ne pouvons donner qu’une pâle analyse. Comme ceux qui l’avaient précédé, il a été longuement applaudi.
Aucune cérémonie a dit, en substance, M. le Préfet des Basses-Pyrénées, n’est maintenant plus touchante, dans la moindre bourgade aussi bien que dans la plus grande ville, que les cérémonies comme celle-ci. Il ne peut y en avoir de plus belle célébration que celle de tout un peuple. Et il y a quelque chose de plus beau que les paroles les plus éloquentes : c’est le silence de la foule.
Puis voici l’éloge du sacrifice, sobre et grand :
"Ils sont ici vos morts.
Qu’importe où dorment leurs dépouilles.
Ils sont ici pour que vous les aimiez mieux.
Ils sont ici et leurs noms sont inscrits dans la pierre, aussi solidement que leur souvenir est gravé dans nos cœurs.
Oui, notre ferveur a dissipé l’ombre de la mort et leurs cœurs viennent rebattre parmi nous !
Ils sont un exemple aux jeunes générations qui admireront toujours tant de grandeur immuable.
Les enfants, les femmes, les graves vieillards, qui s’arrêteront au tournant du chemin, devant ces pierres, se sentiront heureux d'avoir un si beau soir.
L’instinct nous crie que c’est parce que tant de vies humaines ont cessé que la nôtre continue.
Sous la tristesse des regrets nous constatons que demeure leur souvenir. Nous sommes à jamais voués au culte de ces morts !"
Et l’orateur, penché sur les angoisses de l’âme humaine, au lendemain de tant de deuils, se demande, confrontant la pensée du philosophe à la sentimentalité de l’humble penseur qui surgit de partout, s'il est plus épouvantable ou d'avoir le regret de ne se survivre point ou de penser que les enfants qu’on laisse après la mort seront livrés aux cruelles vicissitudes d’une existence plus dure. Dilemme cruel. Il faut pourtant le résoudre en étant tout amour et tout secours pour ceux qui restent, rejetons du rameau abattu.
Et M. Mireur dit ici, avec un accent d'âpre volonté et de générosité qui fait que battent les cœurs de ceux qui aiment l’enfance et qui gardent une lumineuse confiance dans la génération de demain : "C'est faire ici un serment de civilité que de dire que ne sera pas abandonné par la République tout ce qui incarne la douleur des enfants sans pères et des mères sans époux".
Les applaudissements répétés saluent la fin de ce discours puis c’est le défilé, comme nous le disons en première page de toutes les sociétés, de toutes les délégations, de toutes les familles des morts, de toutes les autorités, de tous les enfants des écoles et de tout Bayonne en entier devant cet impérissable monument, expression d'un impérissable souvenir.
Enfin quand la musique du 18e, quand le drapeau mutilé du 49e se sont éloignés, le cortège se reforme, grossi du plus grand nombre des invités. Il se dirige vers le cimetière Saint-Léon au milieu de toute la population massée des deux côtés des Allées Paulmy. Il fait le tour des tombes où reposent de bons, de vaillants, et héroïques soldats.
Jamais commémoration depuis 1918, ne fut plus solennelle, plus imposante et plus "affectueuse" au sens le plus profondément humain du mot."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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L'INAUGURATION DU MONUMENT AUX MORTS DE BAYONNE LE 11 NOVEMBRE 1924.
Dès 1920, est lancée, avec un grand succès, une souscription publique pour la construction du monument aux morts de Bayonne.
INAUGURATION MONUMENT AUX MORTS BAYONNE 11 NOVEMBRE 1924
23 dossiers furent présentés à la Mairie de Bayonne et c'est le projet des architectes Molinié-Nicod et Pouthier, associés au sculpteur Brasseur, qui fut choisi.
SCULPTEUR LUCIEN BRASSEUR
L'édifice fut construit en 1923 sur l'esplanade des Glacis, adossé aux remparts et inauguré le 11 novembre 1924.
Voici ce que rapporta au sujet de cette inauguration la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays
basque, le 12 novembre 1924 :
"Le Monument aux Morts de la Guerre a été inauguré hier à Bayonne.
Les discours, ainsi qu’on l’a lu à notre première page étaient au nombre de sept. Les hauts parleurs en ont apporté le texte fidèle aux oreilles de la foule. Ils ont produit une profonde impression, particulièrement ceux de M. Ramond, président de l’Union des Anciens combattants et de M. Mireur, préfet des Basses-Pyrénées.
Discours de M. Castagnet.
C’est M. Castagnet qui a pris le premier la parole.
Après avoir rappelé l’allégresse que souleva l’armistice le 11 novembre 1918, il dit l'infinie reconnaissance de la cité pour les parents éplorés et pour les victimes de la guerre et il poursuit ainsi :
En ce jour commémoratif, notre pensée ne peut s’empêcher de se porter vers les dépouilles des combattants qui reposent dans nos cimetières où nous avons voulu leur donner, au nom de la collectivité, une sépulture digne de leur sacrifice. Dans ces lieux de repos que chacun de nous visite pour se recueillir et puiser dans le souvenir des disparus les résolutions viriles qui guident nos consciences, la place des combattants tombés au Champ d’Honneur est marquée pour toujours. Ces champs de pierres tombales toujours fleuries, même pour ceux qui y reposent sans avoir laissé de famille par les pieuses marraines de l'Union des Combattants, avec comme emblème commun une palme et un casque, attestent par la grandeur de leur simplicité que le souvenir des morts glorieux de la Grande Guerre, ne disparaîtra jamais dans ces lieux que notre culte des êtres disparus, a rendu sacrés.
MONUMENT AUX MORTS DE BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN
A cette sépulture nous avons voulu joindre un monument public rappelant sans cesse à nos yeux, dans tous nos actes de la vie quotidienne, les grands et graves devoirs que nous impose le sacrifice des enfants de Bayonne que nous glorifions. L'emplacement choisi sur ce vieux rempart de la défense, de notre ville marque bien que la guerre que nous avons subie n’avait qu'un but : la défense du sol sacré de la France. Placé dans ce cadre magnifique de fortifications militaires qui enchâssent notre cité d’une si belle parure, nous avons voulu que ce monument, dont l’harmonie si heureusement inspirée fait le plus grand honneur aux artistes qui l’ont conçu, vienne ajouter à la beauté de Bayonne.
Pour symboliser la guerre, que pouvait-on faire de mieux que représenter celui qui en fut le héros magnifique : le simple poilu dans une attitude de froide résignation. Le statuaire a magnifiquement rendu l’expression de ce combattant qui a vécu d’un état surhumain qui fut un morceau de terre armée, doué d'une âme, un morceau de terre souffrante et pensante. Dans son regard, qui fixe devant lui le danger, résolument et sans peur, ne sent-on pas l’obsession de cette autre figure toujours présente à ses yeux, de la paix, de toutes les douceurs du travail et du foyer. Mais cette image n’altère en rien sa virile résolution d’accomplir le devoir jusqu'au bout, et tout dans son attitude exprime ces simples mots résumant la grandeur de sa noble tâche : "On ne passe pas !" A gauche du Monument, ce laboureur qui vient de creuser son sillon dans la terre douloureuse, cette terre qu’il a fallu défendre au prix de tant de sang, nous représente "la Paix dans le Travail". Son oeuvre achevée, le poilu de la paix, appuyé sur ses bœufs, songe : sa figure n'a pas l'expression de résignation douloureuse de celui qui fut le combattant de la guerre, mais elle n’exprime pas non plus la douce béatitude à laquelle pourrait se complaire son égoïsme. Il pense à celui qui, par son sacrifice, lui permet de jouir des bienfaits de la paix ; cette image, il ne l’oublie pas, il ne peut l’oublier. Elle est l’évocation permanente des devoirs douloureux qu’une humanité féroce dans ses desseins exige de ceux qui désirent la paix, que les peuples de proie viennent, hélas ! toujours troubler. Si son regard plane au loin, pour essayer de voir poindre l'aube des temps nouveaux qui fera fuir le spectre de la guerre, il n’en demeure pas moins fixé vers ce poilu qui lui dicte les devoirs qu'il faut savoir s’imposer en attendant une ère nouvelle et, comme lui, il est prêt à s’opposer, dans la même attitude, contre tous ceux qui voudraient venir lui arracher le sol auquel il est attaché.
MONUMENT AUX MORTS DE BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN
Entre ces deux groupes symboliques, une ligne d’horizon : c’est la terre, la bonne et si douce terre de France d’où s’exhalent comme en une montée vers l’infini tous ces noms impérissables pour Bayonne qui nous crient : "A vous il appartient de reprendre nos tâches anéanties avec le double devoir d'être non seulement ce que vous devez être, mais aussi ce que nous, disparus, n'avons pu devenir !"
Ce Monument, que la population de Bayonne, dans une pieuse pensée, a voulu élever à la mémoire de ses enfants morts pour la Patrie, s'ajoute à ceux qui rappellent déjà dans notre ville d'autres sublimes sacrifices, comme le monument de 1814 et la plaque commémorative du siège de 1523. Pour donner à toutes ces pierres du souvenir leur véritable signification, n’est-ce pas le moment de rappeler les paroles que nous prononcions dernièrement dans une cérémonie analogue : "Que seuls peuvent garder leur indépendance et leur liberté les peuples qui ont pour les soutenir une grande force morale. Encore celle-ci ne peut-elle prendre naissance que dans un sentiment national toujours vivace, puisant sans cesse son inspiration dans le culte du sacrifice de nos ainés."
MONUMENT COMMEMORATIF 1814 BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN
M. Castagnet a terminé par un salut au drapeau du 49e, "enlevé, a-t-il dit, à notre chère affection", mais revenu aujourd’hui pour un suprême hommage, et un salut encore aux familles en deuil.
Discours de M. Ramond.
UNION NATIONALE DES COMBATTANTS
Vient ensuite M. Ramond, président de l’Union des Anciens combattants qui s’avance pour prononcer un discours qui va faire couler bien des larmes. Il remercie ceux qui ont voulu perpétuer la mémoire de ces vaillants, couchés dans le cimetière de Bayonne, ou sur une terre inconnue ou encore roulés par la vague. Il dit :
Ce monument, élevé à leur gloire, est bien tel qu’ils l’avaient envisagé.
Héros pacifiques, arrachés à leurs travaux par la plus injuste agression, ils étaient restés simples, et, s’ils faisaient la guerre, c’était moins pour la gloire qu'elle réserve aux vainqueurs, que pour défendre une liberté qu'ils sentaient menacée.
Et ils la firent en Bayonnais qu'ils étaient, c'est-à-dire simplement, sans vaine forfanterie, et, quand des voix s'élevaient qui disaient l'admiration de notre cité pour leurs héroïques exploits, ils les écoutaient avec une bonhomie souriante, et, si ces timides avaient osé, ils se seraient excusés de tant de gloire.
Partout ils s'illustrèrent.
A Craonne et Givenchy. A la Ferme Beau-Séjour et Verdun. Sur la Somme et à Courcelles. Ils marquèrent de leur sang les étapes de notre victoire.
RAVIN ET FERME BEAUSEJOUR 51 MARNE PREMIERE GUERRE MONDIALE
Et si leur gloire est si grande et si pure, c’est autant par leurs exploits que par le sacrifice virilement consenti d’une vie offerte à la Patrie pour qu'elle vive et subsiste libre, grande et respectée.
Mortels, en effet, ils ne voulaient pas mourir ;
Français et patriotes, ils allaient à la mort pour que la France reste libre, et pour que vous viviez en paix.
Ils sont donc tombés pour vous et en pensant à vous.
Revoyons-les une dernière fois la veille de ces jours de bataille, dans cette tranchée d’où ils vont sortir au matin pour reprendre sur l'envahisseur une partie de ce territoire souillé de sa présence.
Celui-ci charge un ami, à qui il croit plus de chance, de son dernier souvenir pour ceux qu’il aime.
Cet autre termine en hâte une lettre qu’on trouvera sur son corps meurtri, et portera ses dernières pensées aux êtres chers qui pleurent à son foyer.
Cet autre encore, essuie furtivement une larme, déboutonne sa capote, en tire une photographie maculée de sang et de boue, et adresse un dernier sourire au groupe familial qu'il ne reverra plus.
Ceux-là, enfin, parmi lesquels il en était qui s’étaient déshabitués de prier, demandaient à un camarade prêtre les consolations suprêmes réservées à ceux à qui Dieu accorde la grâce de croire à un monde meilleur.
Dès lors ils étaient prêts.
Quand la mort vint les prendre, ils l’attendaient.
Ils ne défaillirent point.
Tous furent sublimes dans leur sacrifice.
C'est Louis Labadie ; il est cité un des premiers, en septembre 1914, pour avoir, comme volontaire, été chercher des camarades blessés devant les lignes allemandes.
FICHE MILITAIRE DE JEAN-LOUIS LABADIE
Et il n'en a rien dit à ses parents. Ceux-ci l’apprennent six mois après par un de ses camarades venu du front, et lui en font le reproche.
Il s’en excuse alors dans une lettre touchante dans sa simplicité et qu’on souhaiterait voir insérée dans le livre d’or des enfants de Bayonne morts pour la France.
Il n'a rien dit. Parce qu'il ne voulait pas que sa mère s’exagérât les dangers qu’il court.
Il calme ses craintes. Déclare qu’il n'a rien fait que d'autres m’auraient fait. Cité, il s’étonne que des camarades désignés d’office, faute d'autres volontaires, pour remplir la même mission, ne l'aient pas été en même temps que lui.
C'est Charles Roquebert qui, affecté à un régiment territorial, demande à être versé dans un régiment actif, et menace, si satisfaction ne lui est pas donnée, de se considérer comme victime d’une injustice.
FICHE MILITAIRE DE JEAN-CHARLES ROQUEBERT
Lui aussi, comme Labadie, meurt glorieusement à Verdun et ses dernières paroles sont pour que la France vive.
De même encore, Suzanne, Mialet, Hiquet, Arne et Elichagaray, enfants du peuple.
FICHE MILITAIRE DE JEAN BAPTISTE ARNE
Arne qui, blessé au pied, apprend que sa section part à l'attaque, chausse une sandale, quitte le poste de secours, rejoint ses hommes et tombe le premier.
Elichagaray cinq fois cité avant de mourir. Et aussi Chalon, le Grand Chalon, dont je me rappelle la joyeuse physionomie, le regard clair, la rude franchise.
FICHE MILITAIRE D'ALPHONSE ELICHAGARAY
FICHE MILITAIRE DE LOUIS ALFRED CHALON
Chargé de faire une reconnaissance avec sa compagnie, il ne se dissimule pas les dangers de la périlleuse mission qui lui incombe. Il met ses papiers en ordre. Les remet à son ordonnance et le charge de les faire parvenir à sa famille.
Entouré d'ennemis, sommé de se rendre, il répond d'un mot français qui n’a son équivalent dans aucune autre langue et tombe.
Les Allemands ont fait mettre sur sa tombe :
"Ici repose un vaillant officier Français".
Ils furent tous ainsi les Bayonnais dont nous lisons aujourd’hui les noms sur ce monument. Chacun d’eux a écrit dans l’histoire de la cité une page glorieuse.
Inclinons-nous devant eux.
Vous qui les aimiez, cessez de pleurer et dites avec le père de l'un deux : "Mon fils je ne le pleure pas comme un mort, je le prie comme un saint."